Auteur/autrice : Michel Costadau

  • Bilan d’étape

    Bilan d’étape

    Allez on revient à la présidentielle pour faire un bilan d’étape. On va dire que c’est le sujet du moment, même s’il se passe des choses beaucoup plus importantes que ça dans le monde. Bon alors quelle est la situation ? Eh ! Eh ! il ne s’agit pas du tout de crier victoire, mais nous sommes en tête, les non-votants sont presque 1/3 des électeurs. Bien sûr la machine électorale considère que beaucoup sont des électeurs potentiels  pas encore décidés, mais ne boudons pas notre plaisir : l’abstention progresse considérablement.

    Alors certains n’hésitent pas à dire que dans la pagaille actuelle il est normal que les gens soient un peu refroidis mais que, quand ça redeviendra normal, l’abstention baissera. Euh… je ne vois pas ce que la situation actuelle a d’anormal. Elle ne redeviendra pas normale, c’est ça la normale. Les candidats ont toujours été ridicules, la télé matraque à tout va pour faire croire qu’il se passe quelque chose et les ralliements vont au plus offrant. La routine habituelle quoi, la routine. Mais par contre, que certains électeurs ne se sentent plus concernés par le cirque médiatique qui soutient cette élection, je ne vois là que de la saine prise de conscience.

    Et cette prise de conscience se développe avec une grande logique.

    D’abord la non-candidature de Hollande. Il a fait là une erreur de plus, en espérant que c’est la dernière. Il faut croire qu’il a été poussé par des réseaux plus puissants que les siens, mais néanmoins il a complètement plombé la primaire socialiste en empêchant un vrai débat sur ce qu’a fait le gouvernement depuis cinq ans. Maintenant il pleure sur les dégâts, mais le mal est fait et bien fait. Et voilà quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Ensuite, l’élimination de Juppé. Les Français voulaient Juppé. Ils attendaient le duel Juppé-Le Pen. Ils souhaitaient une confrontation pour pouvoir choisir entre droite nationaliste et droite libérale. Hélas la mafia catho a frappé et la droite se retrouve empêtrée dans un vaudeville dont ils ne sont pas du tout sûrs de sortir vainqueurs. Et voilà, encore, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Aussi le rôle trouble des candidats éliminés aux primaires. Ils ont beaucoup de mal à se rassembler derrière celui qui a été choisi. Mais ils oublient que si ça avait été eux les vainqueurs, ils auraient tenu à ce que tous les autres les soutiennent à fond. Je pense en particulier à Sarkozy et Valls qui sont passés de prétendants à disparus avec beaucoup de mauvais esprit. Et voilà, encore, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Enfin les francs-tireurs qui ont délibérément sauté la case primaire pour profiter uniquement des sondages. Mélenchon et Macron forment un duo pittoresque en proposant des approches symétriques. Le premier en voulant n’être avec personne et le second en voulant être avec tout le monde. Avec Bayrou ils ont inventé cette figure dite du hors système ou de l’antisystème qui ne veut strictement rien dire, puisque ce qu’il faudrait qu’ils disent c’est hors du système financier, mais ils s’en gardent bien car, hélas, ils en sont les plus fidèles supporters. Alors ils disent hypocritement : le système. Et voilà, à nouveau, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    En plus, la rationalité du vote a volé en éclats. Les seuls qui votent pour un candidat sont les électeurs de Le Pen. Tous les autres votent contre un ou plusieurs candidats. Les électeurs de Fillon et Macron votent contre Le Pen, ceux de Hamon et Mélenchon contre Fillon, Macron et Le Pen. Alors ceux qui cherchent, ce qui parait logique, à voter pour leur candidat ne le trouvent pas. Et voilà, encore, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Et nous, nous ferons pareil.

    Michel Costadau

  • Objectivité et neutralité

    Objectivité et neutralité

    Objectivité et neutralité c’est presque un sujet de bac. C’est sûrement le billet rasoir, juste fait pour s’endormir et je ne sais pas trop comment le rendre attractif. Mais bon ! Alors c’est en parcourant les règles déontologiques de Wikipédia que j’ai découvert que cette base de données ne revendiquait pas du tout l’objectivité mais la neutralité, le tout bien sûr dans le cadre d’une stricte vérification des informations. Evidemment je me suis demandé ce que ça voulait dire, si c’était mieux et tout ça. Bien que ça ne concerne que Wikipedia, dans le déluge de news que nous recevons, la question ne manque pas d’intérêt.

    Est-ce que le sens ordinaire de ces notions peut nous éclairer. L’objectivité, à ce qu’il me semble, c’est ne pas prendre parti et donner une version intégrale des faits sans idées préconçues. Un peu comme une caméra qui enregistrerait une scène.

    Mais alors la neutralité c’est quoi ? C’est semble-t-il donner toutes les versions d’un évènement sans préjuger de laquelle est la bonne, à supposer qu’il y en ait une. Peut être un peu comme plusieurs caméras enregistrant diverse images des faits.

    La différence apparemment c’est qu’avec la neutralité le lecteur doit se faire lui-même son jugement, alors qu’avec l’objectivité on lui propose directement une version.

