Catégorie : Agriculture

  • Phozat3

    Phozat3

    Mais les herbes résistantes c’était la contestation de son don. Enfin pas tout à fait puisque seules certaines herbes lui résistaient, toutes les autres se desséchant comme d’habitude. Mais Guy se demandait comment les herbes pouvaient faire une différence quand il marchait dessus. N’ayant pas la réponse, il se tourna vers ses parents qui lui expliquèrent que c’était tout simplement grâce à des opérations génétiques que certaines plantes devenaient résistantes. Ils évitaient de dire manipulations, ça faisait plus clean.

    A Guy ça ne lui plaisait pas beaucoup tout ça, ni la résistance ni la manipulation, d’autant plus que voilà pas qu’un jardinier avait porté plainte contre ses parents pour mise en danger de la vie d’autrui, ce qui en décodé veut dire tentative d’assassinat. Et que c’était lui l’assassin présumé.

    Bien sûr ses parents avaient largement les moyens de prendre les meilleurs défenseurs et au début ils ne se firent pas trop de souci. En effet les avocats naviguaient entre l’efficacité du traitement et son innocuité pour l’homme. C’est vrai que très nombreux étaient les utilisateurs de Guy, y compris dans le domaine public, cours d’écoles, rues, parkings, bords de route, jardins publics. A cela s’ajoutaient tous les particuliers  qui trouvaient plus facile le pulvérisateur que la binette. Avec en plus des doses assez peu contrôlées, « je vais en mettre un peu plus en cas ». Cependant aucune maladie ou décès ne pouvait encore être attribué à Guy.

    Et donc, en référé, le plaignant fut débouté, mais avec un avertissement sur l’éventuelle nocivité du produit. Car si le danger n’était pas prouvé, l’innocuité non plus. Alors le jardinier attendit le jugement.

    Tout cela avait largement ému l’opinion, en particulier le fait qu’il commençait à se savoir que les parents Phozat avaient délibérément menti et truqué certaines études. Le public découvrait que les analyses prétendument scientifiques étaient directement commandées et payées par les parents de Guy avec un biais constant pour éviter toute notion de nocivité. Du coup de nouvelles études furent lancées et une certaine suspicion commença à se faire jour.

    Le procès en appel débuta mal pour le jardinier, car les avocats des parents essayèrent de persuader les juges qu’il était très difficile de comprendre les rapports des experts, et que pour cela ils devraient peut être suivre quelques années de formation sur les techniques génétiques pour  se faire une opinion. Cette stratégie fut une erreur car les juges leur indiquèrent froidement que ce n’était pas à eux d’être des experts mais que par contre ils avaient une grande expérience pour juger si des personnes disaient vrai ou si elles essayaient de cacher quelque chose.

    Du coup, beaucoup de nouvelles études furent lancées. Dont une expliqua carrément que Guy était un cancérigène probable. Lui, qui rendait service à la moitié du monde, cancérigène, il n’en croyait pas ses oreilles.

    Et le procès durait. Pendant ce temps, les pouvoirs publics commencèrent à interdire l’emploi de Guy dans les lieux publics. Paradoxalement, cette mesure qui aurait pu créer un peu d’activité de désherbage manuel pour les jeunes ne fit que transformer trottoirs, allées et bandes centrales en zones abandonnées, comme il y en avait déjà beaucoup.

    Alors arriva le coup de tonnerre du verdict. Non seulement Les Phozat étaient reconnus coupables mais de forts dommages et intérêts leurs étaient appliqués.

    Bien sûr les parents se pourvurent immédiatement en appel mais le rejet du don de Guy devenait mondial sauf en France ou l’absence de démocratie permettait aux Phozat de manipuler les parlementaires.

    Pas pour longtemps espérons-le.

    Michel Costadau

  • Fumée

    Fumée

    Quand on a froid, on chauffe et quand on a chaud on refroidit. Ca parait trivial mais ce n’est pas aussi anodin que ça. En moyenne chauffer consiste à brûler. Cependant brûler a des conséquences sur l’atmosphère, soit par des gaz, soit par des particules et aussi avec des effets secondaires comme l’effet de serre.  Mais il y a diverses techniques pour brûler et certaines sont vraiment moins perturbantes, comme de brûler du bois très sec ou d’éviter les incendies de forêt , et surtout ne pas les provoquer.

    Et refroidir alors. Ben refroidir a des conséquences carrément néfastes. D’abord parce que refroidir se fait majoritairement avec de l’électricité, qui est transportée et stockée et qui, pour être produite, brûle elle aussi mais avec un rendement assez catastrophique. Ensuite parce que la technique pour refroidir consiste à réchauffer quelque chose : air, eau, terre. Et donc refroidir consiste à réchauffer, ce qui vous l’avouerez est assez paradoxal et franchement mauvais pour le bilan.

