Auteur/autrice : Michel Costadau

  • La Guerre

    La Guerre

    Voilà, on va parler des attentats et pas dans le sens du poil. Pas du tout. On va parler de notre monde et de ses nombreux accidents. Qu’est-ce qui est plus grave, à supposer que grave soit approprié, Fukushima ou Barcelone, l’automobile ou le terrorisme.
    A  Barcelone, les enquêteurs ont mis au jour une douzaine de cellules djihadistes, et à Wolfsburg les enquêteurs ont mis au jour une manipulation du logiciel de mesure de la pollution sur des millions de véhicules.
    A Barcelone, l’enquête démontre que les terroristes préparaient d’autres attaques, et à Wolfsburg les enquêteurs ont établi que tous les autres constructeurs automobiles avaient des procédés similaires de piratage des normes.
    A Barcelone, on est sous le choc disent les médias, et  à Wolfsburg avec les médias on sable le champagne de premier constructeur mondial.
    Oui j’en ai assez de la sauce aux attentats qu’on nous sert pour justifier encore plus de répression dans nos existences déjà laminées par  l’argent. Et cette sauce n’a qu’un seul but : stigmatiser la population et surtout les musulmans pour de pures raisons de pétrole et de guerre de religion. Poursuivre les terroristes, démanteler les réseaux, ok,  pour….pour sauver des vies humaines. Parce que les noyés de la méditerranée, les famines du Soudan, les asphyxiés du Sin-Kiang, les morts de la route, ce n’est pas des vies humaines, c’est quoi alors ?
    Oui il y des attentats, eh bien y a pas de quoi en faire un plat. Notre société, ou plutôt notre monde est accro à l’accident. Les attentats ne sont qu’un des modes de fonctionnement de notre société.
    L’accident c’est la mort brutale de gens qui n’avaient rien demandé. Dans les années 50, l’automobile tuait 17 000 personnes par an, oui pas 170 mais 100 fois plus. Je ne me souviens pas que l’on ait montré à la une des journaux ces accidents avec avocats, procès et comptes rendus. Je ne me souviens pas qu’il y ait eu des descentes de police dans les usines ni de bronca sur les voitures avec pressions morales pour dénoncer ce crime organisé.
    Vous voulez des pressions morales. Je cite « En Belgique, les enseignants d’une école maternelle tirent la sonnette d’alarme après avoir découvert certains signes de radicalisation dans le comportement d’enfants inscrits dans l’établissement, a rapporté lundi le quotidien belge Het Laatste Nieuws. ». Horreur.
    La route aujourd’hui c’est 3000 morts par an, oui pas 30 mais 100 fois plus et c’est dans la rubrique faits divers et chiens écrasés. Et pourtant beaucoup de jeunes vies ont été fauchés par ces chauffards qui, sans vergogne, s’émeuvent maintenant des filières de Syrie où l’on bombarde comme à l’entraînement et du Maroc où l’on viole et torture en toute impunité.
    Je ne sache pas que l’on n’ait jamais voulu éliminer la voiture, sauf les écolos pour respirer l’air pur de la campagne dans leurs centres-villes. Non, on nous a fait accepter les accidents de la route, en nous vendant l’amélioration de la sécurité, les autoroutes, les radars et autres galéjades. D’ailleurs maintenant il serait plutôt question de pollution et de particules fines que d’accidents.
    Alors voilà le constat : clairement  le capitalisme, maintenant mondial, est incapable d’assurer une vie normale sur notre terre. Il ne sait fabriquer que du malheur, des inégalités, de l’injustice, des réfugiés. C’est une continuation de la maudite conquête de l’Ouest avec ses massacres de millions d’Indiens. Un bon Indien est un Indien mort, un bon terroriste est un terroriste mort. Un bon opposant est un opposant mort. Sans remords mais les yeux fermés.
    Parce que les yeux ouverts on voit partout des sans-abris, partout des enfants malmenés, en Ethiopie ou au Venezuela mais aussi à Calais et à Budapest. Des millions de déplacés, d’immigrés, partout des massacres, des murs, des conflits, des exécutions et des camps, oui chez nous des camps et derrière les barrières ce ne sont pas des  pintades c’est des hommes comme vous et moi. Vous osez appeler ça un monde harmonieux et fait pour l’homme. Moi non.
    Le capitalisme mondial ne connaît qu’un traitement : son seul médicament c’est la guerre. Oui la guerre. On nous fait vivre dans la guerre, dans la haine, dans l’égalité des chances du plus fort. Aujourd’hui se préparent les guerres de demain en Asie, en Amérique et même en Europe. Tout ça pour pouvoir piller tranquillement la planète. Aujourd’hui, les plans de licenciement s’appellent plan de sauvegarde de l’emploi, le sabordage de l’air s’appelle marché du carbone et la disparition de la biodiversité, c’est-à-dire de la vie, s’appelle croissance ou même progrès. Le travail des enfants s’appelle délocalisation. Le trafic d’organe s’appelle médecine. Et le trafic d’esclave s’appelle marché du travail. Vous aurez beau vous cacher derrière des ONG, du bénévolat ou des manifs, il n’y a qu’un seul système capitaliste et il ne s’arrête pas à votre porte. Pas à la mienne non plus bien sûr, mais moi j’ai honte, je crie, car je ne sais plus où me mettre. Alors je le dis.

