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  • Le Progrès

    Le Progrès

    C’est vrai que la mise en parallèle, dans le précédent billet, de l’automobile et du terrorisme n’est pas tout à fait évidente, mais je note malgré tout que les terroristes utilisent des voitures béliers pour faire des accidents et donc je trouve que la comparaison n’est pas si mauvaise que ça.
    Je dis cela parce que le sujet d’aujourd’hui est un peu la suite de  la semaine dernière et de sa sentence magique : « le capitalisme est complètement incapable de construire un monde vivable ».  Je développe avec une nouvelle proposition : « presque tout ce que l’on appelle le progrès est seulement la résolution des problèmes engendrés par le capitalisme lui-même ». On y va.
    Chacun sait que pour commencer les capitalistes ont vidés les campagnes pour amener des ouvriers à vivre et produire dans leurs usines créant du même coup, malgré les jardins ouvriers, la notion de consommateur. Seulement maintenant on se retrouve avec trop de monde en ville, trop de voitures, trop de clim, trop de déchets. Et donc il faut résoudre un sacré paquet de problèmes, de logement, de sécurité, de racisme, de circulation, d’ordures, de parking, de chauffage, de pollution. Problèmes qui sont entièrement laissés à la puissance publique c’est-à-dire à notre grotesque classe politique et à notre portefeuille. Idem pour le travail, parce que les actionnaires qui avant exploitaient de la main d’œuvre, maintenant ils la trouvent trop chère et encombrante. Alors ils robotisent et importent de la force de travail presque gratuite. Et l’Etat fait des dépenses incompréhensibles pour « aider ».
    Le fait de vider les campagnes a aussi permit de lancer l’agriculture industrielle dite productiviste. Avec, en un rien de temps là encore, un sacré paquet de problèmes à résoudre : les nitrates, les usines à veaux, vaches, cochons et autres poules, les abattoirs, les algues, la pollution méthanique, les poisons agricoles, la déforestation. Et même l’eau puisque l’agriculture productiviste consomme 80% de la ressource en eau de notre planète.
    En fait on se rend compte que tout ce que touche le capitalisme génère des problèmes. Par exemple, la disparition des paysans a aussi entrainé d’un coté la disparition des haies, le nivellement des champs et le développement du béton, le tout facteur d’inondations et d’un autre coté une urbanisation concentrationnaire et opportuniste avec le développement de broussailles, de friches et de  terrains vagues le tout facteur d’incendies.
    De même les « investisseurs » ont réussi la construction d’habitations dans des zones complètement impropres, entrainant du coup des catastrophes naturelles ou pas avec des dégâts en matériel et en vie humaines. Tout ça, uniquement à cause de la logique du profit.
    Alors bien sûr vous allez me dire il y a l’avion, le téléphone, internet c’est des progrès ça. Hou là on se calme. Oui il y a des inventions et il y en a eu bien avant le capitalisme et j’espère qu’il y en aura après. Ce que je veux dire c’est que le monde de l’argent a détourné les inventions pour faire du profit et non pour épanouir les hommes. Et le système financier se trouve donc avec des problèmes à résoudre, non pas liées aux inventions elles mêmes mais à la manière dont il les a gérées.  Faut-il vraiment détruire la biodiversité pour construire des aéroports. Faut-il vraiment continuer à bruler du pétrole dans des véhicules polluants. Faut-il vraiment être envahi d’ondes pour juste savoir l’heure d’une séance de cinéma. Tous les « progrès » en cours, voitures électriques, sans chauffeurs,  télétravail, le grand magasin internet relèvent plus d’une manœuvre pour cacher les problèmes que de pas en avant dans la qualité de vie sur terre.
    Si je vous dis tout ça c’est parce qu’il faut comprendre que lutter contre le capitalisme, même si ça peut éviter une partie des dégâts, ne sert pas à grand-chose puisque les capitalistes et les politiques sont cul et chemise. Il est clair qu’il faut remplacer ce système par un nouvel esprit et une nouvelle classe politique. Les idées ne manquent pas mais il est beaucoup plus difficile de changer notre mentalité que d’attendre des « progrès » du système capitaliste. Changer d’idée voilà le bon programme.
    Michel Costadau
  • Barrière médiatique

