Auteur/autrice : Michel Costadau

  • Fin A69

    Fin A69

    Oui nous avons arrêté l’A69. Et l’A680 aussi. C’est inimaginable, impensable, insensé mais la réalité est bien là : le chantier est désert, les engins et les ouvriers sont partis, il n’y a plus de bruit plus de valses des camions sur les routes. Rien. Il ne reste qu’une immense plaie ouverte, zigzagant  sur notre territoire.

    Et maintenant ?

    Eliminons d’abord une éventuelle responsabilité pesant sur nos épaules et nous faisant une sorte d’obligation de réparer  les dégâts. Non ce n’est pas nous qui avons lancé ce chantier absurde, année après année, passant d’aménagements avec l’argent public jusqu’ à cette funeste mise en concession qui trouve aujourd’hui son dénouement. Les responsables sont les élus tarnais et eux seuls.

    Nous ne sommes pas responsables mais nous avons quand même à prendre en compte la fracture que les élus ont crée dans la population pour satisfaire les seuls intérêts financiers des riches et des possédants.

    Alors que faire ?

    Nous avons misé depuis le début misé sur le volet juridique pour gagner et ça a marché. Certes la décision du Tribunal administratif est une bombe dont les ressorts se trouvent en partie dans la remise en cause par le corps de magistrats de la politique gouvernementale du fait accompli. C’est l’occasion de rappeler que la République repose sur la séparation des pouvoirs  et que la justice n’est pas une simple chambre d’enregistrement des arrêtés ministériels.

    La décision est là, l’autoroute est arrêtée. Nous n’obtiendrons jamais plus que cette interdiction, même s’il nous reste à nous assurer que cet arrêt est définitif.

    Il me semble donc que maintenant nous avons, surtout, à prendre en compte le désarroi de la population pour éviter les ségrégations souhaitées par les élus et les médias à leur service. Il faut recommencer à parler, à échanger à voir ensemble l’avenir de notre territoire. Facile à dire me direz-vous, oui mais comment renouer ces liens distendus.

    Je crois qu’une piste pourrait être de faire ensemble un état des lieux. En semble c’est-à-dire avec la population. En effet Atosca et les préfets nous laissent une situation où l’autoroute n’est ni fait ni à faire, c’est le moins que l’on puisse dire. Plein de chemins sont coupés, de nombreuses personnes ont des tas de terres au bout de leur jardin sans parler de ceux qui ont perdus leur maison pour rien et ressentent une blessure inguérissable. Et la 126, qui est toujours une nationale, n’est pas un parcours tranquille pour relier Toulouse à Castres.

    Nous pourrions commencer par essayer de rencontrer les mairies, mais aussi les gens directement de quelques villages, voire même de Castres. Un peu style cahier de doléance à recueillir avec les habitants dont certains font des gymkanas pour sortir de chez eux ou aller travailler leurs champs.

    Bien sûr il appartiendra ensuite aux pouvoirs publics de résoudre les problèmes, c’est-à-dire de faire, le plus rapidement possible, les travaux correspondants, mais au moins nous saurions ce que l’on peut et doit améliorer.

    Le blocage du chantier risque en effet de durer plusieurs années et personne ne souhaite pérenniser des situations trop inconfortables.

    Nous sommes convaincus que le territoire tire un immense profit de la suppression de l’autoroute, plutôt que d’avoir été sacrifié au profit des métropoles. Alors disons le, faisons le savoir et renouons les liens avec la population.

    Nous c’est quand même, plein de collectifs, d’associations et d’individus. Nous sommes nombreux et les gens le savent.

    Car oui c’est nous qu’on a arrêté l’A69.

    Michel Costadau

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  • Voeux 2025

    Voeux 2025

    Je voulais, bien naturellement, pour vous souhaiter une bonne année 2025, énumérer les projets ou les évènements en cours que nous aimerions voir s’arrêter. Seulement la liste est devenue rapidement tellement longue que j’ai du abandonner cette idée pour ne pas tomber dans les litanies pieuses ou électorales.

    Ensuite j’ai envisagé de parler de l’élection de Trump en la rapprochant du recul français sur la protection de l’environnement et la biodiversité. Protection basée sur la prise de conscience récente de l’appartenance de l’homme au vivant et conduisant au besoin d’une période de transition. Mais cette notion de transition est en train d’être balayée et chargée de tous les maux.

     

    Et alors quelque chose m’a sauté aux yeux c’est que certaines personnes, dont la mouvance Trump et beaucoup d’influenceurs de chez nous, ne considèrent pas l’homme comme un simple mammifère parmi d’autres, mais comme une espèce complètement à part, capable de virtualiser, de façonner  et de dominer l’univers.

    Ceux là parlent de la conquête de la lune et de mars, de la résolution de tous les problèmes par les progrès techniques et de la reproduction comme d’une action purement génétique permettant d’éliminer les maladies et d’avoir des individus indemnes dans tous les sens du terme.

    Ce ne sont pas, à proprement parler des climato-sceptiques, puisqu’ils veulent surtout corriger la nature et la faire à leur idée et à leur service.

    Il y a une tendance de démiurge la dedans c’est-à-dire d’hommes qui se prennent pour des dieux, mais ils ont le pouvoir, le savoir, la richesse et la volonté de mettre tout cela en œuvre sans que nous ayons notre mot à dire.  Il n’est pas difficile de constater que ce qui se passe dans les laboratoires, dans les data-center ou dans les expérimentations les plus diverses échappe complètement à 99% de l’humanité, moi y compris.

    Qui a le savoir a le pouvoir. Et ils ont le savoir. Alors ils font.

     

    Pourtant tout le monde sait que pendant longtemps l’homme a fait partie de la nature pour se nourrir, s’abriter, se vêtir. Ses cultes et ses croyances tournaient autour des astres, de la puissance des éléments volcans, raz de marée, tremblement de terre, grêles, incendies et autres déchainements.

    Cela a duré jusqu’à récemment quand a eu lieu le basculement vers l’homme destructeur de la nature, c’est-à-dire de la planète sur laquelle il vit.

    Cela a donné lieu à l’émergence de deux courants antinomiques.

