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  • Etat de droit

    Etat de droit

    LE BEOTIEN ET LE PHILOSOPHE

    -J’ai entendu dire qu’en France nous avions la chance d’être dans un Etat de droit. Ca veut dire quoi au juste,

    -Ca veut simplement dire qu’il y a des  lois et qu’elles s’appliquent à tout le monde,

    -Oui mais des lois il y en a dans tous les pays, ça ne suffit pas,

    -Non c’est vrai ça ne suffit pas, disons plutôt qu’il n’y a que les lois, c’est-à-dire pas d’autre règles à respecter ou à appliquer,

    -Ah bon d’accord, mais en quoi c’est une chance,

    -C’est principalement dans le statut de l’individu que ça se retrouve. Normalement, on ne peut pas être arrêté, interrogé, emprisonné sans l’application d’une loi, c’est ça l’Etat de droit. On ne peut pas voir débarquer chez soi des gorilles vous emmenant à un interrogatoire musclé dans un lieu privé,

    -Oui mais il y quand même des perquisitions et des gardes à vue,

    -Certes, mais en théorie seulement dans le cadre d’une action de la justice. C’est-à-dire quand il y a un procureur ou un juge derrière des actions qu’ils sont censés contrôler,

    -Mais ceux qu’on arrête pour trouble à l’ordre public, les manifestants par exemple, il n’y a pas de lois,

    -C’est vrai, il subsiste des écarts à la règle, comme les tribunaux d’exception, les forces spéciales et les lois taillées sur mesure contre certains individus, comme les roms ou les maghrébins, mais c’est censé être une exception et donc il y a une règle,

    -Ca veut dire qu’on ne peut pas demander ses papiers à quelqu’un simplement parce qu’on le soupçonne de ne pas être en règle,

    -C’est exactement ça, mais il y a un bémol quand on dit qu’il n’y a que la loi, parce qu’il y a les arrêtés préfectoraux. Ces arrêtés sont des espèces de mesures locales prises en fonction de certaines situations,

    -Ah oui, par exemple l’arrêt du ramassage scolaire en cas d’inondation,

    -Exactement, mais aussi la fermeture de mosquée pour raison administrative, ou l’interdiction de transport d’agneaux au moment de l’Aïd,

    -Dites donc on dirait que beaucoup de mesures sont contre les musulmans,

    -Oui l’Etat de droit ne veut pas dire que tous les citoyens sont égaux loin de là, le respect de la personne applicable chez nous est très blanc-catho ; au-delà il y a des dérives et je ne vous parle pas des non-citoyens,

    -C’est quoi ça des non-citoyens, des rebelles ?

    -Bien au contraire, ce sont seulement ceux qui ne peuvent pas prouver qu’ils sont français, ce qui les conduit directement à l’exclusion.

    -Vous voulez dire l’exclusion ou l’expulsion ?

    -Je dis bien l’exclusion, c’est-à-dire la privation de tous les droits de l’Etat de droit, l’expulsion ne venant que si l’on peut établir une autre nationalité aux non-citoyens,

    -Alors c’est pour ça que vient d’être créé un fichier de tous les Français ?,

    -Non ça reste compliqué de prouver qu’on est français, ce fichier doit plutôt faire craindre une utilisation commerciale,

    -Il n’y a donc pas de fichier de tous les Français ?,

    -Normalement non, mais malgré tout je n’aimerais pas m’appeler Mauricio Garcia-Pereira.  

    Michel Costadau

     

  • Trop d’argent

    Trop d’argent

    C’est l’affaire SoLocal, peu reluisante en soi, qui m’a fait réfléchir à un aspect moins connu du rôle de l’argent. De toutes façons, vous connaissez déjà mon diagnostic : il y a trop d’argent dans le monde, beaucoup trop et ça explique quantité de problèmes que nous rencontrons. Problèmes liés en particulier aux fonds de placement qui sont les entreprises auxquelles des particuliers ou des  institutions confient de l’argent pour le multiplier.

    Revenons à SoLocal, société dans laquelle plusieurs actionnaires sont des fonds de placement. Les actionnaires sont ceux qui se partagent les bénéfices, mais aussi, en cas de liquidation, qui risquent de perdre leur mise. Or donc SoLocal ayant besoin d’argent, ses actionnaires ont apporté de l’argent, non pas en actions mais en crédit. Ils deviennent alors, pour ces sommes-là, des créanciers. Les créanciers sont ceux qui, en cas de liquidation, sont remboursés en tout ou partie avec la vente des actifs subsistants. Bien, jusque là ça  ressemble au vieil adage qui dit de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Mais évidemment ces gens-là ne cherchent pas à gérer leurs actifs comme de bons pères de famille mais à faire de l’argent, plus d’argent, toujours plus d’argent et par n’importe quel moyen.

