Mois : avril 2020

  • Le masque et la plume

    Le masque et la plume

    Est-ce que les enfants vont bientôt naitre avec un masque sur le nez ? Non bien sûr, car tout cela prend du temps et il en a fallu aussi pour que nos nageoires se transforment en mains. Néanmoins la question du masque est sur le tapis. Quand, comment, où, voila de bonnes questions.

    Pour commencer quelques principes :

    1 – Un masque a trois fonctions :

    – d’abord éviter, si vous être contaminé, de répandre vos virus dans l’atmosphère. Le masque opère un circuit fermé, vous respirez alors vos virus en autoconsommation,

    – ensuite éviter, si vous rencontrez des gens contaminés sans masques, de respirer leurs virus,

    – enfin nous laisserons de côté la fonction esthétique du masque car elle est sujette à caution.

    2 – Le masque est un objet à usage unique, il est neuf quand on le prend et jeté après usage. La raison principale pour le jeter est qu’il est peut-être porteur de quelques virus, c’est pour ça qu’on l’a mis, mais aussi qu’il s’est chargé au cours de son utilisation de nos propres microbes qui ne demandent qu’à se développer dans l’atmosphère chaude et humide de la respiration. De même, utiliser un mouchoir, lavable ou pas, que l’on remet dans sa poche après usage et avant l’usage suivant est une hérésie sanitaire. Donc le masque est à usage unique et jetable.

    3 – La durée de son usage ne doit pas dépasser 1 à 2 heures. En effet le but est de le porter en continu et un masque sur les cheveux ou sur le cou ne sert à rien même pour 10 secondes.

    Bon, avec ces principes voyons quelques situations.

    4 – D’abord les sorties classiques en magasin, officines, transports, restaurants ou bureaux : par exemple les courses, le coiffeur, le médecin, la pharmacie, la banque, le café, la gendarmerie, le métro, le bus. Le fonctionnement est alors simple : vous prenez un masque dans le distributeur à l’entrée et vous le jetez dans la poubelle ad hoc en sortant. Je suis étonné qu’il n’y ait pas encore de distributeur de masques à l’entrée des super, dans les transports et dans tous les magasins qui rouvrent. Remarque : ne portez pas de masque chez le dentiste ça peut le gêner dans son travail.

    5 – Ensuite chez soi, dans son véhicule ou dans son jardin : là pas besoin de masque. La rencontre occasionnelle de quelqu’un, un visiteur comme le facteur par exemple, un promeneur, un livreur nécessite seulement de rester à portée de voix. Pour rappel, pas de masque dans son lit, ni sous la douche, ni pendant le repas, ni dans la piscine, ni en fumant. Je rappelle aussi qu’il ne faut jamais ramener chez soi un masque dont on s’est servi à l’extérieur. Il convient de le jeter avant. Bien entendu, si vous organisez des réunions, des rencontres ou des parties de cartes, vous pouvez avoir en réserve une cartouche de masques à distribuer. Autre rappel : pour la pétanque pas besoin de masques.

    6 – Maintenant au boulot. Deux cas possibles :

    – soit vous travaillez dans un environnement collectif constant ou variable et le masque devient complètement insuffisant. La mesure nécessaire est alors le test de tout le personnel au moins deux fois par semaine. Evidemment les positifs rentrent chez eux et se surveillent, les autres peuvent travailler.

    – soit vous êtes en environnement limité en nombre et complètement constant. Là on peut envisager de travailler en respectant la distance de portée de voix et un masque quotidien pour les besoin de se rapprocher d’un collègue peuvent suffire.

    7 – Enfin il reste l’école. Les enfants semblent peu sensibles au virus mais sont d’excellents porteurs. Du coup l’école est un énorme lieu de brassage et de rencontre des enfants et aussi des enseignants. Bien sûr il est inenvisageable de faire porter des masques aux enfants et il semble difficile de protéger les enseignants et les parents qui vont récupérer leurs enfants après une journée en contact avec leurs camarades et vont être possiblement infectés après ce brassage. Un dépistage quotidien de tous les parents et des éducateurs doit être mis en place mais ça revient à dépister une bonne partie de la population. Tant que cela ne sera pas possible il me paraît préférable de ne pas rouvrir les écoles.

    Bien entendu tout cela n’est valable que jusqu’à la disparition du virus, qui devrait normalement intervenir au mois de juin.

