Auteur/autrice : Michel Costadau

  • Bitcoin

    Bitcoin

    J’ai eu plusieurs questions sur les crypto-monnaies. C’est pas très intéressant, mais bon on y va.
    Est ce que le ₿ est une monnaie. Réponse : non. En fait, c’est d’une certaine manière de l’argent comme le sont les tickets-restaurant ou les jetons du casino, mais trop variable. Aussi ce qui lui manque c’est qu’il en est prévu une quantité limitée. Une monnaie ne peut pas obtenir de valeur par sa rareté et est donc par principe en quantité illimitée. Or, à l’heure actuelle, il semblerait que cette rareté lui confère une certaine valeur. Si jamais l’émission de ₿ pouvait recommencer, alors la question se poserait, mais ce n’est pas le cas pour le moment.
    Bon d’accord, mais alors si ce n’est pas une monnaie, qu’est-ce que c’est ?
    C’est, tout simplement, une valeur, peut-être comme l’or mais plutôt comme un objet d’art. Et une valeur ça peut varier. C’est le principe de la brocante. Certaines choses ont une valeur à un moment donné, d’autres pas. Pour fonctionner, la valeur a besoin d’échange. S’il s’échange beaucoup de ₿ ça vaut quelque chose, s’il n’y a aucun échange ça vaut zéro.
    Mais vous allez me dire qu’il y a aussi un aspect éthique et moral dans le ₿, ce serait comme de l’argent propre. Et du coup, certains se demandent si quand même ça ne pourrait pas remplacer l’argent créé par les banques. C’est vrai que le ₿ propose une traçabilité des transactions et, du coup, a un petit air de lutte contre le blanchiment et les trafics d’argent. Il se présente un peu comme un produit de supermarché avec sa date limite et sa teneur en divers ingrédients. Mais, hélas, il n’existe pas d’argent propre ; c’est un mythe désastreux, ça n’a même pas de sens. Il y a l’argent, point. Maintenant, si vous voulez discuter de la valeur du ₿ par rapport au $, abonnez-vous au Wall Street Journal plutôt qu’à non-vote2017.
    Et si vous me demandez, comme un tuyau de turfiste, s’il faut en acheter, je vous dirai non seulement de ne pas en acheter mais de vendre ceux que vous pourriez avoir.
    Dacodac, mais quand même c’est un moyen de paiement, c’est donc un peu de l’argent. Oui c’est un moyen de paiement, mais ce n’est pas de l’argent. Comme on l’a dit, ça a une certaine valeur mais ça ne devient de l’argent que quand il se monétise, quand il s’échange, se vend ou s’achète. C’est comme une action, ça vaut quelque chose uniquement quand on la vend ou qu’on l’achète. D’ailleurs, beaucoup de milliardaires le sont essentiellement à cause d’un stock d’actions. Et ça peut ne rien valoir. Une action est d’ailleurs aussi un moyen de paiement, pas pour faire les courses mais pour acheter ou vendre des sociétés. Le ₿ peut donc bien être un moyen de paiement, sans pour autant être de l’argent pas plus qu’une monnaie.
    Mais alors pourquoi dit-on que c’est une crypto-monnaie ? C’est un abus de langage qui veut indiquer que le coffre-fort des ₿, c’est-à-dire votre compte en ₿, est protégé par des codages cryptés en tous genres. Maintenant, si vous saviez ce que je pense réellement des codages inviolables, vous seriez peut-être moins rassurés.
    Enfin, pour finir, il n’est pas inutile de rappeler que, quand même, le coffre-fort des ₿ consomme énormément d’énergie, à cause de tous les centres de données et des heures de calcul que ça mobilise.
    Pour la planète, c’est très moyen.

