Catégorie : Démocratie

  • Girouettes

    Girouettes

    Voila encore un truc à dégonfler proprement : c’est la capacité des élus à appliquer un programme politique. Il n’y a que deux solutions.

    Soit les élus ont des convictions, des idées fortes auxquelles ils adhèrent et qu’ils défendent. Ces idées sont portées par un parti, leur parti, et c’est pour cela qu’ils sont élus.

    Soit il y a des étiquettes, des écuries, des casaques et les candidats choisissent celle qui leur donne le plus de chance d’être élu. Auquel cas ils changent de casquettes, c’est-à-dire de partis, au gré des circonstances et non seulement ils n’ont aucune conviction mais en plus ils se fichent éperdument de leurs engagements. Et c’est exactement ce que nous observons et même depuis longtemps. Si nous restons sur la période en cours, tout le monde a compris que LRM avait débauché la moitié des élus du PS et un tiers des élus de LR pour faire une soi-disant nouvelle majorité. Et tout le monde peut voir que LRM veut recommencer pour les municipales. Certes les municipales n’ont strictement aucune importance, en fait toutes les équipes municipales font exactement les mêmes choses, mais ça ne fait que renforcer ma démonstration.

    Or donc il est bon de rappeler que ce qui compte en politique ce sont les programmes et non les hommes. Je veux dire que les hommes ne sont que les porteurs plus ou moins brillants et efficaces du contenu du programme de leur mouvement ou de leur parti. Par principe les programmes ont été élaborés collectivement et représentent les aspirations grandes ou petites d’une partie de la population. C’est pour ça qu’il y a des partis, c’est pour ça qu’il y a des programmes.

    Hélas en pratique les programmes, aujourd’hui, ne sont plus qu’un assemblage de mesures, sans grande cohérence, censées attirer quelques électeurs. Néanmoins avec un programme on peut faire une politique. Ça reste vrai.

    Du coup, toujours en théorie, les élus devraient être les soldats d’un programme et devraient déployer leur énergie à le mettre en œuvre. Non ne riez pas, moi aussi je sais, bien évidemment, que nous sommes loin de cette vision idyllique. Parce que ça fait longtemps que élus se moquent des programmes comme de leurs premières chaussettes et que la politique n’est qu’une affaire de com et de pub.

    Pourtant les dérives de personnalisation sont, au moins depuis Napoléon Bonaparte, jugées définitivement néfastes et la primauté du programme s’est imposée comme le plus solide rempart de la démocratie. Chaque fois que des citoyens se sont réunis pour réfléchir à l’avenir de notre pays ils ont élaborés des programmes. Le XXe siècle a connu la réussite de beaucoup de ces phases constructives. Mais cette règle de base ne plaît pas aux puissants qui redoutent par-dessus tout d’avoir des comptes à rendre à qui que ce soit. Alors ils ont remis en selle le pouvoir personnel, le culte du guide qui loin des attentes citoyennes est constamment sous le feu des projecteurs, afin que tout le monde croie qu’il est la source et l’embouchure du fleuve qui irrigue le pays.

    On a déjà donné, on a déjà payé, alors s’il vous plaît dites-nous ce que vous voulez faire et faites-le ; et ne dites plus seulement qui vous aller mettre.

    Après peut-être on votera pour vous.

    Michel Costadau

  • Revenus

    Revenus

    Quelquefois les choses simples demandent beaucoup d’explications. Il en est ainsi pour les différences de salaires et d’une manière générales de revenus. Tout le monde pense que ce n’est qu’une question de chiffres. Celui qui gagne 2 000 gagne deux fois plus que celui qui gagne 1 000. Ça paraît simple mais ça ne l’est pas du tout. Disons clairement, pour mettre de l’ambiance, que celui qui gagne 10 000 est, tout simplement, au-dessus des lois.

    On explique.

    D’abord il y a des seuils. Le premier est à 1500. C’est la première marche pour ne pas être dans la misère et ce sont les aides compensatoires qui permettent de vivre. Le seuil suivant est à 3000. En dessous ce n’est pas facile et il y a encore des aides, mais ça permet de mener une vie moyenne. Le seuil suivant est à 5000. Là on entre dans la possibilité d’aller dans les magasins pour dépenser. Entre 5000 et 10000 il y a une zone où l’on commence à ne pas trop savoir quoi faire de l’argent.

    Voilà pour les seuils, mais il y a aussi, et c’est le plus important, le coût relatif.

