Catégorie : International

  • Clinton will not be president

    Clinton will not be president

    Peut être croyez-vous ou même souhaitez-vous que Clinton soit élue. Je suppose aussi que vous n’aimez pas Trump. Qui pourrait l’aimer évidemment ! De plus, elle est au plus haut dans les sondages, cependant vous savez ce que je pense des sondages. Mais hélas entre un souhait et sa réalisation il y a un mauvais drôle qui s’appelle la réalité.

    Bon restons calme, on va échapper au choléra ouf, voir le billet du 26 juin 16, parce que ce n’est pas Clinton qui sera élue. Ca veut dire qu’on aura la peste pas ouf. Mais tout bien pesé, c’est nettement préférable. On explique.

    Je sais très bien que Trump est un milliardaire, enrichi dans l’immobilier, ce qui est tout sauf clean et qu’il véhicule ce que nous détestons : il est arrogant, puant et prétentieux. C’est clair. Cependant Clinton ne sera pas élue, essentiellement parce qu’elle n’est pas dans le coup. Ce qu’elle raconte, inspire et projette, ne concerne pas la vie des gens. Elle n’est que le pur produit de  l’establishment, des actionnaires et des banques. Un produit froid, stérile et toxique. Genre commission européenne.

    Son adversaire, présenté à juste titre comme un excentrique, un pitre, un amuseur, a surtout compris qu’on ne convainc pas les gens par des discours. Ca c’est bon pour les plaidoiries des tribunaux. Non aujourd’hui on convainc les gens avec des petites phrases, des boutades, des blagues, des erreurs. Pourquoi, parce que ça a tendance à montrer quelqu’un de réel, de vivant et non un technocrate, un pantin aux mains des lobbies. Et quelqu’un de vivant, c’est exactement ce que tout américain souhaiterait être. Et à vrai dire, c’est pareil chez nous.

    Alors Trump tape et retape sur Clinton, c’est carrément une posture. Et réciproquement, vous allez me dire. Ben justement non il n’y a pas de réciproque parce que taper sur un clown ne fait qu’augmenter le plaisir du public.

    Acthung,  je ne demande pas aux Américains de voter Trump. Mon propos n’est pas de choisir entre la peste et le choléra et clairement, vous le savez, la seule attitude correcte est de ne pas voter, de ne pas cautionner un système binaire qui a piraté la démocratie et qui nous prend pour des pions. Il s’agit seulement de comprendre que Clinton est une affairiste, une ambitieuse pour laquelle la population ne représente que des numéros qui ne servent qu’au moment de mettre un bulletin dans l’urne. Vous allez me dire qu’on dirait que je n’aime pas beaucoup Clinton.

    Oui, c’est vrai, mais quand même pourquoi Trump est-il préférable ? C’est simple, comme tout bon milliardaire, son propre intérêt est bien supérieur à celui de son pays. De voir tout l’argent que coûte l’impérialisme américain, il en est vert et voudra détourner ce flux vers ses propres affaires et du coup celles des Américains. Il a, aussi, un côté antitechnocrate dans le sens ou il déteste les gens dont le métier est de dépenser l’argent des autres. Et moi je me dis que ça c’est plutôt bon pour nous, je veux dire pour le reste du monde, qui en a un peu soupé de la pax americana.

    Michel Costadau

  • Guerre

    Guerre

    C’est maintenant assez courant de considérer que les évènements qui nous concernent ont une dimension planétaire. Ce n’est pas encore tout à fait vrai mais disons qu’on y est presque. Cependant, paradoxalement, il devient de plus en plus difficile de se faire une idée globale de ce qui se passe sur notre planète. Nous sommes submergés par les médias alors qu’il faudrait essayer d’y voir clair. Par exemple, sur le réchauffement climatique, sur le niveau de vie ou sur le terrorisme. Bien sûr, dans le registre de cette vision globale, il y a beaucoup d’autres regards que nous pouvons porter sur notre Terre, en particulier dans le domaine de notre écosystème, mais il y a une question dont on parle peu et qui me parait essentielle : est-ce que le monde vit plutôt en paix ou plutôt en guerre. Hélas, malgré les discours politiques lénifiants, dans presque tous les pays, nous vivons dans un monde très fortement marqué par les guerres.

    En plus, je trouve qu’il y a quelque chose de troublant dans cette affaire :  c’est la question des guerres de religion. Il est facile de constater que nous sommes, encore, à l’époque des guerres de religion. La guerre civile en Israël est une guerre religieuse, la dévastation du Moyen Orient est une guerre de religion. Les massacres en Afrique sont religieux. Les US sont infestés par les sectes et les Eglises. Je dis « encore » parce que, pendant mille ans, avec l’expansion des religions dites monothéistes, ça a été le motif dominant. Mais avec l’avènement de la raison et des sciences exactes, on aurait pu s’attendre à une perte totale d’intérêt pour ce type de conflit. Visiblement ça n’a pas été le cas et aujourd’hui aucune région du monde n’est épargnée par ce peu reluisant aspect. A qui la faute, question embêtante, parce que euh eh bien l’erreur c’est beaucoup nous. Je ne parle pas du passé, mais de maintenant. Nous somme complètement investis dans cet état de guerre et même en France nous ne sommes pas tranquilles avec ces guerres de religions. Beaucoup de gens pensent qu’en Europe nous avons gagné la bataille de la paix. C’est oublier que les bombes sautent encore à Belfast, que le siège de Sarajevo ne date que des années 90, que les purges en Turquie sont d’actualité et bien sûr qu’il y a des milliers de morts dans les réfugiés politiques ou humanitaires. Clairement, tous les continents sont le théâtre d’affrontements meurtriers et n’oublions pas que le commerce des armes se porte fort bien. Comment cela est-il possible ? Quel est le truc qui rend possible cette situation c’est à dire le virus par lequel nous sommes contaminés ? Sans conteste, il me semble que le biais c’est l’éducation. Je devrais plutôt dire l’absence d’éducation. La propagation des guerres de religions, exactement comme par le passé, repose sur une acculture générale de l’humanité. Cette acculture est le terreau sur lequel prospère le pouvoir des mages, des prophètes et…. des politiques. L’alliance du sabre et du goupillon est hélas encore bien active. Une fois de plus, les politiques nous mènent à la ruine.

