Auteur/autrice : Michel Costadau

  • Romani 38

    Romani 38

    Le couple n’est que le rapprochement momentané de deux individus de sexe différent pour des besoins de procréation ou, pour certaines personnes du même sexe, pour combler la solitude. Le couple est basé sur l’attirance et le partage. Le fait que l’élevage des enfants soit, aujourd’hui, assuré par les couples est une déviation sociétale crée par la destruction organisée de la famille dans la société de consommation. L’éducation des enfants est clairement du ressort de la famille, les jeunes couples étant d’une ignorance complète sur le sujet. Les couples sont certainement et sans ambiguïté responsables de leurs enfants, mais ils n’en sont pas propriétaires. D’ailleurs aucun individu n’est la propriété de qui que ce soit. C’est vrai depuis l’abolition de l’esclavage, bien que le salariat ait remis en cause cette abolition. Cependant les enfants appartiennent surtout à une famille, bien avant d’appartenir à une société. Depuis toujours les hommes vivent au moins deux générations, la première pour eux et la deuxième pour leurs petits enfants. Ceci ne veut pas dire que les couples doivent se séparer quand ils ont eu des enfants, non, ils peuvent rester ensemble d’abord pour combattre la solitude et aussi pour continuer à satisfaire leurs besoins sexuels, surtout pour les hommes. Il peut même advenir avec le temps une certaine affection qui rend la coexistence plus facile. Par contre, c’est à ce moment là qu’ils ont une bonne plus value pour l’éducation. Cette plus value vient d’une part d’une expérimentation directe, même si elle a été beaucoup aidée par la famille et d’autre part de la maturité acquise avec le vécu à condition de s’être un peu remué dans son parcours. Disons que le fils unique qui succède à ses parents dans une même fonction sociale et qui a épousé la fille d’un voisin, va manquer un peu de matière pour se faire une idée sur les choses de la vie. La vie doit s’apprendre avant d’être enseignée et il en est de même de tous savoirs. Bien sûr il paraît plus facile de faire un programme pour dire ce qui doit être transmis et de trouver des exécutants pour enseigner ce programme, mais la transmission reste faible tant qu’elle n’est pas étayée par sa propre expérience. D’ailleurs, dans les sciences par exemple, les théories qui ne ressortent pas de l’expérience relèvent alors de la croyance et doivent être considérées seulement comme telles. Et donc….

    -Écoute maman, tu es sûre que tu ne t’égares pas un peu, dit Taqui,

    -Bon, alors vous êtes un peu perdus, il me faut recentrer mon propos. Je suis passé des enfants à la famille, de la famille à l’éducation et de l’éducation à la science. Je voudrais encore dire un mot sur la famille. J’ai d’abord évoqué son côté concentrationnaire mais aussi son caractère de structuration de base d’une société. Certes c’est contradictoire mais, clairement, les deux co-existent. Leurs contraires aussi, puisqu’elle peut être source inépuisable de réconfort, aussi bien que se déliter lentement jusqu’à disparaître et s’évanouir sans bruit. D’une certaine manière, la famille est le cordon qui nous relie de proche en proche à une racine commune. Il y a beaucoup d’hommes sur terre et l’on voudrait qu’ils soient tous frères. C’est une gageure intenable qui est démentie tous les jours, car les hommes ne sont pas des frères mais des ennemis. La seule chose qui les relie c’est l’ascendance. Les hommes ne sont pas frères mais fils, là est le lien. Ce qui crée l’humanité ce n’est pas l’égalité ou la fraternité c’est la descendance. Nous avons tous les mêmes ancêtres auxquels certains rendent ou non un culte particulier. Je ne dis pas le même ancêtre, une seul homo unique, surtout pas. C’est symptomatique de la pensée hégémonique dans laquelle nous vivons. Non, je dis divers ancêtres apparus presqu’au même moment, dont certains ont disparu et d’autres se sont croisés.

    Je me permets alors d’intervenir :

    -Je suis assez d’accord avec cette idée. Nous sommes plutôt dans l’immédiateté et même dans la fuite en avant. Tout le monde parle d’avenir pour oublier le présent et surtout le passé,

    -Vous voulez dire, reprend la mère de Bulan, que magnifier l’avenir est un leurre qui nous évite de fouiller le passé,

    Michel Costadau

  • Romani 37

    Romani 37

    Alors la crise qui allait mener à la Deuxième Guerre a grignoté les affaires de la famille, jusqu’à être obligés de tout vendre pour ne pas dire brader et remonter à Paris pour mener une vie très modeste. Mais le feu du caractère continuait à pétiller chez ses parents et leurs fils dont mon grand-père, car loin de la déprime il est resté un homme calme et mesuré doublé d’un esprit assez fin qu’il s’était lui-même construit. Il est d’ailleurs devenu salarié dans un garage, dieu seul sait où il avait appris la mécanique. Ensuite la Deuxième Guerre a appelé tout le monde. Mais déjà son caractère était fait et il allait le garder toute sa vie.

