Auteur/autrice : Michel Costadau

  • Refondation

    Refondation

    Ca y est le fossé est creusé et la tranchée s’élargit entre les gouvernants et la population. Oui les manifestations actuelles sont portées par une grand nombre de citoyens, les marques de soutien sont constantes et visibles et pas seulement sur les voitures, mais tout ça n’est que le résultat des nos dernières élections désastreuses.

    Car cette espèce d’hébètement, pour ne pas dire d’abattement, que nous connaissions depuis un an était surprenant. Du coup ça fait du bien de voir que le clivage existait et que la grogne est sortie parce que trop c’est trop. Il y a un mouvement, il a du souffle et les signes d’une base populaire sont patents.

    N’étant jamais aussi bien servi que par soi-même je me décerne une toute petite contribution à l’émergence de ce  ras-le-bol avec mes billets d’humeur et de réflexion. Alors continuons à réfléchir. Je ne vais pas parler de la situation des manifestants, ils se débrouillent très bien, je vais parler de la situation des politiques.

    J’ai déjà dit et beaucoup d’autres avec moi que notre système électoral est vicié à la base par la création de majorités artificielles. Le programme de nos présidents ne dispose, en fait, que des votes qu’ils ont recueillis au premier tour avec une plus ou moins grande avance sur le ou les suivants. Jusqu’à présent, le candidat de tête avait pas mal de points de plus que son concurrent et les autres étaient loin. A la dernière élection, on avait quatre candidats au coude à coude, entre le quart et le cinquième des votes. Ca veut dire que les deux qualifiés pour le deuxième tour ne représentaient même pas la moitié des électeurs. Et encore ça c’est la partie émergée de l’iceberg. Parce que la réalité brute c’est que l’élu  a plus des ¾ des électeurs contre lui. C’est un minoritaire  et même ultra-minoritaire.

    Je dis donc que Philippe Macron avait d’entrée de jeu un handicap de représentativité énorme. Ca aurait du lui dicter une politique encore plus de consensus que ses prédécesseurs qui avaient pourtant une meilleure légitimité.

    Mais bien au contraire il a cherché le clivage.

    D’abord en demandant une majorité présidentielle au parlement. On a déjà connu cela et le résultat a été une nouvelle assemblée de godillots, complètement coupés de base électorale ancrée dans le terrain, c’est à dire les gens. J’ai le sentiment que cette fois la leçon a été enregistrée dans la population et que ça ne se reproduira pas.

    Ensuite, en formant un gouvernement de technocrates. Car il ne faut pas confondre société civile et copains de promos. Les choisis étaient des inconnus pour nous, mais pas pour eux, au contraire. Presque uniquement des personnes issues de la haute administration ou des entreprises. Certes il y a eu quelques récompenses pour les politiciens qui avaient changé de camp en cours de campagne, genre Bayrou, mais ça a été très limité. Et voilà que ces heureux élus se mettent à faire la seule chose qu’ils connaissent : la mesurette. On en a déjà parlé on n’y revient pas. Mais le résultat c’est l’incompréhension et la stupeur. Le diesel en est un excellent exemple.

    Enfin, en pratiquant une politique purement financière. La lutte contre le réchauffement, la pollution ou la casse sociale ne se fait pas à coup de taxe d’habitation, de prix de la tonne de CO² ou des taxes sur les carburants. Certes il ne faut pas augmenter les impôts, mais les Français ont d’abord besoin qu’on les considère, qu’on leur donne une école, une justice et une police à leur service, faits pour tous, au service de tous. Nos citoyens ont besoin qu’on ne leur reprenne pas d’une main ce qu’on leur donne de l’autre. Nous ne sommes pas des animaux. Nous voulons un peu de considération.

    Alors pour Philippe Macron, la messe est dite. Qu’il parte ou qu’il reste c’est fini, il ne fera plus rien que du mal, alors autant qu’il s’en aille. Mais pour les autres, je leur demande de faire ce que la population est en train de leur montrer. Qu’ils se mettent au service des électeurs, qu’ils fassent cause commune avec les citoyens. Insoumis, RN, gauchistes, souverainistes, communistes, montrez que vous pouvez travailler ensemble, car c’est ce que le peuple demande et a déjà commencé. Finis les anathèmes, les cordons de sécurité, les pactes républicains. L’heure est à la refondation. Nous, nous sommes prêts, mais attention nous pourrions avoir l’idée de nous passer de vous.

    Michel Costadau

  • News

    News

    Rien ne va plus, ça grince de partout, les rustines ne tiennent plus, le Boul’mich est sur les Champ’s, les migrants errent dans les rues, les usines ferment les une après les autres, le pays s’en va à vau-l’eau….. mais en musique et dans une certaine indolence car les médias occupent toute la place de ce que nous appelions la démocratie.

