Mois : janvier 2023

  • Agri 17

    Agri 17

    Ce n’est pas de solidarité individuelle qui, avant, s’appelait charité dont je parle. Celle là regarde chacun personnellement et répond plus à des sentiments qu’à des objectifs. Je parle de solidarité collective, celle qui se lit dans les lois, dans les institutions, dans le fonctionnement de la société. Une société c’est simplement la manière qu’a de se comporter un groupe d’humains. Des comportements différents correspondent à de sociétés différentes. Ceci, à grands traits, parce que nos pays sont trop grands et se prêteraient mieux à plusieurs sociétés. Ce qui est pour ainsi dire le cas dans la réalité. Mais ça n’empêche pas les gouvernants de parler de « la » société.

    Et pour le moment dans notre société, grande par la taille et non par la réussite, c’est le chacun pour soi qui tient la corde. Les mesures institutionnelles d’aide sont clairement associées à une notion d’échec. La société aide ceux qui ont raté, qui n’ont pas réussi à intégrer le groupe. Ce n’est pas la faute de la société c’est celle de tous ces individus qui trainent lamentablement  leur misère. Et s’ils sont des millions ça ne change rien. Ils sont assimilés à un tiers monde intérieur. D’ailleurs la notion même d’aide est à sens unique, du plus vers le moins, créant ainsi une hiérarchie entre ceux qui aident et ceux qui ont besoin d’être aidé.

    Et ceux qui aident, en fait, ils n’aident rien du tout, ils profitent purement et simplement. Et donc ils croient aider mais, en l’occurrence, ils s’achètent une bonne conscience et la religion n’est pas loin. Paradoxalement, cette aide confite est cependant très utile car elle fournit des forces aux associations qui, justement, remplacent l’aide institutionnelle absente. Les repas, vêtements, les appareils offerts par les associations comblent, parcimonieusement, le vide sidéral que crée l’absence de ressources d’une grande partie de la population.

    Ah pour faire des gestes politiques dérisoires, fortement communiqués, nos gouvernants sont là, mais ces chèques de 100€ ne masquent pas leur échec.

    Parce que dans une société où la seule manière d’avoir des ressources est le travail, essentiellement salarié, il est de la responsabilité et du devoir de cette société de fournir du travail à tout le monde. Mais la réalité est cruelle ; il n’y pas de travail pour tout le monde et même il ne faut pas qu’il y en ait. Concrètement il y a même de moins en moins de travail.

    Cependant, pour le moment, l’idée d’une réforme des institutions pour y inscrire la solidarité n’est pas dans l’opinion. Le repli sur soi est à l’œuvre. Pourtant le hiatus est gigantesque entre les mots énonçant les droits de chaque individu et l’absence complète de moyens d’y parvenir. Heureusement, beaucoup de personnes sont dans des circuits sous-jacents plus ou moins larges d’entre-aide, bien loin de la loi. Famille, corporation, club, mafia règlent non seulement des questions de besoins matériels mais aussi les problèmes existentiels de non intégration dans la société. Ceci est notre principal moyen de défense et doit être préservé.

    En y réfléchissant, la constitution n’a qu’un effet d’annonce. « Tous les hommes et les femmes  … droits égaux ». Ca nous fait une belle jambe ce droit inaliénable et universel. A ce moment là je pense aux licenciés de Total, aux travailleurs non déclarés, aux femmes violées, aux expulsés pour Utilité Publique, oui ça leur fait une belle jambe de découvrir qu’ils sont égaux. Et plus encore,  moi l’égal en droit du directeur de la Safer, moi l’égal en droit du préfet. Le préfet ne répond à aucune demande même écrite et m’empêche d’accéder aux documents administratifs dont j’ai besoin. Je n’appelle pas ça égalité, j’appelle ça pot de fer contre pot de terre. Et c’est toujours le même qui gagne.

    L’égalité, fondement de la constitution est un gros leurre. Nous n’avons aucune chance. Pour moi droit ne rime ni avec égalité ni avec liberté mais avec avocat. En plus c’est une rime riche parce qu’il y a comme une odeur de picaillon qui flotte. Et là, il devient évident  que quand on parle d’argent on ne parle plus d’égalité mais de pouvoir.  Alors il ne nous reste que la rue, la com et quelques juges intègres non pas pour obtenir la moindre égalité mais simplement pour ne pas couler complètement.

