Mois : novembre 2018

  • Optimisme

    Optimisme

    Il semblerait que mes billets ne rayonnent pas d’optimisme et de joie de vivre. On pourrait presque dire que je ne vois que le mauvais côté des choses. Et certains auraient même l’impression que je ne propose rien de concret et que j’estime que toutes les actions sont vouées à l’échec. Bigre.

    Qu’y a-t-il de vrai là dedans ?

    D’abord je ne crois pas que toutes les actions soient inutiles, pas du tout, mais il faut quand même appeler un chat un chat. Nos conquêtes politiques se résument au programme du candidat à la présidence, qui, une fois élu, applique ses « promesses ». Alors, oui, dans les conditions de travail il y a des avancées sur la pénibilité, les formations, la protection ou la mixité. C’est vrai mais cela ne concerne que les entreprises traditionnelles et encore pas les petites.

    Parce que le plus grand taxi du monde Uber n’a ni voitures ni salariés, le plus grand loueur d’appartements du monde Airbnb n’a ni salariés ni appartements, le plus grand livreur de pizzas du monde Deliveroo n’a ni pizzas, ni vélos, ni salariés et Blablacar n’a ni chauffeurs ni voitures. On peut donc dire que d’un côté il y a les salariés classiques avec une certaine protection : fonctionnaires, employés de Total, Airbus, Renault and co, professions libérales statutaires : médecins, avocats et Cie  et de l’autre côté il y a les précaires et les jetables. Ceux-là sont de plus en plus nombreux, de plus en plus à la limite de la pauvreté. Je ne suis pas sûr que l’on puisse appeler cela des conquêtes sociales.

    Et en face de cette situation, le discours des politiques est de moins en moins crédible. Vouloir en même temps défendre la voiture électrique et la suppression du nucléaire n’a non seulement aucune logique mais est en plus particulièrement trompeur, puisque le bilan global de la voiture électrique est loin d’être positif. Et je ne parle pas des hybrides qui elles sont carrément doublement polluantes.

    D’ailleurs on peut dire que  nos dirigeants sont figés dans le modèle économique du début du XXe siècle : pétrole, moteurs, autoroutes. On dirait que l’automobile est leur seule feuille de route. D’ailleurs une des premières mesures de Macron a été la vitesse à 80, ensuite le retour à l’essence, puis le tout électrique, ensuite le bannissement du diesel, puis l’interdiction des voitures en ville et maintenant les taxes sur les carburants routiers ou non-routiers. Quand s’intéressera-t-il aux cargos, aux avions et aux usines ?

    En plus, toutes ces mesures n’ont pas de bonnes justifications. La vitesse à 80 a permis de s’habituer à ne ralentir qu’au niveau des radars. Le retour à l’essence c’est choisir le CO² contre les particules, bannir le diesel c’est ignorer les filtres et la faible consommation des véhicules au gas-oil, la taxe sur les carburants, c’est prendre les automobilistes en otages.

    J’ajoute pour ceux qui n’auraient pas bien compris le mécanisme, que la dissuasion par les prix pénalise uniquement ceux qui ont peu de moyens. Attaquer le Français au portefeuille c’est attaquer seulement les plus démunis. Vous savez, ou pas d’ailleurs, que c’est la règle des pourcentages : 20 € de plus sur un plein ça ne fait pas pareil sur une fiche de paie de 1200 € que sur une de 6000 €. Ca fait même 5 fois plus. Alors, que ceux qui proposent le diesel à 3 € le litre ou plus pour diminuer la pollution se taisent, car les seuls qui rouleront moins seront les précaires avec leurs voitures, vieilles, polluantes et mal chauffées. Les autres rouleront comme avant avec en plus la bonne conscience.

    Alors effectivement mes billets ne sont pas très réjouissants mais de quoi voulez-vous vous réjouir en fait ?

    Michel Costadau

  • Casting

    Casting

    Il y a quand même comme un petit problème avec Macron. Une espèce d’évanouissement qui est le contraire du personnage. Cette figure triste et toujours seule a été marquante mais commence à faire un peu isolée. Et maintenant chaque initiative est une occasion de trébucher, de flotter et de tomber dans la rubrique Jours de France des médias. Que Hollande ait eu droit aux bonnets rouges, c’est pas glorieux mais c’était contre les vieux démons socialistes au pouvoir. Mais que les gilets jaunes arrivent un an après les élections c’est un peu dérangeant. Tout le monde sent que l’on ne devrait pas en être là. Ca ne devrait pas se produire. Il y a un problème de scénario.

    En fait ce n’est pas un problème de scénario c’est un problème de casting.

    C’était pas le bon. En votant pour Macron vous n’avez pas voté pour un homme politique mais pour un haut fonctionnaire de la glorieuse Administration française.

    Et ça fait une sacrée différence. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un haut fonctionnaire, ça ne m’étonne pas, c’est pas dans nos relations. Un haut fonctionnaire c’est un intouchable, pas au sens des castes, non plutôt un inaccessible. Ils ont, à leurs yeux, le privilège de faire marcher le pays. Mais ce ne sont pas des hommes politiques.