    Michel Costadau

  • Le discours

    Le discours

    Françaises, Français,

    Ce n’est pas seulement en tant que président de la République que je m’adresse à vous, mais aussi en tant que citoyen de notre pays touché par une longue épreuve sanitaire.

    Avant tout je voudrais rendre hommage à toutes les victimes de cette maladie, en particulier les anciens des maisons de retraite, que nous n’avons pas réussi à sauver et qui n’ont pu recevoir l’affection de leurs proches avant de partir.

    Ensuite, afin d’éviter tout malentendu, je vous annonce que je ne me présenterai pas à la prochaine élection présidentielle. En effet je me rends compte qu’il est impossible de concilier le rôle de candidat qui cherche des voix par tous les moyens et promesses possibles et le rôle de protecteur qu’attendent de ma fonction tous les Français. Je ne suis donc plus en campagne électorale et cherche seulement à m’occuper comme il convient des troubles que nous vivons et à réparer les dégâts que provoque ce virus dans notre société. Je compte consacrer les deux ans qui viennent à relever notre pays et à aider les citoyens.

    Afin d’apaiser les esprits je demande au gouvernement de supprimer toutes les demandes de dérogations de déplacement qui ont fait la preuve de leur inutilité ainsi que de leur aspect anxiogène et liberticide. Toutes les amendes indument perçues seront donc remboursées et les peines prononcées annulées. Ces mesures ont été une grave erreur et ont pu rappeler à certains de mauvais jours que nous étions censés ne plus connaître.

    En conséquence les forces de police, de gendarmerie, militaires ou miliciennes seront entièrement à votre disposition pour vous aider dans les difficultés que nous rencontrons. Quel que soit le problème que vous avez, adressez vous aux gendarmeries, aux polices municipales ou nationales pour demander des conseils sur la marche à suivre. Ils vous conseilleront du mieux qu’ils peuvent.

    Je comprends aussi que vous puissiez vous étonner qu’au gouvernement ce soient ceux-là mêmes qui ont œuvré à la réduction du service public qui aujourd’hui doivent faire preuve de solidarité et se préoccuper de sauver des vies. Certes ce n’est pas crédible, c’est pourquoi je dois veiller à ce qu’ils prennent les meilleures décisions dans votre intérêt et non dans celui de leurs habituels donneurs d’ordre.

    Je propose aussi au gouvernement de rouvrir immédiatement tous les commerces, les entreprises, les lieux publics, y compris les plages et les montagnes bien maladroitement surveillées. Pour les écoles, les collèges et les lycées, je demande que la plus extrême prudence soit observée tant du coté des élèves que des enseignants et des parents.

    Je ne saurais terminer sans vous dire que, comme vous, j’ai constaté que de nombreux pays ou régions se débrouillaient mieux que nous. Je saurai prendre cela en compte afin de tirer des enseignements de leurs méthodes et de leurs modes de fonctionnement. Enfin je me rends compte que je ne vous connais pas du tout et je me réjouis que beaucoup d’entre vous aient mis en place des solutions familiales ou tribales. Là encore nous devons tirer les leçons de cet épisode et nous donner un meilleur avenir. Tous ensemble.

    Michel Costadau

  • L’achat

    L’achat

    Il est d’une totale immobilité, sauf la queue. Elle décrit de lentes contorsions comme une branche qui se courbe dans un sens puis d’un autre sous le vent. Avec de temps en temps une saccade de coups de fouets qui zèbrent l’air avec le bout de sa queue. Aussi instantanément qu’il s’est figé, il se remet soudain à marcher de son allure nonchalante et coulée. Il lève bien haut les pattes pour enjamber la maigre végétation. Il n’a rien attrapé bien qu’il ait sauté d’un bloc, toutes griffes dehors sur la possible présence d’un petit rongeur lui-même tremblant de peur sous deux petites herbes dans la hantise de se faire découvrir, ce qui en fait était presque le cas.

    Mais rien n’indique dans sa démarche qu’il ait loupé sa proie et c’est d’un pas hyper-tranquille, presque méprisant, qu’il poursuit son chemin. Le seul signe avait été ces brusques secousses agacées de la queue. Là oui il n’était pas content mais sans faire le moindre mouvement avec son corps, les pattes encore posées sur l’endroit ciblé, espérant peut-être comme un joueur de poker qu’il l’avait bien attrapée et qu’il suffisait, comme quand on retourne la carte, qu’il se relève pour la voir.