    Et en fait de médias, d’après vous, pourquoi notre classe politique s’intéresse tant aux fake news. Vous savez, faire courir un bruit, fabriquer une fausse information, produire un sondage truqué ou raconter des mensonges, y a pas de quoi fouetter un chat, c’est notre quotidien depuis longtemps, aussi bien pour la consommation que pour la politique. On est habitués.

    Alors pourquoi cette soudaine phobie pour les fausses nouvelles. Oui pourquoi ? Ah bon vous donnez votre langue au chat !

    Ok, ok la réponse c’est tout simplement que nos gouvernants actuels sont uniquement un produit fabriqué par les médias et donc ils ne souhaitent pas que l’on puisse saper leur piédestal.

    J’explique.

    Clairement, nos dirigeants ont été élus à la suite d’une convergence médiatique entièrement à leur service : strictement aucune critique, rien que du positif, de l’empathique, de l’envie alors que les autres ont été questionnés, disséqués, massacrés continuellement. Un véritable  hold-up médiatique.

    Peut-être avez-vous un peu oublié cette période. Mais même si vous ne vous en souvenez pas, il suffit de regarder le comportement actuel des médias qui continuent de porter le gouvernement à bout de bras. Aucun média ne dit que Philippe Macron heurte la sensibilité de ¾ des français, non le message véhiculé est que la France attend avec impatience ses propositions, ses orientations, ses décisions. Personne ne dit que maintenant tout le monde paye la taxe d’habitation alors que c’est sa suppression qui a été annoncée. Ce sont les médias qui inventent son pouvoir. Philippe Macron ne tient son pouvoir que des médias.

    Bien que ce soit impossible, je dis que si les médias arrêtaient, ne serait-ce qu’un mois, de faire la pub des politiques, ils deviendraient des zombis comme Tapie ou Bayrou et on pourrait parler un peu de la vraie vie. D’ailleurs les manifestants ne s’y trompent pas, ils n’aiment pas ces télés toujours sur le vif qui diffusent en boucle des images de blocages, de barrages, de casse sans jamais transmettre les discussions entre automobilistes, sans jamais prendre le parti des révoltés, des victimes, des vaincus. « Les violences comme si vous y étiez. » On ne les aime pas……..oui mais il n’y a qu’eux.

    Le seul pouvoir qu’a Philippe Macron c’est de faire tourner la machine médiatique. C’est une Miranda Priestley et les médias en ont besoin. C’est un produit qui, comme tout produit, a son cycle de vie. Philippe Macron et Trump sont encore dans la phase produit phare. Par contre Merkel et Ghosn sont dans la phase fin de vie.

    Vous allez me dire mais qui a inventé le produit Philippe Macron ? Oh ! vous n’avez pas une petite idée, pourtant vous devriez, ça fait deux ans que je vous l’explique. Ben oui la finance, qui possède les banques, qui possède les médias, qui possède les institutions, oui nos chères institutions ne sont qu’un rempart pour les forcenés du PIB. Elles ne protègent qu’eux.

    Vous connaissez pas la dernière : le seul souci du gouvernement devant la grogne populaire c’est de permettre aux magasins et aux entreprises de rattraper le PIB que le peuple aurait fait perdre : ouverture le dimanche, chômage technique rétroactif, réparations. Non je ne rêve pas, c’est la réalité.

    Alors il est impératif de réinventer la démocratie et il me semble que beaucoup de gens ont des idées de ce que ça pourrait être.

    Seulement nous sommes en prison dans nos écran de télé.

    Michel Costadau

  • Optimisme

    Optimisme

    Il semblerait que mes billets ne rayonnent pas d’optimisme et de joie de vivre. On pourrait presque dire que je ne vois que le mauvais côté des choses. Et certains auraient même l’impression que je ne propose rien de concret et que j’estime que toutes les actions sont vouées à l’échec. Bigre.

    Qu’y a-t-il de vrai là dedans ?

    D’abord je ne crois pas que toutes les actions soient inutiles, pas du tout, mais il faut quand même appeler un chat un chat. Nos conquêtes politiques se résument au programme du candidat à la présidence, qui, une fois élu, applique ses « promesses ». Alors, oui, dans les conditions de travail il y a des avancées sur la pénibilité, les formations, la protection ou la mixité. C’est vrai mais cela ne concerne que les entreprises traditionnelles et encore pas les petites.

    Parce que le plus grand taxi du monde Uber n’a ni voitures ni salariés, le plus grand loueur d’appartements du monde Airbnb n’a ni salariés ni appartements, le plus grand livreur de pizzas du monde Deliveroo n’a ni pizzas, ni vélos, ni salariés et Blablacar n’a ni chauffeurs ni voitures. On peut donc dire que d’un côté il y a les salariés classiques avec une certaine protection : fonctionnaires, employés de Total, Airbus, Renault and co, professions libérales statutaires : médecins, avocats et Cie  et de l’autre côté il y a les précaires et les jetables. Ceux-là sont de plus en plus nombreux, de plus en plus à la limite de la pauvreté. Je ne suis pas sûr que l’on puisse appeler cela des conquêtes sociales.

