Mois : octobre 2022

  • Agri 5

    Agri 5

    Les agriculteurs se moquent bien de la nourriture de la population, ils préfèrent s’occuper de leurs usines et l’amour de la terre ne se mesure plus qu’au rendement. C’est une notion très importante à assimiler que celle de l’hypocrisie du slogan « nourrir la planète » dont s’est emparée la profession. Au nom de cette phrase creuse tous les excès sont permis, tant en pollution qu’en accaparement. Il doit être clair pour tout le monde que personne n’a jamais demandé aux agriculteurs français de nourrir le monde entier. Nous sommes là en pleine crise globale, c’est-à-dire qu’au nom de la rentabilité, le système financier a privé certains pays de leurs propres ressources alimentaires au profit de monocultures à destination des pays riches.

    Du coup à cause de la prédominance des céréaliers notre pays est excédentaire en blé et pour caser nos excédents nous exportons selon la loi du plus offrant. Ces pays spoliés deviennent donc importateurs de ce qu’ils produisaient auparavant en quantité suffisante pour eux.

    Alors arrive le tour de passe-passe qui consiste à inverser la situation en disant que nous subvenons aux besoins des pays démunis alors que c’est nous qui en avons créé la pauvreté.

    Toute proportion gardée c’est la même hypocrisie que le chômage, créé par l’industrie pour maintenir des salaires bas et abondé par les politiques pour se faire réélire avec l’argent de cette même industrie.

    Dans ce domaine la mondialisation est loin d’être une conquête de la  population mais, seulement, un moyen de développement par le commerce et l’industrie pour le commerce et l’industrie.

    Nous avons un autre slogan tout aussi scandaleux utilisé par la profession c’est « la ferme France » comme si toutes les fermes étaient considérées comme de simples soldats de l’armée agricole. C’est beaucoup moins de la moitié des exploitations qui sont productivistes, la grande majorité étant de petites fermes familiales avec des élevages parfois assez réduits mais avec une qualité irremplaçable et le plus souvent une bonne rentabilité. Certes pour des gens qui dépensent peu.

    En fait ce n’est pas tellement le manque de revenu qui dépeuple les campagnes mais surtout la nature du métier avec ses astreintes, la difficulté de se faire remplacer et une nécessaire culture paysanne de base qui ne s’apprend guère à l’école.

    Comment se comporter là dedans quand on est une petite ferme. Disons d’abord qu’il faut de la passion. Cet enthousiasme est nécessaire pour supporter les vicissitudes du métier : poussière, chaleur, objets lourds et coupants, ratages à répétition, bruit, lourdeur sociétale locale.

    Il faut aussi un mélange entre fermeture sur soi et ouverture aux autres. Clairement pour progresser il faut faire ses propres expériences, soit en assolement soit en amendements, soit en dates de semis, voire de récolte, en quantités ou en divers dosages. Il ne s’agit pas de se lancer dans des initiatives  sur des coups de tête, mais d’essayer de tirer rigoureusement  des enseignements des modifications que l’on apporte à ses manières culturales sur quelques années. En essayant de s’abstraire de l’aspect météorologique, pour se concentrer sur le sol qui lui n’est pas soumis à des variations rapides et brutales. Il est clair que l’épisode chaleur sécheresse de 2022 conduisant à une très mauvaise année, non seulement n’était pas prévisible mais seulement potentiel et aussi ne doit pas nous affoler bêtement mais donner lieu à réflexion.

    Par contre il ne convient pas d’avoir des pratiques à l’opposé de ce que font tous vos voisins. De fait il y a un énorme aspect grégaire dans les pratiques agricoles. D’ailleurs faire exactement comme les autres est la meilleure manière de ne pas trop se tromper. Par contre l’apprentissage est alors faible à ce moment là puisque vous vous contenter d’imiter sans savoir pourquoi.

    Comme par hasard des armées de techniciens sont là, gratuitement, pour vous aider à utiliser les bonnes technique et les produits autorisés, sauf en bio où c’est plutôt la misère avec peu de techniciens et peu d’expérimentation INRA ou autres.