    Je suis certain qu’il adoptait son allure désinvolte, malgré son échec, parce qu’il m’avait vu. Ou plutôt senti, car il n’a jamais tourné la tête. C’est-à-dire qu’il avait compris, sans la moindre démonstration, que je le regardais, que j’avais observé son saut et son immobilité sauf la queue. Alors pour bien me montrer son mépris des voyeurs, non seulement il ne me regardait pas, mais même il m’ignorait complètement, comme si j’étais un arbre du décor.

    Pourtant, d’habitude, quand il me voit, il vient me chercher avec son bruit de crécelle pour m’emmener à son assiette, pas toujours vide d’ailleurs puisque c’est un reflexe et que je suis définitivement associé à sa gamelle. Bien sûr il ne vient pas tous les jours, parfois même pas d’une semaine, mais quand il est là, c’est quatre fois par jour qu’il appelle quand il me voit. Ou plutôt entend, car dès que je sors par une porte ou l’autre il arrive soudain et réclame sa pitance. À ces moments-là je lui parle. En général je lui dis « oui on arrive », passe devant j’arrive ? Quelquefois c’est « oui mais tu viens de finir », tu as encore faim, c’est pas possible, je suis sûr que ton assiette n’est pas vide. Et de temps en temps c’est « non » et là c’est dur, il s’arrête, s’assied, ne me regarde pas bien sûr, mais marque le coup. Qu’à cela ne tienne, deux heures après il recommence.

    Pourtant il est assez partageur et nous amène devant la porte de l’écurie, un demi-lapin, ou un demi-rat, toujours l’arrière rien que pour nous. C’est gentil.

    Quand il est là, entre deux repas il dort. En fait il dort presque tout le temps. Quelquefois pour faire cinquante mètres, il s’arrête trois fois s’allonge complètement sur le côté, voire sur le dos ou se cale dans l’angle d’un mur avec le sol et pique un petit roupillon la tête posée sur une patte ou même les pattes en l’air. Dormir est un bien grand mot puisque même étalé, immobile, les yeux fermés il me voit et si je m’approche il est déjà debout en réclamant son dû.

    Notre chat s’appelle picasso, c’est un artiste.

    Michel Costadau

     

  • Stop

    Stop

    J’ai un immense sentiment d’impuissance, je sais ce qui se passe et je ne peux pas l’arrêter. C’est comme un mauvais rêve. Oh ce n’est pas le virus qui me pose problème. Oh non, parce que le métier de la terre vous apprend vite l’humilité et la modestie face à la nature. Quand on voit jour après jour ses cultures se flétrir et se sécher sous l’effet de la chaleur et disparaître ainsi toute promesse de récolte, on peste, on hurle mais on accepte l’inévitable.

    Et, actuellement, il y a beaucoup de victimes inévitables. A vrai dire certaines auraient pu, et pourraient encore être évitée c’est sûr, mais nous sommes sur un bien mauvais chemin.

    En fait le virus disparaîtra tout seul ou bien il deviendra une maladie moderne de plus comme le cancer, le diabète ou la grippe.

    Non l’impuissance qui me mine c’est celle de la fascisation du pouvoir et c’est cela que je voudrais stopper. Je rêve de révolte populaire contre la suppression de notre vie sociale et familiale. Je rêve de résistance à ces déploiements de forces policières. Je rêve et je me retrouve seul, seul à vouloir montrer ma colère, seul à défier ces fascistes, mais surtout seul à dire : ça suffit.

    Mais comment faire quand tout le monde ou presque est dans la spirale d’une peur auto-imposée. En fait c’est chacun qui se fait son propre cinéma puisque les contacts que vous évitez sont exclusivement avec des gens sans le moindre virus et donc ne nécessitant aucune protection. Vous allez me dire qu’on ne sait pas et qu’il y a peut être un porteur tout près de vous. C’est ce « on ne sait pas » qui est catastrophique. Je sais, je sens que ce « on ne sait pas » est sciemment entretenu par nos dirigeants, parce que si on savait, d’une part on pourrait agir plutôt que de subir et d’autre part la peur auto-entretenue disparaîtrait.

    A vrai dire je ne suis pas seul à penser ainsi, car je reçois des textes montrant que d’autres aussi, que je ne connais absolument pas, ont des analyses pertinentes, comme Valérie Bugault, Romaric Godin et d’autres. Mais même si on était 10 ça ne changerait pas grand-chose.