    Et en face de cette situation, le discours des politiques est de moins en moins crédible. Vouloir en même temps défendre la voiture électrique et la suppression du nucléaire n’a non seulement aucune logique mais est en plus particulièrement trompeur, puisque le bilan global de la voiture électrique est loin d’être positif. Et je ne parle pas des hybrides qui elles sont carrément doublement polluantes.

    D’ailleurs on peut dire que  nos dirigeants sont figés dans le modèle économique du début du XXe siècle : pétrole, moteurs, autoroutes. On dirait que l’automobile est leur seule feuille de route. D’ailleurs une des premières mesures de Macron a été la vitesse à 80, ensuite le retour à l’essence, puis le tout électrique, ensuite le bannissement du diesel, puis l’interdiction des voitures en ville et maintenant les taxes sur les carburants routiers ou non-routiers. Quand s’intéressera-t-il aux cargos, aux avions et aux usines ?

    En plus, toutes ces mesures n’ont pas de bonnes justifications. La vitesse à 80 a permis de s’habituer à ne ralentir qu’au niveau des radars. Le retour à l’essence c’est choisir le CO² contre les particules, bannir le diesel c’est ignorer les filtres et la faible consommation des véhicules au gas-oil, la taxe sur les carburants, c’est prendre les automobilistes en otages.

    J’ajoute pour ceux qui n’auraient pas bien compris le mécanisme, que la dissuasion par les prix pénalise uniquement ceux qui ont peu de moyens. Attaquer le Français au portefeuille c’est attaquer seulement les plus démunis. Vous savez, ou pas d’ailleurs, que c’est la règle des pourcentages : 20 € de plus sur un plein ça ne fait pas pareil sur une fiche de paie de 1200 € que sur une de 6000 €. Ca fait même 5 fois plus. Alors, que ceux qui proposent le diesel à 3 € le litre ou plus pour diminuer la pollution se taisent, car les seuls qui rouleront moins seront les précaires avec leurs voitures, vieilles, polluantes et mal chauffées. Les autres rouleront comme avant avec en plus la bonne conscience.

    Alors effectivement mes billets ne sont pas très réjouissants mais de quoi voulez-vous vous réjouir en fait ?

    Michel Costadau

  • Casting

    Casting

    Il y a quand même comme un petit problème avec Macron. Une espèce d’évanouissement qui est le contraire du personnage. Cette figure triste et toujours seule a été marquante mais commence à faire un peu isolée. Et maintenant chaque initiative est une occasion de trébucher, de flotter et de tomber dans la rubrique Jours de France des médias. Que Hollande ait eu droit aux bonnets rouges, c’est pas glorieux mais c’était contre les vieux démons socialistes au pouvoir. Mais que les gilets jaunes arrivent un an après les élections c’est un peu dérangeant. Tout le monde sent que l’on ne devrait pas en être là. Ca ne devrait pas se produire. Il y a un problème de scénario.

    En fait ce n’est pas un problème de scénario c’est un problème de casting.

    C’était pas le bon. En votant pour Macron vous n’avez pas voté pour un homme politique mais pour un haut fonctionnaire de la glorieuse Administration française.

    Et ça fait une sacrée différence. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un haut fonctionnaire, ça ne m’étonne pas, c’est pas dans nos relations. Un haut fonctionnaire c’est un intouchable, pas au sens des castes, non plutôt un inaccessible. Ils ont, à leurs yeux, le privilège de faire marcher le pays. Mais ce ne sont pas des hommes politiques.

    C’est vrai que, depuis Charles, nous ne sommes pas gâtés du côté des hommes politique. A part quelques bribes chez Chirac, nous n’avons eu que des narcissiques ou des arrivistes sans épaisseur. On explique. Un homme politique n’a pas d’amis, il surfe sur les uns et les autres pour continuer à concrétiser sa vision de la société. Un haut fonctionnaire au contraire a beaucoup d’amis et tout son travail consiste à les satisfaire et à leur maintenir de bonnes places.

    Un homme politique n’a pas de programme mais des convictions qu’il défend quelle que  soit la situation. Un haut fonctionnaire n’a aucune conviction, n’a pas d’idées force qui le font bouger. Au contraire, il est formaté pour appliquer le programme des puissants dont il est le serviteur indéfectible.