    Et donc voilà que SoLocal devient un champ de bataille, puisque à la fois ces fonds de placement connaissent très bien la société pour en être actionnaires et en même temps, en tant que créanciers, ils réclament devant les tribunaux le remboursement de leur crédit. Si la balance de leur intérêt penche vers la liquidation ils l’obtiendront et si au contraire elle penche vers la continuation, ils l’obtiendront aussi. C’est comme ça que le destin d’un entreprise ne dépend plus d’elle-même. Tout cela étant bien sûr parfaitement légal.

    Cependant ce n’est possible que parce qu’il y a trop d’argent. Bien sûr vous allez me dire que seuls les riches ont de l’argent à placer et donc abondent les fonds de placement. Eh bien pas du tout, presque tout le monde est concerné. En effet, quand une banque vous propose de placer ne serait-ce que 50 €, eh bien cette somme va dans ses propres fonds de placement et vous vous retrouvez, sans le savoir, actionnaire ou créancier par exemple de SoLocal.

    Bien sûr, rassurez-vous, seuls les riches et les institutions financières ont du pouvoir dans ces mécanismes. Mais il s’agit-là d’un cercle vicieux puisque l’argent produit toujours plus d’argent et donc ceux qui en ont prennent de plus en plus de «risques» pour le faire fructifier. Et c’est comme ça qu’il y a trop d’argent. Mais alors est-ce que, comme l’impôt, trop d’argent peut tuer l’argent ? En tous cas pas pour le moment, tant que les politiques jouent l’argent gagnant. Ce qui serait nouveau c’est qu’ils jouent le citoyen gagnant, ou rêvons un peu, la démocratie gagnante, ce pour quoi, à priori, ils étaient faits. Mais ça c’est à nous de le leur rappeler. 

    Michel Costadau

  • Primaire de droite

    Primaire de droite

    Alors voilà que les gens de gauche veulent voter à la primaire de droite. A vrai dire, pas les gens mais des gens, ça veut dire pas tous quand même.  C’est vrai que sur une liste électorale on ne voit pas qui est de droite ou pas, et donc tout le monde a tout à fait la possibilité de voter.

    Ce qui m’embête déjà un peu c’est d’aller voter à une primaire, bah disons que ça permet de désigner au moins une fois son candidat, ensuite ce qui m’embête beaucoup c’est d’aller voter pour un candidat de droite, bah disons que tout le monde l’a fait pour Chirac/Le Pen, et enfin ce qui me révolte c’est qu’évidemment les gens de droite pourront faire pareil à la primaire de gauche, mais alors c’est les gens de droite qui vont choisir le candidat de gauche.

    Oups trois fois oups, que dire de ça, à part que tout le monde est déboussolé et que définitivement droite et gauche ça ne veut plus rien dire.

    Comme j’ai déjà commencé à l’expliquer, c’est très exactement le vote lui-même qui est en question, le but du vote, la finalité du vote, l’importance du vote, l’utilité du vote. Je crois que ça demande une remise à plat majeure. A commencer, non limitativement, par les déviations actuelles du vote c’est-à-dire le cumul des mandats, le vote majoritaire, le renouvellement infini des mêmes, le scrutin présidentiel et j’en passe. Qu’avons-nous le sentiment de faire en votant ? Accomplir un devoir, faire des choix pour notre société, empêcher/favoriser des idées de prendre le pouvoir, se venger des difficultés de l’existence, faire triompher ses convictions. Ou tout simplement faire comme la moyenne des gens, parce que c’est difficile de faire autrement. Quand on ne sait plus pourquoi on fait quelque chose il est urgent d’arrêter, de faire une pose, de reprendre son souffle pour essayer d’y voir un peu plus clair. Je suis certain que le vote peut être un acte signifiant, mais pour le moment ce n’est pas le cas. 

