Catégorie : Election présidentielle 2017

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    Elections

    J’espère que vous vous êtes bien amusés avec les hommes parfaits, parce qu’on va traiter un sujet beaucoup moins drôle mais qui me préoccupe fortement, c’est ce truc des élections. De plus en plus, je me demande à quoi ça sert de voter. Il paraît que c’est le grand moment de notre vie politique mais je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe vraiment et ce que je fais là-dedans. Et ça me fait flipper de voir le grand écart entre ce soi-disant socle de la démocratie et le résultat que ça produit. On va donc parler des élections. On verra que non seulement le pouvoir des peuples est devenu une galéjade mais que nous sommes dans un fonctionnement schizophrène et/ou masochiste qui consiste à considérer comme fondamental un droit qui provoque directement notre malheur. On verra donc, ainsi, que voter ne sert strictement plus à rien, et même au contraire. Et on essaiera d’en tirer les leçons.

    Mais avant de parler d’élections, parlons de vote et de droit de vote. En fait le vote est très ancien, des milliers d’années et peut-être depuis toujours. Le vote c’est le fait de prendre en compte l’avis de chacun. De le prendre en compte d’une manière formelle je veux dire, parce qu’il ne suffit pas d’avoir un avis, il faut aussi être en mesure de le faire connaître. Toutes les civilisations, même les plus archaïques, utilisent la notion de rassemblement, de groupe, d’assemblée ou de pow wow pour prendre des décisions, changer de campement, faire la guerre ou aller voler des femmes. Oh je ne crois pas qu’il y ait toujours eu un réel tour de table avec la demande de l’avis de chacun, et donc, au début, on ne peut peut-être pas parler de vote, mais plutôt d’un mécanisme de consensus. Avec le temps, petit à petit, des cités se sont construites et, vu l’augmentation du nombre d’individus, il s’est avéré difficile de réunir des groupes avec recherche du consensus. C’est probablement à ce moment- là, donc il y a très longtemps, que la notion moderne de vote est apparue. Cela devait fonctionner comme une sorte de référendum, mais on était toujours dans le fait que chacun donnait son avis sur le sujet en question. Nous laisserons de côté tous les aspects tels que qui avait le droit de donner son avis, sûrement pas tout le monde, peut-être même une minorité, mais ca ne change rien à l’idée. Après les cités, ce sont des territoires entiers qui se sont constitués, par la force dans la plus part des cas, mais il est alors devenu impossible de faire se prononcer toutes les personnes, en même temps, sur un sujet. Et alors arrive cette pratique de morceler les territoires en sous-ensembles de façon à atteindre un nombre de sous-ensembles comparable à ce qui était, auparavant, un groupe s’exprimant directement. Et donc le vote ne s’est plus exercé sur la question posée, mais sur le délégué, le représentant du sous-ensemble qui allait, lui, pouvoir donner son avis. Même si, au début, il est probable que les délégués n’étaient que les porteurs du choix de leur sous-ensemble, bien vite ce mode de fonctionnement a prouvé ses vertus et l’on a pérennisé l’existence des délégués. Cela s’est traduit par la plus grande perte de pouvoir que nous ayons jamais connue, à savoir que les individus ne s’exprimaient plus directement sur les sujets qui les concernaient, mais seulement pour choisir des représentants qui, eux, donnaient leur avis. La contrepartie théorique de cette perte de pouvoir individuelle était le pouvoir collectif obtenu par et pour le territoire et ses sous-ensembles. Mais enfin c’est là le début de l’augmentation de la distance entre le pouvoir et la population.

    Une étape supplémentaire a été franchie avec l’empilement de plusieurs niveaux de délégués, des délégués de délégués si vous voulez, rigolez pas ça s’appelle des sénateurs, des communautés de communes, des bureaux et j’en passe.

    On voit donc qu’entre le vote direct, on pourrait dire tribal, et les grandes cérémonies électorales actuelles il y a, certes, une continuité, mais que le sens originel a été complètement modifié. Cependant, par exemple dans les associations, toutes les décisions se prennent encore, généralement, avec la participation de tous les adhérents, comme aux temps préhistoriques. Par contre, les grandes décisions sociétales, je veux dire la guerre, la définition de ce qui est permis ou puni, le droit au travail ou au logement, sont prises non seulement par des délégués ou des délégués de délégués mais même par des électrons libres, comme notre pauvre président pour la guerre ou la Commission européenne pour les lois. Bref, on commence à voir que le droit de vote existe encore mais que nous ne votons plus sur des positions mais uniquement sur des représentants.

    C’est vraiment une Lapalissade de dire que le vote produit des élus, mais c’est cela que nous devons étudier et regarder ce que font ces élus. Demandons-nous bêtement si les élus font de la politique. Bonne question parce que, en théorie, c’est ce que tout le monde croit et c’est vrai que par tous les moyens ils essayent de le faire croire. Seulement la réalité est brutale et si je vous demande « quelle politique font les élus », vous n’aurez aucun mal à répondre qu’ils font la politique des capitalistes et des financiers. Bien sûr il y a quelques exceptions pour confirmer cette règle. Par exemple, la peine de mort, le mariage mixte ou l’interdiction de couper l’eau sont de la vraie politique mais ça reste des exceptions. En fait tout le travail parlementaire, ainsi que celui des collectivités intermédiaires ou supranationales est consacré à essayer de faire fonctionner le système capitaliste. Et là, franchement, les élus ont des idées et ils se battent pour elles. Précarisation du travail, monopole des banques, détricotage des retraites, centres de rétention, privatisation de la santé, paupérisation de l’éducation. J’ajoute que je n’ai même pas besoin de dire quel est le parti ou la tendance qui fait ça car c’est le fait de tous les élus quels qu’ils soient. Pour illustrer cela, on peut illustrer que le comportement des élus est réellement loin de nous. Prenons l’exemple de cette histoire de droit de vote double. Cette loi adoptée récemment, double le nombre de voix des actionnaires qui gardent leurs actions plus de deux ans, sauf avis contraire à 70 % de l’assemblée des actionnaires. Notons en passant que cette loi fait partie de toutes celles dont personne, sauf les financiers, ne comprend l’intérêt. L’Etat étant actionnaire, cette loi s’applique à lui mais, pour éviter, par exemple chez Renault, que l’assemblée vote contre cette mesure, le gouvernement s’est empressé d’acheter un nouveau paquet d’actions, pour bloquer la possibilité des 70 %. Le gouvernement a donc sorti quelques dizaines de millions d’euros pour acheter des actions Renault et empêcher ainsi que les 70 % soient atteints. Cette affaire est vraiment révélatrice, car le fait d’utiliser des dizaines de millions pour une opération complètement capitalistique, sans le moindre contrôle même pas populaire mais au moins de nos délégués à l’Assemblée nationale, ça me parait surréaliste. Seules les banques peuvent se permettre comme ça, sans la moindre justification, de sortir, d’un coup d’écriture, 100 millions. Je ne veux pas paraître rabat-joie en disant que c’est notre argent, mais, en tous cas, je ne suis pas certain que ce soit l’urgence du moment. Pour moi, ce comportement inadmissible est, hélas, le quotidien de nos élus. De plus, le gouvernement n’est pas un simple capitaliste qui fait des coups, normalement il applique une politique définie par la représentation nationale qui en plus contrôle son application. Vous allez me dire que je rêve, que ça ne se passe pas comme ça. Je sais bien que ça ne se passe pas comme ça et c’est bien pour quoi je me demande à quoi ça sert de voter.

