Mois : août 2017

  • La Guerre

    La Guerre

    Voilà, on va parler des attentats et pas dans le sens du poil. Pas du tout. On va parler de notre monde et de ses nombreux accidents. Qu’est-ce qui est plus grave, à supposer que grave soit approprié, Fukushima ou Barcelone, l’automobile ou le terrorisme.
    A  Barcelone, les enquêteurs ont mis au jour une douzaine de cellules djihadistes, et à Wolfsburg les enquêteurs ont mis au jour une manipulation du logiciel de mesure de la pollution sur des millions de véhicules.
    A Barcelone, l’enquête démontre que les terroristes préparaient d’autres attaques, et à Wolfsburg les enquêteurs ont établi que tous les autres constructeurs automobiles avaient des procédés similaires de piratage des normes.
    A Barcelone, on est sous le choc disent les médias, et  à Wolfsburg avec les médias on sable le champagne de premier constructeur mondial.
    Oui j’en ai assez de la sauce aux attentats qu’on nous sert pour justifier encore plus de répression dans nos existences déjà laminées par  l’argent. Et cette sauce n’a qu’un seul but : stigmatiser la population et surtout les musulmans pour de pures raisons de pétrole et de guerre de religion. Poursuivre les terroristes, démanteler les réseaux, ok,  pour….pour sauver des vies humaines. Parce que les noyés de la méditerranée, les famines du Soudan, les asphyxiés du Sin-Kiang, les morts de la route, ce n’est pas des vies humaines, c’est quoi alors ?
    Oui il y des attentats, eh bien y a pas de quoi en faire un plat. Notre société, ou plutôt notre monde est accro à l’accident. Les attentats ne sont qu’un des modes de fonctionnement de notre société.
    L’accident c’est la mort brutale de gens qui n’avaient rien demandé. Dans les années 50, l’automobile tuait 17 000 personnes par an, oui pas 170 mais 100 fois plus. Je ne me souviens pas que l’on ait montré à la une des journaux ces accidents avec avocats, procès et comptes rendus. Je ne me souviens pas qu’il y ait eu des descentes de police dans les usines ni de bronca sur les voitures avec pressions morales pour dénoncer ce crime organisé.
    Vous voulez des pressions morales. Je cite « En Belgique, les enseignants d’une école maternelle tirent la sonnette d’alarme après avoir découvert certains signes de radicalisation dans le comportement d’enfants inscrits dans l’établissement, a rapporté lundi le quotidien belge Het Laatste Nieuws. ». Horreur.
    La route aujourd’hui c’est 3000 morts par an, oui pas 30 mais 100 fois plus et c’est dans la rubrique faits divers et chiens écrasés. Et pourtant beaucoup de jeunes vies ont été fauchés par ces chauffards qui, sans vergogne, s’émeuvent maintenant des filières de Syrie où l’on bombarde comme à l’entraînement et du Maroc où l’on viole et torture en toute impunité.
    Je ne sache pas que l’on n’ait jamais voulu éliminer la voiture, sauf les écolos pour respirer l’air pur de la campagne dans leurs centres-villes. Non, on nous a fait accepter les accidents de la route, en nous vendant l’amélioration de la sécurité, les autoroutes, les radars et autres galéjades. D’ailleurs maintenant il serait plutôt question de pollution et de particules fines que d’accidents.
    Alors voilà le constat : clairement  le capitalisme, maintenant mondial, est incapable d’assurer une vie normale sur notre terre. Il ne sait fabriquer que du malheur, des inégalités, de l’injustice, des réfugiés. C’est une continuation de la maudite conquête de l’Ouest avec ses massacres de millions d’Indiens. Un bon Indien est un Indien mort, un bon terroriste est un terroriste mort. Un bon opposant est un opposant mort. Sans remords mais les yeux fermés.
    Parce que les yeux ouverts on voit partout des sans-abris, partout des enfants malmenés, en Ethiopie ou au Venezuela mais aussi à Calais et à Budapest. Des millions de déplacés, d’immigrés, partout des massacres, des murs, des conflits, des exécutions et des camps, oui chez nous des camps et derrière les barrières ce ne sont pas des  pintades c’est des hommes comme vous et moi. Vous osez appeler ça un monde harmonieux et fait pour l’homme. Moi non.
    Le capitalisme mondial ne connaît qu’un traitement : son seul médicament c’est la guerre. Oui la guerre. On nous fait vivre dans la guerre, dans la haine, dans l’égalité des chances du plus fort. Aujourd’hui se préparent les guerres de demain en Asie, en Amérique et même en Europe. Tout ça pour pouvoir piller tranquillement la planète. Aujourd’hui, les plans de licenciement s’appellent plan de sauvegarde de l’emploi, le sabordage de l’air s’appelle marché du carbone et la disparition de la biodiversité, c’est-à-dire de la vie, s’appelle croissance ou même progrès. Le travail des enfants s’appelle délocalisation. Le trafic d’organe s’appelle médecine. Et le trafic d’esclave s’appelle marché du travail. Vous aurez beau vous cacher derrière des ONG, du bénévolat ou des manifs, il n’y a qu’un seul système capitaliste et il ne s’arrête pas à votre porte. Pas à la mienne non plus bien sûr, mais moi j’ai honte, je crie, car je ne sais plus où me mettre. Alors je le dis.