    Michel Costadau

  • Agri 16

    Agri 16

    C’est tout le dilemme de notre époque. Qu’est ce que nous devons changer ? Sans surprises presque tout le monde parle de mesures, d’actions, de cibles ce qui laisse libre court au complexe politico-financier  pour continuer sa mascarade délétère qui consiste à ne rien changer. Il me semble plutôt qu’il faut parler en termes de mentalité et d’opinion.

    Par exemple une idée sur laquelle l’opinion pourrait évoluer c’est que nous devons d’abord regarder nos propres fonctionnements de pays riche et découvrir que riche  = prédateur. Ce n’est pas, encore, une notion partagée par l’opinion parce que le matraquage ne cherche pas à nous responsabiliser mais au contraire à charger les anciennes colonies de tous les maux à commencer par l’absence de démocratie jusqu’à la corruption endémique en passant par une flemme congénitale. Car l’esclavage n’a jamais encouragé les gens à se dépasser mais plutôt à se protéger.

    Oui d’un part tous les pays, dits pudiquement, en développement, sont des anciennes colonies et d’autre part tous ces pays sont peuplés d’incorrigibles feignants qui cherchent à mordre la main secourable que nous leur tendons. C’est ça le matraquage. Il y en a qui croient, encore, qu’ils ne sont pas civilisés, mais proches de la sauvagerie.

    En plus il y a un amalgame, sciemment entretenu, entre islam et sous développement. Pourtant la dernière institution d’éducation des peuples autochtones canadiens, c’est-à-dire la dénaturation complète de jeunes indiens a fermé il y a moins de cinquante ans. Il y a beaucoup de gens encore vivants qui les ont côtoyées. La question de savoir si ces blancs-blancs ont accepté, voire même encouragé ces institutions est plus compliquée.

    En tous cas, pour rattraper le wagon du début, aujourd’hui il y a encore pas mal de gens qui n’ont pas le sentiment d’être des prédateurs.

    Disons que, en plus, je trouve prédateur bien gentil, parce qu’en vrai c’est plutôt prédateurs sanguinaires et tortionnaires qu’il faudrait dire. Mais il faut pratiquer une progression pédagogique pour obtenir les évolutions de mentalité. Eviter les trop grands sauts qui ont un effet contraire puisqu’ils bloquent le glissement de mentalité en permettant aux personnes un retour en arrière au nom de l’excès. Bien sûr cette méthode douce a quelque chose de frustrant pour celui qui veut exprimer son point de vue progressiste.

    Souvent c’est l’envie de hurler qui me prend devant l’incurie de nos représentants. J’ai le sentiment, faux en fait, que personne ne se rend compte de la collusion entre les politiques et le business, de l’incohérence des propos tenus par le pouvoir, affirmant prendre la mesure de la crise climatique ou de la crise sanitaire et faisant tout le contraire dans leurs actes qui n’ont qu’un seul but : continuer à faire croitre le pib.

    Quand je dis que mon sentiment est faux c’est que les gens ne sont pas complètement dupes, plus ou moins certes, mais pas complètement. Ils se rendent quand même compte, disons par exemple de la collusion ou des écarts paroles-actes. Mais, hélas, ils s’y sont habitués et ils ont pris une position fataliste. L’impuissance est ce qui domine aujourd’hui dans la population. Et même la résignation. La résignation c’est le contraire de la révolte, mais ça permet de fonctionner sans faire de vagues en regardant d’un air dubitatif les courageux qui se battent.

    Nous sommes devenus un peuple d’impotents civiquement. Le vote ne sert plus à rien, la police est omniprésente, non pas pour attraper les violeurs et les voleurs mais pour empêcher les gens de manifester, le travail  n’a plus qu’un maigre intérêt social et encore moins financier, mieux vaut les aides. Même la fraude, sport national s’il en est, a perdu de sa superbe et bientôt les gens vont faire la queue pour aller en prison où l’on est au moins nourri, logé, blanchi et on a la télé. Et d’ailleurs ils vont construire de nouvelles prisons. Que demander de plus ?

    Vous, je sais pas, mais moi un peu plus de solidarité ne me dérangerait pas. D’accord ce n’est pas porteur la solidarité parce que pour la plupart solidarité égale assistance. Et assistance ça encourage la paresse et le laisser aller. Mais ce n’est pas ça du tout, la solidarité c’est d’abord l’exemple par le haut, c’est le contraire du ruissellement qui est l’arrosage des esclaves.

