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  • Promenade

    Promenade

    On se promène avec les pieds, c’est sûr, mais surtout avec les yeux. C’est fou ce que l’on peut observer le long des chemins. Après la pluie, on trouve sur les feuilles jonchant le sol des perles d’eau, mystère d’équilibre puisque rien n’entoure cette bulle liquide et mystère de pureté transparente et brillante à la fois. Il y en a des petites presque rondes mais aussi de plus importantes qui se tassent sous leur propre poids mais sans s’étaler.

    Tiens le ruisseau ne charrie plus ses flots terreux, comme dans les inondations, mais une eau presque claire, signe que le ravinement de surface des champs est fini et que c’est la nappe qui l’alimente. L’écoulement du ruisseau paraît presque figé avec ses fortes courbures et ses remous à liseré blanc qui restent toujours au même endroit mais qui paraissent remonter le courant sans bouger.

    L’eau n’est pas froide. C’est vrai qu’il a fait chaud cet automne et il y a même des bourgeons qui ont commencé à gonfler sur la vigne, les rosiers et les pivoines. Heureusement que quelques gelées matinales ont stoppé le processus et que cela ne concernait que quelques bourgeons terminaux. Visiblement tous les autres sont restés bien clos.

    Ici il y a des traces de pattes. Sangliers et chevreuils sont assez faciles à reconnaître mais je confonds un peu celles des chiens et des blaireaux. Suivre des traces me surprend toujours par leur brusque apparition ou disparition. On peut les voir pendant plusieurs mètres et puis d’un seul coup plus rien, comme si l’animal s’était envolé, où alors retourné mais on verrait le piétinement ou les doubles traces d’aller et retour. C’est vrai que les sauts que font les chèvres sont si impressionnants qu’il est facile de comprendre comment perdre leur trace. Celle d’un chat on n’en voit presque jamais, ou alors sur le capot des voitures. C’est fou ce que ces félins aiment la chaleur.

    Je me dis que chien et chat ça commence par che, comme cheval et champs. On dirait que la ferme a forcé sur le che. Il y est aussi dans chèvre et vache et cheminée et chenet. Bon ça n’a peut être aucune logique mais quand même ça en fait pas mal auxquels je pense en suivant mon chemin.

    Souvent il faut enjamber une branche cassée ou même un arbre couché. Les arbres morts tiennent très longtemps debout perdant petit à petit toutes leurs branches en commençant par celles du haut, et puis d’un seul coup de vent ils se cassent en mille morceaux, déjà à moitié rongés par de petits organismes souvent invisibles. A vrai dire, ceux qui ont une grande taille se couchent les uns sur les autres en tombant, rendant le passage difficile sauf pour les animaux qui se faufilent très bien. C’est là encore un paradoxe moderne que la désertification des campagnes a entraîné le développement de la faune sauvage qui du coup fait des dégâts dans les cultures ou dans les élevages, amenant les pouvoirs publics à autoriser la destruction de ces dits nuisibles.

    Comment l’homme va-t-il réoccuper la nature alors qu’il ne fait que s’entasser en ville dans des grottes de béton et de goudron. C’est vrai qu’en ville il y a le travail. Mais le travail c’est exactement le contraire de la promenade, ça fatigue les yeux au lieu de les nourrir.

    Michel Costadau

  • La Solitude

    La Solitude

    Ouf c’est fini. Les vaccinations ont commencé et le virus s’éloigne de nous comme un petit navire qui quitte lentement le port. Il y aura encore des victimes saisonnières mais psychologiquement nous sommes en train de changer de soucis. D’une certaine manière c’est dommage parce que c’était un sujet facile. A vrai dire les sujets faciles ne manquent pas : la cheville de Biden, les photos des violences policières, les pannes des télésièges, mais la période qui précède m’inspire aussi une réflexion sur la solitude. Surtout celle des personnes âgées.

    Clairement c’est l’isolement qui est l’entrée de ce chemin où l’on finit par se retrouver seul sur une chaise à contempler la table vide.

    Etrangement les jeunes ne peuvent pas ressentir la solitude. Ils peuvent être malheureux, ne pas savoir quoi faire, s’embêter, gueuler contre les parents, les grands ou les copains, mais pour éprouver la solitude il faut avoir créé une distanciation avec soi, il faut pouvoir se parler à soi-même. Et alors quand on n’a que soi pour discuter ou se raconter des histoires, ça s’appelle la solitude.

    Le plus souvent c’est extrêmement passager, quelques heures ou quelques jours, mais quand les circonstances s’en mêlent ça peut devenir répétitif, chronique et beaucoup moins drôle. Car le fait de voir des gens, même plusieurs fois par jour ne permet pas toujours de faire vivre un lien suffisamment fort avec la société des humains. C’est quand on ne ressent de la part des autres que des relations d’assistance, que la solitude arrive et devient pénible.

    C’est vrai la solitude est seulement un sentiment mais c’est le mal-être le plus existentiel de l’homme. En fait notre nature totalement sociale nous rend insupportable de n’exister que pour soi, d’exister seul. Paradoxalement ce ressenti ne conduit pas au suicide ni à la dépression mais à l’étiolement. A la lente dissolution de l’être dans un labyrinthe moral sans repères. Et la fin de vie offre beaucoup d’occasions de cette dilution dans l’absence, dans le vide.

    Du coup il est facile, de se rendre compte que le concept de maison de retraite est foncièrement dévastateur. C’est la destruction systématique de tous les repères. Là, les gens n’ont pas la clé de chez eux. J’ai dit les gens, mais j’aurais voulu dire les habitants. Oui il y a des gens qui habitent en maison de retraite et non seulement ils n’ont pas la clé de chez eux, mais ils ne peuvent ni fermer ni ouvrir aucune porte et surtout pas celle qui conduit dehors, plus précisément conduirait dehors, car outre qu’elle leur est interdite, ils se l’interdisent eux mêmes. En général ils ne connaissent personne, ils n’ont aucune responsabilité et en plus, comble de la déchéance, on est très gentil avec eux.

