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  • La droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste

    La droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste

    Ce n’est pas un billet très cool.

    Cela dit n’allez pas me faire dire ce que je ne pense pas : bien sûr que toutes les droites sont dangereuses mais oui la droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste ! Pour analyser cela il faut distinguer plusieurs plans. D’une part le programme, d’autre part la base électorale et enfin les réseaux.

    Sur le programme, hélas, il n’y a pas grand-chose à dire. La droite catho a en partie copié le programme FN et pour le reste on brode des deux côtés avec des généralités sur le nationalisme, l’Histoire et les nécessaires efforts. Pas de quoi rêver. De toutes façons, vous le savez, les programmes sont faits, seulement, pour attraper des électeurs et en aucun cas pour être une feuille de route. Ils sont donc accrocheurs ou provocateurs à souhait mais ils ne veulent rien dire. C’est les soutiens auxquels on donne le pouvoir en choisissant un candidat qui comptent.

    La base électorale est déjà plus parlante. L’électorat catho est basiquement bien pensant, avec des jeunes issus des mouvements de jeunesse d’origine paramilitaire ou d’associations semi-religieuses et des adultes bourgeois et conservateurs. Et même pour une bonne partie ultraconservateurs sous le couvert de Bayrou, Longuet ou Giscard. Evidemment la droite catho est située à droite de la droite républicaine mais entretient une inversion de positionnement en cherchant à être au centre. Pour y voir clair, il faut comprendre que le label  « I » comme indépendant est celui de la droite catho. De plus, la droite catho a aussi son fond de petites gens en ascension sociale, ou ses pauvres si vous préférez. Ceux-là, souvent de milieu rural, votent à droite pour faire comme les gens biens, qui sont cependant ceux qui les exploitent.

    L’électorat frontiste est beaucoup plus populaire et n’a pas de marqueur rassembleur comme la religion. Sa base électorale, à l’origine anciens combattants et pieds noirs a beaucoup changé depuis 30 ans, pour aller vers commerçants, fonctionnaires, employés, les petits en fait.  La notion la plus partagée est le sentiment d’exclusion. Le parti leur tient lieu de communauté avec une forte sensibilité laïque. Et cette sensibilité laïque se mélange au sentiment de frustration pour donner une xénophobie objectivée. Objectivée ça veut dire que l’on rentre dans le domaine des « yaka ». Il faut bien comprendre que la xénophobie est pratiquée par toute la droite. Toute la droite est xénophobe mais avec divers habillages.  

    Cependant, contrairement aux cathos, les frontistes n’ont aucune manière de faire de la discrimination pratique, peu de chefs d’entreprise, peu de riches, ils prennent donc de plein fouet la casse sociale. Alors que les cathos sont en mesure de pratiquer l’apartheid dans le boulot, dans le quartier, dans les écoles ou dans les associations, ça s’appelle l’entre-soi. Et comme il leur est possible de mettre en œuvre leurs sentiments xénophobes ils ont donc moins besoin d’en parler et veulent, ainsi, qu’on les croie centristes. 

    Au contraire la base électorale frontiste n’a comme défouloir qu’un concept de lutte contre l’immigration et les religions, concept amoindri par le fait que beaucoup d’immigrés sont au FN. Notons encore que, là aussi, il y a une inversion qui qualifie la droite frontiste d’extrême-droite alors que c’est, justement, le positionnement des « Indépendants ».

    En clair la base électorale de la droite catho, c’est le conservatisme, ceux qui pensent que leur religion est supérieure aux autres et que le colonialisme s’est arrêté trop tôt, bien sûr complété par le cortège de leurs pauvres.

    Tout aussi clairement, la base électorale de la droite frontiste c’est les beaufs chasseurs ou autres paysans mais surtout le cortège des exclus, déçus du socialisme et de la mondialisation. Eux ils pensent peu, trouvant d’ailleurs que les autres pensent trop avec leurs finasseries technocratiques.

    Si maintenant on regarde les réseaux, là ça devient vraiment révélateur.

    Les réseaux de la droite catho vont de la paroisse, aux cercles des patrons en passant par l’aumônerie, les organes pour la jeunesse, le diocèse, l’école privée, le syndicalisme catho et tout le petit monde associatif de l’aide, du secours et de la distraction. C’est ce réseau qui a fait élire Fillon et qui gère dans la sphère médiatique les rumeurs depuis les millions que gagne un chômeur musulman bigame jusqu’aux mœurs des hommes politiques. Clairement c’est là ou est le danger. Car c’est à eux que vous donnez le pouvoir en votant.

    La droite frontiste a aussi ses réseaux mais manque d’accès aux médias. Les cafés sont peut-être leur principal réseau avec les marchés, car ce sont des endroits ou les discussions peuvent prendre un caractère libéré. Bien sûr, certaines associations réactionnaires sur le mariage, l’avortement ou la justice sont au croisement catho/FN mais ne constituent que des réseaux faibles sans assise médiatique ou financière. Clairement les réseaux FN sont dans l’incapacité de mobiliser des foules, comme ç’a été le cas des réseaux cathos pour l’école privée ou pour Fillon.

    C’est pour ça que je dis que la droite catho est beaucoup plus dangereuse que la droite frontiste.

    Michel Costadau

  • Rayonnement et trou noir

    Rayonnement et trou noir

    Je vous l’avais bien dit que Trump c’était bon pour nous. Avec « America first », ce qui se traduit par « Amérique seule », les US tombent dans le syndrome isolationniste. Ce qui est un peu plus nouveau c’est que le clown continue à faire du cinéma. On verra ou cela mène mais je suppose que les avocats se réjouissent d’avance. Par contre ce cirque fait ressortir cruellement l’absence de la France de la scène politique.