    Michel Costadau

  • Barrière médiatique

    Barrière médiatique

    Maintenant je voudrais expliquer que nous vivons dans un monde factice façonné par les médias, mais ce n’est pas facile. Bien sûr ce n’est pas le monde qui est factice, c’est l’image ou la représentation que l’on nous en donne qui ne correspond pas à la réalité. C’est d’autant plus pernicieux que, justement, cette notion de réalité est le fer de lance des médias. En fait, ils nous inventent une pseudo-réalité qu’ils veulent nous faire voir. Déjà, il est facile de comprendre que les paroles, les interviews, les témoignages sont singulièrement orientés et même les images ne nous donnent pas la réalité, en termes de causalité, de rationnel et de responsabilité. Pour cela, ils inventent les causes et les raisons. D’ailleurs, il est facile de remarquer que les images ont toutes un rapport à la violence, car ils veulent que ce soit notre quotidien.
    Pour étoffer mon propos, la première piste vient directement du contenu de ce qu’il est convenu d’appeler les infos.
    Si je regarde les titres de Orange, de Libé où du Monde, je vois que 90 % de sujets, en fait, ne nous concernent pas. Soyez sûr que je n’invente rien, je n’ai fait que du copié-collé.
    Orange.fr
    08:45 Lady Di, une fashionista qui a chamboulé la garde-robe royale
    08:41 La police de proximité va faire son retour d’ici « la fin de l’année » 
    08:27 Le Lincoln Mémorial à Washington dégradé
    08:25 Le Chilesaurus, « l’un des dinosaures les plus intrigants », révèle ses secrets
    08:00 Après Charlottesville, la pression enfle autour  
    Le Monde.fr
    09:21 Air Berlin dépose le bilan
    08:07 Les informations à retenir à 8 heures
    06:47 Venezuela : Wuilly Arteaga libéré
    05:42 Colombie : une victoire des indigènes
    04:07 Le désarmement des FARC prend fin
    02:09 Le chilesaurus, chaînon manquant ?
    Quand je dis que ça ne nous concerne pas, ça veut dire que ça se passe ailleurs, dans un espace géopolitique sur lequel nous n’avons aucune prise, et on nous apprend ainsi à n’avoir aucun pouvoir sur nos existences. Cette distanciation nous rend spectateurs impuissants, mais nous amène à ressentir quelque chose des faits qui nous sont présentés. Et ce ressenti nous aveugle et  nous empêche du coup de « penser » à ce qui se passe vraiment d’autre, en particulier pour nous. C’est à l’abri de ce bouclier médiatique que les acteurs économiques et politiques agissent chez nous en toute impunité en ne se préoccupant que de leur intérêt.
    La seconde piste vient des pans entiers du fonctionnement de notre pays qui sont totalement occultés par les institutions. En premier lieu, tout ce qui concerne la guerre et les armes. On l’a déjà dit mais on ne le dira jamais assez, la politique étrangère de la France est une zone de non-droit, où nos oligarques ont un pouvoir sans aucun contrôle. Typiquement, l’attentat d’Ouagadougou, ne peut être strictement relié à aucune opération de nos armées ou de nos services, car leurs actions sont  hors du contrôle démocratique et sont uniquement façonnées par les médias. On l’a vu aussi avec la Syrie, où il est devenu impossible de dire quel est le camp que nous défendons, ni même qui se bat contre qui en soutenant quoi ou qui.
    Une troisième piste est le contenu, tout autant occulté, des rencontres entre ce qu’on appelle les dirigeants du monde, et il y a beaucoup de rencontres et beaucoup de dirigeants. L’idée générale est qu’ils échangent des points de vue et se transmettent des messages. Seulement si ce n’était que ça, il n’y aurait aucun inconvénient à le rendre public. Mais ce n’est pas le cas. J’ai donc d’autres idées. Par exemple, l’idée qu’ils font des arrangements, des échanges, des ententes. Bombardements en Syrie ou sabordage au Venezuela. Là on comprend qu’ils ne tiennent pas tellement à ce que ce soit public, et la bonne question c’est : qui a mandaté notre gouvernement pour occuper le Mali, bombarder la Syrie ou négocier le CETA. D’ici à ce que nous allions en Corée, il n’y a qu’un pas pour lequel, comme d’habitude, on ne nous demandera pas notre avis.
    Mais c’est pas grave parce que vous êtes déjà persuadés que votre avis ne compte pas.
    Moi pas d’accord du tout.

    Michel Costadau

  • Tourista

    Tourista

    Retour des touristes en France, titre le Monde. Mais, en même temps, les Catalans ont commencé une lutte contre le tourisme invasif, à coup de tags et de blocage de terrasses de cafés. Invasif je crois que ça veut dire excessif parce que je vois bien de quoi il s’agit. Il s’agit des hordes de vacanciers. Je précise pour donner le ton que nous faisons, évidemment,  partie des envahisseurs en question, et même que l’Espagne est une destination très courue. Pour continuer, je ne vais pas parler que des Catalans mais généraliser le propos.
    Je note d’abord que cette réaction met en lumière un drôle de syndrome. Il apparaît que nous ne voulons pas les étrangers qui viennent chez nous, sans le sou, prendre notre travail, et pas non plus les étrangers qui viennent, au contraire, donner du travail chez nous et dépenser leur argent.
    C’est apparemment contradictoire. En fait pas vraiment, puisqu’on peut ne pas aimer une chose pas plus que son contraire, comme par exemple le très chaud et son contraire le très froid. Cependant, il y a une catégorie de personnes qui, elle, apprécie particulièrement les touristes : les commerçants, sans parler, bien sûr, de tout le secteur des industries du tourisme.
    En fait nous sommes en présence de l’évolution du modèle économique de la ville. Depuis fort longtemps, les commerçants ont été les chouchous des édiles municipaux, ce qui bien sûr n’a aucune explication rationnelle, sauf électorale. C’est la ville bourgeoise dans laquelle les riches et les pauvres vivent dans une grande proximité. Mais bientôt dans les faubourgs,  des cités ont été construites pour loger les travailleurs qui sont petit à petit devenu des chômeurs. C’est le modèle économique classique. Celui-ci, objectivé depuis plus de 50 ans, a tendance à dépeupler les centre-villes en chassant la population pauvre pour la pousser en banlieue afin de la remplacer  par des couches plus aisées. Ce modèle a aussi tendance à chasser les commerçants des centre-villes, les bobos préférant les espaces verts ou les aires de jeux. Bien entendu il ne s’agit pas principalement des commerces de bouche, mais surtout des petits commerçants et des artisans. Allez donc chercher un cordonnier, une mercerie ou une quincaillerie, c’est impossible. La même tendance voit les grandes surfaces et leurs galeries marchandes prendre de plus en plus de place dans les campagnes périphériques pour le malheur des agriculteurs et des amoureux de la nature.
    Seulement ça, c’est le modèle sans touristes.
    Au contraire, dans le modèle avec touristes on voit le centre-ville offrir des hébergements un peu comme les stations balnéaires ou hivernales avec des locations à la journée ou la semaine. On voit alors les commerces refleurir pour nourrir ou distraire cette nouvelle population. Beaucoup de cochonneries et de souvenirs mais du travail quand même. Evidemment, ce modèle avec touristes conduit à nouveau à faire monter les prix de l’immobilier, ce qui pousse encore les moins fortunés à quitter les villes pour les banlieues.
    Clairement, quel que soit le modèle, les petits sont chassés des villes. Oui, ne rigolez pas, c’est encore le libéralisme économique qui est à la manœuvre. Hélas, il ne faut guère compter sur lui pour nous proposer des modèles de villes démocratiques, pour ne pas dire humaines.
    Qui plus est, la campagne aussi est interdite aux pauvres, puisque les prix y sont prohibitifs. Alors que leur reste-t-il. Clairement, il ne leur reste que les taudis des villes en attente des fameuses réhabilitations de quartier. Le combat des Espagnols est donc assez juste, mais c’est, comme toujours, pot de terre contre pot de fer.
    Bon, mais alors que faire pour les vacances. Il faut peut être réfléchir à la solution américaine, où il n’y a pas de vacances et donc pas d’exode programmé. En fait on va déjà dans ce sens-là. Mais ce n’est pas dit que ça résolve le problèmes des pauvres. Beurk
    Bonnes vacances.
    Michel Costadau
  • Départ d’Yves-Marie

