Mois : juillet 2016

  • Guerre

    Guerre

    C’est maintenant assez courant de considérer que les évènements qui nous concernent ont une dimension planétaire. Ce n’est pas encore tout à fait vrai mais disons qu’on y est presque. Cependant, paradoxalement, il devient de plus en plus difficile de se faire une idée globale de ce qui se passe sur notre planète. Nous sommes submergés par les médias alors qu’il faudrait essayer d’y voir clair. Par exemple, sur le réchauffement climatique, sur le niveau de vie ou sur le terrorisme. Bien sûr, dans le registre de cette vision globale, il y a beaucoup d’autres regards que nous pouvons porter sur notre Terre, en particulier dans le domaine de notre écosystème, mais il y a une question dont on parle peu et qui me parait essentielle : est-ce que le monde vit plutôt en paix ou plutôt en guerre. Hélas, malgré les discours politiques lénifiants, dans presque tous les pays, nous vivons dans un monde très fortement marqué par les guerres.

    En plus, je trouve qu’il y a quelque chose de troublant dans cette affaire :  c’est la question des guerres de religion. Il est facile de constater que nous sommes, encore, à l’époque des guerres de religion. La guerre civile en Israël est une guerre religieuse, la dévastation du Moyen Orient est une guerre de religion. Les massacres en Afrique sont religieux. Les US sont infestés par les sectes et les Eglises. Je dis « encore » parce que, pendant mille ans, avec l’expansion des religions dites monothéistes, ça a été le motif dominant. Mais avec l’avènement de la raison et des sciences exactes, on aurait pu s’attendre à une perte totale d’intérêt pour ce type de conflit. Visiblement ça n’a pas été le cas et aujourd’hui aucune région du monde n’est épargnée par ce peu reluisant aspect. A qui la faute, question embêtante, parce que euh eh bien l’erreur c’est beaucoup nous. Je ne parle pas du passé, mais de maintenant. Nous somme complètement investis dans cet état de guerre et même en France nous ne sommes pas tranquilles avec ces guerres de religions. Beaucoup de gens pensent qu’en Europe nous avons gagné la bataille de la paix. C’est oublier que les bombes sautent encore à Belfast, que le siège de Sarajevo ne date que des années 90, que les purges en Turquie sont d’actualité et bien sûr qu’il y a des milliers de morts dans les réfugiés politiques ou humanitaires. Clairement, tous les continents sont le théâtre d’affrontements meurtriers et n’oublions pas que le commerce des armes se porte fort bien. Comment cela est-il possible ? Quel est le truc qui rend possible cette situation c’est à dire le virus par lequel nous sommes contaminés ? Sans conteste, il me semble que le biais c’est l’éducation. Je devrais plutôt dire l’absence d’éducation. La propagation des guerres de religions, exactement comme par le passé, repose sur une acculture générale de l’humanité. Cette acculture est le terreau sur lequel prospère le pouvoir des mages, des prophètes et…. des politiques. L’alliance du sabre et du goupillon est hélas encore bien active. Une fois de plus, les politiques nous mènent à la ruine.

    Michel Costadau

  • Hymne

    Hymne

    J’ai cru qu’on était enfin sorti d’une bien mauvaise période. Je veux parler de cette débauche de drapeaux et d’hymnes que nous avons subie pendant plusieurs mois. Bleu blanc rouge et Marseillaise, autant de manifestations que je ressens comme des agressions violentes.

    La Marseillaise me fait froid dans le dos, d’abord par ses paroles insupportables, mais aussi par toutes les idées qu’elle réveille, guerres, politiciens, commémorations, sport, anciens combattants, rien que du sordide et de l’appel au meurtre. Mes poils se hérissent rien qu’à son évocation et quand une foule se met à la chanter, ça me donne franchement la nausée.

    Quant au bleu blanc rouge, c’est pour moi un signal grinçant qu’envoie celui qui le porte ou le plante. Et ce signal c’est « je vous hais ». C’est identitaire, avec mépris de l’autre, et manifestation d’antisolidarité. Oui celui qui met au vent ce drapeau veut indiquer qu’il « em….bête » tout le monde, comme une revanche de malheureux. Car il sait que c’est une agression et que ça transforme sa façade en caserne ou en bâtiment public. Les Anglais ont le même comportement avec la royauté qui exhibe sous leurs yeux la turpitude des nantis, mais ça les réjouit car ils savent que c’est une atteinte permanente à la fraternité, et ça leur tient lieu de compensation d’une vie étriquée et maussade, maigre certes, mais compensation.