    Eh oui les Américains se détendent avec Trump qui leur fait oublier leurs soucis, les Anglais s’amusent avec le Brexit qui leur permet de faire ce qu’ils veulent, les Russes sont à la manœuvre en Syrie, en Ukraine et tiennent une conférence permanente avec la Turquie et l’Iran. Les Allemands sont au top de la forme économique. Les Suisses votent sur le revenu universel à 1 800€. Les Espagnols ont commencé à apprendre à se passer de gouvernement. Et nous, ben nous on en est aux peaux de bananes et aux casseroles.  

    Pourtant il y a encore quelques années nous faisions partie des pays influents dans le monde : G7, Ukraine, Syrie, Turquie, réchauffement, on nous demandait notre avis. Alors que s’est-il passé ?

    Il s’est passé qu’on a eu Sarkozy suivi de Hollande. Le premier était un nombriliste obsédé par la nationalité. Le second un fonctionnaire sans ambition qui attend sagement la retraite. Des deux c’est quand même Hollande qui a le plus réduit comme peau de chagrin notre présence sur la scène ou plutôt notre participation aux événements du monde.

    Bien sûr c’est leur faute mais, en fait, pas seulement.

    Pourquoi : parce que ce qui a rendu cela possible c’est notre système politique verrouillé par une classe ou plutôt une caste  qui fonctionne en circuit fermé et se reproduit uniquement par cooptation. Les déboires de Fillon ne sont pas du tout dus à une volonté de détournement de fonds, mais à la simple évidence que ces gens-là font ce qu’ils veulent, sans même imaginer qu’on puisse leurs demander de rendre des comptes. Ils vivent dans un microcosme. Toutes leurs idées ne visent qu’à profiter de leur position dominante pour avantager tel ou tel copain ou relation et bien entendu s’avantager eux-mêmes. Mais comme ils discutent seulement entre eux et à l’abri des institutions, aucun  ne se pose la question des valeurs, des idées et des images que nous, la France, véhiculons. La classe politique est un trou noir qui absorbe le rayonnement de notre pays.

    Et c’est comme ça que personne ne trouve rien à dire quand, par exemple, on nous vante le commerce des armes de la France avec une excellente année marquée par plein de commandes. Seulement, du coup, l’image que ça donne de la France n’est plus porteuse d’idées, d’universalité, d’entente ou de solidarité internationale, mais de pots de vins et de négociations cachées. De même notre COP21 n’a convaincu personne et a vite été recouverte par une COP22. Qui plus est l’Europe des droits de l’homme a emboîté le pas et bifurqué vers le refus de l’immigration et même la désunion.

    Nous sommes donc une étoile éteinte dans une galaxie qui ne rayonne plus. Alors maintenant, mettre un tel ou un tel à la présidence ne changera strictement rien tant que nous laisserons cette classe politique totalitaire se comporter en terrain conquis. Et le terrain conquis c’est nous.

     Michel Costadau

  • Sauveur

    Sauveur

    Le temps est à la présidentielle et c’est vrai qu’il ne fait pas très chaud. Eh oui, le spectacle est de bien mauvaise qualité mais on a quand même l’occasion de sourire voire de rire. Et pourtant il n’y a pas de quoi. Ou, si vous préférez, je suis sidéré par l’absence d’idées de tous nos candidats. Notre pays est dans une profonde morosité, c’est le moins qu’on puisse dire. On ressasse les attentats, le chômage, la grippe aviaire, les immigrés, la pollution, la dépendance et le manque de neige. Bof. La désolation je vous dis. Les touristes ont déserté Paris, les entreprises désertent le pays sauf quand l’Etat leur passe une commande de complaisance, et les idées désertent les discussions même au comptoir.

    Là où je trouve que c’est grave de chez grave, c’est qu’il n’y a plus de débat d’idées. Bien sûr il y a des débats, mais je ne vois pas trop quelles grandes questions sont en jeu. Vous allez me dire que je suis mal placé car je n’en ai entendu aucun. Bon. Je pense quand même au rapport individus/sociétés, à la généralisation de l’éducation, à pourquoi les guerres, à la place de l’humanité sur la terre ou autres débats urgents. Non ça tourne en rond, ça fait des déclarations, des entourloupes et ça se chamaille.

    Ah oui je vois des doigts qui se lèvent : – hep monsieur mettre un flic dans chaque classe à l’école, c’est pas une idée ça ? Ben non, c’est pas une idée, c’est un slogan électoral, – hep monsieur mettre en place le revenu universel, c’est pas une idée ça ? Ben non, c’est ce que demande le Medef depuis 50 ans. Ca s’appelle le chômage généralisé ou amélioré si vous voulez. – hep monsieur, aider encore plus les entreprises pour qu’elles embauchent c’est pas une idée ça ? Ben non, les entreprises n’embauchent pas pour créer des emplois mais uniquement pour gagner de l’argent avec le travail. Aider les entreprises consiste donc à mettre directement de l’argent dans la poche des actionnaires. Tout ça c’est ce qu’on appelle de fausses bonnes idées et en ce moment on n’a que ça.

    Heureusement, ou malheureusement plutôt, il y a quand même des trucs assez marrants dans les slogans des candidats, comme augmenter le nombre de places en prison. D’abord faut être doux dingue pour dire : avec moi il y aura plus de monde en prison, c’est un aveu d’échec  catastrophique, vu que le but de la politique n’est sûrement pas de mettre plus de gens en prison. Mais il y a un mais, car ça pourrait vouloir dire non pas augmenter le nombre de prisonnier mais faire qu’ils aient chacun une cellule pour remédier à la promiscuité honteuse dans nos établissements pénitentiaires, c’est peut-être ça le nombre de places. Excusez-moi, je rêvais. Ca ressemble surtout à une sentence populiste de plus, comme si les braves gens préféreraient voir plus de monde en prison.