    Le principe en est simple : le prix d’un produit n’est pas lié aux revenus de l’acheteur. Ce qui revient à dire que plus on gagne et moins les choses paraissent chères et la vie parait plus tranquille. Pour les petites sommes, comme un tube de sauce tomate, ça paraît non significatif, mais pour les plus gros achats ça devient hallucinant. C’est un question de pourcentage. Un vélo à 300 c’est 10 % pour celui qui gagne 3000 et 1 % pour celui qui gagne 30 000. Il s’agit bien sûr du même vélo mais 1 % c’est comme une virgule, c’est inexistant. On peut se tromper, ça n’aucune importance. On peut même recommencer presque autant de fois que l’on veut. Par contre 10 % c’est beaucoup dans le sens où ça entre en conflit avec d’autres besoins qu’il faut aussi satisfaire. Et bien sûr il est impossible de recommencer.

    Pour dire les choses encore plus crûment : la vie courante, nourriture, logement, loisirs et éducation sont une promenade pour les gros salaires et un combat permanent pour les petits revenus. Et je ne vous parle pas des loyers ou de l’acquisition de résidences. Là ça devient ségrégationniste. Avec 2 000 il paraît difficile d’avoir un loyer de 3 000. Et en plus vous ne seriez pas bien accueilli avec votre Dacia. Je blague.

    Alors quand je dis qu’à partir de 10 000 on est au-dessus des lois, c’est très simple. Un PV à 45 ou même à 100 ça ne compte pas. Le retrait de permis est en général celui du chauffeur et même si c’est votre permis, au pire il faut louer un chauffeur pendant quelques mois. Ce qui est important à comprendre c’est qu’à partir d’un certain niveau de revenus on a l’esprit libre, on a le droit de faire des bêtises, de se moquer des pauvres clampins qui essayent de garder la tête hors de l’eau, et même de leur marcher dessus.

    Voilà maintenant c’est plus simple, ce n’est pas qu’une question de chiffre. Et donc 3 000 ce n’est pas trois fois mille c’est six fois, et 10 000 ce n’est pas dix fois mille, c’est l’infini.

    Michel Costadau

  • L’Appel des Appels

    L’Appel des Appels

    Depuis que Macron est malade y a de la détente dans l’atmosphère. C’est pas la fête mais on commence à y penser. C’est le moment de lancer l’Appel des Appels sur les élections européennes.

    Nous, réunis en assemblée plénière, demandons à tous les électeurs de réfléchir avant de voter. Pour cela nous donnons à la population les pistes suivantes issues des trois jours de réflexion que nous avons menée ensemble.

    Première piste : il est beaucoup question de créer ou de renforcer des offices supranationaux dans divers domaines : banque européenne, armée européenne, justice européenne. Cependant comme les citoyens n’ont déjà plus aucun contrôle de leurs propres institutions nationales : Banque de France, Armée française, Justice française, créer des institutions encore plus loin des citoyens serait un nouveau recul démocratique. Et aux mains de qui seraient-elles ?

    Deuxième piste : le travail des élus du parlement européen consiste à entériner sans modifications les directives de la commission composée uniquement de technocrates non élus. Vous n’élisez donc pas vos représentants mais vous choisissez les employés de la commission.

    Troisième piste : les partis en présence n’ont aucun programme, en particulier par rapport à l’immigration. Leur attitude sur l’immigration n’est qu’hypocrisie. D’un côté un discours contre les immigrés jugés responsables de tous les maux, à tel point qu’aucun élu n’ose manifester ne serait-ce que du respect pour ces personnes. De l’autre côté l’accueil de centaines de milliers de travailleurs exploités à fond pour faire tourner à faible coût nos usines, nos services et notre agriculture. C’est aussi plus de 5 000 morts par an par refus d’assistance. Tant qu’ils n’ont pas de programme crédible humainement, voter consiste à tuer.

    Quatrième piste : les fondements uniquement économiques de l’Europe conduisent à l’extinction du vivant. Sous prétexte de protéger la pêche ou l’élevage ou la forêt, l’Europe est un énorme prédateur qui détruit les biotopes et milieux naturels et contribue  massivement aux gaz à effet de serre. Les aides à l’agriculture chimique sont un versement direct de poisons dans la nature. Jusqu’à quand voterez-vous pour vos fossoyeurs ?

    Cinquième piste : L’europe détruit des milliers d’emplois dans le but de sauvegarder la rétribution des actionnaires. Comme un chômeur coûte beaucoup moins cher qu’un ouvrier ou un employé en activité, c’est vrai qu’il n’y a pas de travail pour les Européens. Le chômage à 10 % ne concerne que les demandeurs d’emplois. Il faudrait y rajouter tous ceux qui ont choisi de ne pas travailler, ou travaillent au noir, ou sont maintenus artificiellement hors chômage : RSA, auto-entrepreneur. La population ne refuse pas de travailler, elle veut seulement qu’il soit possible d’avoir des activités qui correspondent à ses aptitudes et non pas un boulot en attente de robotisation. C’est pourquoi il semble difficile de demander du travail et en même temps de voter pour ceux qui le suppriment.