    Michel Costadau

  • Barrière médiatique

    Barrière médiatique

    Maintenant je voudrais expliquer que nous vivons dans un monde factice façonné par les médias, mais ce n’est pas facile. Bien sûr ce n’est pas le monde qui est factice, c’est l’image ou la représentation que l’on nous en donne qui ne correspond pas à la réalité. C’est d’autant plus pernicieux que, justement, cette notion de réalité est le fer de lance des médias. En fait, ils nous inventent une pseudo-réalité qu’ils veulent nous faire voir. Déjà, il est facile de comprendre que les paroles, les interviews, les témoignages sont singulièrement orientés et même les images ne nous donnent pas la réalité, en termes de causalité, de rationnel et de responsabilité. Pour cela, ils inventent les causes et les raisons. D’ailleurs, il est facile de remarquer que les images ont toutes un rapport à la violence, car ils veulent que ce soit notre quotidien.
    Pour étoffer mon propos, la première piste vient directement du contenu de ce qu’il est convenu d’appeler les infos.
    Si je regarde les titres de Orange, de Libé où du Monde, je vois que 90 % de sujets, en fait, ne nous concernent pas. Soyez sûr que je n’invente rien, je n’ai fait que du copié-collé.
    Orange.fr
    08:45 Lady Di, une fashionista qui a chamboulé la garde-robe royale
    08:41 La police de proximité va faire son retour d’ici « la fin de l’année » 
    08:27 Le Lincoln Mémorial à Washington dégradé
    08:25 Le Chilesaurus, « l’un des dinosaures les plus intrigants », révèle ses secrets
    08:00 Après Charlottesville, la pression enfle autour  
    Le Monde.fr
    09:21 Air Berlin dépose le bilan
    08:07 Les informations à retenir à 8 heures
    06:47 Venezuela : Wuilly Arteaga libéré
    05:42 Colombie : une victoire des indigènes
    04:07 Le désarmement des FARC prend fin
    02:09 Le chilesaurus, chaînon manquant ?
    Quand je dis que ça ne nous concerne pas, ça veut dire que ça se passe ailleurs, dans un espace géopolitique sur lequel nous n’avons aucune prise, et on nous apprend ainsi à n’avoir aucun pouvoir sur nos existences. Cette distanciation nous rend spectateurs impuissants, mais nous amène à ressentir quelque chose des faits qui nous sont présentés. Et ce ressenti nous aveugle et  nous empêche du coup de « penser » à ce qui se passe vraiment d’autre, en particulier pour nous. C’est à l’abri de ce bouclier médiatique que les acteurs économiques et politiques agissent chez nous en toute impunité en ne se préoccupant que de leur intérêt.
    La seconde piste vient des pans entiers du fonctionnement de notre pays qui sont totalement occultés par les institutions. En premier lieu, tout ce qui concerne la guerre et les armes. On l’a déjà dit mais on ne le dira jamais assez, la politique étrangère de la France est une zone de non-droit, où nos oligarques ont un pouvoir sans aucun contrôle. Typiquement, l’attentat d’Ouagadougou, ne peut être strictement relié à aucune opération de nos armées ou de nos services, car leurs actions sont  hors du contrôle démocratique et sont uniquement façonnées par les médias. On l’a vu aussi avec la Syrie, où il est devenu impossible de dire quel est le camp que nous défendons, ni même qui se bat contre qui en soutenant quoi ou qui.
    Une troisième piste est le contenu, tout autant occulté, des rencontres entre ce qu’on appelle les dirigeants du monde, et il y a beaucoup de rencontres et beaucoup de dirigeants. L’idée générale est qu’ils échangent des points de vue et se transmettent des messages. Seulement si ce n’était que ça, il n’y aurait aucun inconvénient à le rendre public. Mais ce n’est pas le cas. J’ai donc d’autres idées. Par exemple, l’idée qu’ils font des arrangements, des échanges, des ententes. Bombardements en Syrie ou sabordage au Venezuela. Là on comprend qu’ils ne tiennent pas tellement à ce que ce soit public, et la bonne question c’est : qui a mandaté notre gouvernement pour occuper le Mali, bombarder la Syrie ou négocier le CETA. D’ici à ce que nous allions en Corée, il n’y a qu’un pas pour lequel, comme d’habitude, on ne nous demandera pas notre avis.
    Mais c’est pas grave parce que vous êtes déjà persuadés que votre avis ne compte pas.
    Moi pas d’accord du tout.

