Mois : juin 2018

  • Compatible

    Compatible

    Tout le monde voudrait bien que Google soit moins hégémonique … mais tout le monde s’en sert. Tout le monde sait bien que les moteurs de recherche et les réseaux sociaux utilisent les données privées à des fins commerciales ou politiques… mais tout le monde s’en sert. Et pourtant il n’y a pas, là-dedans, une schizophrénie cherchant à se faire mal volontairement. Pas du tout.

    Non il y a le poids, la pression, la puissance, les moyens gigantesques et la volonté d’écrasement monopolistique de structures entièrement tournées vers l’argent. Faire de l’argent avec l’argent, c’est la martingale du fou.

    Si je vous dis ça c’est parce qu’il y a d’autres personnes pleines de bonne volonté qui essayent de contrer la toute puissance de ces sociétés et de faire des logiciels libres, des bases de données libres.

    Le but est d’offrir les mêmes services que les grands, pour pouvoir  s’en passer. Pour cela, ils développent donc des moteurs ou de réseaux alternatifs, qui ne prélèvent aucune donnée privée, qui ne sont protégés par aucune licence et qui ne vendent aucune donnée. Et même quand ils utilisent Google, ils brouillent les pistes pour qu’on ne puisse pas accéder à l’utilisateur et donc ne recueillir aucune information à des fins commerciales.

    L’idée est excellente mais, rêvons un peu, si le succès était au rendez-vous, il y aurait le risque de devenir calife à la place du calife. Et ces gens-là en sont conscients, parce que faire une alternative à gGogle, partagée par presque tous les internautes, ça revient à conquérir le pouvoir que l’on voulait lui retirer. C’est presque cornélien ce truc et ça me rappelle quelque chose.

    Alors l’idée qui leur est venue est de faire local, c’est-à-dire de créer autant de petits moteurs ou de petits réseaux qui se répartissent le travail, voire  se connectent entre eux. Cette notion de répartition pour contrer la centralité est très à la mode de nos jours, que ce soit pour les ventes paysannes par rapport aux centrales d’achat, pour les monnaies alternatives par rapport à la spéculation, pour le stockage personnel par rapport au cloud ou même pour les produits éthiques par rapport à l’exploitation humaine.

    Seulement voila, ça ne marche pas. Je veux dire que si l’ennemi c’est Google, ses méthodes et ses affiliés, eh bien ça ne le gêne pas le moins du monde. A vouloir rester petit, même s’il y a beaucoup de petits…. on reste dans des niches que justement Google aurait du mal à investir. En fait c’est complémentaire, on va dire que c’est compatible. C’est Google compatible, comme les OGM de Bayer.

    En réalité,  la seule manière de développer cette approche par répartition pour qu’elle concurrence vraiment les sociétés commerciales, serait de changer les mentalités pour que tout le monde cherche à se passer des hégémoniques. Seul le changement de mentalité peut permettre de modifier les comportements marchands.

    Alors ça me rappelle le dilemme du dernier billet sur la prise du pouvoir pour changer le pouvoir. On comprend bien du coup que tous les discours des partis ont pour seul but la prise du pouvoir et n’ont aucune chance de changer quoi que ce soit, puisque : soit ils deviennent seulement calife à la place du calife et rien ne change, soit ils ne cherchent pas à prendre le pouvoir et alors ils sont « pouvoir compatible » et ne servent que de faire-valoir.

    Ce n’est plus cornélien, c’est élémentaire.

    Et c’est pourquoi il me semble que ma méthode de la privation de pouvoir est prometteuse.

    Michel Costadau

  • Ca bouge

    Ca bouge

    On continue dans la même veine, même si c’est pas de chance pour certains. On va faire court.

    Les commentaires que je reçois reconnaissent le bien fondé de la privation de pouvoir, c’est-à-dire du boycott électoral, mais disent aussi …et après ? En gros, après il faudra bien prendre le pouvoir disent-ils, ce qui est exactement ce contre quoi nous nous battons. Ca pourrait devenir cornélien ce truc.

    Clairement l’objectif n’est pas du tout de prendre le pouvoir, on a déjà expliqué que ça ne marche pas. Ou si vous préférez : essayer de s’emparer des institutions dans le but de les changer n’a aucune chance si on ne change pas l’esprit des gens, principalement de la classe politique mais aussi des électeurs. C’est un gros boulot.