    Départ d’Yves-Marie

    Hommage de son frère Jean Costadau
    Bonjour,
    Tout d’abord, du fond du cœur, merci d’être venu. Vous êtes venus pour vous, bien sûr, mais aussi pour nous, la famille d’ Yves-Marie afin que nous puissions tous et chacun d’entre nous, aussi sereinement que possible, le laisser partir puisque c’est ainsi que va la vie.
    Pour lui et pour nous merci.
    Une vie de 68 années ne peux se résumer en quelques mots, mais pour nous laisser simplement un peu de temps pour nous souvenir, permettez-moi, en quelques mots, d’évoquer quelques étapes de sa vie. Je suis la personne la moins indiquée pour cela parce que je retiens peu les dates, les lieux et ce genre de choses, mais ce n’est pas grave c’est juste pour nous laisser le temps de nous souvenir.
    Yves était le dernier d’une fratrie de 3 garçons : Michel l’aîné, moi même le cadet et Yves le puîné. Michel et moi l’avons longtemps appelé notre petit frère. Pour le meilleurs et pour le pire, parce qu’un petit frère c’est aussi : « Oui, c’est mon petit frère, il ne veut pas me lâcher ». Pendant cette première partie de sa vie il a vécu, avec nous bien sur, à Paris, 9èm arrondissement, au 2 de la rue Moncey, 2èm étage. Pour nous trois la géographie du quartier se décline définitivement en fonction des rues ou habitaient nos amis, amis et amies, des adresses : des écoles, collèges puis Lycées, du local des louveteaux, puis des scouts et de la salle paroissiale avec son baby-foot et son ping-pong. Pendants des années, à nos moments de désœuvrement, nous avons contemplé de la fenêtre de notre appartement sur le trottoir d’en face, le Beurre Oeuf Fromage que tenait deux sœurs en tablier blanc et la concierge s’appelait Pauline et Yves était bien mignon sur les quelques photos qui restent de ce temps où maman nous pomponnait, cheveux en brosse, pour être bien fière de ses trois poussins à la sortie de la messe de 11h le dimanche matin et nous devions nous tenir bien droit.
    Mais cette ‘vie parisienne’ était celle que nous connaissions pendant l’année scolaire. Enfants nous passions toutes les vacances d’été dans le village de naissance de maman à côté d’Avignon. Des vacances de soleil, de mer aux Saintes Marie de la Mer et parfois de vent, le mistral. Le lien avec Port la Nouvelle est assez évident : le soleil, la mer et le vent ‘souvent’.
    C’est entre ces deux pôles que s’est passé pratiquement un tiers de sa vie.
    Après le bac et la tourmente de mai 68, Yves a eu une phase courte mais forte d’engagement politique à l’extrême gauche puis une phase ‘élevage de chèvre’, dans la région toulousaine, à la ferme dites le Rastel, longue maison basse typique du Lauragais, sur la commune de la Salvetat. Mais auparavant il y avait eu un passage par une école de théâtre, domaine auquel il reviendra plus tard et une relation forte établie avec Bruxelles. Yves était très passionné, très gentil, le plus gentil des trois, je crois que ça ne fait pas de doute, il avait hérité de la gentillesse de notre père, mais ce n’était pas une gentillesse molle, il pouvait s’emballer et il s’emballait pour un texte sublime, une pièce, un ballet, une idée politique.  La Belgique, pour nous parisiens, était à deux pas et nous allions facilement à Bruxelles pour un spectacle d’un soir. Puis une amie proche s’y est installée et cela a facilité les relations. C’est donc avec une amie Belge qu’il a vécu sa phase élevage de chèvres. Des chamoisées, charmantes à voir. Mais je crois me souvenir qu’il les a assez rapidement trouvée très espiègles pour finir par les trouver carrément insupportables.
    Je passe sur une phase chauffeur de poids lourds, après le Rastel je pense et avant la Belgique sans doute.  Chauffeur de poids lourds, Yves ? Il est clair qu’il n’avait pas le gabarit pour charger et décharger, mais à y bien regarder un poids lourd dégage de la force et une forme de beauté, deux éléments dont il avait besoin. Retrouvons-le en Belgique où il a intégré l’équipe technique des ballets du 20èm siècles, la compagnie de Maurice Béjart. Avec Béjart il a vécu des années passionnés, des tournées internationales et de grands moments en Avignon lorsque Jean Vilar a ouvert le festival à la danse. Je pense qu’Anne  parlera de ce temps là, mais je cite quand même le boléro de Ravel, en particulier avec Jorge Donn dans le rôle principal. Des ballets du 20èm siècle il est passé à l’atelier théâtral avec encore de grands moments à Bruxelles, en tournée et en Avignon. C’est dans cette période qu’il a rencontré Anne avec laquelle il a eu une fille et ensemble ils ont créé leur propre  compagnie de théâtre pour enfants : ‘Zanni’.
    Béjart, l’atelier théâtral, Zanni, sa fille : les années ont filé.
    Sa santé a commencé à décliner, il supportait de plus en plus difficilement les hivers belges. Il a dû arrêter de travailler. Il est venu s’installer à Port la Nouvelle où il a acheté une petite maison. Quand il est descendu il était fatigué, très fatigué mais peu à peu il s’est remis et il a fait son trou, comme on dit. Il a eu la chance d’avoir de bons voisins, que je remercie particulièrement au nom de toute la famille, il a établi quelques amitiés fortes, parce qu’il était très gentil et passionné, merci, merci à vous ses amis, et il a intégré une association de sécurité civile et de prévention des incendies. Cette association a été très importante pour lui. Avec ses collègues il a, en particulier, patrouillé longuement sur les routes accidentées du terroir de Fontfroide. Mais cette activité était un peu plus que cela. J’ai compris que les patrouilleurs formaient une petite communauté chaleureuse qui l’a accueilli et apprécié et il le leur rendait bien, je crois.
    La dernière année de sa vie a été envahie par la maladie qu’il a endurée avec – j’ai cherché le mot qui convenait, je n’en ai pas trouvé d’autre que le mot un peu désuet de – dignité. Première chimio puis scanner d’évaluation : pas d’évolution positive et les chimios le mettaient à plat. Deuxième chimio, scanner, pas d’évolution positive. Troisième traitement : immunothérapie, scanner pas d’évolution positive. Il a encaissé ces nouvelles, terribles, avec dignité. Il ne s’est jamais plaint de son sort. Il nous faisait part seulement de sa fatigue et de ses souffrances physiques. Peu à peu sa seule lumière est devenu sa fille. Sa femme aussi, mais surtout sa fille, son trésor, son admiration, sa réussite. Sa fille née en Belgique et qu’ils ont prénommée Aude. Une dernière fois, Yves, je polémique avec toi, et pour une fois, je suis sur d’avoir le dernier mot. Tu nous demandais toujours de protéger ta fille si fragile. Non, tu peux partir Yves, ta fille est déjà une femme.
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    Hommage de son frère Michel Costadau
    Enterrer ses parents on sait ce que c’est, on a déjà donné. Enterrer son frère c’est nouveau ça vient de sortir. C’est Yves qui a voulu commencer, comme son père exactement.
    Allez faut bien parler un peu des Costadau quand même. Nous étions trois et maintenant il en manque un. On pourrait dire c’est plus pareil. C’est vrai. Mais en fait ça fait longtemps que c’est plus pareil. Je veux dire qu’il y a eu de grands moments mais on vit plutôt sur notre lancée.