    -Ouaow, belle envolée mon cher frère dit Taqui sans ciller, c’était aussi mon grand-père et je crois que tu enjolives un peu,

    -Bien sûr, mais c’est notre histoire quand même.

    Moi je m’en doutais mais je me réjouis quand même de l’effervescence de cette soirée. Surtout que ça parait se faire sans efforts, avec la seule qualité de l’ambiance, un peu le même fluide que le grand-père dont Bulan vient de parler. Je le remercie pour sa contribution au débat avec sa fine manière de ne pas avoir d’opinion.

    A ce moment-là c’est la mère qui prend la parole et nous lance : est-ce que vous voulez que je vous explique comment faire pour avoir des enfants. Je me demande bien où est-ce qu’elle veut nous emmener  mais tout le monde lui dit d’y aller

    -D’abord il faut être une femme, c’est pas donné à tout le monde, mais c’est quand même assez répandu. Ensuite il faut en avoir envie, ce qui n’est pas aussi répandu mais assez courant quand même. Alors il faut trouver un papa et pas un papa d’un soir. Ça c’est assez coton parce que ceux là ont tendance à se faire prier et ont du mal à rester dans le train, prétextant vouloir changer de wagon pour avoir plus de place. En plus il faut être fertile d’un côté comme de l’autre. Eh oui, un ne suffit pas il faut l’un et l’autre. Et ce « et » pose quelques problèmes auxquels la médecine et maintenant internet peuvent apporter des solutions. Après il faut le porter pendant plusieurs mois. Au début c’est assez facile, sauf quelques nausées, pas forcément dues à l’alimentation mais en gros c’est supportable et puis ça permet d’annoncer la grande nouvelle à tout le monde, enfin pour la première fois parce qu’après ça se banalise, voire il y en a qui trouvent qu’au-delà d’un certain nombre  ça fait trop.

    La suite du portage est moins drôle, car le futur petit drôle prend de plus ne plus de place et ça gêne dans beaucoup de positions avec quelques ennuis secondaires en sus.  La naissance est un grand moment de bravoure et de douleurs qui se termine généralement bien mais avec encore trop de cas mortels qui cependant sont difficiles à réduire totalement. Après commence la galère, d’abord parce que la plupart des parents pensent qu’avoir un enfant se termine à la naissance, en particulier les hommes qui ont tendance à considérer que quand une femme a son enfant on peut passer à autre chose. En fait ça ne fait que commencer pour se terminer 60 ans plus tard en bonne entente dans beaucoup de cas, mais avec de sérieuses divergences voire des guerres ouvertes dans beaucoup trop de familles. Car la famille est le creuset tragique de l’expression des plus extrêmes sentiments. Amour castrateur, jalousie rampante, haine macérée, violence rentrée, envie délirante, regards glacés. La famille est le château fort assiégé dont on ne peut pas s’échapper, même en partant par un souterrain dérobé. Pour juger d’une situation, de la sienne par exemple, il faudrait un regard extérieur, ce qui est justement impossible, puisque tout le monde est imbriqué dans des liens  historiques, inamovibles et permants. L’oncle est la figure symptomatique du viol de la nièce. Elle a confiance, il la voit souvent, elle l’aime bien, il a l’autorité du père par délégation. Toutes les conditions sont réunies pour l’abus de pouvoir qui peut aller de la caresse anodine à la masturbation conjointe. Les statistiques doivent certainement refléter la prééminence de la famille dans les agressions sexuelles. Et le mariage est lui-même un droit de viol permanent et gratuit. Je dis gratuit parce que financièrement mais aussi pénalement. Comment une femme mariée peut-elle prouver que son mari a profité d’elle sans son consentement. Ca peut se tenter mais c’est voué à l’échec depuis des milliers d’années, ce qui fait du mariage une institution extrêmement solide. La famille est la plus petite structure humaine au dessus de l’individu. Précision : la base de la famille ce n’est pas le couple, c’est le doublet parent enfant, ascendant descendant.