    Sixième piste : en plus de l’énorme gâchis des denrées alimentaires, l’Europe laisse en vente des produits dangereux pour la santé. Elle a inventé des normes dans le but de rendre commercialisables des denrées, sucrées, salées, grasses, ou imprégnées de composants dangereux. Par exemple, soit les salades sont mangeables soit elles sont interdites à la vente, alors pourquoi y a-t-il marqué : à laver abondamment avant de consommer. Idem le vin contient des sulfites ou des nitrites : est-ce bon ou mauvais pour la santé ?

    Septième piste : l’Europe a fait des privatisations son principal moteur. Mais force est de constater que ces privatisations se font au détriment des services publics. Je n’ai pas lu que les candidats pour faire rouler des trains privés veuillent desservir toutes les petites gares D’ailleurs la notion de service public européen n’existe pas, alors que ce serait la preuve d’une vraie volonté de servir les populations. Voter c’est encourager la suppression des services publics.

    Huitième piste : A quoi rime la privatisation d’Edf. Le privé va-t-il inventer une nouvelle électricité. Dans l’industrie la privatisation se traduit en général par une offre de nouveaux produits. Dans le domaine d’Edf que veut-on nous faire croire ? Je ne connais pas d’autre électricité que l’électricité. Il ne s’agit donc que d’appâter des capitaux en manque de rendement, en bradant tous les investissements faits avec notre argent. Voter c’est donc choisir les capitaux au détriment des citoyens.

    Voilà, le jour du vote restez chez vous à vous occuper de vos affaires ça sera plus utile.

    Michel Costadau

  • Insoumis

    Insoumis

    Il y a des phrases qui ont le don de me hérisser et me font bondir au quart de tour. Par exemple :

     » Ne vous y trompez pas, Macron espère que vous n’irez pas voter, .. il serait même prêt à vous donner de l’argent pour que vous restiez chez vous. » Chaque voix LFI est une force supplémentaire pour arrêter les délires libéraux de ce président et ses députés godillots.

    C’est du mensonge délibéré. Non seulement il n’y a rien de vrai la dedans, mais en plus c’est anti-éducatif au possible. Faire croire au lecteur qu’aux européenne voter LFI peut arrêter les délires libéraux du gouvernement, c’est vraiment prendre les gens pour des demeurés.

    Le gag c’est que exactement au même moment je me dis que ces élections sont un bonne occasion pour les courants dits d’opposition, GJ, RN, LFI, DLF, Générations, de …. ne pas voter.

    En effet non seulement, le parlement issu de ce scrutin n’a aucun pouvoir, mais en plus un arrangement entre partis transforme la proportionnelle de chaque pays en la mainmise, à Strasbourg, d’une majorité conservatrice sur l’UE. Et il y a aussi cette affaire britannique qui revient à élire des doubles députés, c’est-à-dire à moitié faux.

    Nous avons donc une excellente raison de ne pas cautionner ces errements technocratiques, puisque nos bulletins ne servent à rien. Cette élection n’ayant strictement aucun enjeu, c’est donc le moment de montrer l’utilité du non-vote. Car si une petite dizaine de partis français, plutôt que de critiquer l’europe appelaient à boycotter ce simulacre de démocratie, je crois que ça aurait un peu de poids.

    Et voilà que la dessus, LFI appelle non seulement à voter pour lui, mais à voter tout court. Alors, là, j’ai le sentiment qu’ils sont en train de se tromper de route.

    En toutes choses il faut une certaine logique. Que LFI se veuille un parti de gouvernement c’est leur droit. Mais la seule chance qu’ils ont d’y arriver c’est de s’allier au RN, un peu comme en Italie. Par contre le RN est aussi un parti de gouvernement mais lui a quand même beaucoup plus de chance d’y arriver, en particulier en s’alliant avec LR, comme en Europe centrale.

    LFI se veut aussi un parti d’opposition. Or depuis que nous ne sommes plus en démocratie l’opposition ne sert à rien, c’est comme si elle n’existait pas. Il serait temps de s’en rendre compte, plutôt que de faire croire au gens que l’opposition contribue à la vie politique.