    Et pourtant pour Yves, la fratrie ça comptait beaucoup. Je crois même que pendant un temps ça a fait toute sa force. Moi il ne peut rien m’arriver : j’ai mes deux frères. Manière de dire à l’adversité : toi reste là bas si non j’appelle mes frères et ça va être réglé en 5 minutes. En plus il avait raison, nous étions soudés, fusionnels et bienveillants. Quand Yves arrivait à Bédarrides il nous disait j’ai trois questions à discuter avec vous. Et on discutait et le vin coulait et les belle sœurs montaient se coucher en attendant leurs maris. Nous étions une force, une vraie. Il faut dire qu’Yves, de la force il en avait besoin, car la vie n’a pas été très tendre avec lui. Bon.
    Bon on va pas rentrer dans les histoires de famille, mais disons qu’Yves était un idéaliste. Et un idéaliste ça a beaucoup d’envie mais pas trop de concret à se mettre sous la dent.
    Viscéralement Yves était pour la justice, la justice sociale je veux dire. De voir que les profiteurs avaient pignon sur rue au lieu d’être en prison, ça le dérangeait énormément. Ca le faisait vraiment souffrir et son impuissance était comme une plaie ouverte qui le minait.
    En fait depuis ses premiers engagements militants, il avait soif d’ordre, celui où les méchants sont détectés et punis avant de le devenir.
    En terme d’utopie Yves était pour une société juste naturellement sans qu’il soit nécessaire de se battre. Evidemment ce n’est pas la réalité mais la Belgique, au début, lui a convenu parce que c’est vrai qu’en Belgique il y a une plus grande convivialité. En plus en Belgique il a trouvé Anne et puis Aude et ça a été du bonheur. Une bonne époque.
    Et même depuis son retour en France, jamais il n’a dévié d’un iota sur la Belgique, un peu comme un Eldorado. Et pourtant c’est en Belgique qu’il a commencé à déprimer au point de devenir difficile à vivre pour sa famille. Très difficile.
    Yves était, aussi, un conteur né, capable de raconter avec tranquillité les trucs les plus incroyables. Cette aptitude venait directement de papa. Jean en a hérité un peu aussi et moi pas du tout.
    Parce que Maurice quand il parlait on ne savait jamais si c’était vrai, arrangé ou inventé. Papa en 39 a fait la drôle de guerre et ça s’est mal terminé mais, en fait, pour lui pas trop mal. Avec trois de ses copains, ils ont quittés le front, pour rattraper les Allemands qui les avaient dépassés. Alors ils ont fait 400 km à pieds en une semaine pour rejoindre Périgueux, sans changer de chaussures et en dormant dans les fossés. Pourquoi pas. Et à Périgueux alors qu’est ce que vous avez fait ? Ben comme il  n’y avait plus personne à la caserne on s’est démobilisé tout seul et on est rentré chez nous. Ben voilà c’est tout simple. Et si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé comme disait maman.
    Alors quand Yves racontait les danseurs ou les incendies de forêt, les sauvetages en mer ou les transports routiers, ça faisait rêver tout le monde. Et il avait l’aplomb nécessaire pour parler sans le petit sourire qui pourrait faire croire que c’est une blague.
    Et là, maintenant, Yves est parti discrètement comme ses parents, sans déranger personne, en laissant tout propre, tout en ordre derrière lui, pour sa fille et pour sa femme. D’ailleurs il n’aimait rien tant que ne pas déranger, faire comme s’il n’était pas là et se débrouiller tout seul. Seulement la maladie aussi s’est débrouillée et a été la plus forte. Ce qui fait que d’une certaine manière je suis content pour lui. Il ne souffre plus ni dans son corps ni dans sa tête. Il est apaisé et nous aussi. Je crois que c’est ça son message. Merci Yves. A bientôt.
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    Hommage spontané du frère de Anne, Vincent Van Rymenam, et de Marie Odile Audras
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    Hommage de sa femme Anne Van Rymenam
    Yves-Marie, je crois que tu aurais aimé entendre une dernière fois cette citation  que tu connaissais pas coeur:
    «… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
    Lorenzcio – Alfred de Musset
    Yves-Marie, mon bel étranger du sud,
    je t’ai rencontré il y a près de 40 ans, c’était au théâtre Jean Vilar à Louvain-la-Neuve, en Wallonie,  en Belgique où nous avons vécu.  Tu as travaillé avec les plus grands de la Danse et du théâtre. Tu as côtoyé Maurice Béjart, Jorge Don, avec eux, tu as fait le tour du monde.  On se retrouvait entre deux avions et notre amour grandissait.
    Tu as souvent été un travailleur de l’ombre mais surtout un être passionné, passionné de théâtre.
    Ensemble, nous nous sommes retrouvés  sur une même scène, je me souviendrai toujours de la cour d’honneur du palais des papes à Avignon.
    Nous avons fondé notre compagnie, le théâtre Zanni avec cette volonté qui t’était si chère de pratiquer un théâtre pour  tous.
    Quand notre fille Aude est née, nous avons fait du  théâtre pour les enfants.
    Tout au long de ces années, nous avons travaillé et joué ensemble. Tu as mis des étoiles dans des milliers de paires d’yeux d’enfants ! Aujourd’hui encore, je continue à faire vivre ce théâtre avec l’esprit que tu lui as insufflé.
    Quand tu as été fatigué, tu es redescendu dans ton sud qui t’était si cher.
    Tu m’as communiqué ton amour de ce  sud et c’est ici que j’ai ma maison.
    Avec toi, j’ai découvert une famille, une «belle »  famille que j’ai aimé comme la mienne.  J’ai aussi découvert ta fratrie et ce fameux esprit Costadau.
    Qu’est-ce que tu étais fier de tes frères.
    Cette fierté, tu l’as aussi transmise à notre fille qui va se retrouver bien seule sans toi.
    Yves-Marie, tu as été l’amour de ma vie, le père de ma fille.
    Tu aimais la mer,
    Avant ton dernier départ, j’ai envie de respirer profondément en conscience avec toi, avec tous ceux qui sont venus t’accompagner aujourd’hui.
    Respirer au rythme du flux et du reflux des vagues qui se déposent sur la plage…
    Une inspire profonde en t’envoyant un grand sourire.
    Une expire profonde pour t’aider à partir.
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     Hommage de sa fille Aude Costadau
    Papa, tu es parti trop tôt. Mais tu pars en me laissant fière de mon père.
    Le combat que tu as mené ces derniers mois est devenu un exemple pour moi.
    Aujourd’hui, je perds mon plus grand conseiller, mon plus grand confident, mais je ferai en sorte que tu puisses de la où tu es, être fière de moi, fière de ta fille.
    Quand j’étais enfant, pour pouvoir m’endormir tu avais l’habitude de me lire le petit prince.
    Aujourd’hui à mon tour, j’ai envie de t’en lire un extrait pour ton dernier sommeil.
    Extrait du petit prince :
    J’ai appris dit le petit prince que le Monde est le miroir de mon Ame…
    Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai.
    Quand elle est accablé, le monde lui semble triste.
    Le monde n’est ni triste ni gai il est là, c’est tout.
    Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais…
    J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement…
    « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux »
    Au revoir papa
  • Conviction

