Mois : septembre 2016

  • Vote blanc

    Vote blanc

    Je reviens un peu sur le vote blanc. Pour le moment, et on ne sait pas jusqu’à quand, le vote blanc n’est pas compté dans les suffrages exprimés. Bien qu’il ne change en rien le résultat du scrutin, c’est quand même un vote. Pour donner une image, le vote blanc a le même impact qu’une pétition. Alors que le non-vote est clairement une grève du vote. La différence entre pétition et grève est assez simple. Tant que le dialogue est possible, une pétition a toute son utilité pour faire avancer la discussion. Mais quand l’interlocuteur devient sourd et qu’il ignore totalement les demandes qui lui sont faites, alors il faut passer à la grève, c’est-à-dire à la rupture du faux rapport qui s’est installé.

    Les politiques ont, depuis 50 ans, institué un faux rapport avec la population, en bafouant toutes les demandes des électeurs, pour les réduire  au seul rôle de leur permettre l’accès au pouvoir par le vote. Pour dénoncer ce faux rapport qui permet aux politiques de faire seulement des promesses, je ne crois pas qu’une pétition soit suffisante.

    Bien sûr, si le vote blanc était un suffrage exprimé, ça aurait une autre portée puisque ça voudrait dire que les électeurs ne veulent aucun des candidats en lice.

    Mais encore faudrait-il obtenir que le vote blanc ait une efficacité pratique, avec, par exemple un seuil maximum de blancs pour que l’élection soit valide. Ainsi, si le vote blanc est le score le plus important, personne n’est élu. Il faut alors recommencer l’élection, avec de nouveaux candidats si possible. Bon il y a encore du chemin pour en arriver là.

    J’insiste, mais d’une certaine manière le vote blanc est une attitude polie et masquée d’exprimer son opinion. Polie parce que ça ne gêne personne et masquée parce qu’évidemment personne ne peut savoir qui a voté blanc. Le non-vote est beaucoup plus courageux, puisqu’il est facile d’avoir la liste des abstentions. C’est aussi plus clair, puisque ça indique non seulement qu’aucun candidat ne vaut le coup, mais aussi que le système électoral lui-même ne vaut rien.

    Vous allez me dire qu’il y a toujours eu pas mal de gens qui n’ont jamais voté et qui se fichent complètement des élections. On leur a même donné un archétype genre pêcheur à la ligne. Ils se sont trouvés affublés du qualificatif de mauvais citoyens qui ne font pas leur devoir électoral. Oups. Vous vous doutez bien que le devoir électoral est quelque chose qui me hérisse, exactement comme le devoir conjugal, car c’est macho, moralisateur et faux. En fait, cette dévalorisation des abstentionnistes est, tout simplement, un des moyens que le système entretient pour garder son volant d’électeurs. Car, sans électeurs, le système tombe par terre et c’est exactement ce que je souhaite.

    Vous savez sûrement qu’il y a toute une variété de systèmes électoraux, mais clairement le système français est bâti sur le concept du scrutin majoritaire à deux tours. Le but du système français, qui est du coup son principal travers, est l’élimination de tous les « petits candidats » en faveur des deux partis qui se partagent tranquillement le pouvoir. C’est brutal à la présidentielle, avec, quels que soient leurs scores au premier tour, la qualification des deux premiers. C’est plus pervers dans d’autres élections, avec la fixation d’un seuil permettant  l’accès au second tour. Ce seuil, actuellement de 12 % des suffrages exprimés, est une machine infernale pour permettre aux deux « grands partis » de continuer leur razzia.

    Je ne pense pas que le vote blanc oblige les politiques à faire la moindre réforme pour améliorer cela. Je crois plutôt qu’il faut assécher la source de leur pouvoir, qui est ce petit bulletin que nous glissons dans l’urne.

     

    Michel Costadau

  • Pourquoi il ne faut pas voter

    Pourquoi il ne faut pas voter

    Je m’aperçois que je ne vous ai pas encore vraiment expliqué les raisons qui me conduisent à préconiser l’abstention au premier tour de la présidentielle de 2017. Voilà.

    La situation de départ est un constat de blocage de notre démocratie :

    • Il n’y a plus qu’une seule élection qui décide de tout, c’est la présidentielle.
    • Le président n’est responsable devant aucune assemblée de représentants des électeurs.
    • Le parlement ne représente pas la population. Le mécanisme du scrutin majoritaire à deux tours fait que les petits partis n’ont aucun élu et même les électeurs FN n’ont pratiquement, aucun député. Le parlement est donc monopolisé par deux partis et leurs affidés qui nous représentent bien mal.
    • C’est encore pire pour le sénat qui, par le mécanisme des grands électeurs, donne une surprime aux deux mêmes partis. Quand aux assemblées territoriales elles n’ont aucun pouvoir.

