Mois : février 2024

  • Au commencement

    Au commencement

    Là maintenant  nous sommes en hiver avec des hommes et des femmes, perchés dans des arbres pour empêcher leur abattage. Ces écureuils ont construit, à plus de 10m du sol, des cabanes entre les branches pour y dormir et s’y installer dès qu’il y a une alerte.

    Au pied des arbres il y a une ZAD, c’est-à-dire des jeunes qui contestent le projet d’autoroute et d’une manière plus générale remettent en cause la société capitaliste, la consommation, le pillage des ressources, le patriarcat  et l’absence de démocratie.

    Ces jeunes vivent dehors, dans la boue, dans des conditions précaires mais avec une foi inébranlable dans le collectif qu’ils forment. Les décisions sont prises avec l’avis de tous et toutes. Tout est partagé, et les problèmes sont réglés en groupe sans exclusions, sauf de rares cas. Ils sont quelques dizaines mais ils sont soutenus par beaucoup de personnes engagées dans la lutte contre l’autoroute et par des collectifs dont LVEL, XR, Attac..

    Evidemment les médias aux mains des porteurs du projet se sont rués sur ces jeunes pour essayer de discréditer  la résistance : voyous, étrangers, chômeurs vivant au crochet de la société, terroristes tout y passe. En tous cas ils sont là.

    Les écureuils aussi sont soutenus, d’abord par le GNSA mais comme pour la ZAD par les collectifs et les militants anti- autoroute.  En termes d’image il est incontestable que l’apport des écureuils a été fantastique pour la lutte. Depuis un an la défense des arbres  a été un constant marqueur de la lutte. Honneur à ces grimpeurs.

     

    La situation est dons claire.

    D’un coté, dans des cabanes perchées au sommet des arbres les écureuils. Au pied des arbres les jeunes de la ZAD. Tout cela sur une parcelle faisant partie du futur tracé.

    De l’autre coté un préfet chargé de faire réaliser, avec l’appui des forces de l’ordre et du concessionnaire, une autoroute coute que coute.

    Mais le préfet est coincé, il peut éventuellement chasser les zadistes, ce qu’il a fait plusieurs fois mais évidemment les jeunes sont revenus. Mais pour chasser les écureuils il lui faut abattre des arbres. Or il n’a pas le droit d’abattre les arbres avant le mois de septembre. Il est coincé et donc bien embêté.

     

    Comment le préfet en est il arrivé là ? Tout simplement parce qu’il s’est mélangé les pinceaux dans l’autorisation environnementale  qu’il a donné pour faire les travaux. En effet dans son arrêté il a prévu, comme la loi l’y oblige, des mesures pour sauvegarder la biodiversité et en particulier les espèces protégées animales.

    Il est clair depuis longtemps qu’il y a une symbiose entre le végétal et l’animal. Par exemple des chauve souris, des insectes ou des oiseaux utilisent les arbres pour nicher, se reproduire, s’abriter, se nourrir, se reposer. Et donc toucher à un arbre c’est toucher à des oiseaux. C’est pourquoi la protection des oiseaux passe par la protection des arbres qu’ils utilisent. Et quand l’espèce animale est protégée c’est l’arbre qui est protégé.

    Du coup l’abattage éventuel d’arbres est soumis à des conditions précises en vue de ne pas trop décimer certaines espèces animales.

    C’est le cas des arbres dans lesquels sont installés nos écureuils qui d’après les termes de l’arrêté préfectoral ne peuvent pas être abattus en hiver mais seulement en automne, loin des périodes de nidification. C’est lui qui l’a écrit et maintenant il s’en mord les doigts.

    Car l’automne c’est dans longtemps et le concessionnaire qui voudrait faire les travaux maintenant est coincé par les propres textes du préfet. Alors le préfet a un cas de conscience.

     

    C’est exactement le cas où il faudrait respecter l’Etat de droit  comme le répètent en boucle les porteurs du projet et quelques élus locaux.  En l’occurrence le respect de l’Etat de droit conduirait donc à différer ces abatages jusqu’en septembre. C’est la loi.

    Mais, pour le préfet, ce report serait une victoire pour les opposants. De plus l’occupation des arbres et du sous bois par des militants l’agace car il voit là une résistance qui le nargue et le décrédibilise.

    Or le respect de l’Etat de droit n’est pas le fort du préfet. Il est là pour que  le chantier avance même au mépris de la loi.