    Michel Costadau

  • D’où vient l’argent-3

    D’où vient l’argent-3

    Dans le billet précédent nous avons encore pu établir quelques petites choses à retenir :
    – les Etats ne créent pas l’argent mais seulement les pièces et les billets, qui représentent très peu,
    – le travail ne crée pas d’argent,
    – le rôle des entreprises est de faire circuler l’argent de banque en banque,
    – les banques vivent de la croissance,
    – la consommation est le moteur de la croissance,
    les politiques sont au service de la croissance,
    – et enfin la SURPRISE.
    Bien bien, mais la logique du crédit c’est, clairement, la dette. Il est facile de voir que tout le monde est endetté : les particuliers, les entreprises, les collectivités, les Etats. Cela s’explique mais pose quelques questions.
    Pour les particuliers, les ressources propres des ménages ne suffisent pas à alimenter la croissance. Le recours au crédit s’est donc généralisé et, à part quelques crises de non-remboursement, c’est le moteur principal de la consommation et la pompe du crédit. Il faut quand même noter un aspect paradoxal de l’investissement des particuliers : quand on fait un crédit pour acheter sa maison ou construire sa piscine, ça consiste à s’endetter pour quelque chose qui ne rapporte rien. C’est comme de l’argent enterré. Alors qu’avec le même endettement, on pourrait faire un investissement qui rapporte et qui permette donc d’investir encore plus. A titre d’exemple, il vaut mieux s’endetter pour un troupeau de brebis que pour un hangar de stockage de matériel. Evidemment, il est hélas difficile de résister au matraquage prônant l’envie de posséder une voiture, une maison, une cuisine équipée ou un écran TV, mais c’est exactement de l’argent jeté par les fenêtres. C’est d’ailleurs le but.
    Attention, méfiez-vous quand même des vendeurs d’investissements prétendument hyper-rentables et qui ont mis beaucoup de gens sur la paille. Et pour ça, il faut d’abord bien intégrer que, dans le domaine de l’économie et de la finance, vous ne rencontrerez que des escrocs. Et ce malheureux constat explique l’attrait pour l’économie solidaire, les investissements propres, verts, équitables ou durables… qui sont exactement la même chose, comme l’est le vin bio au vin conventionnel… c’est-à-dire du vin.
    Pour les entreprises, c’est un peu la même problématique. Le crédit est la base du fonctionnement et de la consommation des entreprises. Et, de même que pour les particuliers, les investissements d’entreprises peuvent être plus ou moins rentables. C’est pour cela, entre autres, que l’on voit des entreprises qui se louent des bâtiments en cascade, ou qui s’achètent des produits intermédiaires, alors qu’en fait c’est toujours le même actionnaire derrière. En gros, c’est de la consommation inter-entreprise et c’est vital pour les banques.
    Alors maintenant, l’endettement des Etats. Il y a plusieurs choses paradoxales. En effet ceux-ci pourraient créer gratuitement et sans intérêts l’argent dont, eux et les collectivités, ont besoin. Mais ils ne le font pas pour une bonne raison, qui est le soutien de leur monnaie. Et pourquoi ? Parce que, comme vous le savez, l’argent  est très mal réparti. Il y en a qui en ont beaucoup et beaucoup qui en ont peu. Et l’argent est en général dans une monnaie. Et ceux qui ont leur fortune dans cette monnaie ne veulent pas voir dévaloriser leur trésor et donc interdisent aux Etats de créer de l’argent.
    D’autre part, il y a un discours officiel contradictoire puisque que l’on ne peut pas à la fois demander de baisser les impôts et de réduire le déficit. C’est idiot. Il faudra y revenir.
    Néanmoins nous pouvons maintenant arriver à la SURPRISE annoncée plus haut, et qui est :
    -les politiques sont au service des banques.
    En conclusion, il me semble que l’on comprend mieux pourquoi je dis que c’est la finance qui nous gouverne, et que les élus ne sont que ses serviteurs.
    Allez encore bonne année, c’est le même prix.