    Alors il ne s’agit pas d’opposer le « rester chez soi » à « être en maison de retraite », mais de comprendre qu’il n’y a pas d’âge pour être irresponsable, même pas de soi.

    Evidemment la solitude n’est pas une maladie et donc ne se soigne ni avec des remèdes ni avec des tours de magie, mais une piste de solution est là : même en maison de retraite il faut quelqu’un dont s’occuper. Car pour s’occuper d’eux on s’occupe d’eux, mais il n’y a pas de réciproque.

    Et dans la vie sans retours, sans échanges, sans partages personne ne peut continuer à exister.

    Michel Costadau

  • Robot

    Robot

    Aujourd’hui fait divers en automne.

    C’est un papier assez salé que je viens de recevoir : une amende de 1 875€. Je sais que vous ne pleurez pas pour moi, mais surtout ne vous inquiétez pas parce qu’en fait ça m’a fait vraiment plaisir. Je vous explique ça en deux mots.

    Ca a commencé  en 2016. Suite à un radar mal placé à Revel, je reçois une amende de 48€. D’habitude je ne paie pas ce genre de racket, avec diverses méthodes d’évitement, mais là je me décide à payer. Je mets donc un billet de 50€ dans l’enveloppe destinée à la trésorerie des radars et j’envoie le tout à l’adresse indiquée dans la petite fenêtre de l’enveloppe. Pas de nouvelles sauf qu’en 2017 je reçois une amende de 1 875€ pour l’infraction commise à Revel, au motif assez inattendu de «non transmission de l’identité du conducteur par resp. légal de la pers. morale détenant le véhicule». Inattendu parce qu’il n’y a pas de personne morale mais seulement physique, ni de responsable légal mais seulement un propriétaire dans cette histoire. La voiture est à moi et à mon nom ainsi que l’indique la carte grise. Pour ceux qui ont du mal à suivre il s’agit réellement de ma voiture.

    Mon copain de Cambon, écrivain et féru de droit me dit : Michel tu envoies un courrier de réclamation avec la copie de la carte grise et ça va se finir. J’ai donc envoyé deux courriers de réclamation à des adresses qu’il m’avait semblé trouver sur les papiers reçus mais sans les photocopies.

    Le temps passe et je me dis que ça a marché quand, un an plus tard, je reçois la même amende, même motif, même montant. Je réponds alors par un seul courrier de réclamation assez sec.

    C’est alors que se produit un évènement des plus heureux. Un jour que je taillais des arbres dans le verger je vois arriver un homme assez résolu qui me dit « dites, vous n’avez quelque chose sur le feu qui commencerait à chauffer ? ». C’était un huissier, chargé de recouvrer la dite amende. Je lui dis « vous ne pouvez pas mieux tomber, venez avec moi ». L’affaire est simple. Je lui explique donc le truc avec carte grise à l’appui. Il note tout, prend les photocopies et me dit « pas de problème, je vais faire arrêter cette procédure idiote ».

    Une nouvelle année se passe et c’est donc cette année que je reçois le papier évoqué au début. La seule différence avec les précédents c’est que l’infraction n’a plus été commise à Revel en 2016 mais ………..  à la maison en 2019 où il n’y a bien sûr aucun radar.

    Le système informatique est donc en train de se mordre la queue ou, si vous préférez, est tombé dans un cercle vicieux puisqu’il a inventé  une origine fictive à une infraction qui n’a jamais eu lieu.

    En fait ces programmes informatiques jouissent d’une grande liberté. C’est eux qui détectent les lignes à extraire, qui contrôlent les paiements et qui appliquent leurs règles pour les montants et les délais. C’est eux qui impriment l’amende, la mettent dans une enveloppe et l’expédient. Il me semble que personne ne peut mettre son nez là dedans à cause des volumes traités.

    Maintenant j’aimerais bien savoir comment le programme va faire pour s’en sortir. En attendant que le robot réfléchisse, je prépare des chiffres sur le virus.

    Bon on s’amuse comme on peut.

    Michel Costadau

  • Tapette

    Tapette

    Bon voila, la nuit on dort, c’est le principe, mais pas d’une traite. Il y a donc des moments d’éveil consacrés soit à la lecture, soir à un petit grignotage destiné à réenclencher le sommeil. Et donc lors d’une de ces périodes de lecture, j’aperçois un mille-pattes au plafond au dessus de notre lit. Edith n’aime pas tellement ces bestioles qui cependant se trouvent plus généralement sur le sol qu’au plafond. D’où ma double surprise.

    Et une grosse réflexion. Ne rien faire pourrait conduire à ce que ce rampant se retrouve dans nos draps avec quelques piqûres à la clé, car ces spécimens sont réputés assez venimeux. Mais faire quelque chose ça consiste en quoi : lui demander de déguerpir, le réveiller pour qu’il se rue sur nous ?

    Néanmoins, sans le moindre atermoiement je décide de passer à l’attaque. Je me saisis donc de la tapette qui ne quitte pas le petit coin d’étagère où je range les livres que je lis, n’ayant ainsi qu’à poser le livre qui m’est tombé sur le nez deux ou trois fois et du même geste éteindre la lumière pour regagner l’endormissement souhaité.

    Muni de mon arme je me mets donc debout sur le lit, doucement pour ne pas la réveiller, et je cherche à me mettre dans la position la plus favorable pour pouvoir en un coup écraser l’envahisseur au plafond. Le geste n’est pas simple, il s’apparente assez au revers des pongistes et de ceux qui jouent sur la table.