    Un homme politique a un charisme, c’est-à-dire une empathie avec la population qui, en général, ne comprend pas les plus aisés. Ceux-là ont déjà tous les avantages : moyens, culture, relations. Alors ils se débrouillent très bien sans coup de pouce public. Mais un haut fonctionnaire est froid comme une directive, apprend à ne pas avoir de sentiments, ça obscurcit la vue, et la population ne comprend pour lui que les plus aisés qui sont les seuls avec lesquels il parle. D’abord parce qu’ils ont accès à lui, et ensuite parce qu’ils expriment des demandes en monnaies sonnantes et trébuchantes. Et c’est le seul langage qu’il connaît.

    Un homme politique se sent investi de la mission de servir le pays et il fait un maximum pour installer des améliorations ou supprimer des inégalités. C’est pour ça et comme ça qu’il est utile au pays. Un haut fonctionnaire ne se sent investi d’aucune mission, car il n’est pas au service du pays mais des institutions, qui, tout le monde le sait sont le rempart des riches. Son seul mode d’action c’est ma mesurette. La mesurette c’est 10 gr de mesure populaire qui cache 10 kg de boni pour la classe dominante. C’est imparable.

    D’ailleurs souvenez-vous : la première mesure de Macron a été de faire adopter par ordonnance les lois travail. Mesurette inutile, inefficace et non démocratique. Inutile  : beaucoup de temps perdu en parlottes et pseudo-consultations ; inefficace : aucune embauche supplémentaire et donc chômage croissant ; non démocratique : gifle au parlement qui a très bien pris ça puisque ayant parfaitement conscience de ne servir à rien.

    Alors je le répète, cette erreur de casting laisse à penser qu’il y a pas mal de chances qu’il ne finisse pas son mandat.

    Michel Costadau

  • Cinquante euros

    Cinquante euros

    Il est communément admis que nous vivons dans le siècle du progrès, de la paix et dans une civilisation évoluée et moderne. Moderne je veux bien le croire, parce que ça ne veut rien dire, mais pour le reste j’ai des doutes. L’idée de base que propagent les médias c’est que nous sommes sortis de la barbarie et que nous avons atteint un nouvel état dans le respect de la personne humaine, qui rompt avec les temps anciens.

    Certes les anciens temps nous ont toujours été dépeints comme particulièrement primaires dans tous les domaines en particulier, et c’est ça qui m’intéresse, dans celui de la barbarie.

    Il y a des routes bordées de piques sur lesquelles sont fichées les têtes coupées des ennemis. Il y a le cortège des généraux vainqueurs suivi du flot des prisonniers conduits directement au marché aux esclaves. Il y a les bûchers sur lesquels grésillent les hérétiques, les envoûtés, les idolâtres, les sodomites. Il y a la lourde barre de fer qui tombe sur le brigand attaché sur la roue de charrette de la place publique. Il y a les hordes asiatiques déferlant sur les villages et éventrant la population pour leur dévorer le cœur al dente. Il y a les vierges immaculées, déchiquetées par les lions et dévorées par les tigres devant une foule enthousiaste. Il y a les gibets à plusieurs étages offrant toute l’année de la putréfaction aux corbeaux et aux rapaces. Il y a de l’huile d’olive bouillante déversée depuis les remparts sur les assaillants. Il y a les cages suspendues, étroites et froides ou étaient logés les traitres à la famille royale. Il y a les oubliettes, les emmurés vivants, les empalés. Il y a les maures enlevant la fine fleur de la jeunesse des villages côtiers pour aller les vendre à des nababs et des traficants.

    Il y a tout ça et en fait je ne vois rien car ce ne sont que des dessins, des coloriages, des illustrations accompagnées de textes très convenus.

    Il y a tout ça et je demande ce qui est vrai là dedans, ou tout au moins quelle est l’ampleur de ces actes barbares attribués aux anciens temps.

    Pourquoi je me le demande : parce que je viens de lire qu’au Moyen Âge dans une ville comme Agen, il y avait un seul supplicié par an, c’est-à-dire en moyenne une pendaison par an. Certes il est précisé que des villes comme Avignon ou Paris faisaient un meilleur score mais, quoi qu’il en soit, on est loin des repas en libre service pour les choucas.

    Pourquoi : parce que dans l’Iliade, premier ouvrage de référence sur la guerre, il n’y a aucun acte de barbarie, mais plutôt le courage, la vaillance, la ruse. Les individus accompagnés par leurs propres dieux y sont l’objet de respect, morts ou vivants.

    Pourquoi : parce qu’il y a une tendance naturelle à noircir le passé de façon à justifier le présent.

    Alors je me pose des questions et je vois, par contre, que la barbarie actuelle est assourdissante.

    En plus, nous avons, maintenant, les images, les films, les vidéos des bateaux surchargés de migrants coulés pour qu’ils n’arrivent pas au port et que personne ne veut recueillir.

    Là je vois bien, c’est clair.