    Toujours dans l’hypocrisie, l’agriculture industrielle ne s’appelle pas « chimique » alors que c’est le cas, mais « conventionnelle » ce qui est évidemment beaucoup moins agressif pour la communication, mais cache mal le mal fait à la nature.

    Michel Costadau

  • Agri 4

    Agri 4

    Et donc les banques participent, et pas seulement le crédit agricole, à la croissance des gros et à l’élimination des petits. En plus les banques voient passer beaucoup d’argent, car il est clair que l’agriculture est une activité complètement subventionnée. L’aide la plus connue s’appelle la PAC. Sans les milliards de la PAC, les fameux agriculteurs français mettent la clef sous la porte demain matin.

    Hélas cette aide favorise fortement les céréaliers, car leur chiffre d’affaire est directement lié à la surface, alors que les éleveurs comptent plutôt en nombre d’animaux et moins en hectares. Ils sont aidés au nombre d’animaux mais leur croissance est limitée par les bâtiments et la main d’œuvre.  Les maraichers ont généralement des surfaces minimes. Les arboriculteurs sont certes concernés par les surfaces mais aussi par le nombre de plants.

    C’est ce mécanisme pervers de la prime à la surface qui caractérise le modèle agricole français, avec quelques autres principes comme la liaison forte entre syndicalisme et ministère. Ce genre de collusion permet aux uns et aux autres d’en tirer un excellent parti. Le syndicat parce que sa proximité avec le ministère lui permet de faire savoir que des mesures favorables aux agriculteurs ont été obtenues par simple discussion et le ministère parce qu’il instille en toute tranquillité ses directives dans l’appareil même du syndicat.

    Les bretons et leurs algues vertes ont bien mis en évidence que sans changement de ce modèle on ne résoudra pas le problème. En effet toutes les mesures prises depuis vingt ans pour réduire la pollution aux nitrates et aux pesticides n’ont eu comme effet que de les augmenter. Depuis longtemps le discours dominant est basé sur l’hypocrisie. Des phrases fortes mais des textes flous. Toute la profession manifeste un profond mépris pour les tentatives d’amélioration de la situation environnementale. Car l’agriculture est un énorme pollueur. Et profite du modèle pour continuer sans la moindre contrainte ou alors insignifiante.

    Revenons au caractère répétitif de l’activité. C’est vrai pour la culture céréalière, c’est vrai aussi pour l’élevage, surtout l’élevage intensif. Là ce sont d’énormes machines pour traire une grande quantité à la fois ou d’immenses bâtiments pour l’engraissement. Il existe aussi de la traite automatique en continu avec un badge que porte chaque vache et qui donne accès à des distributeurs de bouchons  d’aliments fort appétissants, en tous cas pour les ruminants.

    Dans ce domaine l’idée générale du modèle est de transformer l’animal en un robot de production spécialisé entretenu par des composés déshydratés et des traitements médicaux fournis par l’industrie chimique. Et les champs en simples supports pour des productions végétales contrôlées par des produit chimiques alimentant directement la plante depuis la semence jusqu’aux grains récoltés. Il n’y a pas encore de cochons synthétiques mais ça pourrait arriver assez vite. Idem pour tous les produits végétaux et animaux. Si vous voulez une image, le paysan est celui qui nourrit surtout la terre pour qu’elle alimente la plante et l’agriculteur est celui qui nourrit directement la plante.

    Il est bien loin le temps des paysans qui aimaient leurs terres et en connaissaient le moindre m². Même si cette image a été un peu mythifiée il est clair qu’elle a existé et tout aussi clair qu’elle a disparu. De nos jours l’agriculteur est le prototype du pollueur, mais paradoxalement bénéficie encore de ce label de protecteur de la nature  alors qu’il en est le principal destructeur.