    D’une part un courant de protection de la nature, comme milieu indispensable à la vie, et donc de ce que l’on appelle l’environnement, la biodiversité et le vivant.  Ce courant attache une grande importance au lien harmonieux entre le corps et l’esprit. C’est la vie dans la nature avec une nourriture de l’esprit par les arts, la culture et le partage.

    D’autre part un courant d’asservissement et de modelage de la nature, courant qui n’a pas vraiment de nom allant des scientistes aux transhumanistes en passant par les libertariens. Dans ce courant, il y a une dissociation forte entre le corps et l’esprit avec un modèle d’homme vivant uniquement d’images et de connections sans besoin de se déplacer. La vie depuis son fauteuil, que ce soit pour visiter les pyramides, pour jouer avec un partenaire virtuel ou pour commandes une pizza.

     

    Hélas il est bien difficile de parler avec ces gens là, d’abord parce qu’ils sont peu accessibles, mais surtout parce qu’ils ne sont pas du tout sur le terrain de la logique et du raisonnement, mais dans celui de la fuite en avant pour résoudre tous les problèmes. Résolutions qui consistent en grande partie à construire un monde entièrement artificiel.

    Les différences entre les deux courants sont assez illustratives.

    Pour l’alimentation les premiers cherchent des produits issus de la terre alors que les seconds ne jurent que par la chimie.

    Idem pour la reproduction, sexuée pour les uns et à base d’éprouvettes pour les autres.

    Idem pour les rapports sociaux basés sur la solidarité pour les uns et l’individualisme pour les autres.

     

    Le problème c’est que je ne sais trop qui a raison à moins que ce soit un mélange des deux, mais c’est assez mal parti pour ça.

    Bon je n’oublie pas que je dois quand même vous souhaiter une bonne et heureuse année.

    Alors bonne année 2025.

    Michel Costadau

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  • Départ d’Elisabeth Costadau

    Départ d’Elisabeth Costadau

    Témoignage de Bernard Costadau :

    Que de monde, tout çà pour toi, l’émotion te monterai au visage et tu serais déjà en train de rougir, il y a ceux ici dans cette assemblée, et tous ceux qui se joignent à cette cérémonie par leurs pensées ou leurs prières.

    Tout çà pour toi, une petite femme, la plus petite de la fratrie, plus petite que papa, que tes enfants ou tes petits enfants ,toujours discrète, jamais sur le devant de la scène mais au combien présente.

    Ton regard aux yeux bleus gris, ta petite bouche qui produisait un ineffaçable sourire en toutes circonstances et une attention pour tous ceux qui t’entouraient par un petit signe amical, une parole, un mot de réconfort ou une caresse sur la main.

    Hormis la famille jamais de grandes effusions, tout dans la modération mais toujours ces petites marques d’amitié, de soutien ou de compassion.

    Une vie difficile pourtant  ne t’avait pas épargnée, la perte de ton papa en 1942, l’éclatement de la famille qui s’en est suivi avec tes frères envoyés en pension en Suisse ainsi que les rudesses de la guerre au quotidien. Des études à Saint Cernin où ton histoire te ramènera en 1968 pour faire la connaissance de papa.

    Jeune adulte, Soulbarède trop petit pour que tous aient une place, tu choisis sous la houlette de tante Beth de faire des études d’infirmière, ce sera Saint loup au diaconat, l’école y fut dure, tu y as appris à tes dépends que les repas sont une perte de temps, quand à ton premier petit déjeuner la mère supérieure sonna le début puis la fin du repas  et que ton bol de porridge était loin d’être terminé. Le début d’une vie au pas de charge, l’hôpital à Montreux où tu fis la connaissance de ta meilleure amie qui deviendra ta belle-sœur, Monique, ma marraine trop tôt partie. Vinrent trois ans d’infirmière à Londres histoire de parler une langue de plus et de s’ouvrir au monde puis retour à Bergerac ; papa et votre mariage en 1970, nous en 1974 et une nouvelle vie qui commençait. Travail était le leitmotiv, première levée à 06h00 et dernière couchée jusqu’à ton accident de 2021 et couchée pour lire au moins deux heures chaque soir histoire d’apprendre sur  tout, cette éternel besoin de connaître et de se concentrer sur les fondements de la vie.

    Pémontier c’est aussi, ta maman, notre grand-mère  devenue invalide et qui prenait beaucoup de ton temps  mais aux pâtisseries divines même si le baba au rhum comme les forêts noires nous faisaient pétiller le regard, elle n’oubliait jamais, à ton grand désarroi d’arroser copieusement ces desserts. Pémontier c’est aussi notre grand-père paternel dont tu auras pris soin jusqu’au bout, lui aussi écorché par la vie avec la perte de notre grand-mère bien trop tôt partie.

    Pémontier c’est beaucoup de rires, de réunions de famille pour toutes les occasions et l’accomplissement de tes talents de cuisinière, rester à table te semblant une perte de temps, la cuisine te donnait le travail qui t’aurait manqué pour le plus grand satisfecit des papilles de tes convives.

    Pémontier c’est aussi de grosses peines pour toi,  pour nous, les  premières fois où nous t’avons vu pleurer autant avec tes neveux et nièces fauchés en toute innocence, dans la fleur de l’âge, sur la route par des conducteurs inconscients, la disparition de Monique, ton double indissociable de la vie, tes frères Pierre puis Frédéric  mais aussi papa toutes ces peines qui t’ont tellement blessées et que tu gardais pour toi.

    Mais Pémontier est aussi le lieu privilégié de tes petits enfants, Aloïs, Xander et Pierre, après une maman formidable une grand-mère de tous les instants aux petits soins pour eux. Que de rire et de bonheur en ces occasions merveilleuses qui resteront gravées dans leurs mémoires à tout jamais.

    Puis vint la retraite, bon jusqu’à ton accident de 2021 tu n’y auras pas gouté, le jardin, les fleurs, les conserves, une maison toujours rutilante, la porte toujours ouverte aux amis et à nous, tes longues marches, papa que la vie avait usé et dont tu t’es occupée jusqu’au bout chaque instant.

