Mois : avril 2019

  • Insoumis

    Insoumis

    Il y a des phrases qui ont le don de me hérisser et me font bondir au quart de tour. Par exemple :

     » Ne vous y trompez pas, Macron espère que vous n’irez pas voter, .. il serait même prêt à vous donner de l’argent pour que vous restiez chez vous. » Chaque voix LFI est une force supplémentaire pour arrêter les délires libéraux de ce président et ses députés godillots.

    C’est du mensonge délibéré. Non seulement il n’y a rien de vrai la dedans, mais en plus c’est anti-éducatif au possible. Faire croire au lecteur qu’aux européenne voter LFI peut arrêter les délires libéraux du gouvernement, c’est vraiment prendre les gens pour des demeurés.

    Le gag c’est que exactement au même moment je me dis que ces élections sont un bonne occasion pour les courants dits d’opposition, GJ, RN, LFI, DLF, Générations, de …. ne pas voter.

    En effet non seulement, le parlement issu de ce scrutin n’a aucun pouvoir, mais en plus un arrangement entre partis transforme la proportionnelle de chaque pays en la mainmise, à Strasbourg, d’une majorité conservatrice sur l’UE. Et il y a aussi cette affaire britannique qui revient à élire des doubles députés, c’est-à-dire à moitié faux.

    Nous avons donc une excellente raison de ne pas cautionner ces errements technocratiques, puisque nos bulletins ne servent à rien. Cette élection n’ayant strictement aucun enjeu, c’est donc le moment de montrer l’utilité du non-vote. Car si une petite dizaine de partis français, plutôt que de critiquer l’europe appelaient à boycotter ce simulacre de démocratie, je crois que ça aurait un peu de poids.

    Et voilà que la dessus, LFI appelle non seulement à voter pour lui, mais à voter tout court. Alors, là, j’ai le sentiment qu’ils sont en train de se tromper de route.

    En toutes choses il faut une certaine logique. Que LFI se veuille un parti de gouvernement c’est leur droit. Mais la seule chance qu’ils ont d’y arriver c’est de s’allier au RN, un peu comme en Italie. Par contre le RN est aussi un parti de gouvernement mais lui a quand même beaucoup plus de chance d’y arriver, en particulier en s’alliant avec LR, comme en Europe centrale.

    LFI se veut aussi un parti d’opposition. Or depuis que nous ne sommes plus en démocratie l’opposition ne sert à rien, c’est comme si elle n’existait pas. Il serait temps de s’en rendre compte, plutôt que de faire croire au gens que l’opposition contribue à la vie politique.

    En plus c’est aussi un parti légèrement élitiste, dans le sens où ils défendent une ligne plutôt intellectuelle avec des propositions qui se veulent intelligentes. Seulement, j’ai le sentiment qu’ils mélangent sérieusement ces trois caractéristiques et que ça brouille complètement le message qu’ils veulent faire passer. D’où le malaise.

    Eh oui qu’est ce qu’il leur a pris de cautionner cette comédie sur la reconstruction du toit d’une cathédrale, ou de se lancer dans une course aux votes. J’ai bien peur que ce soit une position uniquement électoraliste, comme si les électeurs allaient revenir parce qu’on tombe dans le panneau du politiquement correct. Ou alors dans le but de ne pas fâcher ceux qui ne votent pas pour eux mais pourraient y venir. C’est vrai qu’il y a eu des votes inattendus ces dernières années, en Grèce, en Italie, au RU, en Espagne, et hier en Ukraine mais ça toujours été pour des partis en rupture avec le système, mêmes si une fois installés ils trahissent.

    De la même manière LFI s’accroche désespérément aux GJ, comme si c’était leurs petits soldats courageux devant les grenades. Mais je n’ai pas l’impression qu’ils soient payés de retour.

    Du coup je ne comprends pas bien cette attitude. Je veux bien des insoumis mais pas des valets.

    Michel Costadau

  • Va t’en

    Va t’en

    A force de jouer avec la com, c’est elle qui t’a eu. Juste au moment de faire ton discours pour tirer à toi la couverture jaune, voilà que les flammes rouges de la cathédrale t’ont coupé la parole. Eh oui, à tant crier au loup, il est venu et tu n’as pas vu venir le coup. Tu as complètement paniqué en te disant : mais y a personne qui va m’écouter. Moment de vérité. Alors tu es allé voir l’accident, tu n’as pas aidé, tu n’as servi à rien, tu n’as fait que regarder, comme tout le monde. Eh oui la com c’est ça. Il faut dire que c’est un drôle de coup, car c’est plus qu’un toit qui a brûlé, c’est un symbole, le symbole de la domination, du pouvoir religieux, du pouvoir féodal.

    Et la seule chose qui te vient à l’esprit c’est que tu veux reconstruire. Mais comment peux-tu dire ça, toi qui ne sais que démolir, démolir les services publics, démolir les retraites, démolir l’École, démolir la protection sociale, démolir edf, nous démolir.