    A preuve la transformation de produits agricoles en gaz pour les véhicules. Avec la bénédiction de la PAC, c’est-à-dire avec les primes correspondantes sur les surfaces, les agriculteurs transforment du maïs ou du colza en méthane dans de gros bidons de fermentation. C’était la problématique de la ferme dite des milles vaches. Le lait, la viande ou le lisier n’étaient alors qu’un sous-produit de la ferme. Il vaudrait mieux d’ailleurs l’appeler l’usine, car sa raison d’être était la production de méthane. Nous voilà donc avec des produits agricoles subventionnés mais n’amenant rien sur les  marchés, sans que personne ne dise rien.

    Michel Costadau

  • Agri 3

    Agri 3

    La conduite du tracteur elle-même se traduit par un œil fixé sur la roue avant, droite ou gauche alternativement. Cette roue n’arrête pas de tourner et les crampons disparaissent pour aller se poser sur le sol à cet endroit imaginaire qui est son chemin.  C’est cette roue qui suit la bordure de ce qui vient d’être fait, ou la ligne laissée par le traceur ou même une ligne virtuelle construite sur l’habileté du chauffeur. Car les marques du traceur, en sol sec sont souvent difficiles à voir surtout quand il y a quelques mottes. Il faut alors intuiter en devinant plus qu’en voyant la trace. En tous  cas cette roue avant qui tourne est le spectacle, peu varié mais permanent, sur lequel je suis fixé. Et si tu la quittes des yeux, par exemple pour regarder derrière, ne serait- ce qu’un instant tu dévies assez rapidement. Et pourtant regarder derrière est indispensable parce que c’est là que travaille l’outil et ça demande, toujours des réglages qui se passent au champ. Ah oui je l’ai déjà dit mais je le répète  qu’il est indispensable de descendre assez souvent du tracteur pour apprécier le travail, vérifier une horizontalité ou augmenter une profondeur.

    Cependant le côté répétitif de ce travail ne doit pas être sous-estimé, loin de là. Les pistes de robotisation sont donc dans l’air, préfigurant des engins travaillant dans mes champs, sous la surveillance d’une salle de contrôle comme les métros ou les bus automatiques. Le paysan moderne est, donc, devenu un chauffeur et souvent il n’est plus que ça. Pour le business les avantages sont multiples. D’abord l’accroissement de la productivité : avec des outils larges et des tracteurs puissants un seul individu fait, en un jour un travail qui demandait, chez nous, une semaine il y a 15 ans. Je dis chez nous car la mécanisation est très variable selon les pays. Ceci permet avec le même personnel d’avoir des exploitations bien plus grandes. Bien sûr cette mécanisation va de paire avec des champs de plus en plus grands et c’est là qu’interviennent les organismes agricoles et gouvernementaux pour favoriser par tous les moyens cet agrandissement des champs et promouvoir l’agrandissement des exploitations. Ensuite la rentabilité liée aux primes à la surface. Les subventions européennes sont déclinées en France par des aides directes aux hectares cultivés. Ca veut dire que plus vous avez de terres plus vous touchez. Or il n’échappe à personne que l’économie d’échelle est un des fondements du monde financier dans lequel on nous fait vivre. Le mécanisme en est simple et repose sur le concept de coût fixe c’est à dire non proportionnel, comme par exemple le prix d’une heure de main d’œuvre ou d’un litre de gas-oil. Ce prix ne dépend pas de l’utilisation que l’on en fait ni de l’argent dont on dispose pour l’acheter.. Et donc si une machine deux fois plus puissante ne consomme qu’une fois et demi plus on y gagne beaucoup.

    Et donc en agriculture si vous diminuez la proportion des coûts fixes, comptabilité, foncier, bâtiments, outils. ….. mécaniquement vous augmentez votre profitabilité. Et du coup la rentabilité des petites exploitations est complètement remise ne cause. Par exemple pour le matériel, si vous l’amortissez sur 20ha ou sur 200ha ce n’est pas pareil. C’est pourtant le même matériel car il ne faut pas croire qu’avec un tracteur de 40ch on peut passer partout et tirer tous les outils. Les petites fermes se rabattent donc sur du matériel d’occasion, Heureusement on en trouve encore à cause de la disparition précipitée du nombre de paysans. Mais ces matériels n’ont, évidemment, ni confort ni aide à la conduite, ni éclairage performant.