    Donc d’abord changer l’esprit des citoyens, c’est une question d’éducation et d’information. C’est un travail énorme. C’est lent c’est vrai, mais les outils et les analyses sont là et beaucoup s’emploient à les diffuser. Je veux dire que les dysfonctionnements de notre société sont très bien expliqués et décrits sur un grand nombre de sites ou de médias alternatifs.  Ils sont du coup, accessibles et bien perçus par une partie de la population. Le nombre des personnes conscientes de ce qui se passe est croissant. On peut l’estimer, maintenant à plus de 10 % de la population, dont cependant une partie continue à croire qu’il faut voter. Mais, hélas, dans cette entreprise d’information et d’éducation nous sommes contrecarrés par la classe politique elle-même, qui utilise tout son pouvoir sur les médias ms et les institutions pour dé-éduquer la population. Ce nivellement par le bas est  la clé de voûte de la domination de la classe politique. C’est donc bien un combat, une guerre  qu’il faut mener contre la  vision déformée que nous imposent les médias afin de redonner à tout le monde la perception de la réalité tant celle de leur propre existence que du monde dans lequel nous vivons.

    Et ensuite, changer la classe politique, vu qu’il n’y a plus ni gauche ni droite, ni socialiste ni conservateur, ni populiste ni gauchiste mais seulement des copains de l’ENA et les cercles de nantis, la privation de pouvoir est le moyen le plus pertinent, puisque les politiques ne tiennent leur domination que de notre entêtement à voter pour eux. Changer la classe politique ce n’est pas faire évoluer leurs idées, pas du tout. Ces gens-là n’ont pas d’idées, ils ne font qu’être au service du système financier en utilisant tous les moyens possibles et inimaginables, comme de faire croire que les immigrants sont des ennemis. En conséquence, dans ce cas-là, il ne s’agit plus de changer les gens mais bien de changer de gens. J’ai déjà indiqué dans d’autres textes que le réservoir existe : c’est celui qui fait vivre le monde associatif et ils sont des centaines de milliers. Ce ne devrait pas être trop difficile de trouver le millier de personnes capable de remplacer les politiques.

    Tout cela est-il utopique, c’est-à-dire pour dans très longtemps ? Ben non, il n’est que de voir la vitesse à laquelle se démolit le marché commun pour comprendre que c’est entrain de se passer.

    Michel Costadau

  • Pouvoir

    Pouvoir

    Dans le dernier billet j’évoquais Giono bloqué dans son désir d’éviter la guerre par l’absence de moyens pour y parvenir. Il exposait alors une solution complètement inefficace. Et c’est exactement la situation de la plupart d’entre nous. Notre impuissance, c’est à dire le grand écart entre notre prise de conscience d’un dérèglement, disons sociétal, et le moyen de le corriger est devenue totale. Du coup notre impatience grandit au même rythme et conduit à des défilés sans fin, des pétitions, des grèves ou des occupations qui ont autant d’effet que de vider la mer à la petite cuillère.

    En plus nous sommes au courant, tout le monde, s’il le souhaite, est au courant. On sait les conditions de détention, les expulsions, le mépris du droit, les écarts de salaires, on sait la corruption, la manipulation des informations, les avocats achetés, la France-Afrique, les cadeaux aux banques, Les exactions, assassinats, injustices, empoisonnements, dénis, passages en force se déroulent sous nos yeux. On sait, on sait, on sait tout. On sait tout ça et c’est de plus en plus.

    On est en train de « découvrir » que le « chlordécone » a empoisonné sciemment les Antilles à cause de multiples délais avant l’interdiction, et on continue avec le glyphosate. Alors la question du « comment faire » pour arrêter cette catastrophe est obsédante. C’est le syndrome Giono.

    Comment changer ça ?

    Il est clair que tous ces dérèglements, injustices, guerres, pollutions, dictatures et autres sont uniquement et totalement politiques. Il n’y a pas de crises économiques, de conflits sociaux, de fanatisme religieux, de guerres saintes, ni de guerres justes. Il n’y a que le mauvais fonctionnement politique des sociétés avec ses conséquences. La vie en société est politique par nature puisqu’elle consiste à savoir comment la faire. Et donc tout ce qui concerne le changement de ou dans la société est politique. La problématique est donc d’agir sur la politique et là il y a une panoplie assez étendue de solutions. Cependant toutes ces conceptions ont un point commun c’est « la prise de pouvoir ». Pour changer de politique, il faut changer de pouvoir. Ou si vous préférez prendre le pouvoir pour changer le pouvoir.