    En plus c’est aussi un parti légèrement élitiste, dans le sens où ils défendent une ligne plutôt intellectuelle avec des propositions qui se veulent intelligentes. Seulement, j’ai le sentiment qu’ils mélangent sérieusement ces trois caractéristiques et que ça brouille complètement le message qu’ils veulent faire passer. D’où le malaise.

    Eh oui qu’est ce qu’il leur a pris de cautionner cette comédie sur la reconstruction du toit d’une cathédrale, ou de se lancer dans une course aux votes. J’ai bien peur que ce soit une position uniquement électoraliste, comme si les électeurs allaient revenir parce qu’on tombe dans le panneau du politiquement correct. Ou alors dans le but de ne pas fâcher ceux qui ne votent pas pour eux mais pourraient y venir. C’est vrai qu’il y a eu des votes inattendus ces dernières années, en Grèce, en Italie, au RU, en Espagne, et hier en Ukraine mais ça toujours été pour des partis en rupture avec le système, mêmes si une fois installés ils trahissent.

    De la même manière LFI s’accroche désespérément aux GJ, comme si c’était leurs petits soldats courageux devant les grenades. Mais je n’ai pas l’impression qu’ils soient payés de retour.

    Du coup je ne comprends pas bien cette attitude. Je veux bien des insoumis mais pas des valets.

    Michel Costadau

  • Tour

    Tour

    RIC en toutes matières. Ce slogan des GJ collé sur les panneaux routiers est un super révélateur sur ce mouvement et sur notre société.

    Sur ce mouvement car RIC est le cri des sans grades n’ayant jamais droit à la parole. Celle de ceux qui n’ont rien à perdre parce que quand on est au bas de l’échelle on ne pas descendre plus. En fait ce n’est pas une demande de référendum, c’est une demande d’exister.

    Sur notre société, parce qu’il ne devrait pas y avoir de référendums. La notion de référendum est née de la dichotomie entre la population et sa représentation. Quant une société a des élus en réelle représentation des électeurs et en communication avec eux, il n’y a aucun besoin de consulter la population toutes les 5 minutes, par sondage, référendums ou débats.

    On explique.

    Il m’apparait de plus en plus clairement que le mouvement GJ est un mouvement de type révolutionnaire. Il ne s’agit pas de bourgeois ou des classes aisées mais plutôt du bas de l’échelle. Il ne semble pas guidés par des intellectuels ou des éduqués. C’est le genre révolte spontanée, c’est à dire inspirée directement par des conditions de vie jugées insupportables. Certes nous ne sommes pas au Tchad et les conditions désastreuses dont je parle ne sont pas du même registre que dans les pays déshérités et dévastés par la colonisation. Chez nous les conditions révoltantes s’appellent manque de moyens financiers, déclassement social, ballotage continuel dans le travail, à l’école, dans le logement, absence totale de perspectives pour s’en sortir, fragilité éducative, idéologique et répression continuelle parce qu’il est plus facile de taper sur les faibles que sur les puissants.

    Et d’un seul coup ils prennent conscience de leur nombre, c’est-à-dire découvrent qu’ils ne sont pas des cas isolés mais bien une partie significative de la société.

    Autre marqueur important, la phobie des délégués, des dirigeants, des représentants. C’est typiquement révolutionnaire. Parce que vouloir être écouté ne passe pas par des négociations entre mandataires, mais par la suppression immédiate des barrières installées par le pouvoir. Les réseaux sociaux ont remplacés les barricades.

    Quant au référendum, vous savez ce que j’en pense ça a la forme, le gout et l’odeur de la démocratie mais c’est de la com. Ca a toujours été utilisé par ceux au pouvoir soit pour un plébiscite : Afrique, De Gaulle, Merkel, Poutine, soit pour trouver une porte de sortie honorable : De Gaulle, Cameron, Renzi, soit pour bluffer la population : De Gaulle, Mitterand, Chirac et indirectement Sarkozy. Le référendum est la mesure de la distance entre la population et sa représentation. Et cette distance est grande comme nous le montrent les anglais en ce moment. Moins les élus sont représentatifs et plus ils utilisent les bouées référendaires. Jusqu’à une certaine limite puisque depuis le referendum raté de Chirac et son contournement par Sarkozy plus aucun referendum n’a été organisé chez nous. Par contre, tellement il y a d’écarts entre les élus et les électeurs que touts les élections deviennent des référendums, cqfd.

    Il faut aussi ajouter que notre histoire récente n’est que celle de la trahison de la représentation. Aussi bien celle des mouvements de rue que celle des élus. Les délégués ont toujours cherchés à faire marcher le système et non à représenter les sentiments, les demandes, ou la colère de la population.