    Michel Costadau

  • D’ou vient l’argent-2

    D’ou vient l’argent-2

    Mais au fait, me direz-vous, pourquoi est-ce qu’il n’y a que les banques qui peuvent créer de l’argent. Et les Etats alors ? Bonne question. Avant, il y a très longtemps, c’était les Etats qui créaient l’argent avec des pièces, des billets, des bons du trésor et autres crédits. Mais alors pourquoi ça a changé ? C’est assez simple : on pourrait croire que les gouvernements, c’est-à-dire les politiques, ont décidé d’abandonner leur privilège régalien et de donner gentiment aux banques ce pouvoir. Hélas c’est exactement le contraire : les banques ont demandé gentiment aux politiques de reconnaître qu’ils n’avaient que le pouvoir qu’elles voulaient bien leur donner…et les politiques, dont le courage est, vous le savez, immense, ont dit : ……..euh, bon d’accord, mais quand même vous nous laissez les élections.  En fait ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça mais c’en est exactement l’esprit. Bien sûr les Etats ont gardé le droit de frapper la menue monnaie, c’est-à-dire les pièces et les billets, et de choisir les effigies. Non mais !
    C’est le moment de traiter une des questions en suspens. Pourquoi l’argent circulant de banques en banques permet-il d’en créer plus ? Tout simplement parce que les banques, quand elles créent de l’argent, doivent respecter, en théorie, un certain pourcentage de réserve, c’est-à-dire d’argent qu’elles ont déjà, soit en dépôt soit en propre. Et donc, quand leurs réserves augmentent, elles peuvent prêter plus et donc créer plus d’argent. Et c’est exactement ce qui se passe quand vous payez une entreprise : elle met cela en banque et paye ses fournisseurs qui mettent cela en banque, qui eux-mêmes…
    Néanmoins, pour vivre, vous n’avez pas que l’argent du crédit, bien qu’il y ait beaucoup de crédit à la consommation c’est vrai. Vous en gagnez aussi par votre travail. Mais cet argent que vous verse une entreprise ou un client, existe déjà. Le travail ne crée pas d’argent, il crée de la valeur. On pourrait avoir le sentiment que les entreprises créent de l’argent, puisqu’elles vendent plus qu’elles n’achètent. Oui mais c’est de l’argent existant. L’entreprise fait circuler l’argent et fait des bénéfices, mais ne crée pas d’argent, sauf les banques bien entendu. Par contre, l’entreprise, pour vous payer, payer les actionnaires et se développer, va sûrement emprunter auprès d’une banque. Et c’est à ce moment-là, uniquement, qu’il y a création d’argent par la banque.
    Nous pouvons maintenant répondre à deux autres questions en suspens sur l’équilibre entre création et destruction d’argent et l’équilibre entre croissance et stagnation.
    Pourquoi l’équilibre entre création et destruction d’argent est-il instable ? Réponse : d’une part parce que les deux mécanismes sont disjoints et fonctionnent indépendamment, et d’autre part parce que le moyen de régulation par le taux du crédit est vraiment dérisoire. Quand personne ne veut s’endetter, ce qui est pareil que ne pas vouloir consommer, l’argent vient rapidement à manquer et entraîne la stagnation ou la récession. Mais quand il y a multiplication des prêts augmentant trop l’argent en circulation, cela peut entraîner une perte de sa valeur provoquant l’inflation. Et quand, faute de moyens, les crédits ne sont pas remboursés, ce sont alors les banques qui font faillite. Il faut comprendre que la croissance est la seule obsession des banques. Cela explique les cadeaux faits aux entreprises et qui sont réellement hallucinants, mais n’ont d’autre objet que de stimuler la croissance, c’est-à-dire le crédit, c’est-à-dire la création d’argent, c’est-à-dire le revenu des banques. Ces cadeaux ne font qu’illustrer le lien de dépendance des politiques avec les banques.
    Bonne et heureuse année. A suivre.

    Michel Costadau

  • D’où vient l’argent-1

    D’où vient l’argent-1

    Après avoir vu que « Gagner sa vie » consiste à gagner de l’argent, une question se pose : mais au fait d’où vient l’argent ? Le sujet étant assez large, plusieurs billets seront nécessaires.
    On commence.
    Depuis une centaine d’années la méthode de création de l’argent est, presque exclusivement, le crédit. Comment ? Et bien chaque fois qu’une banque, car elles seules ont ce droit, prête trois sous, elle ne sort pas d’argent de son portefeuille ni de celui de ses clients, elle ne fait que créer une ligne sur un écran ; et quand l’emprunteur prend l’argent sur son compte, c’est à ce moment-là que l’argent est créé. Et cet argent se met à circuler, passe de comptes en banque en comptes en banque et finit par retourner à la banque prêteuse pour rembourser le prêt.
    Trois choses à retenir :
    – ce sont les banques qui créent l’argent,
    – les banques ne créent pas l’argent pour elles mais pour l’emprunteur,
    – la circulation a autant d’importance que la création.
    En effet, l’argent en circulant de banque en banque leur permet d’en créer encore plus. Comment ? Ouap, ce sera pour un prochain billet.
    Vous allez me dire qu’à force de créer de l’argent il va y en avoir trop. Non en fait, sauf quelques crises, ça ne se passe pas comme ça parce que de l’argent il s’en détruit aussi, presque autant qu’il s’en crée.
    Comment se détruit l’argent : tout simplement par la consommation. En effet, l’argent créé par la banque pour votre crédit vous sert à payer des fournisseurs ou acheter des produits, et aussi à vivre et même à voyager. Chaque fois que vous dépensez de l’argent, vous aidez quelqu’un à rembourser ses dettes. Et donc quand vous mangez, quand vous roulez, quand vous prenez l’avion ou quand vous construisez une maison, vous détruisez de l’argent. C’est par la consommation qu’entreprises, particuliers, administrations ou collectivités peuvent rembourser leurs emprunts. Et rembourser consiste à annuler le crédit qui a été créé. Notre système économique fonctionne comme ça par création et destruction d’argent.
    Trois nouvelles choses à retenir :
    – pratiquement tout l’argent en circulation n’est finalement que le montant des crédits qui n’ont pas encore été totalement remboursés,
    – les entreprises sont toutes endettées et seule la consommation de leurs produits leurs permet de rembourser leurs prêts,
    – l’équilibre entre création et destruction est très instable.
    Pourquoi cet équilibre est-il instable ? Ouap ce sera pour un prochain billet.
    Bien sûr, pour prix de ses services la banque prêteuse prélève au passage des intérêts. Clairement elle prend des frais sur de l’argent qu’elle a inventé et qui ne lui a rien coûté. Mais c’est comme ça qu’elle gagne sa vie. Il y a aussi d’autre moyens pour les banques de gagner de l’argent. Comment ? Ouap ce sera pour un prochain billet.
    Mais au fait, pourquoi continuer à créer de l’argent, n’y en a-t-il pas déjà assez ? Non, car il faut comprendre que, pour gagner de l’argent, les banques ont besoin de prélever des intérêts et donc de faire des prêts et donc de créer de l’argent. La création d’argent est, donc, la cause et non pas la conséquence de ce qu’on appelle la croissance. Il y a là un cercle vicieux simplissime. Pour faire de nouveaux prêts il faut que les échanges commerciaux se développent et qu’entreprises, particuliers et administrations s’endettent. Et le développement de ces échanges s’appelle la croissance qui n’est, hélas, que la croissance du PIB. L’absence de croissance s’appelle la stagnation et appauvrit les banques. Nous avons alors trois nouvelles choses à retenir :
    – les banques vivent des intérêts sur les crédits qu’elles accordent,
    – pour pouvoir créer de nouveaux crédits, les banques ont besoin de la croissance du PIB,
    – l’équilibre entre croissance et stagnation est très fragile.
    Pourquoi cet équilibre entre croissance et stagnation est-il fragile ? Ouap ce sera pour un prochain billet. Joyeux Noël.
    A suivre.