    Michel Costadau

  • Tourista

    Tourista

    Retour des touristes en France, titre le Monde. Mais, en même temps, les Catalans ont commencé une lutte contre le tourisme invasif, à coup de tags et de blocage de terrasses de cafés. Invasif je crois que ça veut dire excessif parce que je vois bien de quoi il s’agit. Il s’agit des hordes de vacanciers. Je précise pour donner le ton que nous faisons, évidemment,  partie des envahisseurs en question, et même que l’Espagne est une destination très courue. Pour continuer, je ne vais pas parler que des Catalans mais généraliser le propos.
    Je note d’abord que cette réaction met en lumière un drôle de syndrome. Il apparaît que nous ne voulons pas les étrangers qui viennent chez nous, sans le sou, prendre notre travail, et pas non plus les étrangers qui viennent, au contraire, donner du travail chez nous et dépenser leur argent.
    C’est apparemment contradictoire. En fait pas vraiment, puisqu’on peut ne pas aimer une chose pas plus que son contraire, comme par exemple le très chaud et son contraire le très froid. Cependant, il y a une catégorie de personnes qui, elle, apprécie particulièrement les touristes : les commerçants, sans parler, bien sûr, de tout le secteur des industries du tourisme.
    En fait nous sommes en présence de l’évolution du modèle économique de la ville. Depuis fort longtemps, les commerçants ont été les chouchous des édiles municipaux, ce qui bien sûr n’a aucune explication rationnelle, sauf électorale. C’est la ville bourgeoise dans laquelle les riches et les pauvres vivent dans une grande proximité. Mais bientôt dans les faubourgs,  des cités ont été construites pour loger les travailleurs qui sont petit à petit devenu des chômeurs. C’est le modèle économique classique. Celui-ci, objectivé depuis plus de 50 ans, a tendance à dépeupler les centre-villes en chassant la population pauvre pour la pousser en banlieue afin de la remplacer  par des couches plus aisées. Ce modèle a aussi tendance à chasser les commerçants des centre-villes, les bobos préférant les espaces verts ou les aires de jeux. Bien entendu il ne s’agit pas principalement des commerces de bouche, mais surtout des petits commerçants et des artisans. Allez donc chercher un cordonnier, une mercerie ou une quincaillerie, c’est impossible. La même tendance voit les grandes surfaces et leurs galeries marchandes prendre de plus en plus de place dans les campagnes périphériques pour le malheur des agriculteurs et des amoureux de la nature.
    Seulement ça, c’est le modèle sans touristes.
    Au contraire, dans le modèle avec touristes on voit le centre-ville offrir des hébergements un peu comme les stations balnéaires ou hivernales avec des locations à la journée ou la semaine. On voit alors les commerces refleurir pour nourrir ou distraire cette nouvelle population. Beaucoup de cochonneries et de souvenirs mais du travail quand même. Evidemment, ce modèle avec touristes conduit à nouveau à faire monter les prix de l’immobilier, ce qui pousse encore les moins fortunés à quitter les villes pour les banlieues.
    Clairement, quel que soit le modèle, les petits sont chassés des villes. Oui, ne rigolez pas, c’est encore le libéralisme économique qui est à la manœuvre. Hélas, il ne faut guère compter sur lui pour nous proposer des modèles de villes démocratiques, pour ne pas dire humaines.
    Qui plus est, la campagne aussi est interdite aux pauvres, puisque les prix y sont prohibitifs. Alors que leur reste-t-il. Clairement, il ne leur reste que les taudis des villes en attente des fameuses réhabilitations de quartier. Le combat des Espagnols est donc assez juste, mais c’est, comme toujours, pot de terre contre pot de fer.
    Bon, mais alors que faire pour les vacances. Il faut peut être réfléchir à la solution américaine, où il n’y a pas de vacances et donc pas d’exode programmé. En fait on va déjà dans ce sens-là. Mais ce n’est pas dit que ça résolve le problèmes des pauvres. Beurk
    Bonnes vacances.
    Michel Costadau
  • Départ d’Yves-Marie