    Michel Costadau

  • Romani 36

    Romani 36

    Attention quand je dis simplicité ce n’est pas celle des benêts, des simplets, pas du tout c’est plutôt limpidité. Elle encourage le timide et ne gène pas l’imbu de lui même. Cette limpidité est celle des riches du cœur, je ne dis pas de l’âme c’est une notion trop vague. C’est vrai que la disponibilité spontanée, quelle qu’elle soit, est l’apanage des nantis. Des fortunés bien sûr, qui ne craignant rien n’ont aucune difficulté à être ouverts, accueillants, sympa avec tout le monde, mais aussi ceux dont la richesse est intérieure, qui se sont forgés un ensemble de connaissances, de convictions qui les habitent, les nourrissent et les rendent forts. Cette richesse là est très personnelle, non transmissible mais très difficile à construire. Comme tu le vois cette simplicité n’a rien à voir avec la fragilité, mais plutôt avec la solidité, la force. Mais une force qui ne cherche pas à détruire, à attaquer à ignorer, mais seulement à rester lucide dans l’affrontement, à répondre, à rester debout quoi qu’il arrive. A exister. Avec lui l’étrange c’était que l’on avait l’impression qu’il n’avait pas d’avis ou tout au moins qu’il n’essayait pas de ramener tout le monde à son avis. Il fonctionnait différemment. En général il entrait dans le point de vue de l’autre, ce qui amenait une grande confiance et donc permettait à l’interlocuteur de poursuivre sa pensée. Du coup, paradoxalement les amis et connaissances venaient lui demander son avis, lui qui n’en avait pas. En fait les gens venaient pour parler en sachant qu’ils seraient écoutés. Et encore plus paradoxalement lui qui n’avait jamais fait d’études connaissait les formules et les tournures pour différents publics. Il conseillait ses relations sur leurs courriers de demande ou de réclamation en sachant faire la différence entre une lettre à un préfet et celle à un propriétaire. Il savait même s’adresser à un évêque, certes la chose est moins courante mais en son temps ça a servi. Mais c’était une époque différente, par exemple pour obtenir un permis de conduire, il fallait venir à la préfecture avec sa voiture et l’épreuve n’avait pas toujours lieu. Quand je dis qu’il n’a pas fait d’étude c’est même qu’il n’a jamais été à l’école. Tout simplement parce qu’il a vécu la réussite puis la dégringolade de sa famille. La réussite c’était que l’argent presque à volonté, gagné à Paris dans le commerce d’après guerre, la première, qui s’est investi jusqu’en Dordogne dans des propriétés, des chevaux, des chasses enfin ce qui se faisait à l’époque. A ce moment là grand-père a eu un précepteur qui venait au château, mais son activité essentielle était les chevaux, la chasse et les sorties. Surtout les chevaux et le saut en hauteur. Avec sa jument Engoulevent il sautait plus de deux mètres. Il aimait les chevaux avec cette relation complexe d’admiration pour la performance et la noblesse du caractère. Car un cheval ne recule jamais quitte à se déchirer dans les ronciers, il avance. Certes me direz vous, ça frôle la bêtise et un chat ne le fera jamais mais un chat n’est pas noble, simplement orgueilleux. Quand on dit crever un cheval sous soi c’est la stricte vérité. Ce n’est jamais la monture qui s’arrêtera de galoper tant que son cavalier le lui demande, quitte à en mourir. Bien sûr le galop dit de chasse peut être maintenu très longtemps sans épuiser le cheval. En plus c’est assez confortable. Il est et reste bien difficile de communiquer avec un cheval car ses moyens d’expression habituelle, yeux, bouche, menton sont assez limités, à l’exception des oreilles qui elles sont d’une mobilité puissamment significative. Du coup il se manifeste plutôt par le corps, tremblements, grattements, courbure de l’encolure et bien sûr mouvements de fuite ou de saut. Ce n’était pas la belle vie, du moins il ne l’a jamais présenté comme ça car il y avait beaucoup de contraintes, car dès que l’on sort un peu du rang on est jamais seul. C’était la vie apprise au fil du temps et des évènements. Et les évènements allaient se précipiter et se montrer bien sévères.

     

    Michel Costadau

  • Romani 35

    Romani 35

    Pendant le repas j’observe que la mère de Bulan fait beaucoup de gestes mais qu’ils sont d’une extraordinaire précision et d’une grande coordination : pousser le saladier pour accéder au plateau de fromages, un aller et retour pour essuyer aves sa serviette trois gouttes d’eau sur la table, glisser délicatement le plat vers son assiette avant de se servir, remettre son verre devant son assiette avant de prendre la louche. Tous ces gestes donnent, pour qui ne les comprend pas, une impression d’agitation un peu désordonnée, voire de fébrilité, alors qu’ils sont d’une économie et d’une efficacité surprenantes.

    Autour de la table la conversation devient animée car elle roule sur l’acquisition de savoir avec d’un côté l’expérimentation et d’un autre les dispositions naturelles. Le savoir issu de l’expérience est vraiment d’une grande utilité car il est acquis progressivement. Il met du temps à se former mais il est ancré solidement dans la tête et sert tout le temps. Cependant les dispositions naturelles, par exemple pour la musique, la poésie ou la sensibilité à l’injustice et à la misère, procurent à ces personnes un savoir et une aptitude qui ne peut guère être obtenue par un apprentissage même forcené.

    Taqui et son frère soutiennent plutôt l’importance des dispositions naturelles avec la conviction que tout le monde en a, à condition de leur permettre de les révéler bien sûr. Sazak et sa mère croient plus à l’apprentissage, lent et continu en précisant que tout le monde est loin d’y avoir droit. Timor est partagé, il voudrait bien soutenir Sazak, mais ne croit pas trop à ses propres dispositions, ce qui est plutôt de la modestie que la réalité. Ou de l’indécision.