    Il faut donc bien distinguer les deux mécanismes. Se chauffer est une activité ancienne et qui d’ailleurs se trouve dans la nature. Par contre refroidir les habitations, les voitures voire des lieux publics est assez nouveau et il existe peu de choses similaires dans la nature. Dans le végétal il existe quelques stratégies  contre la déshydratation et dans le monde animal il y a quelques tactiques pour refroidir, comme la langue des chiens ou les oreilles des éléphants, mais ça reste assez limité. La pratique animale la plus efficace consiste à monter en altitude pour trouver la fraicheur.

    Et en ouvrant les yeux on s’aperçoit que les moyens que notre civilisation a choisis pour refroidir relèvent complètement de la logique du système actuel. Et cette logique est celle de la guerre. On va combattre le chaud, on va éradiquer le chaud, on va vaincre le chaud. Et pour ça tous les moyens sont bons. Y compris de réchauffer. A aucun moment ne se pose la question d’essayer de refroidir sans réchauffer, ou d’utiliser du chaud pour faire du froid.

    Et le plus fort c’est qu’il existe des solutions techniques. Par exemple, des matériaux que l’on fait  changer d’état avec le froid et qui restituent du froid quand il fait chaud. C’est le principe du glaçon si vous voulez. Et bien sûr l’isolation et aussi des calculs de ventilation entre le bas et haut pour récupérer de l’air frais et le faire remonter dans les pièces à vivre. Mais tout cela reste confidentiel et, bien au contraire, que ce soit pour les maisons, les bureaux, les voitures c’est l’air conditionné qui est de base, ce n’est pas une option. Il suffit de parcourir les villes pour sentir dans les jambes de fort courants d’air chaud qui ne proviennent pas de la moindre cheminée mais des climatiseurs. Il fait chaud et en plus on en rajoute. Et nous avons un classique cercle vicieux puisque comme on a l’idée  qu’il va faire de plus en plus chaud on s’équipe de plus en plus de climatiseurs qui sont en fait des réchauffeurs. C’est une fois de plus le PIB = vendre des clims contre le climat = on verra plus tard. Et l’on comprend pourquoi le soi-disant combat contre le réchauffement climatique est une vaste fumisterie. Je ne m’attendais pas à trouver un mot aussi adapté.

    Michel Costadau

  • Guy Phozat

    Guy Phozat

    Je m’aperçois que je ne vous ai pas encore parlé de Phozat, oui Guy Phozat et que je ne vous ai pas raconté ses aventures. Ça m’étonne parce que c’est très instructif. En plus il n’est pas tout jeune et ça fait un moment que je le côtoie. Mais mieux vaut tard que jamais. Allons-y.

    On va commencer par les présentations. Guy est né au Mont Santo, à côté du Mexique, il y a plusieurs dizaines d’années. Et aux dernières nouvelles il vient de retrouver sa mère Bayer, celle qui l’a élevé après qu’il ait perdu ses parents.

    Si je vous en parle c’est parce que Guy a reçu en venant au monde le don magique de  détruire les plantes sur lesquelles il mettait les pieds. Evidemment il a fallu attendre qu’il fasse ses premiers pas pour observer le phénomène, mais très vite il a eu un succès fou bien qu’à double tranchant. En effet, ses débuts n’ont pas fait que des heureux. Les massifs de roses, les doux hortensias, les vertes allées dans lesquelles il sautillait se fanaient tout soudain. Il ne fallut pas longtemps à ses parents pour se rendre compte qu’il en était responsable. Alors au lieu de le pénaliser ou d’essayer de le guérir, ce qui on le verra plus tard aurait été préférable, ils ont cherché à utiliser et même à valoriser ce don. D’abord ils lui ont construit des engins lui permettant de se déplacer sans toucher le sol, bicyclette, tricycle, voiture, ulm. Chez lui le potager était interdit, de même que la pelouse, ce qui en a fait un gamin obligé de suivre les chemins empierrés, lui qui adorait marcher à travers champs.