    Départ d’Yves-Marie

    Hommage de son frère Jean Costadau
    Bonjour,
    Tout d’abord, du fond du cœur, merci d’être venu. Vous êtes venus pour vous, bien sûr, mais aussi pour nous, la famille d’ Yves-Marie afin que nous puissions tous et chacun d’entre nous, aussi sereinement que possible, le laisser partir puisque c’est ainsi que va la vie.
    Pour lui et pour nous merci.
    Une vie de 68 années ne peux se résumer en quelques mots, mais pour nous laisser simplement un peu de temps pour nous souvenir, permettez-moi, en quelques mots, d’évoquer quelques étapes de sa vie. Je suis la personne la moins indiquée pour cela parce que je retiens peu les dates, les lieux et ce genre de choses, mais ce n’est pas grave c’est juste pour nous laisser le temps de nous souvenir.
    Yves était le dernier d’une fratrie de 3 garçons : Michel l’aîné, moi même le cadet et Yves le puîné. Michel et moi l’avons longtemps appelé notre petit frère. Pour le meilleurs et pour le pire, parce qu’un petit frère c’est aussi : « Oui, c’est mon petit frère, il ne veut pas me lâcher ». Pendant cette première partie de sa vie il a vécu, avec nous bien sur, à Paris, 9èm arrondissement, au 2 de la rue Moncey, 2èm étage. Pour nous trois la géographie du quartier se décline définitivement en fonction des rues ou habitaient nos amis, amis et amies, des adresses : des écoles, collèges puis Lycées, du local des louveteaux, puis des scouts et de la salle paroissiale avec son baby-foot et son ping-pong. Pendants des années, à nos moments de désœuvrement, nous avons contemplé de la fenêtre de notre appartement sur le trottoir d’en face, le Beurre Oeuf Fromage que tenait deux sœurs en tablier blanc et la concierge s’appelait Pauline et Yves était bien mignon sur les quelques photos qui restent de ce temps où maman nous pomponnait, cheveux en brosse, pour être bien fière de ses trois poussins à la sortie de la messe de 11h le dimanche matin et nous devions nous tenir bien droit.
    Mais cette ‘vie parisienne’ était celle que nous connaissions pendant l’année scolaire. Enfants nous passions toutes les vacances d’été dans le village de naissance de maman à côté d’Avignon. Des vacances de soleil, de mer aux Saintes Marie de la Mer et parfois de vent, le mistral. Le lien avec Port la Nouvelle est assez évident : le soleil, la mer et le vent ‘souvent’.
    C’est entre ces deux pôles que s’est passé pratiquement un tiers de sa vie.
    Après le bac et la tourmente de mai 68, Yves a eu une phase courte mais forte d’engagement politique à l’extrême gauche puis une phase ‘élevage de chèvre’, dans la région toulousaine, à la ferme dites le Rastel, longue maison basse typique du Lauragais, sur la commune de la Salvetat. Mais auparavant il y avait eu un passage par une école de théâtre, domaine auquel il reviendra plus tard et une relation forte établie avec Bruxelles. Yves était très passionné, très gentil, le plus gentil des trois, je crois que ça ne fait pas de doute, il avait hérité de la gentillesse de notre père, mais ce n’était pas une gentillesse molle, il pouvait s’emballer et il s’emballait pour un texte sublime, une pièce, un ballet, une idée politique.  La Belgique, pour nous parisiens, était à deux pas et nous allions facilement à Bruxelles pour un spectacle d’un soir. Puis une amie proche s’y est installée et cela a facilité les relations. C’est donc avec une amie Belge qu’il a vécu sa phase élevage de chèvres. Des chamoisées, charmantes à voir. Mais je crois me souvenir qu’il les a assez rapidement trouvée très espiègles pour finir par les trouver carrément insupportables.