    Ce constat s’accompagne d’une attitude irresponsable des politiques. Plutôt que de chercher à corriger le système, ils en profitent au maximum :

    • Le cumul des mandats atteints de proportions insupportables. Ce cumul permet à une petite poignée de mandarins de contrôler la vie politique du pays.
    • Le renouvellement indéfini des mandats fait que les élus s’installent dans des fonctions comme des souverains inamovibles et trainent autour d’eux une cour de profiteurs et de séides.
    • Les élus sont absents et ne participent pas aux débats. Ils ne viennent que pour quelques shows pendant lesquels ils se comportent comme des gamins.

    Cependant, en face de ces dénis, la population veut encore croire à la démocratie et développe plusieurs réactions :

    • La plus courante est la résignation, c’est-à-dire que, considérant que le vote est leur seul moyen d’expression, les électeurs se résignent à oublier leurs idées au premier tour comme au second tour de la présidentielle, pour faire du vote utile ou du vote contestataire. Par contre, ils votent de moins en moins dans les autres élections.
    • Une autre attitude est de croire en des candidats dits non-système. Ca fait le succès dans la population des candidatures Le Pen, mais aussi des candidats comme Mélenchon, Bayrou ou …..Arlette.
    • Bien que non comptabilisé dans les suffrages exprimés, le vote blanc rencontre un certain succès car les électeurs ont quand même le sentiment d’avoir voté. L’abstention, au premier tour, progresse aussi continuellement et a franchi la barre des 50 % aux régionales et aux européennes.

    Mon analyse est que le retour à la démocratie est pris dans  le cercle vicieux institutions/élus. On a besoin des élus pour changer les institutions, mais ceux-ci n’ont aucune envie de changer le système. Et donc rien ne change. Pour sortir de ce piège, la population doit agir sur l’un des deux termes.

    Modifier directement  les institutions demande une phase révolutionnaire violente qui n’est pas souhaitable. Il faut donc agir sur les élus. La stratégie que je propose est de ne plus faire confiance aux élus qui nous promettent toujours des changements qui n’arrivent jamais, mais d’inverser le rapport de force en arrêtant de voter dès le premier tour, puisque par ce vote nous faisons que les blocages continuent. Dès qu’au moins une des réformes indispensables sera institutionnalisée : scrutin proportionnel, ou vrai non cumul des mandats, ou non rééligibilité, ou président responsable devant le parlement, alors nous recommencerons à voter.

    C’est donc au premier tour de la présidentielle de 2017 que je préconise de ne pas aller voter. L’objectif, ambitieux comme il se doit, est de faire qu’il y ait moins de votants que d’abstentionnistes. Bien sûr, comme il s’agit d’une proposition, cela se discute.

    Michel Costadau

  • Immigration

    Immigration

    LE BEOTIEN ET LE PHILOSOPHE

    -Euh,  j’ai une question,

    -Allez-y, voyons voir ça,

    -C’est quoi le problème de l’immigration ?

    -Aïe, aïe, aïe sujet chaud et polémique dites donc,

    -Oui presque tous les politiques sont contre l’immigration, ça veut dire quoi ?

    -Ca ne veut rien dire, c’est uniquement une posture électorale, peu courageuse comme d’habitude,

    -Ah bon, mais alors quel est le problème ?

    -Le problème c’est qu’il n’y a rien de plus normal que l’immigration. L’homme a peuplé la terre en se déplaçant continuellement. Toute l’Amérique est un continent d’immigration récente. Seulement maintenant on butte partout sur des frontières et des territoires déjà occupés,

    -Oui mais moi je n’ai pas du tout envie de bouger,

    -Ca peut s’expliquer parce que vous êtes déjà dans un pays riche,

    -Alors l’immigration c’est des pays pauvres vers les pays riches ?

    -Oh non, pas seulement, il y aussi les réfugiés économiques, les victimes de conflits, les réfugiés politiques,

    -Vous voulez dire ceux qui sont pourchassés dans leur pays ?

    -Hélas non, l’accueil de réfugiés politiques est récent et à géométrie variable. Par exemple, de Gaulle n’a pas été un réfugié politique et on ne lui a pas demandé d’apprendre l’anglais pour avoir une carte de séjour. Si aujourd’hui quelqu’un veut fuir l’Ukraine, on ne lui donnera pas le statut. Le réfugié politique est surtout la bonne conscience de l’occident. Mais il y a aussi beaucoup  de migrants qui fuient des conflits meurtriers,

    -Vous voulez dire quand il y a la guerre chez eux ?

    -Oui et souvent nous ne sommes pas étranger à ces guerres,

    -C’est vrai que l’armée française est peu en France, mais plutôt chez les autres,

    -Eh oui, pour nous, en ce moment, c’est Afrique et Moyen-Orient, mais ça a été Sud-est asiatique et Orient en son temps. Bien sûr l’immigration actuelle est surtout économique,

    -Ah bon mais quand même, est-ce qu’il n’y a pas trop d’immigration ?

    -Eh non, il n’y a aucune limite à l’immigration. C’est le principe des vases communicants, ça se remplit jusqu’à ce que ce soit à l’équilibre. La chine connait une énorme immigration interne sous l’effet de l’augmentation des salaires dans les villes industrielles. A l’inverse, nous connaissons une immigration moins importante que Berlin ou Londres, parce que nous avons beaucoup moins de travail à offrir,

    -Ah c’est ça l’immigration économique ?

