Auteur/autrice : Michel Costadau

  • Sire

    Sire

    – Mais quel est donc ce bruit que l’on entend dehors ?

    – Ce sont, Sire, les corps de vos morts que l’on jette dans l’eau du port,

    – Quoi, quand, comment  mais pourquoi ont-ils calanché ?

    – Vous le savez, Sire, nous n’avons pas de vaccin, alors ils sont tombés,

    – Vous vous moquez mon ami, cela n’est point possible,

    – Sire vous avez fermé les lieux de société en demandant qu’ils soient indemnisés,

    – Peut être, peut être mais ceci n’explique pas cela,

    – Si si si Sire, car pour subventionner les tavernes vous avez arrêté tous les frais de recherche,

    – Qu’à cela ne tienne, nos laboratoires sont à la pointe et notre savoir excellent,

    – Certes, mais à force de ne pas chercher, nos chercheurs n’ont pas trouvé,

    – Ne pas chercher, mais c’est complètement idiot, qui a eu cette idée là ?

    – Sire vous l’avez décidé et nous l’avons fait,

    – Bon, bon, mais alors comment avez-vous pu protéger nos gens ?

    – Nous les avons, Sire, enfermés derrière nos murailles,

    – Très bien, là au moins ils ne risquent rien,

    – Exactement Sire, à part de mourir ils ne risquent rien de grave,

    – C’est déjà ça, mais dites moi il faut bien être un peu bêta pour tomber malade,

    – Assurément Sire vous-même l’avez attrapé, souvenez vous,

    – Point ne m’en souviens maudit, mais je n’en suis pas mort,

    – C’est que les autres n’ont pas reçu vos soins Sire, ainsi qu’il est d’usage,

    – Diantre oui pourquoi donner des soins à qui n’est pas malade,

    – Bien sûr, Sire, mais un de nos adages peut nous servir de guide,

    – Aucun adage ne saurait m’échapper et que dit donc cette docte maxime ?

    – Qu’il vaut mieux prévenir que guérir, Sire, surtout quand on n’a rien pour soigner,

    – Où allez vous chercher tout ça, vous me donnez mal à la tête,

    – Cela va passer, vous êtes presque jeune, Sire, malgré les apparences,

    – En fait de jeunesse, est-ce que nos escholiers sont bien dans leurs études,

    – Oui Sire, ils regardent les images que nous leurs avons données,

    – Des images pieuses, excellente idée mon bon,

    – Non, Sire, les images de leurs professeurs car les universités sont interdites aux estudiants,

    – Mais que peuvent-ils bien faire des images de leurs professeurs ?

    – Oh Sire, ils imaginent l’enseignant en train de faire son cours,

    – Ah l’imagination quel bienfait, ainsi l’image leur suffit, palsambleu c’est parfait

    – Oui Sire, ils sont ravis de ne rien faire car vous leur avez aussi interdit les sorties,

    – Eh eh je vois que tout va bien et sachez que je m’en réjouis, cela me donne une idée,

    – Nous vous écoutons Sire et vous demandons surtout de ne pas trop vous fatiguer,

    – Qu’est-ce là, triple buse n’est il pas de mon rôle de m’occuper de mes sujets ?

    – Mais tout à fait, Sire, bien que nous redoutions parfois les idées qui vous viennent,

    – Or donc, mécréants, vous ne me demandez pas à quoi je pense justement,

    – Point n’osons, Sire, le ciel nous est si souvent tombé sur la tête que nous craignons,

    – Eh bien je pense que l’on pourrait donner à nos gens une image de moi,

    – Bien Sire, cela sera fait, votre Majesté trônera alors dans tous les foyers,

    – Ainsi nos gens pourront imaginer à loisir tout ce que j’ai à leur dire,

    – Il me semble, Sire, que vous vous exprimez déjà pas mal,

    – Ma parole est sans limite et ne fait jamais de vaines promesses,

    – Oui c’est vrai, Sire, tous vos discours sont un peu flous et assez vagues,

    – N’allez vous pas trop loin cher ami, je vous trouve un tantinet impertinent,

    – Pas besoin d’aller loin, Sire, vous êtes un peu partout,

    – Ah mais enfin qui êtes-vous donc pour vous permettre cela ?

    – Sire nous sommes le peuple et avons deux mots à vous dire, ou plutôt un : M…..

    Michel Costadau

  • Placements

    Placements

    Il y a quand même deux ou trois choses qui m’inquiètent en ce moment. Bien sûr la réouverture des restaurants, le plus tôt sera le mieux, mais avec eux je me méfie beaucoup, Et aussi tout cet argent que notre État emprunte pour payer des gens à ne rien faire ou pour arroser la santé. On peut dire que l’argent coule à flots sans que l’on sache vraiment ni d’où il vient, ni s’il faudra le rembourser. Bon, encore ça ce n’est pas trop grave.