    Michel Costadau

  • Complot

    Complot

    Quand j’entends Rajoy parler des Catalans, Trump des Mexicains, Merkel des immigrés,  Macron des Palestiniens, et le Vatican des Syriens, j’aimerais, oui, j’aimerais beaucoup que ce soit parce qu’ils ont reçu des ordres, parce qu’ils obéissent, et que ce soit pour ça qu’ils tiennent de tels discours. C’est tellement insupportable ce mépris des politiques pour la population, qu’on préfèrerait que ce soit le complot d’un petit groupe tirant les ficelles du monde entier. D’une certaine manière, ça nous rassurerait de savoir qu’il y a quelque part un acteur puissant caché et que nos élus ne sont en fait que des exécutants.
    Oui vous savez, une entité occulte avec des codes et des symboles, qui donnerait des ordres à tous les hommes et maintiendrait le désordre mondial à partir d’une petite sphère, voire  d’une seule personne. Cette idée n’est pas jeune, elle a déjà eu de nombreux adeptes. Elle est même ancrée dans nos croyances, et il faut dire que l’histoire donne de nombreuses prises à cette théorie du complot. Cette théorie se décline, en fait, de beaucoup de manières : de la domination directe à la reconstruction du passé, en passant par toutes les étapes de la remise en cause de la réalité par les moyens les plus divers. Elle est même utilisée par de petits bandits pour se disculper et faire croire qu’il ne s’agit que d’une cabale à leur égard. Il faut dire que la réalité n’est elle-même pas si facile que ça à saisir, parce qu’un même évènement auquel assistent des milliers de personnes, donne immédiatement lieu à des dizaines d’interprétations. Comme si la population  n’avait pas tellement envie de voir une et une seule réalité. D’où le succès des faussaires laissant entrevoir la présence  de forces inconnues qui agissent cachées mais ont des influences partout.
    Seulement hélas, trois fois hélas, cette théorie n’existe pas. Il n’y a pas, sur terre, le petit groupe des initiés qui tire toutes les ficelles. Il n’y a pas la puissance invisible qui donne les ordres et châtie les réfractaires. Il n’y a pas le big brother qui vous espionne nuit et jour. Non il n’y a pas de photographies des fastes de Versailles ou des guerres napoléoniennes. La photo n’existait pas. Non il n’y a pas de troisième œil. Non il n’y a pas d’humain programmé pour régner, que ce soit dans sa famille, dans son pays, sur la Terre ou dans l’univers. Non, non et non, le complotisme n’existe pas.
    Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’il y a beaucoup de sociétés plus ou moins secrètes, de mafias, de groupes de pression et de manipulation des gens et des idées. Oui il y en beaucoup, beaucoup trop. Oui mais beaucoup ça ne fait pas un.
    Cependant, aujourd’hui, et c’est là que je voulais en venir, un grand nombre de personnes ont le sentiment de n’être pas victimes de ces théories du complot, de s’être débarrassés de cette notion. Presque tout le monde pense avoir dépassé ces recours aux forces cachées et a la conviction de connaître le monde tel qu’il est.
    Hélas, encore hélas, on va voir que ce n’est pas le cas.
    Car il y a une théorie du complot qui a encore beaucoup d’adeptes : c’est la religion.
    Eh oui, une force immanente, omniprésente, qui a ses ministres, ses interprètes, ses initiés, sur terre, chargés de véhiculer sa parole, de faire régner sa morale, de juger du bien et du mal. Une entité, immatérielle, éternelle mais invisible, qui donne l’origine et la fin, qui donne le sens, c’est exactement la croyance que demandent les religions. Que ces croyances soient religieuses, philosophiques, anthroposophiques ou astrologique, que ce soient des sectes, des églises, des écoles, des temples, des autels ou des confréries, elles ressortent toutes exactement de la théorie du complot.
    Et c’est pas drôle.