    C’est vrai que, depuis Charles, nous ne sommes pas gâtés du côté des hommes politique. A part quelques bribes chez Chirac, nous n’avons eu que des narcissiques ou des arrivistes sans épaisseur. On explique. Un homme politique n’a pas d’amis, il surfe sur les uns et les autres pour continuer à concrétiser sa vision de la société. Un haut fonctionnaire au contraire a beaucoup d’amis et tout son travail consiste à les satisfaire et à leur maintenir de bonnes places.

    Un homme politique n’a pas de programme mais des convictions qu’il défend quelle que  soit la situation. Un haut fonctionnaire n’a aucune conviction, n’a pas d’idées force qui le font bouger. Au contraire, il est formaté pour appliquer le programme des puissants dont il est le serviteur indéfectible.

    Un homme politique a un charisme, c’est-à-dire une empathie avec la population qui, en général, ne comprend pas les plus aisés. Ceux-là ont déjà tous les avantages : moyens, culture, relations. Alors ils se débrouillent très bien sans coup de pouce public. Mais un haut fonctionnaire est froid comme une directive, apprend à ne pas avoir de sentiments, ça obscurcit la vue, et la population ne comprend pour lui que les plus aisés qui sont les seuls avec lesquels il parle. D’abord parce qu’ils ont accès à lui, et ensuite parce qu’ils expriment des demandes en monnaies sonnantes et trébuchantes. Et c’est le seul langage qu’il connaît.

    Un homme politique se sent investi de la mission de servir le pays et il fait un maximum pour installer des améliorations ou supprimer des inégalités. C’est pour ça et comme ça qu’il est utile au pays. Un haut fonctionnaire ne se sent investi d’aucune mission, car il n’est pas au service du pays mais des institutions, qui, tout le monde le sait sont le rempart des riches. Son seul mode d’action c’est ma mesurette. La mesurette c’est 10 gr de mesure populaire qui cache 10 kg de boni pour la classe dominante. C’est imparable.

    D’ailleurs souvenez-vous : la première mesure de Macron a été de faire adopter par ordonnance les lois travail. Mesurette inutile, inefficace et non démocratique. Inutile  : beaucoup de temps perdu en parlottes et pseudo-consultations ; inefficace : aucune embauche supplémentaire et donc chômage croissant ; non démocratique : gifle au parlement qui a très bien pris ça puisque ayant parfaitement conscience de ne servir à rien.

    Alors je le répète, cette erreur de casting laisse à penser qu’il y a pas mal de chances qu’il ne finisse pas son mandat.

    Michel Costadau

  • Cinquante euros

    Cinquante euros

    Il est communément admis que nous vivons dans le siècle du progrès, de la paix et dans une civilisation évoluée et moderne. Moderne je veux bien le croire, parce que ça ne veut rien dire, mais pour le reste j’ai des doutes. L’idée de base que propagent les médias c’est que nous sommes sortis de la barbarie et que nous avons atteint un nouvel état dans le respect de la personne humaine, qui rompt avec les temps anciens.

    Certes les anciens temps nous ont toujours été dépeints comme particulièrement primaires dans tous les domaines en particulier, et c’est ça qui m’intéresse, dans celui de la barbarie.

    Il y a des routes bordées de piques sur lesquelles sont fichées les têtes coupées des ennemis. Il y a le cortège des généraux vainqueurs suivi du flot des prisonniers conduits directement au marché aux esclaves. Il y a les bûchers sur lesquels grésillent les hérétiques, les envoûtés, les idolâtres, les sodomites. Il y a la lourde barre de fer qui tombe sur le brigand attaché sur la roue de charrette de la place publique. Il y a les hordes asiatiques déferlant sur les villages et éventrant la population pour leur dévorer le cœur al dente. Il y a les vierges immaculées, déchiquetées par les lions et dévorées par les tigres devant une foule enthousiaste. Il y a les gibets à plusieurs étages offrant toute l’année de la putréfaction aux corbeaux et aux rapaces. Il y a de l’huile d’olive bouillante déversée depuis les remparts sur les assaillants. Il y a les cages suspendues, étroites et froides ou étaient logés les traitres à la famille royale. Il y a les oubliettes, les emmurés vivants, les empalés. Il y a les maures enlevant la fine fleur de la jeunesse des villages côtiers pour aller les vendre à des nababs et des traficants.

    Il y a tout ça et en fait je ne vois rien car ce ne sont que des dessins, des coloriages, des illustrations accompagnées de textes très convenus.

    Il y a tout ça et je demande ce qui est vrai là dedans, ou tout au moins quelle est l’ampleur de ces actes barbares attribués aux anciens temps.

    Pourquoi je me le demande : parce que je viens de lire qu’au Moyen Âge dans une ville comme Agen, il y avait un seul supplicié par an, c’est-à-dire en moyenne une pendaison par an. Certes il est précisé que des villes comme Avignon ou Paris faisaient un meilleur score mais, quoi qu’il en soit, on est loin des repas en libre service pour les choucas.

    Pourquoi : parce que dans l’Iliade, premier ouvrage de référence sur la guerre, il n’y a aucun acte de barbarie, mais plutôt le courage, la vaillance, la ruse. Les individus accompagnés par leurs propres dieux y sont l’objet de respect, morts ou vivants.