    Ce qui me fait gros souci c’est la vitesse à laquelle les dépenses ont été faites sans le moindre contrôle citoyen. Y a trois gugusses qui ont des idées qui leurs passent par la tête et hop envoyez les milliards. Vous allez me dire que c’est pour le bien de la population, ouille, aïe, ouille c’est justement cela qui me fait peur. La bonne cause reste la plus vieille recette des arnaqueurs.

    Protéger la population, c’est exactement le slogan qui a permis de faire des guerres, des armes, des massacres. En plus, dans le cas présent, on nous protège contre nous-mêmes en fait, comme des gamins. Et ça, vous le savez, c’est la porte ouverte à toutes les dérives. Alors donc je redoute ce que pourrait être leur prochaine idée « pour notre bien ».

    Celà dit revenons sur la fontaine à euros dont ils ont ouvert le robinet. Ça fait longtemps que je vous dis qu’il y a trop d’argent dans le monde, trop d’argent dans certaines mains, sur des comptes en banque, trop d’argent en circulation. Le fait qu’il soit mal réparti n’est pas le problème. Mal réparti ça veut dire que certains en ont trop et d’autres pas assez. Pour ceux qui n’en ont pas assez  c’est simple il suffit de leur taper dessus avec l’argent de ceux qui en ont trop pour qu’ils se taisent. Le système est rodé. Voyez justement les restaurateurs.

    Non, le problème est que beaucoup trop de gens ne savent vraiment pas quoi faire de leur argent. Du coup ils angoissent comme des fous et les fous ça fait n’importe quoi. Par exemple, les crypto monnaies, les œuvres d’art, les fondations ou les bons d’État. Oui tout ça n’est que du déstockage du trop plein de monnaie. Ce sont les puits sans fond dans lesquels ils font tomber leurs billets.

    Cependant rien de bien intéressant dans les crypto monnaies sauf qu’il y en a surtout une qui cartonne, preuve s’il en fallait qu’il s’agit bien d’un placement. Quelle chance d’avoir cette envolée du prix, ça permet d’éponger pas mal de surplus.

    Les œuvres d’art sont évidement beaucoup plus porteuses. Il n’y a aucune raison qu’une peinture vaille des millions. Clairement ce sont ceux qui ont trop d’argent qui ont besoin que ça soit cher. C’est autant de casé. Surtout pour des œuvres qui dorment dans un coffre et qu’on ne voit jamais. La photo suffirait bien d’ailleurs. Oui le prix des œuvres d’art n’est absolument pas lié à leur qualité esthétique mais au placement qu’elles représentent. On ne peut pas parler de rareté, bien au contraire, il en faut beaucoup et beaucoup qui se ressemblent. C’est la même chose que dans le monde des livres. On ne donne jamais de distinctions à un auteur qui ne fait qu’un livre.  Sinon tout l’investissement pour le porter au pinacle perd sa rentabilité. Non un auteur primé doit faire beaucoup de livres, quitte à ce qu’on l’aide.

    Les fondations aussi sont bien commodes pour éponger les surplus. Et avec ça on peut devenir influenceur. De même, l’existence de centaines d’ONG n’est dû qu’au fait que l’on peut y caser beaucoup d’argent. Dans le genre, je viens de voir un trop riche qui va payer toutes les amendes des femmes pour le port du nikab en Suisse. C’est un malin celui-là.

    Et puis bien sûr les bons d’État. Les États empruntent sans problèmes car même si ça rapporte peu c’est une bonne manière d’utiliser son trop plein d’argent. Le seul défaut c’est que la BCE rachète pas mal de dettes des États c’est-à-dire rembourse le créancier et devient elle-même le créancier des États. Je dis le défaut parce que, une fois remboursé, celui qui a trop d’argent se retrouve avec encore plus d’argent dont il ne sait pas quoi faire.

    C’est cornélien.

    Michel Costadau

  • Trois chances

    Trois chances

    Comme vous le savez … ou ne le savez pas d’ailleurs, la chance passe trois fois au cours de la vie de chacun de nous. Attention la chance en question ce n’est pas gagner au loto ou éviter qu’une branche vous tombe sur la tête. Ca c’est le hasard, que l’on peut quelquefois encourager à aller dans le bon sens, mais contre lequel on ne peut pas grand-chose quand même.