    Conviction

    La meilleure des défenses c’est l’attaque disent tous les stratèges. Je pense à ça parce qu’il est clair que nous sommes, depuis ce printemps, dans une bien mauvaise position. Nous avons poussé sur le balancier de la politique et il a été beaucoup trop loin. A force d’explications et de démonstrations nous avons réussi à balayer une partie de la classe politique mais le mouvement a pris trop d’élan et nous nous retrouvons avec une irruption massive du milieu des affaires en remplacement de nos politiciens professionnels et véreux. Je ne dis pas que c’est pire, encore moins que c’est mieux, je dis que nous devons nous défendre car il est certain que le milieu des affaires ne se soucie nullement de nous. Et clairement, la manière dont il se comporte dans le business n’a vraiment rien de reluisant.
    Alors attaquons.
    Attaquons ce président fantoche qui promet tout et rien et n’a aucune disposition pour rassembler, pour être un exemple, un modèle, un guide. Ce n’est pas quelqu’un qui pense, tout juste un fonctionnaire, comme son prédécesseur et ça n’a rien donné de bon. Il n’est en aucun cas le porteur de nos valeurs, de nos idées, de nos espérances. Il est content de lui et ça semble lui suffire. C’est un arriviste comme il en y en a partout et on n’a pas besoin de lui ici pas plus qu’ailleurs.
    Attaquons ce parlement croupion, triste émanation des openspace des multinationales dans lesquelles ce n’est pas ton avis qui compte mais le nombre de ceux que tu auras pu corrompre. En démocratie, les parlementaires sont les représentants du peuple auquel ils ont des comptes à rendre. Mais nous ne sommes plus en démocratie et non avons des apparatchiks préoccupés de leur avancement personnel, de leur barbe et de leur slim. Ils auraient du commencer par diviser par 10 les sommes que nous, oui nous, leur versons. Mais non ils ont enfilé l’habit et ils profitent, c’est tout ce qu’ils savent faire. Pas un seul d’entre eux n’est venu voir ses électeurs pour leur demander leurs avis. Eux ils reçoivent leurs ordres d’en haut, et pour commencer on ne les consulte même pas pour bien les habituer à obéir.
    Attaquons ces prétendues  réformes qui n’en sont pas parce qu’aucune n’est dans notre intérêt. Rien que des mesurettes à destination des gens aisés et des possédants. Je viens de découvrir que les achats de terres et de bois par des non-agriculteurs venaient en diminution à 75 % de l’ISF. Dur.
    Le vieux cliché que ce sont les riches et les patrons qui donnent du boulot nous a tellement été rabâché que beaucoup croient que c’est vrai. Non, non et non ce n’est pas l’argent qui donne du boulot ce sont les besoins des hommes et des femmes pour manger, se vêtir, s’amuser, se loger, voyager et même inventer, améliorer. Oui l’homme, toujours l’homme, pas les entreprises et les actionnaires. Ceux-là ne sont que des profiteurs, des sangsues que nous entretenons à grands frais.
    Attaquons ces médias dédiés à la désinformation et à la mascarade. Nos dirigeants sont le fruit des messages distillés sur les réseaux et non de l’opinion des électeurs, tant les médias sont devenus experts en manipulation, en vrais faussetés  et en fausses vérités.
    Attaquons cette Europe des lobbies qui dicte ses lois jusque sur les bancs de nos assemblées.
    Ok, ok bon mais alors ! Attaquer, attaquer c’est bien gentil oui, mais comment me direz-vous ?
    Nous n’avons pas de pouvoir, pas d’artillerie, pas de médias, pas de stratégie non plus, nous ne sommes pas organisés et avons même   un manque flagrant de crédibilité. Pour le moment nous crions dans le désert, ce qui produit peu d’effet et aurait tendance à nous décourager.
    Alors, quelle est la potion magique ?
    En fait notre seule arme c’est la conviction, notre propre et forte conviction que : oui nous ne sommes plus en démocratie, oui ce sont les riches qui font ce qu’ils veulent, oui nous ne nous défendons pas, oui l’exploitation est générale sur la terre, oui nos dirigeants nous emmènent dans une voie sans issue. Mais nous, oui nous, nous ne sommes pas vraiment convaincus. Nous faisons dans la retenue, dans le rosé : ~tout n’est pas si noir, ~on ne peut pas tout jeter, ~il y a de bonnes choses, ~il y a des gens bien partout, ~c’est pire ailleurs, ~nous avons encore le droit de vote, ~ça a toujours été comme ça. Non, non et non ça n’a pas toujours été comme ça. En vrai, nous ne croyons pas que ça pourrait être différent. Nous ne sommes pas vraiment convaincus, nous nous trouvons des excuses des faux-fuyants. Et cette faiblesse coupable est la principale force de nos  adversaires. C’est dans la tête que ça se passe, c’est dans la tête qu’il faut travailler.
    Alors convainquons-nous car personne ne se battra ou ne résistera à notre place. Ouf.