    Pourquoi : parce qu’il y a une tendance naturelle à noircir le passé de façon à justifier le présent.

    Alors je me pose des questions et je vois, par contre, que la barbarie actuelle est assourdissante.

    En plus, nous avons, maintenant, les images, les films, les vidéos des bateaux surchargés de migrants coulés pour qu’ils n’arrivent pas au port et que personne ne veut recueillir.

    Là je vois bien, c’est clair.

    Les images de bombardements, de torture, de gazés, de files de familles qui vont dieu seul sait où en portant leurs enfants et leur maigre barda. Et les grilles électrifiées de Melilla prises d’assaut avec des échelles de fortune, ce n’est pas les temps anciens, c’est maintenant.

    Alors vous allez me dire : mais ça ne se passe pas chez nous. Eh bien si c’est chez nous. Parce que vous n’allez pas mettre, chez vous, des chaussures fabriquées en Inde sans prendre aussi chez vous les camps de Rohingas, les taudis des Bangladais, l’assassinat des opposants.

    Aujourd’hui les goulags ne sont plus en URSS, ils sont en Israël, en Birmanie, au Liban, et aussi en Italie, en Grèce et en Turquie. Et en France il y a des camps. C’est ça la mondialisation, parce que nous sommes partout chez nous.

    Guantanamo ce n’est pas au Moyen Âge, c’est aujourd’hui.

    Oui la barbarie n’est pas derrière nous, elle est au contraire devant nous, elle est chez nous. Alors pour le respect de la personne humaine, non seulement nous n’avons pas fait de progrès mais au contraire nous sommes au plus bas niveau. Aujourd’hui une vie humaine vaut cinquante euros, le prix d’une paire  de chaussure. C’est pas grand-chose.

    Michel Costadau

  • Détournements

    Détournements

    « La biologie française minée par l’inconduite scientifique » titre Le Monde de la semaine dernière. Voilà bien une information qui semble conforme à la déontologie journalistique. Et pourtant c’est une fausse nouvelle, typique de la désinformation que nous subissons. Oh n’allez pas croire que je défends la biologie ou les biologistes, je ne les connais pas, je ne sais pas ce qu’ils font et je n’ai aucune opinion sur l’intérêt des recherches qu’ils mènent. Et je n’ai même pas lu l’article.

    Non, c’est assez subtil parce qu’il s’agit d’un détournement, d’un évitement. C’est une fausse information parce qu’elle met le centre d’éventuels dysfonctionnements sur les individus, sur les scientifiques, sur le chercheur. Elle met le doigt sur les personnes supposées avoir eu des inconduites et rend ces comportements responsables des supposés problèmes de la profession. C’est l’éternelle loi du lampiste.

    C’est comme si les automobilistes étaient la cause de la pollution de leurs véhicules. Non, les automobilistes subissent la pollution, subissent les embouteillages et, en plus, c’est eux que l’on pénalise avec les interdictions de circuler les jours pairs, avec les taxes sur les carburants, avec les routes mal entretenues voire dangereuses.

    C’est comme si c’était seulement la mauvaise attitude des élèves qui provoquait la déroute de l’école. Non, les élèves subissent le manque d’enseignants, l’absence d’autorité, d’encadrement et c’estt eux que l’on pénalise par le manque de formation, de culture, de connaissances. Vous connaissez l’ENT, c’est la dernière trouvaille des technocrates pour rendre totalement inefficace le travail des enseignants. Pour savoir quel est le devoir à faire, l’élève doit aller sur internet avec son mot de passe. Et pour avoir le corrigé il faut aussi aller sur internet. Du coup, les élèves n’ont rien sur un cahier, n’ont rien chez eux. Ils n’ont aucun commentaire sur les fautes qu’ils ont commises, ne peuvent pas retrouver un exercice, relire une leçon. Cette dématérialisation est une méthode politique puissante pour éliminer les défavorisés, alors que c’est eux qui auraient le plus besoin de l’école.

    Si maintenant vous pensez que la dématérialisation est une mesure favorable à l’environnement, parce que ça sauve des arbres, c’est que vous n’avez pas compris que le numérique est un énorme consommateur d’énergie. Eh oui, tout le temps que vous passez à lire vos courriers, fait tourner le compteur. Vous le savez, les centres de traitement sont d’énormes consommateurs d’électricité et de climatiseurs.

    Si en plus vous croyez qu’il existe une énergie propre, c’est que vous pensez que vos prises de courant sélectionnent l’origine de l’électricité. Moi, je ne consomme que du propre et je recharge ma voiture avec de l’énergie verte.

    Cette manière d’éviter les responsabilités de notre classe politique est pitoyable « non m’sieur c’est pas moi » mais surtout un déni de démocratie. Et tout le monde le sait.

    Ce que je veux souligner aujourd’hui c’est que nos gouvernants ne tiennent que par les médias. Ceux-ci sont les artisans et les complices de ces détournements d’informations. Et le journal Le Monde est peut-être le pire d‘entre eux.

    Michel Costadau