    Evidemment Monsieur Untel est né le tant à tel endroit est à la fois objectif et neutre. Si, par contre on parle de 1000 ans en arrière, là ça devient plus compliqué et la neutralité prend son intérêt en proposant les diverses versions qui existent. Cependant l’objectivité aussi a ses vertus en proposant la solution la plus communément admise, ce qui permet de ne pas se perdre dans les détails mais est la source de bien déviations. En plus, dans notre exemple, la date exacte importe peu même si des histoires et des légendes se sont bâties dessus.

    Cependant, pour revenir sur nos images, il saute aux yeux que la ou les caméras ne montrent que ce que l’opérateur veut bien montrer.

    Alors si maintenant on propose : monsieur Untel est né le tant à tel endroit, dans une famille catholique et pratiquante. Est-ce que c’est objectif, est ce que c’est neutre ? C’est là où intervient la stricte vérification des informations. Selon que c’est plus ou moins vérifiable, on passe du neutre à l’objectif.

    Un peu plus compliqué : est-ce que les sondages sont objectifs ou neutres ou autre chose. La réponse n’est pas simple car on a la théorie  : les sondages donnent une photo de l’opinion à un instant, et la réalité  :  est-ce que les sondés sont crédibles, c’est-à-dire est ce que leur opinion est vérifiable. Réponse : bien sûr que non. Donc les sondages ne sont ni neutres ni objectifs, ce sont des sondages, c’est tout. Voila

    Plus amusant, si je rends compte d’une intervention de Trump est-ce que la transcription de son seul discours est objective ou bien faut-il aussi attendre le démenti ou la correction, puisque l’on constate qu’il fonctionne souvent par étapes : annonce, rectification, démenti, nouvelle annonce. L’ensemble de la séquence faisant la version neutre du discours.

    Finalement ce qui ressort de tout ça c’est que l’objectivité c’est rare, la neutralité c’est difficile et la vérification des  informations c’est un métier. D’ailleurs c’est peut-être ça le métier de Wikipédia.

    Michel Costadau

  • Pluralité

    Pluralité

    C’est la pagaille. La campagne actuelle ne se déroule pas normalement. A savoir que les sortants sont sortis, que les primaires n’ont servi à rien, que c’est une bataille de seconds couteaux pour le deuxième tour, et que personne ne parle de ce que les Français attendent, qui est tout simplement de mieux vivre, c’est-à-dire sans attentats, sans chômage et sans guerres. J’ajoute, parce que même si personne ne les défend, tout le monde y tient énormément, des services publics qui marchent.

    Mais, pour moi, cette situation est tout à fait normale. Ce qui se passe c’est uniquement la résolution de l’équation française : en France les gens ont des opinions différentes. Pas croyable. Bingo ! Euh il est temps de s’en rendre compte. La soi- disant élection présidentielle, clé de voute de notre république est un miroir aux alouettes où viennent se briser les projets politiques. Eh oui, il n’y a pas un point de vue unique, il y en a une bonne dizaine. Et le fait qu’ils existent est franchement rassurant.

    Du coup il est clair que chaque candidat est porteur d’une partie de notre stock d’opinions. Alors en élire un et un seul consiste tout simplement à éliminer 9 manières de voir les choses sur 10. Or notre richesse c’est cette diversité, ces différences, ce qui veut dire clairement que les régimes présidentiels sont des dictatures. Seuls, peut-être, les régimes parlementaires peuvent rendre compte de cette pluralité. Maintenant regardons ce que nous avons dans notre banque d’opinions en balayant symboliquement le paysage de gauche à droite.

    Dans le compte de Mélenchon, ce sont les utopistes qui veulent que le monde aille mieux. Ils réfléchissent pour essayer de trouver des solutions. Ils sont gentils. Ils ont bien sûr des idées de justice ou d’égalité un peu veillottes mais ils essayent d’être dans le coup, c’est-à-dire de partager les déchirements de notre société. Oublions leurs défauts et regardons ce qu’ils apportent. Leur apport c’est la solidarité, la liberté et l’évolution des institutions.

    Avec Le Pen, ce sont les irrités, les mécontents de leur sort. Ils ne réfléchissent pas, ils attendent. Ils s’engouffrent volontiers dans des solutions toutes faites, du moment qu’elles remettent en cause l’ordre établi. Cependant ils sont pour l’ordre et souhaitent que tout le monde s’entende bien mais sans savoir comment. Leur apport c’est le souci des petits, de la France d’en bas et la méfiance des élites.

    Avec Hamon, ce sont les paléo. Ils ont analysé l’histoire et croient à la révolution façon XVIIIe siècle. Ils savent comment changer les choses à condition que ce soit par le haut. Ils savent que la justice n’existe pas, mais seulement l’équilibre des forces. Volontiers sectaires ils ont besoin du rapport gauche-droite pour exister parce qu’en fait ils ne savent pas très bien où ils sont. Leur apport c’est la valorisation des différences, le respect de l’Histoire et le renforcement de l’Etat.