    C’est vraiment une des composantes de Timor d’être trop dans ses pourparlers intérieurs. J’ai d’ailleurs le sentiment que Sazak fait le contrepoint en ne se posant pas tant de questions. Cependant je n’ai aucune conviction que l’accord des couples soit basé sur la complémentarité. Ça reviendrait à penser qu’il n’y a aucun partage, mais seulement un affrontement contenu, lissé. En tous cas Sazak est clairement entière dans ses jugements. Et pour la pertinence elle ressemble beaucoup à sa mère. Par contre il semble qu’elle n’a pas trop de plaisir à la discussion. Elle doit réfléchir dans sa tête aux divers aspects des problèmes et se faire ainsi son idée, qu’elle ne sort que si on  lui demande ou que le sujet vient bien sur la table. Dans ce sens-là elle ressemble à Timor et je suis content d’avoir trouvé un point commun entre eux plutôt que toujours des différences.

    Quand même je suis bien bête de me soucier autant de ces deux-là. Ils n’ont qu’à se débrouiller. De toutes façons c’est ce qu’ils font et feront sauf que je ne veux pas trop perdre de vue Timor, ni Bulan d’ailleurs. Ce dernier parle peu et participe faiblement à la discussion. Il regarde sa mère et paraît content quand elle prend la parole. Depuis qu’elle est chez lui c’est clair qu’elle va beaucoup mieux. Elle sort toujours avec quelqu’un mais sans s’appuyer dessus et sans canne, ce qui semblerait donner tort à l’inquiétude de Taqui. Bulan va remplir la carafe de vin et je l’interpelle lorsqu’il s’assied :

    -Et toi quel est ton point de vue sur l’apprentissage des connaissances ?

    -Je n’ai pas vraiment de point de vue mais je peux vous raconter une tranche de vie,

    -Ah bon, ben oui vas-y,

    -Tu n’as pas connu mon grand-père, notre grand pàre, c’est dommage. Il t’aurait plu car le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’était pas comme tout le monde. Peut-être même le contraire tant sa simplicité était égale et constante. C’est d’abord comme une absence de carapace, celle qui, habituellement, a pour but de mettre de la distance. Il était présent et disponible pour n’importe qui. Avec une fragilité apparente qui encourageait le contact, apparente parce que derrière cette apparence il y avait quelqu’un qui savait dire non ou oui, et surtout qui savait dire les choses sans provocation sans envenimement.

    Michel Costadau

  • Romani 34

    Romani 34

    Ensuite nettoyage des moules et c’est assez long avec tous ces petits fils accrochés qui tiennent dur à l’intérieur. En attendant nos invités j’ai envie d’un pré-apéritif pour m’éclaircir les idées. J’en propose à Taqui qui me dit : pas maintenant, je vais voir les bouquins que vous avez et lire un peu. D’ac, je me sers un scotch et retourne dans la cuisine. Je suis bien et prêt pour une bonne soirée. Il faut quand même que je discute avec Timor de ses projets, s’il en a, car je voudrais, et même un peu plus, garder des relations avec lui qui reste un de mes meilleurs amis. Nous avons déjà pas mal de souvenirs ensemble qui nous relient, en particulier, quelques soirées avec des ennuis à répétition, y compris un trajet sous la neige pas piqué des vers pour un réveillon.

    Et voilà que, de même qu’après le déjeuner, mon esprit divague et part en shifting dans une espèce de rêve éveillé. Je ne vois pas le monde d’en haut, comme si je le survolais, mais au contraire mon intérieur avec ses terribles contradictions. Comment dire à Timor que je tiens à lui sans avoir pour autant une attirance physique. Mais, au contraire, peut-être est-ce ce qu’il attend parce que ce qu’il ressent est irrationnel, du domaine de l’émotion, alors qu’il n’en est rien pour moi qui joue simplement avec le registre de l’amitié comme si c’était une notion claire et bien partagée.

    Or l’amitié est une notion assez virevoltante, allant de la solidarité régimentaire entre hommes à un fluide éthéré entre homme et femme. La base de l’amitié repose sur le fait que ce n’est pas sexuel. Du coup ça n’habille pas les relations homosexuelles pas plus que les relations entre hommes et femmes. Certes, pas mal de femmes aimeraient ce type de comportement mais c’est une douce rêverie ambigüe dont profitent certains hommes.

    Bien sûr j’ai vu son lent rapprochement avec Sazak, qui me conforte dans mon attitude de seule camaraderie, mais… mais j’ai un doute comme toujours sur le bien fondé de mes comportements qui, je le sais par expérience, vont quelque fois à contrario de mes intentions. Il est souvent difficile d’avoir un parfait accord entre ce que l’on dit par la parole et ce que l’on exprime par ses attitudes, ses mimiques, ses comportements parfois inappropriés ou décalés car simplement tardifs ou trop tôt manifestés. Combien de fois dans une discussion, n’ai-je pas entendu : mais tu ne m’écoutes pas, alors que j’absorbais ce qui était échangé bien que mon interlocuteur ressente que ses paroles ne m’atteignaient pas, que j’étais en non-réception. Tout simplement parce que mon corps fortement concentré en moi-même, manifestait, le visage en particulier, une distance jugée comme un rejet.

