Mois : mai 2017

  • Chantage

    Chantage

    Y a une espèce de malaise qui est en train de s’étendre dans la sphère politique, pas exactement un malaise mais comme une image qui devient de plus en plus floue, au point de se demander si ce n’est pas, tout simplement, un défaut de vision. Ce malaise vient de la perte d’un repère basique à savoir celui de majorité. Qui vient lui-même d’un vice de forme de notre régime, qui est l’inversion électorale entre législative et présidentielle. Pour le moment, notre président est élu dans le vide c’est-à-dire sans le moindre moyen d’appliquer un quelconque programme. Tant que l’élu était membre d’un parti et plus ou moins choisi par lui, on pouvait dire qu’il avait une majorité implicite, à concrétiser quand même, mais cernable. Mais quand l’élu est réellement un électron libre, seulement entouré de son conseil d’administration, alors ça devient pitoyable parce que vu qu’il est à poil, la course pour trouver un pantalon ressemble à un vide grenier dans lequel tout le monde met ce qu’il a de plus moche dans la rue, pour être offert au public.

    Et ce malaise atteint d’abord les candidats qui ne savent pas trop s’ils font partie, sans jeu de mots, de leur parti ou du président. C’est angoissant. Les seuls qui sont à l’aise dans leurs baskets sont ceux de Mélenchon et de Le Pen. Pour eux c’est clair, il y a adéquation entre le candidat à la présidence et le candidat à la députation. Pour les autres, bien que je sois sûr qu’ils ne m’écouteront pas, je leur donnerai le conseil de passer à l’acte c’est-à-dire de se regrouper dans le PS/LR dont je parle depuis longtemps.

    Ce malaise atteint aussi les électeurs, parce que donner une majorité à un président ne veut pas dire grand-chose, à supposer, bien sûr que nous soyons en démocratie. En fait, seul le fait de donner une majorité à des partis a un sens, puisque le moteur de la politique est encore et toujours le programme et c’est le vrai visage de la démocratie. Effectivement, après la déferlante présidentielle, les candidats députés sont en gros des inconnus et seul le programme qu’ils défendent devrait être pris en compte. Or donc les électeurs ne savent pas ce qu’ils doivent voter, puisqu’en théorie on vote pour ses idées, en général défendues par un parti. Mais quand on ne sait pas quel parti combattra ou soutiendra le président, ça devient difficile. C’est même cornélien, je t’aime donc je ne vote pas pour toi. A nouveau, seuls Mélenchon et Le Pen ne déboussolent pas leurs électeurs, ce qui est cependant une bien maigre consolation.

    Et ce malaise atteint aussi les politologues qui sont chargés de transmettre aux médias les messages des élus, ou plutôt des dirigeants, c’est plus clair. D’abord les politologues sont laminés par le rouleau compresseur médiatique, exclusivement au service du président, qui est l’élu au sens miss-France du terme. Ensuite les transmetteurs de pensées voudraient bien vanter un renouveau de la vie politique, mais force leur est de constater que ce sont encore et toujours les mêmes, un peu comme un tiercé mais dans le désordre cette fois, ce qui évidemment ne change pas grand-chose. Bien sûr ils n’osent pas dire la réalité, qui est que les électeurs sont pris en otage par la présidentielle, et qu’ils sont victimes d’un chantage à la majorité. Car c’est vrai que le besoin de majorité a été rentré en force dans les gènes des électeurs. Alors que la démocratie c’est le contraire, c’est l’exercice de la pluralité. Mais les politiques tiennent seulement à leur pouvoir.

    Alors on a déjà eu le hold-up médiatique de la campagne présidentielle, puis le chantage à Le Pen pour le second tour et maintenant on a le chantage à la majorité pour les législatives. Ce n’est plus un président que nous avons, c’est un chef de gang.

    Pourtant la réalité est claire et précise : les électeurs se sont répartis en quatre courants qui font chacun à peu près 20%. Nous devrions donc avoir un parlement réparti en 4 parts. C’est alors seulement que peut commencer le travail de discussion, d’échange, d’argumentation, de recherche de meilleure solution, qui permet à chacun d’apporter sa contribution à l’édifice commun.

    Et de revenir à la démocratie. Mais le chemin est encore long, surtout quand on n’est pas sur la bonne route.

    Michel Costadau

  • Le camp du vainqueur

    Le camp du vainqueur

    Longtemps, mais alors vraiment longtemps, c’est-à-dire depuis plus de trente ans, je me suis demandé comment à la fin de la guerre les Français avaient pu passer en quelques mois de collabos à résistants. C’était pour moi un total mystère.