    Michel Costadau

  • English vote suite

    English vote suite

    A chaud le 23 juin : C’est vrai je n’osais l’espérer, mais le vote anglais est quand même sympathique. Ma première réaction  c’est que c’est d’abord un vote anti-immigrés et donc un vote dans une ligne de bastion européen d’extrême droite. C’est aussi un vote anti franco-allemand marchands de résignation. Pour le reste c’est quand même aussi une affirmation de la primauté de la finance.

    Il y a sûrement plein d’explications au vote des Anglais mais quelques unes ne sont jamais citées. Par exemple l’essai d’indépendance séparatiste des Ecossais a pu piquer au vif les Anglais qui se sont dit si c’est ça c’est nous qui allons manifester notre indépendance. Ou une peur viscérale d’un éventuel fédéralisme comme structure européenne. Ou une réaction épidermique à la manœuvre bassement politique de Cameron comme les Français avec Chirac et sa dissolution du parlement.

    A vrai dire, la situation actuelle d’échec européen, n’est pas une surprise car elle se situe clairement dans la suite d’une série de coups de canifs donnés par les politiques :

    – essai de mise à l’écart de la Grèce : heureusement que Siryza a organisé un référendum pour rester sinon ils étaient virés,

    – référendums français et néerlandais annulés par les politiques : de quel droit ?,

    – élargissement aux pays de l’Est sans dénominateur commun politique : le plombier polonais a marqué les esprits,

    – tendances indépendantistes écossaise, catalane et autres, la commission a menacé la catalogne de sortir du marché commun si indépendance : de quel droit ?,

    – médiatisation de l’arrivée d’immigrés : là on va du sordide à l’humanitaire mais ça reste choquant et clivant,

    – discours nationalistes anti UE dans presque tous les pays,

    – commission se permettant de rappeler la Pologne à l’ordre : de quel droit  ?

    – Merkel négociant seule avec la Turquie,

    Tous ces petits jalons ont introduit de la défiance et conduit comme les cailloux du petit poucet à la poussée de l’égo anglais qui a éclaté fin juin. De plus, on voit que ce vote révèle bien les sources de l’insatisfaction des populations par l’agrégation à un trop haut niveau de l’avis des électeurs. Les gallois, l’Ulster, les écossais et Londres ont voté in, alors que l’Angleterre a voté out et l’a emporté par le nombre. Du coup les Ecossais se retrouvent dans la position de se séparer du RU et de revenir dans le marché commun. Les Londoniens veulent refaire voter. Personne n’est content. Un des enseignements du vote c’est qu’il aurait fallu que Galles, Ulster, Ecosse et Londres restent dans le marché commun et que les Anglais sortent. Clairement l’Europe est une superstructure qui marche sur les populations.

    Du coup le constat qui se fait jour c’est non pas qu’il faut renforcer l’intégration européenne, mais au contraire qu’il faut morceler l’Europe pour donner du pouvoir à des structures plus petites dans lesquelles les individus se sentent moins loin des élus et du pouvoir. Ensuite, la mise en musique de ces petites entités pour se mettre d’accord sur des projets communs est du niveau de la mise en réseau. Et là le business des entreprises du net a déjà montré qu’ils savaient très bien le faire, alors pourquoi pas nous.

    Michel Costadau

  • English vote

    English vote

    Y a plein de votes en ce moment et, dans le tas, j’en trouve deux qui ont retenu mon attention. Celui en Suisse sur le revenu de base et celui au RU sur moins d’Europe. Bien que les résultats ne fassent aucun doute et même on le connaît déjà : pour la Suisse c’est non et pour le RU ce sera non aussi parce que tout ce battage sur l’Europe c’est du pipeau de bas étage. Et même si c’était oui, les mesures pour annuler ce vote seraient vite prises. Et donc ce ne sont pas les réponses qui sont intéressantes, mais les questions. Réglons tout de suite le problème britannique. Toute cette manœuvre des Anglais de critiquer l’Europe afin d’obtenir des remises qui les encouragent à rester n’est vraiment pas à l’honneur de nos voisins. Que Bruxelles se soit prêtée au jeu est lamentable, quoique habituel, et que la France se soit tue une fois de plus en dit plus long que tous les beaux discours sur l’hypocrisie des politiques, pas que des nôtres je veux dire. C’est donc un non-évènement qui sera bientôt recouvert par les horreurs du football. Mais honte à ces Cameron, Junker, Hollande pour leur mépris de la population et leur asservissement à la finance. Ce qui m’étonne le plus c’est que personne en France n’ait dénoncé cette supercherie. C’est grave.

    Cela dit la question des Suisses soulève, elle, de bien meilleures réflexions. En gros, est-ce qu’une société peut, parmi tous les droits qu’elle accorde à chaque citoyen, lui attribuer une allocation permanente, conséquente et sans conditions depuis sa naissance jusqu’à son décès. D’un côté on se dit, mais c’est le Pérou. Etre payé juste pour exister ça se refuse pas. D’un autre côté c’est sûr que le système pourrait en profiter pour diminuer les aides existantes, peut-être supprimer le chômage, voire la sécu. De plus, se profile immédiatement la réflexion : mais si on est déjà payé plus personne ne va vouloir travailler. Cela d’ailleurs en dit long sur la motivation des travailleurs, car comme disait, à juste titre, Coluche le travail c’est bien mais le salaire seul ça suffirait. Et donc, à ce moment là, ceux qui toucheraient le revenu de base et en plus un salaire auraient deux rémunérations.

    Alors je me suis rendu compte que cette situation existe déjà, en particulier pour ceux qui touchent une retraite et qui travaillent encore. Retraite de l’armée, de la poste, de l’éducation nationale. On a aussi le même cas avec le travail au noir, qui, en général, s’ajoute à son salaire ou a ses revenus. Et on a aussi ceux qui ont deux emplois, hélas souvent précaires tous les deux.

    Et donc finalement l’idée n’est pas aussi farfelue qu’elle en a l’air, à condition bien sûr que le montant soit correct car il est clair qu’un RSA à 500 € ne permet pas de vivre. Et c’est vraiment le versant le moins reluisant du revenu de base. A savoir que notre société a une bien piètre considération pour ses citoyens si elle pense qu’on peut vivre avec le RSA. Je n’ose plus faire le moindre commentaire là-dessus sans tomber dans une critique exacerbée des politiques. C’est grave.