    Non la chance dont je vous parle c’est quand votre route croise votre souhait le plus fort. Le truc quasi incroyable qui se produit comme par magie bien que vous sachiez que c’est presque impossible. Ce n’est pas un cadeau que vous recevez par la poste avec un petit mot gentil, non c’est plutôt une un arrêt sur image qui doit vous réveiller parce qu’il vous faut le saisir juste au moment où il passe. Et le plus dur c’est de comprendre que c’est justement en train d’arriver et que cette chance il faut la prendre, là, maintenant, tout de suite. Avant il n‘y a rien, après il n’y a rien.

    Seulement pour que ça marche il y a deux conditions minimum :

    d’une part que vous rêviez de quelque chose, que vous ayez une sérieuse envie plus ou moins secrète, genre que l’on ose à peine s’avouer mais qui vous remplit et éclaire votre visage chaque fois que vous y pensez. Pas du tout tombola ou erreur de la banque en votre faveur mais tout simplement une rencontre, un lieu, une lecture, un spectacle, un rêve.

    et d’autre part que vous ayez une grande vigilance, comme un état de veille permanent, d’affût, les yeux grand ouverts, justement pour la saisir au cas où elle passerait.

    La première condition implique d’être déjà un peu avancé dans la vie, d’avoir vu et fait suffisamment de choses pour être en mesure de savoir ce que l’on veut vraiment, pas un coup de pub, non la vraie envie perso. Ca ne concerne donc pas la jeunesse, ni la vieillesse d’ailleurs. La jeunesse trouve tout facile et découvre des bonheurs à chaque instant. La vieillesse ne cherche pas de nouveautés, se nourrissant au contraire du passé et de ses péripéties.

    La deuxième condition explique pourquoi une attention constante est nécessaire, parce que cette chance qui va vous arriver n’est jamais exactement conforme au rêve. Elle peut se présenter avec quelques caractéristiques que vous n’aviez pas imaginées. Ce n’est pas du tout un piège c’est juste que ce que vous offre la vie est organique et non pas le résultat d’un calcul arithmétique.

    Maintenant quand je dis que la chance passe trois fois ça veut dire très clairement que si vous manquez la première elle peut encore passer deux fois. Et si vous manquez la deuxième elle peut quand même arriver mais ça devient limite, bien que vous ne le sachiez pas.

    Il faut bien préciser qu’il ne s’agit pas de trois chances mais de la même chance qui vous est proposée trois fois. Et donc si vous la saisissez la première fois, il ne vous en reste pas deux mais aucune parce que vous n’en avez plus besoin vu que vous l’avez déjà attrapée.

    Maintenant si vous saisissez votre chance ça ne veut pas dire que votre vie va devenir une allée de roses et de violettes, eh non ça veut simplement dire que vous avez obtenu ce que vous vouliez.

    Et l’on finit toujours par arriver là où l’on voulait aller.

    Michel Costadau

  • Droits de l’homme

    Droits de l’homme

    Alors comme ça il y a les pays des droits de l’homme et les autres. Entendre, répété à tout bout de champ, que nous faisons partie des premiers me met extrêmement mal à l’aise. Nous voir exprimer notre supériorité dans ce domaine a quelque chose de malsain. Et encore plus quand est évoqué un bloc de pays exemplaires face à tous les autres.

    Déjà ce qui ne va pas c’est que ce sont les pays riches qui ont le monopole des droits de l’homme. Etrange non ? Il y a quelque chose qui coince comme un empilement de mensonges qui nous empêcheraient de penser autrement. Commençons.

    Et donc, au dire de nos communicants, nous faisons partie du monde libre. Gloups, pays libre mais à parti unique alors. Oui nous sommes un pays à parti unique. Non seulement le pouvoir et le parti unique ont la main sur toutes les institutions et l’opposition n’a voix à aucun chapitres, mais en plus nous nous moquons de ceux qui ont plusieurs partis pour gouverner, bien que ce soit clairement le vrai marqueur de la démocratie. Chez nous le président a son parti et le parti a son président. Ca fait un peu remake des ex-pays de l’Est, non ?

    En fait de mensonges l’époque est aussi à la révélation des mauvais traitements subis par les enfants dans nos sacro-saintes familles. Ca c’est comme un iceberg, la partie émergée est minuscule par rapport à la masse qu’il y a dessous. Et l’on découvre avec effroi que tout le monde savait et donc, soyons réaliste, que tout le monde sait tout ce qu’il y a en dessous mais ne dit rien. Chez nous c’est la version : droits de l’homme … contre les femmes et les enfants. Cette hypocrisie entretenue ne nous permet pas de donner de leçons à qui que ce soit. L’hypocrisie est même insupportable puisque nous commerçons ouvertement avec les pays qui selon notre propre discours sont non démocratiques et bafouent les fameux droits de l’homme. Cherchez l’erreur.

