Mois : octobre 2016

  • Trop d’argent

    Trop d’argent

    C’est l’affaire SoLocal, peu reluisante en soi, qui m’a fait réfléchir à un aspect moins connu du rôle de l’argent. De toutes façons, vous connaissez déjà mon diagnostic : il y a trop d’argent dans le monde, beaucoup trop et ça explique quantité de problèmes que nous rencontrons. Problèmes liés en particulier aux fonds de placement qui sont les entreprises auxquelles des particuliers ou des  institutions confient de l’argent pour le multiplier.

    Revenons à SoLocal, société dans laquelle plusieurs actionnaires sont des fonds de placement. Les actionnaires sont ceux qui se partagent les bénéfices, mais aussi, en cas de liquidation, qui risquent de perdre leur mise. Or donc SoLocal ayant besoin d’argent, ses actionnaires ont apporté de l’argent, non pas en actions mais en crédit. Ils deviennent alors, pour ces sommes-là, des créanciers. Les créanciers sont ceux qui, en cas de liquidation, sont remboursés en tout ou partie avec la vente des actifs subsistants. Bien, jusque là ça  ressemble au vieil adage qui dit de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Mais évidemment ces gens-là ne cherchent pas à gérer leurs actifs comme de bons pères de famille mais à faire de l’argent, plus d’argent, toujours plus d’argent et par n’importe quel moyen.

    Et donc voilà que SoLocal devient un champ de bataille, puisque à la fois ces fonds de placement connaissent très bien la société pour en être actionnaires et en même temps, en tant que créanciers, ils réclament devant les tribunaux le remboursement de leur crédit. Si la balance de leur intérêt penche vers la liquidation ils l’obtiendront et si au contraire elle penche vers la continuation, ils l’obtiendront aussi. C’est comme ça que le destin d’un entreprise ne dépend plus d’elle-même. Tout cela étant bien sûr parfaitement légal.

    Cependant ce n’est possible que parce qu’il y a trop d’argent. Bien sûr vous allez me dire que seuls les riches ont de l’argent à placer et donc abondent les fonds de placement. Eh bien pas du tout, presque tout le monde est concerné. En effet, quand une banque vous propose de placer ne serait-ce que 50 €, eh bien cette somme va dans ses propres fonds de placement et vous vous retrouvez, sans le savoir, actionnaire ou créancier par exemple de SoLocal.

    Bien sûr, rassurez-vous, seuls les riches et les institutions financières ont du pouvoir dans ces mécanismes. Mais il s’agit-là d’un cercle vicieux puisque l’argent produit toujours plus d’argent et donc ceux qui en ont prennent de plus en plus de «risques» pour le faire fructifier. Et c’est comme ça qu’il y a trop d’argent. Mais alors est-ce que, comme l’impôt, trop d’argent peut tuer l’argent ? En tous cas pas pour le moment, tant que les politiques jouent l’argent gagnant. Ce qui serait nouveau c’est qu’ils jouent le citoyen gagnant, ou rêvons un peu, la démocratie gagnante, ce pour quoi, à priori, ils étaient faits. Mais ça c’est à nous de le leur rappeler. 

    Michel Costadau

  • Primaire de droite

    Primaire de droite

    Alors voilà que les gens de gauche veulent voter à la primaire de droite. A vrai dire, pas les gens mais des gens, ça veut dire pas tous quand même.  C’est vrai que sur une liste électorale on ne voit pas qui est de droite ou pas, et donc tout le monde a tout à fait la possibilité de voter.

    Ce qui m’embête déjà un peu c’est d’aller voter à une primaire, bah disons que ça permet de désigner au moins une fois son candidat, ensuite ce qui m’embête beaucoup c’est d’aller voter pour un candidat de droite, bah disons que tout le monde l’a fait pour Chirac/Le Pen, et enfin ce qui me révolte c’est qu’évidemment les gens de droite pourront faire pareil à la primaire de gauche, mais alors c’est les gens de droite qui vont choisir le candidat de gauche.

    Oups trois fois oups, que dire de ça, à part que tout le monde est déboussolé et que définitivement droite et gauche ça ne veut plus rien dire.