    Pendant ce temps, ses parents prenaient contact avec les gens qui en avaient marre de désherber. Au début ils l’emmenaient en lui disant on va faire une promenade, mais assez vite il devint autonome et se rendait tout seul chez ce ou ceux qu’il fallait bien appeler des clients. Et donc, de bouche à oreille sa réputation s’étendit assez rapidement. Bien entendu on ne l’appelait que pour faire face à des situations difficiles, quand il y avait un vrai envahissement imprévu et que son piétinement rendait service. En fait on ne l’utilisait qu’exceptionnellement, c’est-à-dire une fois tous les 10 ans Hélas petit à petit, la facilité aidant, on l’appelait juste pour faire propre. Cependant il y avait là une vraie contradiction puisque certains mettaient en place des pelouses ou ce que l’on appelle des espaces verts, alors que d’autres faisait venir Guy pour les détruire.

    Néanmoins n’allez pas croire que Guy abusait de ce don. Au contraire, il limitait ses interventions au maximum. Il se faisait payer et même cher, ce qui limitait un peu l’usage. Mais la facilité aidant, il était de plus en plus demandé. On pourrait dire que jusque là tout allait bien, enfin façon de parler, parce que, quand même, de plus en plus de verdures étaient détruites.

    Tout allait bien donc jusqu’au jour ou deux évènements se produisirent. Le premier fut la révélation du mauvais côté de son don, à savoir l’empoisonnement du sol et pas seulement de la plante, et le second fut la découverte de plantes qui lui résistaient et sur lesquelles il pouvait marcher sans qu’elles se fanent.

    Voilà donc les présentations faites, en route pour les prochaines aventures de Guy Phozat.

    Michel Costadau

  • Glypho-2

    Glypho-2

    Encore le glypho et encore Hulot. J’ai lu attentivement le communiqué de presse des deux ministres et après analyse c’est consternant.

    Regardons les mesures annoncées, il y en a 5 :

    1 – Création ou mise à jour d’une base de données sur les solutions  pour se passer du glypho. Ca mange pas de pain, ça fait travailler les informaticiens, et les fournisseurs sont contents,

    2 – Trouver de nouvelles alternatives pour les usages où il resterait des impasses. Là il y a une contradiction dans la phrase, parce que s’il y a des impasses c’est justement parce qu’il n’y a pas d’alternatives sinon il n’y aurait pas d’impasse. Alors, quant au fait d’en trouver de nouvelles, euh on dit pas bien ni quand ni comment,

    3 –  Mobilisation générale des chambre, des lycées agricoles et des coopératives pour promouvoir les alternatives au glypho. La trompette ça fait du bruit mais ça ne gagne pas une bataille. On comprend du coup qu’il y a seulement incitation mais aucune obligation, c’est très soft,

    4 – Suivi et publication des quantités vendues et utilisées de produits contenant du glypho. Là il y a  clairement une entourloupe car il n’y a aucun moyen de contrôler l’utilisation, ni de corréler vente et utilisation. Je rappelle pour les naïfs que rien n’oblige un agriculteur à acheter ses produits en France, ni à les mettre dans une seule armoire,

    5 – Contacts avec les autres pays volontaires, en marge des réunions européennes. Encore quelques réunions et frais de déplacements pour nos technocrates et quelques clips pour nos politiques.

    Et évidemment création  d’un groupe de travail pour suivre ces formidables décisions.

    Bling, il n’y a donc aucune mesure concrète sur la suppression du glypho, seulement un effet d’annonce comme d’habitude.

    Alors j’ai encore relu le communiqué pour voir où était la faille.

    Au début, les ministres commencent par rappeler qu’il existe un plan global de diminution des phytos qui demande un réduction de 25 % en 2020 et de 50 % en 2025. Outre que l’on ne sait pas de quel chiffres de consommation, actuellement en hausse, l’on part, ni avec quel critère on mesure la réduction, ces chiffres semblent envisager une réduction de 25 % en cinq ans, de 2020 à 2025, ce qui n’est guerre ambitieux, sachant que le glypho n’est pas, loin de là, le seul produit dangereux.

    Pourtant le titre du communiqué semble clair : il s’agit de la sortie définitive du glypho. Et d’un seul coup je découvre qu’à vrai dire il ne s’agit pas vraiment d’en sortir mais seulement de s’engager dans la sortie. La nuance est importante car ça veut dire qu’on parle d’un chemin et non d’un but. Voila la faille, les ministres ne disent pas courageusement : voici comment on sort du glypho, mais seulement : nous vous proposons un chemin à parcourir. Ce chemin est balisé sur trois ans. Après on verra si on trouve une suite.

    C’est comme s’ils s’offraient une promenade. Bonne ballade Hulot.