    Bref, en tous cas chez nous, le droit de manifester n’existe plus. Je ne parle pas du régime virus mais de la situation qui est devenue la normale. Les manifestations doivent être autorisées, leurs parcours déposés et approuvés. De plus même autorisées, les cognes et les RG sont toujours là. Pour faire quoi, à part rappeler qu’il n’est pas bien vu de manifester, c’est-à-dire de faire savoir son mécontentement, son opinion. Oui chez nous, pays des droits de l’homme, les opinions sont interdites. Circulez, y a rien à voir. Vous comprenez pourquoi ça me chagrine de voir ces bons apôtres se poser en donneurs de leçons.

    On retrouve, aussi, ce double discours dans les énergies. Le message est de faire croire aux gens que rouler à l’électricité c’est rouler sans polluer. C’est un nouveau mensonge puisque l’électricité, très majoritairement nucléaire, repose sur un réchauffement des nappes et des fleuves, sur le traitement,  le transport, le stockage de matières beaucoup plus dangereuses pour l’homme que le pétrole, et une présence militaire permanente en Afrique pour sécuriser l’approvisionnement. Appeler cela propre est vraiment honteux. Rouler à l’électricité c’est rouler avec des militaires sous le capot et un compteur radioactif dans le coffre. Et pour ce qui concerne l’hydrogène, ce n’est plus du mensonge c’est de l’arnaque. Alors quand le clown parle d’aider l’Afrique, pas la peine d’envoyer des vaccins, il faudrait surtout retirer notre armée.

    D’ailleurs la liberté est chez nous un mensonge de plus. Disons que notre modèle c’est la liberté par l’argent. Et il faut beaucoup d’argent pour commencer à faire ce que l’on souhaite. Pas d’argent = pas de liberté. C’est le cas général. Alors il y a des cases dans lesquelles on doit rentrer. La case à 600 € est évidemment tellement étriquée que personne ne peut y tenir. Celle à 1 200 n’est guère mieux sauf si l’on est seul et sans envies. Et si tu ne rentres pas dans une case, tu es séparatiste et finis en tôle. Finalement, seul naître dans un milieu favorable permet de s’en sortir c’est-à-dire de reproduire le modèle dominant. Vous croyez vraiment qu’il est question de liberté là dedans ?

    Clairement notre pays bafoue continuellement les droits de l’homme et pourtant le pouvoir veut nous faire croire que ce sont les autres qui ne les respectent pas.

    Ouvrez l’œil les gars, y a des menteurs dans le secteur.

    Michel Costadau

  • Prix

    Prix

    Je me suis posé une drôle de question sur la notion de prix : est-ce que toutes les choses valent le prix qu’on les paie. Oh pas du tout pour faire un numéro de plus d’une revue de défense des consommateurs, qui d’ailleurs défendent surtout la consommation. Non juste pour essayer de comprendre le mécanisme que joue le prix dans notre vie. Par exemple : est-ce que quand vous avez payé un kilo de sucre moins cher, vous avez fait des économies ? Certes la réponse n’est pas facile, parce que beaucoup de facteurs rentrent en jeu.

    Mais en y réfléchissant, j’ai découvert que la place du prix dans nos existences est ahurissante.

    Prix au mètre, moitié prix, canon, au kilo, à l’unité, de gros, d’ami, départ usine, ferme, avant remise, cassé, valses des prix, sans garantie, avant impôt, hors de prix, au litre, indécent, exorbitant, de départ, service compris, pas de prix, départ Rouen, premier prix, d’appel. Y en a que pour lui.

    En plus pour la valeur absolue des prix, il n’y a pas vraiment de rationnel. Pour moi il n’y a strictement aucune raison que le pain vaille 1€ ou 10€ le kilo ou que la vie humaine vaille moins de 50€ au Brésil.

    Mais relativement on peut se poser des questions.

    Les économistes essaieront d’expliquer que la valeur, la rareté, l’offre font le prix. A vrai dire, ils peuvent dire ce qu’ils veulent, ça n’a aucune importance et surtout aucun rapport avec des connaissances ou des démonstrations scientifiques. L’économie est une activité humaine comme les sentiments et n’a donc rien d’une science.

    Bien sûr certains calculs de prix reposent sur des méthodes et des paramètres et donnent lieu à des tas de logiciels. La rédaction d’un devis est d’ailleurs la pierre angulaire des artisans et des entreprises.

    Et à la fin qu’est-ce qu’on a : un prix. Que l’on peut du coup comparer à d’autres prix souvent sans comprendre pourquoi ils peuvent être différents puisque en définitive il s’agit du même produit ou de la même réalisation.