    Visiblement ça ne vole pas haut. Les primaires, qui rappelons-le sont faites essentiellement pour éliminer tous les candidats hors PSLR, se transforment en congrès de ces partis. On assiste à des débats de motions en fait. Mais il y a erreur.

    L’erreur c’est que ce ne sont pas des congrès du tout et les candidats sont, du coup, des gens qui ne peuvent faire que des promesses en l’air, puisqu’ils n’ont aucun parti pour les soutenir. Tout au plus un courant, une poignée de copains. La machine s’est grippée et tourne à l’envers parce que tout le monde espère que les législatives donneront une majorité au président. Mais ça ne marche plus.

    Le bon tempo aurait été de faire d’abord le congrès PS pour désigner le candidat PS, le congrès PC idem, le congrès écolo idem, puis de faire une primaire entre eux. De l’autre côté, c’est pareil : d’abord le congrès LR pour désigner le candidat LR, le congrès modem si ça existe encore idem, le congrès radical, et ensuite de faire une primaire entre eux. Auquel cas les candidats seraient au moins forts de leur parti pour assumer leur politique. Tandis que là, nous avons des candidats déconnectés, isolés, marchandant leur programme et leur look. Visiblement les partis ont clairement désavoué leurs propres chefs de file. Eliminé Sarkozy chef de LR, éliminés Hollande et Valls chef et sous chef du PS, éliminée Duflot chef des écolos. Oui le temps est à la grosse déprime. Et dans ces cas là, le peuple a une forte propension à  se jeter dans les bras de l’homme providentiel, du sauveur, pour sortir du marasme. D’ailleurs, peut-être que cette fois c’est une femme.

    Michel Costadau

  • Guerre et paix

    Guerre et paix

    Aujourd’hui l’événement que je retiens c’est Gao. Alors essayons de remonter la piste, s’il y en a une. L’évènement d’avant, c’est Hollande allant recevoir des lauriers à Bamako pour son action de défense des régimes africains. Celui juste avant, c’est la première page du journal Le Monde expliquant comment la France tue sur ordre les cibles humaines qu’elle désigne. C’est-à-dire celles que Hollande désigne. Un peu avant encore, ces assassinats ciblés viennent en réponse à la tuerie de Charlie hebdo, ainsi qu’à celles qui ont suivi. Et ces tueries viennent en ligne droite de la première action de Hollande président : une campagne militaire antiterroriste, soit disant victorieuse, au Mali et justement à Gao. La poussière du désert est retombée en pluie acide.

    Voilà on a tiré la pelote et la boucle est bouclée. Sans jeu de mots, la boucle c’est celle de la corde que nous avons au cou et avec laquelle nous sommes en train de nous pendre.

    De tous les maux de notre république, un des plus catastrophique est certainement celui du pouvoir discrétionnaire de notre président. Mais bon sang qui a eu l’idée que chez nous le président décide seul de la guerre et de la paix. C’est une épouvantable régression. C’est la négation d’un siècle de conquête démocratique ou tout au moins de réflexion démocratique.

    Bien sûr, Hollande n’était pas obligé de faire ça le premier jour de son mandat. Clairement il en porte seul, pour une fois, la responsabilité. Mais nos institutions le permettent et beaucoup s’en sont félicité. Qui plus est, cet acte est clairement la marque des débutants, comme pour ses prédécesseurs et sûrement ses successeurs. Comme moi, vous avez noté que tous les nouveaux élus font une grosse bêtise au lendemain de leur élection. C’est Chirac qui demande un nouvel essai nucléaire, inutile en plus. C’est Sarkozy qui lance le programme de l’identité nationale, non suivi d’effet d’ailleurs, et c’est Hollande qui monte une expédition militaire, inutile en plus.

    Comment, après deux siècles de massacres mondiaux de grande ampleur peut-on encore faire confiance à qui que ce soit pour être l’homme providentiel, l’homme éclairé, l’homme de la situation, celui qui va résoudre tous les problèmes et entre les mains duquel le peuple remet sa destinée. La lignée des prophètes, des sauveurs, du surhomme et du génie est une sombre mascarade depuis des milliers d’année. Nous avons appris, durement hélas, que seules les institutions par leur encadrement des actions individuelles sont porteuses d’un tout petit peu de modération et de réalisme. Oh elles n’empêchent pas tous les écarts, mais elles donnent un filet qui maintient les actions individuelles dans une certaine mesure.

    Réfléchissez ! qui d’entre vous donnerait aujourd’hui les pleins pouvoir à Hollande s’il les demandait. Personne bien sûr. Eh bien pas de bol car il les a déjà. Alors pourquoi les demanderait-il ? Qu’avons-nous fait ? Qui nous a menti, trahit, égaré  à ce point. Hélas, c’est nous même. Nous nous mentons en croyant qu’untel est meilleur candidat qu’un autre, nous nous trahissons en ne jurant que par un seul contre les autres. Nous nous égarons en opposant les candidats les uns aux autres. Notre seul rôle est de bâtir les institution qui nous protègent. Nous ne le faisons pas, alors ne cherchons pas plus loin. Pas besoin de jouer le match, nous l’avons déjà perdu.

    Michel Costadau

  • Pourquoi l’autoroute n’est pas faisable

    Pourquoi l’autoroute n’est pas faisable

    Deuxième saison.

    A l’attention de messieurs les membres de la commission d’enquête.

    Vous avez l’importante mission de recueillir les arguments en faveur ou en défaveur du projet présenté. Ce n’est pas du tout un vote et ce n’est pas l’opinion de chacun qui est demandée, mais la réflexion qu’il développe sur les avantages, inconvénients ou lacunes de la solution proposée. La solution d’accord, mais à quel problème. Clairement, il s’agit du souhait de Castres de faciliter son accès à Toulouse. Notons que ce souhait, tout à fait légitime, est unilatéral. Je veux dire que ce n’est pas réciproque. En effet Toulouse ne demande nullement  d’améliorer son accès à Castres, préférant gérer en priorité ses problèmes de circulation et ses rocades.