    D’ailleurs l’exemple qui marche est toujours par le haut. Contrairement au discours du matraquage il n’y a eu, bien sûr, aucune solidarité avec l’Ukraine, seulement une autre manière de continuer la guerre. Néanmoins, les mesures annoncées pour les Ukrainiens si elles avaient été appliquées à tous les immigrés et à tous les français auraient pu être un exemple de la solidarité dont je parle.

    Michel Costadau

  • Agri 15

    Agri 15

    D’une manière générale la société a remplacé la réflexion par la consommation. Et le principal argument de vente c’est la facilité. Les voitures, par exemple sont devenues très simples à conduire, changeant de vitesse toute seule, se garant sans tourner le volant avec des bip bip dans tous les sens, y compris le remplacement du conducteur. Dans la maison les appareils de chauffage, les stores  tout se commande avec un bouton. Les stores ne sont pas plus solides ou durables mais ils n’y a plus aucun effort physique à faire. Ils montent tout seuls et quand te prend le réflexe de baisser le store à la main et ben c’est la cata, tu peux le changer et là commencent les ennuis. Car les objets sont maintenant en kit et ne se réparent pas.

    C’est le principe de base de la consommation. Un autre principe est le bling bling, j’entends par là des trucs très chers et qui ne servent à rien. Les voitures électrique en sont un super exemple avec comme gadget de pouvoir changer la couleur de la carrosserie.

    Aujourd’hui une voiture verte, demain une voiture bleue. Dis donc t’as changé de bagnole, eh non c’est moi qui met la couleur que je veux, une pour chaque jour de la semaine.

    Evidemment ils ne font pas ça sur l’entrée de gamme, que d’ailleurs la plus part des constructeurs ont supprimée, mais sur de grosses cylindrées, même si le terme est impropre, puisqu’il faudrait dire les gros watts.

    A vrai dire ceci s’explique par le changement de stratégie des constructeurs automobiles. Ils ne misent plus sur le nombre avec des économies d’échelle, mais sur la marge. Or cette marge, souvent proportionnelle, augmente généralement avec le prix du véhicule. D’où l’idée de faire des véhicules électriques de plus en plus chers. Le seul point positif c’est que ce changement de paradigme veut dire que le nombre d’autos n’augmente plus, enfin chez nous.

    Oui tout le marketing est orienté sur la facilité et le paraitre. La facilité c’est le téléphone et la clim et le paraitre c’est le chic vêtement, voiture, maison, bijoux tout ce qui se voit. Seulement ces deux pistes ont leurs revers de médaille. La facilité entraine l’inaction physique et mentale et le paraitre le superficiel et la frivolité. Certes le travail de bureau ne date pas d’aujourd’hui, mais les activités sédentaires et le presse-bouton ont amené une absence quasi totale d’activité physique dans les pays riches. Pour le mental j’y  reviendrai. Voila du coup que fleurissent les clubs de gym, le jogging avec ses dangers en particulier pour les femmes, la rando, le vélo d’appart. Avec là aussi des offres XXL, le trek asiatique  le surf pacifique, le trial australien, la plongée maldive. Sans résultats bien sûr puisque la société de la consommation  révèle ainsi le vice de forme de son algorithme : ne jamais s’attaquer à la source mais seulement aux effets. C’est peut être un principe homéopathique, mais en société ça ne marche pas.

    Et là nous rejoignons les effets mentaux de la facilité, car ne pas s’attaquer aux causes empêche de réfléchir. Oui les effets c’est simple, c’est ce que l’on voit, c’est même facile à voir qu’il y a beaucoup de gens en surpoids mais pour en soigner la cause aucun effort n’est fait car ça diminuerait la consommation.

    Clairement il est important, pour le business, que personne ne réfléchisse et tout est fait pour cela avec les médias, dans les entreprises, à l’école. Surprise cela affecte aussi la recherche. Je viens de lire ce matin que le nombre de publications scientifiques disruptives, c’est à dire qui amènent un saut qualitatif est continuellement en baisse. C’est fondamental puisque ça remet en cause la religion de la fuite en avant avec son idée que la société libérale trouvera toujours une solution à tous les problèmes.

    J’insiste beaucoup sur l’importance de la réflexion pour orienter les activités humaines. Notre avenir n’est pas dans la technologie, les découvertes, l’innovation, il  est dans notre tête, c’est à dire dans notre capacité à mettre trois idées en ordre pour maintenir du vivant sur terre, pour comprendre qu’il y a des asymptotes à la population humaine comme à celle des animaux et d’une manière générale à tout ce qui a besoin d’énergie pour vivre.

