Catégorie : Agriculture

  • Agri 5

    Agri 5

    Les agriculteurs se moquent bien de la nourriture de la population, ils préfèrent s’occuper de leurs usines et l’amour de la terre ne se mesure plus qu’au rendement. C’est une notion très importante à assimiler que celle de l’hypocrisie du slogan « nourrir la planète » dont s’est emparée la profession. Au nom de cette phrase creuse tous les excès sont permis, tant en pollution qu’en accaparement. Il doit être clair pour tout le monde que personne n’a jamais demandé aux agriculteurs français de nourrir le monde entier. Nous sommes là en pleine crise globale, c’est-à-dire qu’au nom de la rentabilité, le système financier a privé certains pays de leurs propres ressources alimentaires au profit de monocultures à destination des pays riches.

    Du coup à cause de la prédominance des céréaliers notre pays est excédentaire en blé et pour caser nos excédents nous exportons selon la loi du plus offrant. Ces pays spoliés deviennent donc importateurs de ce qu’ils produisaient auparavant en quantité suffisante pour eux.

    Alors arrive le tour de passe-passe qui consiste à inverser la situation en disant que nous subvenons aux besoins des pays démunis alors que c’est nous qui en avons créé la pauvreté.

    Toute proportion gardée c’est la même hypocrisie que le chômage, créé par l’industrie pour maintenir des salaires bas et abondé par les politiques pour se faire réélire avec l’argent de cette même industrie.

    Dans ce domaine la mondialisation est loin d’être une conquête de la  population mais, seulement, un moyen de développement par le commerce et l’industrie pour le commerce et l’industrie.

    Nous avons un autre slogan tout aussi scandaleux utilisé par la profession c’est « la ferme France » comme si toutes les fermes étaient considérées comme de simples soldats de l’armée agricole. C’est beaucoup moins de la moitié des exploitations qui sont productivistes, la grande majorité étant de petites fermes familiales avec des élevages parfois assez réduits mais avec une qualité irremplaçable et le plus souvent une bonne rentabilité. Certes pour des gens qui dépensent peu.

    En fait ce n’est pas tellement le manque de revenu qui dépeuple les campagnes mais surtout la nature du métier avec ses astreintes, la difficulté de se faire remplacer et une nécessaire culture paysanne de base qui ne s’apprend guère à l’école.

    Comment se comporter là dedans quand on est une petite ferme. Disons d’abord qu’il faut de la passion. Cet enthousiasme est nécessaire pour supporter les vicissitudes du métier : poussière, chaleur, objets lourds et coupants, ratages à répétition, bruit, lourdeur sociétale locale.

    Il faut aussi un mélange entre fermeture sur soi et ouverture aux autres. Clairement pour progresser il faut faire ses propres expériences, soit en assolement soit en amendements, soit en dates de semis, voire de récolte, en quantités ou en divers dosages. Il ne s’agit pas de se lancer dans des initiatives  sur des coups de tête, mais d’essayer de tirer rigoureusement  des enseignements des modifications que l’on apporte à ses manières culturales sur quelques années. En essayant de s’abstraire de l’aspect météorologique, pour se concentrer sur le sol qui lui n’est pas soumis à des variations rapides et brutales. Il est clair que l’épisode chaleur sécheresse de 2022 conduisant à une très mauvaise année, non seulement n’était pas prévisible mais seulement potentiel et aussi ne doit pas nous affoler bêtement mais donner lieu à réflexion.

    Par contre il ne convient pas d’avoir des pratiques à l’opposé de ce que font tous vos voisins. De fait il y a un énorme aspect grégaire dans les pratiques agricoles. D’ailleurs faire exactement comme les autres est la meilleure manière de ne pas trop se tromper. Par contre l’apprentissage est alors faible à ce moment là puisque vous vous contenter d’imiter sans savoir pourquoi.

    Comme par hasard des armées de techniciens sont là, gratuitement, pour vous aider à utiliser les bonnes technique et les produits autorisés, sauf en bio où c’est plutôt la misère avec peu de techniciens et peu d’expérimentation INRA ou autres.

    Toujours dans l’hypocrisie, l’agriculture industrielle ne s’appelle pas « chimique » alors que c’est le cas, mais « conventionnelle » ce qui est évidemment beaucoup moins agressif pour la communication, mais cache mal le mal fait à la nature.

    Michel Costadau

  • Agri 4

    Agri 4

    Et donc les banques participent, et pas seulement le crédit agricole, à la croissance des gros et à l’élimination des petits. En plus les banques voient passer beaucoup d’argent, car il est clair que l’agriculture est une activité complètement subventionnée. L’aide la plus connue s’appelle la PAC. Sans les milliards de la PAC, les fameux agriculteurs français mettent la clef sous la porte demain matin.

    Hélas cette aide favorise fortement les céréaliers, car leur chiffre d’affaire est directement lié à la surface, alors que les éleveurs comptent plutôt en nombre d’animaux et moins en hectares. Ils sont aidés au nombre d’animaux mais leur croissance est limitée par les bâtiments et la main d’œuvre.  Les maraichers ont généralement des surfaces minimes. Les arboriculteurs sont certes concernés par les surfaces mais aussi par le nombre de plants.

    C’est ce mécanisme pervers de la prime à la surface qui caractérise le modèle agricole français, avec quelques autres principes comme la liaison forte entre syndicalisme et ministère. Ce genre de collusion permet aux uns et aux autres d’en tirer un excellent parti. Le syndicat parce que sa proximité avec le ministère lui permet de faire savoir que des mesures favorables aux agriculteurs ont été obtenues par simple discussion et le ministère parce qu’il instille en toute tranquillité ses directives dans l’appareil même du syndicat.

    Les bretons et leurs algues vertes ont bien mis en évidence que sans changement de ce modèle on ne résoudra pas le problème. En effet toutes les mesures prises depuis vingt ans pour réduire la pollution aux nitrates et aux pesticides n’ont eu comme effet que de les augmenter. Depuis longtemps le discours dominant est basé sur l’hypocrisie. Des phrases fortes mais des textes flous. Toute la profession manifeste un profond mépris pour les tentatives d’amélioration de la situation environnementale. Car l’agriculture est un énorme pollueur. Et profite du modèle pour continuer sans la moindre contrainte ou alors insignifiante.

    Revenons au caractère répétitif de l’activité. C’est vrai pour la culture céréalière, c’est vrai aussi pour l’élevage, surtout l’élevage intensif. Là ce sont d’énormes machines pour traire une grande quantité à la fois ou d’immenses bâtiments pour l’engraissement. Il existe aussi de la traite automatique en continu avec un badge que porte chaque vache et qui donne accès à des distributeurs de bouchons  d’aliments fort appétissants, en tous cas pour les ruminants.

    Dans ce domaine l’idée générale du modèle est de transformer l’animal en un robot de production spécialisé entretenu par des composés déshydratés et des traitements médicaux fournis par l’industrie chimique. Et les champs en simples supports pour des productions végétales contrôlées par des produit chimiques alimentant directement la plante depuis la semence jusqu’aux grains récoltés. Il n’y a pas encore de cochons synthétiques mais ça pourrait arriver assez vite. Idem pour tous les produits végétaux et animaux. Si vous voulez une image, le paysan est celui qui nourrit surtout la terre pour qu’elle alimente la plante et l’agriculteur est celui qui nourrit directement la plante.