    Une fois dans bonne position, je frappe, schlamg. Le coup a été assez efficace et un résidu tombe assez bruyamment sur l’oreiller juste à côté de la tête d’Edith qui heureusement dort encore. Alerte générale mais en douceur car ce n’est pas le moment de flancher et d’un geste du bout de la tapette je projette le résidu sur le plancher afin de débarrasser le lit de cet encombrant dont je ne suis pas encore certain du décès. D’ailleurs je le cherche par terre, dans la ruelle comme dirait Molière, mais je ne le trouve pas. Je n’insiste pas énormément, l’instant n’étant pas propice au déplacement de meuble, d’autant plus que le lit ayant une roulette bloquée est assez délicat à remuer. Ca me rappelle d’ailleurs qu’Edith m’a demandé où était la roulette de rechange, mais évidemment je ne me souviens absolument pas où elle peut être.

    Néanmoins je me recouche et reprends le livre que j’avais posé avant de partir à la chasse. Et je remets la tapette à sa place, prête à de nouveaux services. Car il n’y a pas que les scolopendres dans notre vie nocturne mais aussi les moustiques et les mouches. Les moustiques sont rares, d’autant plus qu’ils n’attaquent qu’Edith ce qui fait que pour moi c’est comme s’il n’y en avait pas. Mais la mouche est plus embêtante. Je dis bien la mouche, car il n’y en a qu’une à la fois et la supprimer résoudrait donc le problème. Seulement il y a de la perversité chez cet animal, car elle se met toujours dans des endroits impossibles, par exemple sur le nez. Dans ces conditions utiliser la tapette est difficile car outre que l’on ne voit rien, il y a une certaine retenue dans la frappe qui laisse toutes ses chances à l’insecte. Heureusement il lui arrive de se poser sur le mur où il est plus facile avec un geste bien calculé de l’écraser.

    Bien sûr le reste du temps on dort.

    Michel Costadau

  • Menace

    Menace

    Quand une antilope se fait manger par une panthère, le troupeau ne décide pas d’attaquer toutes les panthères du coin. Quand un ver de terre se fait manger par une taupe, la population des vers de terre ne décrète pas la guerre totale contre les taupes. Et quand une sardine passe dans la bouche d’un marsouin, toutes les sardines n’ordonnent pas la lutte contre les marsouins pour toutes les générations.

    Je ne sais pas quel est l’imbécile qui a inventé la vengeance, mais il a fait un mortel cadeau à l’espèce humaine. La haine, l’envie, la colère sont des sentiments, mais la vengeance est un acte délibéré, un assassinat gratuit. Oui la guerre existe au sens du combat entre espèces ou même à l’intérieur d’une espèce. Mais la vengeance n’existe pas dans la nature. C’est propre à l’homme ou plutôt à certains hommes qui n’ont pas compris la différence entre individu et population.

    Le prélèvement par un carnassier de quelques rongeurs ne remet pas en cause les rongeurs. Bien au contraire puisque c’est en quelque sorte leur garde-manger. C’est comme ça que ça marche avec des équilibres à mouvements lents.

    Et c’est comme ça que ça a marché pour nous pendant des millénaires, et puis il y a eu une déviance. Et cette déviance vient, symboliquement, de la déification de certains hommes, en rupture avec l’appartenance à leur espèce, mortelle comme elles le sont toutes.

    C’est là l’enclenchement de la vengeance. Les tumulus, les pyramides, les mausolées sont là pour nous rappeler le moment ou certains se sont séparés de l’espèce. N’en faisant plus partie ils en sont devenus les ennemis. Et l’homme est devenu un gros perturbateur parce que s’élever au-dessus des hommes, c’est se croire au dessus de la nature.

    Mais c’est la nature qui existe, pas les dieux.

    Que l’homme élève des animaux afin de les manger n’est pas antinaturel en soi. Les fourmis et d’autres surement en font autant. Non là ou l’homme déraille complètement, c’est de chercher à mettre l’individu au-dessus de la population. En fait seulement certains individus puisque la plus grande partie de l’humanité est élevée par d’autres pour les servir, avec la même utilité que les porcs et les poulets.

    Bien sûr, certains peuvent nier que l’espèce humaine existe et dire qu’il n’y a que des individus extrêmement différents les uns des autres et que chaque humain est un trésor génétique unique et irremplaçable.

    Seulement voilà, ce n’est pas vrai.

    Le vivant ne fonctionne que par espèce, pas par individus. Je l’ai déjà dit « un » homme ça n’existe pas, ça n’a ni sens ni valeur. Pas plus qu’un bulot ou qu’un moustique. Par contre « les » hommes, l’espèce humaine, oui ça veut dire quelque chose, ça compte, ça a de la valeur.

    Et aujourd’hui nous faisons les travaux pratiques et ça coince sérieusement. Car ceux qui dirigent le monde, n’ont à la bouche que la protection des individus, le respect de la vie, la mise en œuvre médiatisée de tous les moyens possibles pour sauver une vie.

    Alors que ce sont ceux-là même qui ont détruit des populations par les guerres et qui continuent, qui massacrent la nature, qui développent des armes atomiques, chimiques capables de détruire complètement l’espèce humaine. Oui ce sont eux qui menacent notre espèce et qui emprisonnent les gens pendant des mois dans des carcans de mesures pour un virus qui lui ne représente aucun danger pour l’espèce.

