Auteur/autrice : Michel Costadau

  • Durée de vie

    Durée de vie

    C’est un billet un peu spécial puisqu’on mélange économie et philosophie. Economie pour proposer une approche simple et concrète de la décroissance. Philosophie pour mettre en perspective notre genre de vie et notre consommation. L’idée de base dont je veux parler est la durée de vie. Pas seulement la nôtre, mais surtout celle des produits auxquels nous sommes habitués. Habitués est peut être un grand mot puisque justement les produits se renouvellent et même de plus en plus vite. De l’aveu même de leurs concepteurs, les produits ont une obsolescence programmée. Bigre. Ca veut dire, concrètement qu’ils sont faits pour ne pas durer longtemps. C’est un sérieux problème.

    Notons d’abord que les concepts de désindustrialisation ou de décroissance ont une connotation négative puisqu’il s’agit de diminution, de réduction, ce qui n’est pas très porteur. Alors qu’augmenter la durée de vie donne l’impression de gagner quelque chose, ce qui est plus satisfaisant. Si l’on se fixait, par exemple, de doubler  la durée de vie des chaussures en cinq ans, pour la porter de deux ans à quatre ans, on aurait à la fois diminué la consommation et probablement en même temps gagné en qualité. Dans le domaine automobile, les voitures de 2018, 2020, 2022, 2024 sont déjà dans les tuyaux. Si, par exemple, on pouvait commercialiser seulement en 2022 les voitures de 2018 et 2020, on gagnerait quelques années de durée de vie des produits. Bon cela est évidemment un peu rapide et simplificateur.

    Mais le concept est là : augmenter la durée de vie c’est-à-dire d’utilisation des produits de grande consommation, serait sûrement un pas vers la décroissance.

    Seulement, sommes-nous prêts à cela ? Clairement notre genre de vie est accro à la consommation. La consommation c’est le ferment et le pilier de l’économie productiviste. Du coup, tous les moyens sont bons pour l’entretenir et la développer. Certains moyens sont directs comme la mode qui permet de renouveler rapidement les produits, la publicité qui incite à acheter l’inutile ou la technologie qui « invente » de nouvelles fonctionnalités. Certains sont indirects comme les soldes, les aides fiscales, ou les normes. Certains aussi sont pernicieux comme le bio, la pureté de l’air, le réchauffement climatique ou le tourisme. D’autres encore sont psychologiques comme la santé, eh oui se soigner c’est souvent consommer, ou les réseaux sociaux. Notons que, d’une manière générale, l’écologie est devenue un des grands pourvoyeurs de la croissance productiviste. Comment abandonner tout ça ? Il semble que nous ne soyons pas prêts à grand chose dans ce domaine. Le cogito est devenu « je consomme donc j’existe ».

    Bien sûr, il paraît possible de vivre sans trop consommer, mais c’est difficile et on devient vite marginal. De plus, nous, les grands consommateurs des pays riches, avons tendance à voir d’un mauvais œil tous ceux qui accèdent juste à la consommation. Alors substituer à la croissance du PIB celle de la durée de vie des produits n’est pas encore à l’ordre du jour. Dommage.

    Mais est il possible, au moins, d’amorcer la pompe. Ben justement y un truc auquel je pense, c’est la télé. La télé, c’est exactement le mélange de la pub et de l’information. Arrêter la télé c’est comme arrêter de fumer, tout le monde en est capable mais personne ne le fait. Alors rejoignez le club des non-télé. Nous sommes déjà 1,4 % y a de la place.

     

     Michel Costadau

  • Chances

    Chances

    Là maintenant j’aimerais bien connaître le programme de LR. Si c’est la réunion de toutes les propositions des candidats à la primaire, c’est complètement contradictoire avec des mesures et leur contraire. Si par contre c’est seulement les points communs, alors c’est l’ensemble vide. Bref, ce parti n’a pas de programme, hum, hum, alors peut-être les résultats.