    Michel Costadau

  • Agri 14

    Agri 14

    Tant que nous leur laissons le champ libre évidemment. Remarquez « nous », c’est un peu difficile de dire qui c’est. En fait ça veut dire qu’il n’existe aucun contre pouvoir dans notre pays. Et donc « nous » c’est vraiment nous tous qui sommes les jouets du couvercle médiatique qui pèse sur nos têtes.

    Un contre pouvoir c’est une partie institutionnelle de la société qui arrive à s’opposer à l’exécutif. Exemple typique : la presse. La liberté de la presse est écrite dans les institutions. Cela lui permet, en théorie, de dire ce qu’elle pense des mesures gouvernementales. Je dis en théorie car la presse libre a déjà perdu la bataille de la médiatisation. 99% de l’audience est détenue par des supports aux mains de la finance. Le reste a une toute petite audience sans moyens. On peut donc dire que la presse est libre mais elle n’a aucune envie d’utiliser cette liberté car elle est inféodée au pouvoir. Il se confirme que ça fait longtemps qu’il n’y a plus de contre pouvoir chez nous. Le récent exemple des rafales de 49.3 en est une claire démonstration. Alors sans presse libre, sans opposition parlementaire, avec une infiltration des lobbies dans les moindres rouages de l’administration,  où est le contre pouvoir.

    Peut être voulez vous me dire qu’il y a les réseaux sociaux. Certes oui ça existe mais face book c’est Zuckenberg, twitter c’est Trump et instagram et whatapps c’est Meta. Il s’y échange surement des propos captivants mais ça reste aux mains de la finance. Et ça ne m’inspire qu’une confiance relative dans le pouvoir que ça a sur l’opinion. Ces réseaux ont du pouvoir sur les gens, utilisateurs ou pas, mais il n’y a aucun encouragement à permettre aux gens de penser, bien au contraire.

    Car il y a au moins deux manières de produire l’info : soit comme un clé en main indiquant ce qu’il faut penser de telle ou telle chose, soit comme un compte rendu plus ou moins détaillé d’une séquence de réalité.

    La première manière est utilisée par presque toutes les chaines de télévision, les journaux nationaux, la presse quotidienne régionale ainsi que par les hebdomadaires et leurs doubles numériques. La pratique est assez simple. Il s’agit de tout transformer en faits divers.

    D’abord il faut forcer sur le registre qui fait peur : vol, guerre, maladie, extorsion, accident, violence, assassinat. Ensuite il faut décrire les victimes comme pouvant être vous : une personne âgée, un petit commerçant, quelqu’un dans la rue ou se garant dans un parking, ça c’est excellent. Ou quelqu’un qui fait des ménages, bien sûr l’employé de banque ou la jeune intérimaire, la mère de famille est un top.

    Enfin il faut suggérer et non décrire. Deux hommes maqués ont pénétré chez Mme A pendant qu’elle regardait la tv. C’est la voisine qui a vu ces hommes et heureusement car Mme A ne s’est rendu compte de rien. Interrogée, la voisine n’a pu décrire les agresseurs –d’homme entre-aperçu on passe à agresseur– car il faisait presque nuit. L’enquête suit son cours.

    La deuxième manière est classée le plus souvent dans le complotisme car la réalité, qui est surtout une photo, a ceci de redoutable c’est qu’elle montre les gens au lieu de les évoquer. Ainsi mettre un élu en face de ses contradictions verbales par une succession d’enregistrements  ressort, pour lui, de la diffamation et l’action est assez vite disqualifiée par les médias dominants. Il reste donc le registre de la pensée ce qui a l’avantage de ne faire de mal à personne, mais est assez dur à avaler pour la majorité de la population dont la capacité de concentration est ajustée à un match de rugby mais ne peut aller jusqu’ à un match de base-ball.

    En combinant cela on arrive assez vite à ce que l’info pure ne soit pas très accrocheuse et que les gens préfèrent être alimentés de nouvelles prémâchées. N’oublions pas que contrairement à moi et à quelques autres courageux, les gens cherchent surtout à penser comme  tout le monde et non à avoir leurs  propres idées. Or rien de tel que la tv et les journaux pour diffuser ce que tout le monde pense. Il n’y a qu’à écouter, c’est plus facile que de penser.

    Michel Costadau