    En fait, contrairement au discours ambiant, nous ne souffrons pas d’un manque de lois pour ci ou pour ça, mais du pantouflage de nos élus qui ne veulent sous aucun prétexte céder la place. Nos lois ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais elles sont occultées par des politiques qui ont «occupé» la République. Nous sommes en état de siège, parce que les politiques ont pris le pouvoir et nous ont pris en otages. Pour nous libérer, ils nous obligent à payer la rançon et la rançon c’est le vote. Le bulletin de vote est le péage que nous devons payer pour continuer à être soi-disant libres, alors que c’est exactement le contraire, puisque par le fait de voter nous demeurons enchaînés. Enchaînés car endoctrinés, contrôlés, dominés par un agglomérat politico-financier qui nous maintient sous son joug pour continuer à faire leur business dans un terrain de jeu que nous nous appelons la terre, mais qu’eux appellent le monde des affaires.  

    Michel Costadau

     

  • Classe politique_3

    Classe politique_3

    Voila que plusieurs d’entre vous me disent que je me trompe de cible en visant les politiques, parce qu’en fait le véritable pouvoir est détenu par la finance et que c’est donc elle qu’il faut attaquer. Est- ce que c’est Bolloré et Meyers-Betancourt qui gouvernent ou est-ce Hollande et Hidalgo. Ca paraît logique mais c’est un faux ami. Qu’il faille réduire le pouvoir de  la finance, c’est clair, c’est nécessaire, c’est urgent ; mais attention, c’est d’abord, aux politiques de le faire, parce que concrètement nous les avons élus pour ça, pour nous défendre, pour nous représenter, pour nous protéger … entre autres de la finance.

    Bien sûr, je constate avec vous qu’ils ne jouent pas ce rôle, qu’ils nous trahissent et qu’ils nous racontent des histoires. Et donc ils ne font rien contre la finance, bien au contraire puisqu’ils hébergent et protègent Malte, Luxembourg et bien d’autres Liechtenstein. Alors c’est à nous de le faire ?  Eh bien non car il ne faut pas mélanger les effets et les causes. Dans le domaine médical on a toujours tendance à soigner le symptôme : fièvre, boutons, toux plutôt que la cause : microbe, virus, allergie. Il ne faut pas faire pareil en politique.

    C’est un fait que la finance a du pouvoir, c’est ce que l’on voit tous les jours. Mais c’est le symptôme, car la cause c’est que les politiques leur ont donné cette place, leur ont permis de dominer notre pays. Plus exactement, les politiques ont créé un couple avec la finance dans une relations gagnant/gagnant.

    Les politiques gagnant le soutien des médias, du pouvoir, des inaugurations à tout va, de l’argent de poche, des cadeaux et, suprême hypocrisie, la paternité de la création d’emplois.

    Les financiers gagnant la mise à leur disposition des lois de la république et des règlements administratifs, la clémence de la justice, l’aura de la création d’emplois et le contrôle de la classe politique par l’argent.

    Il nous faut bien comprendre que tant que les politiques ne joueront pas leur vrai rôle de représentants et défenseurs de la population, ce qui d’ailleurs s’appelle tout simplement la démocratie, nous ne pourrons rien contre la finance.

    Bien sûr, il va se trouver des politiques pour nous dire qu’ils veulent diminuer le pouvoir de la finance. Y en a même pour qui en ont fait leur fonds de commerce. Seulement, de ces promesses-là nous en avons de pleines valises et elles nous lassent, elles nous plombent et finalement elles nous énervent. Le temps n’est plus à faire confiance au moindre de ces gens-là. Non, le temps est venu de les mettre en devoir de passer aux actes et de faire des réformes avant que nous votions et non après.

    Lutter contre la finance, c’est le grand challenge des années à venir. Pour ça nous avons besoin que les politiques fassent des lois démocratiques et les fassent appliquer. Hélas, faire des lois est devenu pour eux une activité médiatique comme les autres, car leur but n’est jamais de résoudre le moindre problème mais de faire parler d’eux. On le voit bien avec tout l’arsenal de lois contre le terrorisme, contre le chômage ou pour la libéralisation de ci ou de ça qui, en fait, ne servent à rien du tout.  De plus, la lutte contre la finance est de dimension mondiale et chaque pays est faible devant la puissance de l’argent.  Mais il faut commencer et nous devons montrer qu’on ne peut pas bafouer la démocratie indéfiniment. Nous avons probablement la classe politique la plus hypocrite et technocratique du monde, et nous ne devons plus voter pour elle.