    Pour commencer il faut chasser les occupants du sous bois et faire garder la zone par les forces de l’ordre.

    Cela se fait à grand renfort d’hélicoptères, de grenades, de charges de gardes mobile et d’arrestations et cela prend quatre semaines.

    Cette éviction  s’accompagne de propos vulgaires et désobligeants de la part des forces de l’ordre  qui pourtant ont la force mais ne savent pas trop ce que c’est que l’ordre.

    En plusieurs fois le préfet en profite pour faire saccager le bivouac des zadistes, disperser leurs affaires, ravager à la pelleteuse le pré devant le bois où sont édifiés quelques petites constructions en bois et en toile. Il en profite aussi pour faire détruire par le feu tout ce qui peut bruler de façon à enfumer les écureuils, même des pneus à la manière des gilets jaunes. Ce qui ne peut pas bruler le préfet le fait enterrer par une pelleteuse ou enlever par des camions de la ville. Toute la zone devient comme ravagée par des bombardements.

    Enfin au bout du compte le préfet réussit à occuper tout le terrain et le sous bois. Exit la ZAD qui va se reconstruire ailleurs mais plus sur le tracé donc moins gênante pour lui.

    Restent les écureuils.

    Ayant chassé les zadistes, la préfecture entame alors le siège des écureuils. Interdiction de leur apporter à boire ou à manger, pas de médicaments, ni d’eau non plus sauf deux litres en 10 jours à l’occasion de la visite du représentant de l’ONU.

    Le problème c’est que pour déloger les écureuils il a besoin d’abattre des arbres afin de faire approcher des pelleteuses et des nacelles. Or, comme nous venons de le dire, il ne peut pas abattre ces arbres avant l’automne.

     

    Dire que nous sommes dans une situation  paradoxale est un euphémisme. C’est carrément le monde à l’envers, car c’est le représentant de l’Etat qui piétine les lois pour essayer de déloger ces résistants. Et nous trouvons là une claire démonstration de ce que nous appelons « le système »

    En effet une série de mensonges, mettant en action les services de l’Etat, est élaborée dans les bureaux de la préfecture.

    Pour commencer on invente une possibilité de déclasser le statut d’une zone protégée, premier mensonge.

    On invente, aussi un passage d’écologues début février avec un soit-disant rapport remis à la DREAL, deuxième, mensonge.

    On invente ensuite l’impossibilité pour la DREAL de communiquer sur ce rapport, prière de s’adresser à la préfecture, troisième mensonge.

    Contraint et forcé le préfet fait une conférence de presse, reprise in extenso par les médias, pour expliquer qu’il n’y a plus aucune espèce protégée dans les arbres et que l’on peut donc abattre, quatrième mensonge.

    Comme ce mensonge est un peu gros on demande alors à d’autres écologues de venir sur le site, accompagnés par l’OFB, pour marquer les arbres avant abattage alors que les abattages ont déjà commencés, cinquième mensonge.

    On invente aussi que si les écureuils veulent se nourrir, ils n’ont qu’à descendre des arbres. Seulement au pied des arbres il n’y a pas de nourriture,  il n’y a que des gendarmes et des tronçonneuses. Ce n’est pas un mensonge c’est du chantage pur et simple.

    Ca fait beaucoup de mensonges qui vont rester longtemps sans être jugés, tant l’impunité des forces de l’ordre, la lenteur de la justice et les mensonges des autorités se conjuguent pour entraver toute résistance.

    Ces mensonges sont des mensonges d’Etat.  C’est comme cela que fonctionne le système. C’est pour cela que les combats contre le système sont difficiles, longs, onéreux, décourageants.

    Mais pour gagner de tels combats, nous avons nos propres armes. D’abord la conviction de l’importance d’arrêter cette réalisation. Ce n’est pas avec des autoroutes que l’on s’attaque à la crise climatique et à la chute de la biodiversité.

    En suite la résilience, c’est à dire la faculté de sortir par le haut des problèmes que nous rencontrons. Les porteurs du projet clament que le Tarn veut une autoroute, l’IFOP nous fait un sondage avec 70% d’avis défavorable. Pile poil.

    Encore  la solidarité et le partage. Les initiatives et les messages se succèdent à un rythme effréné. Personne ne peut tout suivre mais chaque évènement, trouve l’un ou l’une de nous en face. Quand on ne sait pas, on pose une question et il y a une réponse.