    Avec Valls ce sont les hommes de partis, intellectuels ou pas, mais ils veulent des structures, de l’encadrement. Ils croient aux technocrates et à leurs solutions parachutées. Ils croient que les pays peuvent s’entendre. Leur apport c’est l’entente internationale, les grands programmes et une valorisation des idées nouvelles.

    Avec Juppé, ce sont ceux qui veulent faire vivre les traditions républicaines : l’égalité a pour eux un vrai sens mais ils n’aiment pas la fraternité. Ils sont pour la séparation des pouvoir et celle de l’Etat et des religions. Ils sont plutôt riches ou aimeraient l’être. Leur apport c’est le maintien des services publics, la laïcité et l’équité.

    Avec Fillon ce sont plutôt les possédants, c’est-à-dire ceux qui possèdent quelque chose, la foi religieuse, l’argent, une femme, un patrimoine, un pays. Ils souhaitent surtout que rien ne change et sont donc défenseurs acharnés de l’ordre établi, les riches d’un côté, les pauvres de l’autre. Leur apport c’est le besoin de stabilité, la croyance dans le mérite et dans la réussite individuelle.

    Avec Macron, ce sont les aventuriers de la fuite en avant. L’avenir résoudra tous les problèmes, il n’y a qu’à laisser faire les forces en présence. Ils n’ont aucun respect pour les autres, pensant que le monde se gère depuis leur moi et il n’y a que ça qui compte. Leur apport c’est de ne pas avoir peur de l’avenir, de rompre avec les clichés et de défier l’ordre établi.

    Avec Bayrou, ce sont les intégristes, les hypocrites, défense du mariage mais maîtresse entretenue. Ils sont aussi pour l’ordre mais pas pour l’égalité. Ils prêchent la fraternité mais n’ont pas de cœur et sont prêts à mettre des bâtons dans les roues de tous les marginaux. Leur apport c’est le respect de la vie privée, les associations et les commémorations.

    Ce rapide survol permet de voir que chacun contribue à sa manière à notre pactole d’idées. Dans ces conditions, voter c’est diviser et ce n’est pas bon.

     

    Michel Costadau

  • L’affaire Macron

    L’affaire Macron

    Je crois qu’au début j’étais comme vous, complètement paumé. Mais d’où sort donc ce loustic que tous les médias encensent à qui mieux mieux. On ne peut plus ouvrir le moindre journal sans tomber sur sa photo, sur ce qu’il a dit, où il a été, ce qu’il a fait ou pas fait. Ce n’est plus la coqueluche de la télé c’est du bourrage, une espèce de pub permanente comme dans le métro.

    Et en plus j’étais très mal à l’aise parce que c’est le blackout sur ce qu’il pense, sur ce qu’il dit, sur le contenu de ses discours, à croire qu’il ne dit rien ou qu’il ne faut pas savoir ce qu’il dit. Il paraît qu’il dit je vous aime, je vous ai compris ou alors de gros bobards comme le crime contre l’humanité du colonialisme, sûrement qu’il voulait dire que le  capitalisme était un crime contre l’humanité mais peut-être qu’il s’est mal exprimé.

    De plus son look, aussi, me rend mal à l’aise. Enfantin, yeux vagues, angélique, le sourire de Carpeaux, exactement l’anti-image des grimaces de Trump et pourtant.

    Donc voilà, paumé et mal à l’aise. Mais quand même je réfléchissais, je regardais, je cherchais.

    Or il se trouve que je lis Le Monde, bien qu’avec dégoût de temps en temps. Il se trouve aussi que c’est Orange mon fournisseur d’accès. Et enfin il se trouve que je regarde Sputnik.

    Pour mémoire, Le Monde est un quotidien généraliste assez porté vers Israël, Orange c’est France Télécom, et Sputnik c’est l’agence de presse du Kremlin.

    Bien, qu’est-il sorti de tout ça ? Ce qui en est sorti je vous le donne en mille c’est Orange Bank.

    Tilt !

    Macron, ancien banquier de Rothschild & Cie, ministre de l’Economie pendant quatre mois pour faire une loi sur les banques et les professions libérales. Macron candidat des banques.

    Fallait oser, mais ils l’ont fait. L’homme sandwich des banques c’est lui. C’est le candidat des affaires, de la finance et tout s’explique.

    Tiens justement, c‘est la finance qui détient les médias. Alors les médias matraquent et en rajoutent. Macron candidat des médias.

    Tiens, le PS c’est le bon plan pour lui, non pas qu’il ait la moindre idée socialiste, mais c’est l’accaparement du centre qui l’intéresse, car comme tout extrême droitier qui se respecte il veut qu’on le croie au centre. Sauf que le centre c’est nulle part ça n’existe pas, c’est une illusion. Macron candidat du centre.

    Tiens aussi, l’engouement de pas mal de députés PS, la moitié je dirais, ben c’est une assurance-vie pour leur réélection. Ces députés-là n’en sont pas à un grand écart près. Comme ça sent le roussi du coté PS/LR ils se rangent derrière l’homme de la situation. Et ce sauveur eh bien il n’est évidemment ni de droite ni de gauche ni d’ailleurs. Il est celui qui va permettre leur réélection et ça vaut tous les sacrifices. Macron candidat des députés.

