Mois : avril 2021

  • Aménagement 126

    Aménagement 126

    L’autre samedi c’était manif à Teulat. La chaîne humaine impressionnante que les participants ont réalisée brille encore dans nos yeux avec tous ces bras tendus, ces poings levés, ces visages illuminés et ces grands sourires du plaisir d’être là, d’être ensemble, d’être nombreux. Ce 17 avril restera comme une grande étape, post virus, de la lutte contre le projet d’autoroute.

    Cependant, pour moi, cette bagarre contre les carrières et le bétonnage de la vallée du Girou devrait, maintenant, être complétée par un combat pour l’aménagement de la 126. Du «contre» nous pouvons passer au «pour». Non et non nous ne sommes pas sans défenses devant le mur imbécile de la technocratie car nous avons une solution.

    Cette nouveauté nous la devons au collectif des maires qui s’est formé il y a quelques années.

    De quoi s’agit-il ?

    L’idée était de savoir s’il était possible de faire une grande étude de la sécurisation et de l’aménagement de la 126 en voie rapide sans péage depuis la rocade de Toulouse à celle de Castres.

    Le premier objectif de l’étude était de s’assurer que le coût de cette solution pouvait être inférieur au montant de la subvention d’équilibre du projet autoroutier. La réponse a été oui et elle est toujours valable. L’aménagement est en gros inférieur de 20 % à la subvention.

    Car c’est cette subvention d’équilibre qui a nourri le refus de la solution autoroutière. Cette subvention apparue dès les premières estimations n’a depuis cessé d’augmenter pour atteindre plus de la moitié du coût du projet. Cette subvention c’est l’argent que devraient mettre l’Etat et les collectivités pour compléter le financement du projet puisqu’il n’est pas assez rentable.

    Car le péage que percevrait Vinci ne servirait pas qu’à rembourser l’investissement. Il sert aussi à rémunérer les actionnaires. C’est cette rémunération qui plombe le projet en obligeant l’argent public à aller dans les poches d’investisseurs pour la plupart étrangers à notre pays.

    Cela dit on pourrait penser qu’une fois privatisée, les frais d’entretien de la liaison Castres Toulouse tomberaient à zéro pour l’État et les collectivités. Hélas il n’en est rien puisque le projet d’autoroute étant en site propre, les collectivités auraient encore à entretenir la 126 qui resterait une voie de communication interdépartementale. Ce qui fait que non contentes d’avoir versé la subvention d’équilibre, les collectivités devraient continuer à financer l’entretien et l’amélioration de la 126. Clairement cette duplication des infrastructures n’est pas compatible avec les moyens financiers de notre région et de notre pays.

    Nous avons donc une proposition pertinente et urgente à faire connaître à la population, aux élus, à l’administration et aux médias. A titre de suggestion, je verrais bien le canevas suivant.

    – La population : message = pas besoin de péage, moyen = réunions publiques. Je ne pense pas que beaucoup de gens soient encore au courant qu’il y a une solution alternative qui améliore l’itinéraire, sans péage et moins chère pour les deniers publics qui sont quand même un peu les nôtres,

    – Les élus : message = ne pas jeter l’argent public à la poubelle, moyen = rendez-vous et entretiens individuels et collectifs. Les élus sont prisonniers de l’opinion. S’ils sentent que le vent tourne, ils tourneront aussi.

    – L’administration : message = mettre sur les rails une nouvelle solution, moyen = courriers ciblés. L’administration aurait dû depuis longtemps, c’est-à-dire au moins 15 ans, étudier un scénario alternatif. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

    – Les médias qui se décomposent en deux parties : la pub et l’information. Nous n’avons pas encore fais de pub pour notre solution. C’est peut-être le moment.

    En se répartissant les tâches tout ça devrait pouvoir se faire.

    Michel Costadau

  • Prolongation

    Prolongation

    Comme d’habitude, le pouvoir a pris des mesures qui vont dans le sens contraire de l’objectif qu’il leur assigne officiellement. En réduisant le nombre de lieux, c’est-à-dire l’espace où les gens peuvent se trouver, il a, comme l’an dernier, concentré la population. Exemple typique samedi au marché de Lavaur où il y avait seulement l’alimentaire, queue devant les stands, allées pleines, file d’attente aux caisses. Pour propager le virus la concentration est la meilleure méthode même dehors, car il y a les courants d’air qui sèment à tout vent.