    Je me demande où sont nos partis politiques, nos syndicats, nos organisations pour au moins dire, au moins manifester leur opposition aux modes de fonctionnement de nos dirigeants. Où sont-ils, c’est maintenant que l’on en a besoin, pour organiser la résistance, pas demain mais aujourd’hui. A quoi sert de vouloir régler ses comptes plus tard quand le mal sera fait.

    Pourtant je vois bien qu’il y a un fond de résistance. C’est-à-dire de personnes qui soit bravent les interdictions, comme les jeunes, soit surtout ne respectent pas les recommandations, à commencer par les clients des magasins qui n’ont ni masques ni gants ni distances, voire qui se donnent rendez-vous au super pour tailler une bavette. Sans conséquences d’ailleurs.

    Néanmoins, je rumine ma haine de ces dirigeants qui, sous prétexte de vouloir notre bien, nous mettent dans des situations inhumaines. Je suis persuadé qu’ils ne se préoccupent pas du tout des décès, des souffrances et des séquelles, non la seule chose qui les occupe c’est comment garder le pouvoir, comment continuer ce régime de productivisme acharné dont nous sommes les seules victimes, les victimes vivantes, courbées, rampantes. Et en ce moment ils se sont ouvert un boulevard, rassemblements interdits, drones de surveillance, amendes et flicage, ça roule pour eux.

    Alors je passe en boucle cette journée du 22 aout 1914 ou il y a eu 27 000 victimes françaises, oui en un seul jour. Tout le monde le sait ou l’a su mais l’a oublié ou ne l’a pas cru. Nos dirigeants sont capables de ça. C’est effarant. Et nous nous ne sommes capables que de mourir en silence.

    Alors c’est vrai, ça suffit.

    Michel Costadau

     

  • Le verger

    Le verger

    Souvent les vergers fleurissent et donnent des fruits que personne ne ramasse. Certes ce sont des fruits de faible conservation, privés de tous les traitements prodigués aux vergers de rapport. C’est du gâchis me direz-vous. Ces fruits auraient sûrement fait plaisir à plein de gens de la ville. D’accord pour le plaisir mais pas pour le gâchis. Les arbres fruitiers ne sont pas qu’à notre service. Ils servent aussi à nourrir des multitudes d’insectes dont bien sûr les précieuses abeilles. Ils permettent à des tas de petits organismes de se développer même si c’est parfois au détriment de la fructification. Les fruits eux-mêmes servent aussi à la nourriture de gros ou petits animaux.

    Vous avez surement déjà vu ces pommes dont il ne reste que la peau, tout l’intérieur ayant été nettoyé par des frelons, des guêpes ou des oiseaux. Les écureuils ne mangent pas que des noix mais aussi des cerises et des prunes. Ils ont même une certaines tendance à secouer les branches, voire en arracher des brindilles pour attraper les fruits. On retrouve alors des feuilles et des fruits par terre. Et par terre voila d’autres amateurs qui se mettent à l’ouvrage. Les blaireaux sont de très gros consommateurs de pommes et de poires. Les petits rongeurs ne sont pas en reste et font soit de la consommation sur place soit un petit stockage.

    Quand vous arrivez à manger des cerises c’est qu’il y en a beaucoup, je veux dire assez pour vous et pour les oiseaux car c’est eux qui se servent en premier. Et parfois il n’y en a que pour eux. On dit c’est une mauvaise année, mais pas pour tout le monde.

    L’aspect décoratif doit lui aussi être souligné tant il est plus agréable de contempler un majestueux cerisier en fleur qu’une pompe à essence.

    Normalement sous les arbres il y a de l’herbe, ce qui cependant a l’air de poser des problèmes à certains. Ceux-là qui tondent et ramassent ont un souci avec l’évacuation des produits de tonte. Soit ils entassent ça au fond du jardin, voire même dans un composteur, soit ils évacuent ça à la déchetterie. Et ils sont souvent obligés d’acheter une remorque pour le faire. Même si dans certaines villes il y a un ramassage des déchets végétaux je ne pense pas que ce soit très astucieux. Quant au compostage, il prend beaucoup de temps pour un résultat décevant et l’odeur n’est pas formidable. Je vois plutôt deux pratiques beaucoup plus simples. La première consiste à couper sans ramasser, Oui d’accord il faut tondre un peu plus souvent surtout au début c’est-à-dire en avril, mais après on ne voit plus rien et la terre absorbe tout volontiers. La seconde consiste à mettre la tonte dans le jardin, comme un paillage, et au pied des arbres fruitiers ou pas. Ça évite l’évaporation et ça enrichit un peu le sol.