    -Eh oui, c’est l’accord parfait : les entreprises cherchent des bas salaires et les immigrés à gagner un peu d’argent,

    -Alors s’il n’y avait pas l’immigration, les salaires augmenteraient ?

    -Eh non s’il n’y avait pas l’immigration les entreprises délocaliseraient encore plus. La soif des actionnaires est ahurissante,

    -Mais alors pourquoi les politiques paraissent ils combattre l’immigration ?

    -Parce que c’est un excellent bouc émissaire qui permet de cacher leur incurie. En fait il n’y a aucun rapport entre l’immigration et le chômage par exemple, ni entre l’immigration et la sécurité. Par contre, il y a un rapport étroit entre chômage et sécurité, ou entre éducation et sécurité, mais c’est plus facile d’accuser les immigrés que les riches, surtout quand on trouve le biais de la religion,

    -Alors il faut accueillir les immigrés quels qu’ils soient ?

    -Exactement, il n’y a pas de pire piège que de  fermer ses frontières pour protéger ses acquis, alors nous serons assiégés comme au Moyen Age,

    -Donc, tous les discours sur le nationalisme c’est du vent ?

    -Ce n’est pas aussi simple et je vous propose d’en parler une autre fois,

    -D’accord, merci et à la prochaine.

    Michel Costadau

  • Laïcité

    Laïcité

    LE BEOTIEN ET LE PHILOSOPHE

    -Dis donc là une fois c’est quoi la laïcité ?

    -Ah ! vous me posez la question parce qu’en ce moment elle est mise à toute les sauces. C’est ca ?

    -Ben oui le coup du maillot de bain m’a un peu surpris.

    -Restons calme, contrairement à ce que tout le monde pense, la laïcité n’est pas une valeur, comme la tolérance ou la solidarité, mais une politique,

    -Ah ! bon mais la laïcité c’est aussi un comportement.

    -Et non, pas du tout, à l’origine le laïc désigne quelqu’un qui n’est pas un religieux, c’est un statut social, aujourd’hui pratiquement tout le monde est laïc,

    -Vous voulez dire qu’on ne peut pas pratiquer la laïcité ?

    -Tout à fait, il s’agit uniquement d’une démarche de la société pour séparer le domaine religieux du domaine public,

    -Donc, quelqu’un qui dit qu’il est laïc pour dire qu’il n’a pas de religion, ça ne veut rien dire,.

    -Exactement, le mot correct c’est athée, il n’y a que l’Etat qui peut être laïc, ou pas d’ailleurs. C’est pour ça que l’Alsace est en retard sur le sujet car, en 1905, lorsqu’a été votée la loi de séparation religion/société, elle était allemande. Mais il y a encore beaucoup de boulot. La laïcité est un combat permanent, car la sphère religieuse cherche toujours à pénétrer la sphère publique,

    -Oulla comment est-ce possible ?

    -C’est tout simplement une question d’intérêts une fois de plus. Les Eglises sont des institutions très puissantes et très riches. Elles font appel aux croyances et aux rites de la population et utilisent l’ignorance des gens. Par le passé, et même encore maintenant dans beaucoup de pays, elles cherchent à imposer un modèle de société basé sur les pratiques religieuses,

    -Mais, en France, les pratiques religieuses ne sont pas interdites ?

    -Ah non, toutes les pratiques religieuses sont autorisées et peuvent même être effectuées sur le domaine public. Ce qui est illégal c’est que la doctrine religieuse devienne force de loi,

    -Euh ça veut dire quoi ?

    -C’est simple, c’est l’Etat qui fait les lois, pas les Eglises, que ce soit pour le mariage, le divorce ou le concubinage. D’ailleurs les Eglises sont maintenant à la traîne, que ce soit pour le PACS, l’adoption  ou la contraception.

    -Mais quand même, ceux qui ont une religion peuvent avoir leurs propres lois.

    -Absolument pas, il n’y a que les lois de la république, tout le reste est du domaine de la croyance.

    -Mais s’il y en a qui veulent pratiquer une religion, c’est possible,

    -Bien sûr, si quelqu’un veut pratiquer une religion et l’enseigner à ses enfants, il n’y a pas de problème, mais s’il veut que cet enseignement soit dispensé par les services publics ça ne sera pas possible,

    -Ah ! d’accord. La religion c’est uniquement du domaine personnel comme la vie privée.

    -C’est ça. Hélas en pratique on est toujours border line, parce que les politiques ont peur du poids électoral des religions, alors ils jouent sur les mots et ils utilisent eux aussi l’ignorance des gens.

    -Et le maillot de bain alors ?

    -Sur le domaine public, les gens peuvent s’habiller comme ils le veulent, il n’y a aucune atteinte à l’ordre public, ni à la morale d’ailleurs,

    -Alors c’est un faux procès.

    -Eh oui, les politiques font beaucoup d’erreurs en ce moment.

    -Vous pouvez préciser ?

    -Je vous propose d’en parler une autre fois.

    -D’accord, merci et à la prochaine.

     

    Michel Costadau