Auteur/autrice : Michel Costadau

  • SFM

    SFM

    C’est un billet important mais difficile à écrire. J’essaie de comprendre le rôle du Système Financier Mondial.

    1- C’est quoi le SFM.

    Oui je sais, j’invente un truc dont personne ne sait si ça existe vraiment mais dont tout le monde parle. C’est sûr que l’on a beaucoup mal à le décrire, mais il faut bien donner un nom aux choses. Pour voir ce que ça peut être il faut commencer par les fonds de placement ou d’investissement. Ils sont connus pour n’avoir qu’une seule stratégie, celle de la maximisation du profit et de l’argent qu’ils ont ou qu’on leur confie. Mais attention, ces placements représentent beaucoup plus que les budgets des Etats. Ce sont eux, les fonds, qui font la loi dans un grand nombre d’entreprise assurant ainsi la mainmise de la finance partout dans le monde. Le fait qu’ils soient nombreux ne veut pas dire qu’ils agissent tous de manière différente. Non, bien au contraire, ils agissent tous de la même manière. C’est pour ça qu’on peut parler de système. Cependant il n’y a personne qui dirige ce mouvement, c’est seulement un mode de fonctionnement. Et qui se développe encore. Il y a maintenant plusieurs millions de millionnaires en Chine. Et les millionnaires du monde entier agissent exactement de la même façon. A savoir que, quand on a de l’argent, on cherche à faire de l’argent avec l’argent. Quand on n’en a pas, eh bien on est obligé de travailler c’est simple.

    Donc ils agissent tous de la même façon, à tel point que les entreprises qui veulent s’en protéger n’ont qu’une solution c’est de ne pas être cotées en bourse afin d’avoir un actionnariat sous leur seul contrôle, ce qui peut hélas conduire à une grande opacité comme Lactalis ou Auchan. D’autres, comme Dell, sont amenés à racheter toutes leurs actions pour se soustraire aux fonds. De même vous avez bien suivi que l’un de ces fonds, actionnaire de Safran, était contre le rachat de Zodiac et s’employait à faire capoter cette décision. Ajoutons que certains fonds gèrent, à eux seuls, presque 10 fois le budget de la France. Ca commence à prendre tournure

    On peut parler aussi des membres des conseils d’administration des 40 entreprises du CAC. Si l’on compte en moyenne 10 administrateurs par conseil ils devraient être 400. En fait ils sont une grosse centaine car chacun siège dans 3 ou 4 conseils. Globalement, cette imbrication assure le contrôle de la finance sur le business et cela va bien au-delà du CAC40.

    Il convient aussi d’évoquer la porosité des frontières entre public et privé via les écoles et les administrations. Cette porosité est illustrée par l’entrée dans une banque d’affaires de l’ancien président de la Commission européenne ou par le pdg de BPCE ancien directeur de cabinet de Sarkozy. Cette porosité confirme s’il en était besoin le pouvoir de la finance dans notre pays.

    2- Le SFM a largement conquis la gouvernance mondiale et contrôle assez correctement le fonctionnement des pays dits démocratiques.

    Il est clair que le SFM fait à peu près ce qu’il veut sur notre planète, exploitation du sol et du sous-sol, productions délocalisées, argent stocké dans les paradis fiscaux, évitement des taxes et des impôts. Prenons quelques conséquences chez nous : le contournement des 35 heures qui n’ont, en fait, créé aucun emploi, les pressions sur les pouvoirs publics pour ne pas changer la réglementation des produits phytos, le détournement du CICE qui a surtout servi à augmenter le profit des entreprises au lieu de développer la recherche, le sabordage de l’Education Nationale au profit du confessionnel.

    On constate même maintenant une communication directe des entreprises à leurs salariés, par exemple Labo Fabre ou Paprec, pour donner des consignes de vote. Le fait que ça ne vous choque plus indique bien que le SFM est en terrain conquis.

    Bien, même s’il est certain qu’il faudrait développer plus encore cet état des lieux, et nous pouvons le faire quand vous voulez,  il faut bien voir que ce ne sont pas les instances démocratiques que nous élisons qui contrôlent le SFM mais bien le contraire. Dans ces conditions, tous les gouvernements démocratiques sont au mieux les gestionnaires, plus ou moins bons, du développement du SFM comme en Europe et Amérique du Nord, ou au pire sous le contrôle direct des financiers et des banques comme en Afrique ou en Amérique centrale. Paradoxalement, les gouvernements non démocratiques ou les dictatures sont moins vulnérables au SFM puisqu’ils ne peuvent acheter que le clan au pouvoir et non pas corrompre l’intégralité de la classe politique qui en général n’existe pas.

    3-Moyens d’actions du SFM.

    Le SFM a conquis un pouvoir presque sans partage et il le garde, mais comment ça se passe ? Là nous sommes sur des aspects mieux connus. D’abord, bien sûr, les lobbies, les puissants lobbies. Ces groupes de pression, légaux en démocratie, permettent à la finance de contrôler et d’anticiper toutes les législations qu’elle jugerait  défavorables. Les lobbies arrivent presque toujours à orienter les textes pour qu’ils aillent dans le sens qu’ils ont défini.

    Ensuite le fonctionnement même des institutions nationales ou internationales de nos démocraties. Les institutions françaises, européennes, américaines ou même mondiales ont toutes un double mode de fonctionnement. D’une part une façade avec des élus et d’autre part des services, des commissions ou des administrations non élues qui proposent, définissent et portent les dossiers. Contrairement à ce que vous pourriez croire, ces services ne sont pas sous le contrôle de la façade élue mais bien au contraire livrés aux pressions de la finance, ce qui est le but. L’exemple européen est le plus symptomatique. La Commission européenne, organe strictement non élu « fait » la politique européenne : travailleurs détachés, PAC, règles de concurrence, privatisation des services publics et d’une manière générale libéralisation.