    Une révolution moderne c’est quand le système se réforme tout seul sous la pression des révoltés. Mais depuis un moment seules les révoltes des riches ont été entendues.

    Moi je dis chacun son tour.

    Michel Costadau

  • Concepts

    Concepts

    Je ne sais pas qui croit à l’éternité, en tous cas moi j’ai du mal. Il me semble que l’éternité, on ne saura vraiment si ça existe qu’à la fin, quand justement il n’y en aura pas, ce qui complique pas mal le jugement. Evidemment on peut aussi envisager de faire semblant d’y croire, manière, mais là intervient alors la notion de croyance, et ça complique plutôt les choses. On peut cependant faire le pari que l’éternité a une réalité et inventer le concept. Clairement, l’éternité est un concept trompeur. Certes il a quelques vertus mathématiques pour donner une issue à une suite de calculs fastidieux, mais ça n’a aucune utilité pratique. Et le problème c’est que, si ça n’existe pas, on est bien embêté pour dire quand est-ce qu’est la fin, puisqu’il doit y en avoir une. Mais ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est qu’il y en a qui abusent des concepts.

    Parce que dans un contexte plus proche que l’éternité, il y a le concept d’égalité. Alors là on atteint des sommets. Franchement s’il y a quelque chose sur terre qui est perçu par tout le monde comme évident c’est la différence, l’inégalité, voire l’injustice. Et pourtant l’égalité tourne à fond dans toutes les bouches des politiques : à travail égal salaire égal, égalité homme-femme, égalité des chances, égalité devant la loi, tous égaux, stop aux inégalités. Hélas, avec la moitié de la population au smic et 200 000 sans abris, tandis que les autres ne savent plus comment dépenser leur argent, on est, très, très loin de l’égalité. Vous le savez, je ne suis pas du tout pour l’égalité, qui est un fourre-tout catholico-bourgeois et qui ne veut rien dire. Je suis plutôt pour la différence, c’est-à-dire l’inégalité, puisque c’est la réalité, mais sans l’injustice ou l’exploitation du faible par le fort, du pauvre par le riche. La société n’est pas là pour supprimer les inégalités, mais pour éviter que les inégalités créent de l’exploitation. Et ce n’est pas franchement le cas.

    Si nous continuons notre casse bouteille, il y a aussi la liberté, joli concept s’il en est et qui ne veut pas dire grand-chose non plus. C’est probablement le moteur de la plupart des conflits passés, présents et à venir. Avec cette notion on se mord la queue. La liberté c’est-à-dire la possibilité de faire à peu près ce que l’on veut, n’a de sens qu’en dehors d’une société. Or c’est justement les sociétés, qui ayant aliéné presque tous leurs ressortissants, ont crée le concept de liberté. Qui n’est du coup que le nom de la cage qui retient chacun prisonnier. Un individu libre n’a de sens qu’avec ses seules contraintes biologiques, sans contraintes sociales, religieuses ou politiques. C’est dans ce sens que beaucoup d’animaux sont plus libres que nous. Tout le monde sait que dans nos sociétés, l’on ne peut pas faire ce que l’on veut au nom du sacro-saint principe de la protection des biens des riches, mais certains ont l’idée que l’on peut au moins penser ce que l’on veut. Encore hélas, cela est une bien cruelle illusion, puisque la seule chose que nous avons devant les yeux, dans les oreilles et sous le nez, n’est que le placard publicitaire de nos dirigeants. Il est donc devenu très difficile de penser, et du coup agir selon ses idées n’a plus beaucoup de sens. La liberté de penser n’est qu’un leurre.

    Oui, je sais, je n’ai pas parlé de la fraternité, ni de La Marseillaise d’ailleurs, mais j’ose pas ça me fait trop mal.

    Michel Costadau

  • Mafia

    Mafia

    Il est toujours beaucoup plus facile de voir les défauts chez les autres que chez soi. Et aussi plus facile d’en parler. Et c’est le cas de l’Algérie. Nous sommes au spectacle et tout le monde est d’accord pour dire que ce pays est aux mains d’une clique opaque qui tient les rênes du pouvoir en plaçant ses affidés aux postes clés. Evidemment si je dis que c’est un gouvernement mafieux, là vous m’arrêterez en me disant qu’il y a quand même des élections et que les élections c’est le label de la démocratie. Aïe, aïe, aïe. Et bien moi je confirme, oui c’est exactement ça un régime mafieux. D’ailleurs pour ceux qui en doutent, il y a aussi des élections chez cosa nostra. Certes il n’y a souvent qu’un seul candidat, pour cause d’empêchements divers et variés mais il y a bien un élu choisi démocratiquement par ses pairs.