    Michel Costadau

  • Immigration

    Immigration

    LE BEOTIEN ET LE PHILOSOPHE

    -Euh,  j’ai une question,

    -Allez-y, voyons voir ça,

    -C’est quoi le problème de l’immigration ?

    -Aïe, aïe, aïe sujet chaud et polémique dites donc,

    -Oui presque tous les politiques sont contre l’immigration, ça veut dire quoi ?

    -Ca ne veut rien dire, c’est uniquement une posture électorale, peu courageuse comme d’habitude,

    -Ah bon, mais alors quel est le problème ?

    -Le problème c’est qu’il n’y a rien de plus normal que l’immigration. L’homme a peuplé la terre en se déplaçant continuellement. Toute l’Amérique est un continent d’immigration récente. Seulement maintenant on butte partout sur des frontières et des territoires déjà occupés,

    -Oui mais moi je n’ai pas du tout envie de bouger,

    -Ca peut s’expliquer parce que vous êtes déjà dans un pays riche,

    -Alors l’immigration c’est des pays pauvres vers les pays riches ?

    -Oh non, pas seulement, il y aussi les réfugiés économiques, les victimes de conflits, les réfugiés politiques,

    -Vous voulez dire ceux qui sont pourchassés dans leur pays ?

    -Hélas non, l’accueil de réfugiés politiques est récent et à géométrie variable. Par exemple, de Gaulle n’a pas été un réfugié politique et on ne lui a pas demandé d’apprendre l’anglais pour avoir une carte de séjour. Si aujourd’hui quelqu’un veut fuir l’Ukraine, on ne lui donnera pas le statut. Le réfugié politique est surtout la bonne conscience de l’occident. Mais il y a aussi beaucoup  de migrants qui fuient des conflits meurtriers,

    -Vous voulez dire quand il y a la guerre chez eux ?

    -Oui et souvent nous ne sommes pas étranger à ces guerres,

    -C’est vrai que l’armée française est peu en France, mais plutôt chez les autres,

    -Eh oui, pour nous, en ce moment, c’est Afrique et Moyen-Orient, mais ça a été Sud-est asiatique et Orient en son temps. Bien sûr l’immigration actuelle est surtout économique,

    -Ah bon mais quand même, est-ce qu’il n’y a pas trop d’immigration ?

    -Eh non, il n’y a aucune limite à l’immigration. C’est le principe des vases communicants, ça se remplit jusqu’à ce que ce soit à l’équilibre. La chine connait une énorme immigration interne sous l’effet de l’augmentation des salaires dans les villes industrielles. A l’inverse, nous connaissons une immigration moins importante que Berlin ou Londres, parce que nous avons beaucoup moins de travail à offrir,

    -Ah c’est ça l’immigration économique ?

    -Eh oui, c’est l’accord parfait : les entreprises cherchent des bas salaires et les immigrés à gagner un peu d’argent,

    -Alors s’il n’y avait pas l’immigration, les salaires augmenteraient ?

    -Eh non s’il n’y avait pas l’immigration les entreprises délocaliseraient encore plus. La soif des actionnaires est ahurissante,

    -Mais alors pourquoi les politiques paraissent ils combattre l’immigration ?

    -Parce que c’est un excellent bouc émissaire qui permet de cacher leur incurie. En fait il n’y a aucun rapport entre l’immigration et le chômage par exemple, ni entre l’immigration et la sécurité. Par contre, il y a un rapport étroit entre chômage et sécurité, ou entre éducation et sécurité, mais c’est plus facile d’accuser les immigrés que les riches, surtout quand on trouve le biais de la religion,

    -Alors il faut accueillir les immigrés quels qu’ils soient ?

    -Exactement, il n’y a pas de pire piège que de  fermer ses frontières pour protéger ses acquis, alors nous serons assiégés comme au Moyen Age,

    -Donc, tous les discours sur le nationalisme c’est du vent ?

    -Ce n’est pas aussi simple et je vous propose d’en parler une autre fois,

    -D’accord, merci et à la prochaine.

    Michel Costadau

  • Hymne

    Hymne

    J’ai cru qu’on était enfin sorti d’une bien mauvaise période. Je veux parler de cette débauche de drapeaux et d’hymnes que nous avons subie pendant plusieurs mois. Bleu blanc rouge et Marseillaise, autant de manifestations que je ressens comme des agressions violentes.