    Les avancées du SFM peuvent aussi être appréhendées par quelques votes démocratiques récents. Par exemple le brexit. Ce vote permet au SFM de renégocier toutes les réglementations supranationales et il va réussir à sortir plus fort de cet épisode. Tout autant l’élection de Trump est porteuse de dérèglementation, en particulier dans le pillage de la planète. Le SFM espère de Trump une nouvelle libéralisation économique même au prix de la guerre et on en prend le chemin. Hélas dans ce domaine l’impuissance de l’ONU n’échappe à personne, on ne va pas y revenir.

    Il y a bien sur aussi, l’argent lui-même. L’argent est un argument que comprend presque tout le monde et qui permet d’influer sur toutes les situations y compris sur la justice, le droit, les libertés. Or qui a l’argent, eh oui c’est, la finance, c’est le SFM. Par exemple l’argent permet de posséder les médias qui vont « former » l’opinion et par exemple parler de « enjeux » de la présidentielle. L’argent permet d’acheter l’avis des scientifiques. L’argent permet d’obtenir les autorisations souhaitées. L’argent permet de faire des procès ou des guerres aux résistants. Ce n’est pas nouveau mais ça marche. Et ça a pris des proportions….mondiales.

    Cette situation dépasse complètement l’ancien clivage français gauche-droit de l’homme et droite -droit des entreprises. Il est remplacé par un positionnement par rapport au SFM : pour, avec ou contre.

    4-Positionnement de nos candidats par rapport au SFM

    Concrètement il y a ceux qui disent vouloir affronter le SFM, en général la gauche et dans notre cas Mélenchon, Hamon.

    Ceux-là ne sont pas très honnêtes car ils font croire qu’on peut, aujourd’hui, lutter contre le SFM. Mais hélas ils n’en ont pas les moyens et même loin de là, en tous cas pas seuls. Il y en a, parmi eux, qui disent encore qu’il n’y a qu’à supprimer les patrons, alors que ça fait longtemps que les patrons ne possèdent plus leurs entreprises ni leurs salariés. Il n’y a que des actionnaires et des fonds de placements. En plus, c’est grave d’essayer de tromper les gens avec des promesses complètement illusoires du genre : nous pouvons stopper le pouvoir de la finance, nous allons réduire le chômage, nous allons restaurer les services publics. Je ne pense pas que beaucoup de gens y croient vraiment mais il vaudrait mieux être plus réaliste si on veut arriver à quelque chose.

    Puis il y a ceux qui veulent pactiser avec le SFM, en général la droite et dans notre cas  Fillon. Ceux-là sont un peu plus honnêtes, en reconnaissant que le SFM a le pouvoir, mais du coup ne peuvent convaincre que les riches et les possédants. Cependant, ils cultivent l’ambiguïté en essayant de faire croire que même les petites gens en étant obéissants et respectueux  peuvent profiter du SFM. C’est-à-dire avoir de l’argent un jour. Ils ont aussi une approche dichotomique de l’ordre, à savoir : les contrôles de police en bas et la bienveillance des autorités en haut. Bien sûr il est grave de pactiser avec le SFM car c’est jouer avec le feu.

    Puis il y a ceux qui sont directement les instruments du SFM, en général les ni-ni et dans notre cas Macron. Là ça devient catastrophique car c’est mettre la finance au pouvoir. Il est encore temps de s’apercevoir qu’un pays ne se dirige pas comme une entreprise, que le gouvernement n’est pas un conseil d’administration et que le parlement n’est pas l’assemblée générale des petits actionnaires dont on arrive toujours à faire ce que l’on veut. Une fois pour toutes une entreprise, même si on y discute beaucoup, n’est pas un modèle démocratique. Ceux-là sont clairement les fossoyeurs de toutes nos envies de développement d’une société apaisée et essayant de vivre ensemble. Il est d’ailleurs facile de constater qu’ils donnent l’impression d’avoir tous les médias pour eux. C’est simplement qu’ils sont exactement dans la même démarche que les médias qui, comme on l’a dit, appartiennent à la finance

    Bien sûr il y a aussi des candidats qui ne veulent pas se positionner par rapport au SFM, en général les nationalistes, souverainistes et dans notre cas Le Pen. C’est intéressant et ça a l’avantage de ne pas être sur le même terrain que les autres, mais il faudra bien qu’ils s’y confrontent quand même.

    5-Conclusion.

    Que conclure de tout cela ? De toute façon ce n’est pas folichon.  On l’a dit, tous nos gouvernements actuels comme ceux à venir ne représentent pas le pouvoir du peuple, mais sont ou seront de simples gestionnaires du SFM. L’avènement d’une nouvelle classe politique dans de nouvelles institutions avec un régime parlementaire, paraissent un point de passage obligé.

    Cependant, comme je l’ai indiqué plus haut, aucun des prétendants actuels n’est en mesure de le faire et il semble que comme réaction à tous ces mensonges les électeurs se préparent à une cohabitation compliquée. Ce qui ne fera que retarder le retour à un régime parlementaire. Oui le SFM a de beaux jours devant lui. Cela n’encourage pas à voter et je crois que c’est la seule attitude raisonnable.

    Michel Costadau

  • Robots

    Robots

    Il est vraiment beaucoup question de robots en ce moment.

    Les robots suppriment des emplois.

    Les robots peuvent soulager des personnes.

    Les robots coûtent moins cher que la main-d’œuvre.

    Avec en corollaire : les robots vont devenir plus intelligents que nous, ouille !

    et dommage que nous laissions les Allemands et les Japonais fabriquer tous les robots, aïe !

    Et là-dessus arrive la taxe sur les robots. Plaf, en plein dans le mille.

    Dans le mille de ce qu’il ne faut pas faire. Il n’y a pas d’idée plus bête que la taxe. C’est le réflexe des ignorants et des incompétents. Créer une taxe c’est comme jeter l’ancre pour faire avancer le navire. Il est facile de comprendre que l’idée même de la taxe est basée sur l’existant c’est-à-dire sur le passé. On ne peut donc pas créer de taxe sur quelque chose à venir, puisque par principe ça n’existe pas encore. Bien au contraire, quand il y a de nouveaux domaines à industrialiser, les pouvoirs publics ont tendance à ouvrir toutes les autorisations et à fermer l’œil sur les nuisances potentielles, le temps que le système puisse installer ses actionnaires et engranger ses premiers profits. Y a qu’à regarder l’installation des bornes de rechargement pour les voitures électriques que l’Etat installe partout à ses frais. Ensuite seulement vient le temps de la taxe éventuelle, sachant qu’au bout du compte c’est toujours nous qui payons.