    Ces années nous ont un peu inquiétés, avec le temps l’équilibre devenant précaire nous vint la judicieuse idée de t’offrir, l’air de rien, pour ne pas t’offusquer, à un anniversaire des bâtons de marche. Erreur absolue ! Tu en fus comblée et nous horrifiés, leur destination première de te donner de l’assurance fut biaisai par ce que tu découvris la possibilité de marcher plus vite, beaucoup plus vite et plus longtemps !

    2021, un excès de zèle dans le jardin, l’idée de monter sur une pierre pour couper quelques ronces et la chute, le coma, les fractures le traumatisme crânien. La providence et les bienfaits des services postaux ont mis sur ta route le facteur peu de temps après qui fit toutes les démarches pour que tu sois secourue et prise en charge rapidement.

    L’hôpital,  un début d’espoir. Espoir vite assombri par un cadre de santé qui t’avait destiné à l’unité de soins longue durée sans rééducation, heureusement, tu nous as donné un bon sens de l’observation et c’est Napoléon qui sauva la mise. Petite statuette sur son bureau austère de l’empereur au pont d’Arcole  avec la devise en lettres d’or « devoir et soumission »  soumission au mercantilisme de santé lui adressai-je sarcastiquement, piqué à vif, le soir même tu avais une place à Lanmarie, 4 mois de combat acharné pour recouvrer la mobilité, la parole et peu à peu la mémoire, enfin, Beaumont, la maison de retraite où ta maman avait séjourné aussi en fin de vie, funeste destination.

    Néanmoins tu auras pu y réapprendre à marcher en déambulateur, tu y retrouveras une partie de ta mémoire et tu viendras à Pémontier pour toutes les grandes occasions savourer les bonheurs de la famille et des amis.

    Quelques inquiétudes lors de ton séjour, des hauts des bas jusqu’à ce printemps où ton corps a commencé à t’abandonner, usé, des forces qui s’évanouissaient petit à petit.

    Samedi tu me reconnaissais encore, des soins étaient programmés pour cette semaine mais dimanche Luc te trouvas éteinte, sans forces, lundi matin tu nous quittais, apaisée, une infirmière à tes côtés, la boucle était finie après, avoir tenu tant de mains et aidé, aimé, soutenu tant de gens par ces petits gestes discrets, ces attentions permanentes aux autres.

    Maman,  ta vie aura était bien remplie, tu auras marqué tellement  de monde et ’aujourd’hui  ils t’accompagner pour rejoindre papa, te rendre grâce et comme tu le disais si bien : «  ne réussissent que ceux qui osent et qui croient ».

     

    Témoignage d’Aloïs Costadau : 

    Mamie.

    Je tenais tout d’abord à remercier cette assemblée d’être venue partager ici ou en pensée et prières ce dernier moment pour rendre hommage à cette personne si chère à nos yeux qu’est ma grand-mère.

    J’ai mis beaucoup de temps à poser par écrit les souvenirs que j’ai de toi, non pas parce

    qu’ils manquent, mais parce qu’il y en a tellement. J’ai tant de bonnes choses à dire de toi et

    pour toi, alors, il me faut résumer l’essentiel de ce que tu représentais pour nous. Chaque fois

    que je parlais de toi avec quelqu’un te connaissant, il y avait toujours en commun cette

    image d’une personne d’une grande bonté, bienveillante et attentionnée.

    Lorsque je pense à toi, je m’imagine toujours ce visage au sourire radieux, ce regard plein de joie et ces accolades chaleureuses que tu nous réservais lorsqu’on venait te voir à Pémontier.

    Je sais bien ce que tu penses à m’entendre te dire tous ces compliments, je me souviens bien de tes

    réactions lorsque je t’en faisais. Tu me disais en souriant « Mais qu’est-ce qu’il me dit celui-

    là ? » ou encore « Tu crois que tu vas m’avoir avec ces mots doux ? » avant d’en rire tous les

    deux.

    Alors je me dis t’ai-je donc placé sur un piédestal ? Est-ce que j’en fais trop ? Et puis

    je me rappelle que ta bienveillance n’a d’égal que ton humilité.

    Aujourd’hui je constate que non, je n’en faisais pas trop.

    Il me suffit de regarder devant moi pour comprendre que je n’étais pas le seul à voir la personne formidable que tu étais.

    Toutes ces personnes, toutes ces vies que tu as marquées en bien par ta simple présence, ton métier de sage-femme, par ta voix et tes mots, tous ces gens-là aujourd’hui ils te le redonnent.

    Tu as été une personne forte, digne et élégante, une étoile dans ma vie et un rayon de soleil

    dans beaucoup d’autres. Tu m’as appris tant de choses, à lire l’heure sur une montre, à faire

    sauter des crêpes dans une casserole sinon à faire des crêpes tout court, à entretenir des

    roses aussi belles que celle qui s’en occupait  A regarder les poissons dans la Conne, à

    observer les ragondins, à choisir le bon poulet le dimanche au marché, à ne pas pleurer

    quand tu me mettais un pansement.

    En plus de toutes ces petites choses et des milliers d’autres à citer, tu as été un modèle pour nous une source d’inspiration. Je ne demande qu’à me rapprocher de ce que tu étais, à reproduire tes comportements vertueux et à être aussi bon que toi.

    Quelque part c’est aussi ça la vie éternelle, ce sont tous ces sourires et ces bons

    moments passés avec toi, tout cet amour que nous allons transmettre aux autres.

    C’est à travers cela que tu continues de vivre avec nous.

    Comme l’a dit Xander, avec beaucoup de justesse :  « ne pleurons pas parce que c’est fini,

    soyons heureux parce que c’est arrivé ».

    Nous avons eu la chance de te connaître, et pour cela je te dis, nous te disons, merci. Merci d’avoir été cette personne merveilleuse dans nos vies.

    Nous te souhaitons que le meilleur, tu le mérites tellement.

    Repose en paix Mamie.

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  • Le Pédé

    Le Pédé

    La dernière semaine de juillet j’étais à Ax les Thermes pour des vacances en famille. Oh pas toute, disons la moitié. Par chance nous sommes tombés sur une semaine de spectacles de rues qui se déroulaient dans plusieurs endroits de la ville avec de nombreux moments de répétitions et d’affichages ce qui ajoutait de l’animation à l’animation.