    La Marseillaise me fait froid dans le dos, d’abord par ses paroles insupportables, mais aussi par toutes les idées qu’elle réveille, guerres, politiciens, commémorations, sport, anciens combattants, rien que du sordide et de l’appel au meurtre. Mes poils se hérissent rien qu’à son évocation et quand une foule se met à la chanter, ça me donne franchement la nausée.

    Quant au bleu blanc rouge, c’est pour moi un signal grinçant qu’envoie celui qui le porte ou le plante. Et ce signal c’est « je vous hais ». C’est identitaire, avec mépris de l’autre, et manifestation d’antisolidarité. Oui celui qui met au vent ce drapeau veut indiquer qu’il « em….bête » tout le monde, comme une revanche de malheureux. Car il sait que c’est une agression et que ça transforme sa façade en caserne ou en bâtiment public. Les Anglais ont le même comportement avec la royauté qui exhibe sous leurs yeux la turpitude des nantis, mais ça les réjouit car ils savent que c’est une atteinte permanente à la fraternité, et ça leur tient lieu de compensation d’une vie étriquée et maussade, maigre certes, mais compensation.

    Il y a aussi des phrases pour lesquelles il faudrait punir comme fauteurs de trouble ceux qui les utilisent, oh pas l’amateur de la brève de comptoir, non, mais le politique qui sait le mal qu’il fait. Des mots comme « l’amour de la patrie » ou « la fierté d’appartenir à la communauté nationale » ou « les valeurs de la nation » sont indignes, et répandent la peste quand ils sont énoncés. Non seulement la patrie n’existe pas, car notre pays n’est que le résultat de l’appropriation du domaine royal par une caste bourgeoise capitalistique pendant presque 200 ans, puis financière depuis plus de 50 ans, mais donner à penser qu’elle puisse susciter de l’amour relève de la pire propagande nazie. Hélas les politiques n’ont pas peur de ça au contraire, les enchères dans le patriotique xénophobe atteignent des sommets, mais l’actualité nous rappelle que l’on ne combat pas le terrorisme ni même la délinquance en prêchant la haine.

    Ca a commencé avec les attentats de fin d’année, puis le deuil national, puis les manifestations à répétition, puis la coupe de foot, et puis encore la fête nat. Et maintenant ils ont déguisé la tour Eiffel en drapeau. Il est facile de comprendre que tous ces événements sont de la même lignée, ressortissent du même esprit de triste résignation et de désinformation politique.

    Que l’on sorte le même drapeau et la même musique pour la guerre et pour le foot est un symbole qui ne devrait pas nous laisser tranquilles. C’est changer la population en une bande de grossiers ivrognes pusillanimes que de lui faire chanter La Marseillaise dans le stade ou dans la rue. Et à plus forte raison de s’en réjouir. L’identité nationale est une illusion derrière laquelle on cache l’inexistence individuelle des citoyens. Il ne peut y avoir de nation, c’est-à-dire de groupe que si chaque individu existe, a des idées, se bat et est solidaire des autres. Le seul rempart contre le terrorisme, c’est la solidarité. Seulement ça, la caste politique ne le permet pas.

    Michel Costadau

  • G7

    G7

    Cette photo du G7 ex G8, qu’en d’autres textes nous avons clairement désigné comme le gouvernement mondial, mérite un nouveau détour. D’abord ils sont neuf et ensuite la composition est surprenante.

    • Continent nord américain 2 délégués : US et Canada,
    • Continent sud américain 0 délégué,
    • Continent asiatique 1 délégué : Japon,
    • Continent australien 0 délégué,
    • Continent européen 6 délégués : RU, Allemagne, France, Italie, Commission européenne et Conseil de l’Europe.

    Heureusement que les votes ne se font pas à la majorité parce que sinon l’Europe, à condition qu’ils soient d’accord entre eux, aurait toujours raison à 6 contre 3.

    Alors je me suis demandé : mais d’où ça sort cette composition du G7 ? D’abord je me suis dit que puisque c’était le groupe des pays les plus riches, ça devait avoir un rapport avec le PIB. Pas de bol parce qu’alors il faudrait, au moins, remplacer le Canada et l’Italie par la Chine et l’Inde, et éliminer la Commission et le Conseil européen. Alors c’est peut-être le PIB par habitant, oups là ça devient catastrophique parce que les trois premiers sont le Luxembourg, la Norvège et le Qatar, et il faut attendre le dixième rang pout trouver un membre du G7 à savoir les US. Donc ce ne sont pas franchement les pays les plus riches.