    Michel Costadau

  • Trois détails

    Trois détails

    Stop. A l’aide. Arrêtez. Demi-tour. J’en peux plus. Bloquez tout. Changez le disque. Au secours. Sauvez-moi. Faites quelque chose.
    Oui dites-moi comment faire pour empêcher de nuire ces arrivistes que nos failles démocratiques ont mis au pouvoir. Oh je ne  leur reproche pas grand-chose, seulement trois petits détails :
    1-Ils ont la vision moyenâgeuse que  la politique se fait du haut vers le bas. C’est-à-dire de ceux qui ont le pouvoir vers ceux qui subissent. C’est exactement ce que l’on a essayé de changer en 89.
    2-Ils ne pensent, ne parlent, ne regardent, ne considèrent que l’argent. Mais l’argent ne va qu’à l’argent. Il ne produit pas de la vie en société et encore moins du bonheur.
    3-Ils nous prennent carrément pour des imbéciles. Tous leurs discours sont incompréhensibles et ne disent rien et son contraire.
    Sur le 1- : vous le savez, le fonctionnement normal des élections est de permettre aux électeurs de faire connaître leurs envies, leurs besoins et leurs opinions, en confiant des mandats à des représentants qui constituent un parlement. Parlement où se décident les lois et qui choisit le gouvernement. On est donc bien du bas vers le haut. Hélas ce n’est pas la conception de ceux qui nous gouvernent, qui prennent le pouvoir par le haut et le font ruisseler dans toutes nos instances. Les politiques ne devraient être là que pour mettre en œuvre la volonté du bas c’est-à-dire notre volonté. Or notre volonté est simple : pouvoir dérouler sa vie dans une société apaisée, en contribuant par son travail à son bon fonctionnement, et en échange  de son travail en recevant une rémunération. Ensuite tout se décline à partir de là selon les goûts, les aptitudes, la santé, et les désirs de chacun. Or on nous fait vivre dans une société violente, inégalitaire, ou personne ne met en œuvre ses dons et ses capacités mais où tout le monde subit la loi du plus fort, du plus riche, du plus méchant, et ou la seule compensation est la consommation.
    Et pour le 2- : vous en savez déjà long sur l’argent et la finance. Clairement le problème n’est pas de savoir s’il faut augmenter ou diminuer tel impôt. Le problème c’est de savoir ce que l’on fait avec nos impôts. Et ce n’est pas le budget qui va nous éclairer là-dessus : il n’y a que des chiffres dont personne ne sait à quoi ils correspondent. On a déjà bien parlé de ça. Ajoutons aussi que l’argent a une composante très embêtante qui s’appelle la guerre. Les financiers ne se battent pas à coup de billets mais avec nos vies. Et là, je vous l’ai dit, je commence à être un peu inquiet. On en reparlera.
    Maintenant le 3- : prenons par exemple un discours purement technocratique destiné comme d’habitude aux demeurés, en l’occurrence les paysans. Le gouvernement a annoncé une loi agricole pour le premier semestre 2018, applicable par ordonnances pour aller « plus vite et plus fort.  Ceux qui comprennent pourquoi les ordonnances vont plus vite et plus fort levez le doigt ! Ca veut dire que nous n’avons pas de parlement mais une chambre d’enregistrement des décisions parisiennes. Et ce n’est donc que du vent, c’est à dire de la com. Au menu, des contrats basés sur les coûts de production, une organisation par filière plus forte et un relèvement du seuil de revente à perte. Ah oui des contrats basés sur les coûts de production, mais c’est formidable ça. Il a trouvé ça tout seul, pas croyable. Les coûts de production ont toujours été la base des devis et des prix. Mais le danger bien connu des contrats basés sur les coûts de production c’est qu’ils sont au-dessus du prix de marché. Il faut donc trouver quelqu’un, pour le moment c’est le contribuable, qui paye la différence.  Là on est revenu à avant la PAC, quand il fallait gérer les surproductions.
    Cependant, il a conditionné cela à une restructuration des filières agricoles : plans de filières, contrats type filière par filière avec plus de labellisation, plus de bio, plus d’agro-écologie et l’arrêt de certaines productions.
    Ouah, là maintenant il conditionne quelque chose de complètement rétrograde = les coûts de production, avec une autre notion qui n’a aucun rapport = plus de label rouge, plus de bio, je n’ose pas dire plus d’agro-écologie car c’est vraiment un mot qui ne veut rien dire. Quand même, plus de bio, on nage dans le bonheur. Seulement ça c’est comme les emplois, ça ne se décrète pas ; il faut de la demande. Alors avec la pub de Monsanto et la diminution du maintien en bio, ils ne prennent pas le bon chemin.
    Le seul point sur lequel je suis entièrement d’accord c’est l’arrêt de certaines productions. Je pense clairement à tous ces discours de bonimenteurs que l’on nous lance à longueur de journée.
    Et dans le genre discours pour les gogos, j’en ai un autre qui est pas mal : L’attractivité des carrières militaires passe par une meilleure politique de reconversion. Là on atteint des sommets, parce que ça veut dire : ce qu’il y a de bien dans l’armée, c’est de trouver un bon boulot quand on la quitte. On comprend pourquoi les gens préfèrent le chômage au travail. S’ils pensent recruter avec de tels discours, on va voir nos effectifs chamarrés fondre.
    Mais ça c’est une bonne nouvelle.