    Candidat de la finance, des banques, des médias et des députés ok, Sputnik j’ajoute et du Medef. Ca se tient. C’est vrai que personne ne parle du Medef en ce moment, ils se font tout petits mais puisqu’ils ont leur candidat, pas besoin de se montrer. Macron candidat du Medef.

    Comment cela va-t-il tourner ? Bien sûr je ne suis pas le seul à avoir démasqué cette candidature, beaucoup vont le faire et beaucoup vont s’en éloigner. Ce qui veut dire que Macron n’a aucune chance d’être élu. Alors que cherche-t-il ? La réponse est simple : il veut, ou plutôt ils veulent, un nouveau parti et avec des députés. Parce que il y a beaucoup de nouveaux partis mais ils n’ont aucun député. Alors est-ce la fin de l’hégémonie PS/LR ou une nouvelle hégémonie newPS/newLR ? On le saura bientôt.

     

    Michel Costadau

  • La droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste

    La droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste

    Ce n’est pas un billet très cool.

    Cela dit n’allez pas me faire dire ce que je ne pense pas : bien sûr que toutes les droites sont dangereuses mais oui la droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste ! Pour analyser cela il faut distinguer plusieurs plans. D’une part le programme, d’autre part la base électorale et enfin les réseaux.

    Sur le programme, hélas, il n’y a pas grand-chose à dire. La droite catho a en partie copié le programme FN et pour le reste on brode des deux côtés avec des généralités sur le nationalisme, l’Histoire et les nécessaires efforts. Pas de quoi rêver. De toutes façons, vous le savez, les programmes sont faits, seulement, pour attraper des électeurs et en aucun cas pour être une feuille de route. Ils sont donc accrocheurs ou provocateurs à souhait mais ils ne veulent rien dire. C’est les soutiens auxquels on donne le pouvoir en choisissant un candidat qui comptent.

    La base électorale est déjà plus parlante. L’électorat catho est basiquement bien pensant, avec des jeunes issus des mouvements de jeunesse d’origine paramilitaire ou d’associations semi-religieuses et des adultes bourgeois et conservateurs. Et même pour une bonne partie ultraconservateurs sous le couvert de Bayrou, Longuet ou Giscard. Evidemment la droite catho est située à droite de la droite républicaine mais entretient une inversion de positionnement en cherchant à être au centre. Pour y voir clair, il faut comprendre que le label  « I » comme indépendant est celui de la droite catho. De plus, la droite catho a aussi son fond de petites gens en ascension sociale, ou ses pauvres si vous préférez. Ceux-là, souvent de milieu rural, votent à droite pour faire comme les gens biens, qui sont cependant ceux qui les exploitent.

    L’électorat frontiste est beaucoup plus populaire et n’a pas de marqueur rassembleur comme la religion. Sa base électorale, à l’origine anciens combattants et pieds noirs a beaucoup changé depuis 30 ans, pour aller vers commerçants, fonctionnaires, employés, les petits en fait.  La notion la plus partagée est le sentiment d’exclusion. Le parti leur tient lieu de communauté avec une forte sensibilité laïque. Et cette sensibilité laïque se mélange au sentiment de frustration pour donner une xénophobie objectivée. Objectivée ça veut dire que l’on rentre dans le domaine des « yaka ». Il faut bien comprendre que la xénophobie est pratiquée par toute la droite. Toute la droite est xénophobe mais avec divers habillages.  

    Cependant, contrairement aux cathos, les frontistes n’ont aucune manière de faire de la discrimination pratique, peu de chefs d’entreprise, peu de riches, ils prennent donc de plein fouet la casse sociale. Alors que les cathos sont en mesure de pratiquer l’apartheid dans le boulot, dans le quartier, dans les écoles ou dans les associations, ça s’appelle l’entre-soi. Et comme il leur est possible de mettre en œuvre leurs sentiments xénophobes ils ont donc moins besoin d’en parler et veulent, ainsi, qu’on les croie centristes. 

    Au contraire la base électorale frontiste n’a comme défouloir qu’un concept de lutte contre l’immigration et les religions, concept amoindri par le fait que beaucoup d’immigrés sont au FN. Notons encore que, là aussi, il y a une inversion qui qualifie la droite frontiste d’extrême-droite alors que c’est, justement, le positionnement des « Indépendants ».

    En clair la base électorale de la droite catho, c’est le conservatisme, ceux qui pensent que leur religion est supérieure aux autres et que le colonialisme s’est arrêté trop tôt, bien sûr complété par le cortège de leurs pauvres.

    Tout aussi clairement, la base électorale de la droite frontiste c’est les beaufs chasseurs ou autres paysans mais surtout le cortège des exclus, déçus du socialisme et de la mondialisation. Eux ils pensent peu, trouvant d’ailleurs que les autres pensent trop avec leurs finasseries technocratiques.

    Si maintenant on regarde les réseaux, là ça devient vraiment révélateur.