    Il est bien loin le temps des paysans qui aimaient leurs terres et en connaissaient le moindre m². Même si cette image a été un peu mythifiée il est clair qu’elle a existé et tout aussi clair qu’elle a disparu. De nos jours l’agriculteur est le prototype du pollueur, mais paradoxalement bénéficie encore de ce label de protecteur de la nature  alors qu’il en est le principal destructeur.

    A preuve la transformation de produits agricoles en gaz pour les véhicules. Avec la bénédiction de la PAC, c’est-à-dire avec les primes correspondantes sur les surfaces, les agriculteurs transforment du maïs ou du colza en méthane dans de gros bidons de fermentation. C’était la problématique de la ferme dite des milles vaches. Le lait, la viande ou le lisier n’étaient alors qu’un sous-produit de la ferme. Il vaudrait mieux d’ailleurs l’appeler l’usine, car sa raison d’être était la production de méthane. Nous voilà donc avec des produits agricoles subventionnés mais n’amenant rien sur les  marchés, sans que personne ne dise rien.

    Michel Costadau

  • Agri 3

    Agri 3

    La conduite du tracteur elle-même se traduit par un œil fixé sur la roue avant, droite ou gauche alternativement. Cette roue n’arrête pas de tourner et les crampons disparaissent pour aller se poser sur le sol à cet endroit imaginaire qui est son chemin.  C’est cette roue qui suit la bordure de ce qui vient d’être fait, ou la ligne laissée par le traceur ou même une ligne virtuelle construite sur l’habileté du chauffeur. Car les marques du traceur, en sol sec sont souvent difficiles à voir surtout quand il y a quelques mottes. Il faut alors intuiter en devinant plus qu’en voyant la trace. En tous  cas cette roue avant qui tourne est le spectacle, peu varié mais permanent, sur lequel je suis fixé. Et si tu la quittes des yeux, par exemple pour regarder derrière, ne serait- ce qu’un instant tu dévies assez rapidement. Et pourtant regarder derrière est indispensable parce que c’est là que travaille l’outil et ça demande, toujours des réglages qui se passent au champ. Ah oui je l’ai déjà dit mais je le répète  qu’il est indispensable de descendre assez souvent du tracteur pour apprécier le travail, vérifier une horizontalité ou augmenter une profondeur.

    Cependant le côté répétitif de ce travail ne doit pas être sous-estimé, loin de là. Les pistes de robotisation sont donc dans l’air, préfigurant des engins travaillant dans mes champs, sous la surveillance d’une salle de contrôle comme les métros ou les bus automatiques. Le paysan moderne est, donc, devenu un chauffeur et souvent il n’est plus que ça. Pour le business les avantages sont multiples. D’abord l’accroissement de la productivité : avec des outils larges et des tracteurs puissants un seul individu fait, en un jour un travail qui demandait, chez nous, une semaine il y a 15 ans. Je dis chez nous car la mécanisation est très variable selon les pays. Ceci permet avec le même personnel d’avoir des exploitations bien plus grandes. Bien sûr cette mécanisation va de paire avec des champs de plus en plus grands et c’est là qu’interviennent les organismes agricoles et gouvernementaux pour favoriser par tous les moyens cet agrandissement des champs et promouvoir l’agrandissement des exploitations. Ensuite la rentabilité liée aux primes à la surface. Les subventions européennes sont déclinées en France par des aides directes aux hectares cultivés. Ca veut dire que plus vous avez de terres plus vous touchez. Or il n’échappe à personne que l’économie d’échelle est un des fondements du monde financier dans lequel on nous fait vivre. Le mécanisme en est simple et repose sur le concept de coût fixe c’est à dire non proportionnel, comme par exemple le prix d’une heure de main d’œuvre ou d’un litre de gas-oil. Ce prix ne dépend pas de l’utilisation que l’on en fait ni de l’argent dont on dispose pour l’acheter.. Et donc si une machine deux fois plus puissante ne consomme qu’une fois et demi plus on y gagne beaucoup.

    Et donc en agriculture si vous diminuez la proportion des coûts fixes, comptabilité, foncier, bâtiments, outils. ….. mécaniquement vous augmentez votre profitabilité. Et du coup la rentabilité des petites exploitations est complètement remise ne cause. Par exemple pour le matériel, si vous l’amortissez sur 20ha ou sur 200ha ce n’est pas pareil. C’est pourtant le même matériel car il ne faut pas croire qu’avec un tracteur de 40ch on peut passer partout et tirer tous les outils. Les petites fermes se rabattent donc sur du matériel d’occasion, Heureusement on en trouve encore à cause de la disparition précipitée du nombre de paysans. Mais ces matériels n’ont, évidemment, ni confort ni aide à la conduite, ni éclairage performant.

    Ceci se traduit par un abime entre petits et gros. En fait les gros posent de  nombreux problèmes. Ils accaparent les terres empêchant les petits de s’agrandir et les jeunes de s’installer. Les gros sont multi communes et ont beaucoup de transports qui occupent les routes. Ils créent aussi un message trompeur puisque d’un côté ils polluent fortement l’air et le sol, ils vident les nappes phréatiques, ils font monter le prix du foncier et d’un autre côté, ils donnent l’impression d’une agriculture prospère et qui investit avec des matériels rutilants alors qu’ils sont surtout endettés et donc aux mains des banques.

    Michel Costadau

  • Agri 2

    Agri 2

    Semer est un mixte entre jouissance et angoisse. Plaisir de lancer la promesse d’une récolte et souci que l’opération se passe bien. Car les risques sont énormes.

    D’abord les risques mécaniques car le principe des semoirs consiste en une caisse percée de trous donnant dans des tubes terminés par un petit soc qui ouvre la terre et y fait tomber les grains par simple gravité. Seulement le soc se bouche facilement, soit que la terre soit un peu collante, soit par une fausse manœuvre quand on recule, soit encore qu‘une paille, par exemple, obstrue le tube de descente. Il convient donc de descendre souvent du tracteur pour voir si tout va bien, déboucher si nécessaire et contrôler la profondeur, car il est important de ne pas trop enfouir le blé ou l’orge, quelque mm suffisent. En général il faut remplir plusieurs fois le semoir pour faire un champ et le grain est souvent assez mal réparti dans la trémie, ce qui fait qu’un tube peut être vide parce que tout le grain est d’un côté du semoir à cause de la pente. A l’inverse le remplir quand il est encore à moitié plein élimine le risque mais multiplie les opérations et les transports car le champ peut être loin de la ferme. Il faut alors soit faire des aller et retours, soit amener une remorque avec le grain, puis transvaser de la remorque au semoir, sans en faire trop tomber à côté.

    Ensuite les trajets dans le champ. Evidemment pour une parcelle plate rectangulaire, il y a une direction qui s’impose. Cependant beaucoup de parcelles sont à géométrie très variable et demandent un peu d’apprentissage pour savoir par où commencer. Sachant aussi qu’à force de travailler toujours dans le même sens on laisse des zones moins remuées puisqu’à part le labour et le cover-crop, il y a peu d’outils qui couvrent intégralement le champ que l’on travaille. Et justement en bio le retournement de la terre est peu recommandé. Mais l’on s’en sert quand même car le labour est malgré tout un bon désherbant.

    Mais aussi les rochers, dissimulés sous quelques cm de terre et qui vous tordent le soc voire une dent ou le châssis en entier. Parce que vous avez beau connaitre votre champ mètre par mètre les rochers ont tendance à monter d’année en année et vous surprennent toujours.