    Je passe sur une phase chauffeur de poids lourds, après le Rastel je pense et avant la Belgique sans doute.  Chauffeur de poids lourds, Yves ? Il est clair qu’il n’avait pas le gabarit pour charger et décharger, mais à y bien regarder un poids lourd dégage de la force et une forme de beauté, deux éléments dont il avait besoin. Retrouvons-le en Belgique où il a intégré l’équipe technique des ballets du 20èm siècles, la compagnie de Maurice Béjart. Avec Béjart il a vécu des années passionnés, des tournées internationales et de grands moments en Avignon lorsque Jean Vilar a ouvert le festival à la danse. Je pense qu’Anne  parlera de ce temps là, mais je cite quand même le boléro de Ravel, en particulier avec Jorge Donn dans le rôle principal. Des ballets du 20èm siècle il est passé à l’atelier théâtral avec encore de grands moments à Bruxelles, en tournée et en Avignon. C’est dans cette période qu’il a rencontré Anne avec laquelle il a eu une fille et ensemble ils ont créé leur propre  compagnie de théâtre pour enfants : ‘Zanni’.
    Béjart, l’atelier théâtral, Zanni, sa fille : les années ont filé.
    Sa santé a commencé à décliner, il supportait de plus en plus difficilement les hivers belges. Il a dû arrêter de travailler. Il est venu s’installer à Port la Nouvelle où il a acheté une petite maison. Quand il est descendu il était fatigué, très fatigué mais peu à peu il s’est remis et il a fait son trou, comme on dit. Il a eu la chance d’avoir de bons voisins, que je remercie particulièrement au nom de toute la famille, il a établi quelques amitiés fortes, parce qu’il était très gentil et passionné, merci, merci à vous ses amis, et il a intégré une association de sécurité civile et de prévention des incendies. Cette association a été très importante pour lui. Avec ses collègues il a, en particulier, patrouillé longuement sur les routes accidentées du terroir de Fontfroide. Mais cette activité était un peu plus que cela. J’ai compris que les patrouilleurs formaient une petite communauté chaleureuse qui l’a accueilli et apprécié et il le leur rendait bien, je crois.
    La dernière année de sa vie a été envahie par la maladie qu’il a endurée avec – j’ai cherché le mot qui convenait, je n’en ai pas trouvé d’autre que le mot un peu désuet de – dignité. Première chimio puis scanner d’évaluation : pas d’évolution positive et les chimios le mettaient à plat. Deuxième chimio, scanner, pas d’évolution positive. Troisième traitement : immunothérapie, scanner pas d’évolution positive. Il a encaissé ces nouvelles, terribles, avec dignité. Il ne s’est jamais plaint de son sort. Il nous faisait part seulement de sa fatigue et de ses souffrances physiques. Peu à peu sa seule lumière est devenu sa fille. Sa femme aussi, mais surtout sa fille, son trésor, son admiration, sa réussite. Sa fille née en Belgique et qu’ils ont prénommée Aude. Une dernière fois, Yves, je polémique avec toi, et pour une fois, je suis sur d’avoir le dernier mot. Tu nous demandais toujours de protéger ta fille si fragile. Non, tu peux partir Yves, ta fille est déjà une femme.
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    Hommage de son frère Michel Costadau
    Enterrer ses parents on sait ce que c’est, on a déjà donné. Enterrer son frère c’est nouveau ça vient de sortir. C’est Yves qui a voulu commencer, comme son père exactement.
    Allez faut bien parler un peu des Costadau quand même. Nous étions trois et maintenant il en manque un. On pourrait dire c’est plus pareil. C’est vrai. Mais en fait ça fait longtemps que c’est plus pareil. Je veux dire qu’il y a eu de grands moments mais on vit plutôt sur notre lancée.