    Michel Costadau

  • Dupe

    Dupe

    Il ne semble pas que les Français aient bien compris comment marchent les impôts. Premier impôt par le montant, la TVA représente presque la moitié des ressources de l’Etat. Que vous ayez de petits ou grands revenus tout achat, toute vente, toute consommation donne de l’argent à l’Etat. Ce qui veut dire que, contrairement à ce que beaucoup pensent, tous le monde paie des impôts, puisque personne ne vit en autarcie. C’est donc, aussi, un impôt particulièrement injuste, puisque les ressources ne sont pas prises en compte. La TVA sur le kilo de patates est la même pour le milliardaire et pour vous. Cherchez l’erreur.
    C’est seulement l’impôt sur le revenu qui ne s’applique pas à tout le monde, mais ça ne veut pas dire que ceux qui ont le plus de revenus payent plus d’impôts. C’est là ou rentre en compte toute la litanie des niches fiscales, des exonérations et des fraudes plus ou moins légales.
    Ensuite, il y a une répartition entre impôts nationaux et impôts locaux.
    La taxe d’habitation, par exemple, dont quand même beaucoup sont dispensés, soit pour des revenus faibles soit pour le nombre de personnes à charge, fait partie de ces impôts locaux qui contribuent aux ressources des collectivités territoriales. C’est avec ces ressources que sont entretenus les routes, les établissement scolaires, les édifices publics et les maisons de retraite. Il s’agit donc bien de dépenses nationales mais faites par les collectivités.
    Alors quand le gouvernement veut d’un côté réduire les dépenses des collectivités et d’un autre côté supprimer la taxe d’habitation, il y a là un jeu de dupes dans lequel l’Etat fait une opération de communication mensongère, inégalitaire et hypocrite. Je m’explique.
    Si dans le même temps vous avez une réduction de vos revenus : limitation des heures sup, gel de  points, perte de clients, mais que vous la compensez par une réduction de vos dépenses : vacances, habillement, cadeaux, vous arriverez à rester à l’équilibre, peut-être même pourriez vous un peu épargner.
    Et donc si l’Etat dit à la population qu’il va supprimer la taxe d’habitation et qu’il va compenser la perte ainsi occasionnée dans le budget des collectivités, il paraît faire un acte généreux à destination de ceux des contribuables qui la payent.
    Mais si par la même occasion il demande aux dites collectivités de faire des économies, par exemple sur le personnel, les infrastructures ou sur les actions sociales, cela diminue d’autant la compensation qu’il est censé faire, puisqu’il aura moins d’argent à injecter en province.
    Peut-être même compte-t- il faire un petit bénéfice.
    Il apparaît donc dans cette affaire de la taxe d’habitation que ce n’est pas du tout l’Etat qui fait un beau geste, c’est simplement la population qui voit se dégrader les services. Et dans ce cas, toute la population. Ce qui veut dire que ceux qui ne payaient pas de taxe d’habitation vont finir par la payer par la dégradation des services qu’ils utilisent et dont ils ont particulièrement besoin. C’est pas beau.
    Pour ceux qui auraient encore des doutes, il suffit de bien comprendre que nous ne faisons là qu’imiter le modèle  britannique. Les Anglais ont compris depuis longtemps que la dégradation des services hospitaliers, par exemple, ne pouvait pas donner lieu à des mouvements de résistance puisqu’aucun public particulier n’était visé et que personne ne savait si pour son traitement on utilisait la molécule la moins chère mais moins efficace. Ces actions de façade vertueuse mais servant au fond à aider encore plus les riches, sont, d’ailleurs, la règle d’or des écoles d’administration.
    Notre pauvre gouvernement a pris ses idées chez les rosbifs et c’est nous qui sommes cuits.
    Michel Costadau
  • Menace

    Menace

    Fête Nat, c’est quoi exactement cette fête. Je vois d’un côté des drapeaux et des hymnes, d’un autre côté des défilés militaires, et enfin des bals et des feux d’artifice. Qu’en conclure ? Dites donc mais ça ressemble beaucoup à la fin d’une guerre vous ne trouvez pas ? Une guerre annuelle qui se terminerait en juillet. Swoup. Je ne dois pas être loin de la réponse, mais non, mais non, une guerre tous les ans peut-être, mais pas une victoire tous les ans, ça n’a pas de sens. Ou alors c’est juste la fête de la guerre. Bingo. C’est ça. Vive la guerre.
    Cela dit, le problème des guerres c’est qui est le vainqueur, s’il y en a un, et qu’est-ce qu’il gagne, s‘il gagne quelque chose. Et donc regardons si la France est en guerre.
    Hélas oui nous sommes en guerre mais sans l’avoir déclarée. C’est la version moderne.
    Nous sommes en guerre contre la Syrie. Certes nous avons du mal à faire beaucoup d’actions mais nous avons des bombardiers et le personnel qui va avec et nous balançons nos bombes régulièrement sans états d’âme. Le fait que nous n’ayons pas déclaré officiellement la guerre à la Syrie se traduit par des lectures assez ambigües de notre action. D’un côté nous n’avons plus de rapports diplomatiques avec la Syrie et d’un autre côté nous avons fait une grande campagne pour que chaque village accueille son réfugié syrien. Ce n’est pas d’une grande logique.
    Mais alors quand même c’est qui le vainqueur. Euh vous pouvez répéter la question ? Nous ne sommes pas les vainqueurs, ça c’est sûr, mais nous ne sommes pas encore battus non plus. Alors victoire à la Pyrrhus en vue, comme on dit. Peut-être, mais il me semble surtout que cette guerre n’est qu’une bataille de plus dans le cadre d’une guerre plus générale. Mais quand même, est-ce que nous avons gagné quelque chose ? Aïe eh bien ce n’est pas net du tout. Clairement nous avons fait de notre pays une cible pour les extrémistes et ils ne s’en privent pas. Nous avons renforcé notre dépendance par rapport aux US, ce qui n’a que des inconvénients. Nous sommes isolés en Europe avec une Italie qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés et la Hongrie qui n’en veut pas un seul. Le bilan est loin d’être positif. Honte.
    Et nous sommes, aussi, en guerre au Mali, au Niger, au Tchad, en Centre Afrique et en RDC. Là c’est sous le label du maintien de l’ordre, i.e. du maintien de l’ordre établi afin que les dictateurs protégés puissent continuer à nous, c’est-à-dire à nos multinationales, ouvrir les portes de leur mines, de leurs champs, de leurs ressources et de leur main-d’œuvre. C’est moyen-âgeux et surtout abject. Tout cela recouvert par le manteau troué de la lutte contre le terrorisme. C’est du Bush pur et dur. Sauf que c’est du French Bush. Honte.
    Ce n’est pas encore fini, parce que nous avons aussi une force de dissuasion. Si, si, si y parait que c’est vrai. Non pas contre les terroristes, ça n’a pas l’air de marcher avec eux. Non, contre euh contre….contre, ah oui……………. contre la menace. L’instrumentalisation de l’ennemi permet  d’en faire la menace. La menace n’a pas de nom ni de lieu. Elle est partout. Mais alors nos braves têtes nucléaires dans nos redoutables sous-marins sont dirigées vers où, vers qui ? Quelles villes leur sont assignées. Toulouse ? Là c’est même plus le nucléaire qui me fait flipper, c’est qu’on ne sait pas sur quoi sont braquées nos petites bombes atomiques. En plus, le fait que ce soit automatique, informatique, robotique et programmé, c’est ça le principal danger pour moi.
    Bon appétit quand même.