    Les images de bombardements, de torture, de gazés, de files de familles qui vont dieu seul sait où en portant leurs enfants et leur maigre barda. Et les grilles électrifiées de Melilla prises d’assaut avec des échelles de fortune, ce n’est pas les temps anciens, c’est maintenant.

    Alors vous allez me dire : mais ça ne se passe pas chez nous. Eh bien si c’est chez nous. Parce que vous n’allez pas mettre, chez vous, des chaussures fabriquées en Inde sans prendre aussi chez vous les camps de Rohingas, les taudis des Bangladais, l’assassinat des opposants.

    Aujourd’hui les goulags ne sont plus en URSS, ils sont en Israël, en Birmanie, au Liban, et aussi en Italie, en Grèce et en Turquie. Et en France il y a des camps. C’est ça la mondialisation, parce que nous sommes partout chez nous.

    Guantanamo ce n’est pas au Moyen Âge, c’est aujourd’hui.

    Oui la barbarie n’est pas derrière nous, elle est au contraire devant nous, elle est chez nous. Alors pour le respect de la personne humaine, non seulement nous n’avons pas fait de progrès mais au contraire nous sommes au plus bas niveau. Aujourd’hui une vie humaine vaut cinquante euros, le prix d’une paire  de chaussure. C’est pas grand-chose.

    Michel Costadau

  • Détournements

    Détournements

    « La biologie française minée par l’inconduite scientifique » titre Le Monde de la semaine dernière. Voilà bien une information qui semble conforme à la déontologie journalistique. Et pourtant c’est une fausse nouvelle, typique de la désinformation que nous subissons. Oh n’allez pas croire que je défends la biologie ou les biologistes, je ne les connais pas, je ne sais pas ce qu’ils font et je n’ai aucune opinion sur l’intérêt des recherches qu’ils mènent. Et je n’ai même pas lu l’article.

    Non, c’est assez subtil parce qu’il s’agit d’un détournement, d’un évitement. C’est une fausse information parce qu’elle met le centre d’éventuels dysfonctionnements sur les individus, sur les scientifiques, sur le chercheur. Elle met le doigt sur les personnes supposées avoir eu des inconduites et rend ces comportements responsables des supposés problèmes de la profession. C’est l’éternelle loi du lampiste.

    C’est comme si les automobilistes étaient la cause de la pollution de leurs véhicules. Non, les automobilistes subissent la pollution, subissent les embouteillages et, en plus, c’est eux que l’on pénalise avec les interdictions de circuler les jours pairs, avec les taxes sur les carburants, avec les routes mal entretenues voire dangereuses.

    C’est comme si c’était seulement la mauvaise attitude des élèves qui provoquait la déroute de l’école. Non, les élèves subissent le manque d’enseignants, l’absence d’autorité, d’encadrement et c’estt eux que l’on pénalise par le manque de formation, de culture, de connaissances. Vous connaissez l’ENT, c’est la dernière trouvaille des technocrates pour rendre totalement inefficace le travail des enseignants. Pour savoir quel est le devoir à faire, l’élève doit aller sur internet avec son mot de passe. Et pour avoir le corrigé il faut aussi aller sur internet. Du coup, les élèves n’ont rien sur un cahier, n’ont rien chez eux. Ils n’ont aucun commentaire sur les fautes qu’ils ont commises, ne peuvent pas retrouver un exercice, relire une leçon. Cette dématérialisation est une méthode politique puissante pour éliminer les défavorisés, alors que c’est eux qui auraient le plus besoin de l’école.

    Si maintenant vous pensez que la dématérialisation est une mesure favorable à l’environnement, parce que ça sauve des arbres, c’est que vous n’avez pas compris que le numérique est un énorme consommateur d’énergie. Eh oui, tout le temps que vous passez à lire vos courriers, fait tourner le compteur. Vous le savez, les centres de traitement sont d’énormes consommateurs d’électricité et de climatiseurs.

    Si en plus vous croyez qu’il existe une énergie propre, c’est que vous pensez que vos prises de courant sélectionnent l’origine de l’électricité. Moi, je ne consomme que du propre et je recharge ma voiture avec de l’énergie verte.

    Cette manière d’éviter les responsabilités de notre classe politique est pitoyable « non m’sieur c’est pas moi » mais surtout un déni de démocratie. Et tout le monde le sait.

    Ce que je veux souligner aujourd’hui c’est que nos gouvernants ne tiennent que par les médias. Ceux-ci sont les artisans et les complices de ces détournements d’informations. Et le journal Le Monde est peut-être le pire d‘entre eux.