    L’un de ces spectacles ayant commencé devant la mairie, c’est-à-dire près de notre lieu d’hébergement, je devins spectateur cherchant une murette pour m’assoir à l’ombre. J’étais un peu loin et je cru au début que c’était un homosexuel  qui racontait ses aventures.

    En fait il racontait l’histoire et les combats des hommes qui aiment les hommes. Ceux là étaient désignés sous le nom de pédales, étaient fichés et passibles de prison. Son histoire croisait un peu celle du MLF, avec plusieurs  interventions de sa copine  mais restait centrée sur les hommes.

    Grand moment de théâtre quand  pour parler du sida il se retrouvait avec les mains ensanglantées et entrait dans la foule des spectateurs assis par terre en leur tendant clairement la main. Et les gens serraient cette main après un petit moment d’hésitation mais avec une forte émotion de partage de son récit car tous souffraient pour lui.

    Et aussi fortes secousses de joie dans la foule quand fut voté en 82 la dépénalisation de l’homosexualité, loi héritée de Vichy.

    Petits coups de griffes sur le PC et les défilés gays avec à chaque fois une vague de connivence traversant les spectateurs qui suivaient les déambulations de l’acteur de places en places  jusqu’à ce qu’il demande de s’assoir à nouveau. Pendant ce temps lui montait dans une camionnette judicieusement et volontairement  coincée au milieu des participants pour klaxonner et descendre en criant « Mais vous n’avez rien de mieux à faire que d’empêcher les gens de travailler. Vous réclamez je sais pas quoi pour les  hommes qui veulent des enfants entre eux. Vous croyez que c’est en emmerdant les gens que vous obtiendrez quelque chose. Ben non les gens ils vous disent dégagez, laissez moi travailler et vous aussi mettez vous au travail plutôt que de bloquer la circulation ». Et voila que l’acteur que tous le monde adulait l’instant d’avant se fait siffler et huer. Et lui : « Vous avez mis un peu de temps à réagir, il faut le faire immédiatement devant ce type de comportement ».

    Bref je ne vais pas vous raconter le spectacle, vous aurez peut-être la chance de le voir. Et il y a même qui le trouveront nul.

    En tous cas le soir à notre repas que nous prenons tous ensemble, la discussion est tombée là-dessus. Et comme vous le savez les échanges en famille sont les plus virulents qui existent bien plus que dans n’importe quel groupe fut il militant, car chacun connait tout des autres et chacun a son bagage de préférences, de récriminations ou de mécontentements rentrés.

    J’avais lancé la discussion en disant que le sens du spectacle de l’après midi c’était de dire que le « privé c’est politique ». Dans le sens où la sphère privée peut être le lieu de comportements déviés qui ne sortent jamais et sur lesquels chacun garde un silence pesant. Le pédé expliquait bien que le combat pour la différence est loin d’être gagné ou plutôt que c’est une bagarre perpétuelle et que le cœur de cette lute n’était pas dans la gay pride mais dans les secrets de la vie privée.

    Comme dans la famille nous n’avons pas d’homosexuels déclarés, les échanges ont vite portés sur l’évolution du statut des femmes. Les filles et belles filles mettant en avant les droits acquis et la vague metoo qui faisait justement sortir certains comportements privés de leur ombre grise. Les garçons reconnaissant cela mais expliquant aussi que la vie des hommes n’avait jamais été aussi facile et même devenait beaucoup plus tranquille avec les femmes.

    Comme ça ronronnait un peu j’ai jeté que c’était des réflexions de privilégiés et de profiteurs et profiteuses car les acquis dont ils parlaient reposaient sur le concept d’externalisation. Le monde dit développé qui est seulement le monde riche a rejeté les maltraitances en tous genres dans le reste de la planète.

    Celui qui prend en photo avec son téléphone le plat qu’il va manger au restaurant, juste pour l’envoyer à son copain feint d’ignorer qu’il est en train de profiter du travail d’enfants et de familles dans laquelle les violences faites aux femmes sont constantes.

    L’externalisation est même maintenant ouvertement revendiquée par des pays ultra riches pour délocaliser leurs prisons ou leurs expulsions d’immigrés. Alors si les délocalisations industrielles datent de bien longtemps, l’externalisation des guerres, la négation des droits de l’homme et des femmes et l’exploitation des populations hors du monde riche montent maintenant au grand jour.

    Déjà il y a déjà ces horribles safaris et ce tourisme climatique pour voir s’écrouler les glaciers de l’antarctique. Et bientôt il y aura bientôt un socio-tourisme pour voir le travail des enfants dans les mines de terres rares ou les viols de femmes dans les bus de Bombay. Et pourquoi pas une visite guidée des hôpitaux de Gaza détruits par Israël pays à la guerre civile permanente avec le soutien inconditionnel des pays riches.

    Du coup la discussion s’est un peu calmée et même si c’est triste à dire ça ne nous a pas coupé l’appétit. Finalement les homosexuels en France ne sont peut-être pas si malheureux que ça.

    Michel Costadau

  • Pour ou contre l’autoroute

    Pour ou contre l’autoroute

    Compte tenu du retrait de Julien le candidat NFP, le choix qui reste aux électeurs de notre circonscription pour le 7 juillet est carrément cornélien pour ceux qui ont voté pour lui au premier tour. En fait ils ont 4 possibilités pour s’exprimer : soit voter Carayon, soit voter Terlier, soit voter blanc ou nul, soit ne pas voter.

    Voici donc, d’entrée, comment je ressens ces 4 possibilités.

    Votez Carayon c’est marquer volontairement un but contre son camp

    Voter Terlier c’est ajouter la défaite au déshonneur

    Voter blanc ou nul c’est trancher par le haut ce nœud gordien

    Ne pas voter c’est continuer à lutter contre le pouvoir.

    Regardons, maintenant quels sont les arguments correspondants.

    • Pour le premier cas c’est assez simple. Carayon représente ce qu’il y a de plus lamentable sur l’échiquier politique. Les dynasties, les trahisons, l’opportunisme et la négation de l’Etat de droit. Quelqu’un dont le programme se résume à Bardella premier ministre ne saurait avoir le moindre attrait. Il est donc probable qu’aucun ou pour être plus réaliste seule une infime minorité des électeurs NFP pourrait voter Carayon.
    • Le deuxième cas est évidemment le cœur du problème. D’abord nous avons le mot d’ordre NFP d’empêcher la peste brune d’avoir la majorité à la chambre en votant NFP. Ce qui marche très bien dans le cas de Karen Erodi, mais qui dans notre cas pousserait des électeurs à voter Terlier pour éviter l’élection de Carayon.