    Ceci se traduit par un abime entre petits et gros. En fait les gros posent de  nombreux problèmes. Ils accaparent les terres empêchant les petits de s’agrandir et les jeunes de s’installer. Les gros sont multi communes et ont beaucoup de transports qui occupent les routes. Ils créent aussi un message trompeur puisque d’un côté ils polluent fortement l’air et le sol, ils vident les nappes phréatiques, ils font monter le prix du foncier et d’un autre côté, ils donnent l’impression d’une agriculture prospère et qui investit avec des matériels rutilants alors qu’ils sont surtout endettés et donc aux mains des banques.

    Michel Costadau

  • Agri 2

    Agri 2

    Semer est un mixte entre jouissance et angoisse. Plaisir de lancer la promesse d’une récolte et souci que l’opération se passe bien. Car les risques sont énormes.

    D’abord les risques mécaniques car le principe des semoirs consiste en une caisse percée de trous donnant dans des tubes terminés par un petit soc qui ouvre la terre et y fait tomber les grains par simple gravité. Seulement le soc se bouche facilement, soit que la terre soit un peu collante, soit par une fausse manœuvre quand on recule, soit encore qu‘une paille, par exemple, obstrue le tube de descente. Il convient donc de descendre souvent du tracteur pour voir si tout va bien, déboucher si nécessaire et contrôler la profondeur, car il est important de ne pas trop enfouir le blé ou l’orge, quelque mm suffisent. En général il faut remplir plusieurs fois le semoir pour faire un champ et le grain est souvent assez mal réparti dans la trémie, ce qui fait qu’un tube peut être vide parce que tout le grain est d’un côté du semoir à cause de la pente. A l’inverse le remplir quand il est encore à moitié plein élimine le risque mais multiplie les opérations et les transports car le champ peut être loin de la ferme. Il faut alors soit faire des aller et retours, soit amener une remorque avec le grain, puis transvaser de la remorque au semoir, sans en faire trop tomber à côté.

    Ensuite les trajets dans le champ. Evidemment pour une parcelle plate rectangulaire, il y a une direction qui s’impose. Cependant beaucoup de parcelles sont à géométrie très variable et demandent un peu d’apprentissage pour savoir par où commencer. Sachant aussi qu’à force de travailler toujours dans le même sens on laisse des zones moins remuées puisqu’à part le labour et le cover-crop, il y a peu d’outils qui couvrent intégralement le champ que l’on travaille. Et justement en bio le retournement de la terre est peu recommandé. Mais l’on s’en sert quand même car le labour est malgré tout un bon désherbant.

    Mais aussi les rochers, dissimulés sous quelques cm de terre et qui vous tordent le soc voire une dent ou le châssis en entier. Parce que vous avez beau connaitre votre champ mètre par mètre les rochers ont tendance à monter d’année en année et vous surprennent toujours.

    Nous utilisons aussi des semoirs pneumatiques qui plantent grains par grains à une distance déterminée. Par exemple tous les 20 cm pour des graines de tournesol. C’est l’aspiration à travers un disque avec de petits trous qui colle les grains contre les trous. Puis le disque en tournant passe par une zone où il n’y a plus d’aspiration ce qui fait que le grain tombe à ce moment-là dans le sol. Le sillon a été ouvert par un soc qui n’a pas la même forme que celui du semoir à blé mais est beaucoup plus en longueur comme une petite barque effilée. Ces semoirs de précisions présentent quand même des risques par exemple que plusieurs grains se collent au même trou ou des défauts d’aspiration. Ces semoirs sont composés de plusieurs éléments semeurs séparés par une distance commune par exemple 60 cm de façon à pouvoir biner entre les rangs. Semer se passe toujours en allers et retours et il convient de ne pas repasser sur ce qui a été semé ou laisser un vide entre deux passages. Pour cela, nous avons des marqueurs qui indiquent où doit passer la roue du tracteur pour être au bon écartement avec le passage précédent.

    Michel Costadau