    Il est clair que nos gouvernants n’ont aucunement l’intention de débarrasser la population de cette épidémie. Bien au contraire, ils la prolongent autant qu’ils peuvent. J’ai même entendu dire qu’il y avait une piste pour faire durer le virus encore un an afin de n’avoir le contre coup économique qu’après les présidentielles.

    Il est tout aussi clair que la classe dominante a peur d’une éventuelle fin de toutes les interdictions en cours. Du coup, au lieu de lutter contre le virus, elle achète les Français pour qu’ils restent tranquilles. Comprenez que ce n’est pas leur argent qu’ils dépensent, c’est le nôtre, alors ils y vont gaiement. Ca ne leur coûte rien, ça leur rapporte, et ils remplissent les poches de leurs copains en commençant par les élus qui sont des gens sans la moindre moralité. Mais comment s’étonner quand on recrute dans le monde du business, appelé hypocritement société civile, de voir nos dirigeants se moquer des lois, organiser entre eux ce qu’ils interdisent aux autres et se contredire allègrement en utilisant la formule magique : j’assume.

    Maintenant regardons par curiosité, avec notre mauvais esprit habituel, ce qu’il conviendrait de faire pour qu’une épidémie dure.

    Premièrement, ne prendre aucune mesure particulière pour les personnes positives. Vous êtes  négatif, c’est bien, vous pouvez rentrer chez vous. Vous êtes positif, c’est bien, vous pouvez rentrer chez vous. Voila la base de la prolongation afin de laisser en circulation le virus, lentement mais sûrement.

    Deuxièmement, mettre un maximum d’obstacles à la vaccination : pénurie d’approvisionnement, doute sur l’innocuité des vaccins, accès impossible à un rdv par les moyens préconisés, saucissonnage de la population, rejet de la faute sur l’Europe.

    Troisièmement, ne pas avoir de politique de dépistage avec des tests puisque de toute façon on ne s’en sert pas, même pour les cas contacts. Il convient d’assigner aux tests un simple rôle de confort moral à la demande et d’être toujours en retard dans les mesures à prendre.

    Quatrièmement, ne développer aucune médecine préventive qui permettrait de protéger les gens en attendant un vaccin dont cependant les effets bénéfiques éventuels à long terme sont bien sûr inconnus.

    Cinquièmement, faire courir un tas de bruits afin que personne ne sache plus quoi penser : la vitamine D protège du virus, il y a des catégories à très haut risque, le tabac empêche d’attraper le virus, certains groupe sanguins sont immunisés, c’est pire dans les autres pays.

    Enfin utiliser une déferlante de chiffres et d’annonces complètement invérifiables pour les contaminations, les rentrées à l’hôpital, les décès, la présence en soins intensifs, le taux d’incidence ???, de contagiosités ou de contrevenants.

    Il me semble que dans notre cher Hexagone nous ne sommes pas loin de ce tableau, n’est-ce pas ?

    Alors est-ce que nous sommes entrés dans une nouvelle société avec masques, contrôle des déplacements et vaccination plusieurs fois par an ? Je dirais que oui et aussi que c’est à nous d’empêcher que ça dure trop longtemps.

    Michel Costadau

  • Sivens visite

    Sivens visite

    Hello, ce matin j’ai apporté diverses denrées sur la ZAD de Sivens et les impressions fortes ne manquent pas.

    D’abord merci pour ce que vous avez donné (il y avait plus de personnes dans le mail initial mais toutes n’ont pas répondu) ça servira et même rapidement.

    Ensuite la boue (bottes super indispensables), les flaques et une impression de campement rom après expulsion par les GI. Image : un grand costaud torse nu creusant à la binette l’évacuation d’une flaque, et des flaques il y en a.

    Ensuite une absence apparente de la moindre organisation.

    Je retourne à la voiture et je prends la farine pour la donner à cette boulangère.

    Enfin des jeunes encore des jeunes et pas que des parlant français.

    A la métairie, on décharge les couvertures et les vêtements car il y a un endroit pour ça et je tombe sur (comme je ne sais pas son nom je dirais Djam) Djam qui me dit qu’il faut en garder pour le fort et aussi la martinique mais on donne quand même les lapins et un bouteille qui s’avère  de l’huile d’olive, ainsi que potiron, lentilles, pois chiches et ail.