    On avait deux époques tranchées au couteau. La période pendant, où Pétain n’avait que des soutiens et était accueilli partout en France à bras ouverts. Et puis on avait la période après, où il n’y avait que des résistants et où personne n’était encore ou même n’avait jamais été pour le régime de Vichy. Le problème, c’est que ces deux périodes n’avaient pas vingt ans d’écart mais s’enchaînaient directement l’une à l’autre.

    Cela me surprenait et je n’y comprenais rien.

    Clairement, la France a fonctionné pendant plusieurs années avec un régime qui depuis a été qualifié de fasciste. Mais à cette époque-là c’était un régime normal, un régime normal d’occupation. Il y avait les services publics, l’école, les fêtes de village, les gendarmes, l’entretien des routes et mêmes des élections locales. Et donc des élus, mais aussi des préfets et des fonctionnaires. Le tout bien sûr sous domination militaire allemande, mais apparemment ça ne gênait pas grand monde. Certains se sont même bien enrichis. Et tout marchait très bien.

    Tout aussi clairement, De Gaulle a été accueilli comme un libérateur et c’était à qui lui ferait le plus de courbettes. D’un seul coup le pays n’a compté que des résistants, intrépides, courageux, nombreux et déterminés. Bien sûr il a fallu trouver quelques brebis galeuses pour défouler la vindicte populaire, mais c’était vraiment l’exception pour confirmer la règle. Tous les collabos étaient devenus des résistants.

    Pour ceux qui auraient le sentiment que j’exagère je crois, au contraire, que je suis en dessous de la vérité.

    Alors, alors, alors j’ai enfin trouvé quel était le ferment de cette alchimie et ça s’appelle le syndrome du camp du vainqueur. En d’autres termes, la population, on dit aussi le peuple, n’a pas de valeurs, de croyances ni de moralité. Le peuple n’a pas le sens inné de ce qui est bon pour lui, le peuple n’a qu’un seul comportement : être toujours du coté des vainqueurs.

    Et si nous revenons à la dernière guerre, les actions barbares de purification ethnique qui ont eut lieu, n’ont été possible qu’à cause du respect par la population du camp du vainqueur. Quand la victoire a changé de camp, le peuple a lui aussi changé de camp. C’est comme ça.

    D’une manière plus large, voilà que ça explique aussi pourquoi il y a eu beaucoup et il y a encore des guerres, eh oui les guerres ça sert à ce qu’il y ait un vainqueur. Et le vainqueur par un coup de baguette magique obtient l’adoration des vaincus et leur servitude. Nos peuples sont des peuples de vaincus qui encensent leurs vainqueurs. En plus, le peuple, mais je préfère quand même dire la population, n’est pas fidèle et même plutôt versatile. Dès que le vent tourne, la population aussi.

    Nous avons la même situation avec notre pauvre élection présidentielle. La population était prête à infliger une déculottée à Hollande et, magiquement, elle encense son successeur. Cherchez l’erreur. Pourquoi ?  parce que ce successeur a été désigné dès le début comme le gagnant. C’est exactement le syndrome du camp du vainqueur. Et on entend déjà la même musique pour les législatives alors qu’il est, encore, impossible de prévoir combien il y aura de triangulaires voire de quadrangulaires et ce qui en sortira.

    Je n’ai pas encore réfléchi à comment contrecarrer ou au moins commencer à lutter contre ce syndrome, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a du boulot.

    A vrai dire j’ai déjà commencé à résister, oui, et c’est en n’ayant pas la télé et tout ce qui va avec, car elle ne vante que les mérites du vainqueur. Cela je l’ai toujours senti mais je ne savais pas que c’était une question de survie. Oui parce que le syndrome du vainqueur ne demande pas obligatoirement une guerre. De nos jours, il suffit que le vainqueur soit construit, introduit, validé puis intronisé par les médias. Les médias sont l’arme moderne, plus besoin de chars, les infos suffisent et rendent les élections caduques car le peuple choisira toujours le vainqueur et pas son propre bien. Même si le vainqueur est complètement fabriqué artificiellement, le peuple le choisira, il a toujours fait comme ça.

    Mais une autre réflexion doit aussi être menée : notre régime actuel a-t-il des comportements barbares comparables à ceux de Vichy ? Et la réponses est oui. Les massacres de migrants, les guerres pétrolières, l’exploitation des enfants, les produits frelatés sont notre quotidien. Nous sommes bel et bien au courant, mais c’est la politique que pratique le vainqueur, car aujourd’hui le vainqueur est mondial alors nous ne disons rien, nous ne faisons rien. Et le vainqueur continue ses actions barbares parce que comme toujours nous respectons le vainqueur. Et tristement nous attendons le prochain. Anne ma sœur Anne ne vois tu rien venir ?