    Michel Costadau

  • Avance

    Avance

    Mon père n’avait jamais vu la mer

    Ma mère n’avait jamais vu mon père

    Et c’est comme ça qu’ils se sont connus

    Au bord de la mer

     

    Dans les charmes agiles de ma mère

    Mon père a perdu ses repères

    Et n’a plus su quoi faire

    Des larmes amères de ma mère

     

    Attention changement de rythme

    Finies les rimes en ère

    Ca allait pour commencer

    Mais maintenant on parle vrai

     

    Je suis tombé je suis debout

    Est-ce l’orage est ce l’ouragan

    Quand même je tiens

    Cette laisse qui n’a pas de bout

     

    Bien forts bien droits ils sont

    Moi qui ne suis que d’herbe

    Que le courant caresse

    Comment me redresser

     

    Cesse de te tourmenter

    Bonimenteur du dimanche

    Tu es en train de naviguer

    Et vois comme tu avances

     

    Comment savoir où aller

    Ca commence à me lasser

    Cette idée d’avancer

    Sans but et sans armure

     

    Rien n’est moins sûr que l’incertain

    Et c’est pourtant ma chimère

    Mon eau-de-vie mon beau quatrain

    Dans lequel je patauge fièrement

     

    Même en montant sur la colline

    Je ne vois pas de piste

    Seulement un halo de lune

    Que fige son sourire d’artiste

     

    Mais d’avancer n’a plus de sens

    Quand il n’y a pas de chemin

    Peut-être fais-je un grand rond

    Sans pour autant voir ma trace

     

    Rien ne m’arrête

    Pourtant rien ne me pousse

    Ce n’est que ma marche

    Qui fait de l’esbroufe

     

    Faut-il crier faut-il pleurer

    Pour attirer sur moi une pensée

    Un regard une accolade

    C’est pourtant ça dont j’ai besoin

     

    Encore une fois cesse de te lamenter

    Marcheur de l’inconnu

    T’as déjà bien de la chance

    De ne pas vivre couché

     

    Promis juré je dis plus rien

    Je continue mon destin

    Qui doit être d’exister

    Sans rien savoir de l’existence

     

    Secoué balloté ébloui

    Je suis en travers du sillon

    Est-ce qu’en inclinant ma trace

    Je comprendrais ce qui se passe

     

    Non, non  surement pas

    A quoi sert d’incliner

    Ce qui est déjà penché

    Bien sur le sens ah oui le sens

     

    Le seul sens que je connaisse

    C’est celui d’avancer

    Car le sens des choses lui m’est caché

    Et je ne vois pas autre chose

     

    De quoi te mêles-tu ignorant

    Ne sais-tu pas qu’ils ont raison

    Ces fabulateurs de la vraie vie

    Qui oublient de te mettre en prison

     

    Mais non ils n’ont pas raison

    Mais moi non plus d’ailleurs

    Sauf qu’eux sont les plus forts

    Et que moi eh bien je n’ai que moi

     

    On finira par le savoir

    Que t’es seul et triste

    Et que t’en as marre

    De pleurer tous les jours

     

    Quel vent quelle ombre ou j’erre

    Tout, tout autour me désespère

    Mais comme un sanglier j’avance

    Dans le hallier de mon insouciance

     

     Michel Costadau

  • Que faire

    Que faire

    Au printemps 2017, lorsque Hollande sera réélu, les trois quarts des français seront consternés mais ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes devant ce fiasco de la démocratie. Les uns complètement déçus du mandat précédent, les autres parce que ça n’a jamais été leur candidat. Cependant soyons clairs, il n’y a strictement aucun moyen d’empêcher sa réélection : c’est écrit dans le marbre de nos institutions et de notre vie politique. La seule chose que nous pouvons faire c’est essayer de lui enlever le plus de légitimité possible. La légitimité c’est l’arme atomique de nos gouvernants. Sous prétexte que les Français dans un grand élan patriotique se sont déplacés pour voter, que les candidats ont eu des voix et qu’il y en a un qui en a eu un peu plus que les autres, voilà notre monarque élu légitimement. Que demander de plus ? Le président est adoubé par la population ou tout au moins par une grande partie, parce que c’est ça le piège diabolique, c’est que plus de la moitié des électeurs se déplacent pour voter. C’est ça leur légitimité, c’est à dire le droit pour eux de faire exactement ce qu’ils veulent. Au résultat, la légitimité vient non pas du fait qu’il aura eu plus voix que les autres. Non la légitimité vient exclusivement du nombre de gens qui se déplacent pour aller voter au premier tour. Les votants du premier tour sont donc les apôtres, les remparts, les thuriféraires, les piliers, les garants de notre démocratie en lambeaux. C’est eux qui par leur coupable élan permettent à de sinistres individus de régner sur notre pays comme des seigneurs moyen-âgeux. Mais attention, ça ne marche que si plus de la moitié des électeurs se déplacent au premier tour. Alors oui, on peut enlever sa légitimité à notre Président, c’est à dire ce label que tous les médias affublent du nom de soutien populaire. La perte de légitimité ce n’est, bien sûr, pas encore le retour à la démocratie, mais ça constitue une importante étape. Si, au soir du premier tour, moins de 50 % des électeurs se sont déplacés, ça veut dire que nous considérons que la farce électorale ne peut pas tenir lieu de garant des valeurs de notre vie en société. On va développer un peu tout ça.

    UN GRAND MOUVEMENT D ABSTENTION CONSTRUCTIVE

    Bon, c’est vrai que ça fait un moment que l’on casse du sucre sur les élus, les politiques et les partis. A juste titre certes, mais on peut aussi se poser la question de savoir comment il serait possible d’avoir autre chose. Pour être clair, quand on parle des politiques, ça ne concerne, en fait qu’une toute petite partie des élus. En effet sur les 600 000 et quelques élus de France, 98 % sont des élus municipaux. Ce n’est pas d’eux dont je parle, à quelques exceptions près, mais des autres, députés, sénateurs conseillers et leurs technocrates. C’est eux la caste politique, ils sont peu nombreux, à peine plus d’un millier, mais ils ont le pouvoir et c’est ça le problème. Alors, maintenant, pour changer la donne politique il n’y a pas trente six solutions mais une seule : c’est de changer le pouvoir. Et pour changer le pouvoir il faut le prendre. Pour cela, par contre, deux méthodes sont possibles : prendre le pouvoir par les urnes ou prendre le pouvoir par la force. La première méthode s‘appelle la voie légale et la seconde, la voie révolutionnaire. Cette dernière est excellente, mais elle a le premier défaut d’être très violente, ce qui engendre quelques dégâts collatéraux dans la population qui ne demande pas ça pour le moment. Elle a aussi un second défaut c’est d’être, dans notre cas, inapplicable. En effet, la voie révolutionnaire est utile pour mettre en place un pouvoir démocratique, or c’est exactement le système que nous avons. Donnons en passant une claque, pour n’avoir rien compris, à tous les partis, organisations et groupuscules qui se disent révolutionnaires. Passe encore quand il s’agit de jeunes gens généreux et exaltés ou qui parlent en général et encore, mais pour les autres c’est minable. Donc il ne reste que la voie légale.