    Djam me dit que justement il veut aller au fort et qu’il va avec moi. Toujours la boue et ça glisse mais ça passe. En passant il m’indique un petit campement isolé en me disant : lui on l’aime pas, il est tout seul, il nous vole (de la ferraille apparemment) alors on lui donne rien. Plus loin 8 ou 9 zadistes sont debout en rond et il me dit que c’est une discussion. On arrive au bout de là où on peut rouler et Djam appelle des gens pour décharger les patates, les fruits au sirop (dommage que ça soit pas de l’eau de vie), les piles  et les reste de nourriture. Y en a un seul qui vient avec un accent genre Suède et on met tout sur une table assez garnie d’ailleurs. En passant Djam avait vu qu’il y avait un saucisson et aussitôt celui-ci disparaît dans sa poche. J’en ai marre de bouffer leurs légumes à la fin explique-t-il.

    Dehors dans une cagette des sacs plastiques, c’est de la merde me dit-il (je ne sais pas si c’est à vocation belliqueuse ou écologique).

    On s’engage dans la boue pour porter la pelle et le râteau dans le fort avec le pack de bière qui a été super apprécié (la kro ça fait pisser, la lager c’est mieux). Je m’attarde un peu sur les lieux pour voir laver des choux fleurs à un tuyau. J’ai demandé si c’était un captage de source, réponse oui.

    Djam était prêt à repartir (je me demande pourquoi il voulait aller au fort). On essuie le plus gros de la boue et on repart. Djam parle sans arrêt, il ramasse des champignons, il a une tente propre mais je ne vois pas laquelle, il se demande si les gendarmes ne sont pas planqués dans une maison abandonnée qu’on voit au-dessus. On repasse à la métairie et je demande s’ils veulent une cuisinière (en fonte). Bien sûr pas de problèmes on va la mettre dans la cheminée. Je laisse Djam et je repars vers l’entrés de la ZAD. En passant quelqu’un me demande si je vais à Gaillac. Je dis oui et il embarque. C’est Fred qui est boulanger photographe, dont les affaires ont brûlé en septembre.  Il a des messages sur son mobile. Il me dit que sa copine ne veut pas qu’il aille à Albi cet aprèm et qu’elle est maline parce qu’elle ne lui dit pas qu’elle a peur qu’il y aille mais qu’elle a envie de le voir. Pour Fred, la ZAD c’est le rassemblement de toutes les personnes qui ne veulent pas de la vie sur mesure que leur propose le système et qui acceptent les gens comme ils sont végétariens ou voleurs. Fred dit qu’il va falloir qu’il retrouve un boulot car il n’a plus rien et pas de compte en banque. Pour lui la ZAD c’est aussi la dissociation de l’argent et du boulot. En repartant, on s’arrête chez Pierre pour lui donner de la bière (ce n’est pas un zadiste mais il est très accueillant). Il était en train d’être interviewé par je ne sais  quel magazine et il s’y prêtait de bonne grâce.

    Maintenant quelques réflexions : Le fort, vous n’allez pas me croire mais c’est modèle château fort avec douves profondes et pont-levis (en palettes pour le moment). Bien sûr ça ne résisterait pas trois secondes à une attaque de GI, donc le sens est ailleurs. Alors il y les fleurs et les bougies pour Rémi (ni pardon, ni oubli), il y a une vie de tribu (c’est quand même les filles qui lavent la salade) et un grand sentiment d’être hors de ce système pourri.

    L’organisation n’est pas du tout absente en fait, chaque lieu a un nom, que je n’ai pas retenu, mais c’est nommé. Les échanges sur le partage des besoins sont quotidiens et les échanges aussi me semble-t-il. Beaucoup de discussions en cours comme abattre la deuxième butte de terre sur la route, y a des pour et des contre.

    La précarité est paradoxale avec une grand différence intérieur extérieur. Autant l’extérieur est un peu décharge, autant l’intérieur semble relativement confortable, tissus couvertures, tables basses.

    J’ai senti ma présence comme transparente, c’est dire ni hostilité ni indifférence mais une énorme immédiateté, tu restes on parle, tu t’en vas au revoir.

    En y allant je me disais que peut-être je proposerais d’y retourner entre Noël et jour de l’an. En repartant je me demandais si je ne devrais pas y retourner la semaine prochaine.

    Bref il se passe vraiment quelque chose du côté de l’esprit dans cette ZAD (et à NDDL aussi je suppose). La seule limite, mais elle est énorme, c’est que ce sont des jeunes et qu’à cet âge-là tout paraît possible. Je crois quand même qu’il faut que nous fassions tout ce que nous pouvons pour que ça dure au moins quelques années. Après on verra.