    Michel Costadau

  • Gelée noire

    Gelée noire

    Il est clair que le principal événement de ces dernières semaines a été ces trois jours de gelée matinale qui ont fait des dégâts qu’on n’avait pas connus depuis longtemps. Pour les viticulteurs, arboriculteurs, pépiniéristes, maraîchers, c’est une perte sèche de leurs revenus qui se profile. Personnellement, en tant que céréalier, il n’y a, touchons du bois, aucune incidence. Blé et orge n’ont rien ressenti, les pois chiches et les féveroles non plus. Le tournesol était semé mais pas encore né et le soja pas encore semé. Par contre, autour de la maison ce n’est pas pareil. Les figuiers n’ont plus de feuilles, les noyers non plus. Même les jeunes acacias ont flambé et certaines pointes d’asperges ont roussi. Au verger, les cerises sont noires, les pommiers n’ont plus aucun fruit et idem pour les pruniers. Seuls les poiriers semblent avoir bien supporté et le cognassier a encore quelques fruits.

    Mais restons sur les viticulteurs, bon alors c’est allo maman bobo : envoyez les aides.

    Eh oui on a déjà eu l’impôt sécheresse, les calamités naturelles pour les inondations et des milliers de plans d’aide pour le cochon, le canard, le blé ou la grêle. Alors pourquoi pas le gel.

    Cette attitude me gêne un peu, parce que quand on ferme une entreprise et ses usines, et ça doit être autour d’une par jour en ce moment, certes on donne quelque chose aux salariés, mais les actionnaires perdent tout : actions, pouvoir, voire même un peu d’argent. Alors, sans la moindre ambigüité, il est absolument impossible de pleurer sur le sort des actionnaires. Rien ne les a obligés à investir leurs euros dans des projets. Et d’ailleurs, dans la majorité des cas ils font le jackpot, ce qui leur permet de continuer. Ce n’est bien sûr pas le cas des salariés dont la dépendance au marché du travail est totale, marché créé par ces mêmes actionnaires. Et les viticulteurs, comme tous les agriculteurs – on n’ose plus dire paysans – sont des actionnaires, souvent le seul et souvent même pas en société, mais ça ne change rien à leur statut. 

    Bien sûr, il y aussi l’assurance comme solution. Ce système a l’avantage d’être au cas par cas, contrairement aux aides qui sont générales, mais c’est onéreux et il y a une franchise. C’est d’ailleurs une des orientations de la PAC de faire de l’assurantiel, mais pas encore en vigueur. Seulement les assurances c’est le contraire d’une aide : c’est une charge, qui va donc se répercuter sur les prix.

    Techniquement, contre le gel il y a aussi des systèmes de protection, en particulier pour les vergers. Pourquoi pas pour les vignes. Je ne crois pas qu’il y ait de contre-indications. Dans ce cas là une aide a ses vertus pour inciter à s’équiper. L’Europe, hors PAC, aime bien ce genre de concept d’aider les gens à investir parce que ça fait marcher le commerce.

    Mais il y aussi une autre solution toute simple : ne rien faire. Cette idée me plaît assez, d’une part parce qu’il semble difficile de s’engager dans le cercle vicieux de protéger l’agriculture de tous les aléas et d’autre part parce que, qu’on le prenne par n’importe quel bout, c’est toujours le consommateur qui paye les aides. En plus, ne rien faire a comme vertu d’obliger les gens concernés à se défendre, voire à s’auto-organiser. Vous allez me dire que c’est ce genre de regroupement professionnel qui a conduit aux aides que nous connaissons. C’est vrai parce que ça a été porté au plan national et instrumentalisé par les politiques. En fait moi je pense plutôt à des actions purement de terrain concernant des gens qui se connaissent et ça existe déjà un peu, comme une solidarité locale. Parce que là où les gens s’entendent, les intempéries et les politiciens n’ont plus aucun pouvoir. Seulement, vous le savez, tout le travail des politiques consiste justement à ce que les gens ne s’entendent pas, à commencer par eux, car le compromis c’est-à-dire l’intérêt général n’est plus ou pas encore dans leurs gènes. Est-ce qu’on pourrait penser à changer ça ? 

     

    Michel Costadau

  • Rien

    Rien

    Ce soir, lorsque la farce sera terminée, que le rideau sera tombé, tous les spectateurs rentreront chez eux pour s’apercevoir que rien n’a changé. Enfin rien c’est-à-dire seulement le nom du président. C’est comme le plat du jour : on a l’impression que ça change mais ce sont toujours les mêmes qui reviennent. Semaine prochaine même réveil, mêmes voitures, mêmes bruits des voisins. Demain même école, même bus, même jardin, même sécheresse. Et même impuissance. Ce n’est pas en montant un grand barnum tous les 5 ans que le sentiment démocratique peut se développer et se maintenir.