    Les réseaux de la droite catho vont de la paroisse, aux cercles des patrons en passant par l’aumônerie, les organes pour la jeunesse, le diocèse, l’école privée, le syndicalisme catho et tout le petit monde associatif de l’aide, du secours et de la distraction. C’est ce réseau qui a fait élire Fillon et qui gère dans la sphère médiatique les rumeurs depuis les millions que gagne un chômeur musulman bigame jusqu’aux mœurs des hommes politiques. Clairement c’est là ou est le danger. Car c’est à eux que vous donnez le pouvoir en votant.

    La droite frontiste a aussi ses réseaux mais manque d’accès aux médias. Les cafés sont peut-être leur principal réseau avec les marchés, car ce sont des endroits ou les discussions peuvent prendre un caractère libéré. Bien sûr, certaines associations réactionnaires sur le mariage, l’avortement ou la justice sont au croisement catho/FN mais ne constituent que des réseaux faibles sans assise médiatique ou financière. Clairement les réseaux FN sont dans l’incapacité de mobiliser des foules, comme ç’a été le cas des réseaux cathos pour l’école privée ou pour Fillon.

    C’est pour ça que je dis que la droite catho est beaucoup plus dangereuse que la droite frontiste.

    Michel Costadau

  • Tendances

    Tendances

    Nous sentons bien que depuis quelque temps il se passe pas mal de choses dans le monde, mais je ne vois pas d’analyse globale, c’est-à-dire d’indications vers quoi ça va ces fameuses choses qui se passent. Les choses dont je parle c’est bien sûr Trump, Brexit, Syrie, Iran, Pétrole, etc. …  et accessoirement Europe. Alors les analyses nous allons les faire en commençant par les constats les plus simples.

    Première tendance : la fissuration des US. La mise en cause par les Etats de la politique fédérale de Trump, le questionnement sur le mode de scrutin avec des grands électeurs, la mentalité très libérale de la côte Ouest, montre non pas une volonté séparatiste, on n’en est pas encore là, mais à tout le moins une rupture du consensus Etats/pouvoir central. Si demain, par exemple, Trump voulait se lancer dans une guerre contre l’Iran il est probable que la cote Ouest ne voudrait pas y aller. Si de même un Etat votait une loi affaiblissant le pouvoir fédéral, il est probable que la cour suprême laisserait faire. En fait il se dessine trois zones aux US, la zone ouest libérale, mondialiste, presque laïque, la zone centrale religieuse, archaïque, conservatrice et la zone est riche, élitiste, guerrière. Et logiquement cette fissuration, à l’œuvre depuis longtemps en fait, mais révélée par l’élection de Trump conduit à l’affaiblissement du pouvoir des US. En d’autres termes, ce n’est pas Trump qui fait une nouvelle politique isolationniste, c’est la diminution du poids des US qui oblige son président à être protectionniste.

    Deuxième tendance : la fin de l’Europe politique. Vous allez me dire que l’Europe politique n’a jamais existé, c’est assez vrai mais quand même l’UE a un siège à l’ONU et une ministre des Affaires étrangères. Elle est intervenue politiquement dans divers conflits en Europe, du Kosovo à l’Ukraine. La marque politique de l’Europe c’était les Droits de l’homme. Et surtout il y avait au début une volonté pour renforcer cet aspect politique avec plus de pouvoir pour une diplomatie européenne, une défense européenne, une justice européenne. Bon mais voilà, à cause de l’ouverture à de nouveaux pays sur de simples bases comptables, tout ça n’a jamais abouti et a été supplanté par une Europe purement économique. En fait, le Brexit n’est pas la cause de la disparition politique de l’Europe mais le résultat. Le départ des Britanniques et de leur empire veut dire que si l’Europe n’est que le marché commun alors autant se débrouiller seul, c’est-à-dire avec des accords bilatéraux. La perte de l’identité européenne des Droits de l’homme s’est faite avec les accords OMC, le TAFTA, la négociation avec des Etats voyous comme la Turquie ou Israël et aussi avec l’ouverture à l’Est. L’Europe s’est rabaissée au rang de simple vendeur de camelote sans plus aucune prétention politique. Les principales victimes de cet abandon politique sont toutes les velléités démocratiques dans le monde, y compris chez nous.

    Troisième tendance : le rôle d’arbitre de la Russie. On voit mal Trump se posant en conciliateur dans les divers conflits mondiaux. Il a déjà perdu toute légitimité et autorité pour cela. Force est de constater que ce n’est pas le cas de la Russie qui ne fonctionne pas à coup d’anathèmes et d’exclusion. On peut dire que la tendance America first a été pratiquée par la Russie depuis 20 ans pour délimiter sa zone de puissance locale. Mais au-delà de cette zone, la Russie entretient de bons rapports avec tous les pays du monde sauf l’Europe. Mais, comme on vient de le voir, l’Europe n’a plus de puissance politique et cela donne à la Russie un nouvel espace. Paradoxalement, la Russie va remplacer l’Europe comme défenseur des Droits de l’homme. On voit déjà son rôle arbitral au Moyen Orient. On risque maintenant de le voir dans les tensions Chine-US ou Chine-Inde. De plus la Russie n’a pas dit son dernier mot en Europe. Elle commence, ainsi, à mettre en selle un nouveau modèle démocratique se démarquant du fonctionnement américain basé sur le contre-pouvoir de la presse et des avocats ou des pays européens aux institutions purement technocratiques.