    Alors force est de constater que c’est, comme d’habitude, un arrangement entre amis, un club qui s’est auto-constitué. Il s’est lui même baptisé groupe de réflexion, et a entrepris de consolider son emprise sur le monde. A y regarder de plus près, on voit que cette configuration est propice à l’échange, échange économique je veux dire. Si ça se trouve c’est dans ce club que sont nées les idées de l’OMC, du CETA, du TTIP, du TAFTA.

    Maintenant la réflexion : que des élus se retrouvent entre eux, en tant qu’élus, ne pose aucun problème à partir du moment où ils indiquent clairement que ce sont leurs électeurs qui sont conviés à la réunion et non pas eux en tant que personne. Qu’ils sont les représentants de la population dont ils prennent les avis et à laquelle ils rendent comptent scrupuleusement. C’est par exemple un peu le cas à l’ONU, avec un représentant par pays qui prend en compte les avis de la représentation nationale et pas seulement du délégué.

    Seulement, qui d’entre nous a le moindre sentiment de siéger au G7, d’être représenté au G7, personne. Est-ce que vous avez demandé à aller au G7, moi je ne m’en souviens pas.

    Ce club n’a donc en fait aucune légitimité, c’est vrai que j’aime bien cette notion, et la présence de la France est franchement antidémocratique.

    Le mauvais exemple venant d’en haut, beaucoup d’élus se croient autorisés à donner leur propre point de vue, comme si c’était celui de ceux qu’ils représentent. Combien de fois faudra-t-il répéter que les élus ne sont pas là pour remplacer la population et les électeurs, mais seulement, uniquement, définitivement, pour les représenter, les défendre, les comprendre et leur rendre compte. Mais alors ce n’est pas croyable le boulot qu’il y a pour revenir aux bases de la démocratie. Va falloir s’y mettre sérieusement. Et si on commençait en 2017 ?

    Michel Costadau

  • Intérêt bien compris

    Intérêt bien compris

    On vient de parler de bien commun et d’intérêt général. Mais dans la rubrique intérêt il y a aussi un candidat intéressant, c’est ce qu’on appelle d’une manière assez soft le conflit d’intérêts. C’est tout simplement quand quelqu’un fait une chose, donne une recommandation ou émet une opinion qui pourrait lui avoir été suggérée par ceux à qui elle profite, à commencer par lui-même. L’exemple classique est évidemment le médecin qui prescrit le médicament du labo dont il reçoit des « cadeaux ». Cette affaire de collusion est vraiment importante car elle va nous permettre de remonter jusqu’aux racines du pouvoir.

    Premier étage : les entreprises ou les institutions cherchent à s’attacher un certain nombre de prescripteurs, pas forcément des cadres, qui par leur position vont inciter à passer des commandes. L’incitation peut être des émoluments, des rétrocessions ou des avantages en nature. Cet étage-là est général et fait partie du combat entre entreprises ou de la collusion entre institutions. C’est répréhensible en cas d’abus, mais jamais puni.

    Deuxième étage : les entreprises ou les institutions cherchent à orienter des décisions administratives ou politiques en fonction de leurs intérêts. Ca s’appelle le lobbying et les entreprises y consacrent des moyens énormes. Pour vous donner une idée, à Bruxelles, en face de l’immeuble de la commission européenne, il y a un autre immeuble entièrement occupé par les équipes de lobbying des entreprises. Ils reçoivent des exemplaires de tous les projets de textes européens, afin de les analyser et de les amender dans le sens qui leur va bien. Leurs remarques sont toujours prises en compte et ils font même des propositions pour des règlements et directives sur des sujets qui les embêtent un peu. C’est ainsi que le glyphosate, les perturbateurs endocriniens ou le diesel restent des produits en service et encore pour longtemps. C’est évidemment une entorse énorme à la démocratie, or non seulement ce n’est pas réprimé mais c’est encouragé, car souvent les lobbies sont les seuls à connaître un sujet. Le lobbying des institutions existe bien sûr mais il est entièrement l’affaire des politiques. Et en politique, comme vous le savez, il n’y a pas de pots de vin, il n’y a que des « soutiens ».

    Troisième étage : le scientifique qui module des données parce qu’il est « payé » par une entreprise, ou le fonds financier qui fait profiter ses amis de quelques informations spéculatives, ou le consultant d’un fonds financier qui est un ancien fonctionnaire du ministère. Ca c’est le conflit d’intérêts proprement dit, ou le délit d’initié, qui sont plus ou moins réprimés ; mais les sanctions éventuelles sont seulement financières et donc ne gênent personne.