    Alors quand vous plantez un fruitier soyez certains que plein de petits yeux vous regardent en se léchant les babines, ce qui ne vous empêchera pas de vous délecter de fruits cueillis sur l’arbre. Le dessert est dans le verger les enfants.

    Michel Costadau

     

  • Appel aux dirigeants

    Appel aux dirigeants

    Messieurs les dirigeants, il est clair que vous ne maîtrisez pas du tout la crise sanitaire que nous connaissons. Visiblement vous n’avez pas la situation en main, elle est loin d’être sous contrôle. Au lieu d’inspirer la confiance et l’apaisement, vous suscitez de plus en plus la défiance et l’inquiétude.

    En fait vous ne savez pas combien de victimes il y aura, ni même l’ordre de grandeur, voire si tout le monde ne va pas y passer. Vous ne savez pas quand cela va se terminer, ni si les mesures prises sont de nature à favoriser ou empêcher un rebond. Vous n’avez strictement aucun critère pour juger de l’efficacité de telle ou telle mesure. Vous appliquez des formules mathématiques, sans connaître leur degré d’adéquation à la situation. Et ce n’est pas d’aplanir les courbes qui diminue leurs surfaces. Vous allez encore repousser le second tour des municipales et à mon avis mettez-le dans un an ce sera plus sûr.

    Clairement les mesures de confinement variable que vous avez prises ne sont pas du tout suffisantes. Il est facile de comprendre que l’approvisionnement des grandes et des petites surfaces, des centrales d’achats, des hôpitaux, des exploitations agricoles et d’élevages, des répartiteurs, des officines, des stations-services, des casernes, des bases militaires, des préfectures sans parler des transferts entre hôpitaux, de la distribution du courrier et de tous ceux qui continuent à aller et revenir de leur travail fait circuler nationalement et internationalement de multiples véhicules et personnes transportant le virus partout dans le pays.

    Les mesures efficaces, établies suite aux précédentes épidémies, reposent sur le cloisonnement, la détection et le confinement des porteurs.

    C’est principalement les mesures de cloisonnement qui permettent d’éviter l’explosion épidémique. C’est ce qu’on fait immédiatement les pays du Nord. Mais comment isoler par exemple un département quand il n’est autonome en rien puisque la concentration des moyens de production est l’arme absolue du libéralisme depuis 100 ans. La mondialisation a bon dos quand toutes les décisions françaises sont prises à Paris, pour tout le monde alors que la situation n’est qu’un ensemble de cas particuliers qui auraient demandé des mesures locales et adaptées. En fermant une partie de la vie sociale, écoles, restaurants, commerces, entreprises vous avez peut-être ralenti la propagation, mais vous avez surtout allongé la durée de l’épisode épidémique. Jusqu’à quand ? Vous ne le savez pas !

    Vous semblez vouloir faire comprendre à la population que le fait de ne pas bouger de chez soi les met à l’abri du virus. C’est faux, parce que par exemple les maisons de retraite, où il est clair que les gens restent complètement chez eux et ne quittent pas leur chambre, sont le siège d’une rapide propagation. Vous allez dire que c’est une population à risque, mais alors si c’est le cas pourquoi une détection systématique n’a pas été faite. D’ailleurs confiner, sans détection, les patients des maisons de retraite revient à les enfermer dans le couloir de la mort.

    Non seulement vous ne maîtrisez rien mais vous hypothéquez l’avenir de millions de citoyens. Nous, nous savons déjà que beaucoup de petites entreprises, indépendants, commerces et artisans vont fermer. Nous savons que le chômage va augmenter par milliers, peut-être millions. Nous savons que les prix vont augmenter, c’est déjà commencé, et que c’est pour cela que les entreprises vont subir un choc qui ne pourra pas être compensé par de l’argent, parce que c’est d’avenir, de confiance dans l’avenir dont a besoin la population. Vous, vous appelez ça la récession, nous nous l’appelons la misère.

    Alors à défaut de pouvoir faire quelque chose d’intelligent, faites la seule chose indispensable pour la santé mentale de notre pays qui est de supprimer ces attestations de déplacement puériles et inutiles.- Je vais faire des courses – Je suis chez le médecin – Je promène le chien.

    Ceux qui doivent se déplacer le font déjà et il y en a beaucoup, et ceux qui veulent contourner ont déjà compris comment le faire et sont de plus en plus nombreux. Faites-le vite.