    Nous utilisons aussi des semoirs pneumatiques qui plantent grains par grains à une distance déterminée. Par exemple tous les 20 cm pour des graines de tournesol. C’est l’aspiration à travers un disque avec de petits trous qui colle les grains contre les trous. Puis le disque en tournant passe par une zone où il n’y a plus d’aspiration ce qui fait que le grain tombe à ce moment-là dans le sol. Le sillon a été ouvert par un soc qui n’a pas la même forme que celui du semoir à blé mais est beaucoup plus en longueur comme une petite barque effilée. Ces semoirs de précisions présentent quand même des risques par exemple que plusieurs grains se collent au même trou ou des défauts d’aspiration. Ces semoirs sont composés de plusieurs éléments semeurs séparés par une distance commune par exemple 60 cm de façon à pouvoir biner entre les rangs. Semer se passe toujours en allers et retours et il convient de ne pas repasser sur ce qui a été semé ou laisser un vide entre deux passages. Pour cela, nous avons des marqueurs qui indiquent où doit passer la roue du tracteur pour être au bon écartement avec le passage précédent.

    Michel Costadau

  • Agri

    Agri

    Peut-être, je ne vous ai pas encore parlé de mon travail agricole.Ca commence tous les matins par la météo. Ce qui compte ce n’est pas de découvrir qu’il va pleuvoir aujourd’hui, ça c’est trop tard, non ce que je regarde c’est l’évolution de la prévision à 10 jours. Si dans 10 jours ils annoncent des orages, est ce que le lendemain puis le surlendemain c’est confirmé. En général ça bouge soit ça se recule, soit ça se rapproche, voire même ça disparait. En fait je surveille trois météos. D’abord météofrance pour une vue d’ensemble de la carte de France et ensuite pour le détail de la commune. C’est une prévision assez prudente non chiffrée qui assez souvent annonce des pluies qui n’ont pas lieu mais peut passer à côté de 20mm dans une journée. Ensuite pleinchamp, très synthétique et chiffrée, avec les températures au sol et à 2m, mais pas à quelques mm près. Enfin météociel, très facile à lire, en général assez précis pour les passages pluvieux et les changements de temps mais aussi avec quelques excès de précaution.

    Eh oui en céréales bio, le temps est ma boussole parce que je travaille énormément le sol. Et pour e s’effriter correctement la terre a besoin d’être dans un certain état de souplesse entre le sec et l’humide. Trop humide elle colle et fait des boules tassées, trop sèche elle ne se délite pas et reste en blocs plus ou moins gros. C’est pour ça que vous voyez toujours les tracteurs en même temps dans les champs. C’est que c’est le bon moment.

    Ca commence juste après la moisson, paille ou culture d’été. Premier déchaumage à disque en espérant qu’il pleuve pour que germent le maximum de graines bonnes ou moins bonnes, enfin tout ce qui peut germer. Le principe c’est qu’une graine ne germe qu’une fois et que si l’on détruit la plantule elle ne se ressèmera pas. Ensuite de juillet à septembre si possible décompactage. Ca consiste à enfoncer de grandes dents verticales ou coudées avec une pointe horizontale au bout pour soulever le sol et l’aérer. Et pour que ça marche il faut qu’il fasse très sec pour faire craquer le sol,, sinon on fait une espèce de rainurage qui ne soulève rien. Ensuite il faut distinguer les parcelles que l’on va semer à l’automne de celles qui vont passer l’hiver avant d’être semées.

    La préparation des semis d’automne consiste à passer un outil à dents, déchaumeur à dents ou cultivateur et vibro pour finir, sur 5 à 10 cm pour d’une part couper les repousses ou adventices diverses et d’autre part créer un lit de terre fine dans lequel sera déposée la graine au semis. Bien sûr tous ces travaux demandent une certaine préparation.

    D’abord préparation du tracteur et des outils, car tout ce qui est en contact avec la terre s’use par frottement. Changer les cœurs sur un déchaumeur à dents se passe plus ou moins bien selon la bonne volonté des boulons à démonter. Et souvent il faut utiliser la meuleuse pour couper l’écrou  en ensuite taper pour chasser la tige. Le tout à quatre pattes au milieu des autres dents qui ne demandent qu’à vous accrocher. Le tracteur lui-même demande du graissage et des révisions. En plus avec l’irruption de l’électronique, je deviens très dépendant du concessionnaire et de sa valise qui lui-même a quelque fois du mal à comprendre les messages qui s’affichent.

    Puis la préparation des graines à semer. Soit semence fermière , c’est-à-dire que nous avons gardé de notre propre récolte, soit semence non traitée ou bio. Pour notre semence prévoir un passage au séparateur ou au trieur et au moment de semer arrosage de vinaigre comme fongicide et remplissage du semoir au seau, à la pelle ou à la vis. Alors arrive le semis. Semer est, évidemment, l’activité la plus importante de l’année et la plus difficile aussi.

     

    Michel Costadau

  • Le verger

    Le verger

    Souvent les vergers fleurissent et donnent des fruits que personne ne ramasse. Certes ce sont des fruits de faible conservation, privés de tous les traitements prodigués aux vergers de rapport. C’est du gâchis me direz-vous. Ces fruits auraient sûrement fait plaisir à plein de gens de la ville. D’accord pour le plaisir mais pas pour le gâchis. Les arbres fruitiers ne sont pas qu’à notre service. Ils servent aussi à nourrir des multitudes d’insectes dont bien sûr les précieuses abeilles. Ils permettent à des tas de petits organismes de se développer même si c’est parfois au détriment de la fructification. Les fruits eux-mêmes servent aussi à la nourriture de gros ou petits animaux.

    Vous avez surement déjà vu ces pommes dont il ne reste que la peau, tout l’intérieur ayant été nettoyé par des frelons, des guêpes ou des oiseaux. Les écureuils ne mangent pas que des noix mais aussi des cerises et des prunes. Ils ont même une certaines tendance à secouer les branches, voire en arracher des brindilles pour attraper les fruits. On retrouve alors des feuilles et des fruits par terre. Et par terre voila d’autres amateurs qui se mettent à l’ouvrage. Les blaireaux sont de très gros consommateurs de pommes et de poires. Les petits rongeurs ne sont pas en reste et font soit de la consommation sur place soit un petit stockage.

    Quand vous arrivez à manger des cerises c’est qu’il y en a beaucoup, je veux dire assez pour vous et pour les oiseaux car c’est eux qui se servent en premier. Et parfois il n’y en a que pour eux. On dit c’est une mauvaise année, mais pas pour tout le monde.

    L’aspect décoratif doit lui aussi être souligné tant il est plus agréable de contempler un majestueux cerisier en fleur qu’une pompe à essence.

    Normalement sous les arbres il y a de l’herbe, ce qui cependant a l’air de poser des problèmes à certains. Ceux-là qui tondent et ramassent ont un souci avec l’évacuation des produits de tonte. Soit ils entassent ça au fond du jardin, voire même dans un composteur, soit ils évacuent ça à la déchetterie. Et ils sont souvent obligés d’acheter une remorque pour le faire. Même si dans certaines villes il y a un ramassage des déchets végétaux je ne pense pas que ce soit très astucieux. Quant au compostage, il prend beaucoup de temps pour un résultat décevant et l’odeur n’est pas formidable. Je vois plutôt deux pratiques beaucoup plus simples. La première consiste à couper sans ramasser, Oui d’accord il faut tondre un peu plus souvent surtout au début c’est-à-dire en avril, mais après on ne voit plus rien et la terre absorbe tout volontiers. La seconde consiste à mettre la tonte dans le jardin, comme un paillage, et au pied des arbres fruitiers ou pas. Ça évite l’évaporation et ça enrichit un peu le sol.