    Une fois tous les arguments recueillis et restitués dans un document, il vous appartiendra aussi de formuler un avis sur la solution proposée. Et je souhaite revenir quelques instants sur cet avis. Il est clair que vous n’avez que deux choix : soit favorable avec des réserves, soit défavorable avec des motivations. Je voudrais attirer votre attention sur le fait que, si vous rendez un avis favorable, il ne se passera plus rien. Je veux dire plus rien pour l’autoroute et rien pour l’aménagement de la 126. C’est la manière la plus simple d’enterrer le projet.

     

    Rien, parce que votre avis favorable ne veut absolument pas dire que le ministère déclarera le projet d’utilité publique.

    Rien, parce que l’Etat n’a aucune obligation de consulter des concessionnaires. Une DUP devient caduque au bout de dix ans. C’est ce qui est déjà arrivé pour la 126 dans le secteur de Saïx-Castres.

    Rien, parce que la mise en place d’un nouvel exécutif repousserait encore la validation du dossier de consultation d’un concessionnaire. En effet, ce dossier devrait être remis à jour en fonction des remarques, non encore intégrées, des commissions ministérielles et des mesures gouvernementales prévisibles contre la pollution. Peut-être même avec l’intégration de quelques arguments recueillis pendant l’enquête.

    Rien, parce qu’il n’est pas du tout certain, et c’est le point fondamental, qu’il y ait un concessionnaire potentiel qui réponde. Le projet de LACT n’a aucun attrait pour un concessionnaire. Non seulement le trafic est faible, surtout celui des poids lourds qui sont loin d’encombrer l’itinéraire, mais le plus important c’est que cette liaison n’a aucun prolongement. Elle ne va même pas jusqu’à Mazamet, il s’en faut de plus de 20 km. Le prolongement jusqu’à Béziers n’est pas pour ce siècle et de plus ne créerait qu’une liaison Toulouse-Béziers qui existe déjà. Quant au demi-prolongement de Puylaurens à Castelnaudary, il n’a jamais été évoqué, puisqu’il aurait supposé de relier Castres non à Toulouse mais à l’A61, à Castelnaudary, ce que Castres n’a jamais mis en avant.

    Les concessionnaires autoroutiers sont des gens qui voient à long terme, c’est-à-dire qu’ils peuvent attendre patiemment que ça devienne rentable. Mais si aucune perspective de rentabilité ne se profile, ils n’y vont pas ou alors mettent des conditions financières extrêmement bien ficelées qui coûtent très cher aux pouvoirs publics. Vous devez savoir que la ville de Castres continue à indemniser un grand groupe pour ses parkings. De plus, il ressort du dossier que cette LACT n’aurait comme clientèle que la seule ville de  Castres et de ses environs. C’est peu pour faire des affaires avec une autoroute. Cette faiblesse se reflète d’ailleurs dans le montant exorbitant de la participation de l’Etat et des collectivités prévues dans le dossier. Bien sûr vous pourriez penser que Toulouse aussi pourrait être intéressée par cette liaison, que des entreprises toulousaine pourraient venir s’installer à Castres mais réfléchissez : en quoi seraient-elles mieux à Castres qu’à Toulouse.

    Rien, parce que la prochaine étape des constructeurs automobiles est une voiture plus autonome qui sécurisera tous les trajets. Déjà, vous le savez, le GPS permet de trouver des itinéraires évitant les bouchons et donc l’autoroute, et prend en compte le parcours de porte à porte qui est ce qui intéresse le plus l’automobiliste. De même les applications type BlaBlaCar facilitent le covoiturage même pour de petits parcours, c’est autant de véhicules en moins. De même les applications type Uber permettent de se passer de sa voiture ou de la mettre à disposition d’autres usagers. Les concessions autoroutières sont pour 60 ans et il semble bien que, bien avant ce délai, la circulation et les véhicules auront beaucoup changé.

    Rien,  parce que l’effort des pouvoirs publics n’est plus centré sur la route, mais sur la pollution : réduction de vitesse, voitures non polluantes, taxation des véhicules, ferroutage, portions de villes interdites, écotaxes ou ce qu’il en reste. Le résultat étant, dans la pratique, de diminuer la circulation.

    Rien, parce que l’avenir du développement n’est pas au déplacement des personne pour le travail mais au déplacement des informations. Déjà les employés de certaines entreprises ont un ou plusieurs jours à domicile. A quoi sert de faire 70 km matin et soir quand on peut travailler chez soi ou dans un infocentre devant son terminal en étant relié à la France entière, voire au monde. Les autoroutes modernes sont les lignes à haut débit, les réseaux téléphoniques et les réseaux sociaux. C’est là que les entreprises et l’Etat investissent. Les autoroutes automobiles rentables ont déjà toutes été faites.

     

    En conséquence, il me paraît franchement contre-productif que vous puissiez rendre un avis favorable. Bien au contraire, si vous rendez un avis défavorable, ce qui ne préjuge en rien de la décision de l’Etat, vous incitez les pouvoirs publics à ne pas rester bloqués sur cette seule solution autoroutière passéiste. Vous rendrez ainsi possible un aménagement de la 126 par tranches, qui pourrait débuter rapidement c’est dire tout simplement débuter. Et résoudrait une demande de mars 1994.  Et oui, 23 ans de perdus déjà. S’il vous plaît n’en rajoutez pas. Merci.

