Mois : janvier 2018

  • Patrick Mignard

    Patrick Mignard

    Je suis complètement sidéré par cette condamnation, en appel, de Patrick Mignard pour diffamation. Que s’est il passé ? Apparemment il a affublé le maire d’une petite commune du titre d’ogre, sa femme de sorcière, et leur fils et leur fille de légèrement demeurés. Cela non pas en réunion, ni dans un tract électoral, mais dans un conte moyenâgeux très court paru sur un des sites où il intervient. Je ne sais pas si c’est vrai, et personne ne le sait bien sûr. Bon, certes c’est pas très gentil, mais il fait ça toute la journée et, en général, pour des personnages beaucoup plus haut placés, qui c’est vrai, s’en fichent complètement.
    En fait, il dessine, vous savez, le petit nuage avec un visage de Coluche en haut, c’est lui.
    Et le village en question est un tout petit village, moins d’une centaine d’habitants et de votants. Et c’est là qu’est le problème. Ces villages donnent tous lieu à des fonctionnement archaïques du type clan. Un groupe de population, souvent agricole et ancré localement, s’érige en clan et domine la vie du village. Le conseil et le maire sont alors non pas choisis par la population, mais cooptés par le clan. Bien sûr, il y a des élections comme partout, mais le résultat est décidé avant. Souvent aussi il y a quelques trouble-fêtes qui sont, en fait, les bienvenus pour faire ressembler le tout à un peu de démocratie. Mais, d’une manière générale, il est difficile de prospérer si l’on n’appartient pas, plus ou moins, au clan. Bien sûr il peut aussi y avoir plusieurs clans et des guerres de clans, ce qui somme toute est assez démocratique, mais ça n’arrive pas souvent. Cet état de choses n’est pas le fruit de calculs machiavéliques mais tout simplement le résultat des vagues successives de désertification puis de repeuplement qu’a connu  la campagne. C’est la réalité.
    Alors, voilà que Patrick  Mignard met ça en musique et fait trois ou quatre petites nouvelles sous le nom révélateur de Merlin l’emmerdeur.
    Et donc, que les intéressés se soient reconnus dans les personnages du conte en question, c’est normal c’est fait pour ça. Qu’ils aient porté plainte c’est encore normal, puisqu’ils n’ont aucunement l’intention de changer d’attitude et souhaitent seulement continuer comme avant. Je suis, donc, sidéré par le comportement de la justice, enfin je ne sais pas trop comment l’appeler. Car ce jugement est incompréhensible.
    Que la justice soit un régulateur de la vie en société me paraît normal. Eviter les abus sur ceux qui sont faibles ou malades ou en difficulté : normal. Eviter que ceux qui ont plus se voient dérober une partie de ce qu’ils ont : normal. Permettre que les écrits engageants soit respectés et sanctionner ceux qui ne respectent pas les lois connues : normal.
    Mais dédommager un édile pour la dérision dont il est victime alors là ça ne passe pas, c’est pas du tout normal. Bien sûr ce n’est pas drôle de se faire traiter de sorcière ou de demeuré, mais c’est la règle du jeu en société. Non seulement on a le droit de penser ce que l’on veut de x ou de y, mais on a même le droit de le dire et de l’écrire. S’il y a une limite c’est quand ça devient du harcèlement ou quand on cherche à devenir une espèce de baron noir et que l’on fait de la nuisance un vrai job.
    Et là, justement, il n’en manque pas, suivez mon regard. Seulement de ceux-là, la justice ne s’occupe pas puisqu’elle est à leur service.
    Michel Costadau
  • Céline