    Michel Costadau

  • Gelée noire

    Gelée noire

    Il est clair que le principal événement de ces dernières semaines a été ces trois jours de gelée matinale qui ont fait des dégâts qu’on n’avait pas connus depuis longtemps. Pour les viticulteurs, arboriculteurs, pépiniéristes, maraîchers, c’est une perte sèche de leurs revenus qui se profile. Personnellement, en tant que céréalier, il n’y a, touchons du bois, aucune incidence. Blé et orge n’ont rien ressenti, les pois chiches et les féveroles non plus. Le tournesol était semé mais pas encore né et le soja pas encore semé. Par contre, autour de la maison ce n’est pas pareil. Les figuiers n’ont plus de feuilles, les noyers non plus. Même les jeunes acacias ont flambé et certaines pointes d’asperges ont roussi. Au verger, les cerises sont noires, les pommiers n’ont plus aucun fruit et idem pour les pruniers. Seuls les poiriers semblent avoir bien supporté et le cognassier a encore quelques fruits.

    Mais restons sur les viticulteurs, bon alors c’est allo maman bobo : envoyez les aides.

    Eh oui on a déjà eu l’impôt sécheresse, les calamités naturelles pour les inondations et des milliers de plans d’aide pour le cochon, le canard, le blé ou la grêle. Alors pourquoi pas le gel.

    Cette attitude me gêne un peu, parce que quand on ferme une entreprise et ses usines, et ça doit être autour d’une par jour en ce moment, certes on donne quelque chose aux salariés, mais les actionnaires perdent tout : actions, pouvoir, voire même un peu d’argent. Alors, sans la moindre ambigüité, il est absolument impossible de pleurer sur le sort des actionnaires. Rien ne les a obligés à investir leurs euros dans des projets. Et d’ailleurs, dans la majorité des cas ils font le jackpot, ce qui leur permet de continuer. Ce n’est bien sûr pas le cas des salariés dont la dépendance au marché du travail est totale, marché créé par ces mêmes actionnaires. Et les viticulteurs, comme tous les agriculteurs – on n’ose plus dire paysans – sont des actionnaires, souvent le seul et souvent même pas en société, mais ça ne change rien à leur statut. 

    Bien sûr, il y aussi l’assurance comme solution. Ce système a l’avantage d’être au cas par cas, contrairement aux aides qui sont générales, mais c’est onéreux et il y a une franchise. C’est d’ailleurs une des orientations de la PAC de faire de l’assurantiel, mais pas encore en vigueur. Seulement les assurances c’est le contraire d’une aide : c’est une charge, qui va donc se répercuter sur les prix.

    Techniquement, contre le gel il y a aussi des systèmes de protection, en particulier pour les vergers. Pourquoi pas pour les vignes. Je ne crois pas qu’il y ait de contre-indications. Dans ce cas là une aide a ses vertus pour inciter à s’équiper. L’Europe, hors PAC, aime bien ce genre de concept d’aider les gens à investir parce que ça fait marcher le commerce.

    Mais il y aussi une autre solution toute simple : ne rien faire. Cette idée me plaît assez, d’une part parce qu’il semble difficile de s’engager dans le cercle vicieux de protéger l’agriculture de tous les aléas et d’autre part parce que, qu’on le prenne par n’importe quel bout, c’est toujours le consommateur qui paye les aides. En plus, ne rien faire a comme vertu d’obliger les gens concernés à se défendre, voire à s’auto-organiser. Vous allez me dire que c’est ce genre de regroupement professionnel qui a conduit aux aides que nous connaissons. C’est vrai parce que ça a été porté au plan national et instrumentalisé par les politiques. En fait moi je pense plutôt à des actions purement de terrain concernant des gens qui se connaissent et ça existe déjà un peu, comme une solidarité locale. Parce que là où les gens s’entendent, les intempéries et les politiciens n’ont plus aucun pouvoir. Seulement, vous le savez, tout le travail des politiques consiste justement à ce que les gens ne s’entendent pas, à commencer par eux, car le compromis c’est-à-dire l’intérêt général n’est plus ou pas encore dans leurs gènes. Est-ce qu’on pourrait penser à changer ça ? 