    Pour corser le tout, il y a beaucoup de choses gratuites qui ont un prix, par exemple l’eau, le pétrole ou le miel. Dans ces cas-là ça devrait être presque donné à l’utilisateur. Ce n’est hélas pas le cas et bien au contraire ce sont les producteurs et les compagnies qui font la loi. Aujourd’hui quand nous regardons quelque chose, nous nous intéressons d’abord à son prix.

    Les restos sont hélas fermés, mais la première chose affichée c’est le prix du menu. Le prix est le premier marqueur de nos réflexions. Depuis 50 ans les usines à consommation nous roulent dans la farine avec une soi-disant bataille des prix. Mais la réalité est sans appel : ce qui est moins cher est de moins bonne qualité. Le prix est un très mauvais paramètre de décision. Mais il est facile à afficher et garde un caractère attractif.

    Mon idée n’est pas de demander à tout le monde d’oublier les prix, même les riches et peut-être surtout les riches se font avoir. L’idée c’est, par exemple, de dire qu’il y en a marre de la baisse continue de la qualité pour continuer à entretenir un discours paternaliste sur le pouvoir d’achat.

    L’idée aussi c’est de dire que le prix que nous payons pour le virus est insupportable. Mais le pouvoir a trouvé là une martingale qui gèle toute contestation et ça n’a pas de prix.

    Michel Costadau

  • Le complot

    Le complot

    La mode du complot a le vent en poupe, c’est le moins que l’on puisse dire. À preuve, tous les Français sont traités de complotistes sous prétexte qu’ils n’écoutent pas la bonne parole venue d’en haut. Mais attention il y a des subtilités dans les notions.

    Quelqu’un qui pense que sa banque a fait exprès de lui consentir, à lui et à quelques personnes de sa famille, un prêt pour pouvoir le mettre à découvert afin de percevoir des agios élevés est plutôt dans le registre de la théorie du complot. Mais si cette même personne pense que les banques vendent de l’argent à des gens qui n’ont pas forcément les moyens de l’acheter c’est-à-dire de le rembourser, alors elle est plutôt dans le registre de la contestation du système financier.

    Il s’agit bien sûr de la même chose et ce n’est pas la manière dont on le dit qui fait la différence, mais le rôle que l’on s’attribue, la manière dont on se perçoit au sein de la société. La différence vient de l’idée que l’on est un objet ou un sujet.

    Cela dit, il est incontestable que les dirigeants, qu’ils soient économiques, politiques ou religieux, donnent souvent à penser qu’ils n’arrêtent pas de monter des complots les uns contre les autres. Ce qu’ils  sont capable d’imaginer pour se nuire et nuire à la population est assez inimaginable. Et donc quand des citoyens prêtent à d’autres personnes des projets machiavéliques ou évoquent des forces occultes pour expliquer des évènements, ils ne font qu’imiter les donneurs d’ordre. D’où le syndrome. Mais alors comment ne pas tomber dedans.

    Il y a, pour schématiser, deux situations possibles :

    – La personne se sent complètement impuissante devant les cahots de la vie, comme en bas d’une pyramide échafaudée au-dessus d’elle et dont le poids l’écrase. Elle se ressent comme un jouet de la société n’ayant aucune aptitude à faire quoi que ce soit, presque comme inutile. Elle est alors encline à trouver des mécanismes de fuite, des fissures pour pouvoir respirer. L’édification de ces lignes de fuite utilise alors tous les matériaux imaginable ou pas. Surtout ce qui est inimaginable, car cette échappée a pour but de donner un rationnel à son impuissance. Là est le mécanisme de la construction des croyances. De plus ce mécanisme se trouve renforcé quand ce sentiment est partagé avec d’autres personnes ressentant la même sujétion. C’est à ce moment-la que toutes les portes sont ouvertes pour se croire entouré de complots. Trump battu : complot des démocrates. Virus fabriqué en laboratoire : complot chinois. Le départ de sa femme : complot de la belle famille. Les gilets jaunes : complot de Le Pen.

    – La personne est complètement impuissante devant le chaos de la vie, mais comprend qu’il y a un fonctionnement global qui ne la vise pas elle particulièrement, mais tout le monde.  Elle sait qu’elle fait partie d’un édifice social mais peut se penser indépendamment de la société et se voir comme si elle était un observateur extérieur. Elle peut du coup voir aussi le monde qui l’entoure et même porter des jugements sur ce qu’elle voit. Ce regard extérieur que l’on peut porter sur soi est le sésame et la clé de la vie en société, car les choses que l’on ne fait pas ne sont pas liées à de l’interdiction ou de la punition, mais au rejet de l’image de soi se voyant faire ça. Cela permet le refus du passage à l’acte : tuer, violer, torturer et croire sans savoir.