    Michel Costadau

  • G7

    G7

    Cette photo du G7 ex G8, qu’en d’autres textes nous avons clairement désigné comme le gouvernement mondial, mérite un nouveau détour. D’abord ils sont neuf et ensuite la composition est surprenante.

    • Continent nord américain 2 délégués : US et Canada,
    • Continent sud américain 0 délégué,
    • Continent asiatique 1 délégué : Japon,
    • Continent australien 0 délégué,
    • Continent européen 6 délégués : RU, Allemagne, France, Italie, Commission européenne et Conseil de l’Europe.

    Heureusement que les votes ne se font pas à la majorité parce que sinon l’Europe, à condition qu’ils soient d’accord entre eux, aurait toujours raison à 6 contre 3.

    Alors je me suis demandé : mais d’où ça sort cette composition du G7 ? D’abord je me suis dit que puisque c’était le groupe des pays les plus riches, ça devait avoir un rapport avec le PIB. Pas de bol parce qu’alors il faudrait, au moins, remplacer le Canada et l’Italie par la Chine et l’Inde, et éliminer la Commission et le Conseil européen. Alors c’est peut-être le PIB par habitant, oups là ça devient catastrophique parce que les trois premiers sont le Luxembourg, la Norvège et le Qatar, et il faut attendre le dixième rang pout trouver un membre du G7 à savoir les US. Donc ce ne sont pas franchement les pays les plus riches.

    Alors force est de constater que c’est, comme d’habitude, un arrangement entre amis, un club qui s’est auto-constitué. Il s’est lui même baptisé groupe de réflexion, et a entrepris de consolider son emprise sur le monde. A y regarder de plus près, on voit que cette configuration est propice à l’échange, échange économique je veux dire. Si ça se trouve c’est dans ce club que sont nées les idées de l’OMC, du CETA, du TTIP, du TAFTA.

    Maintenant la réflexion : que des élus se retrouvent entre eux, en tant qu’élus, ne pose aucun problème à partir du moment où ils indiquent clairement que ce sont leurs électeurs qui sont conviés à la réunion et non pas eux en tant que personne. Qu’ils sont les représentants de la population dont ils prennent les avis et à laquelle ils rendent comptent scrupuleusement. C’est par exemple un peu le cas à l’ONU, avec un représentant par pays qui prend en compte les avis de la représentation nationale et pas seulement du délégué.

    Seulement, qui d’entre nous a le moindre sentiment de siéger au G7, d’être représenté au G7, personne. Est-ce que vous avez demandé à aller au G7, moi je ne m’en souviens pas.

    Ce club n’a donc en fait aucune légitimité, c’est vrai que j’aime bien cette notion, et la présence de la France est franchement antidémocratique.

    Le mauvais exemple venant d’en haut, beaucoup d’élus se croient autorisés à donner leur propre point de vue, comme si c’était celui de ceux qu’ils représentent. Combien de fois faudra-t-il répéter que les élus ne sont pas là pour remplacer la population et les électeurs, mais seulement, uniquement, définitivement, pour les représenter, les défendre, les comprendre et leur rendre compte. Mais alors ce n’est pas croyable le boulot qu’il y a pour revenir aux bases de la démocratie. Va falloir s’y mettre sérieusement. Et si on commençait en 2017 ?

    Michel Costadau

  • Taxe

    Taxe

    Cette taxe Tobin sur les transactions financières, c’est bien ou c’est pas bien. La réponse n’est pas drôle mais coule de source. Une taxe sur les transactions financières c’est toujours de la finance. Mince mais alors que dire. C’est mauvais et il ne faut pas chercher à la mettre en place ou c’est quand même un petit progrès qu’on peut essayer d’appliquer. Réfléchissons à ce qui peut se passer si cette taxe entrait en vigueur.

    D’abord les financiers vont immédiatement trouver la parade, puisqu‘il faut bien définir sur quoi, comment et quand cette taxe s’applique et il sera alors facile de trouver comment l’éviter. C’est comme pour les impôts que seuls les benêts comme nous payons. Et donc les transactions financières vont continuer exactement comme avant. Vous allez me dire que le but n’est pas de supprimer les transactions financières mais seulement de produire un peu d’argent public en les taxant. Un peu comme si c’était une taxe morale, n’est ce pas !

    Mais ensuite le produit de cette taxe sera affecté, en théorie, à quelque chose du coté de la bourse ou du même genre. Outre que ce sont encore les mêmes qui en profiterons, rien n’est plus facile que de changer l’affectation d’une taxe, qui comme les radars aurait du servir à entretenir les routes et qui finit par financer le crédit d’impôt entreprise. Et nous nous retrouverons donc avec les politiques ayant crée une ressource de plus pour financer, toujours sans le moindre contrôle, leurs dépenses.

    Enfin comme ce sont les banques qui font le gros des transactions financières, elles répercuterons sur leurs clients les éventuels surcouts liés à cette taxe et c’est donc encore nous qui allons payer. Et en plus en croyant bien faire.

    De plus cette idée de taxe est d’une manière générale un bien mauvais concept. Quand vous donnez un service ou de l’argent à une association vous n’avez pas le sentiment de payer une taxe. Alors que quand vous payez des impôts, et tout le monde en paye ne serais ce que la tva, vous avez le sentiment d’être taxé et non d’aider une cause ou de participer à un service public.

    Deux idées fortes  se dégagent de ces réflexions :

    -d’une part il y en a marre que les politiques aient le droit de dépenser l’argent des autres sans contrôle et dans le seul but d’être réélu. On croit toujours que l’argent des autres ne nous coute rien, mais c’est faux. Tous les financements publics doivent comporter une partie de contribution choisie par la population. Par exemple si les habitants de Castres veulent une autoroute c’est avec l’argent des autres, alors que s’ils devaient payer pour construire l’autoroute, ça ne ferait peut être pas la même musique. Idem pour ce référendum sur NDDL, si la question était : êtres vous prêt à payer la construction d’un nouvel aéroport, on aurait une musique bretonne un peu différente.

    -d’autre part pour mettre en œuvre le principe ci-dessus, le contribuable doit pouvoir indiquer ses préférences pour l’affectation au budget de sa participation. Par exemple 50% pour l’éducation et rien pour l’armée. Evidemment il faut que derrière la mécanique suive et là tout le monde sera d’accord pour éviter de faire confiance aux politique pour cela. Mais alors quand est ce qu’on fait le ménage ?