    A propos des taxes sur les robots pour créer des emplois, il faut savoir que dans l’établissement du budget national il est interdit de dire à quoi on veut consacrer telle ou telle recette, de même qu’il est interdit de dire d’où vient l’argent pour financer telle ou telle dépense. Seules les sommes globales sont considérées avec l’affichage du fameux déficit. C’est comme ça qu’est née LA taxe. La taxe ne sert à financer rien du tout, elle ne sert qu’à faire rentrer de l’argent. C’est bête.

    Maintenant, soyons clairs : les robots n’existent pas, non, il n’existe que des machines. Et des machines ça fait longtemps qu’on en utilise, ça fait même partie intégrante de l’humanité depuis l’arc jusqu’aux centrales nucléaires.

    Alors pourquoi faire une fixation sur les robots ? Bien sûr qu’il n’y aura jamais de taxes sur les robots, la question n’est pas là. D’ailleurs je vois déjà les gros titres : taxe sur les robots ménagers, les aspirateurs, les machines à laver, taxes sur les programmes informatiques et les chaînes de production. Eh oui toute ces machines suppriment énormément d’emplois. Qui n’a pas connu les salles de dessin d’Airbus, où toutes les pièces étaient conçues en trois vues sur la planche à dessin avec encre et lame de rasoir à la main, ne peut pas imaginer le nombre de postes de travail qui ont été supprimées par la CAO et autres programmes.

    Et pourtant les discours sur les robots sont à la mode. Clairement ceux qui en parlent le plus sont les chantres du productivisme, de l’industrialisation des usines ou du service. Eh oui, il faut habituer les populations à la disparition continue des emplois, il faut leur dire que c’est inéluctable. Mais en même temps il ne faut pas susciter de réactions d’opposition. Et pout ça rien de tel que de lancer l’opinion sur de fausses pistes : l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, la domotique, le cœur artificiel…et les robots.

    Et pour les énarques, une taxe sur les robots pour créer des emplois. Bingo. Ceux-là ajoutent d’ailleurs une dose d’incohérence à leurs propos en prônant en même temps le revenu universel. En effet, le concept de revenu universel n’est que la forme politique du chômage généralisé, c’est-à-dire du travailleur jetable. D’un côté on institutionnalise le chômage avec le revenu universel, et de l’autre on veut une taxe pour soi-disant créer des emplois. Cric

    Heureusement que les robots ne votent pas.

     

    Michel Costadau

  • Moutons

    Moutons

    Un ami me disait hier qu’en Chine, sur un chantier mené par des Européens, on constatait des pratiques assez extrêmes. D’une part, un mépris des règles de sécurité sur les matériels, pelle mécanique roulant sur des câbles électriques ou eau de vidange des bétonnières retournant dans la nappe. D’autre part, l’arrivée un beau matin de 2000 ouvrières pour faire en quelques jours le nettoyage du site. Les premières pratiques sont classiques et encore bien trop souvent en usage chez nous, pour des raisons de manque d’information, mais les secondes pratiques sont pour nous inimaginables. On voit mal les employés d’une usine d’automobile débarquer d’un seul coup sur un site de construction de route pour planter en trois jours 5 km de haies. En France, je veux dire.

    Ce coup de main n’est pas possible chez nous car, en fait, personne n’en aurait seulement l’idée. Sauf que je me demande si, avec le revenu universel, version Suisse je veux dire à 1500€/mois, ça ne deviendrait pas possible, mais il ne faut pas confondre revenu universel et planification centralisée. Bon, la seule entité qui joue de temps en temps un rôle de main-d’œuvre publique c’est l’armée, mais, à part trois pelés dans les aéroports et les gares, ça fait bien longtemps qu’elle a disparu de nos écrans locaux pour aller s’exiler dans le reste du monde. La dernière fois que l’armée a rendu service, c’était il y a longtemps pour emmener, avec ses camions, de la paille en Aveyron frappé par la sécheresse.

    Bref la question c’est de savoir pourquoi nous n’avons même plus l’idée de la mobilisation populaire pour des travaux d’intérêt général. Quand il y a un besoin, nous préférons faire appel à des organismes prévus pour ça, plutôt que de compter sur les citoyens. Il ne viendrait même pas à l’esprit d’un préfet de demander à la population de se mobiliser, par exemple, pour construire une digue contre les inondations. Et quand il y a une catastrophe, seuls les organismes estampillés sont autorisés à agir. 

    Alors certains diront que c’est le propre des sociétés dites développées d’avoir tout un tas de services plus ou moins publics d’assistance et de sécurité. Eh bien moi je ne dis pas ça, je dis qu’il y a sur notre planète divers modèles de société. Dans notre exemple, nous devons comparer des ouvrières propriété de l’Etat en Chine avec en France des ouvrières propriété de l’entreprise, c’est-à-dire des actionnaires. Y a-t-il un modèle meilleur que l’autre, ça se discute. En continuant notre réflexion, nous pouvons nous demander si les fonctionnaires sont propriété de l’Etat. La réponse est théoriquement oui et l’Etat français pourrait mobiliser tous les employés des impôts pour donner un coup de main, par exemple, dans des écoles ou des collèges. Mais, comme on l’a dit, c’est inimaginable. Attention je ne dis pas que les ouvrières chinoises ont un sens du collectif très développé, car il y a certainement un membre de l’appareil d’Etat qui leur a dit de se rendre sur le chantier, mais le fait est qu’elles ont rendu service et surtout qu’elles se sont retrouvées ensemble en foule à faire un travail de service public. Chez nous, les occasions de foule ne manquent pas : supermarchés, manifs, stades, mais aucune ne représente une démarche collective au service de la société. Je ne dis pas que c’est dommage, je dis que nous devons prendre conscience que notre modèle de civilisation produit des individus sans aucun apport collectif au fonctionnement de la société. Des moutons quoi, mais qui se plaignent d’être mangés. Cherchez l’erreur. Heureusement que les moutons ne votent pas.