    En fait les élus se sont organisés pour faire croire qu’il y avait des différences entre eux, et ainsi susciter une espèce de besoin de voter pour que les électeurs aient l’impression de faire un choix. Clairement il n’en est rien. Le mécanisme est simple et repose sur trois principes : l’élection présidentielle, le scrutin majoritaire et la technocratie. Avec cette martingale, ils sont au pouvoir depuis 60 ans et pour encore longtemps. Il faut noter que dans cette configuration, les opposants ne sont que les petites organisations et les petits partis puisque les grands partis et organisations sont en fait une seule et même entité qui anime une pseudo-compétition interne. Seulement les petits opposants sont nécessaires à la logique de ce fonctionnement, car c’est eux qui servent à prouver par leur existence qu’il y a un choix. Il peut même arriver qu’ils aient quelques élus, mais le cas est prévu et ces pauvres égarés n’ont strictement aucun pouvoir. Cette fragmentation de la vie politique entre la caste du soutien au capitalisme et la ruche contestataire des petits a quelque chose de pathétique. D’un coté le mensonge, l’arrogance et l’exploitation et de l’autre un bouillonnement d’idées et de générosité, comme une espèce de forum permanent. Il y a tout un petit monde qui se bat pour le respect de la personne, la reconnaissance de droits élémentaires, la défense de la nature, le soutien aux exclus. Ce petit monde fait des réunions, des pétitions, des actions et certains vont en prison, ainsi que des discours, des séminaires, des livres, et, cerise sur le gâteau, présente des candidats aux élections. En fait, la chose la plus importante que leur demande la classe politicienne, c’est de présenter des candidats, car c’est la seule manière de faire croire que les élus font de la politique. En effet les exploiteurs professionnels ont besoin de cette légitimation du vote qui sinon ouvrirait les yeux des populations. D’ailleurs une pratique classique des médias, pour encourager les candidats, est de louanger le score des débutants qui font oh surprise 6 %. Incroyable, ils ont fait 6 %. Bien sûr dans les élections, il y a des gens qui votent pour les bonnes idées des petits contestataires, car il y a quand même en France quelques milliers de personnes qui pensent que le fonctionnement actuel est déficient. Seulement ils ne servent que de faire valoir à la caste et sont tout simplement étiquetés utopistes et donc mis hors jeu. En effet la dichotomie entre les aberrations de notre société et le chemin du retour à la démocratie est abyssale. La distance est trop grande et devient difficile à rendre crédible. Il faut dire aussi que la faillite de la mission éducative de l’école, provoquée de manière systématique, laisse les gens dans un dénuement idéologique et civique qui rend possible tous les mensonges. Comment les gens peuvent-ils croire aujourd’hui que l’on pourrait supprimer le chômage, ne pas expulser les migrants, soigner gratuitement et rendre à l’école sa mission éducative, quand de tous côtés on ne voit que la loi des puissants, le bourrage de crâne médiatique, les droits bafoués, le respect des personnes mis sous la botte des dominants et des passe-droits, et les faits divers montés en fondements de société. Les gens ne sont pas bêtes, ils sont écrasés par le déraillement de la société, la leur, la nôtre. Et donc les petits partis et autres organisations ne réunissent que quelques milliers de voix, assez pour faire croire à la liberté d’expression mais infiniment moins que ce qu’il faudrait pour que le pouvoir change de camp. Bien sûr il y en a qui ont essayé et le dernier exemple est le FN qui tente, coûte que coûte de se démarquer de la classe politique. Mais on voit bien comment se construit le piège avec le premier terme de la fameuse martingale, l’élection présidentielle. Pour la présidentielle, il y a trois groupes de candidats. Ceux de la classe politicienne, Juppé, Hollande, Duflot, Sarkozy, Placé, Chassaigne, Le Maire, Baylet, NKM etc., ensuite le FN et enfin tous les petits candidats. Ces petits candidats sont réellement pitoyables et ridicules. Qui n’a pas vu toutes les campagnes d’Arlette, le masque d’empereur romain de Jean-Luc avec ses 11 % ou la candeur d’Eva avec ses 2 %, a loupé quelque chose. Pitoyables parce qu’ils se prennent au sérieux et ridicules parce que la population est gentiment condescendante avec eux. Ne nous attardons pas sur ce comportement peu glorieux de quelques uns de nos concitoyens. Pour ceux de la classe politicienne, pas de problèmes, que ce soit l’un ou l’autre, ne change rien et en plus ils ont totalement confiance les uns dans les autres pour continuer l’exploitation de la population, car ils sont tous les enfants du troisième pilier de la fameuse martingale : la technocratie. Alors il reste le FN. Lequel, je vous l’ai déjà dit a essayé de ne pas entrer dans la classe politicienne et a même commencé à adopter une posture de dénonciation de cette classe. Seulement le FN se heurte au deuxième terme de la martingale : le scrutin majoritaire. En effet quand on ne fait pas partie de la caste, on n’arrive jamais tout seul à franchir la barre. Il y a bien sûr quelques exceptions, mais en plus le FN se heurte à une contradiction classique, à savoir que quand on critique les partis et les institutions on a du mal à justifier que justement on doit voter pour soi. Notons en passant l’hypocrisie des petites organisations et candidats qui défendent le vote, pour justement essayer de glaner des voix. Ils sont donc non seulement pitoyables et ridicules, mais aussi honteux et hypocrites.

    Alors pour le FN, il reste la présidentielle, car effectivement, une victoire à la présidentielle pourrait déclencher un processus de contestation probablement confus mais sûrement salutaire. Seulement il y a un hic, c’est que la classe politique, comme les rêveurs dangereux des petites organisations, sont tous contre ce possible ébranlement du système. Les uns parce qu’ils les taxent d’extrémistes et les autres parce qu’ils les taxent de racistes. C’est à n’y rien comprendre que ceux qui, chez nous, ont des idées progressistes ne voient pas le piège dans lequel les enferme la caste dominante.

    Mais concrètement est-il possible que le FN accède à la présidence ? La réponse est clairement non, no way. Je peux même vous prédire que si jamais la situation se présentait bien pour lui, des « évènements » violents d’origine mystérieuse se produiraient pour couper court à cette tentative. Et donc il est certain à 100 % que le prochain président sera encore un membre de la caste. Et alors, je crois que vous commencez à comprendre pourquoi ça ne sert à rien de voter. Quand je dis que ça ne sert à rien de voter, c’est clair pour les candidats de la caste, je suis certain que vous ne voterez pas pour eux. Mais ça ne sert à rien, non plus, de voter pour les petits candidats. Car à part croire satisfaire des besoins refoulés, je suis tout aussi certain que vous ne votez pas pour eux pour qu’ils soient élus, hein, vous savez bien qu’ils ne le seront pas, alors pourquoi avez-vous envie de voter pour eux ? Parce que le droit de vote est une conquête qu’il faut défendre ? C’est là le piège que je m’efforce de vous expliquer, le droit de vote est devenu l’outil de domination de la caste et, le défendre, c’est faire objectivement le jeu des politiciens. En fait, aujourd’hui, si vous votez seulement selon vos sentiments et opinions, ce qui est le b a ba de la prétendue démocratie, c’est que vous vous moquez éperdument du résultat, c’est-à-dire de celui qui va manœuvrer le navire. Car il ne faut pas perdre de vue qu’en fin de compte il n’y a qu’un élu, les autres, ceux pour lesquels on a voté, disparaissent complètement du tableau et animent de joyeuses soirées télévisées. Vous pourrez toujours dire, oui moi je n’ai pas voté pour lui, il ne vous restera que vos yeux pour pleurer quand le couperet du business tombera et que vous aurez deux choix possibles dans votre quotidien : Charybde ou Scylla.

    Non, franchement, celui qui en votant se fiche du résultat des élections, est un adepte du système d’exploitation dominant. C’est quand même une honte que de se ficher du résultat de élections, car soit on a des convictions et si quelque chose doit changer il faut tout faire pour que ça arrive, soit on suit le mouvement et on ne se targue pas de contester. Pour illustrer cela, c’est comme un agriculteur qui sème des graines dans un champ en se fichant complètement du résultat que ça donne. Ca n’existe pas. Donc ce n’est pas seulement en fonction de ses propres opinions que l’on doit voter de nos jours, mais surtout en fonction de ce que l’on veut voir changer. D’ailleurs, ceux qui veulent que rien ne change s’empressent d’aller voter. Et puis il faut regarder la situation réelle dans laquelle nous nous trouvons. Ce qui était vrai hier, le pouvoir des urnes, n’est plus vrai aujourd’hui. La caste de l’argent a pris le pouvoir mondialement et utilise les vestiges de la démocratie pour maintenir sa domination.