    Michel Costadau

  • Rio

    Je ne vous apprends rien en disant que les politiques sont des gens dangereux, mais ça va aussi bien avec des exemples. On va parler de Rio, pas le Rio des brésiliens, non celui des sahraouis, le Rio del Oro. Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, occupé depuis 20 ans par le Maroc, mérite un  détour par la politique française. En effet, l’occupation marocaine, comme celle israélienne de la Palestine, n’est pas reconnue par l’ONU qui y a d’ailleurs envoyé une mission d’interposition, hélas vidée de son action puisque le Maroc grand pays démocratique a expulsé tous les fonctionnaires onusiens. Lamentable mais classique, cependant mon propos n’est pas là.

    Car figurez-vous qu’ il y a un groupe des amis du Sahara occidental –Espagne, France, Royaume Unis et Russie. L’Espagne parce que c’est leur ancienne colonie, la France parce que l’Algérie, ancienne colonie, est en guerre avec le Maroc ancienne colonie, le Royaume Uni on ne sait pas pourquoi, et la Russie parce qu’ils soutiennent beaucoup de mouvements de libération. C’est donc ce groupe qui discute avec le  Maroc pour s’efforcer de faire accepter et appliquer les résolutions de l’ONU. On va dire que c’est bien d’aider à faire appliquer les décisions de l’ONU. C’est même rare, puisque, d’une manière générale, l’ONU prend des résolutions qui ne sont jamais appliquées. Dans le cas précis du Rio del Oro, la mission de l’ONU se discute chaque année mais n’arrive pas à progresser à cause de la pression marocaine relayée activement par la France qui use de son droit de veto pour protéger Rabat en empêchant depuis vingt ans la tenue du référendum promis aux populations locales.

    Et nous voilà donc avec les politiques français présentant deux visages : l’un, le soutien des sahraouis avec le groupe des amis en promettant le référendum, et l’autre, le soutien du Maroc avec le droit de veto pour empêcher le référendum. Tout autre que mon père aurait perdu la tête, parce que du coup c’est quoi la voix de la France, l’action de la France, la position de la France, la grandeur de la France.

    Ne cherchez pas à trouver une raison diplomatique à cette pagaille, car il y a une seule réponse. Les politiques n’ont ni vision, ni parole, ni action. Ils ne cherchent qu’à rester au pouvoir c’est tout. Bien sur, vous l’éprouverez sur l’heure, ça ne mène à rien. Et donc je confirme que les politiques sont des gens dangereux, sans foi ni loi, car s’ils prennent une mesure pour satisfaire une partie de la population, ils prennent aussi la mesure contraire pour annuler l’effet de la première. Pour illustrer cette incurie un excellent exemple est le tabac. Fumer est interdit dans l’espace public et pourtant il y a autant de cancers du poumon. Et tout le monde est content. Le business du tabac se porte bien, les lobbies médicaux ont de quoi s’occuper et la population est ravie qu’une bonne mesure ait été prise. Tout le monde sauf les malades bien sûr mais, quand même, ils ont le plaisir d’être soignés.  Est-ce que je vous ai déjà dit qu’il faut arrêter de voter et remettre les choses à plat ? Il me semble que oui.

    Michel Costadau

  • Lesbos

    Lesbos

    Ca ne va pas être un super billet, mais je m’amuse en l’écrivant et c’est déjà pas mal. Oui on va parler du pape. Je sais ce n’est pas intéressant mais le pape, il se trouve qu’il a été en Grèce, enfin plus exactement à Lesbos. Lesbos c’est l’île des homosexuels et des lesbiennes, comme son nom l’indique. Et la Grèce antique, c’est le pays de la pédophilie qui était alors socialement admise. Alors, voir qu’un célibataire, dont l’organisation est en proie à des attaques sur la pédophilie, aille à Lesbos moi franchement ça me fait marrer. S’il avait voulu donner l’image que son organisation est basée sur la pédophilie, il n’aurait pas pu trouver mieux. Il y a plein d’îles en Grèce qui sont tout près de la Turquie, comme Samos ou Chios ou Rhodes par exemple, alors je ne comprends pas bien ce choix. En plus, il ramène dans ses bagages des réfugiés syriens pour les installer chez lui dans ses Etats personnels. Deuxième image dont le sens m’échappe encore plus. Soit il veut donner un exemple de charité, ce truc dont les cathos sont fanas après les massacres, mais alors c’est assez mal venu puisque on suppose que ce n’est pas lui perso qui va s’occuper des pauvres immigrés ; il va plutôt les confier au service ad hoc de son organisation et donc c’est plutôt raté. Soit il veut montrer l’exemple, ça aussi les cathos ils adorent et demander à chaque Européen de ramener des Syriens chez eux. Mais dans le genre c’est craignos, parce que les immigrés musulmans justement les Européens sont pas très chaud. Disons quelques uns pour faire la main d’œuvre à bon marché et augmenter la natalité, c’est ok, mais douze par famille catho il me semble que ça fait trop. Comme message c’est vrai que ça devient confus et je ne trouve aucune explication à ce déplacement.

    Alors, est-ce que ce ne serait pas une simple opération de communication, ce qui serait tout à fait logique, puisque c’est exactement ce qu’attendent les médias en ce moment. Les migrants sont à la une : photos, images et sons, et c’est le moment de faire son petit numéro sur le sujet, comme l’ont fait tous les politiques. Là où ça continue à m’échapper un peu c’est que c’est une affaire interne à l’Europe cette question de Syriens, mais, comme chacun sait, le public du Vatican n’est plus en Europe mais dans les autres continents surtout Afrique et Amérique. Disons en tout cas que les Européens sont un tout petit peu éduqués sur le sujet et donc arrivent à se dépêtrer des messages du Vatican. Ce qui me fait penser que ça doit être un coup de com c’est que Mélenchon a bondi sur l’occasion pour féliciter le pape. On voit bien là que tous ces has been du paysage politique se raccrochent à toutes les branches qui passent, et les médias leur filent un coup de main bien sûr.