    Tiens au fait est-ce que vous savez qu’il y a une immense armée sur la face cachée de la lune, prête à nous attaquer. En plus elle est commandée par un ancien pharaon  qui n’a jamais perdu de bataille.

    Michel Costadau

  • Immunité

    Immunité

    Les mouvements lents sont évidemment bien plus difficiles à percevoir que les cataclysmes. C’est vrai pour le réchauffement qui monte tout doucement ou pour la pollution qui est loin d’être partout sensible. La vie politique n’échappe pas à cette règle mais, heureusement, il y en a qui suivent et essaient de détecter les petites et continuelles dérives. Et il y en a une, d’évolution, qui est assez sournoise, c’est la respectabilité des élus.

    Autant, à l’époque de la république romaine, il était fréquent d’aller chercher un inconnu particulièrement intègre pour gouverner, autant nous avons de nos jours l’immunité accordée à tous les élus nationaux. C’est une mesure particulièrement contreproductive puisque au lieu d’encourager les édiles à être irréprochables, elle protège leurs méfaits, passés, présents et avenir.

    A tel point qu’aujourd’hui il ne viendrait à l’idée de personne de dire qu’il n’y a pas quelques magouilles derrière chaque élection et donc une ombre sur tous les élus.

    Cette idée de protéger les élus des plaintes dont ils pourraient faire l’objet est une idée …… des élus. Aucun citoyen n’a jamais demandé une telle mesure mais quand on a le pouvoir de faire des lois, pourquoi se priver.

    En fait, l’attente naturelle des citoyens est d’avoir des représentants d’une irréprochable probité, intègre et faisant leur travail avec zèle et application. Cela a d’ailleurs été vrai dans les premières républiques et à certaines époques. De nos jours, il est clair que pour défendre les citoyens, car c’est leur rôle, les élus devraient être indemnes de toute collusion avec les affaires, n’avoir aucun lien avec quelque lobby que ce soit et ne pas placer à tous les postes leurs copains, voire leur famille, et réciproquement. Alors comment encourager et obtenir cela.

    Il n’y a pas trente six solutions : il faut punir ceux qui ne respectent pas cette règle. Il convient donc de supprimer toute immunité électorale. Ainsi peuvent être éliminés de la vie politique les bandits et laissés aux manettes ceux qui respectent les règles. Au lieu de cela nous avons le contraire, c’est-à-dire que ceux qui manquent de probité ne peuvent être attaqués et donc sanctionnés car protégés par leur immunité. Nous acceptons donc d’être gouverné par des bandits qui ne risquent rien et sont même encouragés à continuer leurs agissements.

    Bien sûr, les entreprises nous ont habitués à ce que des bandits fassent du bon travail pour les actionnaires. Mais le monde de l’entreprise n’est pas celui de la politique. Ou plutôt ne devrait pas, car aujourd‘hui ce sont les mêmes partout. Il y a un gros problème.

    Et récemment l’opinion a trouvé une parade à cette situation abusive, c’est la divulgation sur les réseaux. Evidemment ces contre-infos ne sont pas passées par le filtre de la justice et comportent donc des jugements abrupts plus moraux que légaux.

    Du coup nous voilà avec des politiques entourés de rumeurs et d’insinuations. Bigre, mais de leur côté cette manière de dénoncer leurs errements leur a bien sûr donné des boutons et pour contrer cette justice de la rue ils ont inventé le ..… complotisme. Eh oui.

    Tout ce qui ne reprend pas la version du pouvoir est qualifié de fausse nouvelle. Et le pouvoir ne risque rien derrière son rempart d’immunité, alors que celui qui dénonce a droit aux fourches caudines. C’est pas juste.

     

    Michel Costadau

  • La cheminée

    La cheminée

    Pour faire un bon feu il faut trois bouts de bois, tout le monde sait cela. En fait c’est surtout vrai dans la steppe ou la pampa, c’est-à-dire en pleine nature. Parce que pour un bon feu dans la cheminée à la maison, deux bouts de bois suffisent largement. Deux ou trois on ne va pas se battre, mais dans la cheminée il y a, en général, un côté occupé par le mur auquel elle est adossée. La géométrie du foyer est donc affectée et crée un axe parallèle à ce mur. Dans ce cas-là deux bûches posées l’une contre l’autre sur les chenets entretiennent une bonne flambée.

    Par contre là où le trois s’impose quelles que soient les conditions, c’est pour le démarrage ou l’allumage si vous préférez. La technique habituelle consiste à construite un mini tipi ou une mini yourte avec des bouts de bois assez fins et secs pour prendre feu facilement et une petite source de flamme en dessous. Seulement pour faire tenir deux bouts de bois l’un contre l’autre c’est pas fastoche, alors que trois branchettes tiennent facilement en pyramide chacune s’appuyant sur les deux autres. D’ailleurs le début de la construction  du tipi c’est trois perches ligotées ensemble en haut et que l’on pose en triangle comme base, toutes les autres venant d’appuyer dessus pour former un cercle circonscrit au triangle. C’est comme ça que les tipis sont ronds.