    Seulement Terlier c’est le député sortant, macroniste s’il en est, chantre en titre de l’autoroute Castres Toulouse, allié objectif du Groupe Pierre Fabre, président dictatorial de la commission d’enquête parlementaire sur le financement de l’A69 et cela malgré sa très faible légitimité car arrivé en seconde position derrière Julien au premier tout de 2022. Cette personne est donc l’ennemi juré des électeurs NFP et des opposants à l’autoroute.

    Du coup la défaite de Terlier serait une claire victoire pour ces opposants. Ce serait une victoire politique basée sur l’opinion de la population ce qui ouvrirait peut être les portes de la justice.

    Il me semble que nous avons là une occasion unique de porter un coup aux promoteurs de l’autoroute, il n’y a qu’a voir la fébrilité de Delga.

    A l’inverse voter pour lui serait une volte face ahurissante qui ferait rougir de honte celui qui oserait l’envisager. D’ailleurs ceux qui évoquent cette possibilité parlent de se boucher le nez, de tordre ses convictions, aux grands maux les grands remèdes et autre phrases de circonstance.

    Bon, même s’ils sont parfaitement trompeurs regardons quand même les chiffres. En gros il faudrait que plus de la moitié des électeurs de Julien votent Terlier pour qu’il ait une chance de passer devant Carayon. Or il est certain que les électeurs de Julien n’ont pas tous la même motivation c’est à dire n’ont pas voté Julien pour une seule et même raison, en particulier parce que certains ont été motivés par une sauvegarde des services publics et d’autres par le fameux moratoire.

    Du coup il est clair que beaucoup des électeurs de Julien souhaitent ardemment la défaite de Terlier.

    Aussi serait-il contradictoire de vouloir à la fois la défaite et la victoire du député sortant. Evidemment ne pas voter Terlier c’est être accusé de laisser l’élection à Carayon, comme cela a été le cas pour Macron 1 et Macron 2. Mais qu’ont obtenu ceux qui ont voté pour Macron : rien.

    Pourquoi les choses auraient elles changé soudainement le 7 juillet ?

    Comment, alors que Macron a fait le lit du RN par sa politique antipopulaire et de ségrégation financière depuis qu’il est au pouvoir, est-il possible de penser qu’il serait un barrage à la fascisation de la république.

    De plus il faut comprendre que les électeurs de Julien ne lui appartiennent pas, pas plus qu’à quiconque aurait voté pour lui. Il n’est donc pas approprié de donner des consignes de vote. Un nouveau choix se propose dimanche et les électeurs vont choisir en leur fort intérieur parmi les 4 cas évoqués plus haut. Que ceux qui veulent faire connaitre leur opinion le fasse c’est très bien et c’est mon cas, mais sans opprobre et jugements négatifs. Certes de nouveaux combats nous attendent et nous les affronterons.

    Qui plus est il n’est pas du tout de notre intérêt de diviser les électeurs de Julien. Ils représentent notre trésor de guerre pour les années à venir et accuser ceux qui voteraient blanc de mettre un signe égal entre Terlier et Carayon ou ceux qui ne voteraient pas Terlier de faire le jeu du RN ouvrent une inutile fissure dans notre propre camp.

    • Pour finir le vote blanc/nul ou l’abstention  sont donc des choix tout à fait honorables et il serait malsain de les taxer de quoique ce soit.

    Michel Costadau

  • Roue Libre

    Roue Libre

    Suite à la manifestation du 8 juin, il y a un début de libération de la parole et je me permets de mettre par écrit mon ressenti personnel et à chaud sur notre combat contre l’A69.

    En gros j’ai le sentiment que nous faisons fausse route en nous abusant de mots,

    Ceux qui disent que notre mouvement est populaire ou que l’opinion est avec nous nous mentent car ceux qui se sont mobilisés  le 8 juin sont essentiellement des militants déjà convaincus et non la population en particulier celle du parcours prévus pour l’infrastructure.

    Ceux qui disent que notre mouvement est pacifiste et non violent nous mentent car jeter des cocktails sur des fourgons de CRS, tirer avec des arbalètes sur des hélicoptères, refouler des journalistes ou bruler des récoltes sont tout simplement des agressions.

    Ceux qui disent qu’ils reviendront autant de fois qu’il le faut pour manifester leur détermination et obtenir l’arrêt du projet nous mentent car la logique des affrontements ne sert que la cause du pouvoir et chaque explosion de grenade pousse la population dans les bras de la droite et donc des pros.

     

    Par contre ceux qui disent que notre combat est sur le terrain politique, au sens de l’opinion et non des partis, nous mettent sur la voie d’obtenir quelque chose, voire même de gagner.

    Seulement ce combat politique  repose sur une logique à trois temps : opinion/élus/justice. C’est-à-dire que pour gagner devant la justice il faut que la classe politique commence à tenir compte de l’opinion de la population.

    Or pour le moment nous avons perdu nos liens avec la population. Seuls les mouvements « sans bitume » ont encore des contacts, et organiser des réunions publiques devient de plus en plus délicat.

    Fut un temps il était question de « comités locaux », de campagnes d’affichages, de tables rondes, de rencontre avec des intellectuels et même avec des élus. Tout cela est tombé à l’eau et il semble que la violence soit le seul moyen d’expression qui nous reste ou auquel nous sommes acculés.

     

    Alors il est clair que les réactions que j’ai pu voir par rapport au comportement des certains masqués pendant et après la manifestation peuvent être  le déclencheur d’une réflexion sur notre stratégie.

    Au cours de discussions et un peu comme une excuse j’ai entendu affirmer que maintenant le mouvement contre l’A69 nous dépassait, nous échappait et que nous n’en avions plus le contrôle. Alors que le combat contre cette autoroute soit connu nationalement et même internationalement c’est une très bonne chose, mais il me parait difficile de se battre pour des personnes qui ne nous soutiennent pas. Certes nous nous battons pour nous, c’est l’adn de LVEL, mais aussi contre le saccage d’un territoire. Or si la population de ce territoire ne nous soutient pas nous devenons des illuminés qu’il ne faut plus écouter.

