Je me pose la question de savoir à quoi sert de demander à quelqu’un son avis si c’est pour ne pas en tenir compte. Le cas est classique dans un couple ou avec des enfants. Eh dites-moi qu’est-ce que vous voulez pour diner ce soir : des lasagnes ou des pizzas. Pizza, pizza, pizza. Bon j’ai préparé des lasagnes et demain pizzas.
Je pense aussi à nos gouvernants en disant cela. D’ailleurs il est assez facile de montrer que nous sommes dirigés sans que l’on nous demande notre avis et/ou que si nous en avons un il est ignoré. Par exemple personne ne demande la diminution des retraites, les licenciements ou les fermetures d’entreprises. Personne n’a demandé que l’école devienne une garderie et que la majorité des enfants quittent l’école sans rien savoir.
Plus subtilement personne n’a demandé à ce qu’il devienne de plus en plus difficile d’avoir quelqu’un de physique au téléphone ou en face de soi pour faire des réservations, des réclamations ou simplement poser des questions. Ce qui veut dire que personne n’a demandé les robots, l’IA, les data centers ou les suppressions d’emplois et pourtant il n’y a plus personne au téléphone et les data centers explosent. Chercher l’erreur.
Pourtant il y en a bien qui donnent leur avis puisqu’il se passe des choses. L’explication est assez simple. Vous connaissez la pyramide des richesses qui dit que plus de 90% des gens ont plus que 1€, mais seulement quelques % ont plus que 1M€ et jusqu’à une grosse centaine de milliardaires. Eh bien notre avis compte exactement en proportion de notre argent. En pratique il y a donc en France, une centaine de personnes auxquelles on demande leur avis en ignorant celui de tous les autres.
Evidemment les gouvernants ne posent pas de questions aux milliardaires, ce sont ceux-ci qui donnent leur avis en s’adressant directement aux décideurs dès qu’ils ont un souci. Via les lobbies ou en liens directs pour certains. C’est pour cela que ça parait feutré parce que toutes les annonces viennent des gouvernants, enrobées dans le discours frelaté de la technocratie. Quand ils te prennent quelque chose, tu as l’impression qu’ils te font un cadeau.
Par contre, à nous les citoyens il nous est impossible de donner notre avis. Certes il y a la grande mascarade des élections, mais elles ne servent qu’à donner tous les pouvoirs à quelques-uns, voire à un seul ce qui est exactement le contraire de la démocratie. Il ne nous reste que la rue, les manifestations, et le système D.
En fait nous sommes trahis trois fois, une fois par les représentants du peuple dans les institutions qui sont pieds et poings liés par le système financier qui règne sur le monde. En plus une grande majorité de nos élus sont pour que nous continuions à être exploités, mal-traités, emprisonnés et méprisés.
Une seconde fois par les représentants des travailleurs dans les rouages de l’économie qui en défendant le travail et l’outil de travail, c’est-à-dire les entreprises sont des alliés subjectifs du capitalisme. Le message du «laissez-nous produire» des agriculteurs en est la parfaite illustration.
Une troisième fois par les scientifiques qui sont l’un des moteurs principaux de la société de consommation. Contrairement à ce que vous pensez c’est une honte d’avoir un prix Nobel car toutes les découvertes et inventions récompensées servent exclusivement à développer l’économie et donc les profits des milliardaires. Non les scientifiques ne sont pas pour que l’on arrête d’aller dans le mur, au contraire, ils essayent de trouver de nouveaux moyens pour que ça continue de plus belle.
Certes il est clair que les scientifiques ont beaucoup plus d’éléments que nous et certains n’hésitent pas à lancer des alertes et à fournir des analyses et des explications. Cependant ça ne sert pas à grand-chose puisque les décideurs n’écoutent que les lobbies.
Il faut le rappeler mais tous les gouvernants n’ont qu’une seule politique. Faire que le système capital/consommation non seulement continue mais se développe. Et d’ailleurs beaucoup trouvent que ça ne va pas assez vite et sabrent la démocratie pour déblayer le chemin des milliardaires.
En fait la vraie question est : est ce que nous avons un avis et même est ce que nous pensons. Nous sommes tellement prisonniers de l’entonnoir médiatique qui nous submerge d’informations et de soi-disant nouvelles qu’il me parait difficile que nous sachions discerner ce qui est important pour nous.
Et cela commence par moi-même. Mais il est bien rare que je me dise « et toi que penses-tu de ce truc ? ». En général j’ai mon point de vue dans la tête et c’est plutôt mon esprit qui me susurre « là je ne suis pas d’accord, ça pose problème ».
Alors je le dis.