    Comme nos invités arrivent, je sors de ma torpeur pour lancer la cuisine et proposer l’apéro. L’ambiance monte tout de suite et les deux sœurs lancent des blagues et se mettent à rire d’une manière communicative. Du coup tout le monde re-remplit son verre, sauf moi qui ai pris un peu d’avance tout à l’heure. En leur disant Santé je m’absente avec Taqui pour lancer les moules, le riz et préparer les entrées.

    En retournant avec les autres, je vois que même la mère de Bulan a le sourire aux lèvres, comme dans une espèce d’allégresse générale, pas entièrement due à l’alcool. Fait assez rare, la discussion est collective et tout le monde apporte son grain et surtout son humour. C’est pour ça que les discussions d’apéro sont gaies et décousues. C’est la preuve aussi que les gens aiment parler et échanger et tout simplement se retrouver ensemble. Le langage est, peut-être, ce qui différencie le plus l’homme de ses cousins animaux et il faut bien que cette aptitude trouve son emploi. L’homme est doté de la parole mais du coup il a besoin de parler et d’écouter, c’est une nécessité vitale comme de respirer.

    Taqui invite tout le monde à passer à table où chacun emmène son verre. Evidemment la discussion s’arrête et chacun s’assoit sans protocole, mais Sazak et Timor se retrouvent côte à côte, ainsi que la mère de Bulan et moi. C’est bien parti.

    Michel Costadau

  • Teulat 2

    Teulat 2

    De Montcabrier, Teulat et Pugnères,

    De Villeneuve les Lavaur et Bannières,

    Nous sommes venus vous rappeler,

    Que ce n’est pas ici qu’il faut vous installer.

    Honte à vous NGE Atosca et actionnaires,

    Qui voulez lancer une opération financière,

    Pour essayer de couvrir de goudron,

    La belle et douce terre que nous cultivons.

    Pourquoi dévaster notre vallée fertile,

    Avec un projet couteux, complètement inutile,

    Autant pour le climat que pour le sanitaire,

    Vous n’aviez rien prévu même pas les carrières,

    Dont, maintenant vous n’avez plus besoin,

    Preuve que votre projet ne repose sur rien,

    Mais nous veillons au dessus de vos têtes,

    Nous sommes le drone collectif qui vous embête,

    Et qui vous embêtera longtemps jusqu’à ce que vous compreniez,

    Que les preuves que nous amenons et que vous voulez nier,

    Vont vous éclabousser d’une onde salutaire,

    Car rien ne pourra nous contraindre à nous taire.

    Nous vous répétons que quelque soient vos déclarations,

    Jamais vous n’obtiendrez  notre adhésion,

    Mais notre main est ouverte si dès maintenant,

    Vous acceptez de parler du seul aménagement.

    Nous de Montcabrier, Teulat et Pugnères,

    De Villeneuve les Lavaur et Bannières,

    Nous sommes ici pour y rester jusqu’à ce que vous partiez.

    Michel Costadau

  • Romani 33

    Romani 33

    -Les araignées, ben justement ça attrape les mouches mais pas le punaises, c’est trop lourd, ça démolit les toiles, mais les mouches oui ça les embobine comme les égyptiens, c’est donc utile au moins pour ça. Mais les araignées c’est pas beau, c’est vrai qu’il y a des octo-pattes, velues, sombres, avec des yeux exorbités qui ne sont pas très agréables à regarder et provoquent une répulsion spontanée, presque comme les serpents, un peu moins quand même.

    -Donc les araignées vous les laissez tranquilles,

    -Dans la maison oui en général, mais quand on moissonne un champ de blé ou quand on roule en voiture, on fait un grand massacre d’insectes,

    -Ouh là ! vous êtes dans la philosophie indienne des vaches sacrées et du respect de tout ce qui bouge,

    -Oui pour les respect,  mais l’homme est un animal trop gros pour ne pas faire des dégâts à chaque pas, c’est compliqué à admettre et, surtout, ce n’est pas la peine d’en rajouter,

    -Bon d’accord vous être clairement border line mais on peut quand même discuter,

    -En fait de discuter, est-ce qu’on ne pourrait pas inviter ce soir votre frère et votre mère pour dîner ici ?

    -Pourquoi pas mais à ce moment-là je vais m’occuper du repas,

    -C’est sympa de bien vouloir m’aider …. et j’accepte avec plaisir,

    Je lui propose donc que nous allions faire des courses. Tout en marchant, nous convenons que nous n’avons pas le temps de préparer un plat comme un jarret de porc en gelée. Du coup, nous esquissons un menu à base de fruits de mer. Nous sommes bien tenté par les saint-jacques mais il n’y a évidement que du congelé alors nous optons pour des moules marinières avec des crevettes grises et des bulots en entrée. Le tout avec une salade verte et une cassolette de riz. Cassolette ça fait mieux que platée mais en fait c’est la même chose.