    Michel Costadau

  • Bilan d’étape

    Bilan d’étape

    Allez on revient à la présidentielle pour faire un bilan d’étape. On va dire que c’est le sujet du moment, même s’il se passe des choses beaucoup plus importantes que ça dans le monde. Bon alors quelle est la situation ? Eh ! Eh ! il ne s’agit pas du tout de crier victoire, mais nous sommes en tête, les non-votants sont presque 1/3 des électeurs. Bien sûr la machine électorale considère que beaucoup sont des électeurs potentiels  pas encore décidés, mais ne boudons pas notre plaisir : l’abstention progresse considérablement.

    Alors certains n’hésitent pas à dire que dans la pagaille actuelle il est normal que les gens soient un peu refroidis mais que, quand ça redeviendra normal, l’abstention baissera. Euh… je ne vois pas ce que la situation actuelle a d’anormal. Elle ne redeviendra pas normale, c’est ça la normale. Les candidats ont toujours été ridicules, la télé matraque à tout va pour faire croire qu’il se passe quelque chose et les ralliements vont au plus offrant. La routine habituelle quoi, la routine. Mais par contre, que certains électeurs ne se sentent plus concernés par le cirque médiatique qui soutient cette élection, je ne vois là que de la saine prise de conscience.

    Et cette prise de conscience se développe avec une grande logique.

    D’abord la non-candidature de Hollande. Il a fait là une erreur de plus, en espérant que c’est la dernière. Il faut croire qu’il a été poussé par des réseaux plus puissants que les siens, mais néanmoins il a complètement plombé la primaire socialiste en empêchant un vrai débat sur ce qu’a fait le gouvernement depuis cinq ans. Maintenant il pleure sur les dégâts, mais le mal est fait et bien fait. Et voilà quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Ensuite, l’élimination de Juppé. Les Français voulaient Juppé. Ils attendaient le duel Juppé-Le Pen. Ils souhaitaient une confrontation pour pouvoir choisir entre droite nationaliste et droite libérale. Hélas la mafia catho a frappé et la droite se retrouve empêtrée dans un vaudeville dont ils ne sont pas du tout sûrs de sortir vainqueurs. Et voilà, encore, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Aussi le rôle trouble des candidats éliminés aux primaires. Ils ont beaucoup de mal à se rassembler derrière celui qui a été choisi. Mais ils oublient que si ça avait été eux les vainqueurs, ils auraient tenu à ce que tous les autres les soutiennent à fond. Je pense en particulier à Sarkozy et Valls qui sont passés de prétendants à disparus avec beaucoup de mauvais esprit. Et voilà, encore, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Enfin les francs-tireurs qui ont délibérément sauté la case primaire pour profiter uniquement des sondages. Mélenchon et Macron forment un duo pittoresque en proposant des approches symétriques. Le premier en voulant n’être avec personne et le second en voulant être avec tout le monde. Avec Bayrou ils ont inventé cette figure dite du hors système ou de l’antisystème qui ne veut strictement rien dire, puisque ce qu’il faudrait qu’ils disent c’est hors du système financier, mais ils s’en gardent bien car, hélas, ils en sont les plus fidèles supporters. Alors ils disent hypocritement : le système. Et voilà, à nouveau, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    En plus, la rationalité du vote a volé en éclats. Les seuls qui votent pour un candidat sont les électeurs de Le Pen. Tous les autres votent contre un ou plusieurs candidats. Les électeurs de Fillon et Macron votent contre Le Pen, ceux de Hamon et Mélenchon contre Fillon, Macron et Le Pen. Alors ceux qui cherchent, ce qui parait logique, à voter pour leur candidat ne le trouvent pas. Et voilà, encore, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Et nous, nous ferons pareil.

    Michel Costadau

  • Objectivité et neutralité

    Objectivité et neutralité

    Objectivité et neutralité c’est presque un sujet de bac. C’est sûrement le billet rasoir, juste fait pour s’endormir et je ne sais pas trop comment le rendre attractif. Mais bon ! Alors c’est en parcourant les règles déontologiques de Wikipédia que j’ai découvert que cette base de données ne revendiquait pas du tout l’objectivité mais la neutralité, le tout bien sûr dans le cadre d’une stricte vérification des informations. Evidemment je me suis demandé ce que ça voulait dire, si c’était mieux et tout ça. Bien que ça ne concerne que Wikipedia, dans le déluge de news que nous recevons, la question ne manque pas d’intérêt.

    Est-ce que le sens ordinaire de ces notions peut nous éclairer. L’objectivité, à ce qu’il me semble, c’est ne pas prendre parti et donner une version intégrale des faits sans idées préconçues. Un peu comme une caméra qui enregistrerait une scène.

    Mais alors la neutralité c’est quoi ? C’est semble-t-il donner toutes les versions d’un évènement sans préjuger de laquelle est la bonne, à supposer qu’il y en ait une. Peut être un peu comme plusieurs caméras enregistrant diverse images des faits.

    La différence apparemment c’est qu’avec la neutralité le lecteur doit se faire lui-même son jugement, alors qu’avec l’objectivité on lui propose directement une version.

    Evidemment Monsieur Untel est né le tant à tel endroit est à la fois objectif et neutre. Si, par contre on parle de 1000 ans en arrière, là ça devient plus compliqué et la neutralité prend son intérêt en proposant les diverses versions qui existent. Cependant l’objectivité aussi a ses vertus en proposant la solution la plus communément admise, ce qui permet de ne pas se perdre dans les détails mais est la source de bien déviations. En plus, dans notre exemple, la date exacte importe peu même si des histoires et des légendes se sont bâties dessus.