    Exit, semble-t-il, le deuxième tour Juppé-Le Pen. Juppé c’est De Gaulle, Fillon c’est Pétain. Aïe, aïe aïe je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle, mais la qualification de Fillon augmenterait considérablement les chances de Le Pen. On dirait que tous les politiques ont à cœur de faciliter son élection comme un acte manqué. J’explique ça par le fait que Le Pen est tellement bien installée dans le paysage qu’elle n’a pas besoin de donner des arguments ou un programme, elle a l’adhésion d’une bonne partie de la population et ça vaut tous les discours. Tandis que les autres, tous les autres, essayent soit de lui prendre des idées, soit de se différencier d’elle. Mais ce faisant ils contribuent à sa notoriété, car ils en font la référence et ils lui donnent un rôle de pivot autour duquel tout le monde tourne.

    En fait, ils ne comprennent pas comment faire pour convaincre les citoyens de voter pour eux, alors ils essaient de copier ou de critiquer celle qui rassemble des voix presque sans rien dire. Mais si les politiques ne comprennent pas comment faire pour avoir des voix, c’est parce que c’est eux le problème. Ils pourraient avoir les meilleurs arguments possibles, ils resteraient quand même sur la touche parce que ce n’est pas de leurs programmes que les électeurs ne veulent pas mais d’eux- mêmes en tant que personnes. Notre classe politique est un cimetière, un défilé de vieux beaux, pas étonnant qu’elle ne fasse pas envie.

    Revenons à Fillon et imaginons, donc, un second tour Fillon-Le Pen. Qui va être élu ? That is the question. Déjà je ne comprends pas pourquoi Juppé reste en lice. C’est un déni de vote. Celui qui est premier a gagné,  point à le ligne. Je suppose que c’est dans l’idée de rassembler un maximum de voix de droite pour le premier tour. Mais c’est une erreur.

    En effet, dans l’hypothèse Juppé, Le Pen se trouve dans la position de porter les couleurs de l’extrême-droite et Juppé le flambeau républicain. Avec l’hypothèse Fillon, c’est lui qui va porter les couleurs de la droite conservatrice et Le Pen le drapeau populaire.  Et ça va changer pas mal de choses, parce que clairement le volet social de Le Pen est beaucoup plus attractif que la suppression de fonctionnaires  ou le retour aux 40 heures. Et peut être faut-il envisager que beaucoup d’électeurs qui croyaient en Juppé, et ont voté deux fois pour lui, préféreront voter Le Pen que Fillon. Ou ne pas voter.

    N’oublions pas non plus que Fillon c’est le Premier ministre de Sarkozy pendant tout son mandat. C’est le binôme de Sarkozy. Et pour moi il a été éliminé en même temps que lui. Et pour expliquer son score à la primaire, en fait ce n’est pas très compliqué en se reliant à cet acte manqué que j’évoque au début. Tout simplement, la droite souhaite l’élection de Le Pen, en espérant, voire en étant sûre, d’avoir un parlement de droite. Et cette alternance-là j’ai le sentiment que Le Pen n’est pas forcément contre.

    Michel Costadau

  • Illisible

    Illisible

    Alors là, l’action du gouvernement socialiste devient illisible. C’est-à-dire désordonnée, bafouillante, erratique, contradictoire et donc complètement incompréhensible.

    Dernière annonce : prolongation de l’état d’urgence jusqu’à la  présidentielle. Franchement, je ne vois pas comment une campagne électorale peut se dérouler sans meetings, sites de propagande, collage d’affiches de nuit ou de jour, visite sur les marchés, porte à porte, discours dans les rues, sur les places, textos, tweets et autres sms. Si tout cela doit être filtré et contrôlé pour s’assurer qu’aucun terroriste n’en profite pour donner des infos sur le prochain coup à ses copains, alors c’est la dictature à la tonton macoute. Si au contraire une grande souplesse était accordée et que tout soit permis, alors à quoi sert l’état d’urgence. C’est complètement illisible.

    De même, nous avons NDDL. Comment un gouvernement sur la fin pour ne pas dire en soins intensifs peut-il imaginer créer un conflit type Larzac à trois mois de son départ. C’est soit un effet de manche et une posture guerrière uniquement électorale, soit une action délibérée d’une inopportunité flagrante. Dans le premier cas, ça aurait plutôt tendance à aggraver sa situation puisqu’on sait déjà que ce gouvernement est impuissant et fait le contraire de ce qu’il a promis, mais alors ce n’est pas la peine d’en rajouter. Dans le second cas, c’est de l’inconscience qui, au risque de troubles durables, pourrait ajouter de nouvelles fractures dans son propre camp, aussi bien avec la gauche de la gauche que les écolos. Exactement au moment où le rassemblement semble s’imposer. C’est incompréhensible et tout à fait illisible.