    Quant à ceux qui auraient l’idée que le Vatican veut aider à ramener la paix en Syrie, disons que même en rêve ça ne tient pas la route. Quand depuis des siècles on trouve son business dans la misère et l’ignorance, la moindre des choses c’est d’être dubitatif. Quand on encourage voire soutient clairement toutes les tendances fascistes des sociétés : mariage, avortement, répression, morale, esclavage, colonisation, exploitation, conversion, on a du mal à croire qu’il y aurait du changement. Si le pape voulait rompre avec ses traditions ultraconservatrices il pourrait ne serait-ce que se mettre en civil, ça coûte pas cher, où alors plus sérieusement mener un combat pour le logement, par exemple ou purger ses écoles des jésuites, ou laisser tomber ses diplomates et ses banquiers. Les idées ne manquent pas certes, mais c’est nous qui les avons, ce n’est pas lui.

    Alors je retiens l’idée que c’est purement de la com. La com ça sert à ça : faire croire que ça change tout en ne changeant rien, c’est comme ça qu’on écrit l’histoire.

    Michel Costadau

  • Distorsion de concurrence

    Distorsion de concurrence

    Je cite directement la Rédaction Pleinchamp : Les arboriculteurs sont inquiets et il y a de quoi ! Ces derniers voient dangereusement approcher la période de traitement des cerisiers au diméthoate, insecticide utilisé pour lutter contre la mouche Drosophila Suzukii. Mais cette année ils ne pourront pas lutter contre ce ravageur particulièrement virulent, car ce produit, a été retiré du marché français par l’Anses, en raison des risques pour la santé des consommateurs et des agriculteurs. 

    Le problème : cet insecticide a été interdit en France mais pas en Europe… Les arboriculteurs français qui vont voir leur coût de production grimper en flèche, ont manifesté vendredi dernier à Avignon, pour dénoncer une « distorsion de concurrence. » Stéphane Le Foll est bien conscient du problème. Il a demandé à la Commission européenne d’activer les mesures d’urgence pour, d’une part, interdire immédiatement le diméthoate dans toute l’Europe, d’autre part, bloquer la mise sur le marché de cerises provenant de pays où l’insecticide est autorisé. Maintenant, la Commission doit se prononcer dans un délai de 7 jours, faute de quoi, la France « déclenchera une clause de sauvegarde nationale. » 

    Voilà donc encore une belle illustration des dangers que nous font courir nos politiques. Décomposons les choses.

    • L’Anses interdit un produit dangereux : rien à dire c’est la moindre des choses. D’autres pays ne le font pas : ça c’est pas clean mais ça veut dire que les lobbies y sont encore puissants. Néanmoins ces pays ont le droit de le faire.
    • Les arboriculteurs français vont voir leur coûts de production grimper en flèche: ça c’est de l’intox parce que, soit il existe d’autres traitements et même s’ils sont plus chers ça n’est pas le double, soit la quantité récoltée va diminuer en échange d’une augmentation de la qualité, ce qui est plutôt une diminution du chiffre d’affaires et des frais de production, donc le contraire d’une augmentation des frais de production. En plus, l’augmentation de la qualité peut se répercuter sur le prix. Le cas où le verger est en situation de ne rien récolter se couvre avec les assurances prévues par la PAC à cet effet. Donc, pas de croissance en flèche des prix de production ou alors il faudrait réclamer aux arboriculteurs le sur-bénéfice qu’ils ont fait dans la période où le produit était reconnu toxique mais pas encore interdit. Qui plus est, si le produit est autorisé dans certains pays, ou même s’il est interdit en Europe, beaucoup se contenteront d’aller l’acheter ailleurs et de le passer discrètement sans rien dire. Il faut rappeler, par exemple, que la Suisse n’est pas dans l’Europe.
    • Les arboriculteurs dénoncent une « distorsion de concurrence» : c’est là que ça devient honteux et malsain. Ca revient à dire que ceux qui empoisonnent la planète ont un avantage par rapport aux autres, c’est donc la porte ouverte aux produits toxiques. Pour bien comprendre l’hypocrisie qu’il y a là-dessous, imaginez que les Français parlent de distorsion de concurrence parce que le smig est deux fois moins élevé en Espagne ou en Grèce. Pourquoi ne pas imaginer alors un élève qui dirait à son prof qu’il y a distorsion de concurrence parce que certains élèves de sa classe ont de meilleurs résultats que lui. Clairement, dans le cas des cerisiers, il y a un appel implicite à polluer pour être compétitif. Qui va porter plainte contre ce gouvernement pour appel à polluer. Qui ?
    • Enfin arrive la menace de déclenchement d’une clause de sauvegarde nationale, qui est tout simplement la mise en place d’une barrière douanière, mais sans remettre en cause la pollution bien sûr. Mais vous savez tout se négocie dans le business, alors la vente d’armes contre l’importation de cerises ça pourrait arriver. Beurk. Mais qui empêchera ces gens-là de nuire ? Qui ? Et pendant ce temps là Hollande est en Egypte.

    Bonne nuit

    Michel Costadau

  • Ukraine

    Ukraine

    Aïe, aïe, aïe, cette fois ça y est on s’y colle, on va « attaquer » l’Ukraine. Il semble que pour beaucoup d’entre vous le sujet soit compliqué et chaud à la fois, et donc on me demande ce que j’en pense. Tout en essayant de coller à la réalité nous allons donc porter notre réflexion sur trois points : la situation de la Crimée, la problématique de l’Europe et ce que cherche la Russie. Nous établirons ainsi que le rattachement de la Crimée est, d’abord, un retour à la normale, que l’Europe a perdu l’Ukraine, et que la Russie défend correctement ses intérêts. On comprendra aussi, à demi-mot, que paradoxalement, la Russie et UE/US ont un souci commun d’éviter que l’Ukraine ne se désagrège dans les conflits de ses seigneurs de la guerre.

    Commençons par le plus simple i.e. la Crimée. Disons d’emblée que la Crimée c’est l’Alsace-Lorraine de la Russie. C’est-à-dire qu’elle est russe depuis plus de 200 ans. Mais au début du XXe siècle, et surtout dans le cadre de l’URSS, l’Ukraine a émergé comme pays et, dans les années 50, on lui a donné la Crimée en pensant (ce qui est n’est pas forcement une erreur) que l’osmose entre Ukraine et Russie serait éternelle. Ensuite, la Crimée c’est Sébastopol (base Russe en mer Noire), c’est aussi Yalta, et les liens avec la Russie ne sont donc pas qu’historiques mais aussi militaires, enfin quand il est devenu évident que l’occident voulait en découdre avec la Russie en Ukraine, la Russie a récupéré la Crimée peut-être à titre conservatoire (c’est-à-dire, comme monnaie d’échange en attendant la suite), ce qui n’empêche pas la population de Crimée, de se sentir russe, et de ne plus vouloir retourner avec l’Ukraine (sondage).