    J’en vois qui vont me dire, mais quand même en Espagne et en Grèce, il y a des petits partis qui sont devenus grands et ont même réussi à prendre le pouvoir. Pourquoi pas en France ? Pourquoi pas, parce qu’en France la situation est historiquement différente. C’est vrai qu’en Europe, d’une manière générale, depuis deux centaines d’années, les partis dits de gauche ont apporté les bonnes évolutions de nos sociétés. Cependant la situation a changé après la dernière guerre mondiale, quand les forces capitalistes ont ancré leur domination. A ce moment-là, dans les courants de gauche, il y a eu deux attitudes selon les pays. Ceux dans lesquels la gauche a mesuré, ou subi, la force et les moyens des riches et compris qu’elle avait perdu et est donc passée dans une opposition radicale, et ceux dans lesquels la gauche a jugé qu’elle avait encore de beaux jours devant elle, à condition non pas de s’opposer au système capitaliste mais de l’accompagner. La France est dans le second cas et l’Espagne et la Grèce dans le premier. C’est ça la différence, parce que chez nous, ce mouvement d’accompagnement du capitalisme s’est traduit par une marginalisation des vrais contestataires, puisque le vivier du renouvellement était oblitéré par les ex-partis de gauche qui ne cherchaient et cherchent encore qu’à maintenir leurs rentes. Honte aux gauchistes, honte aux socialistes, honte aux communistes, surtout aux communistes, ces profiteurs de la misère pour avoir stérilisé le besoin et la volonté de changement de la population. Cela étant, ne me faites pas dire que la voie espagnole est la voie royale de la résistance au capitalisme. Il y a loin de la coupe aux lèvres, la récupération est à chaque carrefour et l’argent est plutôt de plus en plus fort que le contraire. L’Espagne et la Grèce paraissent en avance pour le moment, mais c’est peut-être de France que viendra le prochain coup, si vous le voulez bien.

    Néanmoins chez nous, nous n’avons rien à opposer à la finance triomphante et donc le vote est clairement une action de pure collaboration. Là ou je voudrais vous rassurer, car je vous connais bien, c’est que ne pas voter n’est pas une action dangereuse. C’est simple, car il suffit de faire taire le sentiment de culpabilité que le système a insidieusement glissé dans chacun de nous, car eux, la caste, ils tiennent absolument à ce que nous votions. Pour n’importe qui, puisque le résultat est déjà connu, mais la seule chose que nous demandent les riches c’est de voter. Toute la grande foire des élections et des sondages, le battage médiatique et les séances télévisées n’ont qu’en seul but : faire que vous alliez mettre votre bon pour accord au système dans la boîte prévue à cet effet. Les slogans ne manquent pas : voter c’est citoyen, voter utile, voter pour le changement, voter c’est un droit et il faut le cultiver, votre avis compte, devoir de voter, ….On se calme.

    Conclusion récapitulative : Je suis donc en train de vous dire que l’abstention est l’attitude politique la plus pertinente que nous pouvons avoir de nos jours car nos dominants tirent leur légitimité des élections et seulement de là, puisque pour tous les autres aspects, les élus ne sont que les sherpas des riches. La classe politique s’est approprié les modes de fonctionnement de la démocratie en transformant le vote comme moyen d’expression populaire en instrument de pérennisation de sa domination. Pour cela, la classe politique a délibérément choisi de passer sous la coupe de la caste des riches et de la finance qui possède déjà non seulement les banques et les entreprises, mais aussi les médias et maintenant les institutions. Dans ces conditions, voter ne sert plus à exprimer son opinion mais seulement à choisir le clan de riches qui remporte la compétition. Pour les prochaines présidentielles, la seule manière de sortir de ce piège est soit le vote FN soit l’abstention. Tout autre vote est un clair blanc-seing au dictat de la finance. Comme le FN n’a strictement aucune chance, ma préférence va à l’abstention. L’objectif serait que ce soit l’abstention qui soit élue avec 50 % par exemple. Ca ne serait pas la révolution mais un signal clair de défiance à l’égard de ceux qui nous gouvernent, et ce n’est pas à un parti qu’appartiendrai la victoire mais à nous tous. C’est rare.

    Michel Costadau

  • Maillon

    Maillon

    C’est sûr que l’atmosphère politique a bien changé depuis un an. Elle s’est même copieusement obscurcie puisque la nouvelle posture du pouvoir c’est de ne pas faire de politique et de dire que la politique c’est dépassé. Des élus qui ne font pas de politique on aura tout vu, c’est comme des banquiers qui ne font pas d’argent. Comme s’il pouvait y avoir une vision plus moderne des choses. Mais, non, il n’y a pas de vision moderne ni postmoderne des choses, il y a les choses c’est-à-dire la réalité et c’est tout.

    Depuis un an il n’y a donc plus d’opinions, de choix de société, de priorités, ni de bien public, il y a seulement une liste de choses à faire. Comme une liste de courses et c’est en parcourant les rayons du super que représente pour eux notre société, que nos gouvernants découvrent de temps en temps que ce qui est dans les gondoles est aussi sur leur liste. Bingo.

    Vous allez me dire mais c’est pas nouveau ça, c’est la technocratie. Eh non c’est pas nouveau, c’est juste un peu plus chaque fois. Et cette fois le saut  a été conséquent. Mais ça veut surtout dire que, définitivement, nous ne sommes plus gouverné par Paris mais par Bruxelles et Francfort. C’est-à-dire par des gens au seul contact du business et de la finance. Et comme vous le savez Bruxelles est vraiment un modèle dans le genre business first.

    On peut dire qu’avant, c’est-à-dire il y a longtemps les partis politiques, c’est-à-dire Paris, avaient des programmes, des valeurs, en liaison avec une vision de la société, ses défauts, ses inégalités et aussi ses demandes et ses besoins. Maintenant Bruxelles a une seule feuille de route : l’économie. Et le programme consiste en trois lettres : PIB. Je vous ai déjà parlé de cette religion et il ne faut pas cesser d’en parler, car c’est vraiment le mal du siècle.

    Ce que je veux dire c’est que tout cela ne change pas la réalité. Et je pense qu’une posture de négation de la réalité n’est pas tenable et qu’il faut une soupape ou un maillon faible comme vous préférez. Et donc je ne sais pas si c’est un scoop, un pronostic, une vision  ou un vœu mais je ressens clairement que Macron ne finira pas son mandat. Voilà c’est tout, bises et bonne soirée A+

    Ah oui, vous voulez les arguments, la preuve, la démonstration.

    Mais, vous savez, tout cela est assez ténu et on marche un peu à l’intuition dans ce domaine.

    Néanmoins en fait c’est simple, parce qu’en voulant être le seul à avoir raison il est en train de se mettre tout le monde à dos. Pour le moment, ses amis le soutiennent encore parce qu’ils tirent profit de la financiarisation de la société, mais comme tous les électrons libres, on finit par les éliminer. Et il ne peut pas faire autrement que d’assumer, c’est la stratégie classique de la fuite en avant. Commencer à réfléchir ou se remettre en cause, c’est la preuve qu’on a des doutes et c’est dans ces doutes que les opposants s’engouffrent. Alors aucun doute, droit dans ses bottes, comme Jupé en 14 dont il a pris allègrement la place, il avance en niant la réalité. Et quand la religion du PIB rencontre le mur de la réalité ça coince. Notre société est bloquée et il va falloir qu’un maillon saute.