    Nous avons aussi le coup de canif Macron. La candidature tardive de Hollande laisse libre cours à de petits sprints des velléitaires comme Valls, Macron et quelques autres. Paradoxalement, la droite a tiré les leçons de la dernière primaire socialiste, qui était la deuxième d’ailleurs, et met tous ses candidats ou presque en ligne. Alors que la gauche a déjà Mélenchon et Jadot avant même d’avoir fait sa propre primaire. Si à cela s’ajoute Macron, peut être un PC et bien sûr les deux trotskistes de service, ça ne va plus être une élection mais un casse-bouteille. Si après ça c’est Le Pen qui rafle la mise, tous ces rigolos ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes. C’est non seulement incompréhensible mais aussi suicidaire et, je le répète,  illisible.

    Parlons aussi du  lancement de l’enquête d’utilité publique de la liaison autoroutière Castres-Toulouse. Le dossier technique soumis à l’enquête vient d’être analysé par deux commissions ministérielles qui ont fait 57 demandes de corrections et d’améliorations. Qu’a fait le gouvernement ? Corriger le dossier avant de lancer l’enquête ou lancer l’enquête avant de prendre en compte les corrections ? Eh oui vous l’avez deviné, il lance l’enquête sur un dossier critiqué par ses propres services. L’enquête sera donc déclarée non concluante et on reviendra trois ans en arrière. Si le gouvernement avait voulu se ridiculiser, il ne s’y serait pas pris autrement. Cette fois, non seulement c’est incompréhensible mais vraiment grotesque. Et c’est illisible.

     Michel Costadau

  • Résultat des courses

    Résultat des courses

    Bon c’est Trump qui sera président. Certes ce n’est pas du tout une bonne chose, mais c’est beaucoup mieux pour nous que Clinton. On explique.

    Primo il faut essayer de comprendre pourquoi les médias parlent de surprise et de déception.  Pourquoi ? C’est uniquement parce que les médias nous ont intoxiqués avec leur matraquage en faveur de Clinton. Les médias sont aux mains de la finance et des lobbies et n’ont aucune envie de changement. Ils ont donc été amenés à nous faire croire que Trump avait tous les défauts : raciste, fasciste, incompétent, misogyne. Ils ont du coup occulté le charisme du personnage et ce qu’il a vraiment dit. Ça doit nous servir de leçon pour nos propres élections, puisque ce sont les mêmes médias qui monopolisent l’information.

    Ensuite, comme le dit très justement Michael Moore, le problème ce n’est pas Donald c’est Hillary. Clinton c’est l’ancienne manière de faire de la politique, qui consiste à raconter n’importe quoi uniquement pour se faire élire. Et chez nous on est bien servi avec ce genre-là.

    Bien, mais alors que va faire Trump ? Je pense que sa campagne avait pour seul but de battre Clinton et qu’il se pose maintenant  la question de ce qu’il va faire quand qu’il va commencer à s’entourer d’ « amis ».

    Economiquement, il me semble que Trump est obsédé par la Chine et les pays à faible coût de main- d’œuvre. Il va donc essayer de réduire les importations au profit de l’industrie locale. Pour les immigrés, le statut ne devrait pas beaucoup changer en terme d’emplois, mais bien sûr le modèle WASP va retrouver des couleurs.

    A l’international, on devrait constater une moindre implication américaine sur toutes les scènes mondiales en particulier au Moyen-Orient. Va-t-il chercher  à sortir de Syrie, c’est possible. On peut même envisager un deal avec Moscou dont les perdants seraient Ankara, Ryad et, dans une moindre mesure, Tel-Aviv.

    Tout cela pourrait conduire à une appréciation du dollar sur l’euro, ce que nous attendons depuis longtemps, et à une diminution de la pression militaire américaine en Europe de l’Est, ce que nous attendons aussi. Par contre, paradoxalement, la protection sociale américaine, très faible il est vrai, pourrait être améliorée et les GAFAM  pourraient perdre un tout petit peu de leur pouvoir. Hélas, la religion pourrait encore augmenter sa pression sur l’avortement, la peine de mort ou la consommation de drogues. Sûrement le nucléaire iranien sera mis sur la sellette, mais uniquement pour amuser la galerie.