    Céline

    Voilà un billet bien délicat à écrire, car je vais essayer d’expliquer pourquoi il aurait fallu republier les pamphlets de Céline. Vous le savez, ces écrits sont une accumulation de critiques et de haine des juifs et donc éminemment racistes. Délicat, parce qu’il est de nos jours devenu pratiquement impossible d’aborder le sujet de l’antisémitisme. Toute tentative en ce sens est immédiatement torpillée par une série de réactions, d’entretiens et de coups… de téléphone. C’est ce qui vient d’arriver à Gallimard, qui n’est pourtant pas le premier venu.
    Alors pourquoi aurait-il fallu republier ces textes ?
    D’abord la réponse et ensuite la démonstration. Réponse : fondamentalement, pour essayer de dénouer les non-dits de la période des deux dernières guerres mondiales, dont le refoulement est en grande partie responsable des discours populistes et de leur audience, et aussi pour comprendre le blocage politique de notre société.
    Démonstration : la première guerre a été une vraie boucherie. L’entre-deux-guerres un combat entre les peuple et les castes, c’est-à-dire entre les pauvres et les riches avec la victoire de ceux-ci, et la deuxième guerre un règlement de comptes entre impérialistes avec l’achèvement de l’hégémonie américaine. Du coup, le monde issu de la dernière guerre a jeté un voile sur notre histoire, dissimulant ainsi les comportements de nos concitoyens bien à rebours de la version officielle.
    Car, entre autres, pendant la dernière guerre, la France n’était pas tout entière rebelle aux forces d’occupation, essayant par tous les moyens de lutter contre l’envahisseur, avec détermination et conviction. Et non seulement la population ne s’est pas battue, mais certains ont même plutôt bien profité. En particulier, ce qu’on appelle aujourd’hui la ferme France, qui s’est honteusement enrichie. Le masque dont cette réalité a été recouverte a fait le lit d’une France honteuse de son passé mais ne pouvant en faire le deuil.
    C’est dans cette trame que s’est retrouvé Céline. Il a exactement vécu ou plutôt habité cette période, et ses écrits sont tout entiers marqués par la guerre et le racisme qui ont dévasté cette époque. Un écorché vif dans un monde de fous. Et il a écrit ou plutôt parlé de toute l’horreur que lui provoquait ce monde, et du coup de sa faible considération pour la condition humaine descendue si bas. Céline a été traversé par ces courants et ces luttes, il a été antisémite, il a été bolchevique, il a fait la guerre, il a été en prison, il été exilé et, sans cesse, il a crié que le monde allait à sa perte.
    Clairement, il est impossible d’envisager de se débarrasser de l’antisémitisme sans mettre sur la table les raisons qui l’ont provoqué et entretenu. C’est une grande introspection collective qui est nécessaire. Et non pas un ostracisme qui s’abreuve aux même sources que le racisme.
    C’est pourquoi il me semble que la réédition des pamphlets pourrait être l’occasion de remettre un peu à plat notre passé. Nous avons tout à gagner à reconnaître nos erreurs et à dénoncer ceux qui les ont ignorées ou en ont profité. Oui nous avons été collabos, oui nous avons été racistes, et du coup nous le sommes encore beaucoup trop.
    Alors bien sûr je  rêve, car il est probable que Gallimard en lançant son annonce ne cherchait qu’à faire vendre du Céline. Vendre, toujours vendre, quelle horreur.

    Michel Costadau

  • Bitcoin

    Bitcoin

    J’ai eu plusieurs questions sur les crypto-monnaies. C’est pas très intéressant, mais bon on y va.
    Est ce que le ₿ est une monnaie. Réponse : non. En fait, c’est d’une certaine manière de l’argent comme le sont les tickets-restaurant ou les jetons du casino, mais trop variable. Aussi ce qui lui manque c’est qu’il en est prévu une quantité limitée. Une monnaie ne peut pas obtenir de valeur par sa rareté et est donc par principe en quantité illimitée. Or, à l’heure actuelle, il semblerait que cette rareté lui confère une certaine valeur. Si jamais l’émission de ₿ pouvait recommencer, alors la question se poserait, mais ce n’est pas le cas pour le moment.
    Bon d’accord, mais alors si ce n’est pas une monnaie, qu’est-ce que c’est ?
    C’est, tout simplement, une valeur, peut-être comme l’or mais plutôt comme un objet d’art. Et une valeur ça peut varier. C’est le principe de la brocante. Certaines choses ont une valeur à un moment donné, d’autres pas. Pour fonctionner, la valeur a besoin d’échange. S’il s’échange beaucoup de ₿ ça vaut quelque chose, s’il n’y a aucun échange ça vaut zéro.
    Mais vous allez me dire qu’il y a aussi un aspect éthique et moral dans le ₿, ce serait comme de l’argent propre. Et du coup, certains se demandent si quand même ça ne pourrait pas remplacer l’argent créé par les banques. C’est vrai que le ₿ propose une traçabilité des transactions et, du coup, a un petit air de lutte contre le blanchiment et les trafics d’argent. Il se présente un peu comme un produit de supermarché avec sa date limite et sa teneur en divers ingrédients. Mais, hélas, il n’existe pas d’argent propre ; c’est un mythe désastreux, ça n’a même pas de sens. Il y a l’argent, point. Maintenant, si vous voulez discuter de la valeur du ₿ par rapport au $, abonnez-vous au Wall Street Journal plutôt qu’à non-vote2017.
    Et si vous me demandez, comme un tuyau de turfiste, s’il faut en acheter, je vous dirai non seulement de ne pas en acheter mais de vendre ceux que vous pourriez avoir.
    Dacodac, mais quand même c’est un moyen de paiement, c’est donc un peu de l’argent. Oui c’est un moyen de paiement, mais ce n’est pas de l’argent. Comme on l’a dit, ça a une certaine valeur mais ça ne devient de l’argent que quand il se monétise, quand il s’échange, se vend ou s’achète. C’est comme une action, ça vaut quelque chose uniquement quand on la vend ou qu’on l’achète. D’ailleurs, beaucoup de milliardaires le sont essentiellement à cause d’un stock d’actions. Et ça peut ne rien valoir. Une action est d’ailleurs aussi un moyen de paiement, pas pour faire les courses mais pour acheter ou vendre des sociétés. Le ₿ peut donc bien être un moyen de paiement, sans pour autant être de l’argent pas plus qu’une monnaie.
    Mais alors pourquoi dit-on que c’est une crypto-monnaie ? C’est un abus de langage qui veut indiquer que le coffre-fort des ₿, c’est-à-dire votre compte en ₿, est protégé par des codages cryptés en tous genres. Maintenant, si vous saviez ce que je pense réellement des codages inviolables, vous seriez peut-être moins rassurés.
    Enfin, pour finir, il n’est pas inutile de rappeler que, quand même, le coffre-fort des ₿ consomme énormément d’énergie, à cause de tous les centres de données et des heures de calcul que ça mobilise.
    Pour la planète, c’est très moyen.

