Mois : janvier 2019

  • La stratégie du non-vote

    La stratégie du non-vote

    Là c’est le non-vote que je veux expliquer. Et pour être simple, on peut pas faire plus simple : le jour de l’élection tu vas où tu veux mais pas au bureau de vote. Et alors ? Ben alors c’est après que ça commence. Car ce sont seulement les votants qui font les élus. Si pas de votants pas d’élus.

    Cela dit je me doute qu’il y aura toujours quelques votants.

    Je dois préciser, ou le rappeler, que le non-vote ne concerne que les élections nationales. Il n’y aucun problème à voter dans les élections locales puisque les élus en question n’ont strictement aucun pouvoir ni législatif, ni judiciaire. Par exemple, dans chaque département il y a un préfet et un conseil départemental. Devinez qui a le pouvoir.

    Bon d’accord mais, au fait, pourquoi ne faut-il plus voter ? Pourquoi, parce que depuis plus de cinquante ans il s’est installé une classe politique au service de la finance qui a confisqué le pouvoir. Toutes les demandes de réformes et de changements sont balayées sous les prétextes les plus fantaisistes. Environnement, sécurité, investisseurs, fibre nationale…..Ils ont une seule ligne de conduite : continuer comme ça entre eux.

    D’ailleurs une belle illustration de leur soumission à la finance nous est donnée en ce moment par le Royaume-Uni avec la confusion totale entretenue sur le Brexit.  Et pourtant la situation est sans équivoque : la population a demandé la sortie du marché commun et une indépendance accrue et le business ne veut pas de sortie. Alors que font les politiques : ils louvoient, ils zigzaguent, ils réfléchissent. En gros ils cherchent à satisfaire le business au détriment de la population. Et c’est pas beau.

    De même en France, prétexter l’environnement pour mettre des taxes sur le gas-oil alors que ce sont les pétroliers qui ont demandés un rééquilibrage au profit de l’essence parce qu’ils ne savent plus quoi en faire, vous croyez que c’est être au service de la population ça.

    C’est pourquoi il faut réveiller les politiques, leur mettre le nez dans leur trahison.

    L’objectif est de créer un choc en montrant que les non-votants sont plus nombreux que les votants, ce qui veut dire que le corps électoral rejette tous les candidats qui du coup n’ont plus la moindre légitimité. Cette secousse de la classe politique permet d’inverser la polarité de la vie publique, à savoir que c’est la population qui a le pouvoir et non le pouvoir qui a la population.

    Dans un premier temps, la victoire du non-vote n’empêchera pas qu’il y ait des élus, mais la seule mission qu’ils auront sera de faire les changements indispensables pour le retour à la démocratie. Et dans le prochain billet je ferai des propositions sur le retour à la démocratie.

    Les gueux ont créé le choc pour les routes, le non-vote veut créer le choc pour les politiques.

    Car, spontanément, les politiques ne feront rien pour nous rendre le pouvoir.

    Par exemple pour le vote blanc, je ne l’ai pas dit dans le dernier billet, mais le vote blanc pour être pris en compte dans les exprimés eh bien c’est aux politiques de faire cette modification des règles. C’est comme si on leur demandait de se suicider. J’ai comme l’impression qu’ils ne vont pas le faire. En fait j’en suis sûr car sinon ils l’auraient déjà fait, Cqfd

    Vous allez me dire : mais il faut bien des élus.

    Oui d’accord mais sûrement pas ceux que nous avons, parce qu’ils ne nous représentent pas mais sont seulement des gérants du système financier. Moi je ne veux plus de gérants je veux des représentants, des délégués, des défenseurs.

    Et je ne fais aucune confiance à la classe politique actuelle pour prendre cette orientation. Ce n’est pas dans leurs gènes.

    Michel Costadau

  • Fondamentaux

    Fondamentaux

    Retour aux fondamentaux, c’est-à-dire le vote. Normalement, personne ne devrait voter aux prochaines élections. Ceux qui ont voté Philippe Macron parce qu’ils se sont fait complètement avoir, ceux qui ont voté pour d’autres candidats parce que ça n’a servi strictement à rien et ceux qui n’ont pas voté du tout n’ont aucune raison de commencer à le faire. Car Philippe Macron continue sa marche vers la droite de Le Pen et l’opposition n’a ni droits ni statuts au parlement. En pratique, il ne resterait que quelques souliers pointus accros aux inégalités et quelques chenus accros aux élections. Bien sûr mon propos est un peu optimiste, mais je note, quand même, que le vote blanc reprend du poil de la bête. Et c’est une bonne nouvelle. Je veux dire on est sur la bonne voie.