    Notons, en passant, une jolie illustration que le but des médias occidentaux n’est pas de dire des choses sensées, mais de trouver un biais pour accréditer la dangerosité de Moscou. Voilà, une interview de Poutine (à prendre avec les précautions habituelles quand même) vient d’être diffusée, dans laquelle il explique qu’au moment de la récupération de la Crimée, il n’était pas sûr que les Américains n’en profitent pas pour déclencher des hostilités en mer Noire contre la Russie (cas très peu probable néanmoins). Aussi la Russie aurait-elle déployé, en Crimée, une dissuasion (ogives nucléaires), en disant aux Américains n’allez pas trop loin, et ça a marché (c’est-à-dire qu’il n’y a pas eu de guerre). Mais la transcription qu’en font maintenant  les médias français c’est de dire qu’en Crimée, la Russie était prête à tout, y compris à l’option nucléaire (Le Monde), sous-entendu à faire une guerre nucléaire en Crimée. Or c’est exactement le contraire de ce que dit l’interview, puisque le principe de la dissuasion (si j’ai bien compris ce qu’on nous dit sur les sous-marins et les bombes atomiques françaises), ce n’est pas de chercher les hostilités mais de les empêcher. En plus, ça parait complètement idiot de vouloir déclencher une guerre nucléaire sur son propre territoire. Donc, la Crimée est russe, ce qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être. Par conséquent rien ne justifie l’embargo que les US et l’UE imposent à la péninsule, comme si les populations devaient payer pour avoir fait un mauvais choix. Encore un point, la Russie a organisée en Crimée un référendum sur l’annexion, avec un résultat positif à l’africaine. Bien sur cela a été en partie fabriqué et ce résultat n’a pas été accepté par les occidentaux, qui n’ont malheureusement pas demandé l’organisation d’un nouveau scrutin, probablement parce que le résultat aurait été encore plus favorable au rattachement. Néanmoins, bien sûr, il faut se méfier de toutes ces formes dites d’autodétermination, car on ne gouverne pas avec des sondages.

    Maintenant, la problématique de l’Europe. Pour décoder ce qui suit, deux regards doivent être précisés, l’un sur l’Europe, l’autre sur la Russie. Pour l’Europe, il faut bien voir que l’UE, loin d’être un bon nounours faisant le bonheur de ses petits Etats est plutôt une machine de guerre capitaliste. Cela a été expliqué en détail dans un texte précédent. Rappelons au moins qu’il y a eu, depuis son origine, une complète dérive de l’Europe d’un marché commun vers un super contrôleur au service du business. D’ailleurs, le présent texte va en profiter pour rajouter des éléments à cette réalité. Pour la Russie, il faut prendre en compte qu’elle n’est pas tellement le dragon belliqueux et tyrannique qu’inventent les Occidentaux, mais plutôt un pays qui cherche à se faire une nouvelle place dans le monde en essayant de ne pas passer sous les fourches caudines de la finance internationale (c’est à dire de Washington).

    Restons sur l’Europe. En fait, pour comprendre les agissements de Bruxelles il faut regarder quelles sont les frontières de l’UE. Il n’y en a que deux : l’Ukraine et la Turquie. On ne compte pas la Suisse qui est une plaque tournante financière de l’UE, mais qu’on se garde bien de mettre dans l’UE, la Norvège qui ne débouche sur rien, et les Balkans qui ont été contournés par Bruxelles et laissés de côté (trop indépendants (et ils l’ont payé cher) et trop pauvres) qui ne sont pas des frontières. Tout le reste est déjà tombé dans l’escarcelle. La plus importante des frontières est la Turquie car elle donne accès au Caucase et au Moyen-Orient. La jonction avec l’Etat voyou d’Israël serait un énorme plus pour l’UE car c’est un pays non seulement impérialiste mais, en plus, encore colonialiste sur son propre territoire. L’Ukraine qui ne donne que sur la Russie et la Biélorussie est moins importante.

    Néanmoins, l’Ukraine est un terrain d’affrontement très intéressant pout l’occident, car il y a du business à faire, d’abord dans l’agricole, mais aussi dans l’industriel, avec des opportunités dans les minerais et leur transformation, mais surtout parce que ça touche directement les intérêts de la Russie. Cependant, contrairement à ce que tout le monde pense, l’Ukraine n’est pas candidate à l’UE, et a beaucoup de problèmes à régler avant d’envisager cela. Il faut dire aussi que tous les pays sont maintenant un peu vacciné par l’exemple grec.

    D’ailleurs, l’histoire de l’Ukraine est assez douloureuse, car elle a toujours été (c’est à dire depuis 1000 ans) un pays entre deux, dont la « plus ou moins » unification est toute récente (100 ans mais surtout 50 ans). Après la fin de l’URSS, l’Ukraine est restée dans le giron russe, ce qui s’est traduit par la mainmise des oligarques et des mafias sur la vie publique. En 2000, la situation a changé en Russie mais pas en Ukraine. C’est donc un pays avec assez peu d’Etat (quand le parlement vote une loi et qu’elle est appliquée, c’est ça l’Etat). Par contre, il y a beaucoup de despotes locaux (on dit aussi bienfaiteurs) qui, moyennant la bonne marche de leur propres affaires, donnent de l’argent pour le fonctionnement des services publics (souvent via des députés) qui sont du coup en partie privés. Pour vous mettre dans l’ambiance, tout en vous régalant de bonne littérature, n’hésitez pas à lire A. Kourkov (Laitier de nuit et autres).