    Michel Costadau

  • Mariage gay

    Mariage gay

    C’est sans conteste le couple de l’année. Edouard et Emmanuel, avec un petit coté XVIe – l’arrondissement pas le Louis -, forment le couple le plus gai qu’on ait vu depuis longtemps – longtemps dans les médias ça veut dire 15 jours. Quand je dis couple c’est même le genre petits vieux, à preuve qu’ils commencent à se parler par personnes interposées : je lui ai demandé de ; il m’a dit que. Lui dit à sa femme : il faut faire des économies, notre budget ne peut pas suivre, Elle répond : mais bien sûr mon chéri, c’est comme si c’était fait, je vais commencer par les vacances : cette année tu resteras à la maison et moi j’irai avec les enfants chez maman. Et ainsi de suite. En plus c’est un couple techno, non pas boum boum boum, non, mais -cratique. Eh oui technocratique. Bon je prends ça à la rigolade mais, hélas, non seulement c’est loin d’être drôle, mais en plus ça m’inquiète franchement.

    Le principal inconvénient de la technocratie c’est d’être loin, loin, loin, très loin de la vie des gens. Tout le monde connaît, bien sûr, l’humour de Coluche disant qu’à l’hôpital les gens mouraient en bonne santé, c’est-à-dire guéris de l’affection pour laquelle ils étaient entrés, mais n’ayant pu supporter le traitement curatif. Pas de bol. La faute à personne.

    Si je vous dis ça, c’est qu’un sérieux parfum de technocratie flotte sur notre malheureux pays. Le peu que j’entends de ce que tout le monde appelle les nouvelles mesures annoncées me semble n’avoir aucun lien avec notre quotidien.

    Diminuer le nombre de députés, voilà bien une mesure incompréhensible. Diminuer le nombre de députés, c’est faciliter grandement la tâche des lobbies qui auront beaucoup moins de personnes à approcher et à sensibiliser. Oui vous savez on ne dit plus corrompre on dit sensibiliser. Qui plus est, diminuer le nombre de députés, c’est diminuer la représentation populaire, ce qui est exactement le contraire de la démocratie. C’est donc seulement une mesure technocratique.

    Il y a aussi cette histoire de vaccination, dont l’intérêt pour la sécurité sociale est assez flou. S’il s’agissait d’une claire mesure de santé publique tout le monde devrait applaudir, mais il semble qu’il s’agisse plutôt d’un cadeau aux labos où d’une mesure discriminatoire, ce qui est évidemment différent. Dans tous les cas, c’est typiquement une mesure techno puisque ni l’objectif ni les moyens ne sont évoqués.

    D’ailleurs, d’une manière générale, les technocrates ne disent pas à quoi ils s’attaquent et avec quels objectifs ; ils disent qu’ils font quelque chose de pas très précis dans un domaine un peu flou avec des moyens mal définis et sans la moindre possibilité de contrôler la mise en œuvre.

    Alors  bien sûr il est encore question de la loi travail. Cette  loi adoptée difficilement il y a un an et pas encore appliquée, va être modifiée on ne sait pas trop dans quel sens, puisqu’elle était déjà assez libérale. En tous cas on ne voit pas bien le rapport entre la loi travail et  le travail, c’est-à-dire le chômage. Si c’est une loi pour diminuer le chômage : bravo, si c’est le contraire : zéro pointé. Mais comme je vous le disais, ça n’a sûrement aucun rapport avec le travail, c’est purement technocratique.

    J’ai entendu aussi le rétablissement, ou la suppression on ne sait pas très bien du jour de carence pour les fonctionnaires. Vous voulez vraiment savoir ce que j’en pense. Ben oui c’est exactement ça. Pourvu que cette mascarade ne dure pas trop longtemps, parce que j’ai le sentiment que la population en a déjà assez. C’est le syndrome du gouvernement minoritaire qui apparaît. Emma est pressé parce que ça va tourner vinaigre bientôt, et Ed ne pourra rien pour lui. Et moi non plus évidemment.

     

    Michel Costadau

  • Départ d’Alain Galinier

    Départ d’Alain Galinier

    Ce n’est jamais drôle de voir disparaître son père. Jamais,

    Ce n’est pas facile d’apprendre le décès de son conjoint ou ex, mais alors c’est contre nature d’enterrer son fils, même s’il a déjà fait sa vie,

    Alain tu es mort trop tôt, trop jeune, trop vite,

    Une fois de plus tu nous a surpris,

    Parce que s’il y a quelque chose qui te caractérise c’est bien l’oubli de soi,

    Certains l’appellent la gentillesse, la générosité ou le courage, mais le vrai sentiment c’est que tu te comptais après les autres,

    Même si tu avais été détesté par la terre entière, que tu n’aies eu que des ennemis, Même.,

    Même alors, ce n’était pas une raison pour partir,

    A vrai dire il n’y a jamais de bonnes raisons pour quitter cette terre,

    La terre justement c’était ton domaine. Ton univers,

    Tu y posais dessus des murs, des constructions, des aménagements, avec tes mains, parfois avec des gants, vite troués, vite tu retrouvais tes mains,

    Ton contact c’était tes mains, pas pour prendre mais pour donner, des mains de maçon,

    Métier difficile que maçon, c’est lourd, ça brûle les doigts, il faut faire droit, contenir les forces du sol, du vent, de la pluie,

    Métier pénible, mais métier noble,

    Le maçon c’est le métronome du chantier, le pivot qui dit quand et comment les autres pourront intervenir,

    Et les autres, les amis, tes amis, ça c’était ta vraie richesse, ta seule richesse, ton bagage, ta marque de fabrique, ton trésor,

    Je ne les connais pas tous tes amis, mais tous ceux que je connais sont des hommes et des femmes qui comptent et sur lesquels on peut compter,

    Et pour eux tu comptais,

    Et tu comptes encore,

    En vrai, vraiment, je crois que tes amis t’aimaient et je crois que c’est la seule chose qui comptait pour toi,

    Tes amis c’était ta vraie mesure, ton mètre toujours dans la poche et tes amis toujours dans la tête et dans les yeux,

    Avec eux pas de fausse note, pas de retenue rien que du partage,

    Seulement à donner sans mesure tu t’es épuisé, tu as trop pris sur toi mais pour toi aussi il y a des limites,

    Tu t’es donné toi-même et, là, là, tu as éprouvé un peu de solitude,

    Des comme toi il n’y en a pas beaucoup,

    Alors tu as franchi la ligne, seul, et maintenant tu es de l’autre côté,

    Mais, en fait, tu le savais que tes amis seraient là, car tu n’es pas seul, tu n’es plus seul tu as tout le monde autour de toi,

    Alain nous sommes là,

    Nous sommes autour de toi aujourd’hui et nous te donnons la main, cette main qui a tant servi,

    Cette main, ta main, c’est notre lien, c’est ton dernier cadeau,

    Et nous le garderons longtemps,

    Très longtemps.