    Alors quand vous plantez un fruitier soyez certains que plein de petits yeux vous regardent en se léchant les babines, ce qui ne vous empêchera pas de vous délecter de fruits cueillis sur l’arbre. Le dessert est dans le verger les enfants.

    Michel Costadau

     

  • La campagne

    La campagne

    La disparition de la ruralité, c’est-à-dire la vie à la campagne, est une évolution continue de notre société, mais le suicide actuel du monde paysan est un peu surprenant. Que la pression libérale vienne du business et de l’Etat c’est classique. Bien que honteux de la part de l’Etat, ça ne nous étonne plus. Mais que la pression libérale vienne aussi du syndicalisme agricole c’est assez questionnant.

    Bien sûr ce n’est pas la première mutation sociétale que nous connaissons, mais dans tous les épisodes précédents depuis les soyeux jusqu’aux sidérurgistes, le syndicalisme a toujours défendu les victimes jusqu’au bout. On n’a jamais vu de syndicalistes prôner la suppression d’emploi. Ou alors contre quelque chose. Or actuellement les paysans disparaissent dans l’indifférence générale et avec la bénédiction du syndicat majoritaire.

    Je précise, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, que j’appelle paysans tous ceux qui font, ou plutôt faisaient, métier de la terre : céréaliers, éleveurs, viticulteurs, quel que soit leur mode de production et de commercialisation.

    Nous constatons donc que les instances agricoles concourent à la disparition des paysans mais nous ne savons pas pourquoi. Comme point de départ établissons d’abord que la profession a été, petit à petit, conquise par les industriels et la finance. On croirait que les paysans gèrent leur profession mais c’est complètement faux. Pas plus que les employés ne gèrent l’entreprise. En fait ça fait longtemps que les banques, les fournisseurs de matériel ou de produits et tous les établissements dits coopératifs, mutualistes et professionnels ont perdu leur caractère représentatif et sont purement aux mains du business. Pourtant ce sont bien des paysans qui siègent dans les chambres d’agriculture et dans tous les organes et commissions concernés, mais ils sont là uniquement pour la galerie, pour le décor. Ils ne sont que la courroie de transmission du business. En fait ils en sont conscients mais la loi du plus fort est la seule loi que les paysans appliquent depuis toujours avec obéissance. Car on ne lutte pas contre le temps ou contre le sol on lui obéit. Et c’est ce qu’ils font.

    Clairement, les paysans ont été sacrifiés à la fin de la dernière guerre mondiale. Et ce sont les Américains qui ont imposé leur mode de fonctionnement et leur dollar. Ceux qui croient que les US sont venus libérer l’Europe n’ont rien compris. Au contraire les US sont venus envahir l’Europe. Ca a très bien marché et ça marche encore. C’est à ce moment-là qu’a été lancée l’industrialisation de l’agriculture française. Ça s’est fait sous plusieurs aspects. En fait dans cinq registres.

    D’abord la mécanisation. La mécanisation est bien accueillie car le métier est vraiment pénible et toute aide est la bienvenue. Evidemment la mécanisation implique revendeurs mais aussi prêts et assurances donc arrive la banque. Et ainsi a commencé l’endettement.

    Ensuite la mainmise sur le foncier avec d’une part la consolidation du statut du fermage afin de sécuriser les prêts des banques et d’autre part l’élimination des petits pour favoriser voire forcer l’agrandissement. Là ça a été moins drôle, acceptable pour le fermage mais pénible pour les conflits entre personnes que génère l’attribution de terres. C’est là qu’a commencé le détournement du syndicalisme en devenant synonyme d’agrandissement. Le syndicat et les administrations s’arrangent entre eux pour éliminer les non-syndiqués, qui sont qualifiés de passéistes. Et bien sûr n’allez pas chercher là-dedans la moindre lutte contre l’artificialisation ou la spéculation, au contraire. La mainmise sur le foncier ne sert qu’à empêcher la survie des petits, à garantir les prêts, à fusionner les exploitations en favorisant les syndiqués majoritaires. A preuve l’explosion du prix du foncier qui empêche maintenant l’installation et favorise encore plus l’agrandissement

    Arrive alors le détournement des coopératives. Prévues pour écouler toute la production et vendre les intrants, elles ont surtout œuvré pour éloigner les paysans de leurs clients, de façon à ce qu’ils ne deviennent qu’un des rouages de la production et non les propriétaires de leurs produits. Là aussi ça s’est fait en douceur puisque la coopérative ou le négociant vend et achète tout et fait la gestion de trésorerie. Du coup beaucoup de paysans travaillent directement et exclusivement pour des industriels dans lesquels ils ne sont pas représentés, pour le lait, la viande, les patates, la betterave et autres.

    Puis vint la PAC, accélérateur de l’asservissement et de l’agrandissement, puisque les primes sont au nombre d’hectare. Donc plus de surface égal plus de primes. De plus, en montrant clairement que les exploitations ne sont pas rentables sans les aides, la politique européenne a confiné le paysan dans le simple rôle d’ouvrier de l’industrie agroalimentaire. C’était le but. Nous n’avons donc pas une agriculture productiviste par vrai choix des paysans mais par passage sous la coupe des industriels. Et c’est donc la course à la productivité qui impose l’agrandissement des exploitations et la disparition des paysans, exactement comme la concentration des usines dans l’industrie est synonyme de licenciements. En plus cette politique a aussi permis d’essayer de concurrencer les vrais exportateurs de blé d’Amérique du Sud et les riverains de la mer Noire. Qui eux n’ont pratiquement aucune aide mais vivent de leurs produits.

    Enfin les semences. Dernier maillon de la dépossession des paysans, les semences végétales et animales sont maintenant brevetées et ferment la boucle en amont. Du coup le paysan achète d’une part toute sa semence, son matériel et ses produits au business et d’autre part vend toute sa production au même business. Le client final a disparu de son environnement.

    Or historiquement le paysan est avant tout un producteur qui répond à une demande de consommateurs, d’utilisateurs à commencer par lui-même. Maintenant son rôle se limite uniquement à celui d’un salarié de l’industrie, payé par elle et exécutant ses ordres avant de prendre la porte pour être remplacé par des fermes industrielles.

    Voilà pour la situation actuelle mais on peut d’ores et déjà prévoir une nouvelle étape. En effet le marché n’est plus aux mains des producteurs mais des commerçants. Et pour les commerçants il est clair que les labels et le bio sont maintenant la principale réserve de marges. En effet, la traçabilité, les origines, les concepts fumeux de durabilité ou d’équité ont eu leur temps mais sont au bout du rouleau. Alors il reste le bio pour inciter les consommateurs à accepter des prix. Le business a donc enclenché le bio de masse, car il a besoin de l’industrialisation du bio pour conserver des marges. Nous en sommes à la sixième phase celle de la massification du bio.

    Nous avons donc la réponse à notre première question : la profession entière est aux mains du business. Celui-ci a transformé les paysans en ouvriers et applique les règles classiques d’augmentation de productivité. Quant au syndicat, sous la coupe des politiques, c’est seulement la couverture pseudo-démocratique du business. Il est là pour éviter les révoltes, les vagues et faire passer la pilule de la disparition et pousser la mise en place les fermes industrielles.

    L’avenir n’est donc plus aux paysans mais aux fermes industrielles.

    Reste alors une question sous-jacente. Est-ce utile ou pas d’avoir des paysans ?