    Alors bien sûr la question que tout le monde se pose c’est : est-ce que ça va faire pareil pour Le Pen. Là, il faut atterrir parce que la situation est radicalement différente. Trump a le Parti républicain, la majorité au Congrès, à la Cour suprême, dans des dizaines d’Etats, alors que Le Pen n’a que deux députés, aucun conseil régional ou départemental, personne au Conseil constitutionnel ni à la Cour d’Etat, ni à la Cour des comptes, ni au CESE.  Il est même probable que, si elle était élue, l’Assemblée resterait largement à la droite.

    Mais quand même, est-ce que l’élection de Trump aide Le Pen ? La réponse est oui bien sûr, non pas parce qu’elle aura plus de voix mais parce que les vieux candidats en auront moins. Eh oui, chez nous le problème ce n’est pas Marine, c’est Juppé, Hollande, Sarkozy et les autres.

    Mais vous le savez déjà, en tous cas je vous l’ai déjà dit, et aussi on peut se tromper.

     

    Michel Costadau

  • Etat de droit

    Etat de droit

    LE BEOTIEN ET LE PHILOSOPHE

    -J’ai entendu dire qu’en France nous avions la chance d’être dans un Etat de droit. Ca veut dire quoi au juste,

    -Ca veut simplement dire qu’il y a des  lois et qu’elles s’appliquent à tout le monde,

    -Oui mais des lois il y en a dans tous les pays, ça ne suffit pas,

    -Non c’est vrai ça ne suffit pas, disons plutôt qu’il n’y a que les lois, c’est-à-dire pas d’autre règles à respecter ou à appliquer,

    -Ah bon d’accord, mais en quoi c’est une chance,

    -C’est principalement dans le statut de l’individu que ça se retrouve. Normalement, on ne peut pas être arrêté, interrogé, emprisonné sans l’application d’une loi, c’est ça l’Etat de droit. On ne peut pas voir débarquer chez soi des gorilles vous emmenant à un interrogatoire musclé dans un lieu privé,

    -Oui mais il y quand même des perquisitions et des gardes à vue,

    -Certes, mais en théorie seulement dans le cadre d’une action de la justice. C’est-à-dire quand il y a un procureur ou un juge derrière des actions qu’ils sont censés contrôler,

    -Mais ceux qu’on arrête pour trouble à l’ordre public, les manifestants par exemple, il n’y a pas de lois,

    -C’est vrai, il subsiste des écarts à la règle, comme les tribunaux d’exception, les forces spéciales et les lois taillées sur mesure contre certains individus, comme les roms ou les maghrébins, mais c’est censé être une exception et donc il y a une règle,

    -Ca veut dire qu’on ne peut pas demander ses papiers à quelqu’un simplement parce qu’on le soupçonne de ne pas être en règle,

    -C’est exactement ça, mais il y a un bémol quand on dit qu’il n’y a que la loi, parce qu’il y a les arrêtés préfectoraux. Ces arrêtés sont des espèces de mesures locales prises en fonction de certaines situations,

    -Ah oui, par exemple l’arrêt du ramassage scolaire en cas d’inondation,

    -Exactement, mais aussi la fermeture de mosquée pour raison administrative, ou l’interdiction de transport d’agneaux au moment de l’Aïd,

    -Dites donc on dirait que beaucoup de mesures sont contre les musulmans,

    -Oui l’Etat de droit ne veut pas dire que tous les citoyens sont égaux loin de là, le respect de la personne applicable chez nous est très blanc-catho ; au-delà il y a des dérives et je ne vous parle pas des non-citoyens,

    -C’est quoi ça des non-citoyens, des rebelles ?

    -Bien au contraire, ce sont seulement ceux qui ne peuvent pas prouver qu’ils sont français, ce qui les conduit directement à l’exclusion.

    -Vous voulez dire l’exclusion ou l’expulsion ?

    -Je dis bien l’exclusion, c’est-à-dire la privation de tous les droits de l’Etat de droit, l’expulsion ne venant que si l’on peut établir une autre nationalité aux non-citoyens,

    -Alors c’est pour ça que vient d’être créé un fichier de tous les Français ?,

    -Non ça reste compliqué de prouver qu’on est français, ce fichier doit plutôt faire craindre une utilisation commerciale,

    -Il n’y a donc pas de fichier de tous les Français ?,

    -Normalement non, mais malgré tout je n’aimerais pas m’appeler Mauricio Garcia-Pereira.  