    Michel Costadau

  • Peinture

    Peinture

    On va pas terminer l’année sans faire un petit retour sur le coup de peinture du paysage politique français de cet été. En plus, comme vous, je suis souvent consterné par la pauvreté des analyses politiques. Alors on va remédier à cela en faisant le boulot des commentateurs.
    Et donc, pour commencer, quelle est, actuellement, la tendance qui a pris le pouvoir politique chez nous aux dernières élections. A question simple, réponse simple : les socialistes.
    Oui nous avons un gouvernement socialiste, comme avant. Explication en trois points.
    Un : le président a fait partie d’un gouvernement socialiste et a même été ministre. Je ne sache pas qu’il ait jamais été copain de Sarkozy.
    Deux : l’assemblée est composée majoritairement de socialistes. En effet, la plupart des députés dits LRM sont en fait d’anciens socialistes qui ont juste changé d’étiquette, car ces gens-là n’ont aucune morale. Attention, l’arrivée de quelques ministres LR et le changement de pantalon de certains députés de droite, repeints eux aussi en LRM, ne doivent pas nous troubler, ce sont seulement de fausses pistes destinées à faire croire qu’il y aurait du nouveau. Ils ont toujours fait ça.
    Trois : Il est facile de voir que nous sommes dans la pure continuité du gouvernement précédent. Loi travail, Europe, CETA, augmentation des impôts, dégradation des services publics, frilosité sur le nucléaire. Kif Kif pareil.
    Clairement, ce ripolinage de l’assemblée avec, comme d’habitude, un léger glissement des nouveaux socialistes vers la droite a fait d’énormes dégâts chez LR et a pulvérisé le PS, ça c’est sûr. En fait, les élections de 2017 étaient imperdables pour la droite, mais quand on a la droite la plus bête du monde, rien n’est impossible. A preuve.
    Bien, bien, bien,  maintenant une fois établi que nous avons un gouvernement socialiste, que la droite s’est fait avoir et que l’ancien PS est ratatiné, quelle est la suite de l’analyse ?
    Première suite : dans le classico droite-gauche, l’opposition  doit être portée par LR. C’est vrai que pour le moment LR se cherche, c’est le moins qu’on puisse dire, occupés à se remettre du récent désastre et à récupérer un max de FN et de conservateurs. Mais ça va venir.
    Deuxième suite : Il n’y a plus personne à gauche, sauf LFI qui a du coup un espace politique gigantesque depuis le centre droit jusqu’à l’extrême-gauche. Mais que peut-il bien en faire ?
    Troisième suite : la partie est terminée pour le FN qui a loupé le coche cette année, et lui et ses déclinaisons vont rester pendant quelques temps sur des strapontins sans pouvoir, parce que leurs électeurs vont aller un peu à LR et un peu à LFI.
    On se résume : les nouveaux socialistes sont au pouvoir, la droite s’est fait avoir, le PS a disparu, LR, quoique encore un peu ko est l’opposition, le FN n’est plus qu’une ombre et LFI a tout l’espace de la gauche pour lui. Ça c’est une analyse, non ?
    Mais voilà que pour Mélenchon c’est quasiment cornélien : il a tout l’espace mais il est vide. En attendant il fait fausse route en voulant assumer l’opposition. C’est la place de LR et il brouille les cartes en se positionnant ainsi. Soit il assume ses racines socialistes et rentre dans le gouvernement comme poil à gratter, ce qui lui a certainement été proposé, soit il fait un saut dans l’inconnu en essayant de recréer un parti « vraiment de gauche » sur les décombres du PS. Alors, entre le clown de gauche des socialistes, ou le catalyseur d’une refondation de la démocratie, les Insoumis ont de quoi s’occuper. Pour les autres c’est le train-train habituel.
    Michel Costadau
  • Trois détails

    Trois détails

    Stop. A l’aide. Arrêtez. Demi-tour. J’en peux plus. Bloquez tout. Changez le disque. Au secours. Sauvez-moi. Faites quelque chose.
    Oui dites-moi comment faire pour empêcher de nuire ces arrivistes que nos failles démocratiques ont mis au pouvoir. Oh je ne  leur reproche pas grand-chose, seulement trois petits détails :
    1-Ils ont la vision moyenâgeuse que  la politique se fait du haut vers le bas. C’est-à-dire de ceux qui ont le pouvoir vers ceux qui subissent. C’est exactement ce que l’on a essayé de changer en 89.
    2-Ils ne pensent, ne parlent, ne regardent, ne considèrent que l’argent. Mais l’argent ne va qu’à l’argent. Il ne produit pas de la vie en société et encore moins du bonheur.
    3-Ils nous prennent carrément pour des imbéciles. Tous leurs discours sont incompréhensibles et ne disent rien et son contraire.
    Sur le 1- : vous le savez, le fonctionnement normal des élections est de permettre aux électeurs de faire connaître leurs envies, leurs besoins et leurs opinions, en confiant des mandats à des représentants qui constituent un parlement. Parlement où se décident les lois et qui choisit le gouvernement. On est donc bien du bas vers le haut. Hélas ce n’est pas la conception de ceux qui nous gouvernent, qui prennent le pouvoir par le haut et le font ruisseler dans toutes nos instances. Les politiques ne devraient être là que pour mettre en œuvre la volonté du bas c’est-à-dire notre volonté. Or notre volonté est simple : pouvoir dérouler sa vie dans une société apaisée, en contribuant par son travail à son bon fonctionnement, et en échange  de son travail en recevant une rémunération. Ensuite tout se décline à partir de là selon les goûts, les aptitudes, la santé, et les désirs de chacun. Or on nous fait vivre dans une société violente, inégalitaire, ou personne ne met en œuvre ses dons et ses capacités mais où tout le monde subit la loi du plus fort, du plus riche, du plus méchant, et ou la seule compensation est la consommation.
    Et pour le 2- : vous en savez déjà long sur l’argent et la finance. Clairement le problème n’est pas de savoir s’il faut augmenter ou diminuer tel impôt. Le problème c’est de savoir ce que l’on fait avec nos impôts. Et ce n’est pas le budget qui va nous éclairer là-dessus : il n’y a que des chiffres dont personne ne sait à quoi ils correspondent. On a déjà bien parlé de ça. Ajoutons aussi que l’argent a une composante très embêtante qui s’appelle la guerre. Les financiers ne se battent pas à coup de billets mais avec nos vies. Et là, je vous l’ai dit, je commence à être un peu inquiet. On en reparlera.
    Maintenant le 3- : prenons par exemple un discours purement technocratique destiné comme d’habitude aux demeurés, en l’occurrence les paysans. Le gouvernement a annoncé une loi agricole pour le premier semestre 2018, applicable par ordonnances pour aller « plus vite et plus fort.  Ceux qui comprennent pourquoi les ordonnances vont plus vite et plus fort levez le doigt ! Ca veut dire que nous n’avons pas de parlement mais une chambre d’enregistrement des décisions parisiennes. Et ce n’est donc que du vent, c’est à dire de la com. Au menu, des contrats basés sur les coûts de production, une organisation par filière plus forte et un relèvement du seuil de revente à perte. Ah oui des contrats basés sur les coûts de production, mais c’est formidable ça. Il a trouvé ça tout seul, pas croyable. Les coûts de production ont toujours été la base des devis et des prix. Mais le danger bien connu des contrats basés sur les coûts de production c’est qu’ils sont au-dessus du prix de marché. Il faut donc trouver quelqu’un, pour le moment c’est le contribuable, qui paye la différence.  Là on est revenu à avant la PAC, quand il fallait gérer les surproductions.
    Cependant, il a conditionné cela à une restructuration des filières agricoles : plans de filières, contrats type filière par filière avec plus de labellisation, plus de bio, plus d’agro-écologie et l’arrêt de certaines productions.
    Ouah, là maintenant il conditionne quelque chose de complètement rétrograde = les coûts de production, avec une autre notion qui n’a aucun rapport = plus de label rouge, plus de bio, je n’ose pas dire plus d’agro-écologie car c’est vraiment un mot qui ne veut rien dire. Quand même, plus de bio, on nage dans le bonheur. Seulement ça c’est comme les emplois, ça ne se décrète pas ; il faut de la demande. Alors avec la pub de Monsanto et la diminution du maintien en bio, ils ne prennent pas le bon chemin.
    Le seul point sur lequel je suis entièrement d’accord c’est l’arrêt de certaines productions. Je pense clairement à tous ces discours de bonimenteurs que l’on nous lance à longueur de journée.
    Et dans le genre discours pour les gogos, j’en ai un autre qui est pas mal : L’attractivité des carrières militaires passe par une meilleure politique de reconversion. Là on atteint des sommets, parce que ça veut dire : ce qu’il y a de bien dans l’armée, c’est de trouver un bon boulot quand on la quitte. On comprend pourquoi les gens préfèrent le chômage au travail. S’ils pensent recruter avec de tels discours, on va voir nos effectifs chamarrés fondre.
    Mais ça c’est une bonne nouvelle.

    Michel Costadau

  • Mariage gay

    Mariage gay

    C’est sans conteste le couple de l’année. Edouard et Emmanuel, avec un petit coté XVIe – l’arrondissement pas le Louis -, forment le couple le plus gai qu’on ait vu depuis longtemps – longtemps dans les médias ça veut dire 15 jours. Quand je dis couple c’est même le genre petits vieux, à preuve qu’ils commencent à se parler par personnes interposées : je lui ai demandé de ; il m’a dit que. Lui dit à sa femme : il faut faire des économies, notre budget ne peut pas suivre, Elle répond : mais bien sûr mon chéri, c’est comme si c’était fait, je vais commencer par les vacances : cette année tu resteras à la maison et moi j’irai avec les enfants chez maman. Et ainsi de suite. En plus c’est un couple techno, non pas boum boum boum, non, mais -cratique. Eh oui technocratique. Bon je prends ça à la rigolade mais, hélas, non seulement c’est loin d’être drôle, mais en plus ça m’inquiète franchement.