    La réponse est : oui les paysans sont indispensables. Mais pas pour la raison à laquelle vous pensez naturellement, c’est-à-dire l’alimentation de la population. Non personne n’a jamais demandé aux paysans de nourrir la planète. Pas plus qu’on a demandé à Renault de donner à chacun une voiture. C’est, donc, juste un slogan productiviste, comme la ferme France, qui a pour résultat que l’industrie agricole en ce moment détruit la planète et se trouve exposée à l’ire des consommateurs. En fait le rôle des paysans c’est de nourrir leurs proches, c’est-à-dire leur région, à la rigueur leur pays s’il n’est pas trop grand. Et ça ils ne le font pas, même chez nous. Ca n’exclut pas les échanges, mais l’autonomie alimentaire locale devrait être la règle de base de l’agriculture.

    Par contre là où les paysans sont indispensables c’est pour entretenir la campagne. C’est ce qu’ils faisaient et qu’ils ne font plus.

    Parce que ce sont les paysans qui ont créés la campagne. Ce qu’on appelle des espaces naturels sont seulement des zones sans paysans. Mais pour entretenir la campagne il faut être nombreux. Parce qu’à la campagne il n’y a pas que des champs. Il y a aussi des ruisseaux, des forêts, des landes, des lacs, des marécages et des animaux, des tas d’oiseaux, des rongeurs, d’insectes, des vertébrés grands et petits, et aussi des vers et des champignons.

    Or en ce moment les paysans non seulement détruisent directement une partie de la faune et de la flore avec des produits plus ou moins autorisés quoique assurément nocifs, mais n’entretiennent plus ni les ruisseaux, ni les haies, ni les bois, ni les zones humides. Ils détruisent la campagne, purement et simplement. Et cela a des conséquences que tout le monde peut voir.

    Entretenir les ruisseaux c’est éviter que les arbres tombent dans le lit et bloquent l’écoulement de l’eau, c’est maintenir les berges avec de la végétation afin d’éviter les ravinements qui comblent le lit et diminuent son débit et c’est quand il y des buses ou des ponts de vérifier qu’ils ne sont pas bouchés ce qui provoque obstacle et ravinement. C’est prévoir des zones d’étalement, en cas de débordement, sans clôtures, sans bâtiments, sans rien qui bloque l’écoulement.

    Entretenir les haies c’est les maintenir en largeur et en hauteur en évitant les épareuses qui laissent des plaies sources d’attaques parasitaires, c’est évidement ne passer aucun insecticide ou fongicide à proximité et c’est respecter tous les animaux qui y vivent.

    Entretenir les bois c’est renouveler la futaie de temps en temps, c’est-à-dire de l’ordre d’une ou deux fois par fois par siècle, c’est tenir propre le sous-bois avec une végétation vivante et non un amoncellement inextricable de branches mortes qui facilitent la propagation des incendies et empêchent les accès.

    Entretenir les zones humides, c’est veiller à ce qu’elles ne s’assèchent pas par détournement de l’eau, c’est protéger et non chasser les animaux qui y vivent. Et ce n’est pas en faire des lieux de visites touristiques, les zones humides ont besoin de tranquillité.

    Et entretenir la campagne c’est surtout l’occuper avec des champs travaillés et bien travaillés c’est-à-dire en soignant la terre et non seulement la plante que l’on veut faire pousser, avec des animaux élevés en plein air, avec des pâturages et surtout, surtout, surtout avec une présence humaine.

    Or aujourd’hui au contraire la présence de l’homme disparaît de la campagne pour se concentrer en ville et dans des villages de plus en plus urbains. L’homme est en train de déserter la campagne et l’agrandissement des fermes accélère fortement ce mouvement. Jusqu’à présent il restait partout au moins un deux paysans pour un peu entretenir la campagne mais maintenant des zones entières ne sont plus habitées toute l’année et livrées à elles-mêmes.

    Alors la nature, c’est-à-dire la vie, reprend la place laissée par l’homme. La progression des friches et des champs abandonnés est bien visible. Celle des loups, des lynx, des sangliers et des chevreuils, moins visible mais fortement médiatisée est en la même illustration.

    Comment s’en étonner quand le business continue à faire disparaître les paysans.

    La suite dans un prochain texte.

     

     

    Michel Costadau

  • Sivens

    Sivens

    Cette fois on va parler de Sivens, projet ni en cours ni arrêté mais (spécialité française) « dans l’impossibilité de se poursuivre », d’abord parce que c’est local, mais surtout parce que c’est emblématique d’une nouvelle donne politique.

    Un filet d’eau qui serpente dans une petite vallée entre des collines basses aux crêtes boisées, c’est le Tescou, aux enjeux infiniment supérieurs à sa taille.

    C’est vrai que Sivens concerne seulement 17 ha, certes de zone humide, mais enfin c’est pas trop grand par rapport aux autres projets d’aménagement dont on parle aussi. NDDL c’est 2000 ha, le LGV c’est 1000 ha, Castres-Toulouse c’est 400 ha, la zone de Saint-Sulpice c’est 200 ha.

    Pour une fois je ne vais pas vous donner le résultat avant la démonstration, mais quand même on peut dire que Sivens c’est le Waterloo de la puissance publique française.

    Cela dit, qu’est-ce que je vais bien pouvoir vous apprendre sur Sivens ; tout a déjà été dit et redit (pour ceux qui s’informent, pas pour ceux qui regardent la télé bien sûr), car cette fois il ne s’agit pas de trouver une solution, mais d’analyser des démarches et leur causalité. On va donc essayer de s’intéresser aux conséquences et enseignements que l’on peut tirer de ce qui se passe dans ce petit coin du Tarn. Tout ce qui suit n’est qu’une opinion pas un jugement.

    Par exemple, le projet de Roybon (Isère) a déjà bénéficié d’un retour de Sivens. En effet, la même plainte en référé sur l’urgence d’arrêter les travaux de déboisement, qui a été rejetée à Sivens, a été acceptée à Roybon et le projet est là aussi suspendu, mais cette fois à cause d’une décision de justice, et non comme à Sivens à cause de la mort d’un militant. Il faut dire que les motifs du rejet à Sivens tenaient plus d’une réplique de Molière que de la justice, puisque les juges ont considéré que de raser la zone humide n’était pas irréversible tant qu’on n’avait pas dessouché tous les arbres et que donc les travaux pouvaient continuer. A Roybon, un mois et un mort plus tard, ils ont décidé au contraire qu’il y avait urgence à suspendre les travaux. Merci Remi.

    En terme de conséquences il y a vraiment un point sur lequel on n’a pas assez insisté, c’est le désaveu cinglant qu’ont subi les instigateurs du projet (CG, CACG, FDSEA, préfecture…..). C’est ça la nouvelle donne.

    Concrètement, le fait que deux experts aient pu en un mois mettre en pièces (je ne m’y attendais pas à ce point-là) ce projet, est la preuve d’une telle incurie (un mélange d’incompétence, de mépris des lois et des citoyens et de confusion d’intérêts) que cela jette la suspicion sur toutes les décisions prises par ce qu’il faut continuer à appeler les autorités. Parce que cette histoire d’experts nommés directement par le ministère, mérite que l’on s’interroge. Le ministère n’envoie pas d’experts sur tous les projets d’aménagement, loin de là. Pour moi, le ministère a analysé que le projet était plombé par des aspects potentiellement illégaux, qu’il y avait une contestation (collectif et occupants) et une crispation (CG et FDSEA). Il a alors eu l’idée (ou on la lui a soufflée) de permettre aux instigateurs (CG) de ne pas perdre la face, en proposant d’aboutir à un compromis (c’est-à-dire un truc ou en théorie chacun fait un pas et donc perd quelque chose). Au début, les opposants ont joué le jeu (pour avoir l’air constructifs, je suppose), mais c’était un piège grossier pour faire quand même le barrage, éventuellement plus petit (mais les promesses n’engagent que ceux à qui elles sont faites). Seulement (je ne dis pas heureusement, car c’est un grand malheur) il y a eu un mort et ça a tiré (momentanément) les opposants de leur fâcheuse posture.