    Comme j’ai déjà commencé à l’expliquer, c’est très exactement le vote lui-même qui est en question, le but du vote, la finalité du vote, l’importance du vote, l’utilité du vote. Je crois que ça demande une remise à plat majeure. A commencer, non limitativement, par les déviations actuelles du vote c’est-à-dire le cumul des mandats, le vote majoritaire, le renouvellement infini des mêmes, le scrutin présidentiel et j’en passe. Qu’avons-nous le sentiment de faire en votant ? Accomplir un devoir, faire des choix pour notre société, empêcher/favoriser des idées de prendre le pouvoir, se venger des difficultés de l’existence, faire triompher ses convictions. Ou tout simplement faire comme la moyenne des gens, parce que c’est difficile de faire autrement. Quand on ne sait plus pourquoi on fait quelque chose il est urgent d’arrêter, de faire une pose, de reprendre son souffle pour essayer d’y voir un peu plus clair. Je suis certain que le vote peut être un acte signifiant, mais pour le moment ce n’est pas le cas. 

    En fait, contrairement au discours ambiant, nous ne souffrons pas d’un manque de lois pour ci ou pour ça, mais du pantouflage de nos élus qui ne veulent sous aucun prétexte céder la place. Nos lois ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais elles sont occultées par des politiques qui ont «occupé» la République. Nous sommes en état de siège, parce que les politiques ont pris le pouvoir et nous ont pris en otages. Pour nous libérer, ils nous obligent à payer la rançon et la rançon c’est le vote. Le bulletin de vote est le péage que nous devons payer pour continuer à être soi-disant libres, alors que c’est exactement le contraire, puisque par le fait de voter nous demeurons enchaînés. Enchaînés car endoctrinés, contrôlés, dominés par un agglomérat politico-financier qui nous maintient sous son joug pour continuer à faire leur business dans un terrain de jeu que nous nous appelons la terre, mais qu’eux appellent le monde des affaires.  

    Michel Costadau

     

  • Classe politique_3

    Classe politique_3

    Voila que plusieurs d’entre vous me disent que je me trompe de cible en visant les politiques, parce qu’en fait le véritable pouvoir est détenu par la finance et que c’est donc elle qu’il faut attaquer. Est- ce que c’est Bolloré et Meyers-Betancourt qui gouvernent ou est-ce Hollande et Hidalgo. Ca paraît logique mais c’est un faux ami. Qu’il faille réduire le pouvoir de  la finance, c’est clair, c’est nécessaire, c’est urgent ; mais attention, c’est d’abord, aux politiques de le faire, parce que concrètement nous les avons élus pour ça, pour nous défendre, pour nous représenter, pour nous protéger … entre autres de la finance.

    Bien sûr, je constate avec vous qu’ils ne jouent pas ce rôle, qu’ils nous trahissent et qu’ils nous racontent des histoires. Et donc ils ne font rien contre la finance, bien au contraire puisqu’ils hébergent et protègent Malte, Luxembourg et bien d’autres Liechtenstein. Alors c’est à nous de le faire ?  Eh bien non car il ne faut pas mélanger les effets et les causes. Dans le domaine médical on a toujours tendance à soigner le symptôme : fièvre, boutons, toux plutôt que la cause : microbe, virus, allergie. Il ne faut pas faire pareil en politique.

    C’est un fait que la finance a du pouvoir, c’est ce que l’on voit tous les jours. Mais c’est le symptôme, car la cause c’est que les politiques leur ont donné cette place, leur ont permis de dominer notre pays. Plus exactement, les politiques ont créé un couple avec la finance dans une relations gagnant/gagnant.

    Les politiques gagnant le soutien des médias, du pouvoir, des inaugurations à tout va, de l’argent de poche, des cadeaux et, suprême hypocrisie, la paternité de la création d’emplois.

    Les financiers gagnant la mise à leur disposition des lois de la république et des règlements administratifs, la clémence de la justice, l’aura de la création d’emplois et le contrôle de la classe politique par l’argent.

    Il nous faut bien comprendre que tant que les politiques ne joueront pas leur vrai rôle de représentants et défenseurs de la population, ce qui d’ailleurs s’appelle tout simplement la démocratie, nous ne pourrons rien contre la finance.