    C’est ce qui est en train d’arriver. Car, à l’exception du cortège paysan, Roue Libre a plus ressemblé à une thérapie à grande échelle pour excités qu’à une démonstration de force pour la cause environnementale,

    Bien sûr il est encore possible de stopper ce projet mais, après le 8 juin, un point d’étape me parait nécessaire. Continuer, comme si de rien n’était vers un acte4 à l’automne me parait suicidaire. C’est pour cela que j’écris ces trois mots et aussi pour encourager ceux qui souhaitent  s’exprimer à le faire,

    C’est exactement le moment.

    Michel Costadau

  • Au commencement

    Au commencement

    Là maintenant  nous sommes en hiver avec des hommes et des femmes, perchés dans des arbres pour empêcher leur abattage. Ces écureuils ont construit, à plus de 10m du sol, des cabanes entre les branches pour y dormir et s’y installer dès qu’il y a une alerte.

    Au pied des arbres il y a une ZAD, c’est-à-dire des jeunes qui contestent le projet d’autoroute et d’une manière plus générale remettent en cause la société capitaliste, la consommation, le pillage des ressources, le patriarcat  et l’absence de démocratie.

    Ces jeunes vivent dehors, dans la boue, dans des conditions précaires mais avec une foi inébranlable dans le collectif qu’ils forment. Les décisions sont prises avec l’avis de tous et toutes. Tout est partagé, et les problèmes sont réglés en groupe sans exclusions, sauf de rares cas. Ils sont quelques dizaines mais ils sont soutenus par beaucoup de personnes engagées dans la lutte contre l’autoroute et par des collectifs dont LVEL, XR, Attac..

    Evidemment les médias aux mains des porteurs du projet se sont rués sur ces jeunes pour essayer de discréditer  la résistance : voyous, étrangers, chômeurs vivant au crochet de la société, terroristes tout y passe. En tous cas ils sont là.

    Les écureuils aussi sont soutenus, d’abord par le GNSA mais comme pour la ZAD par les collectifs et les militants anti- autoroute.  En termes d’image il est incontestable que l’apport des écureuils a été fantastique pour la lutte. Depuis un an la défense des arbres  a été un constant marqueur de la lutte. Honneur à ces grimpeurs.

     

    La situation est dons claire.

    D’un coté, dans des cabanes perchées au sommet des arbres les écureuils. Au pied des arbres les jeunes de la ZAD. Tout cela sur une parcelle faisant partie du futur tracé.

    De l’autre coté un préfet chargé de faire réaliser, avec l’appui des forces de l’ordre et du concessionnaire, une autoroute coute que coute.

    Mais le préfet est coincé, il peut éventuellement chasser les zadistes, ce qu’il a fait plusieurs fois mais évidemment les jeunes sont revenus. Mais pour chasser les écureuils il lui faut abattre des arbres. Or il n’a pas le droit d’abattre les arbres avant le mois de septembre. Il est coincé et donc bien embêté.

     

    Comment le préfet en est il arrivé là ? Tout simplement parce qu’il s’est mélangé les pinceaux dans l’autorisation environnementale  qu’il a donné pour faire les travaux. En effet dans son arrêté il a prévu, comme la loi l’y oblige, des mesures pour sauvegarder la biodiversité et en particulier les espèces protégées animales.

    Il est clair depuis longtemps qu’il y a une symbiose entre le végétal et l’animal. Par exemple des chauve souris, des insectes ou des oiseaux utilisent les arbres pour nicher, se reproduire, s’abriter, se nourrir, se reposer. Et donc toucher à un arbre c’est toucher à des oiseaux. C’est pourquoi la protection des oiseaux passe par la protection des arbres qu’ils utilisent. Et quand l’espèce animale est protégée c’est l’arbre qui est protégé.

    Du coup l’abattage éventuel d’arbres est soumis à des conditions précises en vue de ne pas trop décimer certaines espèces animales.

    C’est le cas des arbres dans lesquels sont installés nos écureuils qui d’après les termes de l’arrêté préfectoral ne peuvent pas être abattus en hiver mais seulement en automne, loin des périodes de nidification. C’est lui qui l’a écrit et maintenant il s’en mord les doigts.

    Car l’automne c’est dans longtemps et le concessionnaire qui voudrait faire les travaux maintenant est coincé par les propres textes du préfet. Alors le préfet a un cas de conscience.

     

    C’est exactement le cas où il faudrait respecter l’Etat de droit  comme le répètent en boucle les porteurs du projet et quelques élus locaux.  En l’occurrence le respect de l’Etat de droit conduirait donc à différer ces abatages jusqu’en septembre. C’est la loi.

    Mais, pour le préfet, ce report serait une victoire pour les opposants. De plus l’occupation des arbres et du sous bois par des militants l’agace car il voit là une résistance qui le nargue et le décrédibilise.

    Or le respect de l’Etat de droit n’est pas le fort du préfet. Il est là pour que  le chantier avance même au mépris de la loi.

    Pour commencer il faut chasser les occupants du sous bois et faire garder la zone par les forces de l’ordre.

    Cela se fait à grand renfort d’hélicoptères, de grenades, de charges de gardes mobile et d’arrestations et cela prend quatre semaines.

    Cette éviction  s’accompagne de propos vulgaires et désobligeants de la part des forces de l’ordre  qui pourtant ont la force mais ne savent pas trop ce que c’est que l’ordre.

    En plusieurs fois le préfet en profite pour faire saccager le bivouac des zadistes, disperser leurs affaires, ravager à la pelleteuse le pré devant le bois où sont édifiés quelques petites constructions en bois et en toile. Il en profite aussi pour faire détruire par le feu tout ce qui peut bruler de façon à enfumer les écureuils, même des pneus à la manière des gilets jaunes. Ce qui ne peut pas bruler le préfet le fait enterrer par une pelleteuse ou enlever par des camions de la ville. Toute la zone devient comme ravagée par des bombardements.

    Enfin au bout du compte le préfet réussit à occuper tout le terrain et le sous bois. Exit la ZAD qui va se reconstruire ailleurs mais plus sur le tracé donc moins gênante pour lui.