    Michel Costadau

  • J’aimerais

    J’aimerais

    J’aimerais tant que quelqu’un me dise qu’il n’y a plus de guerres, plus de tortures, plus de prisonniers,

    J’aimerais bien que les glaciers ne fondent plus, que les loups aient leurs territoires,

    J’aimerais que les nuages ne soient plus radioactifs, qu’il n’y ait plus de galeries remplies de bidons toxiques,

    J’aimerais que tout le monde mange à sa faim, que les coups de fouets n’existent plus, qu’il n’y ait plus de cités dortoir, de cités concentrationnaires, de cités déshéritées, de prisons à ciel ouvert,

    J’aimerais que quelqu’un me dise que les enfants ont le ventre plein et non le ventre ballonné,

    J’aimerais que les citoyens ne s’ennuient plus au point de passer des heures devant la télé.

    J’aimerais ça parce que c’est possible, parce que ça ne dépend que de nous, ça ne dépend que des hommes.

    Bien sûr ce ne serait pas le paradis. Il y aurait toujours, les maladies, les inondations, les tremblements de terre. Il y aurait toujours les hommes et les femmes, les envies, la jalousie, le désir de possession. Il y aurait toujours les années au climat difficile, les microbes, les naufrages et les requins. Mais reconnaissez qu’il y a vraiment de quoi s’occuper, du vrai travail à faire, de la recherche, de l’apprentissage, des découvertes et des améliorations. Et c’est un immense chantier qui nous attend.

    A vrai dire, ce travail est déjà commencé. Un tout début de connaissance de notre planète et de l’univers, un début de balbutiement sur la nature humaine, les relations, l’éducation. En fait non, sur l’éducation nous en sommes encore au stade zéro. En fait il y a tout à faire.

    Mais au lieu de consacrer nos efforts à notre espèce, à nos individus, à notre connaissance, nous nous épuisons dans la guerre entre nous, dans la consommation de denrées létales, dans le saccage de notre territoire, car notre territoire c’est la terre. Et pourquoi cela ? Pourquoi ces inutiles massacres ? Pourquoi ces horreurs continuelles ?

    Pourquoi : parce que si au 19e siècle nous avons bien identifié les rouages du capitalisme et de l’exploitation de l’homme, nous avons utilisé les armes pour lutter contre lui, les mêmes armes que lui. Et comme ça au lieu de le supprimer nous l’avons développé. A tel point qu’aujourd’hui il a mis la main sur tout notre territoire, sur notre aire de vie. Car ce qui compte ce n’est pas de prendre le pouvoir à l’intérieur de la coquille, mais de percer la coque, de remplacer l’enveloppe, de la dissoudre. Quand vous changez d’ordinateur, si vous gardez le même logiciel vous n’avez rien changé.

    Alors au résultat, notre terre et notre civilisation sont aux mains de gangsters organisés qui ont choisi leur seul et propre profit et non le bien commun. L’idée qu’il faut penser aux autres comme à autant de nous-mêmes ne s’impose pas par la force, elle ne s’impose pas tout court, elle s’enseigne et elle s’acquiert.

    Car maintenant nous découvrons que le combat doit être celui des modes de pensée, des idées, de l’esprit, pas celui des armes, pas celui de la conquête violente, mais de l’éducation, de la discussion, de la compréhension. C’est le logiciel qu’il faut changer.

    Il nous faut apprendre aux hommes qu’ils sont une même espèce et qu’ils ne se connaissent pas. Et que toute notre énergie doit nous être consacrée.

    Pour moi, ça devrait être ça le sens de la vie. La connaissance de l’homme, de ses qualités de ses défauts, de ses rêves, de ses phobies. La connaissance de la nature, pour être dans la nature et non contre elle. Pour découvrir que nous faisons partie de la nature, que nous sommes la nature.

    Michel Costadau

  • Phozat3

    Phozat3

    Mais les herbes résistantes c’était la contestation de son don. Enfin pas tout à fait puisque seules certaines herbes lui résistaient, toutes les autres se desséchant comme d’habitude. Mais Guy se demandait comment les herbes pouvaient faire une différence quand il marchait dessus. N’ayant pas la réponse, il se tourna vers ses parents qui lui expliquèrent que c’était tout simplement grâce à des opérations génétiques que certaines plantes devenaient résistantes. Ils évitaient de dire manipulations, ça faisait plus clean.

    A Guy ça ne lui plaisait pas beaucoup tout ça, ni la résistance ni la manipulation, d’autant plus que voilà pas qu’un jardinier avait porté plainte contre ses parents pour mise en danger de la vie d’autrui, ce qui en décodé veut dire tentative d’assassinat. Et que c’était lui l’assassin présumé.

    Bien sûr ses parents avaient largement les moyens de prendre les meilleurs défenseurs et au début ils ne se firent pas trop de souci. En effet les avocats naviguaient entre l’efficacité du traitement et son innocuité pour l’homme. C’est vrai que très nombreux étaient les utilisateurs de Guy, y compris dans le domaine public, cours d’écoles, rues, parkings, bords de route, jardins publics. A cela s’ajoutaient tous les particuliers  qui trouvaient plus facile le pulvérisateur que la binette. Avec en plus des doses assez peu contrôlées, « je vais en mettre un peu plus en cas ». Cependant aucune maladie ou décès ne pouvait encore être attribué à Guy.

