Mois : septembre 2017

  • Moustique

    Moustique

    Quand on dit que « l’enfer est pavé de bonnes intentions » on reste sur une version assez naïve qui innocente un peu le fauteur. Mais quand la bonne intention est délibérément et intentionnellement un acte malfaisant, je crois qu’on pourrait transformer le dicton en « n’hésitez pas à utiliser les bonnes intentions comme camouflage des mauvaises actions » .
    Je vais vous expliquer ça par rapport aux zones humides et aux moustiques. Depuis quelques années, les pouvoirs publics, et on sait qui c’est, ont accepté de satisfaire la demande de la population pour éradiquer en début de saison les larves de moustique et de quelques autres insectes volants. Cela permettait de séjourner en ville et en vacances avec les fenêtres ouvertes, ou avec une simple moustiquaire.  Alors  bien sûr cette éradication utilise des produits insecticides dont la nocivité est à la mesure de l’efficacité.
    Les choses auraient pu en rester là, mais quand même ces produits nocifs restaient en travers de la gorge de quelques uns. Et voilà qu’arrive un deal magique : au non de la santé publique nous, pouvoirs publics, allons arrêter d’éradiquer les moustiques afin que la population supporte moins de produits nocifs et….. que ces charmants insectes puissent se développer en liberté.
    Le coup est pour eux gagnant-gagnant, d’abord ils font des économies, sans pour autant diminuer les impôts bien sûr, et ensuite ils repeignent leur blason en vert, c’est-à-dire en propre.
    Mais en fait le coup est pour nous perdant-perdant. Eh oui, parce que la conséquence de l’attitude des pouvoirs publics c’est……qu’il y a beaucoup de moustiques. Et comme il y a des moustiques, la population cherche à se défendre et achète à-tout-va des insecticides dont, on l’a déjà dit, la nocivité est à la mesure de l’efficacité. Et cette fois ce n’est plus seulement la zone de ponte qui reçoit des insecticides mais chaque habitation, c’est-à-dire la ville entière. Qui plus est, en cherchant à se protéger la population achète, c’est dire dépense, c’est-à-dire consomme, en étant une proie facile pour les marchands, et fait monter le PIB. Ouaouh. Nous voilà donc avec une mesure pleine de soi-disant bonnes intentions :  protéger la nature, et qui vire discrètement et directement  à la pollution et à la surconsommation. Bingo.

    Michel Costadau

  • Ouragan

    Ouragan

    Quelle leçon les pouvoirs publics vont-ils bien pouvoir tirer de la dévastation que viennent de subir les Caraïbes, et de celles à venir. En fait, les pouvoirs publics sont, à quelques exceptions près les politiques, et comme vous le savez avec eux il faut se méfier. En fait ce que je redoute c’est que les habitants reçoivent une aide juste pour reconstruire les bicoques en tôle ondulée qui viennent de s’envoler, et quelques fois avec eux dedans et qui s’envoleront donc encore la prochaine fois.
    Si on prend les choses rationnellement, il me semble qu’il y a trois aspects, d’abord la prévention, ensuite l’anticipation et enfin le rétablissement.
    La prévention est quasiment inexistante puisqu’il n’y a aucune norme de construction ou d’infrastructure appliquée pour de tels cas. Qui plus est, nous savons très bien la complaisance avec laquelle lesdits pouvoirs publics autorisent des constructions. De plus, il n’y a pas que les habitations qui sont concernées, mais aussi les réseaux, électricité, eau, téléphone y compris internet ainsi que la présence, et en l’occurrence l’absence, de zones sécurisées.
    L’anticipation, c’est-à-dire le temps d’avance que l’on se donne pour diminuer l’impact de l’évènement par sa prévision est, jusqu’à maintenant, essentiellement basée sur la météo et consiste surtout à déplacer la population.
    Quand au rétablissement c’est, aussi, un domaine consternant  puisque je crois qu’il n’existe même plus de plans ORSEC ou similaires, et les réponses relèvent plutôt de bouts de ficelles ou de  mesures complètement inadaptées comme les interdictions diverses, y compris de circuler, qui pleuvent dans ces cas-là.
    D’ailleurs, je viens de voir dans Acteurs Publics du 13 septembre la « Nomination d’un délégué interministériel pour la reconstruction de Saint-Martin et Saint-Barthélémy » preuve s’il en est que non seulement rien n’était prévu, mais que l’on reste dans le domaine archi-dépassé de la technocratie.
    Déjà on peut voir qu’il y a une leçon qui n’a pas été tirée, c’est le fait que les politiques continuent à être les passagers clandestins de l’aide et font à eux seuls l’information bien avant le contenu de l’assistance. Peut-être même servent-ils à masquer ces contenus. De là à dire que les politiques utilisent les circonstances et le malheur des victimes pour se propulser sur le devant de la scène, il n’y a qu’un pas que je franchis sans difficulté tant est honteuse la compassion hypocrite dont ces gens-là font preuve.
    Je crois que l’on est dans un des domaines favoris de la technocratie, à savoir les effets de pointes. Par exemple, aujourd’hui j’ai déjeuné dans un relais sur l’autoroute de Bordeaux et j’ai attendu trois quarts d’heure pour être servi tant il y avait de monde. Cependant, quand j’ai eu fini de déjeuner, il n’y avait plus personne faisant la queue, et si j’étais arrivé à cette heure-là je n’aurais eu aucun temps d’attente.
    Et nous voyons donc une des lois fondamentale de la technocratie qui est de ne jamais dimensionner quoi que ce soit sur le maximum d’utilisateurs ou d’utilisation mais seulement sur une moyenne, voire sur le minimum. Les pics sont alors censés durer peu de temps et amener les gens à adapter leur comportement en conséquence. Seulement, on a ainsi un nombre incalculable d’heures perdues dans les embouteillages, dans la queue à l’hôpital, aux guichets …et de nombreuses victimes.
    Il y a cependant des cas où le dimensionnement est sur la pointe, par exemple l’électricité. En effet, aujourd’hui personne n’accepterait que le courant disparaisse 12h/jour de novembre à mars à cause de la trop forte demande.  On voit donc bien que quand c’est nécessaire, ils savent faire alors pourquoi pas contre les ouragans. Vous n’y croyez pas, euh… moi non plus.
    Michel Costadau
  • Les US