    Michel Costadau

  • Peinture

    Peinture

    On va pas terminer l’année sans faire un petit retour sur le coup de peinture du paysage politique français de cet été. En plus, comme vous, je suis souvent consterné par la pauvreté des analyses politiques. Alors on va remédier à cela en faisant le boulot des commentateurs.
    Et donc, pour commencer, quelle est, actuellement, la tendance qui a pris le pouvoir politique chez nous aux dernières élections. A question simple, réponse simple : les socialistes.
    Oui nous avons un gouvernement socialiste, comme avant. Explication en trois points.
    Un : le président a fait partie d’un gouvernement socialiste et a même été ministre. Je ne sache pas qu’il ait jamais été copain de Sarkozy.
    Deux : l’assemblée est composée majoritairement de socialistes. En effet, la plupart des députés dits LRM sont en fait d’anciens socialistes qui ont juste changé d’étiquette, car ces gens-là n’ont aucune morale. Attention, l’arrivée de quelques ministres LR et le changement de pantalon de certains députés de droite, repeints eux aussi en LRM, ne doivent pas nous troubler, ce sont seulement de fausses pistes destinées à faire croire qu’il y aurait du nouveau. Ils ont toujours fait ça.
    Trois : Il est facile de voir que nous sommes dans la pure continuité du gouvernement précédent. Loi travail, Europe, CETA, augmentation des impôts, dégradation des services publics, frilosité sur le nucléaire. Kif Kif pareil.
    Clairement, ce ripolinage de l’assemblée avec, comme d’habitude, un léger glissement des nouveaux socialistes vers la droite a fait d’énormes dégâts chez LR et a pulvérisé le PS, ça c’est sûr. En fait, les élections de 2017 étaient imperdables pour la droite, mais quand on a la droite la plus bête du monde, rien n’est impossible. A preuve.
    Bien, bien, bien,  maintenant une fois établi que nous avons un gouvernement socialiste, que la droite s’est fait avoir et que l’ancien PS est ratatiné, quelle est la suite de l’analyse ?
    Première suite : dans le classico droite-gauche, l’opposition  doit être portée par LR. C’est vrai que pour le moment LR se cherche, c’est le moins qu’on puisse dire, occupés à se remettre du récent désastre et à récupérer un max de FN et de conservateurs. Mais ça va venir.
    Deuxième suite : Il n’y a plus personne à gauche, sauf LFI qui a du coup un espace politique gigantesque depuis le centre droit jusqu’à l’extrême-gauche. Mais que peut-il bien en faire ?
    Troisième suite : la partie est terminée pour le FN qui a loupé le coche cette année, et lui et ses déclinaisons vont rester pendant quelques temps sur des strapontins sans pouvoir, parce que leurs électeurs vont aller un peu à LR et un peu à LFI.
    On se résume : les nouveaux socialistes sont au pouvoir, la droite s’est fait avoir, le PS a disparu, LR, quoique encore un peu ko est l’opposition, le FN n’est plus qu’une ombre et LFI a tout l’espace de la gauche pour lui. Ça c’est une analyse, non ?
    Mais voilà que pour Mélenchon c’est quasiment cornélien : il a tout l’espace mais il est vide. En attendant il fait fausse route en voulant assumer l’opposition. C’est la place de LR et il brouille les cartes en se positionnant ainsi. Soit il assume ses racines socialistes et rentre dans le gouvernement comme poil à gratter, ce qui lui a certainement été proposé, soit il fait un saut dans l’inconnu en essayant de recréer un parti « vraiment de gauche » sur les décombres du PS. Alors, entre le clown de gauche des socialistes, ou le catalyseur d’une refondation de la démocratie, les Insoumis ont de quoi s’occuper. Pour les autres c’est le train-train habituel.
    Michel Costadau
  • Je gagne ma vie