    Nous en arrivons donc au moment où l’UE a proposé (sans que nous n’ayons jamais été consultés, bien sûr) un contrat de collaboration à l’Ukraine. Le gouvernement ukrainien d’alors a dit non et il s’en est suivi une nième révolution orange connue sous le nom de « Maïdan » (plus tard on développera sur ces dites « révolutions orange », rigolez pas c’est un peu comme les bonnets rouge ou les milices FNSEA chez nous). Clairement, le mouvement d’alors a été un mouvement populaire même si extrêmement violent tant dans l’action que dans la répression. Il faut noter cependant que ce mouvement a été l’occasion d’une crise de régime dans laquelle le pouvoir en place a cédé à la rue avec l’arrivée de nouveaux politiciens appuyés par des milices. On doit noter cela parce que la Russie en a tiré un immense parti en qualifiant le nouveau régime d’usurpateur et en donnant au Donbass une légitimité basée sur la fidélité aux institutions et à ses représentants. Ensuite il y a eu des élections et, oh surprise, les oligarques ont gardé le pouvoir (évidemment c’est pas une surprise, quand on a compris que ce sont les oligarques qui font tourner la machine, via le contrôle d’un grand nombre de députés). A cette occasion, la pression occidentale a été un frein terrible à une solution directement fédérale, comme le souhaitait la Russie et un bonne partie des Ukrainiens, pour préférer prolonger l’affrontement. C’est peu de dire que les électeurs ont été trahis, mais, l’habitude aidant, ils se sont résignés (comme chez nous). Sans trop s’écarter de la réalité, on peut dire que ces élections ont été pour un bonne part anti Russie (ce qui en Ukraine n’est pas pareil qu’anti Russe). Cependant ce vote « national » n’a pas eu lieu partout, en particulier dans la zone minière (extrême est) du pays. Là, c’est un vote de fidélité au gouvernement renversé qui a eu lieu. La République autoproclamée du Donbass est née, dans ce coin-là et à ce moment-là avec un vote de partition plus ou moins légal. Ce territoire est plus petit que la moitié de la Belgique (je veux dire que c’est minuscule) et ne touche à rien sauf à la Russie et à l’Ukraine. Avant de continuer une petite devinette pour la détente : quand une action (en bourse) perd 1% et que le lendemain elle regagne 1%, au résultat elle est stable, en hausse ou en baisse?

    Le souhait de Bruxelles est certainement d’essayer, un jour, de joindre l’Ukraine à l’UE. Si l’on se place du point de vue idyllique de l’Europe modèle de la démocratie mondiale (mais ne demandez pas aux Irakiens ce qu’ils en pensent!), il y a évidemment une logique à cette attitude et une partie de la population ukrainienne est sensible à cette vision. Seulement, comme déjà expliqué, l’Europe est tout le contraire d’un modèle de démocratie, en particulier parce que ce sont des non élus technocrates qui ont le pouvoir et que seul le développement de l’argent est en jeu. Dans ces conditions, la résistance de la Russie a elle aussi un caractère démocratique puisqu’elle révèle le vrai visage de l’Europe. On y reviendra.

    Continuons sur la problématique de l’Europe, vous vous souvenez peut-être de la définition de l’impérialisme, dans laquelle il y avait trois points dont « la fuite en avant (toujours plus d’activités, le problèmes se résoudront d’eux-mêmes) ». Et bien c’est ça la problématique de l’Europe : la fuite en avant et donc TAFTA, CETA, Ukraine, Turquie….Si l’Europe d’un seul coup s’arrêtait à un périmètre donné, ce serait la faillite assurée puisqu’il n’y aurait plus rien pour masquer les incongruités de son fonctionnement. C’est donc, aussi, à ce titre-là que l’Ukraine est intéressante. Seulement il ne faudrait pas qu’il arrive à l’Europe ce qui est arrivé à l’OMC, à savoir qu’à force de rallier des pays, ceux qui y sont n’ont plus aucune avantage à y rester. Cette fuite en avant, suicidaire, de l’UE devrait être stoppée le plus rapidement possible, et c’est ce que nous essayons de faire comprendre dans nos textes. L’Europe, si elle voulait continuer, devrait maintenant mettre un peu de démocratie dans son fonctionnement et s’attaquer aux problèmes structurels (chômage de masse, massacres environnementaux, destruction des services publics, ouverture des frontières…). Si elle ne fait pas ça, des pays vont commencer à la quitter. C’est d’ailleurs le scénario le plus probable, avec des départs volontaires ou non, car, on en est à peu près comme au Moyen Age quand les féodaux bloquaient toute possibilités d’évolution de la société. On reprend. Regardons maintenant ce que représente cette république autoproclamée du Donbass. Certes les russophones y sont majoritaires, mais ils sont majoritaires aussi dans d’autres régions d’Ukraine, ensuite, comme on l’a dit, c’est petit, bien qu’il y ait quand même pas mal d’habitants, mais ce n’est pas très riche. En plus ils ont parfois un peu turbulents (vol Malaysia Airlines ?), en particulier dans l’ardeur au combat. Mais alors qu’est-ce que la Russie peut bien vouloir chercher avec ce petit territoire ?