    Et pourtant pour Yves, la fratrie ça comptait beaucoup. Je crois même que pendant un temps ça a fait toute sa force. Moi il ne peut rien m’arriver : j’ai mes deux frères. Manière de dire à l’adversité : toi reste là bas si non j’appelle mes frères et ça va être réglé en 5 minutes. En plus il avait raison, nous étions soudés, fusionnels et bienveillants. Quand Yves arrivait à Bédarrides il nous disait j’ai trois questions à discuter avec vous. Et on discutait et le vin coulait et les belle sœurs montaient se coucher en attendant leurs maris. Nous étions une force, une vraie. Il faut dire qu’Yves, de la force il en avait besoin, car la vie n’a pas été très tendre avec lui. Bon.
    Bon on va pas rentrer dans les histoires de famille, mais disons qu’Yves était un idéaliste. Et un idéaliste ça a beaucoup d’envie mais pas trop de concret à se mettre sous la dent.
    Viscéralement Yves était pour la justice, la justice sociale je veux dire. De voir que les profiteurs avaient pignon sur rue au lieu d’être en prison, ça le dérangeait énormément. Ca le faisait vraiment souffrir et son impuissance était comme une plaie ouverte qui le minait.
    En fait depuis ses premiers engagements militants, il avait soif d’ordre, celui où les méchants sont détectés et punis avant de le devenir.
    En terme d’utopie Yves était pour une société juste naturellement sans qu’il soit nécessaire de se battre. Evidemment ce n’est pas la réalité mais la Belgique, au début, lui a convenu parce que c’est vrai qu’en Belgique il y a une plus grande convivialité. En plus en Belgique il a trouvé Anne et puis Aude et ça a été du bonheur. Une bonne époque.
    Et même depuis son retour en France, jamais il n’a dévié d’un iota sur la Belgique, un peu comme un Eldorado. Et pourtant c’est en Belgique qu’il a commencé à déprimer au point de devenir difficile à vivre pour sa famille. Très difficile.
    Yves était, aussi, un conteur né, capable de raconter avec tranquillité les trucs les plus incroyables. Cette aptitude venait directement de papa. Jean en a hérité un peu aussi et moi pas du tout.
    Parce que Maurice quand il parlait on ne savait jamais si c’était vrai, arrangé ou inventé. Papa en 39 a fait la drôle de guerre et ça s’est mal terminé mais, en fait, pour lui pas trop mal. Avec trois de ses copains, ils ont quittés le front, pour rattraper les Allemands qui les avaient dépassés. Alors ils ont fait 400 km à pieds en une semaine pour rejoindre Périgueux, sans changer de chaussures et en dormant dans les fossés. Pourquoi pas. Et à Périgueux alors qu’est ce que vous avez fait ? Ben comme il  n’y avait plus personne à la caserne on s’est démobilisé tout seul et on est rentré chez nous. Ben voilà c’est tout simple. Et si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé comme disait maman.
    Alors quand Yves racontait les danseurs ou les incendies de forêt, les sauvetages en mer ou les transports routiers, ça faisait rêver tout le monde. Et il avait l’aplomb nécessaire pour parler sans le petit sourire qui pourrait faire croire que c’est une blague.
    Et là, maintenant, Yves est parti discrètement comme ses parents, sans déranger personne, en laissant tout propre, tout en ordre derrière lui, pour sa fille et pour sa femme. D’ailleurs il n’aimait rien tant que ne pas déranger, faire comme s’il n’était pas là et se débrouiller tout seul. Seulement la maladie aussi s’est débrouillée et a été la plus forte. Ce qui fait que d’une certaine manière je suis content pour lui. Il ne souffre plus ni dans son corps ni dans sa tête. Il est apaisé et nous aussi. Je crois que c’est ça son message. Merci Yves. A bientôt.