    Je gagne ma vie

    A votre avis, combien y a-t-il de manières de gagner sa vie ? Vous allez me dire qu’il y en a des milliers, vu toutes les activités humaine que l’on peut observer sur terre. Mais, de nos jours, gagner sa vie est surtout une façon détournée de dire gagner de l’argent. C’est vrai qu’il y a un sens ou gagner sa vie veut dire être autonome, c’est-à-dire commencer à ne plus être à charge. Néanmoins le sens général est gagner sa vie = gagner de l’argent. Bon alors de combien de manières ?
    Ben, en fait, il n’y en a que deux. La première c’est de vendre ses bras ou sa tête ou les deux, et la seconde, euh la seconde c’est de vendre de l’argent.
    Et donc la première manière s’appelle le travail. C’est un simple échange entre votre force intellectuelle, physique, artistique, ou autre, et une rémunération ou un salaire. Médecin ou technicien de surface, même combat. Avocate ou caissière même combat. Et pour monnayer son travail il n’y a pas que le salariat mais aussi le sportif, l’artisan, le freelance, l’artiste et toutes les activités où, grosso modo, on vend son temps, et où l’argent ne rentre plus si l’on s’arrête. L’échelle des rémunérations est très large allant de quelque menue monnaie à une ou plusieurs dizaines de millions  par ans ou… par mois.
    Clairement l’échange travail-argent est devenu la norme et illustre d’une manière crue la mondialisation. Aujourd’hui, pratiquement toute la terre travaille, c’est-à-dire tous les individus qu’il y a sur terre. Il reste sûrement encore un peu d’esclavage, de chasseurs cueilleurs ou de communautés presque autarciques mais c’est marginal.
    Bien et donc maintenant l’autre manière. Elle consiste à avoir de l’argent et à le faire travailler. Que ce soit les placements, le négoce ou même les paris, le principe est de mettre un peu ou beaucoup d’argent en jeu et de voir combien ça rapporte. Et, ô surprise, l’argent placé, rapporte jour et nuit, voire même en une seconde, et continue à produire même si l’on ne fait rien. Et surtout il n’y a aucune limite à ce qu’il peut rapporter. Bien sûr, il y a le risque que ça ne rapporte pas, auquel cas on perd sa mise, mais cette notion de rapporter sans limite et sans trop se fatiguer, a amené beaucoup de personnes à choisir ce moyen. Aujourd’hui, il suffit de placer 1M€ pour vivre  avec le salaire médian des Français. Et si vous placez plus, vous gagnez plus, c’est automatique. Alors me direz-vous, comment faire pour avoir les quelques millions de départ. Là, des méthodes il y en a beaucoup. La plus classique et la plus facile est de naître avec et c’est une grosse distorsion qui ne fait que s’amplifier. La plus risquée est de les emprunter pour les jouer c’est-à-dire les placer. La plus aléatoire est de participer à une loterie, mais quand même la plus pratiquée est de faire fructifier une petite mise par des moyens plus ou moins légaux. Et ces moyens utilisent… le travail des autres. C’est dire que ceux qui travaillent, d’une part gagnent leur vie, mais surtout ils enrichissent ceux qui ne travaillent pas mais qui font seulement travailler leur argent.
    Bon tout ça c’est très bien mais quel est le problème ? Le problème c’est que l’argent est en train de tuer le travail. Pour le moment, il y a encore beaucoup de placements qui nécessitent du travail humain avec échange travail-argent, mais il existe aussi une part croissante d’argent qui fructifie sans le moindre travail. Par exemple, l’industrie du clic repose sur vous mais pas sur votre travail. De même la robotisation permet de se passer de l’échange travail-argent.
    A vrai dire, il y a une troisième manière de traiter le problème, c’est de se passer d’argent, comme ça a été le cas pendant longtemps. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire.
    Michel Costadau
  • Bipartisme