    La com vient de te planter et toi tu ne cherches qu’à recommencer. A refaire un coup de pub avec un incendie. Tu te vois déjà en train d’inaugurer un monument restauré et vanter la solidarité nationale qui a permis …… Est-ce que tu te rends compte combien tu es creux et vide à ne voir que la pub comme moyen de gouvernement. Tu veux lutter contre les fausses nouvelles mais toi tu ne fais que ça. Personne ne sait comment sera réparée la cathédrale, sauf toi. Micro et caméra c’est tout. Et sur ce coup-là tu as choisi la facilité pour dire, non pas ce que nous pensons, ça tu n’en sais pas le premier mot, mais pour vendre le politiquement correct qui consiste à ne rien dire tout en tenant le micro pendant une heure. Tu ne réfléchis pas et pourtant tu devrais. Parce que reconstruire identiquement  le symbole de la monarchie et de l’exploitation, ah que voila un beau programme.

    Tu as des milliers de personnes dans les rues tous les samedis qui veulent que l’on change leur situation, pas pour revenir en arrière, pas pour remonter au moyen âge ou à la royauté mais bien au contraire pour aller de l’avant, changer l’esprit de la société, secouer les veilles pierres et construire de l’humain. De l’humain et du respect. Mais toi, comme d’habitude, tu n’as pas réfléchi alors tu es tombé dans le panneau du glorieux passé, de l’histoire, des légendes. Parce que c’est une histoire atroce que raconte ce monument. C’est vraiment un mauvais symbole. Celui de tout ce sang versé dans les sillons du servage, de l’esclavage et de la guerre.

    Et, en plus, tu vas encore utiliser notre argent pour le plaisir d’un troupeau perverti de chanoines endimanchés. Déjà tous tes copains s’y mettent car eux tiennent au pouvoir que tu leur laisses, de faire ce qu’ils veulent. Seulement tous ces dons, ces élans de générosité, eh bien c’est que de la déduction fiscale. C’est autant d’impôt qu’ils ne paieront pas. Alors si c’est pas eux et comme c’est pas toi, qui va payer les impôts, eh oui c’est nous, les éternels dindons de la farce. Eh bien moi je dis non.

    Et maintenant ton discours ne vaut plus rien, effacé, gommé, recouvert par la pub. Ton discours n’est que celui de l’ancien monde que tu défends. En fait ça ne doit pas être bien important ce que tu veux dire puisque tu as préféré aller au spectacle plutôt que débiter tes âneries devant des écrans vides.

    Alors va-t’en. Tu as déjà assez fait de dégâts comme ça. Va-t’en et ne claque pas la porte en partant, les courants d’air ça attise les flammes.

    Michel Costadau

  • Tour

    Tour

    RIC en toutes matières. Ce slogan des GJ collé sur les panneaux routiers est un super révélateur sur ce mouvement et sur notre société.

    Sur ce mouvement car RIC est le cri des sans grades n’ayant jamais droit à la parole. Celle de ceux qui n’ont rien à perdre parce que quand on est au bas de l’échelle on ne pas descendre plus. En fait ce n’est pas une demande de référendum, c’est une demande d’exister.

    Sur notre société, parce qu’il ne devrait pas y avoir de référendums. La notion de référendum est née de la dichotomie entre la population et sa représentation. Quant une société a des élus en réelle représentation des électeurs et en communication avec eux, il n’y a aucun besoin de consulter la population toutes les 5 minutes, par sondage, référendums ou débats.

    On explique.

    Il m’apparait de plus en plus clairement que le mouvement GJ est un mouvement de type révolutionnaire. Il ne s’agit pas de bourgeois ou des classes aisées mais plutôt du bas de l’échelle. Il ne semble pas guidés par des intellectuels ou des éduqués. C’est le genre révolte spontanée, c’est à dire inspirée directement par des conditions de vie jugées insupportables. Certes nous ne sommes pas au Tchad et les conditions désastreuses dont je parle ne sont pas du même registre que dans les pays déshérités et dévastés par la colonisation. Chez nous les conditions révoltantes s’appellent manque de moyens financiers, déclassement social, ballotage continuel dans le travail, à l’école, dans le logement, absence totale de perspectives pour s’en sortir, fragilité éducative, idéologique et répression continuelle parce qu’il est plus facile de taper sur les faibles que sur les puissants.

    Et d’un seul coup ils prennent conscience de leur nombre, c’est-à-dire découvrent qu’ils ne sont pas des cas isolés mais bien une partie significative de la société.

    Autre marqueur important, la phobie des délégués, des dirigeants, des représentants. C’est typiquement révolutionnaire. Parce que vouloir être écouté ne passe pas par des négociations entre mandataires, mais par la suppression immédiate des barrières installées par le pouvoir. Les réseaux sociaux ont remplacés les barricades.