    Michel Costadau

  • Pourquoi l’autoroute n’est pas la solution

    Pourquoi l’autoroute n’est pas la solution

    Comme beaucoup d’entre vous je me demande ce que je peux bien écrire dans l’enquête publique sur la LACT. Certes mon avis je le connais, mais ce n’est pas mon avis qui est demandé mais mes arguments. Les arguments il y en a plein, cependant je trouve qu’énoncés sous forme de liste ils manquent un petit peu de liant. Alors je me suis dis : comment ferait un avocat ? Sa plaidoirie ne se présente pas du tout comme une liste de ce qui est pour ou de ce qui est contre. Non il reprend tous les faits et essaie d’introduire le doute dans l’esprit des juges pour les amener à ses convictions. En fait il argumente, il cherche à créer une relation afin de présenter sa vision comme logique, naturelle, évidente. Alors commençons.

    Souvenez-vous messieurs, la première motivation pour une autoroute concédée c’était la rapidité de mise en œuvre. En effet, en quinze ans il n’avait été réalisé sur fonds publics que deux petits tronçons à quatre voies autour de Puylaurens et de Soual. La pauvreté nationale en était la cause et à ce rythme-là le tracé entier aurait pris une éternité. C’était le leitmotiv des édiles et ont alors surgi les slogans autoroute 2013, puis 2015, puis 2017, puis plus rien. Clairement, la rapidité de la solution autoroute s’est évaporée, ce qui a commencé à susciter le doute. En même temps, une fois le projet autoroutier porté par les décisions ministérielles, il a eu un effet pervers inattendu : plus aucuns travaux  sur la 126. Je n’irai pas jusqu’à dire que cette situation arrangeait bien l’Etat mais, en tous cas, elle lui permettait de justifier le fait de ne plus dépenser un centime sur l’itinéraire. Et pourtant la nécessité de l’amélioration se faisait de plus en plus criante : accidents dont certains mortels, ralentissements, feux rouges, mais rien n’a été fait. Disons pourtant que la suppression du feu de Saïx n’aurait pas coûté une fortune.

    Alors, le second argument des partisans de la solution autoroutière était bien sûr la rapidité de déplacement. Cependant la quantification de cette rapidité n’a jamais été claire à cause du point d’arrivée sur l’A68 et la rocade toulousaine. Certes en milieu de journée le gain aurait été mesurable, mais comme les utilisateurs se concentrent  le matin, le gain devenait plus qu’aléatoire, ce qui a conduit d’ailleurs une partie du trafic à se reporter sur l’ancienne 126 par Saussens, voie naturelle vers le Sud de Toulouse.

    Néanmoins, on peut dire sans contestation que l’amélioration de la route est une nécessité partagée par tout le monde et il est certain que l’autoroute par sa structure même : pas de double sens, pas de croisements, améliore la  sécurité. Cette amélioration est notable et permet du coup une augmentation de la vitesse autorisée. Seulement elle ne concerne, évidemment, que ceux qui l’utilisent, et il est donc difficile de comparer l’accidentologie actuelle à celle de l’autoroute, car il faudrait lui ajouter celle du trafic conservé par la  126,  foncièrement local.

    En effet, il vous faut savoir aussi, messieurs, que le trafic sur la 126 est principalement de transit, c’est-à-dire que ceux qui font le parcours d’un bout à l’autre sont les moins nombreux. En conséquence, le gain de temps potentiel ne concernerait qu’une partie des usagers. Par contre, le trafic local se trouverait pénalisé dans l’utilisation de la 126 par les traversées de villages, actuellement contournés, ainsi que par l’obligation de passage des camions et engins agricoles. Je vous demande, messieurs, de bien vouloir garder à l’esprit cette pénalisation, car je vais en reparler.

    Restons quelques instants sur cette notion de temps de parcours. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que pour se déplacer en voiture quand on calcule l’heure à laquelle on doit partir, on ajoute toujours une marge. Cette marge peut avoir pour origine le brouillard, les vacances,  les travaux. Cependant, quand elle a pour origine ce qu’il est convenu d’appeler les bouchons, sa quantification devient difficile et l’on a tendance à l’augmenter quitte à partir plus tôt ou, bien sûr, à prendre le risque d’être en retard.

    Puis-je vous rappeler, messieurs, que le point d’arrivée d’un automobiliste n’est jamais la rocade toulousaine, qui ne présente aucun intérêt en soi mais plutôt un passage vers une destination à laquelle on accède assez souvent par la rocade et qui comprend un parcours plus ou moins long en ville. Par conséquent,  le point important n’est pas la longueur du trajet mais le calcul de la marge. Et logiquement c’est donc la régularité de la durée du parcours qui permet de prendre la marge la plus faible et ainsi d’optimiser au mieux la durée réelle du trajet. Je me permets d’ajouter avec un certain recul issu de l’expérience que le fait que le parcours Castres-rocade Toulouse-rocade prenne  60mn, plutôt que 50mn ou 70mn n’est pas un facteur décisionnel par rapport à la sécurité du trajet et à sa régularité. Et je suis sûr que vous partagez ce constat.

    Vous voudrez bien prendre en compte maintenant que, dans une solution autoroutière concédée, le principe de rentabilité est prépondérant. Ce principe demande, voire exige, une augmentation de la fréquentation, c’est à dire une augmentation du trafic sur  l’itinéraire. Et, messieurs, en sus de la tendance à la suppression de l’automobile en ville, cette augmentation conduit mécaniquement à l’accroissement du pic de trafic matinal qui est déjà la cause de ces fameux bouchons assez désagréables. Nous découvrons ainsi un nouvel effet pervers : la diminution du temps de parcours augmente la taille des bouchons et donc leur durée, annulant ainsi le gain de temps potentiel  acquis sur la première partie du trajet. Vous n’êtes pas sans savoir que l’écoulement de la circulation répond en partie à la mécanique des fluides et que pour optimiser le débit d’un entonnoir, il faut veiller à ce qu’il ne soit jamais plein mais en écoulement constant.