    Parce que non, non et non ce ne sont pas les élections qui font la démocratie, loin de là. Des élections il y en a en Afrique, en Egypte, en Afghanistan, en Ukraine presque partout à vrai dire. Ça fait longtemps que le fonctionnement des élections a été contourné par les avides du pouvoir. Ça fait longtemps qu’ils ont compris que faire adouber par la population le candidat de son choix était possible via un ensemble de manœuvres bien rodées : d’abord posséder les médias, ensuite acheter les donneurs d’ordres, puis créer un repoussoir, enfin focaliser le sentiment des électeurs sur la solution, c’est-à-dire le candidat choisi. Après ça, arrive le règne qui permet de se renflouer et en plus de s’amuser. J’ajoute encore que ce ne sont pas les constitutions, les institutions ni les Cours suprêmes, Conseils d’état ou constitutionnel qui font la démocratie. Ça aussi il y en partout et ça ne prouve strictement rien.

    Vous savez comme moi que ce qui fait la démocratie c’est quand la population a des représentants qui réalisent ses aspirations. Mais ce n’est pas le cas en Algérie, là tout le monde est d’accord. Et si je dis que ce n’est pas non plus le cas chez nous là il y en a qui tiquent encore. Pourtant ça fait combien de temps que les électeurs sont manipulés, désinformés, baladés et volés. Allez n’allons pas chercher trop loin ça fait deux générations pour l’Algérie comme pour nous.

    Et la volte-face actuelle de la clique au pouvoir fait ressortir clairement que chaque fois que les Algériens ont voté ils ont donné un crédit démocratique à une dictature.

    En fait je suis extrêmement surpris que la réclamation se soit focalisée sur l’abandon de la candidature du tyran en titre. Clairement, aucune aucune alternative n’existe et le retrait d’une candidature ne change strictement rien. Si une situation devait être favorable à la pratique du non-vote, l’Algérie serait en ce moment le cas idéal. Le non-vote indiquant alors que c’est un système qui est rejeté et pas seulement une personne. Soyons clair, avec la bénédiction de Paris, le pouvoir Algérien va passer la main a un clone qui va faire les promesses qui vont bien. Mais un nouveau nom ne changera rien au système algérien actuel. Et c’est pareil chez nous.

    Michel Costadau

  • Guy Phozat relancé

    Guy Phozat relancé

    Déjà un peu affecté par le premier procès et son verdict à 200 M$, les Phozat voient alors arriver d’autres procès pour empoisonnement et cette fois au niveau national et non plus régional. En fait plusieurs centaines de plaintes à des degrés divers d’instruction judiciaire, mais toutes visant la dangerosité voire la mortalité du produit mystérieux pour lequel Guy avait un don.

    A cela s’ajoutait la campagne d’analyse d’urines qui avait tendance à montrer que le poison était maintenant présent partout et du coup chez tout le monde, en ville comme à la campagne. Ces analyses avaient une fâcheuse tendance à remettre en cause les formidables vertus du traitement par Guy des champs et des jardins. En effet les parents de Guy, Mont Santo et la mère Bayer vantaient la volatilité de l’effet. Sitôt Guy passé, disaient-ils, plus aucune trace d’un éventuel produit, tout était évaporé, recombiné, en gros disparu. Et voila que maintenant il fallait expliquer qu’il y en avait partout et que ça se fixait au moins dans les urines. Euh difficile à justifier.

    Autant dire que le moral était assez bas. Certes ils étaient encore largement soutenus par la classe politique qui, corrompue par les lobbies, refusait toujours de légiférer sur le sujet, mais ayant néanmoins un peu le sentiment qu’une nasse commençait à se refermer.