    Michel Costadau

     

  • Trop d’argent

    Trop d’argent

    C’est l’affaire SoLocal, peu reluisante en soi, qui m’a fait réfléchir à un aspect moins connu du rôle de l’argent. De toutes façons, vous connaissez déjà mon diagnostic : il y a trop d’argent dans le monde, beaucoup trop et ça explique quantité de problèmes que nous rencontrons. Problèmes liés en particulier aux fonds de placement qui sont les entreprises auxquelles des particuliers ou des  institutions confient de l’argent pour le multiplier.

    Revenons à SoLocal, société dans laquelle plusieurs actionnaires sont des fonds de placement. Les actionnaires sont ceux qui se partagent les bénéfices, mais aussi, en cas de liquidation, qui risquent de perdre leur mise. Or donc SoLocal ayant besoin d’argent, ses actionnaires ont apporté de l’argent, non pas en actions mais en crédit. Ils deviennent alors, pour ces sommes-là, des créanciers. Les créanciers sont ceux qui, en cas de liquidation, sont remboursés en tout ou partie avec la vente des actifs subsistants. Bien, jusque là ça  ressemble au vieil adage qui dit de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Mais évidemment ces gens-là ne cherchent pas à gérer leurs actifs comme de bons pères de famille mais à faire de l’argent, plus d’argent, toujours plus d’argent et par n’importe quel moyen.

    Et donc voilà que SoLocal devient un champ de bataille, puisque à la fois ces fonds de placement connaissent très bien la société pour en être actionnaires et en même temps, en tant que créanciers, ils réclament devant les tribunaux le remboursement de leur crédit. Si la balance de leur intérêt penche vers la liquidation ils l’obtiendront et si au contraire elle penche vers la continuation, ils l’obtiendront aussi. C’est comme ça que le destin d’un entreprise ne dépend plus d’elle-même. Tout cela étant bien sûr parfaitement légal.

    Cependant ce n’est possible que parce qu’il y a trop d’argent. Bien sûr vous allez me dire que seuls les riches ont de l’argent à placer et donc abondent les fonds de placement. Eh bien pas du tout, presque tout le monde est concerné. En effet, quand une banque vous propose de placer ne serait-ce que 50 €, eh bien cette somme va dans ses propres fonds de placement et vous vous retrouvez, sans le savoir, actionnaire ou créancier par exemple de SoLocal.

    Bien sûr, rassurez-vous, seuls les riches et les institutions financières ont du pouvoir dans ces mécanismes. Mais il s’agit-là d’un cercle vicieux puisque l’argent produit toujours plus d’argent et donc ceux qui en ont prennent de plus en plus de «risques» pour le faire fructifier. Et c’est comme ça qu’il y a trop d’argent. Mais alors est-ce que, comme l’impôt, trop d’argent peut tuer l’argent ? En tous cas pas pour le moment, tant que les politiques jouent l’argent gagnant. Ce qui serait nouveau c’est qu’ils jouent le citoyen gagnant, ou rêvons un peu, la démocratie gagnante, ce pour quoi, à priori, ils étaient faits. Mais ça c’est à nous de le leur rappeler. 

    Michel Costadau

  • Primaire de droite

    Primaire de droite

    Alors voilà que les gens de gauche veulent voter à la primaire de droite. A vrai dire, pas les gens mais des gens, ça veut dire pas tous quand même.  C’est vrai que sur une liste électorale on ne voit pas qui est de droite ou pas, et donc tout le monde a tout à fait la possibilité de voter.

    Ce qui m’embête déjà un peu c’est d’aller voter à une primaire, bah disons que ça permet de désigner au moins une fois son candidat, ensuite ce qui m’embête beaucoup c’est d’aller voter pour un candidat de droite, bah disons que tout le monde l’a fait pour Chirac/Le Pen, et enfin ce qui me révolte c’est qu’évidemment les gens de droite pourront faire pareil à la primaire de gauche, mais alors c’est les gens de droite qui vont choisir le candidat de gauche.