    Et donc, en référé, le plaignant fut débouté, mais avec un avertissement sur l’éventuelle nocivité du produit. Car si le danger n’était pas prouvé, l’innocuité non plus. Alors le jardinier attendit le jugement.

    Tout cela avait largement ému l’opinion, en particulier le fait qu’il commençait à se savoir que les parents Phozat avaient délibérément menti et truqué certaines études. Le public découvrait que les analyses prétendument scientifiques étaient directement commandées et payées par les parents de Guy avec un biais constant pour éviter toute notion de nocivité. Du coup de nouvelles études furent lancées et une certaine suspicion commença à se faire jour.

    Le procès en appel débuta mal pour le jardinier, car les avocats des parents essayèrent de persuader les juges qu’il était très difficile de comprendre les rapports des experts, et que pour cela ils devraient peut être suivre quelques années de formation sur les techniques génétiques pour  se faire une opinion. Cette stratégie fut une erreur car les juges leur indiquèrent froidement que ce n’était pas à eux d’être des experts mais que par contre ils avaient une grande expérience pour juger si des personnes disaient vrai ou si elles essayaient de cacher quelque chose.

    Du coup, beaucoup de nouvelles études furent lancées. Dont une expliqua carrément que Guy était un cancérigène probable. Lui, qui rendait service à la moitié du monde, cancérigène, il n’en croyait pas ses oreilles.

    Et le procès durait. Pendant ce temps, les pouvoirs publics commencèrent à interdire l’emploi de Guy dans les lieux publics. Paradoxalement, cette mesure qui aurait pu créer un peu d’activité de désherbage manuel pour les jeunes ne fit que transformer trottoirs, allées et bandes centrales en zones abandonnées, comme il y en avait déjà beaucoup.

    Alors arriva le coup de tonnerre du verdict. Non seulement Les Phozat étaient reconnus coupables mais de forts dommages et intérêts leurs étaient appliqués.

    Bien sûr les parents se pourvurent immédiatement en appel mais le rejet du don de Guy devenait mondial sauf en France ou l’absence de démocratie permettait aux Phozat de manipuler les parlementaires.

    Pas pour longtemps espérons-le.

    Michel Costadau

  • L’Usine

    L’Usine

    Quand je dis que le monde est devenu une unique et vaste usine de production de denrées, achetées par ceux qui y travaillent avec l’argent que leur donnent les propriétaires de l’usine, je ne fais que décrire la triste réalité. Rien que du connu. Les US produisent, la Chine, le Bengladesh, la France et la Suisse produisent. Et les Canadiens, les Indiens, les Australiens et les Chiliens consomment. Le monde entier produit et le monde entier consomme. Et cette situation a un moteur, un carburant, une religion et c’est le PIB. Tout le monde roule au PIB, vénère le PIB, adore le PIB. Les voitures, les médicaments, les armes, les distractions, le pétrole, les vacances, l’alimentation, les monnaies ne sont que les instruments du PIB. Aujourd’hui aucune vie n’est possible sans le PIB. C’est un gros problème.

    Parce que le PIB a ses gènes.

    Le premier c’est l’augmentation obligatoire ou la fuite en avant. Plus de production pour plus de produits, plus de clients pour plus de consommation, plus de recherche et de découvertes pour plus de nouveaux produits, plus d’internet pour écouler plus de produits, plus de pub pour acheter plus de produits, et plus d’argent pour ….. plus d’argent. Le but unique, le seul souci de la classe politique c’est d’augmenter le PIB, par tous les moyens. Celui dont le PIB baisse est mis au piquet. Et il n’y a qu’une seule chose qui n’augmente pas c’est la qualité. Là c’est plutôt le contraire.

    Le deuxième, c’est l’accumulation des déchets ou la pollution généralisée. Le PIB n’a pas les moyens de retraiter ou réparer tous les dégâts qu’il fait, ça ne serait pas rentable. Il laisse donc cette tâche aux Etats qui eux tentent par tous les moyens de transférer les responsabilités des propriétaires sur chacun de nous. Au résultat, la planète est un véritable dépotoir avec un grand nombre de zones, en bas comme en haut, où plus aucune activité humaine n’est possible. C’est aussi pourquoi le réchauffement, la qualité de l’air, de la mer et aussi les droits de l’homme ou de la nature sont immolés sur l’autel de la consommation et de la production. Ça ne vous a jamais étonné que les pouvoirs publics donnent sans compter aux entreprises qui s’installent dans leur région, vous n’avez pas trouvé bizarre qu’aucun compte ne soit jamais fait des sommes dépensées dans ce sens, sommes que nous payons les yeux fermés. Moi si, et j’ai compris que l’Etat est marqué au fer rouge par le PIB. Pas marqué au bien commun, non, marqué au PIB.