    Et donc nous attaquons notre troisième partie : que veut la Russie. Pour commencer on va perdre un peu de temps avec les niaiseries que les médias ont le plus de plaisir à colporter. La principale est que la Russie voudrait avaler l’Ukraine et que son bellicisme ne se limite pas à ça, mais qu’elle veut, nous disent ils, envahir l’Europe pour refaire les frontières de l’ex-URSS avec un rideau de fer, dont on ne sait pas encore où il va passer mais c’est, assurément, ce que voudrait Moscou. Bon, c’est assez surprenant que les mêmes gens qui ont dit pendant des années tout le mal possible de l’URSS, qui n’ont cessé de critiquer le communisme, et ont cherché à lui nuire de toutes les manières possibles, soient maintenant assez hypocrites pour en faire un eldorado ayant laissé un souvenir idyllique aux populations et que voudraient reconstituer leurs dirigeants. C’est surprenant, mais c’est la déformation de la réalité à laquelle voudraient nous faire croire les occidentaux. Il est vrai que les Russes en particulier n’ont pas un si mauvais souvenir que ça de l’URSS, par contre les Russes et les Ukrainiens aussi ont très mal vécu la chute du régime soviétique et son cortège de misère avec l’arrivée des pilleurs et des profiteurs et une quasi- disparition de l’Etat (Eltsine). Ils ont donc maintenant une dévotion pour ceux qui ont stoppé les oligarques et reconstitué l’Etat (Poutine). Pour être clair, la nostalgie de l’URSS est du même ordre que le regret des Français pour une époque (pas si lointaine) où il y avait du travail pour tout le monde. Et on continue. On l’a un peu esquissé tout à l’heure, mais l’Ukraine a loupé sa reprise en main des oligarques. Cela tient à plusieurs raisons, dont, comme on l’a dit, la faiblesse de l’Etat, la corruption de la classe politique, mais aussi l’influence négative de l’Europe et de la Russie. L’Europe parce qu’il lui faut des interlocuteurs pour vanter le mirage du rapprochement avec l’Ouest, même s’ils sont corrompus et la Russie parce qu’elle ne tient pas spécialement à voir un pouvoir fort à Kiev et qu’elle préfère traiter avec les oligarques qu’avec des technocrates, rompus aux affaires économiques, mais sans réel pouvoir de terrain. Une autre fadaise des médias, c’est que, dans la période de la chute de l’URSS, on aurait humilié la Russie et qu’elle chercherait maintenant à utiliser la force en Ukraine pour se venger de cet affront. Que l’Occident ait fait de nombreuses erreurs avec la Russie, c’est sûr. Une des dernières en date étant l’absence des dirigeants européens aux jeux de Sotchi, alors que tout le monde avait été à Pékin, qui, si le mot a encore un sens n’est pas du tout une démocratie puisque il n’y a même pas d’élections de représentants du peuple. Dans le même esprit, une autre dérive dans laquelle voudraient nous entraîner les médias c’est de considérer la Russie comme un puissance impérialiste mondiale au même titre que les US, alors que Moscou a seulement une politique de puissance régionale (la France aussi est une puissance régionale qui manœuvre surtout en Afrique). Face à ces tentatives, la Russie n’a pas de sentiment d’humiliation (d’une manière générale la Russie n’a pas beaucoup de sentiments), mais les considère seulement pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des erreurs politiques et diplomatiques. Ces erreurs lui donnant au contraire un avantage tactique dans les évènements qui la concernent. Par exemple, en Syrie, ou Moscou se considère impliqué en tant que puissance régionale (la Russie est à 600 km de la Syrie), elle a facilement empêché les occidentaux de déclarer la guerre à Damas, en proposant ce stratagème des armes chimiques. Elle a donc remporté là, non seulement une victoire diplomatique, mais elle a aussi permis de mesurer l’incompétence de notre pauvre président français qui a dit ne plus reconnaître le régime de Damas mais celui des exilés du CNS qui ne représentent rien (et qui je crois n’existent même plus). On peut même dire que l’attitude totalement démagogique de la France a fait le lit des combattants islamiques qui aujourd’hui sont ceux qui luttent contre Damas et que l’on combat quand même, parce que tant qu’à manger son chapeau autant qu’il ait des plumes, ça gratte un peu plus (et ça fait attentats chez nous).

    Donc, si la Russie ne cherche pas à envahir l’Ukraine, ne se sent pas humiliée et n’est pas une puissance impérialiste mondiale, alors pourquoi soutient-elle le Donbass. L’explication c’est que Moscou a pas mal de cartes (pétrole, armement) en Ukraine et souhaite continuer à pouvoir peser sur toutes les solutions qui seront envisagées à Kiev. Expliquons un peu. On est vraiment dans de la diplomatie et, si vous ne le saviez pas, la diplomatie ce n’est pas que des pots pris entre copains dans un hôtel de Genève c’est aussi les guerres. Donc, pourquoi Moscou veut-elle des cartes en Ukraine, eh bien parce qu’en tant que puissance régionale (Kiev est à 800 km de Moscou), elle n’envisage pas de voir l’OTAN c’est-à-dire les armes américaines s’installer en Ukraine. Elle ne veut pas non plus voir Bruxelles faire appliquer ses directives et ses traités en Ukraine (et en plus là on serait assez d’accord avec Moscou). Pour éviter cela, et pour prendre en compte les diverses tendances ukrainiennes, la Russie a quelques idées, dont principalement fédéraliser l’Ukraine, c’est à dire donner une certaine liberté à chaque région de façon à ce que, globalement, l’Ukraine ne tombe pas dans le giron européo/américain. Clairement, la Russie souhaite une solution durable en Ukraine et s’assure en aidant le Donbass qu’au moins une des régions entrera dans son jeu. L’Europe, dans sa démarche expansionniste, ne se satisfait pas trop de ces positions et cherche donc encore et toujours à considérer la Russie comme une nation avec laquelle on ne peut pas traiter, ce qui est une grosse erreur de plus, et son choix d’imposer des sanctions au mauvais élève russe relève plus d’une perversion parentale que d’une diplomatie sérieuse. Or il se trouve que Moscou sort volontiers les armes quand on ne veut pas traiter avec lui. Ceci explique donc cela. Mais, heureusement, il y a un frein, car ni Bruxelles ni Washington ne souhaitent avoir un nouvel Afghanistan en Ukraine. Et Moscou encore moins. C’est pour cela que l’on a le sentiment bizarre qu’il y a un conflit, mais qu’on ne sait pas très bien de qui contre qui.

    Mais, allez vous me dire, on ne se demande pas ce que veulent vraiment les Ukrainiens. C’est facile mais je répondrai quand vous m’aurez dit ce que veulent les Français. Visiblement, les Français ne savent pas trop ce qu’ils veulent, mais à supposer qu’ils veuillent quelque chose et bien les Ukrainiens veulent exactement la même chose. C’est une réponse un peu cotonneuse mais je pense qu’elle est très près de la réalité. Alors il faut la prendre comme ça.

    Pour terminer, on peut se poser la question de comment peut évoluer l’Ukraine. Comme je ne suis pas devin, on va simplement indiquer quelques pistes. La première c’est que cela dépend un peu de l’évolution de la Grèce. A savoir que si la Grèce arrive à se sortir, correctement, du carcan de Bruxelles, cela donnera un peu d’espace à l’Ukraine pour négocier une aide européenne sans conditions inacceptables pour elle et pour la Russie. Dans le cas contraire, l’Ukraine aura du mal à se rapprocher de l’Europe. Une autre piste est qu’effectivement un fédéralisme se mette en place, ce qui permettrait alors de reprendre des échanges positifs avec la Russie mais aussi avec l’Europe, ce qui a toujours été la situation de l’Ukraine. Dans le cas contraire, la guerre de position va continuer et la Russie poussera pour qu’un régime plus favorable s’installe à Kiev. Evidemment une autre piste serait une partition de l’Ukraine avec le Dniepr comme frontière et Kiev comme capitale commune, avec un pays ouest tourné vers l’occident et un pays est tourné vers la Russie. Ça c’est de la haute voltige, mais c’est vrai que ça résoudrait quelques problèmes.

    Michel Costadau