    Il y a aussi des phrases pour lesquelles il faudrait punir comme fauteurs de trouble ceux qui les utilisent, oh pas l’amateur de la brève de comptoir, non, mais le politique qui sait le mal qu’il fait. Des mots comme « l’amour de la patrie » ou « la fierté d’appartenir à la communauté nationale » ou « les valeurs de la nation » sont indignes, et répandent la peste quand ils sont énoncés. Non seulement la patrie n’existe pas, car notre pays n’est que le résultat de l’appropriation du domaine royal par une caste bourgeoise capitalistique pendant presque 200 ans, puis financière depuis plus de 50 ans, mais donner à penser qu’elle puisse susciter de l’amour relève de la pire propagande nazie. Hélas les politiques n’ont pas peur de ça au contraire, les enchères dans le patriotique xénophobe atteignent des sommets, mais l’actualité nous rappelle que l’on ne combat pas le terrorisme ni même la délinquance en prêchant la haine.

    Ca a commencé avec les attentats de fin d’année, puis le deuil national, puis les manifestations à répétition, puis la coupe de foot, et puis encore la fête nat. Et maintenant ils ont déguisé la tour Eiffel en drapeau. Il est facile de comprendre que tous ces événements sont de la même lignée, ressortissent du même esprit de triste résignation et de désinformation politique.

    Que l’on sorte le même drapeau et la même musique pour la guerre et pour le foot est un symbole qui ne devrait pas nous laisser tranquilles. C’est changer la population en une bande de grossiers ivrognes pusillanimes que de lui faire chanter La Marseillaise dans le stade ou dans la rue. Et à plus forte raison de s’en réjouir. L’identité nationale est une illusion derrière laquelle on cache l’inexistence individuelle des citoyens. Il ne peut y avoir de nation, c’est-à-dire de groupe que si chaque individu existe, a des idées, se bat et est solidaire des autres. Le seul rempart contre le terrorisme, c’est la solidarité. Seulement ça, la caste politique ne le permet pas.

    Michel Costadau

  • Sivens suite

    Sivens suite

    Je suis obligé de revenir sur Sivens parce que ceux que la justice vient de désavouer publiquement, en particulier le CG81, essaient de ne pas se sentir visés par ces jugements accablants.

    Par exemple, pour Carcenac, le jugement n’a pas été rendu sur le fond mais sur la dimension du barrage. C’est ridicule et honteux. Le fond pour lui c’est la hauteur de la digue et l’inondation de la vallée. Et ça la justice n’en a pas parlé. L’argument paraît recevable et pourtant il ressort de la plus évidente mauvaise foi. En effet, la justice ne se prononce que sur la conformité d’un projet avec la loi et jamais sur l’objet, le nombre de mètres cubes de la retenue dans notre cas.

    La justice ne peut évidemment pas se mêler de dire quels sont les besoins en eau des agriculteurs ou quelle est la longueur d’une autoroute.

    Dans le cas de Sivens, la justice a indiqué que la mise en œuvre du projet de barrage n’a pas respecté les lois françaises et européennes. On a déjà dit, en d’autres textes, que les porteurs du projet savaient pertinemment qu’ils ne respectaient pas la loi et essayaient de passer en force. Cette mauvaise foi explique leur attitude actuelle de déni de la justice. Bien sur le jugement aurait été le même s’ils avaient été de bonne foi. La justice est là pour ça.

    Mais cela est une belle illustration qu’actuellement les politiques se croient au dessus des lois. De plus, Sivens fait ressortir la collusion qu’il y a entre les collectivités territoriales et les Sociétés d’Economie Mixtes, les syndicats intercommunaux ou les EPCI. On découvre soudain que ce sont les mêmes personne qui siègent des deux côtés de la table : côté donneur d’ordre pour attribuer de l’argent et côté réalisation pour le dépenser. Cette situation ouvre la porte à toutes les magouilles possibles et imaginables que l’on pourrait décrire comme de la corruption passive. C’est comme si vous choisissiez un architecte pour construire votre maison et que vous découvriez qu’il est aussi le chef d’entreprise de la société qu’il a retenue pour la construction. Vous diriez, à juste titre, c’est pas du jeu. Eh bien les politiques font ça ouvertement depuis longtemps.