    Heureusement pour eux, dans le même temps, les parents Phozat et tous leurs amis du business cherchaient à retourner la situation à leur avantage. Et le miracle se produisit : la fédération des exploitants, qui était le syndicat des utilisateurs des vertus désherbantes de Guy fut chargée par les politiques de mettre un terme à son utilisation. Oui exactement, le gang des pollueurs fut chargé de mettre fin à la pollution. D’un  seul coup la situation s’inversait. C’est comme si on demandait à l’Église de lutter contre la pédophilie, ou aux compagnies pétrolières de combattre le réchauffement. C’était une victoire inespérée qui laissait augurer de longs jours d’utilisation de Guy avec les rendement financiers correspondants. En fait, cette incroyable capitulation des politiques avait été préparée depuis plus d’un an avec ce que le syndicat et le gouvernement avaient appelé contrat de solution. Ce vocable ne voulait évidemment rien dire mais c’était le genre de mots fétiches de la technocratie. La mesure avait été proposée aux Etats Généraux de l’Alimentation, vaste fumisterie destinée à leurrer les consommateurs sur les méfaits de l’agriculture chimique. Et dans cette kermesse, avaient été vantés les mérites de la cogestion entre le syndicat et les pouvoirs publics. Evidemment s’il s’était agi de faire pression ensemble sur les négociants et les groupements agricoles, ça aurait eu du sens mais là il s’agissait d’une capitulation en rase campagne des politiques. Il faut dire que la fédération des pollueurs avait pris l’engament de supprimer l’utilisation de Guy….sauf exceptions. Le problème était que les exceptions couvraient à peu près tous les cas d’utilisation pour la viticulture, l’arboriculture, les cultures céréalières et l’élevage. Seul le maraîchage non industriel semblait devoir se passer de Guy. On était donc passé de la suppression de l’utilisation de Guy a des notions de pourcentages, par exemple 30 % de moins en dix ans. Autant dire la continuation pure et simple de l’empoisonnement.

    Cette situation catastrophique résultait classiquement de la puissance des lobbies et de la corruption des politiques, et commençait à monter l’opinion contre les agriculteurs-pollueurs. La rue allait-elle suppléer aux manquements des gouvernements ? La question reste posée.

    Michel Costadau

  • De la ségrégation scolaire

    De la ségrégation scolaire

    Je ne parle pas de ségrégation à l’américaine ou à l’israélienne, non mais tout simplement d’un truc qui se passe chez nous. Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que les inégalités existent en France et même se creusent, mais personne ne sait trop dire le pourquoi du comment. On voit le résultat mais on a du mal à décrire le mécanisme. Et justement la ségrégation scolaire est un de ces outils sournois et pervers qui marche très très bien.

    Bien sûr, à l’école comme dans beaucoup de domaines, il y a la ségrégation par l’argent qui concerne l’enseignement dit privé. Cette injustice ne saute pas aux yeux car les frais de fonctionnement sont souvent couverts par l’Etat et il existe des aides pour les moins riches censées compenser leur manque de moyens. Mais déjà cette notion d’aider ceux qui, par leurs bulletins scolaires, le méritent, est particulièrement hypocrite. Néanmoins je n’ai rien contre l’enseignement confessionnel ou privé mais pas avec l’argent public, là je ne suis pas du tout d’accord. Ceux qui veulent islamiser, évangéliser, scientifiser ou élitiser leurs enfants peuvent le faire mais avec leurs propres et seuls moyens. Néanmoins il n’y a aucune justification à encourager ces comportements.

    Mais là n’est pas le plus grave. Le fondement de la ségrégation scolaire c’est la disparition de la causalité. Maintenant à l’école les connaissances sont présentées mais ne sont ni démontrées, ni justifiées, ni expliquées. Elles sont, point. Les élèves doivent apprendre mais ne pas comprendre. Il n’est pas enseigné comment ces connaissances existent, pourquoi elles sont vraies, quelles sont les relations entre elles, voire quel est leurs parcours. Les livres d’école ont presque disparu, il ne reste que les heures de cours. Oh il subsiste bien quelques ouvrages mais ils couvrent par exemple de la sixième à la troisième. Et dedans il n’y a aucune logique allant de la définition à la démonstration. Tout est tautologique. Une métropole est une métropole et par exemple Lyon est une métropole. Un triangle rectangle a un angle droit. Et l’examen c’est : est-ce que Toulouse est une métropole ou est-ce que ABC est rectangle. Voilà tout le contenu des connaissances enseignées à l’école. L’école fait de l’info, comme la télé, pas de l’éducation.

    C’est alors que les enfants rencontrent deux situations :

    soit personne chez eux n’est capable de donner les explications qui permettent de comprendre et pas seulement de savoir, ou alors les explications sont religieuses, sectaires ou tout simplement fausses et c’est le cas le plus fréquent,

    soit au contraire leur milieu comble les lacunes délibérées de l’éducation nationale en fournissant jour après jour les bonnes et nécessaires explications et c’est l’inégalité.

    C’est comme ça que se crée la ségrégation. Ce qui n’est pas enseigné à l’école n’existe que pour les privilégiés. Toute baisse du niveau de l’enseignement engendre une augmentation de l’inégalité. Et les parents sont dupes car ils ont le sentiment que réussir à l’école est bien en soi. Mais réussir avec une baisse du niveau d’enseignement a exactement l’effet contraire : la réussite devient le chemin du creusement de l’écart, la source de la pauvreté intellectuelle. La pauvreté intellectuelle n’est pas du tout culturelle. Presque tous les enfants ont une culture correcte, dans leur culture bien sûr. Non, la pauvreté intellectuelle c’est la création d’un état de soumission à la connaissance, c’est-à-dire à ceux qui connaissent. Les pauvres ne savent pas, ils subissent, point.