    Maintenant je trouve Taqui assez agréable et je ne reconnais pas pour le moment ce que sa mère m’avait dit sur son égocentrisme, mais bien sûr je n’ai encore rien vu. En passant nous allons dire à Bulan et sa maman que nous les invitons ce soir. Ils acceptent avec plaisir. En rentrant, nous passons sur le trottoir d’en face et Taqui me dit qu’elle voit une petite affichette collée sur la palissade de la maison. Nous traversons la rue et je lis un avis d’alignement avec un nom de société inconnu pour moi et un numéro de service d’urbanisme tout aussi inconnu. Alignement de quoi par rapport à quoi, je me le demande, à moins que ce soit moi qu’ils veulent aligner c’est-à-dire rentrer dans le rang. Déjà si c’est la maison ça sera pas facile mais alors si c’est moi ça va craindre un peu.

    A l’intérieur nous trouvons Sazak et Timor en train de boire un café. Je les informe de l’invitation du soir et ils disent pas de problème, qu’est ce qu’on peut faire pour aider. Réponse rien puisque je m’en occupe avec Taqui. Bon dit-elle on va repasser chez maman et revenir ce soir avec eux. Nous mettons les courses au frais et comme nous avons encore un peu de temps, je retourne voir cette affichette sur l’extérieur de la semi-palissade. J’y note un numéro municipal et je me dis qu’il faut que je l’appelle.

    Je me décide à appeler tout de suite, pas la peine de créer du suspense inutile. Je tombe sur une suite de chiffres à choisir et j’aboutis sur quelqu’un qui me dit que ce n’est pas la bonne personne mais qu’il va essayer de me transférer. J’aurais du me méfier de ce « essayer » car je me retrouve avec la tonalité occupé qui m’oblige à raccrocher. Bon je verrai cela plus tard, ça commence à me courir sérieusement. Du coup l’heure tourne et Taqui me demande par quoi on commence. Par les oignons à éplucher, couper et faire sauter. On s’y colle sans trop pleurer, enfin Taqui, parce que moi ça me chatouille drôlement.

    Michel Costadau

  • Romani 32

    Romani 32

    -Pourquoi vous dites théoriquement ?

    -Oh, je dis théoriquement parce, certes, chaque individu a un degré de liberté, mais l’air que nous respirons, l’alimentation que nous achetons, les conditions dans lesquelles nous travaillons ou nous nous déplaçons dépendent en grand partie de la société. Il me paraît clair que la santé, par exemple, dépend exclusivement des institutions. Hélas elle est devenue seulement du business. Les voleurs ont envahi le domaine et les nouveaux sorciers prônent des médicaments ou des interventions, pas toujours très utiles, sauf pour augmenter leurs profits.

    -Bon, mais alors on dirait que vous attendez quelque chose de la société qu’elle ne vous donne pas,

    -Oui et vous allez me dire que je rêve, mais laissez-moi vous dire que la société pourrait et devrait essayer d’accumuler du savoir sur le fonctionnement humain, avec des techniques de prévention, de maintien et de réparation. Comme une connaissance collective qui serait mise au service de la population. C’est comme ça que la tuberculose fait beaucoup moins de victimes. Par contre de nouvelles maladies apparaissent, en partie dues justement au genre vie que génère la société et…

    -Pourrions-nous reprendre ce débat ultérieurement car je dois sortir avec Sazak cet après-midi ?

    -Oui volontiers.

    Nous finissons nos boissons et attendons que les jeunes nous rejoignent, ce qui ne prend pas longtemps.

    Quand elle le voit, Taqui lance à Timor, en souriant : vous avez eu le temps de compter les mouches je vois.

    Timor se retourne vers elle et lui répond un peu froid :