    Oups trois fois oups, que dire de ça, à part que tout le monde est déboussolé et que définitivement droite et gauche ça ne veut plus rien dire.

    Comme j’ai déjà commencé à l’expliquer, c’est très exactement le vote lui-même qui est en question, le but du vote, la finalité du vote, l’importance du vote, l’utilité du vote. Je crois que ça demande une remise à plat majeure. A commencer, non limitativement, par les déviations actuelles du vote c’est-à-dire le cumul des mandats, le vote majoritaire, le renouvellement infini des mêmes, le scrutin présidentiel et j’en passe. Qu’avons-nous le sentiment de faire en votant ? Accomplir un devoir, faire des choix pour notre société, empêcher/favoriser des idées de prendre le pouvoir, se venger des difficultés de l’existence, faire triompher ses convictions. Ou tout simplement faire comme la moyenne des gens, parce que c’est difficile de faire autrement. Quand on ne sait plus pourquoi on fait quelque chose il est urgent d’arrêter, de faire une pose, de reprendre son souffle pour essayer d’y voir un peu plus clair. Je suis certain que le vote peut être un acte signifiant, mais pour le moment ce n’est pas le cas. 

    En fait, contrairement au discours ambiant, nous ne souffrons pas d’un manque de lois pour ci ou pour ça, mais du pantouflage de nos élus qui ne veulent sous aucun prétexte céder la place. Nos lois ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais elles sont occultées par des politiques qui ont «occupé» la République. Nous sommes en état de siège, parce que les politiques ont pris le pouvoir et nous ont pris en otages. Pour nous libérer, ils nous obligent à payer la rançon et la rançon c’est le vote. Le bulletin de vote est le péage que nous devons payer pour continuer à être soi-disant libres, alors que c’est exactement le contraire, puisque par le fait de voter nous demeurons enchaînés. Enchaînés car endoctrinés, contrôlés, dominés par un agglomérat politico-financier qui nous maintient sous son joug pour continuer à faire leur business dans un terrain de jeu que nous nous appelons la terre, mais qu’eux appellent le monde des affaires.  

    Michel Costadau

     

  • Classe politique_3

    Classe politique_3

    Voila que plusieurs d’entre vous me disent que je me trompe de cible en visant les politiques, parce qu’en fait le véritable pouvoir est détenu par la finance et que c’est donc elle qu’il faut attaquer. Est- ce que c’est Bolloré et Meyers-Betancourt qui gouvernent ou est-ce Hollande et Hidalgo. Ca paraît logique mais c’est un faux ami. Qu’il faille réduire le pouvoir de  la finance, c’est clair, c’est nécessaire, c’est urgent ; mais attention, c’est d’abord, aux politiques de le faire, parce que concrètement nous les avons élus pour ça, pour nous défendre, pour nous représenter, pour nous protéger … entre autres de la finance.

    Bien sûr, je constate avec vous qu’ils ne jouent pas ce rôle, qu’ils nous trahissent et qu’ils nous racontent des histoires. Et donc ils ne font rien contre la finance, bien au contraire puisqu’ils hébergent et protègent Malte, Luxembourg et bien d’autres Liechtenstein. Alors c’est à nous de le faire ?  Eh bien non car il ne faut pas mélanger les effets et les causes. Dans le domaine médical on a toujours tendance à soigner le symptôme : fièvre, boutons, toux plutôt que la cause : microbe, virus, allergie. Il ne faut pas faire pareil en politique.

    C’est un fait que la finance a du pouvoir, c’est ce que l’on voit tous les jours. Mais c’est le symptôme, car la cause c’est que les politiques leur ont donné cette place, leur ont permis de dominer notre pays. Plus exactement, les politiques ont créé un couple avec la finance dans une relations gagnant/gagnant.

    Les politiques gagnant le soutien des médias, du pouvoir, des inaugurations à tout va, de l’argent de poche, des cadeaux et, suprême hypocrisie, la paternité de la création d’emplois.

    Les financiers gagnant la mise à leur disposition des lois de la république et des règlements administratifs, la clémence de la justice, l’aura de la création d’emplois et le contrôle de la classe politique par l’argent.

    Il nous faut bien comprendre que tant que les politiques ne joueront pas leur vrai rôle de représentants et défenseurs de la population, ce qui d’ailleurs s’appelle tout simplement la démocratie, nous ne pourrons rien contre la finance.