     

    Michel Costadau

  • Pourquoi l’autoroute n’est pas d’Utilité Publique

    Pourquoi l’autoroute n’est pas d’Utilité Publique

    A l’attention de messieurs les membres de la commission d’enquête.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet qui avantage une population, au détriment d’une autre, même moins nombreuse.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet, pour lequel Etat et collectivités sont prêts à dépenser un budget conséquent, dès lors qu’il est confié à un prestataire qui en rendrait l’utilisation payante pour les usagers, alors qu’avec le même budget l’Etat mettrait à disposition du public une réalisation équivalente gratuite pour les usagers.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique une réalisation payante vers Castres qui se trouverait en concurrence avec une réalisation déjà existante gratuite vers Albi. Seule une réalisation gratuite vers Castres serait d’utilité publique.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique une réalisation en zone inondable, alors que l’on constate des événements climatiques d’une ampleur jamais atteinte.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet en pleine zone agricole où pour une fois les agriculteurs vivent de leur travail.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique la réalisation d’une nouvelle voie routière en site propre sans aucune intermodalité.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique une réalisation présentée dans un dossier porté par la puissance publique sur lequel figure le logo ASF. Cette présence crée une ambiguïté par le fait qu’ASF-Vinci pourrait être consulté sur le dossier Verfeil Castres et/ou donne à croire qu’un concessionnaire pourrait répondre. Bien sûr cette présence pourrait être liée au fait que ASF est aître d’ouvrage pour le tronçon A680. Mais nous entrons-là dans le domaine des conflits d’intérêts que Bruxelles adore sanctionner. C’est donc soit une nouvelle faiblesse du dossier soit une porte ouverte vers la nullité de la DUP.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet dans lequel on mélange le besoin et la solution. Désenclavement ne veut pas du tout dire automatiquement autoroute concédée. Amélioration de la sécurité ne veut pas du tout dire automatiquement autoroute concédée. Accès à Toulouse ne veut pas du tout dire automatiquement autoroute concédée vers l’Union. Comme s’il ne fallait surtout pas évoquer d’autres solutions techniques, ou une autre utilisation de l’argent public.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique une réalisation qui fait disparaitre 400 ha de terres agricoles, au seul motif de permettre des vitesses plus rapides pour les automobiles.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet qui met en contradiction l’Utilité Publique = autoroute payante et l’Intérêt Général = route gratuite.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet qui impose une solution prise par une succession de décisions ministérielles et non à la suite d’une étude comparative de plusieurs réalisations possibles tenant compte des contraintes environnementales.

    Il semble difficile de déclarer d’utilité publique un projet dans lequel les habitants de Castres se sont eux même piégés. En effet en croyant accélérer la réalisation d’une 2×2 voies, ils ont introduit un acteur extérieur, le concessionnaire, qui s’avère être un obstacle par les conditions qu’il impose, en particulier financières et d’aménagement. Seulement une fois dans le piège, il est difficile d’en sortir. Dans ce contexte, un avis défavorable aiderait Castres à se sortir du pétrin.

    Je vous assure, messieurs, de l’expression de mes meilleurs sentiments et je reste à votre disposition pour expliquer certains arguments sur lesquels vous voudriez des précisions.

    Merci.

    Michel Costadau

  • Distorsion de concurrence

    Distorsion de concurrence

    Je cite directement la Rédaction Pleinchamp : Les arboriculteurs sont inquiets et il y a de quoi ! Ces derniers voient dangereusement approcher la période de traitement des cerisiers au diméthoate, insecticide utilisé pour lutter contre la mouche Drosophila Suzukii. Mais cette année ils ne pourront pas lutter contre ce ravageur particulièrement virulent, car ce produit, a été retiré du marché français par l’Anses, en raison des risques pour la santé des consommateurs et des agriculteurs. 

    Le problème : cet insecticide a été interdit en France mais pas en Europe… Les arboriculteurs français qui vont voir leur coût de production grimper en flèche, ont manifesté vendredi dernier à Avignon, pour dénoncer une « distorsion de concurrence. » Stéphane Le Foll est bien conscient du problème. Il a demandé à la Commission européenne d’activer les mesures d’urgence pour, d’une part, interdire immédiatement le diméthoate dans toute l’Europe, d’autre part, bloquer la mise sur le marché de cerises provenant de pays où l’insecticide est autorisé. Maintenant, la Commission doit se prononcer dans un délai de 7 jours, faute de quoi, la France « déclenchera une clause de sauvegarde nationale. » 

    Voilà donc encore une belle illustration des dangers que nous font courir nos politiques. Décomposons les choses.