    Barrière médiatique

    Maintenant je voudrais expliquer que nous vivons dans un monde factice façonné par les médias, mais ce n’est pas facile. Bien sûr ce n’est pas le monde qui est factice, c’est l’image ou la représentation que l’on nous en donne qui ne correspond pas à la réalité. C’est d’autant plus pernicieux que, justement, cette notion de réalité est le fer de lance des médias. En fait, ils nous inventent une pseudo-réalité qu’ils veulent nous faire voir. Déjà, il est facile de comprendre que les paroles, les interviews, les témoignages sont singulièrement orientés et même les images ne nous donnent pas la réalité, en termes de causalité, de rationnel et de responsabilité. Pour cela, ils inventent les causes et les raisons. D’ailleurs, il est facile de remarquer que les images ont toutes un rapport à la violence, car ils veulent que ce soit notre quotidien.
    Pour étoffer mon propos, la première piste vient directement du contenu de ce qu’il est convenu d’appeler les infos.
    Si je regarde les titres de Orange, de Libé où du Monde, je vois que 90 % de sujets, en fait, ne nous concernent pas. Soyez sûr que je n’invente rien, je n’ai fait que du copié-collé.
    Orange.fr
    08:45 Lady Di, une fashionista qui a chamboulé la garde-robe royale
    08:41 La police de proximité va faire son retour d’ici « la fin de l’année » 
    08:27 Le Lincoln Mémorial à Washington dégradé
    08:25 Le Chilesaurus, « l’un des dinosaures les plus intrigants », révèle ses secrets
    08:00 Après Charlottesville, la pression enfle autour  
    Le Monde.fr
    09:21 Air Berlin dépose le bilan
    08:07 Les informations à retenir à 8 heures
    06:47 Venezuela : Wuilly Arteaga libéré
    05:42 Colombie : une victoire des indigènes
    04:07 Le désarmement des FARC prend fin
    02:09 Le chilesaurus, chaînon manquant ?
    Quand je dis que ça ne nous concerne pas, ça veut dire que ça se passe ailleurs, dans un espace géopolitique sur lequel nous n’avons aucune prise, et on nous apprend ainsi à n’avoir aucun pouvoir sur nos existences. Cette distanciation nous rend spectateurs impuissants, mais nous amène à ressentir quelque chose des faits qui nous sont présentés. Et ce ressenti nous aveugle et  nous empêche du coup de « penser » à ce qui se passe vraiment d’autre, en particulier pour nous. C’est à l’abri de ce bouclier médiatique que les acteurs économiques et politiques agissent chez nous en toute impunité en ne se préoccupant que de leur intérêt.
    La seconde piste vient des pans entiers du fonctionnement de notre pays qui sont totalement occultés par les institutions. En premier lieu, tout ce qui concerne la guerre et les armes. On l’a déjà dit mais on ne le dira jamais assez, la politique étrangère de la France est une zone de non-droit, où nos oligarques ont un pouvoir sans aucun contrôle. Typiquement, l’attentat d’Ouagadougou, ne peut être strictement relié à aucune opération de nos armées ou de nos services, car leurs actions sont  hors du contrôle démocratique et sont uniquement façonnées par les médias. On l’a vu aussi avec la Syrie, où il est devenu impossible de dire quel est le camp que nous défendons, ni même qui se bat contre qui en soutenant quoi ou qui.
    Une troisième piste est le contenu, tout autant occulté, des rencontres entre ce qu’on appelle les dirigeants du monde, et il y a beaucoup de rencontres et beaucoup de dirigeants. L’idée générale est qu’ils échangent des points de vue et se transmettent des messages. Seulement si ce n’était que ça, il n’y aurait aucun inconvénient à le rendre public. Mais ce n’est pas le cas. J’ai donc d’autres idées. Par exemple, l’idée qu’ils font des arrangements, des échanges, des ententes. Bombardements en Syrie ou sabordage au Venezuela. Là on comprend qu’ils ne tiennent pas tellement à ce que ce soit public, et la bonne question c’est : qui a mandaté notre gouvernement pour occuper le Mali, bombarder la Syrie ou négocier le CETA. D’ici à ce que nous allions en Corée, il n’y a qu’un pas pour lequel, comme d’habitude, on ne nous demandera pas notre avis.
    Mais c’est pas grave parce que vous êtes déjà persuadés que votre avis ne compte pas.
    Moi pas d’accord du tout.