    De plus vous le savez, le Tarn dispose déjà d’une autoroute, gratuite certes, mais traversant un paysage assez différent de la vallée du Girou et de la dépression castraise. Il ne vous a pas échappé que sur la 126, il n’y a aucune ville comme Gaillac, mais seulement de petits villages avec un modeste point culminant à Puylaurens. Cela permet de comprendre la source du trafic local et du même coup qu’inversement les clients potentiels d’une autoroute ne se trouvent qu’aux deux extrémités ou plutôt à une : Castres.

    Restons quelques minutes sur Puylaurens qui, clairement, revendique son attachement rural, illustré par son marché, son abattoir et ses ateliers de découpe. Eh bien il en est de même de tous les villages du parcours qui ne cherchent pas du tout une dynamique citadine mais un habitat campagnard. Sachez, messieurs, que les gens de la campagne se déplacent beaucoup tant pour le travail que pour les activités agricoles, les divertissements ou l’éducation. Ainsi il y a un important tissu rural, comme en témoignent les fêtes de Lavaur ou de Puylaurens. C’est, donc sans le moindre passéisme que je vous dis que ce tissu vivant a besoin d’être reconnu, entretenu, irrigué, encouragé.

    C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à dire que, par son principe même de limitation des accès, l’autoroute est clivant et excluant puisqu’il privilégie seulement les extrémités qui ont, d’ailleurs, tendance à vivre le trajet comme un simple tunnel permettant d’éviter la campagne. La 126 est une artère qui irrigue 50 km de campagne, et plutôt que d’en réduire le débit il faut au contraire le fluidifier, le sécuriser, le fiabiliser et le maîtriser. C’est la vie d’un pays qui est en jeu.

    Bien sûr, messieurs, je sais que vous me lisez parce que vous avez un avis à donner, mais je n’hésite pas à dire que c’est plutôt une décision à faire prendre. Quelle décision me direz-vous, puisqu’aussi bien votre avis est essentiellement consultatif. Eh bien, messieurs, cette décision c’est de redonner un peu d’espoir aux habitants de Castres et vous avez la mission de faire prendre aux pouvoirs publics la décision de lancer immédiatement l’aménagement de la 126 conformément aux exigences de développement d’une agglomération et d’un pays.

    Car les habitants de cette grande cité ont été, depuis 20 ans, malmenés par les pouvoirs publics, allant de promesses non tenues en concertations sans fin. Les habitants de Castres veulent que l’on s’intéresse à eux, qu’on leur fasse voir qu’il va vraiment se passer quelque chose. Et pour cela vous avez donc non seulement des avis à recueillir, mais un immense message à délivrer : c’est celui de la fin de l’opposition ville-campagne, la fin de Castres contre la vallée du Girou, la fin des bonnes intentions et de l’incurie.

    Et là il y a urgence. Excusez-moi si j’alourdis l’aspect dramatique de la situation, mais, messieurs, je vous demande de ne pas être responsables du prochain mort sur cette route. Oh bien sûr il y aura toujours des cas inévitables où vous n’aurez rien à vous reprocher, mais il y aura aussi des dépassements dans le brouillard sans barrière centrale avec de jeunes vies trop tôt broyées ou anéanties.

    Ne nous méprenons pas, si la tendance est à la suppression des automobiles dans les villes, elles restent le seul moyen de déplacement en campagne. Même si vous n’avez pas d’origines rurales il ne vous est pas indifférent que le combat entre les villes tentaculaires et les campagnes qui se désertent a changé de couleur depuis plusieurs années. La campagne existe et veut continuer à vivre. L’avenir de la campagne ce n’est pas l’urbanisation. L’avenir du développement d’une ville ce ne sont pas les longs déplacements, mais l’équilibre entre lieu de vie, lieu de travail et environnement. Messieurs, délivrez-nous de la chimère autoroutière et mettez les pouvoirs publics au travail pour concilier les besoins de Castres et ceux de la campagne. Merci.

    Michel Costadau

  • Durée de vie

    Durée de vie

    C’est un billet un peu spécial puisqu’on mélange économie et philosophie. Economie pour proposer une approche simple et concrète de la décroissance. Philosophie pour mettre en perspective notre genre de vie et notre consommation. L’idée de base dont je veux parler est la durée de vie. Pas seulement la nôtre, mais surtout celle des produits auxquels nous sommes habitués. Habitués est peut être un grand mot puisque justement les produits se renouvellent et même de plus en plus vite. De l’aveu même de leurs concepteurs, les produits ont une obsolescence programmée. Bigre. Ca veut dire, concrètement qu’ils sont faits pour ne pas durer longtemps. C’est un sérieux problème.

    Notons d’abord que les concepts de désindustrialisation ou de décroissance ont une connotation négative puisqu’il s’agit de diminution, de réduction, ce qui n’est pas très porteur. Alors qu’augmenter la durée de vie donne l’impression de gagner quelque chose, ce qui est plus satisfaisant. Si l’on se fixait, par exemple, de doubler  la durée de vie des chaussures en cinq ans, pour la porter de deux ans à quatre ans, on aurait à la fois diminué la consommation et probablement en même temps gagné en qualité. Dans le domaine automobile, les voitures de 2018, 2020, 2022, 2024 sont déjà dans les tuyaux. Si, par exemple, on pouvait commercialiser seulement en 2022 les voitures de 2018 et 2020, on gagnerait quelques années de durée de vie des produits. Bon cela est évidemment un peu rapide et simplificateur.

    Mais le concept est là : augmenter la durée de vie c’est-à-dire d’utilisation des produits de grande consommation, serait sûrement un pas vers la décroissance.