    Restent les écureuils.

    Ayant chassé les zadistes, la préfecture entame alors le siège des écureuils. Interdiction de leur apporter à boire ou à manger, pas de médicaments, ni d’eau non plus sauf deux litres en 10 jours à l’occasion de la visite du représentant de l’ONU.

    Le problème c’est que pour déloger les écureuils il a besoin d’abattre des arbres afin de faire approcher des pelleteuses et des nacelles. Or, comme nous venons de le dire, il ne peut pas abattre ces arbres avant l’automne.

     

    Dire que nous sommes dans une situation  paradoxale est un euphémisme. C’est carrément le monde à l’envers, car c’est le représentant de l’Etat qui piétine les lois pour essayer de déloger ces résistants. Et nous trouvons là une claire démonstration de ce que nous appelons « le système »

    En effet une série de mensonges, mettant en action les services de l’Etat, est élaborée dans les bureaux de la préfecture.

    Pour commencer on invente une possibilité de déclasser le statut d’une zone protégée, premier mensonge.

    On invente, aussi un passage d’écologues début février avec un soit-disant rapport remis à la DREAL, deuxième, mensonge.

    On invente ensuite l’impossibilité pour la DREAL de communiquer sur ce rapport, prière de s’adresser à la préfecture, troisième mensonge.

    Contraint et forcé le préfet fait une conférence de presse, reprise in extenso par les médias, pour expliquer qu’il n’y a plus aucune espèce protégée dans les arbres et que l’on peut donc abattre, quatrième mensonge.

    Comme ce mensonge est un peu gros on demande alors à d’autres écologues de venir sur le site, accompagnés par l’OFB, pour marquer les arbres avant abattage alors que les abattages ont déjà commencés, cinquième mensonge.

    On invente aussi que si les écureuils veulent se nourrir, ils n’ont qu’à descendre des arbres. Seulement au pied des arbres il n’y a pas de nourriture,  il n’y a que des gendarmes et des tronçonneuses. Ce n’est pas un mensonge c’est du chantage pur et simple.

    Ca fait beaucoup de mensonges qui vont rester longtemps sans être jugés, tant l’impunité des forces de l’ordre, la lenteur de la justice et les mensonges des autorités se conjuguent pour entraver toute résistance.

    Ces mensonges sont des mensonges d’Etat.  C’est comme cela que fonctionne le système. C’est pour cela que les combats contre le système sont difficiles, longs, onéreux, décourageants.

    Mais pour gagner de tels combats, nous avons nos propres armes. D’abord la conviction de l’importance d’arrêter cette réalisation. Ce n’est pas avec des autoroutes que l’on s’attaque à la crise climatique et à la chute de la biodiversité.

    En suite la résilience, c’est à dire la faculté de sortir par le haut des problèmes que nous rencontrons. Les porteurs du projet clament que le Tarn veut une autoroute, l’IFOP nous fait un sondage avec 70% d’avis défavorable. Pile poil.

    Encore  la solidarité et le partage. Les initiatives et les messages se succèdent à un rythme effréné. Personne ne peut tout suivre mais chaque évènement, trouve l’un ou l’une de nous en face. Quand on ne sait pas, on pose une question et il y a une réponse.

    Et aussi le fort soutien local et national.  Qui aurait cru que des tags fleuriraient dans le métro parisien, que l’Ariège boulonnerait d’initiatives,  que  des vidéos seraient vues, revues et partageés, que Greta viendrait nous soutenir. Ce n’est pas une recette de cuisine c’est un feu d’artifice.

    Au commencement était LVEL, discours, musique et chansons.

     

    Michel Costadau

  • Agri 25

    Agri 25

    OU EN ETIONS NOUS ? Les précédents billets ciblaient les concepts que le système et la société de consommation mettent en œuvre pour asservir les populations comme : « ayez confiance dans le progrès pour résoudre tous les problèmes », « il faut défendre le monde libre », « les salariés aiment leur patron ». Nous évoquions aussi la consommation basée sur la facilité. REPRENNONS.

     

    Ensuite le genre de vie sédentaire et la suppression du moindre effort avec une société presse bouton sont autant d’entonnoirs dans lesquels chacun est amenée à glisser jusqu’à l’obtention d’une existence virtuelle. Plus ou moins complètement. Et ce n’est bon ni pour l’organisme ni pour le mental. Je l’ai déjà dit aucune incitation n’est faite pour aider les gens à penser, à comprendre, à se défendre, à être eux même, c’est-à-dire à exister au sein de la foultitude anonymisante. Au contraire tout concours à convaincre chacun qu’il doit seulement écouter les oracles de ceux qui savent.

    Le concept affreux de majorité silencieuse n’est que l’illustration de l’ignorance et de la soumission de la population.

    Convaincre les gens qu’ils ne savent rien est assez facile.

    Déjà il est évident de constater l’immense spécialisation technique dans le business. Cette spécialisation a des effets de cloisonnement et seuls ceux qui ont le pouvoir de rassembler les morceaux peuvent décider à bon escient c’est à dire au mieux de leurs intérêts. Or c’est l’apanage de la finance d’avoir, par cette puissance d’accès, le pouvoir de collationner toutes les informations utiles à la prise de décision. Des décisions, à leur profit, dans le mépris total des conséquences pour la planète que peuvent avoir leurs choix.

    Personne n’a l’idée de faire faire, pour lui seul, une recherche pour trouver d’où vient vraiment l’huile qu’il veut acheter, ni de commander un sondage d’opinion pour savoir comment vont voter les habitants de sa ville. Je ne saurais même pas quelle question poser.

    Eh bien les détenteurs du pouvoir en font trois par jours sur tous les sujets qui les intéressent. Avec ces informations ils font des campagnes de communication pour modeler l’opinion.

    Par exemple, la Zéro Artificialisation Nette de la loi Climat et Résilience. Ils accusent cette loi de desservir le zones rurales puisqu’il va devenir plus difficile d’y construire, plutôt que d’essayer d’appliquer la loi qui encourage à construire la ville sur la ville et non à la campagne.