    Bises A+

    Michel Costadau

    Mail envoyé le 19 novembre 2014

  • Barcelona

    Barcelona

    L’idée de base était donc de retrouver Fabienne et Sasha pour passer quelques jours avec eux. Du coup Biloud a cherché une ville pas trop loin, pour nous, et directe en avion depuis Copenhague, pour elle. Et c’est tombé sur Barcelone pour le we pascal.

    Comme moyen de transport pour Barcelone, la préférence d’Edith était sans conteste le bus. Premier problème il n’y a plus de bus à part un et un seul flixbus quelques jours par semaine, qui finalement ne nous va pas mal. Aller jeudi 1er avril, retour lundi 5. Deuxième problème avoir un test PCR de moins de trois jours. Rendez-vous pris à l’hôpital de Lavaur le mardi, résultat le mercredi, ça marche. Troisième problème : quelle justification donner. Car une énorme pression d’interdits se posait sur ce voyage nous obligeant à nous demander : qu’est ce qu’on va pouvoir donner comme raison. L’agriculture était une bonne piste tant pour la recherche de matériel agricole que pour l’observation d’essais de semences. Jusqu’à ce que nous découvrions qu’il n’y avait aucune restriction sur les déplacements en Europe. Sans en être tout à fait sûrs bien entendu. Cette notion, scandaleuse, de devoir justifier ses actes et ses déplacements devant des policiers fera l’objet d’autres billets.

    A l’aller pas le moindre contrôle, ni au départ, ni à la frontière, ni d’un côté ni de l’autre, le bus ne ralentissant que pour franchir les péages.

    Et nous voila sur place ou Fabienne avait loué un petit appart sur La Rambla en face du théâtre principal. Je ne vais pas m’étendre sur les joies de Barcelone, juste pour dire que pour ce qui est des corridas et des processions c’est raté, il n’y a plus rien sauf peut être à Girona, à confirmer. Je veux dire même pas à la télé, rien. Par contre la ville est pleine de monde avec beaucoup beaucoup de jeunes et toujours pas mal d’enfants et des femmes un peu voilées en grand nombre. Les couples âgés « classico », c’est dire tailleurs clair et costume trois pièces sont plus rares, mais se déplacent lentement souvent à deux ou trois couples. Et ils n’arrêtent pas de parler et de rire. L’ambiance est franchement détendue avec un deal raisonnable : masques contre restos. Sympa d’aller prendre un café sur une place sous les palmiers et de déjeuner en terrasse au milieu des familles et de quelques touristes aussi. Cela dit, la nourriture catalane reste à base de poulet, de cotes d’âgneaux ou de veau et de frites. Le vin est plus difficile bien que nous ayons trouvé un Emporda assez correct. Les mossos et les guardia sont très présents mais plutôt conciliants que répressifs. Je me suis fait arrêter plusieurs fois avec mon foulard de Dalton sous le nez mais à chaque fois ça s’est bien passé. Et puis la mer et la plage c’est là aussi.

    Néanmoins nous pensions aussi au retour et avons cherché à faire le PCR. Les pharmacies ne le font pas, les labos ne répondent pas, pas plus que les hôpitaux. Après une heure d’efforts nous avons donc dit : pas de tests on verra bien. A titre conservatoire j’ai quand même pris un rdv au CH de Lavaur pour le lendemain de notre retour.

    Nous voilà donc lundi au terminal routier nord de Barcelone pour le départ du bus pour Toulouse. Là le chauffeur nous demande identité et test. N’ayant que les tests périmés de l’aller, il finit par nous dire qu’il nous prend quand même mais que nous aurons une amende en cas de contrôle. Nous sommes placés au troisième rang. Nous passons la frontière, mais au premier péage français barrage militaire et contrôle. Au bout d’un quart d’heure deux gendarmes montent dans le bus par la porte du milieu, l’un plutôt jeune va vers le début du bus et l’autre que nous ne voyons pas vers l’arrière. Un silence pesant s’installe dans le bus. Notre militaire commence à demander sa carte d’identité à la première personne, puis passe à la seconde. Arrive notre tour, nous avions la CI à la main et les tests périmés  sur les genoux. Il prend les cartes, nous rend les cartes et passe aux personnes derrière nous. Au bout de 10 mn on entend un « vous pouvez y aller » venant de l’arrière. Nous avons appris ensuite que le militaire de l’arrière avait contrôlé scrupuleusement les tests. En fait nous étions les seuls du bus à ne pas être en règle.

    Morale : quand on voyage il faut aussi avoir un peu de bol.

    Michel Costadau