    Le principal inconvénient de la technocratie c’est d’être loin, loin, loin, très loin de la vie des gens. Tout le monde connaît, bien sûr, l’humour de Coluche disant qu’à l’hôpital les gens mouraient en bonne santé, c’est-à-dire guéris de l’affection pour laquelle ils étaient entrés, mais n’ayant pu supporter le traitement curatif. Pas de bol. La faute à personne.

    Si je vous dis ça, c’est qu’un sérieux parfum de technocratie flotte sur notre malheureux pays. Le peu que j’entends de ce que tout le monde appelle les nouvelles mesures annoncées me semble n’avoir aucun lien avec notre quotidien.

    Diminuer le nombre de députés, voilà bien une mesure incompréhensible. Diminuer le nombre de députés, c’est faciliter grandement la tâche des lobbies qui auront beaucoup moins de personnes à approcher et à sensibiliser. Oui vous savez on ne dit plus corrompre on dit sensibiliser. Qui plus est, diminuer le nombre de députés, c’est diminuer la représentation populaire, ce qui est exactement le contraire de la démocratie. C’est donc seulement une mesure technocratique.

    Il y a aussi cette histoire de vaccination, dont l’intérêt pour la sécurité sociale est assez flou. S’il s’agissait d’une claire mesure de santé publique tout le monde devrait applaudir, mais il semble qu’il s’agisse plutôt d’un cadeau aux labos où d’une mesure discriminatoire, ce qui est évidemment différent. Dans tous les cas, c’est typiquement une mesure techno puisque ni l’objectif ni les moyens ne sont évoqués.

    D’ailleurs, d’une manière générale, les technocrates ne disent pas à quoi ils s’attaquent et avec quels objectifs ; ils disent qu’ils font quelque chose de pas très précis dans un domaine un peu flou avec des moyens mal définis et sans la moindre possibilité de contrôler la mise en œuvre.

    Alors  bien sûr il est encore question de la loi travail. Cette  loi adoptée difficilement il y a un an et pas encore appliquée, va être modifiée on ne sait pas trop dans quel sens, puisqu’elle était déjà assez libérale. En tous cas on ne voit pas bien le rapport entre la loi travail et  le travail, c’est-à-dire le chômage. Si c’est une loi pour diminuer le chômage : bravo, si c’est le contraire : zéro pointé. Mais comme je vous le disais, ça n’a sûrement aucun rapport avec le travail, c’est purement technocratique.

    J’ai entendu aussi le rétablissement, ou la suppression on ne sait pas très bien du jour de carence pour les fonctionnaires. Vous voulez vraiment savoir ce que j’en pense. Ben oui c’est exactement ça. Pourvu que cette mascarade ne dure pas trop longtemps, parce que j’ai le sentiment que la population en a déjà assez. C’est le syndrome du gouvernement minoritaire qui apparaît. Emma est pressé parce que ça va tourner vinaigre bientôt, et Ed ne pourra rien pour lui. Et moi non plus évidemment.

     

    Michel Costadau

  • Contre-courant

    Contre-courant

    Maintenant que la séquence électorale est terminée essayons de comprendre les résultats. Nous avons un nouveau président. Ça ce n’est pas une surprise puisque l’ancien ne se représentait pas. Ce que l’on a commencé à découvrir pendant la campagne, c’est que son réseau ne voulait pas fonctionner avec les anciens partis. Du coup il en a créé un nouveau tout en débauchant diverses personnalités has been.

    Alors est-ce que ce nouveau parti est un hybride des deux anciens partis de gouvernement, avec vocation de les remplacer. Réponse : non pas du tout. Bon mais alors c’est quoi ce nouveau parti ? Réponse : c’est le parti de la classe moyenne. D’habitude la classe moyenne est partagée entre plusieurs opinions, bobos, cadres, jeunes diplômés, intellectuels et est l’objet d’une chasse de la part de tous les partis. Mais là, il y a eu cristallisation. C’est la génération d’après 68 qui se retrouve en pleine activité et que le système a fait prendre en mayonnaise. Et c’est le paradoxe de cette élection qu’après une campagne où tout le monde était soi-disant antisystème, on se retrouve avec une assemblée et un gouvernement entièrement système. C’est la stratégie de la fuite en avant. La croissance du PIB pour sauver la planète. C’est franchement triste.

    Mais comment cette cristallisation a-t-elle eu lieu ? Comme ingrédient nous avons d’abord une très forte propension de l’électorat à vouloir se débarrasser de la classe politique obsolète que nous avons. Cette faim de renouvellement a d’ailleurs conduit à des primaires désastreuses et à la déroute des candidats primés : Mélenchon + Le Pen + Macron font 2,5 fois Fillon + Hamon. C’est sur la base de ces primaires ratées que le nouveau parti s’est installé.

    Nous avons ensuite une mainmise totale de la finance sur les médias, ce qui permet à ses possesseurs de façonner l’opinion. Macron et le nouveau parti ont été littéralement portés par les médias de bout en bout : aucune critique, valorisation de toutes les différences, jamais d’affirmations péremptoires, interviews positivées, shows millimétrés.

    Enfin, nous avons un système électoral, strictement non proportionnel, qui fait le jeu des minorités afin de prendre le pouvoir. Cette minorité, de l’ordre de 19 % à la présidentielle et de 12 % aux législatives, permet avec les institutions de notre république de prendre le pouvoir par élimination. Ce n’est pas démocratique mais c’est légal. Vous en voulez encore ?

    Mais alors qui sont ces fauteurs de trouble qui ont voté Macron deux fois ? Car ce sont exactement les mêmes qui ont fait le président et les députés. Ca vaut le coup de regarder qui sont ces héros. Le plus fort contingent est constitué par ceux que j’avais désignés comme les souliers pointus. Ce sont ceux qui mangent au restaurant ou à la cantine à midi, car ils ne savent pas ce que c’est que d’amener sa gamelle ; ils mènent une vie de couple avec deux salaires, SUV, deux enfants scolarisés, sport collectif pour les garçons, gym pour les filles. La majorité travaille dans des bureaux plus ou moins climatisés, soit en grande entreprise soit en libéral. Ce sont eux, aussi, qui voyagent en avion, mais ne payent pas leur billet puisque aux frais de l’entreprise. Fondamentalement, ils font l’audience des émissions de télé et sont du coup complètement imbibés par les médias et sans défenses, mélangeant volontiers pub et infos. C’est dans cette sphère qu’ont été recrutés les députés et les ministres. A ceux-là s’ajoutent des transfuges déçus par la droite et la gauche, ainsi que certains socialistes à qui on a fait croire que Macron était de gauche.

    Mais tout le monde n’a pas voté Macron, loin de là.

    En schématisant rapidement on peut dire que ceux qui ont voté Le Pen sont les déclassés du système, ils n’y croient plus. Ceux qui ont voté Mélenchon sont les intellectuels, ils macèrent dans leur impuissance. Ceux qui ont voté Fillon sont les vrais riches, ou qui croient l’être trop. Et ceux qui ont voté Hamon sont les fossiles passéistes qui se sont arrêtés en 36.

    Bon, au résultat, les arrivistes sont aux manettes. Est-ce que c’est une bonne chose ? Eh bien pas du tout parce que nous sommes à contre-courant de l’évolution des autres pays. La prise de conscience de la mondialisation amène, partout dans le monde, les peuples à enclencher un mécanisme d’autodéfense, de retour sur soi. Il faut reprendre la main pour continuer à exister face au raz-de-marée de l’économie globale. Du coup, beaucoup de pays essayent de s’intéresser à leurs citoyens avec une dynamique nationaliste et une recherche démocratique. Les US, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, l’Inde, les pays de l’Est, l’Italie, et pas mal d’autres, veulent bien accompagner le système mais sans y perdre leur identité. En France nous venons de faire le choix inverse : tout pour l’économie, plus d’Europe, plus de multinationales, le pouvoir aux loups aux dents longues, le gouvernement des arrivistes. Une fois de plus après l’industrie, les services et les GAFAM, nous ne sommes pas dans le bon wagon. Nous avons choisi la facilité, celle qui consiste à aller dans le sens du business et de l’argent plutôt que de mener une véritable réflexion sur notre vie en société et son avenir.