    Par exemple s’agissant de l’eau, ils maintiennent le débat entre arroser les champs, qui sont censés nourrir la population, ou l’arrosage de jardins par les particuliers, qui sont bien sûr accuser de gâcher de l’eau. D’où des mesures de restrictions à faire peser directement sur les gens mais sans jamais parler de la notion de l’eau comme bien commun avec une charte sur son utilisation et surtout sur sa conservation en bon état dans le sol.

    Je voudrais taper une fois encore dans ce concept des paysans qui sont là pour nourrir la planète. Personne n’a jamais demandé aux agriculteurs de donner à manger au monde entier. Chaque pays a, d’abord,  une agriculture de subsistance et selon les produits se trouve en excès ou en déficit de production par rapport à la consommation locale.

    Alors oui on peut demander à chaque pays de nourrir sa propre population. Ce serait utile er raisonnable, mais depuis de longues années, c’est la mondialisation qui est à l’œuvre, et beaucoup de pays autrefois autosuffisants sont maintenant dépendants de  l’aide extérieure.

    Partout c’est la loi du marché qui joue et la France importe et exporte des tas de produits d’une manière complètement indépendante  de ce qui pourrait être produit localement. Alors les agriculteurs nourriciers satisfaisant les besoins de la population c’est du mensonge destine à abuser les consommateurs.  Même dans notre pays le nombre de personne qui dépend d’une aide, en nature ou financière, pour avoir de quoi manger est énorme. La part de la nourriture dans le salaire est d’ailleurs une variable  d’ajustement et il n’y a que quelques % de la population qui ne sacrifient jamais la nourriture sur l’autel des revenus.

    Michel Costadau

  • Agri 24 Crise agricole

    Agri 24 Crise agricole

    Bien étrange crise que celle des agriculteurs. Plutôt crise de l’agriculture d’ailleurs.  En fait c’est l’arroseur arrosé, le pompier incendiaire ou le pyromane secouriste cette affaire.

    Voila des gens qui développent  depuis 40 ans un modèle d’agriculture suicidaire et qui viennent se plaindre que l’argent n’est plus au rendez-vous. Le syndicat majoritaire et les gouvernements  successifs  ont travaillés la main dans la main pour torpiller le secteur agricole : -prix exorbitant du foncier, subventions à l’hectare et non à l’exploitant,  exportations forcenées à bas prix pour affaiblir les pays en « développement »,  production d’électricité ou de carburants en bousillant de la biomasse, course à la taille pour toucher plus de subvention accompagné de matériels de plus en plus gros pour des économies d’échelle  et de gain de main d’œuvre, rôle détourné des safer qui plutôt que de viser la protection de la ressource agricole n’ont en tête que les plus values provenant  du désossage des petites exploitations pour alimenter l’agrandissement tout en faisant la culbute sur le bâti.

    Ces gens là voudraient que je les aime eh bien non  je ne les aime pas. L’attitude bienveillante de la population est un leurre qui vient d’une part de l’origine rurale d’encore d’une partie des gens de la ville et d’autre part de la fabrique d’images de marque à partir de mots détournés comme « territoire », « authentique », « label », sans parler de « durable » ou « d’équitable »  qui ne sont que des trompe l’œil.

    Parce que vous savez ce qu’elle en fait des territoires la FNSEA = -de l’artificialisation, des autoroutes, des centres commerciaux, des méthaniseurs. Il est quand même fort de café que des entrepreneurs qui achètent des milliers  d’hectares de récolte sur pieds pour produire des carburants détaxés touchent des subventions agricoles comme s’ils produisaient du grain ou des légumes. Quand je vais à la pompe je n’ai pas le sentiment d’être sous un silo à blé mais plutôt au bout d’un pipe-line qui vient d’une raffinerie.

    Ils ont mis le vers dans le fruit  et maintenant ils appellent au secours pour qu’on les aide.

    Moi je veux bien les aider mais surement pas s’ils veulent continuer à raser les habitations et les écoles avec leurs produits toxiques, à abattre des haies et des fossés pour faire passer leurs machines,  à construire des usines à poulets, à cochons, à dindons dans lesquelles l’animal n’est plus considéré comme un être vivant.

    Nous humains avons besoin de toutes les formes du vivant pour exister. Respecter les animaux c’est respecter la vie. Et respecter les animaux ce n’et pas passer ses champs au gaz lacrimogène pour faire fuir tout ce qui bouge

    Alors évidemment vu que le loup est dans la bergerie ce n’est pas lui qui va alerter les paysans en leur disant de ne plus faire confiance au syndicat et au ministère.

    Nous ne pouvons pas compter sur eux pour cela, nous sommes obligés de compter sur nous même, sur un ou deux syndicats agricoles plus conscients, sur les syndicats ouvriers et sur la population.

    Car oui leur modèle est en ruine.

    Alors il leur faut trouver des boucs émissaires. D’où le grand mouvement de détricotage  des lois de protection de l’environnement établies péniblement depuis 20 ans.

    Voila la cause du malaise agricole : nous protégeons trop la nature et la biodiversité, il faut laisser les produits homologués faire leur œuvre létale. Je l’ai déjà dit les agriculteurs chimiques n’aiment pas les bactéries, les insectes, les champignons et les herbes qui ont l’audace de pousser dans leur champs. Passez moi tout ça au karcher, dieu reconnaitra les siens.

    Ensuite réclamer un revenu décent est plutôt une revendication salariale que celle d’entrepreneurs avides de liberté d’entreprendre.

    C’est là qu’intervient la PAC qui est une redistribution d’argent mutualisé par les pays européens.

    Alors les agriculteurs sont ils des salariés de la PAC. La réponse est bien sûr non mais l’image reste présente.

    Enfin le carcan administratif.  Pas besoin se faire beaucoup de recherches pour comprendre que l’administration ne donne pas de subventions les yeux fermés. D’ailleurs beaucoup de citoyens expérimentent avec rage les parcours de combattant qu’impose une aide pour le logement ou une personne dépendante.

    Tout le monde aimerait bien savoir comment cela va finir. Hélas je ne vois pas ce qu’il pourrait sortir de bon de cette crise. Déjà deux victimes de trop, dont un certain ministre est clairement responsable.

    En fait j’ai bien peur que ce soit, seulement, la planète qui prenne un nouveau coup derrière les oreilles.

    Michel Costadau