    Cependant, pour revenir sur nos images, il saute aux yeux que la ou les caméras ne montrent que ce que l’opérateur veut bien montrer.

    Alors si maintenant on propose : monsieur Untel est né le tant à tel endroit, dans une famille catholique et pratiquante. Est-ce que c’est objectif, est ce que c’est neutre ? C’est là où intervient la stricte vérification des informations. Selon que c’est plus ou moins vérifiable, on passe du neutre à l’objectif.

    Un peu plus compliqué : est-ce que les sondages sont objectifs ou neutres ou autre chose. La réponse n’est pas simple car on a la théorie  : les sondages donnent une photo de l’opinion à un instant, et la réalité  :  est-ce que les sondés sont crédibles, c’est-à-dire est ce que leur opinion est vérifiable. Réponse : bien sûr que non. Donc les sondages ne sont ni neutres ni objectifs, ce sont des sondages, c’est tout. Voila

    Plus amusant, si je rends compte d’une intervention de Trump est-ce que la transcription de son seul discours est objective ou bien faut-il aussi attendre le démenti ou la correction, puisque l’on constate qu’il fonctionne souvent par étapes : annonce, rectification, démenti, nouvelle annonce. L’ensemble de la séquence faisant la version neutre du discours.

    Finalement ce qui ressort de tout ça c’est que l’objectivité c’est rare, la neutralité c’est difficile et la vérification des  informations c’est un métier. D’ailleurs c’est peut-être ça le métier de Wikipédia.

    Michel Costadau

  • Pluralité

    Pluralité

    C’est la pagaille. La campagne actuelle ne se déroule pas normalement. A savoir que les sortants sont sortis, que les primaires n’ont servi à rien, que c’est une bataille de seconds couteaux pour le deuxième tour, et que personne ne parle de ce que les Français attendent, qui est tout simplement de mieux vivre, c’est-à-dire sans attentats, sans chômage et sans guerres. J’ajoute, parce que même si personne ne les défend, tout le monde y tient énormément, des services publics qui marchent.

    Mais, pour moi, cette situation est tout à fait normale. Ce qui se passe c’est uniquement la résolution de l’équation française : en France les gens ont des opinions différentes. Pas croyable. Bingo ! Euh il est temps de s’en rendre compte. La soi- disant élection présidentielle, clé de voute de notre république est un miroir aux alouettes où viennent se briser les projets politiques. Eh oui, il n’y a pas un point de vue unique, il y en a une bonne dizaine. Et le fait qu’ils existent est franchement rassurant.

    Du coup il est clair que chaque candidat est porteur d’une partie de notre stock d’opinions. Alors en élire un et un seul consiste tout simplement à éliminer 9 manières de voir les choses sur 10. Or notre richesse c’est cette diversité, ces différences, ce qui veut dire clairement que les régimes présidentiels sont des dictatures. Seuls, peut-être, les régimes parlementaires peuvent rendre compte de cette pluralité. Maintenant regardons ce que nous avons dans notre banque d’opinions en balayant symboliquement le paysage de gauche à droite.

    Dans le compte de Mélenchon, ce sont les utopistes qui veulent que le monde aille mieux. Ils réfléchissent pour essayer de trouver des solutions. Ils sont gentils. Ils ont bien sûr des idées de justice ou d’égalité un peu veillottes mais ils essayent d’être dans le coup, c’est-à-dire de partager les déchirements de notre société. Oublions leurs défauts et regardons ce qu’ils apportent. Leur apport c’est la solidarité, la liberté et l’évolution des institutions.

    Avec Le Pen, ce sont les irrités, les mécontents de leur sort. Ils ne réfléchissent pas, ils attendent. Ils s’engouffrent volontiers dans des solutions toutes faites, du moment qu’elles remettent en cause l’ordre établi. Cependant ils sont pour l’ordre et souhaitent que tout le monde s’entende bien mais sans savoir comment. Leur apport c’est le souci des petits, de la France d’en bas et la méfiance des élites.

    Avec Hamon, ce sont les paléo. Ils ont analysé l’histoire et croient à la révolution façon XVIIIe siècle. Ils savent comment changer les choses à condition que ce soit par le haut. Ils savent que la justice n’existe pas, mais seulement l’équilibre des forces. Volontiers sectaires ils ont besoin du rapport gauche-droite pour exister parce qu’en fait ils ne savent pas très bien où ils sont. Leur apport c’est la valorisation des différences, le respect de l’Histoire et le renforcement de l’Etat.

    Avec Valls ce sont les hommes de partis, intellectuels ou pas, mais ils veulent des structures, de l’encadrement. Ils croient aux technocrates et à leurs solutions parachutées. Ils croient que les pays peuvent s’entendre. Leur apport c’est l’entente internationale, les grands programmes et une valorisation des idées nouvelles.

    Avec Juppé, ce sont ceux qui veulent faire vivre les traditions républicaines : l’égalité a pour eux un vrai sens mais ils n’aiment pas la fraternité. Ils sont pour la séparation des pouvoir et celle de l’Etat et des religions. Ils sont plutôt riches ou aimeraient l’être. Leur apport c’est le maintien des services publics, la laïcité et l’équité.

    Avec Fillon ce sont plutôt les possédants, c’est-à-dire ceux qui possèdent quelque chose, la foi religieuse, l’argent, une femme, un patrimoine, un pays. Ils souhaitent surtout que rien ne change et sont donc défenseurs acharnés de l’ordre établi, les riches d’un côté, les pauvres de l’autre. Leur apport c’est le besoin de stabilité, la croyance dans le mérite et dans la réussite individuelle.

    Avec Macron, ce sont les aventuriers de la fuite en avant. L’avenir résoudra tous les problèmes, il n’y a qu’à laisser faire les forces en présence. Ils n’ont aucun respect pour les autres, pensant que le monde se gère depuis leur moi et il n’y a que ça qui compte. Leur apport c’est de ne pas avoir peur de l’avenir, de rompre avec les clichés et de défier l’ordre établi.