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    Hommage spontané du frère de Anne, Vincent Van Rymenam, et de Marie Odile Audras
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    Hommage de sa femme Anne Van Rymenam
    Yves-Marie, je crois que tu aurais aimé entendre une dernière fois cette citation  que tu connaissais pas coeur:
    «… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
    Lorenzcio – Alfred de Musset
    Yves-Marie, mon bel étranger du sud,
    je t’ai rencontré il y a près de 40 ans, c’était au théâtre Jean Vilar à Louvain-la-Neuve, en Wallonie,  en Belgique où nous avons vécu.  Tu as travaillé avec les plus grands de la Danse et du théâtre. Tu as côtoyé Maurice Béjart, Jorge Don, avec eux, tu as fait le tour du monde.  On se retrouvait entre deux avions et notre amour grandissait.
    Tu as souvent été un travailleur de l’ombre mais surtout un être passionné, passionné de théâtre.
    Ensemble, nous nous sommes retrouvés  sur une même scène, je me souviendrai toujours de la cour d’honneur du palais des papes à Avignon.
    Nous avons fondé notre compagnie, le théâtre Zanni avec cette volonté qui t’était si chère de pratiquer un théâtre pour  tous.
    Quand notre fille Aude est née, nous avons fait du  théâtre pour les enfants.
    Tout au long de ces années, nous avons travaillé et joué ensemble. Tu as mis des étoiles dans des milliers de paires d’yeux d’enfants ! Aujourd’hui encore, je continue à faire vivre ce théâtre avec l’esprit que tu lui as insufflé.
    Quand tu as été fatigué, tu es redescendu dans ton sud qui t’était si cher.
    Tu m’as communiqué ton amour de ce  sud et c’est ici que j’ai ma maison.
    Avec toi, j’ai découvert une famille, une «belle »  famille que j’ai aimé comme la mienne.  J’ai aussi découvert ta fratrie et ce fameux esprit Costadau.
    Qu’est-ce que tu étais fier de tes frères.
    Cette fierté, tu l’as aussi transmise à notre fille qui va se retrouver bien seule sans toi.
    Yves-Marie, tu as été l’amour de ma vie, le père de ma fille.
    Tu aimais la mer,
    Avant ton dernier départ, j’ai envie de respirer profondément en conscience avec toi, avec tous ceux qui sont venus t’accompagner aujourd’hui.
    Respirer au rythme du flux et du reflux des vagues qui se déposent sur la plage…
    Une inspire profonde en t’envoyant un grand sourire.
    Une expire profonde pour t’aider à partir.
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     Hommage de sa fille Aude Costadau
    Papa, tu es parti trop tôt. Mais tu pars en me laissant fière de mon père.
    Le combat que tu as mené ces derniers mois est devenu un exemple pour moi.
    Aujourd’hui, je perds mon plus grand conseiller, mon plus grand confident, mais je ferai en sorte que tu puisses de la où tu es, être fière de moi, fière de ta fille.
    Quand j’étais enfant, pour pouvoir m’endormir tu avais l’habitude de me lire le petit prince.
    Aujourd’hui à mon tour, j’ai envie de t’en lire un extrait pour ton dernier sommeil.
    Extrait du petit prince :
    J’ai appris dit le petit prince que le Monde est le miroir de mon Ame…
    Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai.
    Quand elle est accablé, le monde lui semble triste.
    Le monde n’est ni triste ni gai il est là, c’est tout.
    Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais…
    J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement…
    « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux »
    Au revoir papa