    D’une certaine manière nous avons voulu reproduire la séquence Trump. La finance qui va défendre les exclus du système. Mais au lieu de donner le pouvoir aux nationalistes ou aux démocrates, nous l’avons donné aux fonds de placement, aux start-up et aux technocrates. Il n’est pas sûr  qu’ils veuillent nous le rendre. Je crois bien qu’il faudra le leur reprendre.

     

    Population

    Electeurs : 47 millions.

    Présidentielle

    Macron : 8 millions de voix,

    Le Pen : 7 millions,

    Mélenchon : 7 millions,

    Fillon : 7 millions,

    Hamon : 2 millions.

    Législatives

    EM : 6 millions de voix,

    LR : 6,5 millions,

    FN : 3 millions,

    Mélenchon : 2,5 millions,

    PS : 1,5 million.

    Michel Costadau

  • Chantage

    Chantage

    Y a une espèce de malaise qui est en train de s’étendre dans la sphère politique, pas exactement un malaise mais comme une image qui devient de plus en plus floue, au point de se demander si ce n’est pas, tout simplement, un défaut de vision. Ce malaise vient de la perte d’un repère basique à savoir celui de majorité. Qui vient lui-même d’un vice de forme de notre régime, qui est l’inversion électorale entre législative et présidentielle. Pour le moment, notre président est élu dans le vide c’est-à-dire sans le moindre moyen d’appliquer un quelconque programme. Tant que l’élu était membre d’un parti et plus ou moins choisi par lui, on pouvait dire qu’il avait une majorité implicite, à concrétiser quand même, mais cernable. Mais quand l’élu est réellement un électron libre, seulement entouré de son conseil d’administration, alors ça devient pitoyable parce que vu qu’il est à poil, la course pour trouver un pantalon ressemble à un vide grenier dans lequel tout le monde met ce qu’il a de plus moche dans la rue, pour être offert au public.

    Et ce malaise atteint d’abord les candidats qui ne savent pas trop s’ils font partie, sans jeu de mots, de leur parti ou du président. C’est angoissant. Les seuls qui sont à l’aise dans leurs baskets sont ceux de Mélenchon et de Le Pen. Pour eux c’est clair, il y a adéquation entre le candidat à la présidence et le candidat à la députation. Pour les autres, bien que je sois sûr qu’ils ne m’écouteront pas, je leur donnerai le conseil de passer à l’acte c’est-à-dire de se regrouper dans le PS/LR dont je parle depuis longtemps.

    Ce malaise atteint aussi les électeurs, parce que donner une majorité à un président ne veut pas dire grand-chose, à supposer, bien sûr que nous soyons en démocratie. En fait, seul le fait de donner une majorité à des partis a un sens, puisque le moteur de la politique est encore et toujours le programme et c’est le vrai visage de la démocratie. Effectivement, après la déferlante présidentielle, les candidats députés sont en gros des inconnus et seul le programme qu’ils défendent devrait être pris en compte. Or donc les électeurs ne savent pas ce qu’ils doivent voter, puisqu’en théorie on vote pour ses idées, en général défendues par un parti. Mais quand on ne sait pas quel parti combattra ou soutiendra le président, ça devient difficile. C’est même cornélien, je t’aime donc je ne vote pas pour toi. A nouveau, seuls Mélenchon et Le Pen ne déboussolent pas leurs électeurs, ce qui est cependant une bien maigre consolation.

    Et ce malaise atteint aussi les politologues qui sont chargés de transmettre aux médias les messages des élus, ou plutôt des dirigeants, c’est plus clair. D’abord les politologues sont laminés par le rouleau compresseur médiatique, exclusivement au service du président, qui est l’élu au sens miss-France du terme. Ensuite les transmetteurs de pensées voudraient bien vanter un renouveau de la vie politique, mais force leur est de constater que ce sont encore et toujours les mêmes, un peu comme un tiercé mais dans le désordre cette fois, ce qui évidemment ne change pas grand-chose. Bien sûr ils n’osent pas dire la réalité, qui est que les électeurs sont pris en otage par la présidentielle, et qu’ils sont victimes d’un chantage à la majorité. Car c’est vrai que le besoin de majorité a été rentré en force dans les gènes des électeurs. Alors que la démocratie c’est le contraire, c’est l’exercice de la pluralité. Mais les politiques tiennent seulement à leur pouvoir.

    Alors on a déjà eu le hold-up médiatique de la campagne présidentielle, puis le chantage à Le Pen pour le second tour et maintenant on a le chantage à la majorité pour les législatives. Ce n’est plus un président que nous avons, c’est un chef de gang.

    Pourtant la réalité est claire et précise : les électeurs se sont répartis en quatre courants qui font chacun à peu près 20%. Nous devrions donc avoir un parlement réparti en 4 parts. C’est alors seulement que peut commencer le travail de discussion, d’échange, d’argumentation, de recherche de meilleure solution, qui permet à chacun d’apporter sa contribution à l’édifice commun.

    Et de revenir à la démocratie. Mais le chemin est encore long, surtout quand on n’est pas sur la bonne route.

    Michel Costadau

  • SFM

    SFM

    C’est un billet important mais difficile à écrire. J’essaie de comprendre le rôle du Système Financier Mondial.

    1- C’est quoi le SFM.

    Oui je sais, j’invente un truc dont personne ne sait si ça existe vraiment mais dont tout le monde parle. C’est sûr que l’on a beaucoup mal à le décrire, mais il faut bien donner un nom aux choses. Pour voir ce que ça peut être il faut commencer par les fonds de placement ou d’investissement. Ils sont connus pour n’avoir qu’une seule stratégie, celle de la maximisation du profit et de l’argent qu’ils ont ou qu’on leur confie. Mais attention, ces placements représentent beaucoup plus que les budgets des Etats. Ce sont eux, les fonds, qui font la loi dans un grand nombre d’entreprise assurant ainsi la mainmise de la finance partout dans le monde. Le fait qu’ils soient nombreux ne veut pas dire qu’ils agissent tous de manière différente. Non, bien au contraire, ils agissent tous de la même manière. C’est pour ça qu’on peut parler de système. Cependant il n’y a personne qui dirige ce mouvement, c’est seulement un mode de fonctionnement. Et qui se développe encore. Il y a maintenant plusieurs millions de millionnaires en Chine. Et les millionnaires du monde entier agissent exactement de la même façon. A savoir que, quand on a de l’argent, on cherche à faire de l’argent avec l’argent. Quand on n’en a pas, eh bien on est obligé de travailler c’est simple.

    Donc ils agissent tous de la même façon, à tel point que les entreprises qui veulent s’en protéger n’ont qu’une solution c’est de ne pas être cotées en bourse afin d’avoir un actionnariat sous leur seul contrôle, ce qui peut hélas conduire à une grande opacité comme Lactalis ou Auchan. D’autres, comme Dell, sont amenés à racheter toutes leurs actions pour se soustraire aux fonds. De même vous avez bien suivi que l’un de ces fonds, actionnaire de Safran, était contre le rachat de Zodiac et s’employait à faire capoter cette décision. Ajoutons que certains fonds gèrent, à eux seuls, presque 10 fois le budget de la France. Ca commence à prendre tournure

    On peut parler aussi des membres des conseils d’administration des 40 entreprises du CAC. Si l’on compte en moyenne 10 administrateurs par conseil ils devraient être 400. En fait ils sont une grosse centaine car chacun siège dans 3 ou 4 conseils. Globalement, cette imbrication assure le contrôle de la finance sur le business et cela va bien au-delà du CAC40.

    Il convient aussi d’évoquer la porosité des frontières entre public et privé via les écoles et les administrations. Cette porosité est illustrée par l’entrée dans une banque d’affaires de l’ancien président de la Commission européenne ou par le pdg de BPCE ancien directeur de cabinet de Sarkozy. Cette porosité confirme s’il en était besoin le pouvoir de la finance dans notre pays.

    2- Le SFM a largement conquis la gouvernance mondiale et contrôle assez correctement le fonctionnement des pays dits démocratiques.