    Ce modèle donne un poids beaucoup plus fort aux besoins collectifs en contre-partie d’une extension de pouvoir dans la sphère personnelle. Pour le dire plus hot pas besoin de permis pour construire ta maison au bord de la mer, mais par contre rien n’arrête les bulldozers si on doit raser ta maison pour faire un hôpital ou une usine. Ce modèle, de nature indéniablement populiste, tend à combattre l’écueil de nos démocraties, à savoir l’impuissance des citoyens.

    L’analyse n’est pas finie il y a, aussi, d’autres tendances à l’œuvre comme le simili-impérialisme chinois, mais on y reviendra une autre fois.

    Michel Costadau

  • Rayonnement et trou noir

    Rayonnement et trou noir

    Je vous l’avais bien dit que Trump c’était bon pour nous. Avec « America first », ce qui se traduit par « Amérique seule », les US tombent dans le syndrome isolationniste. Ce qui est un peu plus nouveau c’est que le clown continue à faire du cinéma. On verra ou cela mène mais je suppose que les avocats se réjouissent d’avance. Par contre ce cirque fait ressortir cruellement l’absence de la France de la scène politique.

    Eh oui les Américains se détendent avec Trump qui leur fait oublier leurs soucis, les Anglais s’amusent avec le Brexit qui leur permet de faire ce qu’ils veulent, les Russes sont à la manœuvre en Syrie, en Ukraine et tiennent une conférence permanente avec la Turquie et l’Iran. Les Allemands sont au top de la forme économique. Les Suisses votent sur le revenu universel à 1 800€. Les Espagnols ont commencé à apprendre à se passer de gouvernement. Et nous, ben nous on en est aux peaux de bananes et aux casseroles.  

    Pourtant il y a encore quelques années nous faisions partie des pays influents dans le monde : G7, Ukraine, Syrie, Turquie, réchauffement, on nous demandait notre avis. Alors que s’est-il passé ?

    Il s’est passé qu’on a eu Sarkozy suivi de Hollande. Le premier était un nombriliste obsédé par la nationalité. Le second un fonctionnaire sans ambition qui attend sagement la retraite. Des deux c’est quand même Hollande qui a le plus réduit comme peau de chagrin notre présence sur la scène ou plutôt notre participation aux événements du monde.

    Bien sûr c’est leur faute mais, en fait, pas seulement.

    Pourquoi : parce que ce qui a rendu cela possible c’est notre système politique verrouillé par une classe ou plutôt une caste  qui fonctionne en circuit fermé et se reproduit uniquement par cooptation. Les déboires de Fillon ne sont pas du tout dus à une volonté de détournement de fonds, mais à la simple évidence que ces gens-là font ce qu’ils veulent, sans même imaginer qu’on puisse leurs demander de rendre des comptes. Ils vivent dans un microcosme. Toutes leurs idées ne visent qu’à profiter de leur position dominante pour avantager tel ou tel copain ou relation et bien entendu s’avantager eux-mêmes. Mais comme ils discutent seulement entre eux et à l’abri des institutions, aucun  ne se pose la question des valeurs, des idées et des images que nous, la France, véhiculons. La classe politique est un trou noir qui absorbe le rayonnement de notre pays.

    Et c’est comme ça que personne ne trouve rien à dire quand, par exemple, on nous vante le commerce des armes de la France avec une excellente année marquée par plein de commandes. Seulement, du coup, l’image que ça donne de la France n’est plus porteuse d’idées, d’universalité, d’entente ou de solidarité internationale, mais de pots de vins et de négociations cachées. De même notre COP21 n’a convaincu personne et a vite été recouverte par une COP22. Qui plus est l’Europe des droits de l’homme a emboîté le pas et bifurqué vers le refus de l’immigration et même la désunion.

    Nous sommes donc une étoile éteinte dans une galaxie qui ne rayonne plus. Alors maintenant, mettre un tel ou un tel à la présidence ne changera strictement rien tant que nous laisserons cette classe politique totalitaire se comporter en terrain conquis. Et le terrain conquis c’est nous.

     Michel Costadau

  • Sauveur

    Sauveur

    Le temps est à la présidentielle et c’est vrai qu’il ne fait pas très chaud. Eh oui, le spectacle est de bien mauvaise qualité mais on a quand même l’occasion de sourire voire de rire. Et pourtant il n’y a pas de quoi. Ou, si vous préférez, je suis sidéré par l’absence d’idées de tous nos candidats. Notre pays est dans une profonde morosité, c’est le moins qu’on puisse dire. On ressasse les attentats, le chômage, la grippe aviaire, les immigrés, la pollution, la dépendance et le manque de neige. Bof. La désolation je vous dis. Les touristes ont déserté Paris, les entreprises désertent le pays sauf quand l’Etat leur passe une commande de complaisance, et les idées désertent les discussions même au comptoir.