    Et le troisième gène, le plus terrible, c’est la destruction de la vie. Après les massacres de la conquête de l’Ouest, des colonisations européenne, japonaise et autres, des guerres mondiales et locales, le modèle imposé à chacun « produire/consommer » empêche le monde entier de vivre. A chaque individu on dit ce qu’il doit faire, ce qu’il doit produire, ce qu’il doit chercher, comment il doit le faire, à quelle cadence. On lui dit aussi ce qu’il doit acheter, ce qu’il doit consommer, ce qu’il doit remplacer. Dans les écoles, on apprend à devenir les rouages de l’usine, on forme des travailleurs, pas des êtres pensants. Plus aucun individu ne se pose de questions pour trouver les formes, les moyens, les choix de sa propre vie. Il y a seulement le nivellement de : quel est ton travail ? ce qui veut dire qui est ton propriétaire ? et qu’est ce que t’as acheté ? ce qui veut dire à quel propriétaire as-tu donné ton argent ?

    Et c’est pourquoi ceux qui ont voté Trump, Modi ou Macron, et sont les vrais fanas du « produire/consommer »,  n’ont fait que ratifier le choix du business pour les nouveaux chantres du PIB.

    Et le prochain dictateur sera celui qui permettra aux usines de produire encore plus de biens et de services, aux citoyens de consommer encore plus.

    C’est la loi du PIB. C’est le fonctionnement de l’usine.

    Michel Costadau

  • Wiener3

    Wiener3

    L’absence de réflexion avant d’agir fait de sérieux dégâts dont il est parfois difficile de se remettre. Exemple, en ce moment un grand chantier est en cours pour remonter de la baie d’Antibes les milliers de pneus de camions qui y ont été jetés pour faire ce qu’on appelait alors un récif artificiel. Echec total,  gâchis et nuisances voilà le verdict. Clairement le coût de ce désastre ne se limite pas aux frais de récupération des pneus, parce que, comme il n’y a pas eu de récif artificiel la fixation de la faune et de la flore n’a pas eu lieu et, d’autre part, les métaux lourds dégagés par les pneus vont continuer à polluer pendant de longues années. Voilà le résultat de l’absence de réflexion. Les conditions pour ce genre de catastrophe sont simples : l’intérêt d’un lobby, la caution d’un scientifique ou pseudo et la corruption des politiques locaux. Comme vous le savez, ces conditions sont très souvent remplies. Les politiques ont ceci de particulier de rendre l’action inefficace. Heureusement on est là pour réfléchir à leur place.

    Pour aller dans un genre plus domestique, le coup de téléphone à son chef, un soir à son domicile, pour lui dire, que finalement, vous pensez le plus grand bien de lui, est assez maladroit. En fait si vous avez commis un impair envers qui que ce soit, il peut être utile de s’excuser mais alors c’est tout de suite à chaud, pas le lendemain, encore moins une semaine après. D’ailleurs d’une manière générale les excuses ne servent pas à grand-chose : quand le mal est fait, il est fait point. Il peut être alors question de réparation ou de changement d’attitude, ça oui, mais les excuses sont plus un formule de politesse qu’un réel effacement de la bévue.

    Voila pourquoi il est important que toutes nos actions aient un but, je veux dire un objectif clairement identifié. Avant de commencer bien sûr. Tout simplement parce que l’absence de finalité rend difficile le choix des moyens, le moment pour agir et la vérification de l’obtention du résultat. C’est comme au foot ou au tennis, si vous tapez dans la balle sans savoir ou vous voulez la mettre ou à qui l’adresser, elle va aller un peu n’importe où et peut-être où vous ne vouliez surtout pas qu’elle aille. Attention, même quand l’action a un objectif clair, il n’est pas toujours atteint, mais c’est pire s’il n’y a pas de but.

    Bon d’accord, mais alors comment mener la réflexion dont je parle ? Quand la mettre en œuvre ? Il y a beaucoup de méthodes, mais une des  plus simple est de commencer par la fin. En déroulant à l’envers les étapes, depuis le but recherché jusqu’à la situation présente, on arrive à identifier les difficultés, les études à mener et aussi à mieux comprendre par où il faut commencer. Exemple, si vous voulez changer une pièce commencer par acheter la nouvelle avant de démonter quoi que ce soit. D’abord, la nouvelle pièce peut être légèrement différente de celle d’origine et vous indiquera ce qu’il faut vraiment démonter et changer. Et pourtant le bon sens conseillerait d’avoir la pièce à changer avec soi pour choisir la bonne. C’est classique.

    En conclusion, êtes-vous sûr d’avoir réfléchi à l’action de voter ? Cherchez l’erreur.

    Michel Costadau