    Cependant, le constat qui ressort de tous nos textes est que la voie légale a mis en place un pouvoir politique qui a complètement dévié de sa mission. Laquelle est d’être au service de la population et il est assez facile de constater que le pouvoir politique est au service de la finance, des lobbies, des dictateurs africains et des nos amis les Américains.

    Nous devons donc changer le pouvoir politique, mais hélas nous sommes devant une impasse. En effet, il apparaît depuis quelques dizaines d’année que gagner les élections ne sert pratiquement à rien, car le système politique est maintenant verrouillé par la caste qui s’est emparé de nos institutions. Et pourtant, on y reviendra, les élections sont le seul moyen que nous ayons de nous exprimer. C’est pourquoi je propose l’abstention comme moyen d’expression, un peu comme une diète électorale, et je l’appelle l’abstention constructive. Il s’agit bien sûr d’une abstention au premier tour, il n’y a que celle-là qui compte.

    DEMOCRATIE EN PANNE

    Si vous préférez les formules simples, on peut dire que notre démocratie n’est plus démocratique. Ca nous fait une belle jambe et beaucoup auraient même une certaine tendance à s’en accommoder. Moi non et il y a même pas mal de gens qui se posent des questions, analysent et réfléchissent et s’aperçoivent que notre monde est entrée dans une fuite en avant inégalitaire, guerrière et dévastatrice, et qu’il devient urgent d’inverser la vapeur. Voilà.

    Notre propos est donc de savoir comment inverser la vapeur et nous allons prendre les choses très concrètement. La réalité, c’est que la prise de pouvoir par la voie légale est basée principalement sur les élections. Bien sûr, il y aussi les rapports de force sociaux, manifestations, blocages divers et occupations, mais ça reste assez marginal et ce n’est en aucun cas une démarche vers la prise du pouvoir. Et même disons-le franchement ça ne sert pas à grand-chose, à part faire croire qu’il y a des relents de démocratie dans ce pays, puisque tout se décide hors de vue des citoyens. Donc il reste les élections et dans les élections il y a deux termes : les électeurs et les élus.

    Commençons par les élus. On va d’abord énoncer comment on aimerait que les choses se passent avec les élus. Situation idyllique et donc irréaliste, mais qui va nous guider dans notre analyse.

    Quand on élit nos représentants, on aimerait avoir des élus intègres, dévoués, se mettant au service de la collectivité pour offrir des perspectives à la société et résoudre les problèmes rencontrés, respectés parce que porteur des notions de biens collectifs, de services publics et d’intérêt général. Prenant en compte toute la population et pas seulement un parti, un clan ou un lobby, capable de discuter avec tous, d’expliquer, de prendre en compte plusieurs avis. Le combat pour nous défendre serait leur seule activité, leur seule motivation, leur seul but. Ils ne réussiraient pas tout du premier coup ni sans nous consulter, mais ils pourraient toujours conter sur notre soutien et notre mobilisation. Ces élus exerceraient un mandat, un seul, non cumulable non renouvelable, sans avantages particuliers, à part celui de la considération des citoyens pour leur rigueur et leur dévouement, et retourneraient ensuite à la vie active sans indemnités ni statuts particuliers. Je vous avais bien dit que c’était utopique, mais quand même avouez qu’on est très loin de la réalité. Bien sûr, vous allez me dire que des personnes de cette trempe ça n’existe pas. Ah bon.

    Moi je pense que ça existe et que même on en connaît beaucoup. C’est vrai que pour le moment ils font autre chose mais ils sont là. Vous voulez des exemples, eh bien beaucoup d’enseignants ont une réelle volonté de former et d’éduquer leurs élèves et ils le font pour un salaire assez maigre et sans la moindre reconnaissance, sans parler de l’inconduite des élèves et des parents. De même, beaucoup de salariés ont le souci de remplir leur mission bien au-delà de leur fonction, voire même sans compter leurs heures. Et dans les entreprises, combien de techniciens s’efforcent de faire marcher des machines capricieuses ou des programmes déroutants, définis à la- va-vite par de super ingénieurs vachement diplômés mais n’ayant pas franchement le souci de l’utilisateur. Et donc la population des élus idylliques existe, seulement pour le moment ils font autre chose et c’est pour ça que notre démocratie est en panne.

    CHANGER LES ELUS OU CHANGER LES MENTALITES

    Du côté des élus la première idée serait donc de remplacer la caste actuelle par de nouveaux élus représentant vraiment les citoyens. Outre le fait qu’il ne faut pas compter sur la classe politique pour se faire hara-kiri et céder bien gentiment sa place à des hommes intègres et loyaux, il y a aussi et surtout que le remplacement de la caste politique ne suffirait surement pas à rétablir la démocratie, car le cœur du problème est une question de mentalité. Et là tout le monde est concerné. Nous avons accepté beaucoup trop de choses et maintenant la réaction devient difficile. Ce que je veux dire c’est que le comportement totalitaire des élus est relié au comportement moutonnier des citoyens. C’est donc bien une révolution des mentalités que nous devons entreprendre. Et franchement, ce combat n’est pas du tout simple. Car au-delà du mépris des électeurs il y a, dans notre société, un mépris général des autres et de la population, c’est-à-dire de tous ceux auxquels on a appris qu’ils ne comptaient pas et auxquels on demande seulement d’ingurgiter la télé. On peut illustrer cela par quelque anecdote.