    Le seul défaut c’est que prendre le pouvoir ça ne marche pas. Ca n’a jamais marché. Le constat, sans appel, c’est que l’exercice du pouvoir est plus fort que la bonne volonté et que c’est lui qui impose sa logique. Or la logique du pouvoir, c’est de s’en servir et c’est un piège mortel.

    Alors, pour sortir du syndrome Giono, je ne préconise pas du tout de prendre le pouvoir, surtout pas de la manière dite démocratique. Pour moi ce ne sont pas les institutions ou le pouvoir qu’il faut changer, ce sont les hommes, les hommes au pouvoir et ceux qui le leur donnent. C’est pour ça qu’au contraire de la prise de pouvoir je propose la privation de pouvoir. La privation de pouvoir par les urnes, c’est-à-dire en les laissant vides.

    Michel Costadau

  • La Paix

    La Paix

    C’est Zabeth à la Fête à Martine qui me dit : est ce que tu aimes Giono ? Réponse : ben oui je suis même en train de le relire en ce moment. Elle me donne alors un petit livret intitulé « Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix» de 1938 que je ne connaissais pas. Elle me demande seulement de lui dire ce que j’en pense, après lecture bien sûr.

    Je suis donc en train de découvrir cette lettre de Giono et ce n’est pas complètement inintéressant pour trois aspects : une ode à la civilisation paysanne en train de disparaître, la prémonition d’un bouleversement du monde et une grande puérilité dans les propos.

    Giono qui est le maître du sentiment intérieur porte aux nues une civilisation paysanne et artisanale, basée sur l’autarcie et la complétude, mais quand même en train de se casser la figure. Pour lui le vrai paysan produit tout ce dont il a besoin, non seulement pour vivre mais aussi pour son habillement et tous les besoins de la ferme. C’est une vision idyllique et décalée car il n’est jamais question de mauvaises années, de maladies ou de mal au dos. Faire paysan n’est pas un métier mais c’est un état qui consiste à tout simplement « être » et à profiter du bonheur des choses. De même l’artisan est un individu totalement libre qui fabrique un produit fini en maitrisant toutes les étapes et compétences nécessaires et non pas en ne faisant qu’une partie de l’objet comme l’ouvrier. On a d’ailleurs le sentiment qu’il n’aime pas trop les ouvriers qui sont pour lui des paysans qui ont craqué.

    En fait ce n’est pas seulement bucolique car c’est de force morale dont il parle mais pour constater que paysans et artisans sont condamnés car incapables de faire face à leurs besoins, le paysan parce que son blé est en stock et ne se vend pas et l’artisan parce qu’il n’arrive pas à livrer les commandes qu’il a acceptées. Et c’est donc la fin de sa civilisation préférée, celle de la terre. Il le voit, il le regrette, il en souffre et il le dit. C’est par moments pathétique.

    Cependant avec les paysans Giono poursuit un but : leur montrer qu’en cas de guerre c’est toujours eux seuls qui sont envoyés à la boucherie car les ouvriers sont occupés à produire dans les usines tout ce qui est nécessaire à la guerre. Il sent que les paysans pourraient avoir une réaction violente face à leur disparition mais il les exhorte plutôt au refus de la guerre avec une méthode inattendue qui consiste à ce que chaque ferme ne produise plus que ce dont elle a besoin pour nourrir sa famille de façon à ce que les militaires  qui, eux, vivent sur les surplus, n’ayant rien à manger soient obligés de proposer la paix. C’est franchement naïf, inoffensif, mais international puisqu’il voit ça aussi bien en Allemagne qu’en France.

    Il bute là sur l’écueil classique de tous ceux qui sont convaincus qu’il faut arrêter les guerres, enlever leur pouvoir aux financiers et rétablir la démocratie : c’est comment y parvenir. La réponse de Giono est franchement candide, mais reste posée.

    Par contre il a une vision très originale de la pauvreté  qu’il appelle la mesure. Pour lui la mesure c’est le juste besoin. La satisfaction du juste besoin étendu à l’ensemble de la société voire du monde, doit permettre de nourrir tout la planète et d’éviter les surplus qui sont la base de l’enrichissement des dominants. Cette notion résonne bien aujourd’hui avec les méfaits du commerce mondial.

    En conclusion, Giono est toujours le champion du bonheur simple et naturel, que chacun peut obtenir en ayant des envies et en les maîtrisant. Mais sous son label de pacifiste je sens surtout l’anarchiste non-violent. Ce qu’il pense de la monnaie, des gouvernants, de ceux qui produisent uniquement pour gagner de l’argent est encore de la plus grand actualité. Hélas.

    Au fait merci Zabeth.

    Michel Costadau