    La question devient alors : comment se protéger des politiques ? Hélas il n’y a pas de solution parce que beaucoup de gens croient encore que les politiques sont le symbole de la démocratie. Vous savez, dans les entreprises, pour éviter que les employés occupent de plus en plus de place, c’est-à-dire de m², on fait des déménagements tous les 6 mois. Comme ça tous les documents, objets, décorations diverses, accumulés par l’employé sont jetés, car effectivement inutiles. L’accumulation est une tendance humaine naturelle et c’est ce que font les politiques. Ca fait maintenant trop longtemps qu’ils ont dépassé, contourné, déformé l’esprit de la démocratie. Un déménagement s’impose.

    Michel Costadau

  • English vote suite

    English vote suite

    A chaud le 23 juin : C’est vrai je n’osais l’espérer, mais le vote anglais est quand même sympathique. Ma première réaction  c’est que c’est d’abord un vote anti-immigrés et donc un vote dans une ligne de bastion européen d’extrême droite. C’est aussi un vote anti franco-allemand marchands de résignation. Pour le reste c’est quand même aussi une affirmation de la primauté de la finance.

    Il y a sûrement plein d’explications au vote des Anglais mais quelques unes ne sont jamais citées. Par exemple l’essai d’indépendance séparatiste des Ecossais a pu piquer au vif les Anglais qui se sont dit si c’est ça c’est nous qui allons manifester notre indépendance. Ou une peur viscérale d’un éventuel fédéralisme comme structure européenne. Ou une réaction épidermique à la manœuvre bassement politique de Cameron comme les Français avec Chirac et sa dissolution du parlement.

    A vrai dire, la situation actuelle d’échec européen, n’est pas une surprise car elle se situe clairement dans la suite d’une série de coups de canifs donnés par les politiques :

    – essai de mise à l’écart de la Grèce : heureusement que Siryza a organisé un référendum pour rester sinon ils étaient virés,

    – référendums français et néerlandais annulés par les politiques : de quel droit ?,

    – élargissement aux pays de l’Est sans dénominateur commun politique : le plombier polonais a marqué les esprits,

    – tendances indépendantistes écossaise, catalane et autres, la commission a menacé la catalogne de sortir du marché commun si indépendance : de quel droit ?,

    – médiatisation de l’arrivée d’immigrés : là on va du sordide à l’humanitaire mais ça reste choquant et clivant,

    – discours nationalistes anti UE dans presque tous les pays,

    – commission se permettant de rappeler la Pologne à l’ordre : de quel droit  ?

    – Merkel négociant seule avec la Turquie,

    Tous ces petits jalons ont introduit de la défiance et conduit comme les cailloux du petit poucet à la poussée de l’égo anglais qui a éclaté fin juin. De plus, on voit que ce vote révèle bien les sources de l’insatisfaction des populations par l’agrégation à un trop haut niveau de l’avis des électeurs. Les gallois, l’Ulster, les écossais et Londres ont voté in, alors que l’Angleterre a voté out et l’a emporté par le nombre. Du coup les Ecossais se retrouvent dans la position de se séparer du RU et de revenir dans le marché commun. Les Londoniens veulent refaire voter. Personne n’est content. Un des enseignements du vote c’est qu’il aurait fallu que Galles, Ulster, Ecosse et Londres restent dans le marché commun et que les Anglais sortent. Clairement l’Europe est une superstructure qui marche sur les populations.

    Du coup le constat qui se fait jour c’est non pas qu’il faut renforcer l’intégration européenne, mais au contraire qu’il faut morceler l’Europe pour donner du pouvoir à des structures plus petites dans lesquelles les individus se sentent moins loin des élus et du pouvoir. Ensuite, la mise en musique de ces petites entités pour se mettre d’accord sur des projets communs est du niveau de la mise en réseau. Et là le business des entreprises du net a déjà montré qu’ils savaient très bien le faire, alors pourquoi pas nous.

    Michel Costadau