    Bien sûr, il va se trouver des politiques pour nous dire qu’ils veulent diminuer le pouvoir de la finance. Y en a même pour qui en ont fait leur fonds de commerce. Seulement, de ces promesses-là nous en avons de pleines valises et elles nous lassent, elles nous plombent et finalement elles nous énervent. Le temps n’est plus à faire confiance au moindre de ces gens-là. Non, le temps est venu de les mettre en devoir de passer aux actes et de faire des réformes avant que nous votions et non après.

    Lutter contre la finance, c’est le grand challenge des années à venir. Pour ça nous avons besoin que les politiques fassent des lois démocratiques et les fassent appliquer. Hélas, faire des lois est devenu pour eux une activité médiatique comme les autres, car leur but n’est jamais de résoudre le moindre problème mais de faire parler d’eux. On le voit bien avec tout l’arsenal de lois contre le terrorisme, contre le chômage ou pour la libéralisation de ci ou de ça qui, en fait, ne servent à rien du tout.  De plus, la lutte contre la finance est de dimension mondiale et chaque pays est faible devant la puissance de l’argent.  Mais il faut commencer et nous devons montrer qu’on ne peut pas bafouer la démocratie indéfiniment. Nous avons probablement la classe politique la plus hypocrite et technocratique du monde, et nous ne devons plus voter pour elle.

    Michel Costadau

  • Classe politique_2

    Classe politique_2

    Pour alimenter notre réflexion nous avons, aussi, sous les yeux le spectacle que nous joue la classe politique espagnole. Les électeurs ont voté et il se trouve qu’aucun parti n’a eu la majorité. C’est assez normal, ça représente les diverses sensibilités des Espagnols et il est rassurant qu’ils ne soient pas tous du même bord. Seulement la classe politique n’aime pas la diversité ni la différence. Il lui faut qu’un seul parti ait tout le pouvoir, il n’y a que comme ça que l’on peut faire du vrai copinage et ignorer les électeurs.

    Alors la classe politique a dit : les électeurs n’ont pas compris, ils sont bêtes comme leurs pieds, il faut les faire revoter pour qu’ils désignent le parti qui doit gouverner tout seul. Et ils organisent, car ils font ce qu’ils veulent, une deuxième élection et les Espagnols, qui ne sont pas bêtes du tout, ont confirmé leurs opinions et réparti leurs voix entre les mêmes partis.

    Fichtre, la classe politique n’est pas du tout contente. Milledieux les électeurs ne jouent pas le jeu. Il faut qu’ils se mettent d’accord sur un seul parti. Nous, la classe politique, allons être obligés d’organiser une troisième élection. STOP. STOP.

    S’il y a quelqu’un qui n’a rien compris c’est bien la classe politique espagnole. Ce que demandent les électeurs c’est que ceux qu’ils ont élus gouvernent. Pourquoi faudrait-il avoir la majorité pour gouverner, ça sort d’où ? C’est une idée complètement macho ce truc. Il va falloir que la classe politique réapprenne le vivre ensemble. Dans la population, il y a diverses tendances et diverses situations et beaucoup d’opinions. Et les gens se débrouillent assez bien  avec ça. Ca s’appelle vivre ensemble.

    Mais la classe politique ne sait pas vivre ensemble, c’est-à-dire discuter, écouter, hiérarchiser les problèmes, faire des compromis, faire des étapes, travailler ensemble quoi. Et les méthodes pour travailler ensemble existent. Les entreprises fonctionnent comme ça. Par exemple, le service technique dit qu’il prévoit un trou pour faire passer un câble ; le service peinture souhaite qu’il soit plus petit et les électriciens plus grand ; les mécaniciens disent qu’on pourrait faire deux trous plus petits si nécessaire ; les commerciaux disent que le client ne mettra pas un sou de plus, et les gestionnaires disent qu’il faut choisir avant telle date pour ne pas retarder le programme. Et la décision prise n’est pas un pis-aller, c’est la meilleure solution dans le contexte donné. Pourquoi les politiques ne sauraient-ils pas faire ça : prendre ensemble la meilleure décision.