    La première illustration vient d’un syndicat agricole, pas le majoritaire, non, celui qui défend l’agriculture paysanne. Voilà que les militants d’un département organisent une fête paysanne, sur le thème du consommer local, circuit court et paysans près de chez vous. Il est alors prévu d’organiser des débats et d’inviter le porte-parole national du syndicat à venir animer la journée et partager les grillades avec les militants locaux. Quand on apprend que celui-ci accepte de venir passer le we avec les militants, l’ambiance de la préparation monte d’un cran. Les affiches sont prêtes et on va imprimer les tracts, quand, patatras, on apprend qu’il ne vient pas. N’allez pas croire qu’il se soit cassé une jambe ou ait attrapé un mauvais virus ; non pas du tout, il va très bien, mais il s’est trouvé beaucoup d’occupations à Bruxelles, en Italie, en Bretagne, en Auvergne. Si on comprend bien, en perdant un we et en venant dans le département, au lieu d’aller à Bruxelles, la cause de l’agriculture paysanne aurait subi une atteinte indélébile. Personne bien sûr ne peut croire cela, mais, hélas, il y en a beaucoup qui défendent quand même ce qu’il faut bien appeler de l’activisme, ce qui est une bonne manière de nous ignorer. Pas étonnant que le FN fasse recette.

    La seconde illustration vient d’en haut, du gouvernement. Et c’est l’utilisation du langage comme moyen d’action. La présidence et avec elle toute la classe politique a installé une pratique qui consiste à remplacer « faire » par « dire ». Ainsi le combat de la présidence contre la finance ou contre les inégalités est uniquement verbal. « Tout est mis en œuvre pour limiter le pouvoir de la finance », « Nous augmentons constamment nos moyens de lutte conter les inégalités ». Ces paroles ne sont pas faites pour se traduire en actes puisqu’elles sont l’acte lui-même. Par contre, toutes les actions réelles de la classe politique n’ont toujours qu’un seul but ou plutôt deux : aider la finance et s’auto-protéger. Cette pratique de remplacer l’action par son annonce vient du comportement boursier dans lequel c’est l’information qui fait le cours et pas du tout la production ou la consommation. Pas étonnant que la population méprise les élus.

    COMPRENDRE LE SYSTEME POLITIQUE

    En fait, la vie politique fonctionne comme un système. Pourquoi je parle de système, c’est parce qu’un système est une configuration physique bien définie et quelque chose de très difficile à modifier. D’ailleurs on a tendance à appeler le complexe politico-militaro-financier actuel « le système » et tout le monde voit très bien de quoi on parle. De même que, dans le système solaire, la terre interagit avec la lune et toutes les deux avec le soleil, mais aussi avec les autres planètes, d’une manière extrêmement interactive, de même, dans notre système, les politiques et les financiers jouent un grand rôle mais aussi les institutions, les médias, les entreprises, les écoles, les bars, les familles, les lieux de culte sans oublier les réseaux dits sociaux et chacun de nous aussi un peu. C’est cet ensemble d’interactions qui façonne la mentalité des citoyens. Et cette mentalité est celle de la dépendance. Le niveau de vie dépend des revenus, l’éducation dépend de l’école, l’heure d’arrivée dépend des encombrements, les vacances dépendent de la météo, la santé dépend des médicaments et les changements dépendent des politiques. La population a l’état d’esprit qu’il est impensable d’être autonome, qu’il est impossible d’être indépendant, qu’il est interdit d’avoir des idées, alors on ne pense plus on ne réfléchit plus on consomme et on regarde encore la télé. Et donc, en soi, remplacer les élus actuels par d’autres n’est pas suffisant, car il faudrait aussi que les citoyens changent de mentalité et reprennent confiance en eux.

    C’est pareil pour le concept de suppression des opposants. Ceux qui croient que le fait de supprimer physiquement les individus qui ne sont pas d’accord avec une idée ou une pratique va permettre a cette idée de prospérer, n’ont rien compris et sont donc de bêtes assassins. De la même manière, mettre à l’école des programmes révisés pour essayer de faire passer une doctrine, une pensée ou une politique n’a jamais produit que de la confusion et de la saine révolte. Pourquoi, parce qu’un système ne se change pas en agissant sur un seul de ses composants. Non, pour agir sur un système il faut commencer par comprendre comment il marche. Par exemple, pour le système solaire, tant que l’on n’a pas compris et décrit la gravitation, on a du mal à expliquer.

    Nous en sommes donc à essayer de comprendre comment marche notre système politique.

    Pour cela, nous allons faire un état des lieux, même si c’est une liste à la Prévert.

    -Le cœur de notre système c’est le bipartisme, le président de la République et la télé.

    -Le président n’est responsable devant personne, il peut engager le pays dans une guerre sans consulter personne, il peut nommer qui il veut, où il veut, sans rien demander à personne. C’est ce qu’on appelle un zombie.

    -Le Président vient toujours d’un des deux grands partis politiques qui ne s’appellent pas gauche et droite mais majorité et opposition.

    -Les partis politiques sont des organismes dont le but est d’exercer le pouvoir.

    -Presque tous les élus appartiennent aux grands partis politiques.

    -Tous les élus ont le même comportement du double langage, qui consiste en façade à serrer des mains, à afficher une proximité avec les citoyens et, en coulisse, à voter des lois, des décisions et des règlements les méprisant complètement.

    -Les petits partis politiques, dont la raison d’être théorique est de promouvoir des idées ou des valeurs, sont seulement les faire-valoir des grands partis et donc ne servent à rien.

    -Le système démocratique du vote de toute la population était il y a longtemps une victoire, une conquête du peuple sur les castes qui monopolisaient le pouvoir avec un système de cooptation.

    -Mais le vote est maintenant seulement le moyen par lequel les élus obtiennent le pouvoir.

    -Les élus sont presque tous des gens dont la profession est d’être élu.

    -En sus d’en faire une profession aux énormes avantages, les élus ont la possibilité de cumuler divers mandats, ce qui fait qu’avec peu d’individus on peut tenir un pays.