    Michel Costadau

  • Tourista

    Tourista

    Retour des touristes en France, titre le Monde. Mais, en même temps, les Catalans ont commencé une lutte contre le tourisme invasif, à coup de tags et de blocage de terrasses de cafés. Invasif je crois que ça veut dire excessif parce que je vois bien de quoi il s’agit. Il s’agit des hordes de vacanciers. Je précise pour donner le ton que nous faisons, évidemment,  partie des envahisseurs en question, et même que l’Espagne est une destination très courue. Pour continuer, je ne vais pas parler que des Catalans mais généraliser le propos.
    Je note d’abord que cette réaction met en lumière un drôle de syndrome. Il apparaît que nous ne voulons pas les étrangers qui viennent chez nous, sans le sou, prendre notre travail, et pas non plus les étrangers qui viennent, au contraire, donner du travail chez nous et dépenser leur argent.
    C’est apparemment contradictoire. En fait pas vraiment, puisqu’on peut ne pas aimer une chose pas plus que son contraire, comme par exemple le très chaud et son contraire le très froid. Cependant, il y a une catégorie de personnes qui, elle, apprécie particulièrement les touristes : les commerçants, sans parler, bien sûr, de tout le secteur des industries du tourisme.
    En fait nous sommes en présence de l’évolution du modèle économique de la ville. Depuis fort longtemps, les commerçants ont été les chouchous des édiles municipaux, ce qui bien sûr n’a aucune explication rationnelle, sauf électorale. C’est la ville bourgeoise dans laquelle les riches et les pauvres vivent dans une grande proximité. Mais bientôt dans les faubourgs,  des cités ont été construites pour loger les travailleurs qui sont petit à petit devenu des chômeurs. C’est le modèle économique classique. Celui-ci, objectivé depuis plus de 50 ans, a tendance à dépeupler les centre-villes en chassant la population pauvre pour la pousser en banlieue afin de la remplacer  par des couches plus aisées. Ce modèle a aussi tendance à chasser les commerçants des centre-villes, les bobos préférant les espaces verts ou les aires de jeux. Bien entendu il ne s’agit pas principalement des commerces de bouche, mais surtout des petits commerçants et des artisans. Allez donc chercher un cordonnier, une mercerie ou une quincaillerie, c’est impossible. La même tendance voit les grandes surfaces et leurs galeries marchandes prendre de plus en plus de place dans les campagnes périphériques pour le malheur des agriculteurs et des amoureux de la nature.
    Seulement ça, c’est le modèle sans touristes.
    Au contraire, dans le modèle avec touristes on voit le centre-ville offrir des hébergements un peu comme les stations balnéaires ou hivernales avec des locations à la journée ou la semaine. On voit alors les commerces refleurir pour nourrir ou distraire cette nouvelle population. Beaucoup de cochonneries et de souvenirs mais du travail quand même. Evidemment, ce modèle avec touristes conduit à nouveau à faire monter les prix de l’immobilier, ce qui pousse encore les moins fortunés à quitter les villes pour les banlieues.
    Clairement, quel que soit le modèle, les petits sont chassés des villes. Oui, ne rigolez pas, c’est encore le libéralisme économique qui est à la manœuvre. Hélas, il ne faut guère compter sur lui pour nous proposer des modèles de villes démocratiques, pour ne pas dire humaines.
    Qui plus est, la campagne aussi est interdite aux pauvres, puisque les prix y sont prohibitifs. Alors que leur reste-t-il. Clairement, il ne leur reste que les taudis des villes en attente des fameuses réhabilitations de quartier. Le combat des Espagnols est donc assez juste, mais c’est, comme toujours, pot de terre contre pot de fer.
    Bon, mais alors que faire pour les vacances. Il faut peut être réfléchir à la solution américaine, où il n’y a pas de vacances et donc pas d’exode programmé. En fait on va déjà dans ce sens-là. Mais ce n’est pas dit que ça résolve le problèmes des pauvres. Beurk
    Bonnes vacances.
    Michel Costadau
  • Départ d’Yves-Marie