    Avec Bayrou, ce sont les intégristes, les hypocrites, défense du mariage mais maîtresse entretenue. Ils sont aussi pour l’ordre mais pas pour l’égalité. Ils prêchent la fraternité mais n’ont pas de cœur et sont prêts à mettre des bâtons dans les roues de tous les marginaux. Leur apport c’est le respect de la vie privée, les associations et les commémorations.

    Ce rapide survol permet de voir que chacun contribue à sa manière à notre pactole d’idées. Dans ces conditions, voter c’est diviser et ce n’est pas bon.

     

    Michel Costadau

  • L’affaire Macron

    L’affaire Macron

    Je crois qu’au début j’étais comme vous, complètement paumé. Mais d’où sort donc ce loustic que tous les médias encensent à qui mieux mieux. On ne peut plus ouvrir le moindre journal sans tomber sur sa photo, sur ce qu’il a dit, où il a été, ce qu’il a fait ou pas fait. Ce n’est plus la coqueluche de la télé c’est du bourrage, une espèce de pub permanente comme dans le métro.

    Et en plus j’étais très mal à l’aise parce que c’est le blackout sur ce qu’il pense, sur ce qu’il dit, sur le contenu de ses discours, à croire qu’il ne dit rien ou qu’il ne faut pas savoir ce qu’il dit. Il paraît qu’il dit je vous aime, je vous ai compris ou alors de gros bobards comme le crime contre l’humanité du colonialisme, sûrement qu’il voulait dire que le  capitalisme était un crime contre l’humanité mais peut-être qu’il s’est mal exprimé.

    De plus son look, aussi, me rend mal à l’aise. Enfantin, yeux vagues, angélique, le sourire de Carpeaux, exactement l’anti-image des grimaces de Trump et pourtant.

    Donc voilà, paumé et mal à l’aise. Mais quand même je réfléchissais, je regardais, je cherchais.

    Or il se trouve que je lis Le Monde, bien qu’avec dégoût de temps en temps. Il se trouve aussi que c’est Orange mon fournisseur d’accès. Et enfin il se trouve que je regarde Sputnik.

    Pour mémoire, Le Monde est un quotidien généraliste assez porté vers Israël, Orange c’est France Télécom, et Sputnik c’est l’agence de presse du Kremlin.

    Bien, qu’est-il sorti de tout ça ? Ce qui en est sorti je vous le donne en mille c’est Orange Bank.

    Tilt !

    Macron, ancien banquier de Rothschild & Cie, ministre de l’Economie pendant quatre mois pour faire une loi sur les banques et les professions libérales. Macron candidat des banques.

    Fallait oser, mais ils l’ont fait. L’homme sandwich des banques c’est lui. C’est le candidat des affaires, de la finance et tout s’explique.

    Tiens justement, c‘est la finance qui détient les médias. Alors les médias matraquent et en rajoutent. Macron candidat des médias.

    Tiens, le PS c’est le bon plan pour lui, non pas qu’il ait la moindre idée socialiste, mais c’est l’accaparement du centre qui l’intéresse, car comme tout extrême droitier qui se respecte il veut qu’on le croie au centre. Sauf que le centre c’est nulle part ça n’existe pas, c’est une illusion. Macron candidat du centre.

    Tiens aussi, l’engouement de pas mal de députés PS, la moitié je dirais, ben c’est une assurance-vie pour leur réélection. Ces députés-là n’en sont pas à un grand écart près. Comme ça sent le roussi du coté PS/LR ils se rangent derrière l’homme de la situation. Et ce sauveur eh bien il n’est évidemment ni de droite ni de gauche ni d’ailleurs. Il est celui qui va permettre leur réélection et ça vaut tous les sacrifices. Macron candidat des députés.

    Candidat de la finance, des banques, des médias et des députés ok, Sputnik j’ajoute et du Medef. Ca se tient. C’est vrai que personne ne parle du Medef en ce moment, ils se font tout petits mais puisqu’ils ont leur candidat, pas besoin de se montrer. Macron candidat du Medef.

    Comment cela va-t-il tourner ? Bien sûr je ne suis pas le seul à avoir démasqué cette candidature, beaucoup vont le faire et beaucoup vont s’en éloigner. Ce qui veut dire que Macron n’a aucune chance d’être élu. Alors que cherche-t-il ? La réponse est simple : il veut, ou plutôt ils veulent, un nouveau parti et avec des députés. Parce que il y a beaucoup de nouveaux partis mais ils n’ont aucun député. Alors est-ce la fin de l’hégémonie PS/LR ou une nouvelle hégémonie newPS/newLR ? On le saura bientôt.

     

    Michel Costadau

  • La droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste

    La droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste

    Ce n’est pas un billet très cool.

    Cela dit n’allez pas me faire dire ce que je ne pense pas : bien sûr que toutes les droites sont dangereuses mais oui la droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste ! Pour analyser cela il faut distinguer plusieurs plans. D’une part le programme, d’autre part la base électorale et enfin les réseaux.

    Sur le programme, hélas, il n’y a pas grand-chose à dire. La droite catho a en partie copié le programme FN et pour le reste on brode des deux côtés avec des généralités sur le nationalisme, l’Histoire et les nécessaires efforts. Pas de quoi rêver. De toutes façons, vous le savez, les programmes sont faits, seulement, pour attraper des électeurs et en aucun cas pour être une feuille de route. Ils sont donc accrocheurs ou provocateurs à souhait mais ils ne veulent rien dire. C’est les soutiens auxquels on donne le pouvoir en choisissant un candidat qui comptent.

    La base électorale est déjà plus parlante. L’électorat catho est basiquement bien pensant, avec des jeunes issus des mouvements de jeunesse d’origine paramilitaire ou d’associations semi-religieuses et des adultes bourgeois et conservateurs. Et même pour une bonne partie ultraconservateurs sous le couvert de Bayrou, Longuet ou Giscard. Evidemment la droite catho est située à droite de la droite républicaine mais entretient une inversion de positionnement en cherchant à être au centre. Pour y voir clair, il faut comprendre que le label  « I » comme indépendant est celui de la droite catho. De plus, la droite catho a aussi son fond de petites gens en ascension sociale, ou ses pauvres si vous préférez. Ceux-là, souvent de milieu rural, votent à droite pour faire comme les gens biens, qui sont cependant ceux qui les exploitent.