    -On peut donc parler d’une caste des élus qui accapare tout le pouvoir.

    -Cette caste a supprimé la notion de représentation du peuple et rétabli l’ancien pouvoir de la cooptation puisqu’ils se choisissent entre eux au sein des partis.

    -La caste politique ne possède plus la force de la représentation populaire et a délibérément choisi de s’adosser à la finance.

    -Il y a donc une collusion entre les riches et les politiques, qui s’entendent pour que les uns accroissent leur richesse et que les autres monopolisent le système démocratique dans une boucle infernale.

    LE SEUL POUVOIR QUI RESTE AUX ELECTEURS C’EST LE VOTE

    De cette liste, il ressort que le problème essentiel vient de la rupture entre les électeurs et les élus, dans le sens où les citoyens n’ont du coup strictement aucun représentant, c’est-à-dire personne qui porte leurs attentes et leurs espoirs.

    Et pourtant les électeurs ont un pouvoir, c’est le droit de vote. Mais qu’est-ce que nous en faisons de ce pouvoir ? Rien, parce que les institutions dans lesquelles il s’exerce sont détournées par la caste politique. Si nous n’avions pas le pouvoir du vote alors nous devrions faire la révolution, mais je vous rappelle que nous avons ce pouvoir et que nous le galvaudons en élisant des menteurs, des voleurs et des profiteurs. Alors, cessons de pleurer sur notre pauvre pays, réagissons en redonnant sa valeur au vote. Montrons à la classe politique que nous avons démasqué ses agissements, que nous ne sommes pas dupes de ses discours et de ses promesses. Nous ne voulons plus voter pour des personnes mais pour des actes. Les personnes ne sont pas mieux les unes que les autres, c’est ce qu’elles font qui compte. Fini les promesses c’est le temps de la reprise en main par la population de son seul pouvoir, qui est de se choisir ses défenseurs et ses représentants. Pas de vote tant que la classe politique ne s’est pas mise à notre service. Nous ne voulons plus vivre de promesses. Montrez nous d’abord ce que vous savez faire.

    RESUME TRES SYNTHETIQUE

    Depuis une cinquantaine d’années, la classe politique s’est coupée de la population et n’exerce plus son rôle de représentation des citoyens. Au contraire, elle agit sous la férule exclusive de la finance dans une fuite en avant technocratique et antidémocratique. Les partis politiques se sont partagés le pouvoir et agissent d’une manière hégémonique en simulant la démocratie avec le duo majorité/ opposition. Le système entretient, aussi, de petits partis pour une contestation fictive, impuissante mais consentante, servant uniquement de faire-valoir. Cependant, la classe politique ne tire sa légitimité que de la participation des électeurs aux différents scrutins. Comme il ne faut pas compter sur elle pour s’amender et se rapprocher des citoyens, c’est aux électeurs de cesser d’être les dindons des farces électorales. Pour cela les électeurs doivent inverser la vapeur des promesses électorales en disant faites d’abord et ensuite on votera. Quand le chômage sera à 3 % on votera ; quand l’école formera des citoyens et non de la main d’œuvre pour les entreprises on votera, quand les pollutions agro-industrielles auront diminuées, on votera ; quand les prisons ne seront plus pleines, on votera ; quand le nombre d’agriculteurs aura doublé, on votera ; et quand le Président nous demandera notre avis avant de faire la guerre, on votera pour lui. Je propose donc un vaste mouvement d’abstention en particulier pour la présidentielle/législative. Pour commencer on peut s’entraîner avec les régionales de décembre qui sont franchement des élections bidons, c’est-à-dire sans le moindre enjeu vu que c’est simplement une administration de plus. Ce qui serait bien, c’est d’arriver à faire un blog sur l’abstention constructive ou le non-vote, ou un autre nom, avant les régionales.

    Michel Costadau

  • Evitement

    Evitement

    Je l’ai déjà dit, je me suis vraiment étonné de l’absence de réaction des citoyens aux privations de liberté qui ont été instaurées pendant deux mois. Je m’attendais à une sourde rumeur de désapprobation pour ces attestations, voire un appel à les contester ouvertement, c’est-à-dire dans la rue, dans l’espace public. Visiblement rien de cela ne s’est passé à tel point que le pouvoir a pu affirmer que ces dérogations étaient bien acceptées. Ce n’était évidement pas le cas parce qu’en fait elles étaient subies, supportées comme un faux papier mais sans la moindre adhésion.

    Je me suis quand même interrogé, et du coup, j’ai regardé comment chacun ressentait et vivait cette atteinte et j’ai découvert que nos concitoyens avaient pratiqué une forme de résistance qui est l’évitement. L’évitement, en gros, c’est le contraire de l’affrontement. L’évitement c’est la forme de défense des enfants, du genre pas vu pas pris. C’est basé sur la peur de la répression mais ça permet d’atteindre un objectif en essayant de ne pas se faire attraper. C’est quand même un peu de la résistance parce que l’objectif est atteint en transgressant une loi, mais sans que ça se sache.

    Cette attitude est déjà pratiquée depuis longtemps par exemple par rapport aux radars, à l’économie parallèle, au fisc, quand le seul but est de ne pas se faire prendre.

    C’est comme au rugby, l’évitement consiste à éviter de se trouver, délibérément, dans une situation répréhensible. Ce n’est pas une attitude très valeureuse et c’est pourquoi les jeunes pratiquent plutôt l’affrontement car non seulement c’est l’âge où l’on n’a pas peur de la mort, mais aussi celui où l’on a envie d’en découdre physiquement.

    Et donc nos concitoyens ont inventé des parcours secondaires pour atteindre la campagne en évitant les barrages policiers. Ils ont pris plusieurs attestations successives d’une heure pour se trouver dans le bon créneau en cas de contrôle. Ils ont prétexté une démarche professionnelle pour aller voir leur copine. Ils ont pris le crayon, la gomme ou le blanco pour régulariser leur sortie. Comme je l’ai dit, ce n’est pas très glorieux mais il faut dire que les exemples d’en haut comme d’habitude encourageaient plutôt le non respect des mesures.