    • L’Anses interdit un produit dangereux : rien à dire c’est la moindre des choses. D’autres pays ne le font pas : ça c’est pas clean mais ça veut dire que les lobbies y sont encore puissants. Néanmoins ces pays ont le droit de le faire.
    • Les arboriculteurs français vont voir leur coûts de production grimper en flèche: ça c’est de l’intox parce que, soit il existe d’autres traitements et même s’ils sont plus chers ça n’est pas le double, soit la quantité récoltée va diminuer en échange d’une augmentation de la qualité, ce qui est plutôt une diminution du chiffre d’affaires et des frais de production, donc le contraire d’une augmentation des frais de production. En plus, l’augmentation de la qualité peut se répercuter sur le prix. Le cas où le verger est en situation de ne rien récolter se couvre avec les assurances prévues par la PAC à cet effet. Donc, pas de croissance en flèche des prix de production ou alors il faudrait réclamer aux arboriculteurs le sur-bénéfice qu’ils ont fait dans la période où le produit était reconnu toxique mais pas encore interdit. Qui plus est, si le produit est autorisé dans certains pays, ou même s’il est interdit en Europe, beaucoup se contenteront d’aller l’acheter ailleurs et de le passer discrètement sans rien dire. Il faut rappeler, par exemple, que la Suisse n’est pas dans l’Europe.
    • Les arboriculteurs dénoncent une « distorsion de concurrence» : c’est là que ça devient honteux et malsain. Ca revient à dire que ceux qui empoisonnent la planète ont un avantage par rapport aux autres, c’est donc la porte ouverte aux produits toxiques. Pour bien comprendre l’hypocrisie qu’il y a là-dessous, imaginez que les Français parlent de distorsion de concurrence parce que le smig est deux fois moins élevé en Espagne ou en Grèce. Pourquoi ne pas imaginer alors un élève qui dirait à son prof qu’il y a distorsion de concurrence parce que certains élèves de sa classe ont de meilleurs résultats que lui. Clairement, dans le cas des cerisiers, il y a un appel implicite à polluer pour être compétitif. Qui va porter plainte contre ce gouvernement pour appel à polluer. Qui ?
    • Enfin arrive la menace de déclenchement d’une clause de sauvegarde nationale, qui est tout simplement la mise en place d’une barrière douanière, mais sans remettre en cause la pollution bien sûr. Mais vous savez tout se négocie dans le business, alors la vente d’armes contre l’importation de cerises ça pourrait arriver. Beurk. Mais qui empêchera ces gens-là de nuire ? Qui ? Et pendant ce temps là Hollande est en Egypte.

    Bonne nuit

    Michel Costadau

  • Agriculture paysanne

    Agriculture paysanne

    On en parle tout le temps, on la défend ou la discrédite, c’est à la mode en tous cas. Oui mais l’agriculture paysanne, ça veut dire quoi en fait, ça recouvre quoi au final. Alors on va réfléchir un max et essayer d’y voir plus clair.

    Pour commencer, on peut regarder ce qui n’est assurément pas de l’agriculture paysanne. Son contraire, pour ainsi dire, c’est l’agriculture productiviste. Là on voit mieux, c’est ceux qui ont des gros rendements, qui empilent les animaux dans d’immenses hangars, qui font des kilomètres carrés de serres, qui vident les nappes phréatique pour arroser le maïs et qui viennent régulièrement visiter les rayons  des grandes surfaces ou arroser de purin la sous-préfecture locale. Productiviste est assez bien choisi parce qu’ils produisent en quantité. Mais il manque un élément caractéristique, c’est qu’ils ne connaissent pas le client final, celui qui consomme leur produit direct ou transformé. Du coup il y a des intermédiaires, voire même beaucoup. On voit là se dégager une composante de l’agriculture paysanne : c’est, pour faire simple, la vente directe. D’un  seul coup on se rend compte, d’ailleurs, que ça a toujours été ça le métier des paysans. Vendre ses produits à des voisins, sur des marchés, à des meuniers. Bien sûr il y a toujours eu des ventes à des négociants, mais ça n’est pas ça qui faisait le revenu. Des anciens me racontaient que, même au temps du métayage, où le propriétaire prenait la moitié de la récolte, et bien on arrivait à en planquer un peu et ça permettait de vivre. Si nous revenons aux productivistes, il y a une autre chose qu’ils ne maitrisent pas, bien qu’ils en soient  de gros consommateurs, c’est ce qu’on appelle les intrants : engrais, produits phytosanitaires, semences, de même que le matériel agricole. Est-ce qu’il y a moyen de faire autrement ?Oui largement, car même sans être en bio, on peut avoir des animaux et mettre le fumier dans les champs plutôt qu’au méthaniseur, on peut aussi faire ce qu’on appelle des couverts végétaux qui sont des engrais verts, des rotations avec des légumineuses ou des protéagineux de façon à nourrir le sol avec des produits que l’on maitrise.  Voilà donc notre contour qui se précise un peu. Un agriculteur qui commercialise directement tout ou partie de ses produits, qui a des contacts avec ses clients, qui fait des rotations dans ses cultures, qui ne prend pas les animaux pour du matériel, je crois qu’il commence à faire de l’agriculture paysanne. Vous allez me dire qu’il fait de bons produits aussi. Ben ce n’est pas aussi simple, car s’il est vrai que le productiviste ne fait pas de bons produits mais seulement des produits calibrés, agriculture paysanne ne veut pas forcément dire bon et il ne faut pas oublier qu’il y a des bios productivistes. En fait, il y a toute une gamme de pratiques plus ou moins vertueuses, agriculture de conservation, agriculture raisonnée, agro-écologie, agroforesterie, bio ou biodynamie, mais aucune ne peut se targuer du monopole du goût ou de la qualité.