    Michel Costadau

  • Mutation

    Mutation

    Française, Français vous avez élu des imbéciles, dangereux de surcroît. Le budget de la Défense est 10 fois supérieur à celui de la recherche et pourtant la bombe atomique ne sert à rien contre le virus. Impardonnable. D’ailleurs les bombes atomiques ne servent strictement à rien. Voilà.

    Les mutations de sociétés, c’est un peu comme les tremblements de terre. Les pressions et fissures se mettent en place sous la surface, invisibles elles grandissent lentement. Et puis d’un seul coup c’est le cataclysme et la bascule vers un nouvel état que les gens découvrent avec stupeur. Personne ne l’avait vu venir et pourtant tout se préparait petit à petit.

    La crise actuelle fait apparaitre des ruptures ancien///nouveau dans trois domaines au moins : Sciences, Europe, Démocratie.

    D’abord il devient clair que l’Asie a acquis le leadership des sciences et des techniques. Toutes les technologies de pointe informatique, biochimique, médicale et nano sont maintenant dominées par l’Asie. Certes il nous reste les technologies anciennes, aéronautique, génie civil, automobile, pétrochimie mais ce sont des industries lourdes, comme l’était la vieille sidérurgie avant de disparaître. En fait nous n’avons aucun champion dans les domaines des sciences de la vie, de l’informatique ou du médical. Il y a encore quelques laboratoires qui s’amusent avec de nouvelles techniques mais nous n’avons pas le tissu industriel correspondant. Seule la côte Ouest américaine tient encore un peu la route. Ca ne veut pas dire que nous allons consommer plus de produits asiatiques, c’est déjà le cas, non ça veut dire que ce sont les asiatiques qui vont définir notre modèle de vie, comme les Européens l’ont fait pendant longtemps. Nous allons être amenés à seulement les suivre et les imiter.

    Ensuite l’Europe s’est dangereusement fissurée. Notre bastion de bien-être a basculé dans l’inconnu. L’Europe du Nord s’est mise à l’abri en fermant ses frontières, celle de l’Est n’ayant aucune structure pour faire face à la crise économique en cours, subit donc d’énormes dégâts et appelle au secours, et l’ancien noyau riche de l’Ouest navigue à vue sans ligne de conduite. Visiblement ce sont les petits pays qui gèrent le mieux l’épisode et les grands pays le plus mal. La montée des fédéralismes va donc franchir un nouveau cap, ce qui peut conduire les pays à un émiettement puis à leur morcellement. Pour commencer, toutes les velléités de politique étrangère, droits sociaux, armée, ou recherche communes ne sont plus à l’ordre du jour. Il me semble que l’Europe a vécu, l’avenir est aux provinces, aux départements et aux petits pays.

    Enfin le concept de démocratie, hérité des Grecs et remis à jour par la Révolution française, a explosé en vol ne laissant au sol que des décombres. Certes nous ne vivions qu’une démocratie de façade mais voir dans un moment critique le président essayer de se débrouiller tout seul au lieu de mobiliser les instances représentatives a quelque chose de pathétique et indique qu’il n’a plus, s’il l’a jamais eu, confiance dans nos institutions. En ce moment le pays est gouverné par le ministère de l’Intérieur agitant avec son administration sa cohorte de préfets qui envoient leurs gendarmes sur les routes. C’est un peu de l’autocratie mais complètement un Etat policier. Il n’y a plus aucune représentation locale capable de mobiliser et de s’occuper des citoyens, les conseils départementaux ont disparu, les conseils municipaux ne peuvent plus se réunir car, par erreur ou calcul, avec ce premier tour raté, les anciens conseils ne sont plus légitimes et les nouveaux ne peuvent pas siéger. On aurait pu croire que les députés pourraient rassembler les citoyens pour entendre les besoins et inquiétudes de la population mais on découvre avec effroi que ce ne sont que des fantoches à poil ras sans aucun pouvoir, sans aucune mission, sans aucune représentativité, des pions vides.

    Françaises, Français nous ne vivons pas une crise mais une mutation. Il n’y aura jamais de retour à la normale. Il va falloir mettre les mobiles en veille. Alors, serrez-vous les coudes, consolidez vos réseaux locaux, partagez ce que vous savez pour essayer de bâtir un nouveau genre de vie plus résilient à la dépendance, à l’isolement et aux regards du pouvoir central.

    Michel Costadau