    Il est clair que le SFM fait à peu près ce qu’il veut sur notre planète, exploitation du sol et du sous-sol, productions délocalisées, argent stocké dans les paradis fiscaux, évitement des taxes et des impôts. Prenons quelques conséquences chez nous : le contournement des 35 heures qui n’ont, en fait, créé aucun emploi, les pressions sur les pouvoirs publics pour ne pas changer la réglementation des produits phytos, le détournement du CICE qui a surtout servi à augmenter le profit des entreprises au lieu de développer la recherche, le sabordage de l’Education Nationale au profit du confessionnel.

    On constate même maintenant une communication directe des entreprises à leurs salariés, par exemple Labo Fabre ou Paprec, pour donner des consignes de vote. Le fait que ça ne vous choque plus indique bien que le SFM est en terrain conquis.

    Bien, même s’il est certain qu’il faudrait développer plus encore cet état des lieux, et nous pouvons le faire quand vous voulez,  il faut bien voir que ce ne sont pas les instances démocratiques que nous élisons qui contrôlent le SFM mais bien le contraire. Dans ces conditions, tous les gouvernements démocratiques sont au mieux les gestionnaires, plus ou moins bons, du développement du SFM comme en Europe et Amérique du Nord, ou au pire sous le contrôle direct des financiers et des banques comme en Afrique ou en Amérique centrale. Paradoxalement, les gouvernements non démocratiques ou les dictatures sont moins vulnérables au SFM puisqu’ils ne peuvent acheter que le clan au pouvoir et non pas corrompre l’intégralité de la classe politique qui en général n’existe pas.

    3-Moyens d’actions du SFM.

    Le SFM a conquis un pouvoir presque sans partage et il le garde, mais comment ça se passe ? Là nous sommes sur des aspects mieux connus. D’abord, bien sûr, les lobbies, les puissants lobbies. Ces groupes de pression, légaux en démocratie, permettent à la finance de contrôler et d’anticiper toutes les législations qu’elle jugerait  défavorables. Les lobbies arrivent presque toujours à orienter les textes pour qu’ils aillent dans le sens qu’ils ont défini.

    Ensuite le fonctionnement même des institutions nationales ou internationales de nos démocraties. Les institutions françaises, européennes, américaines ou même mondiales ont toutes un double mode de fonctionnement. D’une part une façade avec des élus et d’autre part des services, des commissions ou des administrations non élues qui proposent, définissent et portent les dossiers. Contrairement à ce que vous pourriez croire, ces services ne sont pas sous le contrôle de la façade élue mais bien au contraire livrés aux pressions de la finance, ce qui est le but. L’exemple européen est le plus symptomatique. La Commission européenne, organe strictement non élu « fait » la politique européenne : travailleurs détachés, PAC, règles de concurrence, privatisation des services publics et d’une manière générale libéralisation.

    Les avancées du SFM peuvent aussi être appréhendées par quelques votes démocratiques récents. Par exemple le brexit. Ce vote permet au SFM de renégocier toutes les réglementations supranationales et il va réussir à sortir plus fort de cet épisode. Tout autant l’élection de Trump est porteuse de dérèglementation, en particulier dans le pillage de la planète. Le SFM espère de Trump une nouvelle libéralisation économique même au prix de la guerre et on en prend le chemin. Hélas dans ce domaine l’impuissance de l’ONU n’échappe à personne, on ne va pas y revenir.

    Il y a bien sur aussi, l’argent lui-même. L’argent est un argument que comprend presque tout le monde et qui permet d’influer sur toutes les situations y compris sur la justice, le droit, les libertés. Or qui a l’argent, eh oui c’est, la finance, c’est le SFM. Par exemple l’argent permet de posséder les médias qui vont « former » l’opinion et par exemple parler de « enjeux » de la présidentielle. L’argent permet d’acheter l’avis des scientifiques. L’argent permet d’obtenir les autorisations souhaitées. L’argent permet de faire des procès ou des guerres aux résistants. Ce n’est pas nouveau mais ça marche. Et ça a pris des proportions….mondiales.

    Cette situation dépasse complètement l’ancien clivage français gauche-droit de l’homme et droite -droit des entreprises. Il est remplacé par un positionnement par rapport au SFM : pour, avec ou contre.

    4-Positionnement de nos candidats par rapport au SFM

    Concrètement il y a ceux qui disent vouloir affronter le SFM, en général la gauche et dans notre cas Mélenchon, Hamon.

    Ceux-là ne sont pas très honnêtes car ils font croire qu’on peut, aujourd’hui, lutter contre le SFM. Mais hélas ils n’en ont pas les moyens et même loin de là, en tous cas pas seuls. Il y en a, parmi eux, qui disent encore qu’il n’y a qu’à supprimer les patrons, alors que ça fait longtemps que les patrons ne possèdent plus leurs entreprises ni leurs salariés. Il n’y a que des actionnaires et des fonds de placements. En plus, c’est grave d’essayer de tromper les gens avec des promesses complètement illusoires du genre : nous pouvons stopper le pouvoir de la finance, nous allons réduire le chômage, nous allons restaurer les services publics. Je ne pense pas que beaucoup de gens y croient vraiment mais il vaudrait mieux être plus réaliste si on veut arriver à quelque chose.

    Puis il y a ceux qui veulent pactiser avec le SFM, en général la droite et dans notre cas  Fillon. Ceux-là sont un peu plus honnêtes, en reconnaissant que le SFM a le pouvoir, mais du coup ne peuvent convaincre que les riches et les possédants. Cependant, ils cultivent l’ambiguïté en essayant de faire croire que même les petites gens en étant obéissants et respectueux  peuvent profiter du SFM. C’est-à-dire avoir de l’argent un jour. Ils ont aussi une approche dichotomique de l’ordre, à savoir : les contrôles de police en bas et la bienveillance des autorités en haut. Bien sûr il est grave de pactiser avec le SFM car c’est jouer avec le feu.

    Puis il y a ceux qui sont directement les instruments du SFM, en général les ni-ni et dans notre cas Macron. Là ça devient catastrophique car c’est mettre la finance au pouvoir. Il est encore temps de s’apercevoir qu’un pays ne se dirige pas comme une entreprise, que le gouvernement n’est pas un conseil d’administration et que le parlement n’est pas l’assemblée générale des petits actionnaires dont on arrive toujours à faire ce que l’on veut. Une fois pour toutes une entreprise, même si on y discute beaucoup, n’est pas un modèle démocratique. Ceux-là sont clairement les fossoyeurs de toutes nos envies de développement d’une société apaisée et essayant de vivre ensemble. Il est d’ailleurs facile de constater qu’ils donnent l’impression d’avoir tous les médias pour eux. C’est simplement qu’ils sont exactement dans la même démarche que les médias qui, comme on l’a dit, appartiennent à la finance

    Bien sûr il y a aussi des candidats qui ne veulent pas se positionner par rapport au SFM, en général les nationalistes, souverainistes et dans notre cas Le Pen. C’est intéressant et ça a l’avantage de ne pas être sur le même terrain que les autres, mais il faudra bien qu’ils s’y confrontent quand même.

    5-Conclusion.

    Que conclure de tout cela ? De toute façon ce n’est pas folichon.  On l’a dit, tous nos gouvernements actuels comme ceux à venir ne représentent pas le pouvoir du peuple, mais sont ou seront de simples gestionnaires du SFM. L’avènement d’une nouvelle classe politique dans de nouvelles institutions avec un régime parlementaire, paraissent un point de passage obligé.

    Cependant, comme je l’ai indiqué plus haut, aucun des prétendants actuels n’est en mesure de le faire et il semble que comme réaction à tous ces mensonges les électeurs se préparent à une cohabitation compliquée. Ce qui ne fera que retarder le retour à un régime parlementaire. Oui le SFM a de beaux jours devant lui. Cela n’encourage pas à voter et je crois que c’est la seule attitude raisonnable.

    Michel Costadau

  • Bilan d’étape

    Bilan d’étape

    Allez on revient à la présidentielle pour faire un bilan d’étape. On va dire que c’est le sujet du moment, même s’il se passe des choses beaucoup plus importantes que ça dans le monde. Bon alors quelle est la situation ? Eh ! Eh ! il ne s’agit pas du tout de crier victoire, mais nous sommes en tête, les non-votants sont presque 1/3 des électeurs. Bien sûr la machine électorale considère que beaucoup sont des électeurs potentiels  pas encore décidés, mais ne boudons pas notre plaisir : l’abstention progresse considérablement.