    L’électorat frontiste est beaucoup plus populaire et n’a pas de marqueur rassembleur comme la religion. Sa base électorale, à l’origine anciens combattants et pieds noirs a beaucoup changé depuis 30 ans, pour aller vers commerçants, fonctionnaires, employés, les petits en fait.  La notion la plus partagée est le sentiment d’exclusion. Le parti leur tient lieu de communauté avec une forte sensibilité laïque. Et cette sensibilité laïque se mélange au sentiment de frustration pour donner une xénophobie objectivée. Objectivée ça veut dire que l’on rentre dans le domaine des « yaka ». Il faut bien comprendre que la xénophobie est pratiquée par toute la droite. Toute la droite est xénophobe mais avec divers habillages.  

    Cependant, contrairement aux cathos, les frontistes n’ont aucune manière de faire de la discrimination pratique, peu de chefs d’entreprise, peu de riches, ils prennent donc de plein fouet la casse sociale. Alors que les cathos sont en mesure de pratiquer l’apartheid dans le boulot, dans le quartier, dans les écoles ou dans les associations, ça s’appelle l’entre-soi. Et comme il leur est possible de mettre en œuvre leurs sentiments xénophobes ils ont donc moins besoin d’en parler et veulent, ainsi, qu’on les croie centristes. 

    Au contraire la base électorale frontiste n’a comme défouloir qu’un concept de lutte contre l’immigration et les religions, concept amoindri par le fait que beaucoup d’immigrés sont au FN. Notons encore que, là aussi, il y a une inversion qui qualifie la droite frontiste d’extrême-droite alors que c’est, justement, le positionnement des « Indépendants ».

    En clair la base électorale de la droite catho, c’est le conservatisme, ceux qui pensent que leur religion est supérieure aux autres et que le colonialisme s’est arrêté trop tôt, bien sûr complété par le cortège de leurs pauvres.

    Tout aussi clairement, la base électorale de la droite frontiste c’est les beaufs chasseurs ou autres paysans mais surtout le cortège des exclus, déçus du socialisme et de la mondialisation. Eux ils pensent peu, trouvant d’ailleurs que les autres pensent trop avec leurs finasseries technocratiques.

    Si maintenant on regarde les réseaux, là ça devient vraiment révélateur.

    Les réseaux de la droite catho vont de la paroisse, aux cercles des patrons en passant par l’aumônerie, les organes pour la jeunesse, le diocèse, l’école privée, le syndicalisme catho et tout le petit monde associatif de l’aide, du secours et de la distraction. C’est ce réseau qui a fait élire Fillon et qui gère dans la sphère médiatique les rumeurs depuis les millions que gagne un chômeur musulman bigame jusqu’aux mœurs des hommes politiques. Clairement c’est là ou est le danger. Car c’est à eux que vous donnez le pouvoir en votant.

    La droite frontiste a aussi ses réseaux mais manque d’accès aux médias. Les cafés sont peut-être leur principal réseau avec les marchés, car ce sont des endroits ou les discussions peuvent prendre un caractère libéré. Bien sûr, certaines associations réactionnaires sur le mariage, l’avortement ou la justice sont au croisement catho/FN mais ne constituent que des réseaux faibles sans assise médiatique ou financière. Clairement les réseaux FN sont dans l’incapacité de mobiliser des foules, comme ç’a été le cas des réseaux cathos pour l’école privée ou pour Fillon.

    C’est pour ça que je dis que la droite catho est beaucoup plus dangereuse que la droite frontiste.

    Michel Costadau

  • Tendances

    Tendances

    Nous sentons bien que depuis quelque temps il se passe pas mal de choses dans le monde, mais je ne vois pas d’analyse globale, c’est-à-dire d’indications vers quoi ça va ces fameuses choses qui se passent. Les choses dont je parle c’est bien sûr Trump, Brexit, Syrie, Iran, Pétrole, etc. …  et accessoirement Europe. Alors les analyses nous allons les faire en commençant par les constats les plus simples.

    Première tendance : la fissuration des US. La mise en cause par les Etats de la politique fédérale de Trump, le questionnement sur le mode de scrutin avec des grands électeurs, la mentalité très libérale de la côte Ouest, montre non pas une volonté séparatiste, on n’en est pas encore là, mais à tout le moins une rupture du consensus Etats/pouvoir central. Si demain, par exemple, Trump voulait se lancer dans une guerre contre l’Iran il est probable que la cote Ouest ne voudrait pas y aller. Si de même un Etat votait une loi affaiblissant le pouvoir fédéral, il est probable que la cour suprême laisserait faire. En fait il se dessine trois zones aux US, la zone ouest libérale, mondialiste, presque laïque, la zone centrale religieuse, archaïque, conservatrice et la zone est riche, élitiste, guerrière. Et logiquement cette fissuration, à l’œuvre depuis longtemps en fait, mais révélée par l’élection de Trump conduit à l’affaiblissement du pouvoir des US. En d’autres termes, ce n’est pas Trump qui fait une nouvelle politique isolationniste, c’est la diminution du poids des US qui oblige son président à être protectionniste.