    Cependant ce n’est pas le dernier étage.

    Quatrième étage : les écuries des politiques. Les décideurs politiques sont très peu nombreux en France, tout au plus quelques centaines et personne n’a d’influence sur eux sauf leur réseau. Il faut bien comprendre que Hollande ou Valls reçoivent des tas de gens auxquels ils tiennent des discours lénifiants mais ils ont aussi un téléphone mobile sur lequel seul le réseau peut appeler jour et nuit. Ils ont aussi des tas de conseillers en rapport constant avec le réseau. Cela vaut aussi, bien sûr, pour Larcher ou Fabius.

    Et le réseau ne se prive pas d’appeler pour un oui pour un non. C’est Bolloré qui lui dit qu’il doit installer des bornes électriques dans toute la France, c’est Brégier qui lui dit qu’il faudrait faire un saut en Chine ou c’est Petit-Colin qui lui dit où implanter l’usine de maintenance des moteurs d’avion. Et c’est xxx, je ne connais pas tout le monde, qui lui dit qu’il faut envoyer l’armée au Tchad. Là sont les racines du pouvoir qui a réussi à éliminer totalement la représentation populaire des circuits de décision. Là est le ressort de la dictature financière qui nous gouverne. Là est la soi-disant vie politique qui n’est que le reflet des conflits entre écuries. Car effectivement il est difficile de satisfaire tout le monde à la fois, alors c’est plutôt chacun son tour, et les « grandes » décisions de l’exécutif ne sont, en fait, que des arbitrages entre « amis ». Alors quand vous votez regardez un peu l’écurie que vous voulez mettre au pouvoir. Et c’est à vous dégoûter de voter.

    Michel Costadau

  • Bien commun

    Bien commun

    Lu sur Acteurs Publics, le site des élus et des technocrates : « Ce que l’on attend d’un décideur public, c’est qu’il agisse en toutes circonstances au service du bien commun ». Ah ! que c’est beau, que c’est beau, que c’est beau. J’en reste pantois. Voila que les politiques se mettent au service du bien commun. On se pince pour être sûr qu’on ne rêve pas, mais non on a bien lu. Les politiques vont penser en toutes circonstances à l’intérêt général, au bien de tous. Bien sur c’est une formule et donc il ne faut peut-être pas la prendre au mot, mais quand même, bien commun ça doit vouloir dire quelque chose comme « ce dont tout le monde peut profiter ». Les élus et les technocrates ont, maintenant, comme souci que leur action procure des résultats dont tout le monde peut profiter.

    Parce que, pour être réaliste, des agissements des politiques qui profitent à tout le monde, c’est vrai que ça fait bien longtemps que l’on n’a rien vu venir. Mais attention, c’est nouveau, à partir de maintenant, l’action publique va en toutes circonstances servir au bien commun. Par exemple, des trucs comme le droit à la retraite à 60 ans, y en a qui l’ont déjà, eh bien à partir de maintenant tout le monde va en profiter. Ou le salaire minimum, bien sûr y en a qui ont déjà plus, eh bien à partir de maintenant tout le monde aura au moins ça. Ou encore, la gratuité des soins, y en a qui l’ont, ça c’est vrai, eh bien à partir de maintenant tout le monde va l’avoir. Ah oui, j’allais l’oublier, le travail, l’emploi, y en a qui en ont mais d’autres pas, eh bien à partir de maintenant tout le monde va avoir un boulot.

    Je me demande si ce n’est pas trop beau pour être vrai. J’essaie vraiment d’y croire mais il doit y avoir un truc.

    Oui, évidemment, la phrase dit « ce qu’on attend… », ça veut dire que pour le moment ce n’est pas le cas. Eh oui la phrase veut dire que c’est ce qu’on aimerait, parce que ce n’est pas le cas. En fait c’est un vœu pieux. C’est même plutôt un mensonge, puisque clairement aucun décideur public n’agit dans le sens du bien commun, aucun politique n’agit dans l’intérêt général. Tous ils agissent uniquement dans leur intérêt et dans celui de leurs amis, que dans d’autres billets on désignait comme leur écurie. En fait, il y en a qui essayent d’agir pour le bien commun, mais manque de chance ils n’ont aucun pouvoir et pas d’amis.