    Pourquoi ? Parce que le moteur de la classe politique n’est pas du tout le bien public, ni même le mieux public. Non, son moteur c’est le pouvoir personnel, les réseaux de copains, l’arrivisme et la suffisance. Evidemment, personne ne pourrait plus dire « la loi untel », parce qu’elle serait l’œuvre de tous. Personne ne pourrait plus dire le président untel a décidé d’augmenter tel barème, parce que ce serait l’œuvre de tous. Clairement, la classe politique ne cherche pas à résoudre le moindre problème et en Espagne le chômage est à plus de 20 %. Non, elle est exclusivement tournée sur elle-même. Elle ne s’intéresse pas du tout aux opinions de ceux qui les ont élus, mais uniquement à l’entre-soi, à ses avantages et à son confort. Alors stop.

    Michel Costadau

  • Classe politique_1

    Classe politique_1

    D’abord il faut que je dise un mot sur Mélenchon. Plusieurs personnes me font remarquer qu’il se propose, s’il était élu, de faire les réformes que pas mal d’entre vous souhaitent, et dont je parle dans mes billets. Ce que je pense de ça : c’est qu’en fait il ne dit pas ce qu’il va faire mais ce que vous voulez entendre. Vous voulez le scrutin proportionnel, Mélenchon le dit ; vous voulez supprimer le cumul, Mélenchon le dit ; vous voulez revenir à un régime parlementaire, Mélenchon le dit. C’est de l’empathie politique, mais ça n’a rien à voir avec la conquête du pouvoir par les urnes ni avec la réforme des institutions.

    Evidemment, si vous voulez renvoyer les Rom en Roumanie, ou supprimer les allocations familiales pour les musulmans, il vous faudra trouver un autre candidat. Et coup de bol, je veux dire pour vous, il y en a.

    Revenons à Mélenchon, pour se poser la simple question : combien de personnes ont envie qu’il formule les propositions que nous voulons entendre ? La réponse est claire, 11% le dernier coup, aujourd’hui à peu près pareil et ça ne va pas beaucoup plus loin. Il faut se rendre à l’évidence : nous sommes loin d’être majoritaires, nous sommes une petite  minorité, nous sommes peu nombreux. Certes ça représente 3 ou 4 millions de personnes au moment de ce vote, mais ça ne compte pas. D’ailleurs, aux législatives suivant ses 11 %, Mélenchon n’a eu aucun député.

    La question qui se pose alors c’est : mais pourquoi se présente et même représente-t-il car Mélenchon sait qu’il ne va pas être élu.

    La réponse s’appelle la classe politique. C’est ça la classe politique. C’est ceux qui jouent à la démocratie en profitant des institutions, c’est ceux qui n’ont pas d’autres objectifs que de se faire connaître à la présidentielle pour se faire un nom, une aura, une cour et vendre leur réseau. Poutou, Montebourg, Fillon savent bien qu’ils ne vont pas être élus. La majorité des candidats savent qu’ils ne seront pas élus. Comment s’appelle une élection à laquelle on ne se présente pas pour être élu ?. Comment ? Eh bien ça s’appelle une mascarade. C’est un théâtre, une représentation dont nous sommes le public. Mélenchon ne cherche pas du tout à révolutionner ni réformer ni améliorer notre pays. Il cherche seulement, comme les autres, à avoir du pouvoir ou une partie de pouvoir. Je prends Mélenchon comme exemple, parce que ça titille plusieurs d’entre vous, mais, bien sûr, ça vous paraîtra encore plus évident avec Bayrou, Le Pen ou Sarkozy.

    La classe politique, c’est l’ensemble de ces quelques individus et de leurs réseaux très imbriqués de relations qui « tiennent » la vie politique de notre pays. L’élection présidentielle est pour eux le moment clé ou on acquiert une parcelle du pouvoir. C’est eux les responsables du bipartisme et de l’élimination des petits partis. C’est eux qui n’acceptent de gouverner qu’avec une majorité et éliminent toutes les autres sensibilités. C’est eux qui ont torpillé la dernière République pour avoir un pouvoir sans partage.

    C’est eux qu’on voit à la télé.

    Et eux ils ne veulent pas que ça change, ils veulent continuer cette villégiature que nous leur payons. Ceux qui comptent sur eux pour changer les institutions, se font complètement avoir, car la classe politique est le principal obstacle au changement.

    Michel Costadau