    Bipartisme

    Non, l’Allemagne n’est pas en crise parce qu’elle n’arrive pas à former un gouvernement, c’est tout notre système politique qui est au bout du rouleau. J’ai déjà expliqué que les méthodes utilisées par la classe politique pour se maintenir au pouvoir, non démocratiquement, pouvaient être différentes selon les pays. En France, nous avons l’élection présidentielle et en Allemagne comme aux US ils ont le bipartisme. Ces deux modes de fonctionnement sont tout autant inacceptables l’un que l’autre, car leur seul but est de supprimer la pluralité de la composition du corps électoral, c’est-à-dire notre diversité, qui est justement notre richesse de pensée et de réalisation. A vrai dire, il y a beaucoup d’autres méthodes utilisées dans le monde par les politiques pour garder le pouvoir : le parti unique, la dictature militaire ou civile, le bourrage des urnes et autres recettes moyenâgeuses.
    Bref, ce qui nous concerne aujourd’hui, c’est le prétendu patinage allemand. Les électeurs n’ayant, cette fois, pas obéi à la bipartition, voilà les politiques qui cherchent une majorité à trois ou quatre partis. Bien sûr, certains profiteront de cette situation pour vanter les mérites des autres méthodes, en rappelant que le multipartisme conduit au syndrome des majorités introuvables. Et tout le monde de se gausser de ces ridicules Allemands incapables politiquement, et fonctionnant seulement avec de grandes coalitions majoritaires . Vous savez ce que je pense de cette notion de majorité, inutile d’y revenir, la solution n’est pas là. Pas plus chez eux que chez nous.
    La solution est pourtant on ne peut plus simple et nous l’avons sous les yeux depuis longtemps. La base de la démocratie est, depuis toujours, le principe du gouvernement de la représentation populaire. Une fois élu, le parlement représente, certes très mal pour le moment, l’ensemble de la population. Et c’est cet ensemble qui doit gouverner. Si gouvernement il doit y avoir, alors tous les partis doivent y participer. Pourquoi certains électeurs n’auraient pas droit d’avoir leurs idées défendues. Y a-t-il vraiment des élus non représentatifs ? Certains sont-ils plus élus que d’autres ? Cessons ces lamentations de phoques et ouvrons les yeux. Tous les élus sont égaux. Il n’y en pas qui sont plus égaux que les autres. Ce mécanisme majorité/opposition est une vilaine plaie dans nos prétendues démocraties.
    Certes c’est un peu plus compliqué que ça, parce que ce fonctionnement collectif de tous les élus n’est pas possible avec la classe politique actuelle. Eh oui, les élus actuels sont incompatibles avec la démocratie. Clairement, il nous faut trouver un tout autre type de personnes pour représenter les électeurs et les gouverner. Ce genre de personnes existe, et même en grand nombre, et ce sont ces gens-là qui font fonctionner les associations par exemple. Ils sont capables de travailler ensemble, de chercher le bien commun, de penser à tous et trouvent des solutions à presque tous les problèmes. Evidemment ils n’ont pas pignon sur rue. Ce sont des obscurs et des bénévoles. Ils ne peuvent pas accéder à la représentation nationale, parce que la classe politique actuelle cherche uniquement l’entre-soi. Voilà notre réalité.
    La recherche de la meilleure décision est un idéal sur lequel se sont assis les politiques, car ce n’est pas du tout la meilleure décision qu’ils recherchent, mais uniquement la satisfaction des groupes de pression qui les ont mis en place. Et pour cela il leur faut un pouvoir sans partage, sans limite et sans comptes à rendre. Mais ça ne s’appelle pas la démocratie.

  • Papers

    Papers

    Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire de paradis fiscal. Comme si le monde entier n’était pas déjà le paradis des financiers. Tous ça est une blague de mauvais goût. Non, la seule chose à dire c’est que nous hébergeons avec des attentions de cocotte, des zones dédiées à la fraude, que l’on appelle honteusement des pays et même des Etats. Je ne vous parle pas des îles Marshall dont personne ne sait trop où elles sont, non je vous parle de Malte, du Luxembourg, de Man, de Monaco, du Lichtenstein, de l’Andorre, de Guernesey. Rien que des trucs de chez nous, bien au chaud sous la couette des champions de la démocratie, des héros des droits de l’homme, des donneurs de leçons au monde entier.
    Et bien sûr il y a plusieurs types de paradis selon ce que vous voulez cacher. Il y a ceux pour planquer de l’argent plus ou moins propre, ceux pour ne pas payer d’impôts, ceux pour faire des sociétés écrans, ceux pour n’être pas recherchés par la police, et quelques autres. Il y a aussi tous les spécialistes capables de vous donner tous les conseils dont vous auriez besoin. Ceux-là sont non seulement au courant de toutes les combines possibles, mais ils en créent, ils en inventent tous les jours, de façon à ce que, quand une vague tentative hypocrite de normalisation se fait jour, la parade soit déjà en place, afin que les pseudo-opérations de dénonciations n’enfoncent que des portes ouvertes, les bonnes portes restant closes.
    En ayant dit ça est-ce qu’on a tout dit : hélas non, car quand on met clairement sur sur le tapis ces dysfonctionnements, il y a un certain nombre de discours politiques que l’on ne comprend plus. Par exemple, les efforts que doivent faire les salariés pour attirer chez nous l’argent des investisseurs ne sont compréhensibles que si les bénéfices qu’il produit restent aussi chez nous avec l’impôt correspondant. Parce que si, au contraire, les bénéfices s’en vont dans les paradis, le cercle vicieux des dégradations des condition de travail ne se justifie plus. C’est de l’exploitation pure et dure comme au bon vieux temps.
    La réalité c’est que la fraude est la règle du jeu. Ceux qui sont respectueux du droit et de la justice, comme nous, sont les dindons de la farce. Ils n’ont rien compris. Ca veut dire nous n’avons rien compris, les autres oui, parce que la fraude est encouragée de tous les côtés.
    Est-ce que les entreprises fraudent : oui toutes. Est-ce que les institutions religieuses fraudent : oui toutes.  Est-ce que les riches fraudent : oui tous. Est-ce que les banques fraudent : oui toutes. Est- ce que les administrations, les ministères, les collectivités  fraudent : oui tous et toutes. Est-ce que les pauvres fraudent : ben non, avec quoi voulez-vous qu’ils fraudent.
    Je suis sûr que vous avez compris.
    Michel Costadau
  • Harcèlement

