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Maintenant revenons à nos moutons.

Je viens de lire un article d’Arnaud Leparmentier dans Le Monde du 12 mai 2026 « Le ‘New Deal’ des gourous de l’IA » qui me sert de déclencheur pour le présent billet.

Les gourous américains de l’IA, c’est-à-dire les sociétés commercialisant des agents IA, sont persuadés d’une chose c’est que leur fortune ne va pas se maintenir sans qu’ils fassent beaucoup de manœuvres pour continuer à s’imposer. Ils alimentent, donc, régulièrement, une grande opération de communication marketing avec de nouveaux concepts.

Pour commencer ils habillent leur propos d’un aspect presque humble et réaliste. Oui la peur et l’anxiété suscitée par l’IA sont justifiés et compréhensibles. Oui nous assistons à une profonde transformation de la société du même ordre que l’arrivée de l’électricité. Oui nous attendons des réponses de la société à ces ressentis et nous sommes prêts à les accompagner.

Ensuite ils orientent la peur de l’IA vers la suppression d’emplois en prédisant que la multiplication des robots va supprimer des millions de postes. Cette peur est instrumentalisée dans des enquêtes ou 30% des salariés craignent pour leur situation. C’est évidemment énorme et donc bien relayé par les médias. Mais ils ont des solutions.

En effet dans le même temps ils indiquent que la robotisation va enrichir énormément les entreprises c’est à dire les actionnaires, principalement ceux de l’IA.

Et donc ils sont prêts à évoquer une taxation du capital afin de créer une manne qui serait redistribuée aux américains. Un prélèvement en actions alimenterait une caisse de redistribution à tous les américains, d’une espèce de revenu universel annuel dont ils feraient ce qu’ils veulent. C’est une nouvelle version du ruissellement thèse favorite des milliardaires. En gros laissez nous nous enrichir ça profitera à tout le monde.

Hypocritement ils sont convaincus que ce n’est pas l’IA qui viendra, naturellement, en aide aux plus démunis et qu’une action politique est nécessaire. Ils la demandent et donnent des pistes.

Entre autres, réduction de la semaine de travail voire même disparition du travail puisque la croissance va exploser et le travail humain va devenir plus rare et moins lucratif. Heureusement la taxation du capital et des robots génèrera des revenus capables de faire vivre et s’épanouir les américains.

Là nous sommes au cœur du problème car le profit des actionnaires est depuis le début basé sur le salarié qui d’une part génère la plus-value par son travail et d’autre part consomme son salaire dans les biens qu’il a produit.

Certes le robot consomme et les data centers explosent la consommation d’électricité, mais les robots n’achètent pas de voitures ni ne payent des impôts sur le revenu.

C’est alors qu’ils suggèrent de taxer les robots sur la base du travail équivalent humain qu’ils fournissent. C’est un peu idyllique mais ils n’ont pas peur de proposer des choses infaisables. Ce qu’ils veulent marteler c’est que cette croissance est une chance car cette croissance sera déflationniste non par augmentation des revenus mais par effondrement des coûts, ce qui entrainera mécaniquement l’augmentation du pouvoir d’achat.

Par exemple une maison pourrait être construite à bas coûts par des robots et de l’énergie solaire fournie sur place. Et la redistribution de la manne capitaliste donnera aux gens les moyens de construire autant de maisons qu’ils veulent. Bonjour l’artificialisation.

C’est aussi une chance parce la multiplication des robots dopés à l’IA va profondément modifier les besoins en travailleurs des entreprises en élevant le niveau de compétence.

Ils font même un petit détour par la démocratie en indiquant que l’absence de croissance incite les électeurs à chercher à s’approprier par leur vote des ressources financières et encourage donc les politiques inflationnistes. Vive la croissance.

Enfin ils font émerger leur objectif principal qui est le droit à l’IA. Ils souhaitent que tous les américains soient raccordés à l’IA comme à l’eau, l’électricité ou internet. De même que les pétroliers ont lancés le droit à la voiture, ils veulent pérenniser la consommation d’IA comme un droit acquis. D’où la multiplication des data centers et des liaisons numériques.

Ainsi la boucle est bouclée et leur fortune est assurée.

Certes quelque voix politiques se font entendre pour demander un moratoire sur les data centers ou s’inquiètent de l’augmentation de fortune des milliardaires risquant si ce n’est déjà fait de scinder la société en mondes séparés. Et dire que ce n’est que……….