    Michel Costadau

  • D’où vient l’argent-3

    D’où vient l’argent-3

    Dans le billet précédent nous avons encore pu établir quelques petites choses à retenir :
    – les Etats ne créent pas l’argent mais seulement les pièces et les billets, qui représentent très peu,
    – le travail ne crée pas d’argent,
    – le rôle des entreprises est de faire circuler l’argent de banque en banque,
    – les banques vivent de la croissance,
    – la consommation est le moteur de la croissance,
    les politiques sont au service de la croissance,
    – et enfin la SURPRISE.
    Bien bien, mais la logique du crédit c’est, clairement, la dette. Il est facile de voir que tout le monde est endetté : les particuliers, les entreprises, les collectivités, les Etats. Cela s’explique mais pose quelques questions.
    Pour les particuliers, les ressources propres des ménages ne suffisent pas à alimenter la croissance. Le recours au crédit s’est donc généralisé et, à part quelques crises de non-remboursement, c’est le moteur principal de la consommation et la pompe du crédit. Il faut quand même noter un aspect paradoxal de l’investissement des particuliers : quand on fait un crédit pour acheter sa maison ou construire sa piscine, ça consiste à s’endetter pour quelque chose qui ne rapporte rien. C’est comme de l’argent enterré. Alors qu’avec le même endettement, on pourrait faire un investissement qui rapporte et qui permette donc d’investir encore plus. A titre d’exemple, il vaut mieux s’endetter pour un troupeau de brebis que pour un hangar de stockage de matériel. Evidemment, il est hélas difficile de résister au matraquage prônant l’envie de posséder une voiture, une maison, une cuisine équipée ou un écran TV, mais c’est exactement de l’argent jeté par les fenêtres. C’est d’ailleurs le but.
    Attention, méfiez-vous quand même des vendeurs d’investissements prétendument hyper-rentables et qui ont mis beaucoup de gens sur la paille. Et pour ça, il faut d’abord bien intégrer que, dans le domaine de l’économie et de la finance, vous ne rencontrerez que des escrocs. Et ce malheureux constat explique l’attrait pour l’économie solidaire, les investissements propres, verts, équitables ou durables… qui sont exactement la même chose, comme l’est le vin bio au vin conventionnel… c’est-à-dire du vin.
    Pour les entreprises, c’est un peu la même problématique. Le crédit est la base du fonctionnement et de la consommation des entreprises. Et, de même que pour les particuliers, les investissements d’entreprises peuvent être plus ou moins rentables. C’est pour cela, entre autres, que l’on voit des entreprises qui se louent des bâtiments en cascade, ou qui s’achètent des produits intermédiaires, alors qu’en fait c’est toujours le même actionnaire derrière. En gros, c’est de la consommation inter-entreprise et c’est vital pour les banques.
    Alors maintenant, l’endettement des Etats. Il y a plusieurs choses paradoxales. En effet ceux-ci pourraient créer gratuitement et sans intérêts l’argent dont, eux et les collectivités, ont besoin. Mais ils ne le font pas pour une bonne raison, qui est le soutien de leur monnaie. Et pourquoi ? Parce que, comme vous le savez, l’argent  est très mal réparti. Il y en a qui en ont beaucoup et beaucoup qui en ont peu. Et l’argent est en général dans une monnaie. Et ceux qui ont leur fortune dans cette monnaie ne veulent pas voir dévaloriser leur trésor et donc interdisent aux Etats de créer de l’argent.
    D’autre part, il y a un discours officiel contradictoire puisque que l’on ne peut pas à la fois demander de baisser les impôts et de réduire le déficit. C’est idiot. Il faudra y revenir.
    Néanmoins nous pouvons maintenant arriver à la SURPRISE annoncée plus haut, et qui est :
    -les politiques sont au service des banques.
    En conclusion, il me semble que l’on comprend mieux pourquoi je dis que c’est la finance qui nous gouverne, et que les élus ne sont que ses serviteurs.
    Allez encore bonne année, c’est le même prix.

    Michel Costadau