    Seulement, sommes-nous prêts à cela ? Clairement notre genre de vie est accro à la consommation. La consommation c’est le ferment et le pilier de l’économie productiviste. Du coup, tous les moyens sont bons pour l’entretenir et la développer. Certains moyens sont directs comme la mode qui permet de renouveler rapidement les produits, la publicité qui incite à acheter l’inutile ou la technologie qui « invente » de nouvelles fonctionnalités. Certains sont indirects comme les soldes, les aides fiscales, ou les normes. Certains aussi sont pernicieux comme le bio, la pureté de l’air, le réchauffement climatique ou le tourisme. D’autres encore sont psychologiques comme la santé, eh oui se soigner c’est souvent consommer, ou les réseaux sociaux. Notons que, d’une manière générale, l’écologie est devenue un des grands pourvoyeurs de la croissance productiviste. Comment abandonner tout ça ? Il semble que nous ne soyons pas prêts à grand chose dans ce domaine. Le cogito est devenu « je consomme donc j’existe ».

    Bien sûr, il paraît possible de vivre sans trop consommer, mais c’est difficile et on devient vite marginal. De plus, nous, les grands consommateurs des pays riches, avons tendance à voir d’un mauvais œil tous ceux qui accèdent juste à la consommation. Alors substituer à la croissance du PIB celle de la durée de vie des produits n’est pas encore à l’ordre du jour. Dommage.

    Mais est il possible, au moins, d’amorcer la pompe. Ben justement y un truc auquel je pense, c’est la télé. La télé, c’est exactement le mélange de la pub et de l’information. Arrêter la télé c’est comme arrêter de fumer, tout le monde en est capable mais personne ne le fait. Alors rejoignez le club des non-télé. Nous sommes déjà 1,4 % y a de la place.

     

     Michel Costadau

  • Chances

    Chances

    Là maintenant j’aimerais bien connaître le programme de LR. Si c’est la réunion de toutes les propositions des candidats à la primaire, c’est complètement contradictoire avec des mesures et leur contraire. Si par contre c’est seulement les points communs, alors c’est l’ensemble vide. Bref, ce parti n’a pas de programme, hum, hum, alors peut-être les résultats.

    Exit, semble-t-il, le deuxième tour Juppé-Le Pen. Juppé c’est De Gaulle, Fillon c’est Pétain. Aïe, aïe aïe je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle, mais la qualification de Fillon augmenterait considérablement les chances de Le Pen. On dirait que tous les politiques ont à cœur de faciliter son élection comme un acte manqué. J’explique ça par le fait que Le Pen est tellement bien installée dans le paysage qu’elle n’a pas besoin de donner des arguments ou un programme, elle a l’adhésion d’une bonne partie de la population et ça vaut tous les discours. Tandis que les autres, tous les autres, essayent soit de lui prendre des idées, soit de se différencier d’elle. Mais ce faisant ils contribuent à sa notoriété, car ils en font la référence et ils lui donnent un rôle de pivot autour duquel tout le monde tourne.

    En fait, ils ne comprennent pas comment faire pour convaincre les citoyens de voter pour eux, alors ils essaient de copier ou de critiquer celle qui rassemble des voix presque sans rien dire. Mais si les politiques ne comprennent pas comment faire pour avoir des voix, c’est parce que c’est eux le problème. Ils pourraient avoir les meilleurs arguments possibles, ils resteraient quand même sur la touche parce que ce n’est pas de leurs programmes que les électeurs ne veulent pas mais d’eux- mêmes en tant que personnes. Notre classe politique est un cimetière, un défilé de vieux beaux, pas étonnant qu’elle ne fasse pas envie.

    Revenons à Fillon et imaginons, donc, un second tour Fillon-Le Pen. Qui va être élu ? That is the question. Déjà je ne comprends pas pourquoi Juppé reste en lice. C’est un déni de vote. Celui qui est premier a gagné,  point à le ligne. Je suppose que c’est dans l’idée de rassembler un maximum de voix de droite pour le premier tour. Mais c’est une erreur.

    En effet, dans l’hypothèse Juppé, Le Pen se trouve dans la position de porter les couleurs de l’extrême-droite et Juppé le flambeau républicain. Avec l’hypothèse Fillon, c’est lui qui va porter les couleurs de la droite conservatrice et Le Pen le drapeau populaire.  Et ça va changer pas mal de choses, parce que clairement le volet social de Le Pen est beaucoup plus attractif que la suppression de fonctionnaires  ou le retour aux 40 heures. Et peut être faut-il envisager que beaucoup d’électeurs qui croyaient en Juppé, et ont voté deux fois pour lui, préféreront voter Le Pen que Fillon. Ou ne pas voter.

    N’oublions pas non plus que Fillon c’est le Premier ministre de Sarkozy pendant tout son mandat. C’est le binôme de Sarkozy. Et pour moi il a été éliminé en même temps que lui. Et pour expliquer son score à la primaire, en fait ce n’est pas très compliqué en se reliant à cet acte manqué que j’évoque au début. Tout simplement, la droite souhaite l’élection de Le Pen, en espérant, voire en étant sûre, d’avoir un parlement de droite. Et cette alternance-là j’ai le sentiment que Le Pen n’est pas forcément contre.

    Michel Costadau

  • Illisible

    Illisible

    Alors là, l’action du gouvernement socialiste devient illisible. C’est-à-dire désordonnée, bafouillante, erratique, contradictoire et donc complètement incompréhensible.

    Dernière annonce : prolongation de l’état d’urgence jusqu’à la  présidentielle. Franchement, je ne vois pas comment une campagne électorale peut se dérouler sans meetings, sites de propagande, collage d’affiches de nuit ou de jour, visite sur les marchés, porte à porte, discours dans les rues, sur les places, textos, tweets et autres sms. Si tout cela doit être filtré et contrôlé pour s’assurer qu’aucun terroriste n’en profite pour donner des infos sur le prochain coup à ses copains, alors c’est la dictature à la tonton macoute. Si au contraire une grande souplesse était accordée et que tout soit permis, alors à quoi sert l’état d’urgence. C’est complètement illisible.