    Le vote blanc c’est une manière de voter sans voter. C’est un début de non-vote qui ne demande qu’à mûrir. Cependant, même en supposant qu’il soit pris en compte dans les suffrages exprimés, sa seule vertu serait de faire baisser le pourcentage de voix obtenu par les divers candidats. Ce n’est pas neutre, certes, mais aujourd’hui beaucoup de gens ont déjà pris conscience de l’escroquerie majoritaire. Alors, que les uns et les autres soient élus avec un faux 50 % ou un vrai 15 % ça ne changera pas grand-chose. Parce qu’ils seront quand même élus. Clairement, pour la présidentielle, ça pourrait faire mauvais effet.

    Et puis d’un seul coup je me dis qu’il y en a sûrement qui ont encore l’impression que la classe politique pourrait se mettre à tenir compte des électeurs. Qu’elle pourrait se réformer elle-même, ce qui est un peu contradictoire. Mais au moins qu’elle pourrait demander l’avis des gens. De plus je suis sûr qu’il y en a même qui pensent qu’il pourrait y avoir non seulement des candidats meilleurs que les autres, mais « the candidat », celui qui résoudrait tous les problèmes.

    Halte-là, ça fait combien de temps qu’on nous la joue cette horrible musique du sauveur. Vous n’avez pas déjà assez donné, il vous en faut encore plus ? Je vous l’ai déjà dit et répété, la classe politique n’a besoin des électeurs que pour être élue, ensuite sa seule occupation consiste à gérer les crises que génère l’absence de démocratie. Et ça les amuse. En ce moment, ils s’amusent avec les GJ, ils leur tapent dessus expérimentant de nouvelles stratégies antimanifestation et de nouvelles armes. Ça leur permet de parader, de faire des discours, de rencontrer des gens, de se montrer à la télé et surtout de glisser dans des tas de projets de lois les réformettes qui leur tiennent à cœur, sur la justice, sur le commerce, sur les banques, sur le pétrole. Il n’y a pas de meilleure couverture que les GJ pour abriter leurs affaires. Oui ils s’amusent.

    Et nous, on ronge notre frein car les médias sont obligés de parler de l’isolement du pouvoir, d’une France à deux vitesses, de la roue libre des décisions gouvernementales. Et ces mêmes médias voudraient nous faire croire que les gouvernants pourrait relier le fil avec la population, comme s’il y avait toujours eu une fibre sentimentale entre le pouvoir et le peuple. Alors que les gens ont toujours enduré stoïquement le pouvoir, l’écrasement du pouvoir, ce pouvoir qui leur a fait faire deux guerres mondiales, des tas de guerres de décolonisation, qui écrase l’Afrique, qui pactise avec Israël, qui vend des armes, des centrales, du maïs trafiqué et du CO² comme des chaussettes.

    Mais personne ne parle des élections ni à venir, ni passées. Le système se reconduit lui-même sans la moindre adhésion populaire, tout simplement parce que les gens votent.

    Michel Costadau

  • Ennui

    Ennui

    Depuis les millions d’années de l’homme, un comportement a toujours été présent et s’est répandu de plus en plus : l’ennui. Oui c’est probablement le sentiment le plus ancien et le plus partagé de l’humanité. La question est donc : savez-vous vous ennuyer ? ou plutôt : apprenez à vous ennuyer car c’est ce qui nous attend.

    Ceux qui pensent que c’est là un débat futile font la preuve qu’ils n’ont pas encore très bien compris ce qu’ils faisaient sur terre, car l’ennui non maîtrisé conduit à la déprime, à la dépression. C’est même le syndrome caractéristique des pays dits riches.

    L’ennui ne consiste pas à ne rien faire, non l’ennui c’est le sentiment de ne rien avoir à faire. Comme une espèce d’inutilité. Et c’est justement ce ressenti que chaque personne doit surveiller. Parce que le contraire qui est de toujours trouver quelque chose à faire est une addiction du genre activisme, fuite en avant, négation de son existence, de son soi si vous préférez.

    Pour commencer à répondre à la question, je vais vous présenter l’ennui souverain, je veux dire le plus noble, le mieux fait, le plus abouti. Oh c’est simple il s’agit de s’assoir sur une chaise devant la fenêtre et de regarder dehors. Je veux dire à la campagne, en hiver, quand il pleut vers 3 h de l’après-midi. Bien sûr dehors il ne se passe rien. Enfin apparemment, parce qu’en fait il se passe plein de choses. D’abord, extérieurement, la nature n’est jamais tout à fait déserte ni immobile. Oiseaux, branches qui bougent, écureuil, finissent par se faire voir. Ensuite et surtout intérieurement, dans la tête les idées se mettent en route et une certaine réflexion se déroule sur les sujets les plus inattendus. D’ailleurs le tournis des idées peut même se traduire par des mouvements sur la figure, sourire, hochement, clignement, preuve de ce remue-méninge.

    Cependant, cette forme de maîtrise de l’ennui est assez difficile à pratiquer, car l’on se trouve toujours de bonnes raisons pour faire quelque chose. Et en plus c’est souvent vrai, car réellement le nombre de choses à faire est énorme, mais il convient de ne pas se faire déborder par cette avalanche souvent fallacieuse, voire inventée.