    Alors clairement pour réduire les inégalités, il faut relever le niveau de l’enseignement. Et ce n’est pas difficile puisque qu’on l’a déjà fait. Eduquer, c’est-à-dire apprendre, est pour moi une priorité beaucoup plus importante que le réchauffement ou le nucléaire. C’est LA priorité, car les malversations du pouvoirs s’appuient sur l’ignorance de la population.

    Michel Costadau

  • Verrou

    Verrou

    Comment faire sauter le verrou qui bloque nos institutions ? Ce verrou, je vous le rappelle, est la concomitance, dans l’ordre, d’une présidentielle et d’une législative. Et cette séquence fait passer notre régime de parlementaire à présidentiel. Les régimes présidentiels n’ont jamais été démocratiques et ont toujours conduit à des révoltes sanglantes.

    Alors comment faire sauter ce verrou ?

    En fait il n’y a que cinq possibilités :

    1. Modification spontanée de la constitution par le parlement actuel,
    2. Election d’un président dont le programme comporte prioritairement cette mesure,
    3. Election d’un parlement avec une majorité conséquente voulant cette mesure,
    4. Victoire d’un référendum demandant la révision de la constitution,
    5. Révolte populaire renversant le pouvoir en place.

    Voyons voir ça.

    Le 1 est complètement illusoire puisque les députés n’ont obtenu leur élection qu’en soutenant le président. Ce ne sont donc que les larbins du président et il n’ont aucun intérêt à mordre la main qui les a faits. A l’extrême, en cas de dérives dictatoriales, ces députés préféreront la destitution au changement constitutionnel.

    Le 2 n’a strictement aucune chance de se réaliser, car le pouvoir présidentiel tient justement à cette concomitance. Certes il y a des candidats, en fait un seul, prônant cette réforme mais il n’a ni les médias ni la finance et n’est donc pas en mesure d’être élu. Ceux qui croient que s’ils avaient voté pour lui, Mélenchon aurait été au second tour, n’ont pas compris que la situation était de qualifier Le Pen et Macron. Si Mélenchon était remonté dans les sondages alors Le Pen et Macron auraient aussi été remontés.

    Le 3 est assez utopique car il demanderait qu’en un mois, entre la présidentielle et la législative, les candidats députés changent leur fusil d’épaule ou qu’une fronde contre le nouvel élu se mette en place. On peut rêver mais ça n’arrive pas en politique.

    Avec le 4 on entre dans la catégorie des mouvements populaires voulant conquérir le pouvoir. Les référendums sont dans la constitution, il n’y a pas de problème. Seulement c’est le pouvoir qui pose la question, pas le peuple. On peut alors envisager une pétition recueillant des millions de signatures. Ca s’est déjà produit et ça n’a rien changé, car rappelons-le c’est le pouvoir qui a le pouvoir et lui seul.

    Le 5 est une solution qui a déjà été utilisée avec succès. Cependant elle a deux inconvénients. D’une part c’est sanglant et ça pourrait le devenir encore plus que dans le passé avec l’arsenal actuel de nos forces de répression. Les GJ ont déjà plusieurs centaine de victimes, mais ce n’est rien à côté de ce qu’il faudrait envisager pour la prise du pouvoir. Qui plus est, les GJ n’ont aucune demande de réforme constitutionnelle et c’est étrange. D’autre part, conquérir le pouvoir ça finit par mettre d’autres à la place des ceux que l’on a chassés. Et là, clairement, l’évolution de mentalité permettant d’avoir un population consciente de son rôle et voulant l’exercer n’est pas encore faite. Et donc, en cas de prise de pouvoir sanglante, on aurait les mêmes remplaçant les mêmes, les ENA remplaçants le ENA. En tous cas aujourd’hui. Enfin la réforme par la force amène un engrenage de coup d’États encore plus meurtriers.

    Beurk, alors il n’y a pas de solution. Et pourquoi ne parles tu pas du non-vote ?

    En fait la phase de prise de conscience populaire n’est pas encore finie, loin de là. Le non-vote fait partie de ce chemin vers les nouvelles mentalités. Seule une population éduquée et consciente pourra construire un nouveau régime. L’inverse ne marche pas.

    C’est pourquoi le non-vote est le marqueur essentiel de l’étape à franchir.

    Michel Costadau