    Et aussi le fort soutien local et national.  Qui aurait cru que des tags fleuriraient dans le métro parisien, que l’Ariège boulonnerait d’initiatives,  que  des vidéos seraient vues, revues et partageés, que Greta viendrait nous soutenir. Ce n’est pas une recette de cuisine c’est un feu d’artifice.

    Au commencement était LVEL, discours, musique et chansons.

     

    Michel Costadau

  • Agri 25

    Agri 25

    OU EN ETIONS NOUS ? Les précédents billets ciblaient les concepts que le système et la société de consommation mettent en œuvre pour asservir les populations comme : « ayez confiance dans le progrès pour résoudre tous les problèmes », « il faut défendre le monde libre », « les salariés aiment leur patron ». Nous évoquions aussi la consommation basée sur la facilité. REPRENNONS.

     

    Ensuite le genre de vie sédentaire et la suppression du moindre effort avec une société presse bouton sont autant d’entonnoirs dans lesquels chacun est amenée à glisser jusqu’à l’obtention d’une existence virtuelle. Plus ou moins complètement. Et ce n’est bon ni pour l’organisme ni pour le mental. Je l’ai déjà dit aucune incitation n’est faite pour aider les gens à penser, à comprendre, à se défendre, à être eux même, c’est-à-dire à exister au sein de la foultitude anonymisante. Au contraire tout concours à convaincre chacun qu’il doit seulement écouter les oracles de ceux qui savent.

    Le concept affreux de majorité silencieuse n’est que l’illustration de l’ignorance et de la soumission de la population.

    Convaincre les gens qu’ils ne savent rien est assez facile.

    Déjà il est évident de constater l’immense spécialisation technique dans le business. Cette spécialisation a des effets de cloisonnement et seuls ceux qui ont le pouvoir de rassembler les morceaux peuvent décider à bon escient c’est à dire au mieux de leurs intérêts. Or c’est l’apanage de la finance d’avoir, par cette puissance d’accès, le pouvoir de collationner toutes les informations utiles à la prise de décision. Des décisions, à leur profit, dans le mépris total des conséquences pour la planète que peuvent avoir leurs choix.

    Personne n’a l’idée de faire faire, pour lui seul, une recherche pour trouver d’où vient vraiment l’huile qu’il veut acheter, ni de commander un sondage d’opinion pour savoir comment vont voter les habitants de sa ville. Je ne saurais même pas quelle question poser.

    Eh bien les détenteurs du pouvoir en font trois par jours sur tous les sujets qui les intéressent. Avec ces informations ils font des campagnes de communication pour modeler l’opinion.

    Par exemple, la Zéro Artificialisation Nette de la loi Climat et Résilience. Ils accusent cette loi de desservir le zones rurales puisqu’il va devenir plus difficile d’y construire, plutôt que d’essayer d’appliquer la loi qui encourage à construire la ville sur la ville et non à la campagne.

    Par exemple s’agissant de l’eau, ils maintiennent le débat entre arroser les champs, qui sont censés nourrir la population, ou l’arrosage de jardins par les particuliers, qui sont bien sûr accuser de gâcher de l’eau. D’où des mesures de restrictions à faire peser directement sur les gens mais sans jamais parler de la notion de l’eau comme bien commun avec une charte sur son utilisation et surtout sur sa conservation en bon état dans le sol.

    Je voudrais taper une fois encore dans ce concept des paysans qui sont là pour nourrir la planète. Personne n’a jamais demandé aux agriculteurs de donner à manger au monde entier. Chaque pays a, d’abord,  une agriculture de subsistance et selon les produits se trouve en excès ou en déficit de production par rapport à la consommation locale.

    Alors oui on peut demander à chaque pays de nourrir sa propre population. Ce serait utile er raisonnable, mais depuis de longues années, c’est la mondialisation qui est à l’œuvre, et beaucoup de pays autrefois autosuffisants sont maintenant dépendants de  l’aide extérieure.

    Partout c’est la loi du marché qui joue et la France importe et exporte des tas de produits d’une manière complètement indépendante  de ce qui pourrait être produit localement. Alors les agriculteurs nourriciers satisfaisant les besoins de la population c’est du mensonge destine à abuser les consommateurs.  Même dans notre pays le nombre de personne qui dépend d’une aide, en nature ou financière, pour avoir de quoi manger est énorme. La part de la nourriture dans le salaire est d’ailleurs une variable  d’ajustement et il n’y a que quelques % de la population qui ne sacrifient jamais la nourriture sur l’autel des revenus.

    Michel Costadau