    Donc si vraiment vous voulez, des produits de goût supérieur, le plus simple c’est de les produire vous-même au jardin. Parce qu’en fait l’agriculture paysanne c’est comme ça que ça a commencé.

    Michel Costadau

  • Agriculture

    Agriculture

    J’ai été vivement intéressé par l’article de Gilles Fumey dans Libération « Crise agricole : traduire la FNSEA en justice ? ». Sans jeux de mot on boit du petit lait en lisant ça. C’est vrai que tous ces responsables politiques qui ne sont jamais jugés ça fiche la nausée.

    Et puis comme je suis moi-même un expert en enfumage, j’ai regardé de plus près pour voir ce qu’il y avait vraiment sous les mots. Mettons de coté l’évêque de Vannes qui n’a rien à faire là, disons que c’est une accroche, à part que depuis toujours les évêques sont plutôt du coté du pouvoir que des paysans, les bonnets rouges sont là pour nous le rappeler. Beulin en juge et partie, industriel plutôt qu’agriculteur, profiteur et magouilleur on le sait depuis longtemps certes mais ça ne mange pas de pain de le rappeler.

    Alors arrive la ferme des mille vaches et là boom ça disjoncte. Effectivement cette entreprise est d’abord une entreprise de méthanisation, censée vendre de l’électricité. Pour faire du méthane faut du fumier alors elle élève des vaches qui ont un sous produit qui s’appelle le lait. Lait qui, du coup, est « rentable » à un prix défiant toute concurrence. Et donc accuser cette entreprise d’avoir été autorisée bien qu’il y ait surproduction de lait relève de la grosse blague. Il n’y a pas du tout surproduction de lait, il y a que les paysans n’arrivent pas à être rentables au prix du marché. Ce n’est pas nouveau c’est la mondialisation. Seulement les dits paysans ont voulu cette mondialisation, justement pour pouvoir écouler leur production en cherchant la quantité pour diminuer les couts. Je dis bien les paysans parce que ce n’est pas Beulin qui est responsable de la prolifération des pesticides, herbicides et autres fongicides dans tous les champs de notre ex-beau pays. Ce sont les paysans qui épandent ces produits, qui ont abandonné la gestion des coopératives et qui voient bien que les algues vertes et la disparition des abeilles ça fait un moment que ça existe. Ce sont les paysans qui se précipitent dans les salons et foires pour acheter le dernier matériel. Ce sont les paysans qui livrent toute leur production à des groupes industriels sans connaitre le prix de vente et qui vont acheter en Espagne les produits interdits en France. Oui les paysans sont responsables de ce qui leur arrive, de même que les accidents de la route ne sont pas tous dus au mauvais état de la route. Et qu’on ne me dise pas qu’ils ne peuvent pas faire autrement, non, il faut appeler les choses par leur nom, les paysans sont des bons collabos du système.

    Alors vanter le savoir faire ancestral, la ruralité, le bon sens des paysans et charger Beulin de tous les maux c’est classique, facile mais c’est un mensonge. Ce mensonge ne profite qu’aux politiques qui ont, eux, sublimé l’art de l’irresponsabilité. Faut dire que je m’étonnais que Libé, journal libéral, puisse produire un article remettant en cause le système. Comme quoi vous voyez de temps en temps il faut lire les trucs plus attentivement.

    Michel Costadau