    Les US

    C’est en lisant « Le Christ à la carabine » de Kapuscinski que je me suis, à nouveau, interrogé sur les différents niveaux d’accès à la réalité que nous avions. Autant dans tout le volet sur les Palestiniens je suis en terrain connu : attentats sionistes, déplacements de population, et autres guerres : en gros l’Etat voyou d’Israël et son soutien occidental, autant sur l’Amérique Latine je redécouvre les bains de sang et le colonialisme US.
    Ma première réaction est de me dire que la haine pour les US de cette population latine mais surtout indienne, doit être quelque chose d’énorme, car on ne fait tant de mal pendant si longtemps sans conséquences. Je me demande d’ailleurs s’il ne faut pas lire le Venezuela à cette aune-là.
    Ma seconde réaction c’est l’incroyable double jeu US sur la démocratie. D’un côté, voila un pays soit disant libre, où même les policiers sont élus, défenseur acharné des droits de l’individu, et de l’autre côté, une machine à fomenter des coups d’Etat, à établir et maintenir des dictateurs, à piller les ressources en exploitant une population maintenue dans l’illettrisme.
    Par quel mécanisme invisible  les US sont-ils devenus la référence du monde libre, du monde démocratique ? A bien y regarder, tout dans leur histoire est antidémocratique et dictatorial. De la sanglante conquête de l’Ouest, à la chasse aux communistes, en passant par la prohibition et la Guerre de sécession, tout n’est qu’hypocrisie à base religieuse et mafieuse. Un pays uniquement basé sur l’argent. On découvre aujourd’hui, avec stupeur, que chez eux, les noirs sont encore une sous-classe sans droit de vote et d’éligibilité, que les policiers ont le droit de tirer dans le dos sans être jamais inquiétés, que la coupure entre les possédants disposant du pouvoir et les autres, obligés de vendre leur maison pour soigner leurs enfants est un fossé insondable. Et ce fossé continue à s’agrandir, l’élection de Trump par des petits blancs racistes en est la preuve.
    Par quel mystère avons-nous pu être abusés à ce point.
    Il faut admettre que seul un puissant et constant  matraquage médiatique peut orienter ainsi nos opinions. Ce matraquage existe bel et bien et, on l’a déjà évoqué, s’appelle les médias. Les médias nous vendent seulement leur réalité. Et l’on comprend aussi pourquoi ces médias sont possédés par la finance.  Hélas ce matraquage non seulement continue, bien sûr, mais clairement il concerne bien d’autres domaines que le maquillage du rêve américain. Pour moi, d’une manière symbolique, le cœur de cette bataille est le PIB.
    Comment peut-il se faire que nous soyons attachés à la progression de cet indice aux mains de la finance. Qu’est-ce qui progresse quand le PIB augmente et qu’est-ce qui régresse quand il diminue. Le PIB n’empêche ni le chômage, ni la misère, ni l’insécurité. Alors à quoi sert-il ? Je pense que le système lui-même ne sait pas répondre à ces questions. C’est du domaine de la croyance. Exactement comme la conquête de l’Ouest, horrible guerre américaine mythifiée à souhait et qui n’a, en fait, pas d’autre but que la fuite en avant. La fuite en avant est la seule loi des US. La fuite en avant est le dénominateur commun de notre monde.
    Par exemple, on essaie de nous maintenir dans l’idée qu’un pays, qu’une entreprise, croît quand son chiffre d’affaires augmente. Mais ces chiffres-là ne concernent que les actionnaires. Tous les jours on peut voir que la valeur d’une entreprise n’a pas de rapport avec son chiffre d’affaires. Une entreprise s’achète et se vend entre 0 et 100 fois son produit annuel. Ce qui veut dire que bien d’autres facteurs entrent en jeu pour déterminer son prix.
    Tout ça pour dire que la réalité est quelque chose qui nous échappe de plus en plus. D’ailleurs, le business parle maintenant de réalité augmentée, de reality show, de réalité virtuelle. Et les médias nous proposent de la téléréalité.
    Euh, est-ce que vous avez bien compris que c’est de nous qu’il s’agit.
    Michel Costadau
  • Le Progrès