    Le trois est nécessaire aussi pour le feu de plein air. Certes il est possible de mettre des pierres pour tenir lieu de chenets, mais outre que l’on n’en dispose pas toujours, le plus efficace est d’utiliser trois branches comme pour l’allumage, afin de maintenir une circulation d’air à la base du feu. Car le secret du feu c’est l’air.

    Le feu consomme une quantité incroyable d’air et bien sûr une quantité incroyable de bois. Je ne vous parle pas des incendies de forêts mais des tas de branches que l’on peut faire disparaître en quelques heures. Certes le frêne, même vert, brûle facilement mais une fois que le feu est bien démarré tous les arbres, y compris de chêne se consument tout en crépitant bruyamment signe que l’eau qu’ils contiennent se vaporise. Alors, bien sûr il y a les souches, ça c’est plus difficile à brûler en vert car la masse offre une résistance à la chaleur et il n’y a pas grand-chose à enflammer. Clairement l’entretien du feu dans la cheminée c’est un peu comme pour les centrales nucléaires, il faut lancer la réaction et ensuite la contrôler pour obtenir une lente combustion produisant une douce chaleur. Ceux qui disent que toute la chaleur part dans le conduit de cheminée sont simplement en train de constater un trop fort tirage. De même une cheminée qui fume, sous-entendu dans la pièce, montre seulement qu’elle ne tire pas assez.

    Certes le tirage n’est pas facile à ajuster car il y a des facteurs simples, comme la hauteur de la cheminée au dessus du toit, plus c’est haut plus ça tire, et des facteurs plus compliqués comme le volume de l’âtre par rapport au volume de la pièce qui est un concurrent direct du tirage de la cheminée. Et qui n’a pas vu dans les chaumières une bande de tissus ornés souvent de quelques pompons, tendue entre les deux montants de la cheminée dont la vocation, outre de moins se cogner la tête, est en principe d’éviter que la fumée ne rentre dans la pièce.

    Preuve une fois de plus qu’il n’y a pas de fumée sans feu et réciproquement.

    Michel Costadau

  • Migration

    Migration

    Le règlement de Dublin sur le droit d’asile européen est l’exemple même de l’effet contre-productif d’une initiative politique, c’est-à-dire d’une mesure prise dans un but donné et dont le résultat a l’effet inverse du but recherché. En l’occurrence le but était que chaque émigré ait un dossier et un seul en Europe. Il a donc été convenu que c’est le pays dans lequel ils arrivaient qui établissait leur dossier. Mais sans obligation de la part de ce pays de les accepter et sans tenir compte du pays cible du demandeur. Le résultat a été que le nombre de clandestin a explosé, les émigrés cherchant à se faire enregistrer dans le pays cible, en général le RU et l’Allemagne et non dans celui d’arrivée, en général l’Italie ou la Grèce.

    Tout ça pour dire que, partis il y a très longtemps des montagnes du centre de l’Afrique, les petits groupes d’hommes lancés à la conquête de la planète en ont maintenant  largement fait le tour et sont logés dans 196 États.

    La migration libre a été le mode de fonctionnement des hommes pendant quelques millions d’années. Ce type de migration de peuplement s’est bien ralenti avec l’avènement des empires il y a presque 10 000 ans mais s’est continué doucement jusqu’à il n’y a pas très longtemps, avec la colonisation et l’envahissement de tous les continents.

    Et pourtant il y a toujours des migrants me direz-vous. Oui, mais comme tous les endroits de la terre sont maintenant occupés, les migrations actuelles sont exclusivement économiques, politiques ou climatiques.

    Il subsiste cependant encore des survivances de cette longue conquête et de l’installation de groupes humains ou tribus sur un territoire ou pays. Et même certains États sont encore aux mains d’une seule tribu qui n’a pas encore compris que la terre appartient à tous les hommes et pas seulement aux conquérants.

    La notion de régions attribuées, par on ne sait quel ordre divin, à un groupe humain n’existe pas. C’est une pure invention d’envahisseurs qui n’hésitent pas à déloger les primo-occupants, quitte à se faire déloger eux-mêmes par de nouveaux arrivants et ainsi de suite.

    La conquête de territoires vides qui était vraie il y a très longtemps, quand il y avait bien peu d’hommes sur terre n’est plus possible et n’a plus de sens. C’est pour cela que certains s’intéressent à la Lune ou à Mars, mais pas avec de bons sentiments, hélas.