    C’est vrai que des belles phrases comme ça, les discours et même les écrits en sont pleins, ça fait partie de la farce électorale. Le discours puissant de la COP21 se tient en parallèle avec la relance de NDDL. Le discours sur le droit au travail se tient en même temps que les lois sur le salarié jetable.

    Vous le saviez déjà qu’il ne faut pas croire ce que racontent les politiques, mais seulement regarder ce qu’ils font. Et, en fait, ils ne font pas que des discours, ils agissent continument, froidement pour asservir la population au bon vouloir de la finance. Et là on a peur, parce qu’il n’y aucune limite à leur pouvoir, le parlement est croupion, il n’y aucune opposition, les syndicats coopèrent activement, la rue est méprisée et les intellectuels sont muets. Quand on y réfléchit, ça donne le vertige la manière dont les politiques ont détourné les composantes démocratiques de nos sociétés. Que faire n’est pas évident, mais continuer à voter est suicidaire. Mais il y a quand même une idée : ce serait d’échanger la reprise du vote contre une simple mais symbolique réforme politique comme la proportionnelle ou le mandat unique. On va en reparler.

    Michel Costadau

  • SEGPA

    SEGPA

    Il est de notoriété publique que les prisons françaises sont un vivier de la délinquance, par le simple mécanisme du rassemblement sous un même toit de présumés fautifs. Il en est de même des cités, où sont parqués les exclus du système qui se font un plaisir de trouver un peu de distraction dans la fraude. C’est aussi hélas exactement la même chose dans les résidences pour les plus fortunés qui élaborent dans leur entre-soi les arnaques de la finance et des lois.

    Mais alors, que dire des SEGPA qui sont les poubelles de l’Education autrefois nationale dans lesquelles on jette les élèves « en difficulté », qui n’en peuvent plus d’échecs dans toutes les matières. Dire que c’est catastrophique est un euphémisme, car c’est purement et simplement du massacre de jeunes.

    La pratique correcte, simple et évidente, connue depuis longtemps, est celle du mélange qui permet la découverte, l’entraide et la solidarité. Bien sur une classe ne sera jamais à l’abri de clivages et de disputes internes. Cependant le mélange ne crée pas des exclus d’office mais des groupes à géométrie variable. Mais, clairement, pour que ça fonctionne, il faut notablement plus d’enseignants et de personnels qu’actuellement, d’une part pour éviter les classes à 40 élèves qui sont plus proches de l’amphi de fac que du primaire ou du collège, mais aussi pour multiplier les groupes, les sous-groupes et les matières. Pour ce qui concerne les prisons, on verra une autre fois comment faire pour éviter la promiscuité, restons sur l’école.

    Et donc, faute de moyens et surtout de volonté, l’Education autre fois nationale, n’est, en fait, qu’une machine à exclure, un peu comme la colonne de distillation des raffineries. A chaque étage sortent des sous produits. Vu le parcours officiel en douze étapes et vu qu’à la fin il en reste 10 %, ça fait environ 8 % à chaque niveau : 8 % d’exclus en CP, 8 % d’exclus en CE1, 8 % d’exclus en CE2 etc.… Sur une classe de 25 enfants, ça en fait deux chaque année. 2 sont sortis en CP, 4 sont sortis en CE1, 6 sont sortis en CE2 etc.….

    Evidemment on garde les exclus dans la classe le plus longtemps possible, et du coup les sorties ont lieu plutôt tous les trois/quatre ans, mais le principe reste le même. Et, contrairement à la colonne des pétroliers, aucun des sous-produits de l’école n’a d’utilisation prévue. C’est juste de l’échec pur et dur.

    Qui plus est, les 10 % qui font le parcours complet pour finir diplômés, et seront donc très favorisés dans la société, auraient pu s’éviter de passer 12 ans dans les écoles, soit à cause de l’aide de leur famille, soit à cause de leurs propres dons. Même s’il y a quelques exceptions pour confirmer la règle, l’Education autrefois nationale ne sert donc strictement à rien sur le plan éducatif. C’est seulement une vaste garderie et l’on comprend du coup pourquoi les politiques veulent que cette garderie coûte le moins cher possible. Une caste politique qui ne sait pas quoi faire de ses enfants est indigne et doit être changée le plus rapidement possible. De même que les familles servent essentiellement à produire la génération suivante, la société doit être entièrement tournée vers l’éducation des enfants et des jeunes. Est-ce que je me trompe en disant que ce n’est pas le cas ?

    Michel Costadau