    Le Progrès

    C’est vrai que la mise en parallèle, dans le précédent billet, de l’automobile et du terrorisme n’est pas tout à fait évidente, mais je note malgré tout que les terroristes utilisent des voitures béliers pour faire des accidents et donc je trouve que la comparaison n’est pas si mauvaise que ça.
    Je dis cela parce que le sujet d’aujourd’hui est un peu la suite de  la semaine dernière et de sa sentence magique : « le capitalisme est complètement incapable de construire un monde vivable ».  Je développe avec une nouvelle proposition : « presque tout ce que l’on appelle le progrès est seulement la résolution des problèmes engendrés par le capitalisme lui-même ». On y va.
    Chacun sait que pour commencer les capitalistes ont vidés les campagnes pour amener des ouvriers à vivre et produire dans leurs usines créant du même coup, malgré les jardins ouvriers, la notion de consommateur. Seulement maintenant on se retrouve avec trop de monde en ville, trop de voitures, trop de clim, trop de déchets. Et donc il faut résoudre un sacré paquet de problèmes, de logement, de sécurité, de racisme, de circulation, d’ordures, de parking, de chauffage, de pollution. Problèmes qui sont entièrement laissés à la puissance publique c’est-à-dire à notre grotesque classe politique et à notre portefeuille. Idem pour le travail, parce que les actionnaires qui avant exploitaient de la main d’œuvre, maintenant ils la trouvent trop chère et encombrante. Alors ils robotisent et importent de la force de travail presque gratuite. Et l’Etat fait des dépenses incompréhensibles pour « aider ».
    Le fait de vider les campagnes a aussi permit de lancer l’agriculture industrielle dite productiviste. Avec, en un rien de temps là encore, un sacré paquet de problèmes à résoudre : les nitrates, les usines à veaux, vaches, cochons et autres poules, les abattoirs, les algues, la pollution méthanique, les poisons agricoles, la déforestation. Et même l’eau puisque l’agriculture productiviste consomme 80% de la ressource en eau de notre planète.
    En fait on se rend compte que tout ce que touche le capitalisme génère des problèmes. Par exemple, la disparition des paysans a aussi entrainé d’un coté la disparition des haies, le nivellement des champs et le développement du béton, le tout facteur d’inondations et d’un autre coté une urbanisation concentrationnaire et opportuniste avec le développement de broussailles, de friches et de  terrains vagues le tout facteur d’incendies.
    De même les « investisseurs » ont réussi la construction d’habitations dans des zones complètement impropres, entrainant du coup des catastrophes naturelles ou pas avec des dégâts en matériel et en vie humaines. Tout ça, uniquement à cause de la logique du profit.
    Alors bien sûr vous allez me dire il y a l’avion, le téléphone, internet c’est des progrès ça. Hou là on se calme. Oui il y a des inventions et il y en a eu bien avant le capitalisme et j’espère qu’il y en aura après. Ce que je veux dire c’est que le monde de l’argent a détourné les inventions pour faire du profit et non pour épanouir les hommes. Et le système financier se trouve donc avec des problèmes à résoudre, non pas liées aux inventions elles mêmes mais à la manière dont il les a gérées.  Faut-il vraiment détruire la biodiversité pour construire des aéroports. Faut-il vraiment continuer à bruler du pétrole dans des véhicules polluants. Faut-il vraiment être envahi d’ondes pour juste savoir l’heure d’une séance de cinéma. Tous les « progrès » en cours, voitures électriques, sans chauffeurs,  télétravail, le grand magasin internet relèvent plus d’une manœuvre pour cacher les problèmes que de pas en avant dans la qualité de vie sur terre.
    Si je vous dis tout ça c’est parce qu’il faut comprendre que lutter contre le capitalisme, même si ça peut éviter une partie des dégâts, ne sert pas à grand-chose puisque les capitalistes et les politiques sont cul et chemise. Il est clair qu’il faut remplacer ce système par un nouvel esprit et une nouvelle classe politique. Les idées ne manquent pas mais il est beaucoup plus difficile de changer notre mentalité que d’attendre des « progrès » du système capitaliste. Changer d’idée voilà le bon programme.
    Michel Costadau