    -Ah,vous voulez que je parle des mouches ? ok on y va. Moi des mouches j’en tue dix par jours, en moyenne. En moyenne ça veut dire que ça peut être un jour plus de vingt et un autre jour moins de cinq. Les punaises je les touche pas. A part leur vrombissement d’hélicoptère, je ne connais pas leur mode de vie. Je ne sais même pas ce qu’elles mangent, ni même si elles mangent. Pour moi c’est un peu comme les dinosaures, des survivants d’un lointain passé, un peu dépassés par les évènements. Elles ont le comportement d’un tank, peur de rien mais qui ne voit rien non plus. Les mouches c’est vraiment embêtant. Quand ça vous marche sur le front ou sur le bras, j’ai l’impression d’être palpé par quelque chose de gluant. Surtout la nuit. Et puis une mouche c’est bête, elles sont toutes au même endroit. Elles pourraient aller ailleurs, non elles viennent sur la table juste au moment où l’on est en train de manger. Remarquez, les punaises c’est pas très intelligent non plus. L’avantage c’est qu’elles ne vous cherchent pas, ou alors par erreur, mais c’est excusable. Il y a de l’obstination chez la punaise. Elles montent en faisant des ronds comme un planeur, mais avec beaucoup plus de bruit et d’efforts, elles heurtent le plafond et là blam, elles retombent d’un coup avec un bruit mat en s’écrasant au sol ou ailleurs. Et elles recommencent inlassablement. A l’automne elles se cachent sous n’importe quoi, plutôt mal, un peu comme les enfants qui croient que si eux ne voient personne alors personne ne les voit. Elles ont une prédilection pour les stores roulants, ce qui est complètement idiot parce que dès qu’on le bouge elles tombent en grappes, encore endormies ou assommées. Et le coup d’après il y en a encore autant. Si les mouches sont les chasseurs supersoniques de la flotte, alors les punaises en sont les bombardiers lourds. Les mouches sont d’autant plus pénibles qu’attirées par les ampoules elles se brûlent et partent dans tous les sens sans plus savoir ce qu’elles font. Alors elles se posent et se frottent les yeux, les pattes et les ailes pour se soigner et recommencer. Elles constatent une grande amélioration avec les LED qui sont froides et ne les brulent donc pas. Bon ça c’est des histoires, car il ne faut jamais donner des sentiments humains aux animaux. Quand vous commencez à en tuer des petites, vous vous dites que la situation s’améliore puisqu’elles n’ont plus le temps de devenir grandes. Erreur, grosse erreur car même petites elles collent et se reproduisent. Il y a de ce côté-là une furie chez les mouches. C’est à qui fera le maximum de générations dans le minimum de temps. Et elles gagnent à tous les coups. Cela dit, je ne sais pas trop à quoi servent les mouches et les punaises encore moins. Vous me direz que l’homme lui-même nul ne peut dire à quoi il sert. Un arbre c’est très utile et pas que pour nous, un chien aussi, une rivière c’est indispensable, une bactérie aussi c’est très utile, mais un humain j’ai pas encore trouvé. En fait il y a un problème avec les punaises, c’est l’odeur, les mouches n’ont pas d’odeur, mais les punaises arrivent à dégager une odeur de …. punaise écrasée pas très ragoûtante.

    -Et les araignées ?

    Michel Costadau

  • Romani 31

    Romani 31

    -Vous ne répondez pas à ma question. Ok pour prendre de la distance, mais ça revient un peu à s’éloigner de la réalité or justement le physique, c’est-à-dire en l’occurrence l’état de santé réel d’une personne, ne suit pas toujours le mental et, à un moment, il faut quand même rabouter les morceaux,

    -L’expression « prendre de la distance » est peut être mal choisie car il ne s’agit pas de s’éloigner de la réalité, mais seulement de se regarder en train de s’y mouvoir. D’ailleurs il me semble que la réalité ne peut se révéler que quand on a la possibilité de s’en extraire mentalement. Par exemple dire que quelqu’un, et particulièrement soi-même, est amoureux, n’est possible que si l’on dépasse les sentiments pour constater un état. Sinon, on reste empêtré dans des envies et des réactions que l’on n’arrive pas à comprendre. Le statut amoureux prend beaucoup de vigueur si l’on arrive à caractériser l’état dans lequel on se trouve et qui est la stricte réalité. C’est encore plus pertinent si l’on s’aperçoit que, justement, on n’est pas dans cet état, amoureux, par exemple.

    -Oula c’est que du raisonnement votre truc, moi je n’aime pas ça. On se fait toujours avoir avec des machins pareils,

    -Mettons, ça n’est pas complètement faux, mais pour rester concret je suis sûr que votre mère est consciente de son état, qu’elle en a très bien pigé la réalité mais elle est responsable de sa santé et elle seule. Il me semble, en plus, qu’elle a fait le choix de ne pas vous inquiéter. En ce moment il y a un méchant déraillement de l’État. Il est complètement dans l’erreur en essayant d’imposer des comportements à la population sous prétexte de diminuer les dépenses de la sécu. J’ai lu qu’en GB, ils voulaient refuser de prendre en charge les cirrhoses, sous prétexte que les gens buvaient trop. Il y a surement des moyens de sortir certaines personnes de la dépendance alcoolique, mais refuser de les soigner ou les priver de remboursements, ce qui est la même chose, c’est de l’abus de pouvoir et la rupture du vivre en société,

    -Ah,  que vient faire la société là-dedans ?,

    -Plus personne ne naît dans une grotte ignorée des hommes, les individus naissent dans une société, petite ou grande avec ses règles et ses usages et son vivre ensemble. On ne choisit pas ses parents, pas plus que la société dans laquelle on naît. La première chose que fait la société c’est vous donner un numéro de sécu. C’est le rituel d’entrée, à ce moment-là vous commencez à faire partie du groupe et le groupe n’a plus le droit de vous laisser tomber, quoi que vous fassiez. C’est ça le vivre ensemble. Enfin théoriquement, parce que cette règle est presque toujours bafouée par les gouvernants pour qui les citoyens sont devenus le dernier de leurs soucis et qui demandent seulement une gestion statistique,