    Cela dit, hélas, la stratégie de l’évitement est la seule possible dans notre système policier. Le pouvoir a détruit toutes velléités de manifestation pacifique, d’expression populaire dans la rue, de combats de défense dans les entreprises. Tout est ratatiné par les robocops munis de tous les droits et défendus continuellement par l’Etat lui-même. Lui qui devrait nous défendre, il défend ceux qui nous gazent et nous matraquent.

    La question est maintenant : est-ce que cela va changer ?

    Dire que l’on n’en sait absolument rien est un peu facile parce qu’il se passe quand même des choses que l’on peut voir. Par exemple, tous les dirigeants politiques actuels ne pensent qu’à leur réélection. Trump se rue sur la répression pour endosser les habits de l’ordre et de la protection des biens, alors qu’il n’a fait que semer la discorde depuis 4 ans. Poutine cherche à trafiquer la Constitution pour être à nouveau candidat, alors qu’il a fait du respect des institutions sa carte de visite. Notre pauvre clown a ressorti son arsenal de phrases ronflantes et de promesses alors qu’il n’a tenu aucune des précédentes.

    Nous sommes donc partis pour un nouvel épisode de gouvernement mondial par le mensonge et la télé. C’est plutôt pas de bol pour ceux qui rêvaient d’autre chose.

    Michel Costadau

  • Distributeur de masques

    Distributeur de masques

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    Michel Costadau

  • Le masque et la plume

    Le masque et la plume

    Est-ce que les enfants vont bientôt naitre avec un masque sur le nez ? Non bien sûr, car tout cela prend du temps et il en a fallu aussi pour que nos nageoires se transforment en mains. Néanmoins la question du masque est sur le tapis. Quand, comment, où, voila de bonnes questions.

    Pour commencer quelques principes :

    1 – Un masque a trois fonctions :

    – d’abord éviter, si vous être contaminé, de répandre vos virus dans l’atmosphère. Le masque opère un circuit fermé, vous respirez alors vos virus en autoconsommation,

    – ensuite éviter, si vous rencontrez des gens contaminés sans masques, de respirer leurs virus,

    – enfin nous laisserons de côté la fonction esthétique du masque car elle est sujette à caution.

    2 – Le masque est un objet à usage unique, il est neuf quand on le prend et jeté après usage. La raison principale pour le jeter est qu’il est peut-être porteur de quelques virus, c’est pour ça qu’on l’a mis, mais aussi qu’il s’est chargé au cours de son utilisation de nos propres microbes qui ne demandent qu’à se développer dans l’atmosphère chaude et humide de la respiration. De même, utiliser un mouchoir, lavable ou pas, que l’on remet dans sa poche après usage et avant l’usage suivant est une hérésie sanitaire. Donc le masque est à usage unique et jetable.

    3 – La durée de son usage ne doit pas dépasser 1 à 2 heures. En effet le but est de le porter en continu et un masque sur les cheveux ou sur le cou ne sert à rien même pour 10 secondes.

    Bon, avec ces principes voyons quelques situations.

    4 – D’abord les sorties classiques en magasin, officines, transports, restaurants ou bureaux : par exemple les courses, le coiffeur, le médecin, la pharmacie, la banque, le café, la gendarmerie, le métro, le bus. Le fonctionnement est alors simple : vous prenez un masque dans le distributeur à l’entrée et vous le jetez dans la poubelle ad hoc en sortant. Je suis étonné qu’il n’y ait pas encore de distributeur de masques à l’entrée des super, dans les transports et dans tous les magasins qui rouvrent. Remarque : ne portez pas de masque chez le dentiste ça peut le gêner dans son travail.

    5 – Ensuite chez soi, dans son véhicule ou dans son jardin : là pas besoin de masque. La rencontre occasionnelle de quelqu’un, un visiteur comme le facteur par exemple, un promeneur, un livreur nécessite seulement de rester à portée de voix. Pour rappel, pas de masque dans son lit, ni sous la douche, ni pendant le repas, ni dans la piscine, ni en fumant. Je rappelle aussi qu’il ne faut jamais ramener chez soi un masque dont on s’est servi à l’extérieur. Il convient de le jeter avant. Bien entendu, si vous organisez des réunions, des rencontres ou des parties de cartes, vous pouvez avoir en réserve une cartouche de masques à distribuer. Autre rappel : pour la pétanque pas besoin de masques.

    6 – Maintenant au boulot. Deux cas possibles :

    – soit vous travaillez dans un environnement collectif constant ou variable et le masque devient complètement insuffisant. La mesure nécessaire est alors le test de tout le personnel au moins deux fois par semaine. Evidemment les positifs rentrent chez eux et se surveillent, les autres peuvent travailler.

    – soit vous êtes en environnement limité en nombre et complètement constant. Là on peut envisager de travailler en respectant la distance de portée de voix et un masque quotidien pour les besoin de se rapprocher d’un collègue peuvent suffire.

    7 – Enfin il reste l’école. Les enfants semblent peu sensibles au virus mais sont d’excellents porteurs. Du coup l’école est un énorme lieu de brassage et de rencontre des enfants et aussi des enseignants. Bien sûr il est inenvisageable de faire porter des masques aux enfants et il semble difficile de protéger les enseignants et les parents qui vont récupérer leurs enfants après une journée en contact avec leurs camarades et vont être possiblement infectés après ce brassage. Un dépistage quotidien de tous les parents et des éducateurs doit être mis en place mais ça revient à dépister une bonne partie de la population. Tant que cela ne sera pas possible il me paraît préférable de ne pas rouvrir les écoles.

    Bien entendu tout cela n’est valable que jusqu’à la disparition du virus, qui devrait normalement intervenir au mois de juin.

    Michel Costadau