Mois : février 2020

  • Elucubrations retraitables

    Elucubrations retraitables

    Souvent à vélo je passais devant sa maison complètement décorée. Quelque fois je lui disais bonjour et d’autres fois je le retrouvais l’après midi à la pétanque. Il avait travaillé dans la peinture de citernes et de gazoducs. Sa maison était toujours ouverte et il bricolait, peignait ou réparait quelques outils.

    Et puis un matin je le vois sortir des couvertures et des vêtements de chez lui pour les mettre, avec quelqu’un de sa famille ou un ami, dans une voiture avec une petite remorque attelée. Je m’arrête et je lui demande :

    – tu t’en vas,

    – non je suis mis à la porte,

    – et tu vas où,

    – au HLM,

    – qu’est-ce qui s’est passé,

    – ben en cinq ans la maison de retraite m’a pris la maison,

    – quelle maison de retraite,

    – celle où était ma mère, y m’ont réclamé 75 000€, la maison a été vendue 85 000€,

    – …..

    – y nous reste rien, y sont pressés je dois tout vider avant lundi,

    – ta mère est toujours à la maison de retraite,

    – non elle est morte,

    – ….ah euh je sais pas quoi dire.

    J’ai repris mon vélo avec une sourde boule dans l’estomac. Parce que c’était trop d’injustice. Travailler toute sa vie, comme il l’avait fait, pour un salaire de misère et se voir enlever sa maison pour payer la retraite de sa mère, c’est pas croyable. Nous ne sommes pas dans la préhistoire que je sache mais dans une société riche qui envoie des engins dans l’espace et qui entretient des châteaux et des parcs mais qui est incapable de payer la retraite de ses anciens.

    La société c’est nous et nous ne sommes pas fichus d’offrir une fin de vie correcte à nos parents. Il y a quelque chose qui ne va pas. Comment a-t-il été possible que la vieillesse devienne un tel business. Comment avons-nous pu laisser les marchands s’emparer des misères de l’âge pour gonfler leurs comptes en banque.

    Et voilà que le déclic s’est fait.

    Retraite, retraites on en parle beaucoup en ce moment, mais une évidence s’impose : il y a deux aspects complètements disjoints.

    Toucher une retraite n’a aucun rapport avec payer une maison de retraite. Et je découvre d’un seul coup que la fin de vie est un droit exactement comme l’éducation du début de vie. Pourquoi la société envoie-t-elle les enfants à l’école et livre-t-elle les vieux aux requins de la médecine et de l’hôtellerie.

    Il est clair, à part pour les riches, que la retraite que l’on finance par son travail est insuffisante pour payer une maison de retraite. Il faudrait plus que tripler le smic et aussi ne pas chercher à rogner celles qui existent. Et c’est encore pire pour une hospitalisation longue durée à domicile : ça coûte une fortune et seuls les princes du pétrole peuvent de l’offrir.

    Nous acceptons que les jeunes passent presque 20 ans sans revenus et la société n’est pas capable de payer 5 ans en maison de retraite à une personne qui en a besoin. Non il faut que les bandits fouillent nos poches et vendent les maisons des smicards. C’est un constat terrible.

    Réveillez-vous, le loup n’est pas à l’étranger ou chez les étrangers, il est entré dans la bergerie, il est chez nous et il fait ce qu’il veut sous nos yeux.

    Réveillez-vous, votre retraite ne doit pas servir à payer la maison de retraite pas plus que l’hôpital, c’est un service que la société nous doit.

    Michel Costadau

  • Elucubrations familiables

    Elucubrations familiables

    Je me suis souvent demandé comment on nommait les beaux-parents de nos enfants. Les parents des enfants c’est nous il n’y a pas de problème, mais les parents du conjoint de notre enfant et donc ses beaux-parents, je n’ai pas trouvé le nom. Vous allez me dire que c’est sans importance et qu’on s’en fiche, eh bien vous aurez peut-être tort.

    Dans toutes les civilisations : indiennes, orientales, africaines ou latines on parle de mariages précoces, décidés par les familles alors que les enfants sont encore très jeunes. Et alors, dites-moi qui discute de ces choses-là si ce ne sont les parents et les futurs beaux parents des enfants. De même, dans les familles patrimoniales possédant de plus ou moins grands biens voire des empires, le mariage des héritiers a la vocation d’agrandir les possessions et accessoirement de mettre fin à des conflits. Là encore qui discute de ces choses-là si ce ne sont les parents des futurs jeunes conjoints.

    Les parents du conjoint d’un enfant sont donc des partenaires, des relations, des interlocuteurs de la plus grande importance pour une famille. Ce sont même souvent des alliés et pourtant ils n’ont pas de noms génériques comme cousins, gendre, oncle.