    Rien n’a changé parce que c’est le but de la manœuvre. Il faut à tout prix éviter un retour à la démocratie parce que ceux qui pillent la planète et nous enferment dans la prison médiatique n’ont pas envie de s’arrêter, ni de se remettre en cause, ni de laisser un peu de pouvoir. Ni-ni rien.

    Mais quand même si, un tout petit quelque chose a changé : un petit nombre de personne de plus ont pris conscience que ce n’est pas le choix d’un président qui permettra le retour à la citoyenneté.

    Non, la réforme des institutions, la fin du système présidentiel, le rétablissement d’une démocratie parlementaire pluraliste ne peuvent pas être obtenus par le choix d’un nom. C’est cela que quelques citoyens de plus ont compris. Ce nombre est petit mais un peu plus grand qu’avant. Ce n’est pas grand chose mais c’est un ferment, une levure qui va pouvoir pousser, qui va irriguer la population, par l’éducation, l’explication, la résistance.

    Bien sûr nous ne sommes pas dans le domaine des sciences exactes, nous somme dans l’humain, dans le sentiment, dans le malléable. Et l’ennemi est puissant parce qu’il est aussi un peu en nous. Il n’y a pas de frontière à la pensée, à la conscience, il y a un grand patchwork où nous nous tenons les uns les autres par un lien parfois fort comme un arbre et parfois faible comme une tige de roseau. Mais ce lien par les opinions est la seule arme que nous pouvons déployer. C’est notre lien, c’est notre arme.

    Lent mais irréversible, étape après étape, le mouvement de prise de conscience se développe dans le monde et aussi dans notre pays. Ce n’est pas une ligne droite mais une succession de  hauts et de bas dont le sens général est quand même ascendant. Un haut avec Iglésias et un bas avec Trump, un haut avec Lula et un bas avec Sissi, Un haut avec Mélenchon et un bas avec Macron.

    En fait, la photo n’est pas en noir et blanc : démocratie ou pas. Elle est en couleur, car nous avons encore quelques institutions, encore quelques bribes de représentation populaire. Alors la question c’est plutôt : voyons-nous dans la démocratie qui nous reste  un rempart contre les excès du pouvoir, d’un pouvoir qui pourrait être  Le Pen ou Fillon, où n’avons nous plus confiance du tout et avons-nous surtout peur de ne pouvoir résister à des hypothétiques déferlements de haines et de vengeances.

    Seulement si nous avons peur ça veut dire que nous sommes déjà au-delà de la démocratie, mais alors pourquoi voter.

    Ceux qui veulent briser notre confiance dans nos lois et dans nos résistances et veulent nous culpabiliser parce que nous ne votons pas, sont les fossoyeurs de notre démocratie, en sursis certes, mais encore démocratie. Vraiment le sens même du vote a été travesti. Normalement le vote est là pour indiquer ce que nous ne voulons plus, ce que nous voulons changer dans notre situation actuelle. C’est pour cela que les citoyens ont conquis le droit de s’exprimer. Mais aujourd’hui le vote a été transformé en ce dont nous avons peur pour le futur. Comment, eh bien tout simplement grâce à la création d’un repoussoir avec un niveau de nuisance imaginaire entretenu par les médias.  

    Nous disons clairement que cette élection présidentielle avec deux candidats pour le second tour – pourquoi pas trois, posez-vous la question ?- n’est pas démocratique. Y participer c’est aller contre la reconquête de notre propre pouvoir.

    Et vouloir nous obliger à voter en caricaturant le danger que  représente l’un des candidats est irresponsable. Non Le Pen n’est pas plus dangereuse que Fillon, que Sarkozy ou Hollande. Les charters de la honte existent depuis de longues années.  Les victimes du trafic méditerranéen de migrants se chiffrent en dizaines de milliers, peut-être en centaines. Les centres de rétention, le contrôle au faciès, les cités, les expulsions de Roms, ce n’est pas demain, c’est notre quotidien. Acceptons-nous huit détenus dans des cellules faites pour trois ? Oui ou non. Si nous l’acceptons alors oui la démocratie est balayée car ce sont des conditions inhumaines. Si nous acceptons cela c’est que nous n’avons pas le courage de dire : c’est une situation actuelle inadmissible et je ne l’accepte pas. Ce n’est pas le futur, c’est le présent. Alors je dis que ceux qui veulent que cela continue, c’est-à-dire que rien ne change sont le vrai danger. Vouloir leur laisser le pouvoir est indigne. Quand les élections, socle de la démocratie, sont truquée pour que rien ne change, quand notre vie politique est un simulacre de démocratie, voter c’est rajouter un neuvième détenu dans la cellule.

    Michel Costadau