    -C’est vous qui l’avez inventé ce truc du vivre ensemble. Remarquez c’est assez sympa. Ça fait un peu utopiste mais ça se tient. Néanmoins moi j’ai plutôt l’idée qu’il faut se débrouiller tout seul sans compter sur les autres ou la société comme vous dites,

    -Les autres font partie de la société mais ne sont pas la société. Ce qui fait la société c’est un ensemble un peu variable, mais qui comprend le plus souvent, une langue, des usages, des règles, des rites et un certain nombre de services collectivisés. C’est à ce groupe que vous et les autres appartenez,

    -Peut-être mais, pour moi, il n’y a rien à attendre de la société. D’ailleurs qu’est-ce que vous voudriez attendre et obtenir, hein,

    -Restons calme, je comprends votre réaction mais la première chose à attendre de la société c’est sa propre intégrité, physique et morale. Physique c’est-à-dire la santé, la sécurité, morale c’est-à-dire l’éducation, l’information,

    -La santé, mais la société n’y peut rien si vous êtes en bonne ou mauvaise santé.

    -Ben si, justement la société peut beaucoup. Il est, théoriquement hélas, fini le temps des sorciers.

    Michel Costadau

  • Diplomatie

    Diplomatie

    Vraiment je me demande ce que peuvent bien se dire les dirigeants politiques et qui ne doit pas être connu des citoyens. Ca fait deux fois coup sur coup que nous avons des divulgations de messages censés rester ignorés des populations. Une fois par l’Australie sur la vente cafouilleuse de sous-marins et une fois par Moscou sur le conflit pourri du Donbass.

    Dans les deux cas ces divulgations relevaient les écarts entre les paroles du dirigeant français et les échanges diplomatiques sur le sujet.

    En fait nous avons deux et même trois problèmes.

    D’abord la question de fond : existe-t-il un seul sujet dont les Français ne doivent pas être au courant ?

    Ensuite la crédibilité : si les dirigeants disent blanc et écrivent noir que faut-il croire ?

    Enfin la réalité : n’y a-t-il vraiment personne, à part le président, qui soit au courant de ces échanges secrets ?

    Procédons. De quoi peuvent se parler nos dirigeants ? Hum.

    En théorie démocratique, ils ne doivent parler que du bien-être de leurs populations, des besoins de coopération, de l’aide qu’ils peuvent s’apporter mutuellement, des nouveautés techniques ou des moyens d’éviter la guerre. Ça c’est la théorie.

    Dans la pratique, je subodore qu’ils ne parlent que finance ou plus précisément qu’ils font état de ce que la finance leur demande d’obtenir et qui demande un endormissement des populations pour pouvoir être mis en place. Mais même dans ces conditions, que pourraient-ils bien devoir nous cacher. Tout devrait être sur la table. Et si des choses doivent être tenues secrètes, ça relève plutôt de l’arnaque commerciale que d’une honnête diplomatie.

    Maintenant question crédibilité : nous avons un excellent exercice avec ce qu’il est convenu d’appeler la crise migratoire européenne.  Concrètement il n’y a que la frontière nord qui tienne encore un peu. Le reste présente plein de grandes brèches : la Méditerranée, l’Europe orientale et maintenant la Manche. Et qu’est ce que l’on entend dans les chancelleries : en gros tout est de la faute des passeurs. On finirait par croire que c’est eux qui ont inventé les migrants, et que si l’on supprimait les passeurs, il n’y aurait plus de migrants. Hélas, clairement ce sont les contraintes des États qui ont créé les passeurs. S’il n’y avait pas des milliers de victimes on se contenterait de tourner les diplomates en ridicule, mais force est de constater qu’ils jouent avec les vies humaines d’une manière éhontée. Et personne ne croit plus ce qu’ils disent.

    Enfin la réalité : tous ces messages secrets passent, comme le secret bancaire, entre beaucoup de mains et par des tuyaux ou des ondes dont la porosité est établie chaque jour. Je n’ose vous parler des conjoints des dirigeants dont la participation depuis la conception jusqu’à la réalisation est indispensable. Je vois bien au petit-déjeuner cet échange : alors qu’est ce tu as répondu à Boris ? -La prochaine fois on fera marcher le secret défense et ça restera entre nous. -Bonne idée, les gens n’ont pas à savoir tout ça. Voila.

    Finalement, que la diplomatie politique ait beaucoup de choses à cacher est difficilement compréhensible. La valise diplomatique, les téléphones rouges, les textos cryptés, le rappel des ambassadeurs et tout ce langage ni tu ni vous reflètent des pratiques d’un autre âge pour ne pas dire du Moyen Âge, mais à cette époque-là les gens étaient crédules.

    Michel Costadau