    Bien sûr quand les enfants ont des enfants, les parents et beaux-parents deviennent grand-père, grand-mère, papi, mamie, mais la désignation demeure longuette, du genre : le grand père du côté de ta maman ou bien ton autre grand-mère.

    Cela n’empêche pas que tout grands-parents qu’ils soient, ils restent non nommés pour nous.

    Qu’à cela ne tienne.

    Elucubrons de trouver quelque chose. Eh bien justement il y a un vocable qui irait bien c’est compère. Le père et le compère et réciproquement. Déjà il y a père dedans c’est pas mal, et aussi un préfixe qui donne une idée de similitude. Et donc le père discute avec son compère de l’avenir de leurs enfants … et de leurs biens. Ça se tient. Et quand le jeune ménage a des enfants les deux compères deviennent des grands-parents heureux.

    Evidemment, maintenant, le mot est plutôt connoté compagnon de brigandage. Et c’est pire pour commère qui va très bien aussi mais qui a été réduit aux ragots de bas étage.

    Si je vous parle de ça c’est parce que ma propre expérience me dit que la compétence des jeunes parents pour élever et surtout éduquer leurs enfants est quasiment nulle. Ils vont d’erreurs en problèmes et de bêtises en ratages. C’est le grand domaine de l’ignorance. Certes ils apprennent avec le temps mais c’est trop tard pour les premiers, qui, compte tenu de la peur actuelle, sont d’ailleurs les seuls. Peut-être qu’au bout du cinquième le savoir peut venir et les résultats pourraient être meilleurs, peut-être mais c’est pas sûr.

    En fait ceux qui ont le plus d’expérience, voire de temps, ce sont les grands-parents, les compères et commères que nous venons d’évoquer. Bien sûr ils ont eux-mêmes leurs défauts et peuvent avoir des idées décalées, par exemple sur la religion ou le travail, mais assurément c’est eux qui ont le plus de bagage. Et ils ne s’en servent pas.

    Vous savez quand on met de chevaux dans une nouvelle pâture, la première chose qu’ils font c’est de faire le tour complet de la clôture et s’il y a la moindre faille ils s’y glissent résolument et s’évadent. Les enfants c’est pareil, ils cherchent partout les limites et ils exploitent toutes les faiblesses des parents et les trous dans la clôture. Du coup ils échappent à eux-mêmes et ils se vident de leur substance, c’est-à-dire de leur personnalité, sous le regard impuissant des compères et commères.

    Michel Costadau

  • Elucubrations futurables

    Elucubrations futurables

    Pour ceux qui ont suivi, la question devient donc : mais qu’est-ce que le vivant fait sur terre ? Il est bien évident que je n’en sais absolument rien et ceux qui disent qu’ils le savent sont de gros menteurs, voire de dangereux illusionnistes, suivez mon regard. Néanmoins, même s’il s’avère difficile d’établir le rationnel de la présence du vivant sur terre, il n’est pas interdit de formuler quelques hypothèses sur la suite des évènements.

    Pour commencer, constatons la possibilité non négligeable que l’homme disparaisse de la planète, un peu comme les dinosaures. Les raisons pour cela ne manquent pas aujourd’hui, ce qui rend la chose fort crédible. Et il est assez facile d’imaginer que l’évolution se continuera avec les souches résilientes. Cette hypothèse a par contre un avantage et un inconvénient. L’avantage c’est que la question de « pourquoi l’homme » revêtira beaucoup moins d’intérêt car sa disparition donnera la priorité aux survivants, qui seuls seront à même de se poser la question. L’inconvénient c’est qu’elle peut se produire à très court terme, ce qui veut presque dire que nous sommes concernés.

    Mais voyons si on peut élucubrer autre chose.

    Regardons alors du côté du reste c’est-à-dire de l’univers minéral. Il semble que son destin soit le froid et l’immobilité. Je ne sais pas quels sont ceux qui ont inventé l’entropie mais ils ne nous ont pas fait un joli cadeau. C’est vraiment le nivellement par le bas.

    Alors nouvelle hypothèse : le vivant c’est le déclic pour lutter contre l’immobilité. Je m’explique. La reproduction, même associée à une très faible durée de vie individuelle, est un chemin d’éternité. Le vivant se reproduit, au moins quantitativement, et cela peut durer très longtemps. Certes cela se passe pour le moment dans un cocon atmosphérique privilégié et il ne sera pas aisé de trouver un peu d’énergie dans un univers froid et immobile mais c’est quand même une idée. Cette idée met en œuvre un dépassement de la matière par elle-même. Ou, si vous préférez, le potentiel de la matière serait beaucoup plus riche qu’on ne le croit car la matière a déjà réussi à produire des assemblages assez sophistiqués qui questionnent son immobilité. C’est peut-être une vision un peu optimiste, mais aussi qui a l’inconvénient de demander beaucoup de temps pour se vérifier surtout sur la fin.