    Deuxième tendance : la fin de l’Europe politique. Vous allez me dire que l’Europe politique n’a jamais existé, c’est assez vrai mais quand même l’UE a un siège à l’ONU et une ministre des Affaires étrangères. Elle est intervenue politiquement dans divers conflits en Europe, du Kosovo à l’Ukraine. La marque politique de l’Europe c’était les Droits de l’homme. Et surtout il y avait au début une volonté pour renforcer cet aspect politique avec plus de pouvoir pour une diplomatie européenne, une défense européenne, une justice européenne. Bon mais voilà, à cause de l’ouverture à de nouveaux pays sur de simples bases comptables, tout ça n’a jamais abouti et a été supplanté par une Europe purement économique. En fait, le Brexit n’est pas la cause de la disparition politique de l’Europe mais le résultat. Le départ des Britanniques et de leur empire veut dire que si l’Europe n’est que le marché commun alors autant se débrouiller seul, c’est-à-dire avec des accords bilatéraux. La perte de l’identité européenne des Droits de l’homme s’est faite avec les accords OMC, le TAFTA, la négociation avec des Etats voyous comme la Turquie ou Israël et aussi avec l’ouverture à l’Est. L’Europe s’est rabaissée au rang de simple vendeur de camelote sans plus aucune prétention politique. Les principales victimes de cet abandon politique sont toutes les velléités démocratiques dans le monde, y compris chez nous.

    Troisième tendance : le rôle d’arbitre de la Russie. On voit mal Trump se posant en conciliateur dans les divers conflits mondiaux. Il a déjà perdu toute légitimité et autorité pour cela. Force est de constater que ce n’est pas le cas de la Russie qui ne fonctionne pas à coup d’anathèmes et d’exclusion. On peut dire que la tendance America first a été pratiquée par la Russie depuis 20 ans pour délimiter sa zone de puissance locale. Mais au-delà de cette zone, la Russie entretient de bons rapports avec tous les pays du monde sauf l’Europe. Mais, comme on vient de le voir, l’Europe n’a plus de puissance politique et cela donne à la Russie un nouvel espace. Paradoxalement, la Russie va remplacer l’Europe comme défenseur des Droits de l’homme. On voit déjà son rôle arbitral au Moyen Orient. On risque maintenant de le voir dans les tensions Chine-US ou Chine-Inde. De plus la Russie n’a pas dit son dernier mot en Europe. Elle commence, ainsi, à mettre en selle un nouveau modèle démocratique se démarquant du fonctionnement américain basé sur le contre-pouvoir de la presse et des avocats ou des pays européens aux institutions purement technocratiques.

    Ce modèle donne un poids beaucoup plus fort aux besoins collectifs en contre-partie d’une extension de pouvoir dans la sphère personnelle. Pour le dire plus hot pas besoin de permis pour construire ta maison au bord de la mer, mais par contre rien n’arrête les bulldozers si on doit raser ta maison pour faire un hôpital ou une usine. Ce modèle, de nature indéniablement populiste, tend à combattre l’écueil de nos démocraties, à savoir l’impuissance des citoyens.

    L’analyse n’est pas finie il y a, aussi, d’autres tendances à l’œuvre comme le simili-impérialisme chinois, mais on y reviendra une autre fois.

    Michel Costadau

  • Rayonnement et trou noir

    Rayonnement et trou noir

    Je vous l’avais bien dit que Trump c’était bon pour nous. Avec « America first », ce qui se traduit par « Amérique seule », les US tombent dans le syndrome isolationniste. Ce qui est un peu plus nouveau c’est que le clown continue à faire du cinéma. On verra ou cela mène mais je suppose que les avocats se réjouissent d’avance. Par contre ce cirque fait ressortir cruellement l’absence de la France de la scène politique.

    Eh oui les Américains se détendent avec Trump qui leur fait oublier leurs soucis, les Anglais s’amusent avec le Brexit qui leur permet de faire ce qu’ils veulent, les Russes sont à la manœuvre en Syrie, en Ukraine et tiennent une conférence permanente avec la Turquie et l’Iran. Les Allemands sont au top de la forme économique. Les Suisses votent sur le revenu universel à 1 800€. Les Espagnols ont commencé à apprendre à se passer de gouvernement. Et nous, ben nous on en est aux peaux de bananes et aux casseroles.  

    Pourtant il y a encore quelques années nous faisions partie des pays influents dans le monde : G7, Ukraine, Syrie, Turquie, réchauffement, on nous demandait notre avis. Alors que s’est-il passé ?

    Il s’est passé qu’on a eu Sarkozy suivi de Hollande. Le premier était un nombriliste obsédé par la nationalité. Le second un fonctionnaire sans ambition qui attend sagement la retraite. Des deux c’est quand même Hollande qui a le plus réduit comme peau de chagrin notre présence sur la scène ou plutôt notre participation aux événements du monde.

    Bien sûr c’est leur faute mais, en fait, pas seulement.

    Pourquoi : parce que ce qui a rendu cela possible c’est notre système politique verrouillé par une classe ou plutôt une caste  qui fonctionne en circuit fermé et se reproduit uniquement par cooptation. Les déboires de Fillon ne sont pas du tout dus à une volonté de détournement de fonds, mais à la simple évidence que ces gens-là font ce qu’ils veulent, sans même imaginer qu’on puisse leurs demander de rendre des comptes. Ils vivent dans un microcosme. Toutes leurs idées ne visent qu’à profiter de leur position dominante pour avantager tel ou tel copain ou relation et bien entendu s’avantager eux-mêmes. Mais comme ils discutent seulement entre eux et à l’abri des institutions, aucun  ne se pose la question des valeurs, des idées et des images que nous, la France, véhiculons. La classe politique est un trou noir qui absorbe le rayonnement de notre pays.

    Et c’est comme ça que personne ne trouve rien à dire quand, par exemple, on nous vante le commerce des armes de la France avec une excellente année marquée par plein de commandes. Seulement, du coup, l’image que ça donne de la France n’est plus porteuse d’idées, d’universalité, d’entente ou de solidarité internationale, mais de pots de vins et de négociations cachées. De même notre COP21 n’a convaincu personne et a vite été recouverte par une COP22. Qui plus est l’Europe des droits de l’homme a emboîté le pas et bifurqué vers le refus de l’immigration et même la désunion.

    Nous sommes donc une étoile éteinte dans une galaxie qui ne rayonne plus. Alors maintenant, mettre un tel ou un tel à la présidence ne changera strictement rien tant que nous laisserons cette classe politique totalitaire se comporter en terrain conquis. Et le terrain conquis c’est nous.

     Michel Costadau