    De même, nous avons NDDL. Comment un gouvernement sur la fin pour ne pas dire en soins intensifs peut-il imaginer créer un conflit type Larzac à trois mois de son départ. C’est soit un effet de manche et une posture guerrière uniquement électorale, soit une action délibérée d’une inopportunité flagrante. Dans le premier cas, ça aurait plutôt tendance à aggraver sa situation puisqu’on sait déjà que ce gouvernement est impuissant et fait le contraire de ce qu’il a promis, mais alors ce n’est pas la peine d’en rajouter. Dans le second cas, c’est de l’inconscience qui, au risque de troubles durables, pourrait ajouter de nouvelles fractures dans son propre camp, aussi bien avec la gauche de la gauche que les écolos. Exactement au moment où le rassemblement semble s’imposer. C’est incompréhensible et tout à fait illisible.

    Nous avons aussi le coup de canif Macron. La candidature tardive de Hollande laisse libre cours à de petits sprints des velléitaires comme Valls, Macron et quelques autres. Paradoxalement, la droite a tiré les leçons de la dernière primaire socialiste, qui était la deuxième d’ailleurs, et met tous ses candidats ou presque en ligne. Alors que la gauche a déjà Mélenchon et Jadot avant même d’avoir fait sa propre primaire. Si à cela s’ajoute Macron, peut être un PC et bien sûr les deux trotskistes de service, ça ne va plus être une élection mais un casse-bouteille. Si après ça c’est Le Pen qui rafle la mise, tous ces rigolos ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes. C’est non seulement incompréhensible mais aussi suicidaire et, je le répète,  illisible.

    Parlons aussi du  lancement de l’enquête d’utilité publique de la liaison autoroutière Castres-Toulouse. Le dossier technique soumis à l’enquête vient d’être analysé par deux commissions ministérielles qui ont fait 57 demandes de corrections et d’améliorations. Qu’a fait le gouvernement ? Corriger le dossier avant de lancer l’enquête ou lancer l’enquête avant de prendre en compte les corrections ? Eh oui vous l’avez deviné, il lance l’enquête sur un dossier critiqué par ses propres services. L’enquête sera donc déclarée non concluante et on reviendra trois ans en arrière. Si le gouvernement avait voulu se ridiculiser, il ne s’y serait pas pris autrement. Cette fois, non seulement c’est incompréhensible mais vraiment grotesque. Et c’est illisible.

     Michel Costadau

  • Résultat des courses

    Résultat des courses

    Bon c’est Trump qui sera président. Certes ce n’est pas du tout une bonne chose, mais c’est beaucoup mieux pour nous que Clinton. On explique.

    Primo il faut essayer de comprendre pourquoi les médias parlent de surprise et de déception.  Pourquoi ? C’est uniquement parce que les médias nous ont intoxiqués avec leur matraquage en faveur de Clinton. Les médias sont aux mains de la finance et des lobbies et n’ont aucune envie de changement. Ils ont donc été amenés à nous faire croire que Trump avait tous les défauts : raciste, fasciste, incompétent, misogyne. Ils ont du coup occulté le charisme du personnage et ce qu’il a vraiment dit. Ça doit nous servir de leçon pour nos propres élections, puisque ce sont les mêmes médias qui monopolisent l’information.

    Ensuite, comme le dit très justement Michael Moore, le problème ce n’est pas Donald c’est Hillary. Clinton c’est l’ancienne manière de faire de la politique, qui consiste à raconter n’importe quoi uniquement pour se faire élire. Et chez nous on est bien servi avec ce genre-là.

    Bien, mais alors que va faire Trump ? Je pense que sa campagne avait pour seul but de battre Clinton et qu’il se pose maintenant  la question de ce qu’il va faire quand qu’il va commencer à s’entourer d’ « amis ».

    Economiquement, il me semble que Trump est obsédé par la Chine et les pays à faible coût de main- d’œuvre. Il va donc essayer de réduire les importations au profit de l’industrie locale. Pour les immigrés, le statut ne devrait pas beaucoup changer en terme d’emplois, mais bien sûr le modèle WASP va retrouver des couleurs.

    A l’international, on devrait constater une moindre implication américaine sur toutes les scènes mondiales en particulier au Moyen-Orient. Va-t-il chercher  à sortir de Syrie, c’est possible. On peut même envisager un deal avec Moscou dont les perdants seraient Ankara, Ryad et, dans une moindre mesure, Tel-Aviv.

    Tout cela pourrait conduire à une appréciation du dollar sur l’euro, ce que nous attendons depuis longtemps, et à une diminution de la pression militaire américaine en Europe de l’Est, ce que nous attendons aussi. Par contre, paradoxalement, la protection sociale américaine, très faible il est vrai, pourrait être améliorée et les GAFAM  pourraient perdre un tout petit peu de leur pouvoir. Hélas, la religion pourrait encore augmenter sa pression sur l’avortement, la peine de mort ou la consommation de drogues. Sûrement le nucléaire iranien sera mis sur la sellette, mais uniquement pour amuser la galerie.

    Alors bien sûr la question que tout le monde se pose c’est : est-ce que ça va faire pareil pour Le Pen. Là, il faut atterrir parce que la situation est radicalement différente. Trump a le Parti républicain, la majorité au Congrès, à la Cour suprême, dans des dizaines d’Etats, alors que Le Pen n’a que deux députés, aucun conseil régional ou départemental, personne au Conseil constitutionnel ni à la Cour d’Etat, ni à la Cour des comptes, ni au CESE.  Il est même probable que, si elle était élue, l’Assemblée resterait largement à la droite.

    Mais quand même, est-ce que l’élection de Trump aide Le Pen ? La réponse est oui bien sûr, non pas parce qu’elle aura plus de voix mais parce que les vieux candidats en auront moins. Eh oui, chez nous le problème ce n’est pas Marine, c’est Juppé, Hollande, Sarkozy et les autres.

    Mais vous le savez déjà, en tous cas je vous l’ai déjà dit, et aussi on peut se tromper.

     

    Michel Costadau