    Alors certains n’hésitent pas à dire que dans la pagaille actuelle il est normal que les gens soient un peu refroidis mais que, quand ça redeviendra normal, l’abstention baissera. Euh… je ne vois pas ce que la situation actuelle a d’anormal. Elle ne redeviendra pas normale, c’est ça la normale. Les candidats ont toujours été ridicules, la télé matraque à tout va pour faire croire qu’il se passe quelque chose et les ralliements vont au plus offrant. La routine habituelle quoi, la routine. Mais par contre, que certains électeurs ne se sentent plus concernés par le cirque médiatique qui soutient cette élection, je ne vois là que de la saine prise de conscience.

    Et cette prise de conscience se développe avec une grande logique.

    D’abord la non-candidature de Hollande. Il a fait là une erreur de plus, en espérant que c’est la dernière. Il faut croire qu’il a été poussé par des réseaux plus puissants que les siens, mais néanmoins il a complètement plombé la primaire socialiste en empêchant un vrai débat sur ce qu’a fait le gouvernement depuis cinq ans. Maintenant il pleure sur les dégâts, mais le mal est fait et bien fait. Et voilà quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Ensuite, l’élimination de Juppé. Les Français voulaient Juppé. Ils attendaient le duel Juppé-Le Pen. Ils souhaitaient une confrontation pour pouvoir choisir entre droite nationaliste et droite libérale. Hélas la mafia catho a frappé et la droite se retrouve empêtrée dans un vaudeville dont ils ne sont pas du tout sûrs de sortir vainqueurs. Et voilà, encore, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Aussi le rôle trouble des candidats éliminés aux primaires. Ils ont beaucoup de mal à se rassembler derrière celui qui a été choisi. Mais ils oublient que si ça avait été eux les vainqueurs, ils auraient tenu à ce que tous les autres les soutiennent à fond. Je pense en particulier à Sarkozy et Valls qui sont passés de prétendants à disparus avec beaucoup de mauvais esprit. Et voilà, encore, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Enfin les francs-tireurs qui ont délibérément sauté la case primaire pour profiter uniquement des sondages. Mélenchon et Macron forment un duo pittoresque en proposant des approches symétriques. Le premier en voulant n’être avec personne et le second en voulant être avec tout le monde. Avec Bayrou ils ont inventé cette figure dite du hors système ou de l’antisystème qui ne veut strictement rien dire, puisque ce qu’il faudrait qu’ils disent c’est hors du système financier, mais ils s’en gardent bien car, hélas, ils en sont les plus fidèles supporters. Alors ils disent hypocritement : le système. Et voilà, à nouveau, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    En plus, la rationalité du vote a volé en éclats. Les seuls qui votent pour un candidat sont les électeurs de Le Pen. Tous les autres votent contre un ou plusieurs candidats. Les électeurs de Fillon et Macron votent contre Le Pen, ceux de Hamon et Mélenchon contre Fillon, Macron et Le Pen. Alors ceux qui cherchent, ce qui parait logique, à voter pour leur candidat ne le trouvent pas. Et voilà, encore, quelques électeurs dont la conscience s’est réveillée et qui n’iront pas voter.

    Et nous, nous ferons pareil.

    Michel Costadau

  • Pluralité

    Pluralité

    C’est la pagaille. La campagne actuelle ne se déroule pas normalement. A savoir que les sortants sont sortis, que les primaires n’ont servi à rien, que c’est une bataille de seconds couteaux pour le deuxième tour, et que personne ne parle de ce que les Français attendent, qui est tout simplement de mieux vivre, c’est-à-dire sans attentats, sans chômage et sans guerres. J’ajoute, parce que même si personne ne les défend, tout le monde y tient énormément, des services publics qui marchent.

    Mais, pour moi, cette situation est tout à fait normale. Ce qui se passe c’est uniquement la résolution de l’équation française : en France les gens ont des opinions différentes. Pas croyable. Bingo ! Euh il est temps de s’en rendre compte. La soi- disant élection présidentielle, clé de voute de notre république est un miroir aux alouettes où viennent se briser les projets politiques. Eh oui, il n’y a pas un point de vue unique, il y en a une bonne dizaine. Et le fait qu’ils existent est franchement rassurant.

    Du coup il est clair que chaque candidat est porteur d’une partie de notre stock d’opinions. Alors en élire un et un seul consiste tout simplement à éliminer 9 manières de voir les choses sur 10. Or notre richesse c’est cette diversité, ces différences, ce qui veut dire clairement que les régimes présidentiels sont des dictatures. Seuls, peut-être, les régimes parlementaires peuvent rendre compte de cette pluralité. Maintenant regardons ce que nous avons dans notre banque d’opinions en balayant symboliquement le paysage de gauche à droite.

    Dans le compte de Mélenchon, ce sont les utopistes qui veulent que le monde aille mieux. Ils réfléchissent pour essayer de trouver des solutions. Ils sont gentils. Ils ont bien sûr des idées de justice ou d’égalité un peu veillottes mais ils essayent d’être dans le coup, c’est-à-dire de partager les déchirements de notre société. Oublions leurs défauts et regardons ce qu’ils apportent. Leur apport c’est la solidarité, la liberté et l’évolution des institutions.

    Avec Le Pen, ce sont les irrités, les mécontents de leur sort. Ils ne réfléchissent pas, ils attendent. Ils s’engouffrent volontiers dans des solutions toutes faites, du moment qu’elles remettent en cause l’ordre établi. Cependant ils sont pour l’ordre et souhaitent que tout le monde s’entende bien mais sans savoir comment. Leur apport c’est le souci des petits, de la France d’en bas et la méfiance des élites.

    Avec Hamon, ce sont les paléo. Ils ont analysé l’histoire et croient à la révolution façon XVIIIe siècle. Ils savent comment changer les choses à condition que ce soit par le haut. Ils savent que la justice n’existe pas, mais seulement l’équilibre des forces. Volontiers sectaires ils ont besoin du rapport gauche-droite pour exister parce qu’en fait ils ne savent pas très bien où ils sont. Leur apport c’est la valorisation des différences, le respect de l’Histoire et le renforcement de l’Etat.

    Avec Valls ce sont les hommes de partis, intellectuels ou pas, mais ils veulent des structures, de l’encadrement. Ils croient aux technocrates et à leurs solutions parachutées. Ils croient que les pays peuvent s’entendre. Leur apport c’est l’entente internationale, les grands programmes et une valorisation des idées nouvelles.

    Avec Juppé, ce sont ceux qui veulent faire vivre les traditions républicaines : l’égalité a pour eux un vrai sens mais ils n’aiment pas la fraternité. Ils sont pour la séparation des pouvoir et celle de l’Etat et des religions. Ils sont plutôt riches ou aimeraient l’être. Leur apport c’est le maintien des services publics, la laïcité et l’équité.

    Avec Fillon ce sont plutôt les possédants, c’est-à-dire ceux qui possèdent quelque chose, la foi religieuse, l’argent, une femme, un patrimoine, un pays. Ils souhaitent surtout que rien ne change et sont donc défenseurs acharnés de l’ordre établi, les riches d’un côté, les pauvres de l’autre. Leur apport c’est le besoin de stabilité, la croyance dans le mérite et dans la réussite individuelle.

    Avec Macron, ce sont les aventuriers de la fuite en avant. L’avenir résoudra tous les problèmes, il n’y a qu’à laisser faire les forces en présence. Ils n’ont aucun respect pour les autres, pensant que le monde se gère depuis leur moi et il n’y a que ça qui compte. Leur apport c’est de ne pas avoir peur de l’avenir, de rompre avec les clichés et de défier l’ordre établi.

    Avec Bayrou, ce sont les intégristes, les hypocrites, défense du mariage mais maîtresse entretenue. Ils sont aussi pour l’ordre mais pas pour l’égalité. Ils prêchent la fraternité mais n’ont pas de cœur et sont prêts à mettre des bâtons dans les roues de tous les marginaux. Leur apport c’est le respect de la vie privée, les associations et les commémorations.

    Ce rapide survol permet de voir que chacun contribue à sa manière à notre pactole d’idées. Dans ces conditions, voter c’est diviser et ce n’est pas bon.

     

    Michel Costadau