    Là où je trouve que c’est grave de chez grave, c’est qu’il n’y a plus de débat d’idées. Bien sûr il y a des débats, mais je ne vois pas trop quelles grandes questions sont en jeu. Vous allez me dire que je suis mal placé car je n’en ai entendu aucun. Bon. Je pense quand même au rapport individus/sociétés, à la généralisation de l’éducation, à pourquoi les guerres, à la place de l’humanité sur la terre ou autres débats urgents. Non ça tourne en rond, ça fait des déclarations, des entourloupes et ça se chamaille.

    Ah oui je vois des doigts qui se lèvent : – hep monsieur mettre un flic dans chaque classe à l’école, c’est pas une idée ça ? Ben non, c’est pas une idée, c’est un slogan électoral, – hep monsieur mettre en place le revenu universel, c’est pas une idée ça ? Ben non, c’est ce que demande le Medef depuis 50 ans. Ca s’appelle le chômage généralisé ou amélioré si vous voulez. – hep monsieur, aider encore plus les entreprises pour qu’elles embauchent c’est pas une idée ça ? Ben non, les entreprises n’embauchent pas pour créer des emplois mais uniquement pour gagner de l’argent avec le travail. Aider les entreprises consiste donc à mettre directement de l’argent dans la poche des actionnaires. Tout ça c’est ce qu’on appelle de fausses bonnes idées et en ce moment on n’a que ça.

    Heureusement, ou malheureusement plutôt, il y a quand même des trucs assez marrants dans les slogans des candidats, comme augmenter le nombre de places en prison. D’abord faut être doux dingue pour dire : avec moi il y aura plus de monde en prison, c’est un aveu d’échec  catastrophique, vu que le but de la politique n’est sûrement pas de mettre plus de gens en prison. Mais il y a un mais, car ça pourrait vouloir dire non pas augmenter le nombre de prisonnier mais faire qu’ils aient chacun une cellule pour remédier à la promiscuité honteuse dans nos établissements pénitentiaires, c’est peut-être ça le nombre de places. Excusez-moi, je rêvais. Ca ressemble surtout à une sentence populiste de plus, comme si les braves gens préféreraient voir plus de monde en prison.

    Visiblement ça ne vole pas haut. Les primaires, qui rappelons-le sont faites essentiellement pour éliminer tous les candidats hors PSLR, se transforment en congrès de ces partis. On assiste à des débats de motions en fait. Mais il y a erreur.

    L’erreur c’est que ce ne sont pas des congrès du tout et les candidats sont, du coup, des gens qui ne peuvent faire que des promesses en l’air, puisqu’ils n’ont aucun parti pour les soutenir. Tout au plus un courant, une poignée de copains. La machine s’est grippée et tourne à l’envers parce que tout le monde espère que les législatives donneront une majorité au président. Mais ça ne marche plus.

    Le bon tempo aurait été de faire d’abord le congrès PS pour désigner le candidat PS, le congrès PC idem, le congrès écolo idem, puis de faire une primaire entre eux. De l’autre côté, c’est pareil : d’abord le congrès LR pour désigner le candidat LR, le congrès modem si ça existe encore idem, le congrès radical, et ensuite de faire une primaire entre eux. Auquel cas les candidats seraient au moins forts de leur parti pour assumer leur politique. Tandis que là, nous avons des candidats déconnectés, isolés, marchandant leur programme et leur look. Visiblement les partis ont clairement désavoué leurs propres chefs de file. Eliminé Sarkozy chef de LR, éliminés Hollande et Valls chef et sous chef du PS, éliminée Duflot chef des écolos. Oui le temps est à la grosse déprime. Et dans ces cas là, le peuple a une forte propension à  se jeter dans les bras de l’homme providentiel, du sauveur, pour sortir du marasme. D’ailleurs, peut-être que cette fois c’est une femme.

    Michel Costadau

  • Guerre et paix

    Guerre et paix

    Aujourd’hui l’événement que je retiens c’est Gao. Alors essayons de remonter la piste, s’il y en a une. L’évènement d’avant, c’est Hollande allant recevoir des lauriers à Bamako pour son action de défense des régimes africains. Celui juste avant, c’est la première page du journal Le Monde expliquant comment la France tue sur ordre les cibles humaines qu’elle désigne. C’est-à-dire celles que Hollande désigne. Un peu avant encore, ces assassinats ciblés viennent en réponse à la tuerie de Charlie hebdo, ainsi qu’à celles qui ont suivi. Et ces tueries viennent en ligne droite de la première action de Hollande président : une campagne militaire antiterroriste, soit disant victorieuse, au Mali et justement à Gao. La poussière du désert est retombée en pluie acide.

    Voilà on a tiré la pelote et la boucle est bouclée. Sans jeu de mots, la boucle c’est celle de la corde que nous avons au cou et avec laquelle nous sommes en train de nous pendre.

    De tous les maux de notre république, un des plus catastrophique est certainement celui du pouvoir discrétionnaire de notre président. Mais bon sang qui a eu l’idée que chez nous le président décide seul de la guerre et de la paix. C’est une épouvantable régression. C’est la négation d’un siècle de conquête démocratique ou tout au moins de réflexion démocratique.