    Maintenant regardons directement le vivant. Nous venons de dire que les organismes produits par l’évolution sont de plus en plus élaborés. Comme nous ne savons pas pourquoi nous mêmes, les hommes, sommes arrivés à émerger, mais seulement comment, il est tout à fait possible que de nouvelles émergences se produisent avec des organismes encore plus évolués. Plus évolué ne veut pas du tout dire surhomme, car il apparait assez clairement que l’homme est peu adapté aux ressources de la terre : trop grand, trop gros, trop de besoins et un cerveau qui déraille facilement. D’ailleurs on peut ajouter que la reproduction sexuée, qui a l’avantage d’un petit mélange des gènes atténue beaucoup trop le besoin de se reproduire. Car la reproduction n’est pas un choix c’est la loi du vivant. De plus il semble que la courbe d’évolution du vivant soit passée par son maximum pour ce qui concerne la taille des spécimens.

    Alors plus évolué c’est plutôt dans le sens plus petit et plus résistant. Bien sûr ça peut prendre encore un million d’années, voire plus, mais c’est possible. Certes l’empressement actuel de nos dirigeants à stériliser notre planète et à détruire tout le vivant voile singulièrement l’avenir. Mais que de nouveaux organismes, disons plus performants, voient le jour c’est bien possible.

    Un jour.

    Michel Costadau

  • Vivant

    Vivant

    A la question : mais qu’est-ce que l’homme fait donc sur terre, je réponds, d’abord, en disant que la question est mal posée. Pourquoi, eh bien parce que l’homme tout seul ça ne veut rien dire. L’homme est seulement une des composantes du vivant. Le vivant c’est tout ce qui a trouvé un moyen de se reproduire. Et les moyens ne manquent pas. Le contraire c’est la matière inerte, ce qui est un pléonasme d’ailleurs. Les montagnes, pas plus que les étoiles ou les téléphones, ne se reproduisent pas.

    Nous faisons donc partie du vivant, nous en sommes indissociables, c’est une des prises de conscience essentielle que l’humanité fait en ce moment.

    Nous sommes, simplement, le produit du temps et de l’évolution qui ont petit à petit mis en place le vivant sur la terre et nous sommes seuls dans l’univers, seuls vivants dans un monde minéral. Cela dit, nous ne sommes pas les premiers et peut-être pas les derniers.

    Cependant le vivant a deux gros défauts : le premier c’est que ça meurt et le second c’est que ça mange. Pour le premier on verra ça plus tard. Le second défaut a une particularité c’est que le vivant mange du vivant et s’il ne mange pas il meurt. C’est de l’autoconsommation si vous voulez. Le vivant ne se nourrit pas de pierres, mais de matière organique. Du coup nous découvrons avec stupeur que les végétariens sont exactement comme les carnassiers parce qu’un mouton n’est pas plus ou moins vivant qu’une salade ou des champignons. Ce sont, comme nous, des représentants de notre règne. Quand aux poissons, je ne comprends pas que dans l’alimentation on les distingue des lapins ou des poulets, car les poissons sont une grosse partie du vivant et nous avons sûrement des ancêtres communs.

    Ce qui saute aux yeux c’est la luxuriance du vivant, c’est un feu d’artifice d’essais divers et variés en forme, taille, locomotion, solutions astucieuses, alimentation, reproduction, couleurs, qui continue à se produire sous nos yeux. Mais cette richesse ne nous appartient pas, elle n’est pas à nous, comme si on pouvait en faire ce que l’on veut. C’est le contraire, c’est nous qui dépendons d’elle. Le vivant c’est notre garde-manger, alors la plus grande attention s’impose. De plus, en tant qu’organisme élaboré, nous sommes composés de tas d’autres organismes vivants. Redoublement d’attention.

    Et donc, par évidence, détruire inutilement du vivant c’est nous tirer une balle dans le pied et ça fait mal croyez-en ma propre expérience.

    Heureusement la loi de la jungle n’existe pas, il n’y a que des équilibres variables et évolutifs. Pourtant il me semble qu’aujourd’hui il y a quelques écarts dans les équilibres. Ce n’est pas tellement le nombre de poulets ou de souris de laboratoire qui pose problème, c’est l’esprit dominant de certains qui est inquiétant. L’homme n’a pas inventé le vivant, loin de là, il l’a seulement trouvé en cours de route. Alors faire croire que l’homme a une puissance sans limite ayant le droit de vie et de mort sur tous les autres représentants c’est vraiment inconscient.

    S’il y a bien quelque chose dont nous devons être conscients c’est de notre fragilité et de notre totale solidarité avec le vivant.

    Oui je sais, je n’ai pas encore répondu à la question mal posée du début, ce sera pour une autre fois.

    Michel Costadau