    A titre d’exemple, une autre manière de gérer l’ennui c’est le cinéma, la distraction si vous préférez. Aller au cinéma c’est une manière de conjurer l’ennui et même parfois collectivement, ce qui semble donner un label à cette opération. De même les heures devant la télé participent largement de la conjuration de l’ennui.

    Car l’ennui fait peur. La raison profonde de la phobie de l’ennui, c’est-à-dire de l’activisme actuel c’est la peur de se retrouver seul avec soi-même, devant soi, tout seul. Certes se retrouver devant une assiette vide alors que ses enfants ont faim n’incite pas à se donner une bonne image de soi, mais impose plutôt de trouver des solutions. C’est pour dire que l’ennui est une affaire de nantis aux estomacs pleins, ce qui est pas mal le cas dans notre pays.

    Nous, c’est plutôt le vide de nos existences que nous trouvons dans notre assiette. Certains se tournent alors vers le verre. En le remplissant il nous semble avoir un peu moins peur. Et c’est vrai. En fait l’ennui est bien un des acteurs majeurs de nos existences et il faut savoir le gérer. Si vous êtes dans la mouise essayez, bien sûr, de vous en sortir mais si vous n’y êtes pas, n’ayez pas peur de ne rien faire : c’est excellent pour l’esprit et vous ferez moins de dégâts.

    Michel Costadau

  • Les Gueux

    Les Gueux

    Billet un peu décousu comme ce début d’année.

    Les positions sont claires, c’est gouvernement contre Gueux Joyeux. Les gueux sont maintenant inscrits et même ancrés dans le paysage peut-être pour longtemps. Ils ont été un révélateur inattendu des dysfonctionnements de nos médias : blocage d’info sur les motivations et la composition sociale du mouvement, mise en avant des dommages pour les commerçants et de l’effet sur le PIB au lieu de la prise en compte du mécontentement, mise en scène des casseurs et grande ignorance du soutien massif de la population.

    Les gueux ce n’est pas un mouvement, c’est une révolte. Ils parlent de revendications mais ce qui les intéresse vraiment c’est le pouvoir. Pas prendre le pouvoir, mais le faire tomber.

    Alors ils commencent à avoir un discours. Et en fait de discours, je suis frappé par son formatage :

    -rage au ventre, fierté partagée, respecter notre diversité, pas se diviser par rapport à l’adversité,

    -système écrasant, système actuel, système huilé, riches, grandes sociétés,

    -notre parole, écouter notre parole, ne pas détruire le lien entre les gens,

    -revendications populaires, égalitaires, sociales, écologiques.

    Je me demande si ça ne ressemble pas à du Fidel Castro. C’est un discours antipolitique, antipoliticiens, antipartis, empathique et consensuel.

    C’est un discours complètement antisystème.

    C’est même tellement ciselé, sans rien qui dépasse, que je me pose des questions. Oh pas sur l’existence d’un complot s’il vous plaît, qu’il soit politique ou religieux, non plutôt sur la survenance enfin d’un état d’esprit antisystème. C’est bien sûr ce à quoi je m’emploie depuis longtemps, mais je reste confidentiel et je n’y suis pratiquement pour rien.

    Or vous savez comme moi qu’en France il n’y a pas de parti ou d’organisation politique antisystème. Nous avons même depuis un an un parti entièrement fabriqué par le système. Des mouvements antisystème y en a dans presque tous les pays européens, mais pas chez nous. Nous n’avons que des partis politiques classiques basés sur des idéologies et c’est pour ça qu’on parle de droite et de gauche, le centre n’étant qu’une vaste poubelle. Bref, d’où vient le souffle qui anime cette soudaine effervescence qui occupe la rue.

    En fait je ne crois pas à une espèce de science infuse du peuple qui trouverait les mots appropriés partout et en même temps. Donc je me pose des questions.

    Dans l’esprit de tout le monde, ce sont les GJ qui mènent la danse. Oui ils ont déjà beaucoup obtenu, oui ils ne sont pas récupérés par les politiques, oui c’est une révolte populaire soutenue par l’opinion. Et d’ailleurs tout le monde se demande : vont-ils continuer ?

    Bon d’accord mais ont-ils vraiment la main, c’est-à-dire, est ce que le rapport de force avec le gouvernement est en leur faveur ?

    Réponse : euh non, ni la main, ni la force.

    Ah bon, mais quelle est la situation alors ? Ben la situation est que le gouvernement n’a strictement rien changé de sa politique de financiarisation de la société. Quelques taxes reportées, des primes et de maigres augmentations pour maintenir le PIB. Rien sur la fortune, rien sur les services publics, rien sur l’environnement, la totale allégeance aux force de l’ordre. La routine quoi.

    Pour moi, la seule question est : est-ce que cette révolte va pouvoir engendrer une organisation antisystème qui s’installe dans le paysage politique ? Je n’y crois pas, mais on peut se tromper.

    Michel Costadau