    Bien sûr, Hollande n’était pas obligé de faire ça le premier jour de son mandat. Clairement il en porte seul, pour une fois, la responsabilité. Mais nos institutions le permettent et beaucoup s’en sont félicité. Qui plus est, cet acte est clairement la marque des débutants, comme pour ses prédécesseurs et sûrement ses successeurs. Comme moi, vous avez noté que tous les nouveaux élus font une grosse bêtise au lendemain de leur élection. C’est Chirac qui demande un nouvel essai nucléaire, inutile en plus. C’est Sarkozy qui lance le programme de l’identité nationale, non suivi d’effet d’ailleurs, et c’est Hollande qui monte une expédition militaire, inutile en plus.

    Comment, après deux siècles de massacres mondiaux de grande ampleur peut-on encore faire confiance à qui que ce soit pour être l’homme providentiel, l’homme éclairé, l’homme de la situation, celui qui va résoudre tous les problèmes et entre les mains duquel le peuple remet sa destinée. La lignée des prophètes, des sauveurs, du surhomme et du génie est une sombre mascarade depuis des milliers d’année. Nous avons appris, durement hélas, que seules les institutions par leur encadrement des actions individuelles sont porteuses d’un tout petit peu de modération et de réalisme. Oh elles n’empêchent pas tous les écarts, mais elles donnent un filet qui maintient les actions individuelles dans une certaine mesure.

    Réfléchissez ! qui d’entre vous donnerait aujourd’hui les pleins pouvoir à Hollande s’il les demandait. Personne bien sûr. Eh bien pas de bol car il les a déjà. Alors pourquoi les demanderait-il ? Qu’avons-nous fait ? Qui nous a menti, trahit, égaré  à ce point. Hélas, c’est nous même. Nous nous mentons en croyant qu’untel est meilleur candidat qu’un autre, nous nous trahissons en ne jurant que par un seul contre les autres. Nous nous égarons en opposant les candidats les uns aux autres. Notre seul rôle est de bâtir les institution qui nous protègent. Nous ne le faisons pas, alors ne cherchons pas plus loin. Pas besoin de jouer le match, nous l’avons déjà perdu.

    Michel Costadau

  • Pourquoi l’autoroute n’est pas d’Utilité Publique

    Pourquoi l’autoroute n’est pas d’Utilité Publique

    A l’attention de messieurs les membres de la commission d’enquête.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet qui avantage une population, au détriment d’une autre, même moins nombreuse.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet, pour lequel Etat et collectivités sont prêts à dépenser un budget conséquent, dès lors qu’il est confié à un prestataire qui en rendrait l’utilisation payante pour les usagers, alors qu’avec le même budget l’Etat mettrait à disposition du public une réalisation équivalente gratuite pour les usagers.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique une réalisation payante vers Castres qui se trouverait en concurrence avec une réalisation déjà existante gratuite vers Albi. Seule une réalisation gratuite vers Castres serait d’utilité publique.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique une réalisation en zone inondable, alors que l’on constate des événements climatiques d’une ampleur jamais atteinte.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet en pleine zone agricole où pour une fois les agriculteurs vivent de leur travail.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique la réalisation d’une nouvelle voie routière en site propre sans aucune intermodalité.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique une réalisation présentée dans un dossier porté par la puissance publique sur lequel figure le logo ASF. Cette présence crée une ambiguïté par le fait qu’ASF-Vinci pourrait être consulté sur le dossier Verfeil Castres et/ou donne à croire qu’un concessionnaire pourrait répondre. Bien sûr cette présence pourrait être liée au fait que ASF est aître d’ouvrage pour le tronçon A680. Mais nous entrons-là dans le domaine des conflits d’intérêts que Bruxelles adore sanctionner. C’est donc soit une nouvelle faiblesse du dossier soit une porte ouverte vers la nullité de la DUP.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet dans lequel on mélange le besoin et la solution. Désenclavement ne veut pas du tout dire automatiquement autoroute concédée. Amélioration de la sécurité ne veut pas du tout dire automatiquement autoroute concédée. Accès à Toulouse ne veut pas du tout dire automatiquement autoroute concédée vers l’Union. Comme s’il ne fallait surtout pas évoquer d’autres solutions techniques, ou une autre utilisation de l’argent public.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique une réalisation qui fait disparaitre 400 ha de terres agricoles, au seul motif de permettre des vitesses plus rapides pour les automobiles.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet qui met en contradiction l’Utilité Publique = autoroute payante et l’Intérêt Général = route gratuite.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet qui impose une solution prise par une succession de décisions ministérielles et non à la suite d’une étude comparative de plusieurs réalisations possibles tenant compte des contraintes environnementales.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet dans lequel les habitants de Castres se sont eux même piégés. En effet en croyant accélérer la réalisation d’une 2×2 voies, ils ont introduit un acteur extérieur, le concessionnaire, qui s’avère être un obstacle par les conditions qu’il impose, en particulier financières et d’aménagement. Seulement une fois dans le piège, il est difficile d’en sortir. Dans ce contexte, un avis défavorable aiderait Castres à se sortir du pétrin.

    Je vous assure, messieurs, de l’expression de mes meilleurs sentiments et je reste à votre disposition pour expliquer certains arguments sur lesquels vous voudriez des précisions.

    Merci.

    Michel Costadau