    Il est quand même étrange qu’après des milliers d’années de vie entre eux, les hommes, n’aient pas fait émerger un modus vivendi basé sur la notion de bien commun, de respect et de partage. Aujourd‘hui, et peut-être encore plus qu’hier, les hommes ne se respectent  pas entre eux. Ils ne se sentent aucune fraternité avec leurs semblables. En tous cas ça ne transparaît pas dans leurs comportements.

    Il faut dire qu’il n’y a pas grand monde qui essaie de mettre en musique ces notions élémentaires. Personne n’œuvre dans le sens de la cohabitation et de l’entente, mais plutôt de la domination et de l’extermination. Il faut dire que c’est beaucoup plus facile : la guerre est la solution des faibles et des courtes vues. Les philosophes pourraient, devraient être là pour enseigner l’égalité de tous et donner à l’humanité son mode de fonctionnement. Mais ils ont disparu. Et du coup c’est nous qui risquons de disparaître.

    Michel Costadau

  • Individus

    Individus

    Comme prévu, le brexit ne change finalement pas grand-chose pour les citoyens, sauf quelques frais de plus, ni même pour les entreprises, en tous cas pour le moment. Par contre une nouvelle situation est créée et c’est elle qui va dérouler ses conséquences dans les mois qui viennent. Bien sûr il y a pas mal d’inconnu sur ce que peut devenir le RU mais en attendant, que tout le monde se réjouisse fait seulement partie de la règle du jeu, de la façade, mais ne peut cacher la position complètement asymétrique des protagonistes. Le RU a obtenu son indépendance mais l’Europe a subi un départ et les US et la Chine ont un cheval de Troie sur le vieux continent.

    A court terme le RU s’attend, quand même, à des jours difficiles pendant quelques années alors que l’UE n’annonce aucune répercussion pour ses ressortissants, ce qui est un peu surprenant.

    Mais au fait pour quoi le RU a-t-il quitté l’UE ?

    Je suppose que vous avez votre idée là-dessus que j’aimerais bien connaître d’ailleurs. Car outre le petit côté amour-propre des anglais, on ne voit pas très clairement quel vent a pu les pousser à prendre ce chemin. Et pourtant ils y sont.

    Bon, pour moi la principale raison est la prise en compte que ce ne sont plus ni l’Europe, cela depuis longtemps, ni les US, plus récemment, qui font avancer le monde, mais l’Asie. L’Asie a rattrapé les occidentaux sur leur terrain de prédilection : la technologie.

    N’oublions surtout pas que c’est la technologie qui a permis la colonisation par son avantage sur les techniques traditionnelles, qui alimente encore complètement la société de consommation et qui permet aux chantres du capitalisme de prôner la fuite en avant pour résoudre tous les problèmes.

    Vous le savez, on ne compte plus les produits qui viennent de Corée, de Chine, du Japon, du Vietnam et demain d’Indonésie de Malaisie et des Philippines. Les investisseurs asiatiques sont présents partout et un accord assez souple vient même d’être signé entre l’UE et la Chine.

    Alors que faire contre ce raz de marée. C’est exactement la question que s’est posé le RU.

    Et la réponse est : surtout ne pas rester dans le carcan administratif  communautaire mais gagner un maximum de flexibilité, de réactivité, d’inventivité.

    Oh il ne s’agit pas de reprendre la Chine sur le terrain technologique, c’est déjà perdu, mais de s’inspirer de l’esprit asiatique, dans lequel ce n’est pas la réussite individuelle qui compte mais la réussite collective. C’est vrai que pour cela le RU a quelques atouts, avec la honte de la royauté vécue comme une gifle collective donnée au reste du monde.

    Concrètement toutes les normes qu’a inventées l’UE pour essayer de labéliser ses produits, se retournent maintenant brutalement contre elle, comme autant d’obstacles à la créativité et l’on vient de découvrir que l’estampille CE n’avait aucune valeur puisqu’auto-décernée.

    C’est la proximité avec l’Asie que va chercher le RU, pas seulement  pour l’économie mais aussi pour le modèle social. L’idée étant que c’est comme vivent les Chinois que va vivre le monde et non comme vit l’Europe, tas de vieux croulants incapables de faire face au moindre virus. La fixation de l’UE sur l’encensement de l’individu a un aspect sympathique pour les droits, mais un coté mortel pour les sociétés. D’une certaine manière le RU travaille pour nous en explorant un renversement de mentalité dans les rapports individu/société.

    Mais vous le savez déjà la générosité des Anglais est assez limitée. Et la note sera sûrement salée.

    Michel Costadau