    On continue sur les ressentiments que provoque cette gifle sur les tenants du projet. Voilà des gens habitués à leurs petites magouilles et d’un seul coup, baf, parce qu’un collectif de défenseurs de la nature s’est interposé, les voilà obligés de reconnaître  … plein de choses, mais essentiellement qu’ils défendaient un projet complètement inutile. Je vous rappelle pour mémoire que quand on dit projet, on dit argent et quand l’argent va quelque part, il ne va pas ailleurs, par exemple sur les routes départementales ou les écoles et les collèges !!!

    D’ailleurs ils n’ont pas reconnu du tout leur erreur pour le moment et leur digestion s’avère difficile. Les récents débordements avec milices agricolo-facho-chasseurs, encouragées par une municipalité irresponsable et des élus complices, en sont la preuve. C’est pour ça, aussi, que je dis que Sivens est emblématique d’un profond changement de la donne politique en France.

    Qu’est ce qui change ? Ce qui change c’est que d’un seul coup:

    On découvre que les choix du CG n’ont aucun rapport avec la moindre préoccupation politique puisqu’ils votent tous le même projet inutile, preuve qu’il n’y a pas plus de majorité que d’opposition mais bien qu’ils sont tous d’accord pour contourner les lois (avec un max de subventions quand même, parce que tout le monde croit que les subventions ce n’est pas notre argent, c’est celui….des autres, ben non).

    On découvre que le CG s’habille de légitimité pour décréter que le projet est un choix démocratique. Et de demander en chœur, le « retour » à l’Etat de droit. Hop, là on s’arrête 30 secondes car il y a un gros poisson. Ce n’est pas parce qu’ils sont élus que tout ce qu’ils font a le label démocratique du choix populaire. Quand le Conseil constitutionnel est saisi d’une loi, pourtant votée par le parlement qui est directement l’émanation du peuple, personne ne trouve à redire. On ne dit pas que le Conseil constitutionnel bafoue les choix démocratiques des électeurs. Ce devrait être pareil quand la justice est saisie parce qu’un projet ne respecte pas les lois en vigueur. Seulement nous ne sommes plus en démocratie, parce que les élus ont complètement perverti le sens du vote des citoyens. Aujourd’hui on se fait élire pour décider à la place de citoyens et non pas pour les représenter et défendre leur avis. Décider à la place des électeurs, c’est certes commode, car la population a l’impression qu’il se passe des choses sans qu’elle n’ait rien à faire, mais ça crée deux sphères de fonctionnement qui ne communiquent plus. D’un coté les élus, l’administration et les entreprises qui concoctent entre eux ce qui les arrange, et d’un autre les citoyens qui voient passer au-dessus d’eux, des débats, des promesses et autres discours et qui finissent par ne plus comprendre qu’on se moque d’eux à ce point-là. C’est grave parce que, comme vous le savez, le monde est gouverné par des non-élus (finance….) et que les vrais élus leur font allégeance plutôt que de nous défendre Pour fermer la boucle, n’allez  pas croire que je dote les sondages d’une fonction de contre-pouvoir et encore moins les médias.

    On découvre que dépenser l’argent du contribuable n’a aucun garde-fou (il n’y a pas de commissaires aux comptes dans les CG) et que donc ils font ce qui les arrange. C’est vrai qu’il y a la Cour des comptes et, d’ailleurs elle vient de donner un avertissement aux agences de l’eau, je cite : « En outre, comme ce sont les Chambres d’agriculture qui désignent ceux qui siégeront aux comités de bassin, c’est la FDSEA qui dispose de fait « d’un quasi-monopole de représentation », souligne le rapport ». Mais vous savez ce que fait le CG des avis de la Cour des comptes… oui bon alors c’est bien, on est d’accord,

    On découvre que la CACG constructeur de barrage (canal de la Neste, Fourogue (jugé illégal juste après réalisation !!) a dans ses organes de décision les même personnes que le commanditaire (CG) qui lui même avait déjà demandé à la même CACG de faire le rapport de faisabilité. Donc, depuis l’étude d’opportunité, en passant par la réalisation et l’utilisation, on a en fait la (les) même personne qui décide tranquillement que c’est faisable, combien ça coûte et le commercialise (pas cher) aux irrigants. Cette collusion que l’on découvre va-t-elle avoir pour première conséquence que tout le monde va regarder de plus près les études de faisabilité et les procédures ? (je l’espère).

    On découvre que la FDSEA a un quasi-monopole dans les décisions concernant l’usage de l’eau (démocratie où es-tu ?). Ce syndicat a aussi un modèle productiviste (ça veut dire produire de plus en plus, sans s’occuper d’à qui ou à quoi ça peut bien servir et sans s’occuper des dégâts collatéraux, pollution, environnement, disparition des exploitations..) qui trouve singulièrement ses limites. Vous savez le fameux plan ecophyto (avec financement européen bien sûr) censé réduire l’utilisation des produits phytosanitaires (ça veut dire désherbants, fongicides, pesticides) sur 5 ans, a eu comme résultat une augmentation substantielle de leur utilisation (cherchez l’erreur). Ce même syndicat porte aussi la responsabilité de la disparition des agriculteurs, puisque la course à la taille élimine tous les petits qui sont souvent les plus rentables.

    On découvre enfin que cette notion de votes démocratiques est, en fait, complètement biaisée (j’adore ce mot-là) dans le sens où il ne s’agit en aucun cas d’intérêt général (ou tout au moins pas en priorité) mais seulement de l’intérêt des élus et de leurs « bonnes » relations.

    Allons plus loin et demandons-nous si le CG aurait pu, l’année dernière, demander lui même cette contre-expertise (il aurait pu y avoir au moins un des conseillers qui la demande). Pour fixer les idées en termes de coût, l’expertise c’est de l’ordre de 50 000€/missions et le déploiement des GI, demandé par le CG, de l’ordre de 500 000€/missions.

    Mais la réponse est claire : non le CG n’aurait pas pu demander cette contre-expertise car tous les éléments étaient déjà présents dans de nombreux rapports (c’est d’ailleurs aussi pour ça que les deux experts du ministère ont été très rapides) mais le CG avait délibérément choisi de s’asseoir sur les rapports (je crois que maintenant on commence à comprendre comment ça marche).

    Seulement d’habitude, quand le CG mène ses petits trafics (c’est à dire ignore les rapports dûment commandés selon les lois (parlement français) en vigueur) pour arriver à réaliser malgré tout ses projets, personne ne dit rien ou plutôt ne disait rien.

    Mais il y a un mais, car depuis NDDL la situation a changée.

    En effet à NDDL, à cause de la vigueur de la résistance, les pouvoirs publics n’ont pas pu éviter de dire que, pour une fois, les décisions administratives attendraient la fin du jugement de tous les recours.