    Quant au référendum, vous savez ce que j’en pense ça a la forme, le gout et l’odeur de la démocratie mais c’est de la com. Ca a toujours été utilisé par ceux au pouvoir soit pour un plébiscite : Afrique, De Gaulle, Merkel, Poutine, soit pour trouver une porte de sortie honorable : De Gaulle, Cameron, Renzi, soit pour bluffer la population : De Gaulle, Mitterand, Chirac et indirectement Sarkozy. Le référendum est la mesure de la distance entre la population et sa représentation. Et cette distance est grande comme nous le montrent les anglais en ce moment. Moins les élus sont représentatifs et plus ils utilisent les bouées référendaires. Jusqu’à une certaine limite puisque depuis le referendum raté de Chirac et son contournement par Sarkozy plus aucun referendum n’a été organisé chez nous. Par contre, tellement il y a d’écarts entre les élus et les électeurs que touts les élections deviennent des référendums, cqfd.

    Il faut aussi ajouter que notre histoire récente n’est que celle de la trahison de la représentation. Aussi bien celle des mouvements de rue que celle des élus. Les délégués ont toujours cherchés à faire marcher le système et non à représenter les sentiments, les demandes, ou la colère de la population.

    Une révolution moderne c’est quand le système se réforme tout seul sous la pression des révoltés. Mais depuis un moment seules les révoltes des riches ont été entendues.

    Moi je dis chacun son tour.

    Michel Costadau

  • Concepts

    Concepts

    Je ne sais pas qui croit à l’éternité, en tous cas moi j’ai du mal. Il me semble que l’éternité, on ne saura vraiment si ça existe qu’à la fin, quand justement il n’y en aura pas, ce qui complique pas mal le jugement. Evidemment on peut aussi envisager de faire semblant d’y croire, manière, mais là intervient alors la notion de croyance, et ça complique plutôt les choses. On peut cependant faire le pari que l’éternité a une réalité et inventer le concept. Clairement, l’éternité est un concept trompeur. Certes il a quelques vertus mathématiques pour donner une issue à une suite de calculs fastidieux, mais ça n’a aucune utilité pratique. Et le problème c’est que, si ça n’existe pas, on est bien embêté pour dire quand est-ce qu’est la fin, puisqu’il doit y en avoir une. Mais ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est qu’il y en a qui abusent des concepts.

    Parce que dans un contexte plus proche que l’éternité, il y a le concept d’égalité. Alors là on atteint des sommets. Franchement s’il y a quelque chose sur terre qui est perçu par tout le monde comme évident c’est la différence, l’inégalité, voire l’injustice. Et pourtant l’égalité tourne à fond dans toutes les bouches des politiques : à travail égal salaire égal, égalité homme-femme, égalité des chances, égalité devant la loi, tous égaux, stop aux inégalités. Hélas, avec la moitié de la population au smic et 200 000 sans abris, tandis que les autres ne savent plus comment dépenser leur argent, on est, très, très loin de l’égalité. Vous le savez, je ne suis pas du tout pour l’égalité, qui est un fourre-tout catholico-bourgeois et qui ne veut rien dire. Je suis plutôt pour la différence, c’est-à-dire l’inégalité, puisque c’est la réalité, mais sans l’injustice ou l’exploitation du faible par le fort, du pauvre par le riche. La société n’est pas là pour supprimer les inégalités, mais pour éviter que les inégalités créent de l’exploitation. Et ce n’est pas franchement le cas.

    Si nous continuons notre casse bouteille, il y a aussi la liberté, joli concept s’il en est et qui ne veut pas dire grand-chose non plus. C’est probablement le moteur de la plupart des conflits passés, présents et à venir. Avec cette notion on se mord la queue. La liberté c’est-à-dire la possibilité de faire à peu près ce que l’on veut, n’a de sens qu’en dehors d’une société. Or c’est justement les sociétés, qui ayant aliéné presque tous leurs ressortissants, ont crée le concept de liberté. Qui n’est du coup que le nom de la cage qui retient chacun prisonnier. Un individu libre n’a de sens qu’avec ses seules contraintes biologiques, sans contraintes sociales, religieuses ou politiques. C’est dans ce sens que beaucoup d’animaux sont plus libres que nous. Tout le monde sait que dans nos sociétés, l’on ne peut pas faire ce que l’on veut au nom du sacro-saint principe de la protection des biens des riches, mais certains ont l’idée que l’on peut au moins penser ce que l’on veut. Encore hélas, cela est une bien cruelle illusion, puisque la seule chose que nous avons devant les yeux, dans les oreilles et sous le nez, n’est que le placard publicitaire de nos dirigeants. Il est donc devenu très difficile de penser, et du coup agir selon ses idées n’a plus beaucoup de sens. La liberté de penser n’est qu’un leurre.

    Oui, je sais, je n’ai pas parlé de la fraternité, ni de La Marseillaise d’ailleurs, mais j’ose pas ça me fait trop mal.

    Michel Costadau