    Harcèlement

    En ce moment les sujets ne manquent pas. Et donc, après le glypho et l’indépendance des peuples et avant  les paradis fiscaux, on a le harcèlement sexuel. Sujet un peu délicat c’est sûr. Et d’ailleurs pourquoi délicat. Eh bien parce qu’il concerne des déviations de comportements sexuels, eux-mêmes assez naturels s’il en est.
    Je me souviens d’un documentaire, donc quelque chose d’assez récent, qui montrait un village papou qui venait d’enlever trois femmes dans la vallée d’en face et qui attendait une éventuelle riposte de leur part. Le village agresseur manquait de femmes et chacune avait été donnée à un nouveau mari. Même si vous ne me croyez pas, les femmes enlevées ne manifestaient aucune révolte, l’idée étant que ça ne changeait pas grand-chose pour elles.
    Bien sûr, depuis les Papous pas mal de choses ont évolué chez nous et il n’y a plus beaucoup d’enlèvement de femmes, bien qu’il en reste de solides traditions dont la plus connue est le franchissement du pas de la porte dans les bras de l’époux. Je ne sais pas pourquoi il fallait enlever sa femme, mais ça ressemble à une conquête, ce qui peut expliquer le statut de dépendance de l’épouse et à fortiori des épouses.
    Cependant, la dépendance est une notion domestique et n’explique pas le harcèlement sexuel, centre de l’attention médiatique actuelle. Ces actes peuvent relever de deux causes : soit une forte pression instantanée de la libido masculine, soit  un pouvoir discrétionnaire, c’est-à-dire sans limite de certains hommes. J’opte sans hésiter pour la seconde raison, car expliquer les gestes déplacés, voire le viol, par un irrépressible besoin, relève de la plus grande hypocrisie, qui est celle que nous ont assénée les psychanalystes et qui excuse tous les excès. Je ne vous fais pas non plus l’affront d’évoquer la séduction que mettraient en œuvre les femmes. Non, sans détour, c’est l’absence de retenue et de limite des hommes qui est en cause. Certains hommes se croient tout permis, que ce soit par l’argent, par la violence, par l’idéologie ou par les sentiments et, hélas, ils ont raison car dans notre société en décomposition, rien ni personne ne peut ni ne veut les arrêter.
    Du coup, il faut se rendre à l’évidence, la condition féminine a fortement régressé depuis 50 ans. Je ne parle pas seulement de la femme objet, du développement de la pornographie, des mœurs libres ou des sectes, mais surtout de ce manque de considération dans lequel ont été amenées les femmes, en grande partie à cause de ce concept aberrant de l’égalité des sexes. Avant les femmes étaient différentes, maintenant elles sont inférieures. Avant elles étaient sanctuarisées, maintenant elles sont banalisées. Dans cette situation, les hommes se sont forgé un mode de fonctionnement tout à fait plaisant qui comprend un ensemble de comportements typiques comme l’inertie, le raisonnement, le chantage, les enfants, le rapport de force, l’usure….et le harcèlement sexuel. Bien sûr ce sont les riches qui ont montré le mauvais exemple, mais cela concerne maintenant presque tout le monde.
    Alors y a-t-il moyen de remédier à ça ? Et bien euh non, c’est comme ça. Jusqu’à présent les femmes avaient peur de se promener seules la nuit, eh bien maintenant c’est même le jour, au bureau, dans le bus, chez des amis et chez soi. Certes cela ne concerne pas toutes les femmes ni tous les hommes, mais c’est l’état des lieux.
    En fait le problème est beaucoup plus global. Car il ne faut pas oublier que l’excès de pouvoir des hommes ne concerne pas  que les femmes, mais aussi tout le monde, hommes, femmes, enfants,  biens matériels y compris la nature.
    Je veux dire que seule une vision globale permet des analyses pertinentes, et ce n’est pas le cas des médias qui ne voient jamais qu’un seul aspect des situations et nous le démontrent encore une fois.
    Michel Costadau