    Bien sûr, il va se trouver des politiques pour nous dire qu’ils veulent diminuer le pouvoir de la finance. Y en a même pour qui en ont fait leur fonds de commerce. Seulement, de ces promesses-là nous en avons de pleines valises et elles nous lassent, elles nous plombent et finalement elles nous énervent. Le temps n’est plus à faire confiance au moindre de ces gens-là. Non, le temps est venu de les mettre en devoir de passer aux actes et de faire des réformes avant que nous votions et non après.

    Lutter contre la finance, c’est le grand challenge des années à venir. Pour ça nous avons besoin que les politiques fassent des lois démocratiques et les fassent appliquer. Hélas, faire des lois est devenu pour eux une activité médiatique comme les autres, car leur but n’est jamais de résoudre le moindre problème mais de faire parler d’eux. On le voit bien avec tout l’arsenal de lois contre le terrorisme, contre le chômage ou pour la libéralisation de ci ou de ça qui, en fait, ne servent à rien du tout.  De plus, la lutte contre la finance est de dimension mondiale et chaque pays est faible devant la puissance de l’argent.  Mais il faut commencer et nous devons montrer qu’on ne peut pas bafouer la démocratie indéfiniment. Nous avons probablement la classe politique la plus hypocrite et technocratique du monde, et nous ne devons plus voter pour elle.

    Michel Costadau

  • Classe politique_2

    Classe politique_2

    Pour alimenter notre réflexion nous avons, aussi, sous les yeux le spectacle que nous joue la classe politique espagnole. Les électeurs ont voté et il se trouve qu’aucun parti n’a eu la majorité. C’est assez normal, ça représente les diverses sensibilités des Espagnols et il est rassurant qu’ils ne soient pas tous du même bord. Seulement la classe politique n’aime pas la diversité ni la différence. Il lui faut qu’un seul parti ait tout le pouvoir, il n’y a que comme ça que l’on peut faire du vrai copinage et ignorer les électeurs.

    Alors la classe politique a dit : les électeurs n’ont pas compris, ils sont bêtes comme leurs pieds, il faut les faire revoter pour qu’ils désignent le parti qui doit gouverner tout seul. Et ils organisent, car ils font ce qu’ils veulent, une deuxième élection et les Espagnols, qui ne sont pas bêtes du tout, ont confirmé leurs opinions et réparti leurs voix entre les mêmes partis.

    Fichtre, la classe politique n’est pas du tout contente. Milledieux les électeurs ne jouent pas le jeu. Il faut qu’ils se mettent d’accord sur un seul parti. Nous, la classe politique, allons être obligés d’organiser une troisième élection. STOP. STOP.

    S’il y a quelqu’un qui n’a rien compris c’est bien la classe politique espagnole. Ce que demandent les électeurs c’est que ceux qu’ils ont élus gouvernent. Pourquoi faudrait-il avoir la majorité pour gouverner, ça sort d’où ? C’est une idée complètement macho ce truc. Il va falloir que la classe politique réapprenne le vivre ensemble. Dans la population, il y a diverses tendances et diverses situations et beaucoup d’opinions. Et les gens se débrouillent assez bien  avec ça. Ca s’appelle vivre ensemble.

    Mais la classe politique ne sait pas vivre ensemble, c’est-à-dire discuter, écouter, hiérarchiser les problèmes, faire des compromis, faire des étapes, travailler ensemble quoi. Et les méthodes pour travailler ensemble existent. Les entreprises fonctionnent comme ça. Par exemple, le service technique dit qu’il prévoit un trou pour faire passer un câble ; le service peinture souhaite qu’il soit plus petit et les électriciens plus grand ; les mécaniciens disent qu’on pourrait faire deux trous plus petits si nécessaire ; les commerciaux disent que le client ne mettra pas un sou de plus, et les gestionnaires disent qu’il faut choisir avant telle date pour ne pas retarder le programme. Et la décision prise n’est pas un pis-aller, c’est la meilleure solution dans le contexte donné. Pourquoi les politiques ne sauraient-ils pas faire ça : prendre ensemble la meilleure décision.