    Malgré cette expérience, à Sivens, le CG dans la lignée de la chape de plomb qui pèse sur le Tarn, a cru pouvoir essayer de passer quand même. D’une certaine manière ça peut s’expliquer par le fait qu’ils ont largement sous-estimé la capacité de résistance du Tarn, parce que, comme on l’a dit au début, Sivens c’est tout petit, avec du coup peu de gens concernés, car un barrage ça fait quand même beaucoup moins de bruit qu’un aéroport. Bref ils n’ont pas compris que quelque chose avait changé. La résistance à NDDL a vraiment été un tournant.

    Cependant, dans le Tarn, ça ne se présentait pas du tout bien pour les défenseurs de la zone humide, mais pour dire les choses jusqu’au bout, il se trouve que, pour Sivens, le collectif qui résiste est emmené par un vrai professionnel des luttes environnementales. Ancien salarié d’une ONG qui s’est fait une spécialité de la protection des mammifères marins, c’est un fin connaisseur des textes du Grenelle de l’environnement et autres directives  européennes. Avec lui s’est constitué un collectif, assez réduit, mais motivé et pertinent. Au début ils n’étaient qu’une dizaine (plus quelques agriculteurs de la conf) à empêcher les naturalistes de compter les têtards, dans le but de « sauver » la faune habitant la zone humide à détruire (la transhumance des têtards c’est pas un truc qu’on voit souvent, mais c’est ce que proposent les pouvoirs publics parce que les zones humides, si on détruit 1 ha quelque part on peut la refaire en petits bouts ailleurs afin de permettre aux bétonneurs d’avoir la conscience tranquille)

    Donc à Sivens il paraissait tout à fait jouable d’appliquer la stratégie habituelle de contournement des lois. La CACG demande au CG de faire un barrage (s’ils ne font pas de barrage ils n’ont rien à faire), le président du CG qui voit des élections sénatoriales à l’horizon se dit que le moment est bien choisi, s’assure de l’appui du syndicat agricole majoritaire (c’est comme en Afrique, ça veut dire unique) qui le lui donne volontiers puisque l’agriculture productiviste est sa seule ligne de pensée, ne remet évidemment pas en cause l’étude faite par la CACG (puisqu’on a les a choisis pour ça), et comme il veut vraiment être élu aux sénatoriales prévoit un budget « forces de l’ordre » puisqu’il sait bien que les recours juridiques n’étant pas purgés, il y aura de l’opposition, mais qu’il doit pouvoir passer en force ou tout au moins faire preuve de la virilité politique nécessaire à son élection. Petit projet (17 ha (35 ha de plan d’eau au max), 9 M €), aucun soutien local aux opposants au projet, la commune sur laquelle se trouve le site, la Chambre d’agriculture, la CACG, le syndicat agricole majoritaire et quelques autres, tous sont (c’est ça la chape de plomb du Tarn) pour le projet de barrage.

    Alors le CG du Tarn lance le projet (lancer ça veut dire vote CG, enquête d’utilité publique (dont il n’a été tenu aucun compte bien sûr) et demande au préfet de publier les arrêtés nécessaires). Les arrêtés sont aussitôt l’objet de plaintes pour non-respect des lois sur l’eau et des directives européennes. Mais ces plaintes ne seront jugées que dans deux ou trois ans, la justice étant, comme on le sait, lente dans notre pays. Alors justement cette lenteur est utilisée par les pouvoirs publics pour réaliser les projets avant qu’ils ne deviennent illégaux, de façon à mettre la justice devant le fait accompli. C’est un comportement machiavélique consistant d’un côté à voter des lois (à Paris), et ensuite à les contourner (à Albi) en prenant des décisions (parées de la légitimité du vote d’élus locaux) en contradiction avec la loi, mais avant que la justice ait pu se prononcer sur la légalité de ces décisions.

    Vous voyez pourquoi je dis qu’ils sont machiavéliques. Continuons.

    Puisque nous sommes là pour réfléchir, posons-nous donc la question : mais pourquoi les pouvoirs publics (en l’occurrence CG et préfecture) agissent-ils ainsi ? La réponse est assez simple, mais demande quelques explications. La réponse c’est que le CG ne fonctionne pas du tout en relation avec les électeurs (c’est à dire la population du département) mais seulement avec les lobbies locaux. Pour illustrer l’exemple qui nous intéresse, le CG du Tarn fonctionne uniquement avec la Chambre d’agriculture (tenue par « le » syndicat agricole), la CACG, les grandes entreprises locales (parce que c’est eux qui financent les campagnes électorales) et le préfet bien entendu.

    Donc, quand la CACG dit qu’elle veut faire un barrage, les contacts se nouent directement entre les responsables de ces entités, sans passer par la case consultation des citoyens (c’est la grande déviance démocratique (voir TAFTA) que nous constatons aujourd’hui, à savoir que si des gens sont élus c’est seulement pour qu’ils puissent décider de ce qu’ils veulent sans demander l’avis des électeurs ( puisqu’ils ont déjà été élus) cherchez l’erreur).

    Alors maintenant quelle est la situation catastrophique découlant de ces tristes  comportements :

    – un projet totalement remis en cause en un mois par deux experts,

    – un jeune militant écolo tué par les forces de l’ordre,

    – une vallée dévastée avec des montagnes de terre empilées dans le plus grand désordre,

    – une cinquantaine de jeunes occupants défenseurs chevelus de la zone humide, vivant dans la boue et sous des tentes de fortune, voire dans les arbres,

    – de nombreux excités fascisants quadrillant la zone en quad et en 4/4 pour faire la chasse aux occupants, et molester ceux qui veulent passer (sous l’œil complaisant de la gendarmerie),

    – des élus locaux en campagne électorale (c’est la seule chose qu’ils savent faire), jetant de l’huile sur le feu, manipulateurs des excités et lançant des anathèmes archaïques mais dangereux contre les occupants et ceux qui s’opposent au projet initial,

    – des militants associatifs et syndicaux fournissant leur aide aux occupants mais désorientés par l’attitude désinvolte (c’est le moins que l’on puisse dire) des pouvoirs publics, préfet en tête, se demandant, à quoi peut bien servir la justice aujourd’hui,

    – et je ne vous parle pas des animaux errants qui ne savent plus ou ils en sont.

    Alors, bon sang de bon sang, comment en est-on arrivé là ??  J’insiste.

    Comment, mais à cause de la sombre farce des projets du Conseil général, qui contrairement à ce qu’on pourrait penser, ne concernent pas le moindre besoin, ni le moindre service public mais seulement les influences de certains de ses membres. En effet, voila un prétendu projet de barrage qui un coup sert au soutien d’étiage, un ans plus tard à la dilution des pollutions d’une usine laitière, un an plus tard à réguler le débit (c’est le contraire de l’étiage), un an plus tard aux déficits en eau du département (oui parce que dans le Tarn, on est censé consommer plus d’eau (essentiellement pour l’agriculture)  que ce que l’on produit, alors il faut faire des barrages, logique imparable qui conduirait les Pyrénées qui produisent plus d’eau qu’elles n’en consomment, à détruire les barrages) et qui il y a un an devenait (enfin) destiné à l’arrosage du maïs.