                                                                                 Michel Costadau

  • Contre-courant

    Contre-courant

    Maintenant que la séquence électorale est terminée essayons de comprendre les résultats. Nous avons un nouveau président. Ça ce n’est pas une surprise puisque l’ancien ne se représentait pas. Ce que l’on a commencé à découvrir pendant la campagne, c’est que son réseau ne voulait pas fonctionner avec les anciens partis. Du coup il en a créé un nouveau tout en débauchant diverses personnalités has been.

    Alors est-ce que ce nouveau parti est un hybride des deux anciens partis de gouvernement, avec vocation de les remplacer. Réponse : non pas du tout. Bon mais alors c’est quoi ce nouveau parti ? Réponse : c’est le parti de la classe moyenne. D’habitude la classe moyenne est partagée entre plusieurs opinions, bobos, cadres, jeunes diplômés, intellectuels et est l’objet d’une chasse de la part de tous les partis. Mais là, il y a eu cristallisation. C’est la génération d’après 68 qui se retrouve en pleine activité et que le système a fait prendre en mayonnaise. Et c’est le paradoxe de cette élection qu’après une campagne où tout le monde était soi-disant antisystème, on se retrouve avec une assemblée et un gouvernement entièrement système. C’est la stratégie de la fuite en avant. La croissance du PIB pour sauver la planète. C’est franchement triste.

    Mais comment cette cristallisation a-t-elle eu lieu ? Comme ingrédient nous avons d’abord une très forte propension de l’électorat à vouloir se débarrasser de la classe politique obsolète que nous avons. Cette faim de renouvellement a d’ailleurs conduit à des primaires désastreuses et à la déroute des candidats primés : Mélenchon + Le Pen + Macron font 2,5 fois Fillon + Hamon. C’est sur la base de ces primaires ratées que le nouveau parti s’est installé.

    Nous avons ensuite une mainmise totale de la finance sur les médias, ce qui permet à ses possesseurs de façonner l’opinion. Macron et le nouveau parti ont été littéralement portés par les médias de bout en bout : aucune critique, valorisation de toutes les différences, jamais d’affirmations péremptoires, interviews positivées, shows millimétrés.

    Enfin, nous avons un système électoral, strictement non proportionnel, qui fait le jeu des minorités afin de prendre le pouvoir. Cette minorité, de l’ordre de 19 % à la présidentielle et de 12 % aux législatives, permet avec les institutions de notre république de prendre le pouvoir par élimination. Ce n’est pas démocratique mais c’est légal. Vous en voulez encore ?

    Mais alors qui sont ces fauteurs de trouble qui ont voté Macron deux fois ? Car ce sont exactement les mêmes qui ont fait le président et les députés. Ca vaut le coup de regarder qui sont ces héros. Le plus fort contingent est constitué par ceux que j’avais désignés comme les souliers pointus. Ce sont ceux qui mangent au restaurant ou à la cantine à midi, car ils ne savent pas ce que c’est que d’amener sa gamelle ; ils mènent une vie de couple avec deux salaires, SUV, deux enfants scolarisés, sport collectif pour les garçons, gym pour les filles. La majorité travaille dans des bureaux plus ou moins climatisés, soit en grande entreprise soit en libéral. Ce sont eux, aussi, qui voyagent en avion, mais ne payent pas leur billet puisque aux frais de l’entreprise. Fondamentalement, ils font l’audience des émissions de télé et sont du coup complètement imbibés par les médias et sans défenses, mélangeant volontiers pub et infos. C’est dans cette sphère qu’ont été recrutés les députés et les ministres. A ceux-là s’ajoutent des transfuges déçus par la droite et la gauche, ainsi que certains socialistes à qui on a fait croire que Macron était de gauche.

    Mais tout le monde n’a pas voté Macron, loin de là.

    En schématisant rapidement on peut dire que ceux qui ont voté Le Pen sont les déclassés du système, ils n’y croient plus. Ceux qui ont voté Mélenchon sont les intellectuels, ils macèrent dans leur impuissance. Ceux qui ont voté Fillon sont les vrais riches, ou qui croient l’être trop. Et ceux qui ont voté Hamon sont les fossiles passéistes qui se sont arrêtés en 36.

    Bon, au résultat, les arrivistes sont aux manettes. Est-ce que c’est une bonne chose ? Eh bien pas du tout parce que nous sommes à contre-courant de l’évolution des autres pays. La prise de conscience de la mondialisation amène, partout dans le monde, les peuples à enclencher un mécanisme d’autodéfense, de retour sur soi. Il faut reprendre la main pour continuer à exister face au raz-de-marée de l’économie globale. Du coup, beaucoup de pays essayent de s’intéresser à leurs citoyens avec une dynamique nationaliste et une recherche démocratique. Les US, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, l’Inde, les pays de l’Est, l’Italie, et pas mal d’autres, veulent bien accompagner le système mais sans y perdre leur identité. En France nous venons de faire le choix inverse : tout pour l’économie, plus d’Europe, plus de multinationales, le pouvoir aux loups aux dents longues, le gouvernement des arrivistes. Une fois de plus après l’industrie, les services et les GAFAM, nous ne sommes pas dans le bon wagon. Nous avons choisi la facilité, celle qui consiste à aller dans le sens du business et de l’argent plutôt que de mener une véritable réflexion sur notre vie en société et son avenir.

    D’une certaine manière nous avons voulu reproduire la séquence Trump. La finance qui va défendre les exclus du système. Mais au lieu de donner le pouvoir aux nationalistes ou aux démocrates, nous l’avons donné aux fonds de placement, aux start-up et aux technocrates. Il n’est pas sûr  qu’ils veuillent nous le rendre. Je crois bien qu’il faudra le leur reprendre.

     

    Population

    Electeurs : 47 millions.

    Présidentielle

    Macron : 8 millions de voix,

    Le Pen : 7 millions,

    Mélenchon : 7 millions,

    Fillon : 7 millions,

    Hamon : 2 millions.

    Législatives

    EM : 6 millions de voix,

    LR : 6,5 millions,

    FN : 3 millions,

    Mélenchon : 2,5 millions,

    PS : 1,5 million.

    Michel Costadau