    Pourquoi ? Parce que le moteur de la classe politique n’est pas du tout le bien public, ni même le mieux public. Non, son moteur c’est le pouvoir personnel, les réseaux de copains, l’arrivisme et la suffisance. Evidemment, personne ne pourrait plus dire « la loi untel », parce qu’elle serait l’œuvre de tous. Personne ne pourrait plus dire le président untel a décidé d’augmenter tel barème, parce que ce serait l’œuvre de tous. Clairement, la classe politique ne cherche pas à résoudre le moindre problème et en Espagne le chômage est à plus de 20 %. Non, elle est exclusivement tournée sur elle-même. Elle ne s’intéresse pas du tout aux opinions de ceux qui les ont élus, mais uniquement à l’entre-soi, à ses avantages et à son confort. Alors stop.

    Michel Costadau

  • Classe politique_1

    Classe politique_1

    D’abord il faut que je dise un mot sur Mélenchon. Plusieurs personnes me font remarquer qu’il se propose, s’il était élu, de faire les réformes que pas mal d’entre vous souhaitent, et dont je parle dans mes billets. Ce que je pense de ça : c’est qu’en fait il ne dit pas ce qu’il va faire mais ce que vous voulez entendre. Vous voulez le scrutin proportionnel, Mélenchon le dit ; vous voulez supprimer le cumul, Mélenchon le dit ; vous voulez revenir à un régime parlementaire, Mélenchon le dit. C’est de l’empathie politique, mais ça n’a rien à voir avec la conquête du pouvoir par les urnes ni avec la réforme des institutions.

    Evidemment, si vous voulez renvoyer les Rom en Roumanie, ou supprimer les allocations familiales pour les musulmans, il vous faudra trouver un autre candidat. Et coup de bol, je veux dire pour vous, il y en a.

    Revenons à Mélenchon, pour se poser la simple question : combien de personnes ont envie qu’il formule les propositions que nous voulons entendre ? La réponse est claire, 11% le dernier coup, aujourd’hui à peu près pareil et ça ne va pas beaucoup plus loin. Il faut se rendre à l’évidence : nous sommes loin d’être majoritaires, nous sommes une petite  minorité, nous sommes peu nombreux. Certes ça représente 3 ou 4 millions de personnes au moment de ce vote, mais ça ne compte pas. D’ailleurs, aux législatives suivant ses 11 %, Mélenchon n’a eu aucun député.

    La question qui se pose alors c’est : mais pourquoi se présente et même représente-t-il car Mélenchon sait qu’il ne va pas être élu.

    La réponse s’appelle la classe politique. C’est ça la classe politique. C’est ceux qui jouent à la démocratie en profitant des institutions, c’est ceux qui n’ont pas d’autres objectifs que de se faire connaître à la présidentielle pour se faire un nom, une aura, une cour et vendre leur réseau. Poutou, Montebourg, Fillon savent bien qu’ils ne vont pas être élus. La majorité des candidats savent qu’ils ne seront pas élus. Comment s’appelle une élection à laquelle on ne se présente pas pour être élu ?. Comment ? Eh bien ça s’appelle une mascarade. C’est un théâtre, une représentation dont nous sommes le public. Mélenchon ne cherche pas du tout à révolutionner ni réformer ni améliorer notre pays. Il cherche seulement, comme les autres, à avoir du pouvoir ou une partie de pouvoir. Je prends Mélenchon comme exemple, parce que ça titille plusieurs d’entre vous, mais, bien sûr, ça vous paraîtra encore plus évident avec Bayrou, Le Pen ou Sarkozy.

    La classe politique, c’est l’ensemble de ces quelques individus et de leurs réseaux très imbriqués de relations qui « tiennent » la vie politique de notre pays. L’élection présidentielle est pour eux le moment clé ou on acquiert une parcelle du pouvoir. C’est eux les responsables du bipartisme et de l’élimination des petits partis. C’est eux qui n’acceptent de gouverner qu’avec une majorité et éliminent toutes les autres sensibilités. C’est eux qui ont torpillé la dernière République pour avoir un pouvoir sans partage.

    C’est eux qu’on voit à la télé.

    Et eux ils ne veulent pas que ça change, ils veulent continuer cette villégiature que nous leur payons. Ceux qui comptent sur eux pour changer les institutions, se font complètement avoir, car la classe politique est le principal obstacle au changement.

    Michel Costadau