     

    Pour finir, peut-on dire un mot de ce qui va se passer dans les années à venir ? A court terme, le CG  va voter le (nouveau ?) projet de barrage réduit sur le même site, lancer les études (à la CACG, chiche) pour un ou deux ans (car il faut trouver de nouveau des financements). Pendant le même temps, les recours seront jugés et certainement dans le sens de rejeter à nouveau le projet (réduit si vous avez suivi). On repartira alors pour de nouvelles propositions (avec les mêmes experts, chiche) et de nouveaux recours. Concrètement, dans les années qui viennent, aucun barrage ne sera construit à Sivens. Mais alors que vont devenir les tas de terre et les occupants du site. Je ne suis pas devin mais je vois bien qu’il y aura des expulsions (ou des tentatives) mais alors il y aura retour des occupants et même en plus grand nombre (espérons que le prochain hiver ne sera pas trop rude). Quand à la réhabilitation de la zone humide, si l’on avait affaire à des gens intelligents, elle commencerait tout de suite. Non seulement ça coûterait beaucoup moins cher (à nous) mais en plus ça ferait une zone agricole plus conviviale. Mais ce qui est sûr c’est que nous n’avons pas affaire à des gens intelligents.

    Sans contestation possible, le projet du barrage de Sivens est un projet complètement raté.

    Michel Costadau

  • Les vaches

    Les vaches

    Je suis céréalier mais je vois aussi des vaches. Des bêtes de 800 kg au poil ras, café au lait. Et à ma grande surprise elles se mettent à faire des sauts sur place des quatre pattes, une fois en l’air jolie ruade et petit pliage des jambes avant. On croirait une figure de Saumur tellement c’est bien fait. En plus elles tortillent un peu en l’air, ce qui ne doit pas être dans le canon mais manifeste une belle exubérance. Tout simplement elles sont contentes de retrouver un nouveau paillage et un peu d’espace pour s’ébattre.

    Ma surprise vient de ce que 10 secondes avant je les considérais comme des bovins, c’est-à-dire des bêtes lentes, lourdes, ruminantes, seulement destinées à devenir du pot-au-feu ou au mieux du rôti.

    Cet assaut d’expression libre et de danse m’a donc interrogé et m’amène à me poser des questions sur le déclic de ma réaction.

    Le premier truc que j’ai senti c’est la jeunesse. Comment des vaches proches de l’abattoir pouvaient-elles avoir ces sautillements primesautiers sans être jeunes c’est-à-dire inconscientes du monde qui les entoure. J’avais oublié que les vaches ça commence aussi par être jeune. Mais qu’est-ce que font les vaches de leur jeunesse, à vrai dire je n’en sais rien. Il y a le veau et puis après la vache. En fait si, ça me revient : entre les eux il y a la génisse. Seulement je n’ai pas un très bon souvenir du foie de génisse qui, comme chacun sait, est le foie des vaches de réforme. D’ailleurs une grande partie de la viande dite bovine vient de vaches de réforme. Bien sûr il y a des exceptions, c’est fait pour ça.

    Le second truc c’est la force, parce que propulser presque une tonne à 1m de haut demande une belle énergie, en plus avec une certaine légèreté et agilité comme si c’était facile. Alors il y a le pis mais aussi le muscle. Des muscles partout qui se tendent et se relâchent à volonté, et la volonté de sauter y est presque comme un challenge. Je suis sûr qu’elles cherchent à aller le plus haut possible pour la compet, pour le prestige mais aussi pour le fun. Parce que c’est clair ça leur fait plaisir de sauter, de bondir, de gesticuler. Et elles sont même pas essoufflées.

    Ensuite j’ai ressenti un aspect collectif, non pas qu’elles jouent une composition mais elles sont ensemble et se regardent gambader avec une espèce d’émulation. Elles ne sautent pas en même temps mais plutôt à tour de rôle, ce qui ne les empêche pas en passant de donner un bon coup de tête à la voisine, gentiment. Presque elles paraissent contentes de ne pas être seules. Il y a certainement des affinités plus précise entre elles mais c’est assez difficile à observer. Un saut, un coup de tête, une petite accélération c’est ça le ballet qu’elles jouent.

    Alors je me suis redemandé à quoi servent les vaches. La réponse vient de l’agronomie : on a pas encore trouvé de meilleur moyen pour entretenir les prairies. Voilà les vaches c’est pas de la viande sur pieds, c’est l’aboutissement de la boucle du végétal.

    Rigolez pas ça aurait pu être nous.

    Michel Costadau

  • Guy Phozat relancé

    Guy Phozat relancé

    Déjà un peu affecté par le premier procès et son verdict à 200 M$, les Phozat voient alors arriver d’autres procès pour empoisonnement et cette fois au niveau national et non plus régional. En fait plusieurs centaines de plaintes à des degrés divers d’instruction judiciaire, mais toutes visant la dangerosité voire la mortalité du produit mystérieux pour lequel Guy avait un don.

    A cela s’ajoutait la campagne d’analyse d’urines qui avait tendance à montrer que le poison était maintenant présent partout et du coup chez tout le monde, en ville comme à la campagne. Ces analyses avaient une fâcheuse tendance à remettre en cause les formidables vertus du traitement par Guy des champs et des jardins. En effet les parents de Guy, Mont Santo et la mère Bayer vantaient la volatilité de l’effet. Sitôt Guy passé, disaient-ils, plus aucune trace d’un éventuel produit, tout était évaporé, recombiné, en gros disparu. Et voila que maintenant il fallait expliquer qu’il y en avait partout et que ça se fixait au moins dans les urines. Euh difficile à justifier.

    Autant dire que le moral était assez bas. Certes ils étaient encore largement soutenus par la classe politique qui, corrompue par les lobbies, refusait toujours de légiférer sur le sujet, mais ayant néanmoins un peu le sentiment qu’une nasse commençait à se refermer.

    Heureusement pour eux, dans le même temps, les parents Phozat et tous leurs amis du business cherchaient à retourner la situation à leur avantage. Et le miracle se produisit : la fédération des exploitants, qui était le syndicat des utilisateurs des vertus désherbantes de Guy fut chargée par les politiques de mettre un terme à son utilisation. Oui exactement, le gang des pollueurs fut chargé de mettre fin à la pollution. D’un  seul coup la situation s’inversait. C’est comme si on demandait à l’Église de lutter contre la pédophilie, ou aux compagnies pétrolières de combattre le réchauffement. C’était une victoire inespérée qui laissait augurer de longs jours d’utilisation de Guy avec les rendement financiers correspondants. En fait, cette incroyable capitulation des politiques avait été préparée depuis plus d’un an avec ce que le syndicat et le gouvernement avaient appelé contrat de solution. Ce vocable ne voulait évidemment rien dire mais c’était le genre de mots fétiches de la technocratie. La mesure avait été proposée aux Etats Généraux de l’Alimentation, vaste fumisterie destinée à leurrer les consommateurs sur les méfaits de l’agriculture chimique. Et dans cette kermesse, avaient été vantés les mérites de la cogestion entre le syndicat et les pouvoirs publics. Evidemment s’il s’était agi de faire pression ensemble sur les négociants et les groupements agricoles, ça aurait eu du sens mais là il s’agissait d’une capitulation en rase campagne des politiques. Il faut dire que la fédération des pollueurs avait pris l’engament de supprimer l’utilisation de Guy….sauf exceptions. Le problème était que les exceptions couvraient à peu près tous les cas d’utilisation pour la viticulture, l’arboriculture, les cultures céréalières et l’élevage. Seul le maraîchage non industriel semblait devoir se passer de Guy. On était donc passé de la suppression de l’utilisation de Guy a des notions de pourcentages, par exemple 30 % de moins en dix ans. Autant dire la continuation pure et simple de l’empoisonnement.

    Cette situation catastrophique résultait classiquement de la puissance des lobbies et de la corruption des politiques, et commençait à monter l’opinion contre les agriculteurs-pollueurs. La rue allait-elle suppléer aux manquements des gouvernements ? La question reste posée.

    Michel Costadau