    Départ d’Yves-Marie

    Hommage de son frère Jean Costadau
    Bonjour,
    Tout d’abord, du fond du cœur, merci d’être venu. Vous êtes venus pour vous, bien sûr, mais aussi pour nous, la famille d’ Yves-Marie afin que nous puissions tous et chacun d’entre nous, aussi sereinement que possible, le laisser partir puisque c’est ainsi que va la vie.
    Pour lui et pour nous merci.
    Une vie de 68 années ne peux se résumer en quelques mots, mais pour nous laisser simplement un peu de temps pour nous souvenir, permettez-moi, en quelques mots, d’évoquer quelques étapes de sa vie. Je suis la personne la moins indiquée pour cela parce que je retiens peu les dates, les lieux et ce genre de choses, mais ce n’est pas grave c’est juste pour nous laisser le temps de nous souvenir.
    Yves était le dernier d’une fratrie de 3 garçons : Michel l’aîné, moi même le cadet et Yves le puîné. Michel et moi l’avons longtemps appelé notre petit frère. Pour le meilleurs et pour le pire, parce qu’un petit frère c’est aussi : « Oui, c’est mon petit frère, il ne veut pas me lâcher ». Pendant cette première partie de sa vie il a vécu, avec nous bien sur, à Paris, 9èm arrondissement, au 2 de la rue Moncey, 2èm étage. Pour nous trois la géographie du quartier se décline définitivement en fonction des rues ou habitaient nos amis, amis et amies, des adresses : des écoles, collèges puis Lycées, du local des louveteaux, puis des scouts et de la salle paroissiale avec son baby-foot et son ping-pong. Pendants des années, à nos moments de désœuvrement, nous avons contemplé de la fenêtre de notre appartement sur le trottoir d’en face, le Beurre Oeuf Fromage que tenait deux sœurs en tablier blanc et la concierge s’appelait Pauline et Yves était bien mignon sur les quelques photos qui restent de ce temps où maman nous pomponnait, cheveux en brosse, pour être bien fière de ses trois poussins à la sortie de la messe de 11h le dimanche matin et nous devions nous tenir bien droit.
    Mais cette ‘vie parisienne’ était celle que nous connaissions pendant l’année scolaire. Enfants nous passions toutes les vacances d’été dans le village de naissance de maman à côté d’Avignon. Des vacances de soleil, de mer aux Saintes Marie de la Mer et parfois de vent, le mistral. Le lien avec Port la Nouvelle est assez évident : le soleil, la mer et le vent ‘souvent’.
    C’est entre ces deux pôles que s’est passé pratiquement un tiers de sa vie.
    Après le bac et la tourmente de mai 68, Yves a eu une phase courte mais forte d’engagement politique à l’extrême gauche puis une phase ‘élevage de chèvre’, dans la région toulousaine, à la ferme dites le Rastel, longue maison basse typique du Lauragais, sur la commune de la Salvetat. Mais auparavant il y avait eu un passage par une école de théâtre, domaine auquel il reviendra plus tard et une relation forte établie avec Bruxelles. Yves était très passionné, très gentil, le plus gentil des trois, je crois que ça ne fait pas de doute, il avait hérité de la gentillesse de notre père, mais ce n’était pas une gentillesse molle, il pouvait s’emballer et il s’emballait pour un texte sublime, une pièce, un ballet, une idée politique.  La Belgique, pour nous parisiens, était à deux pas et nous allions facilement à Bruxelles pour un spectacle d’un soir. Puis une amie proche s’y est installée et cela a facilité les relations. C’est donc avec une amie Belge qu’il a vécu sa phase élevage de chèvres. Des chamoisées, charmantes à voir. Mais je crois me souvenir qu’il les a assez rapidement trouvée très espiègles pour finir par les trouver carrément insupportables.
    Je passe sur une phase chauffeur de poids lourds, après le Rastel je pense et avant la Belgique sans doute.  Chauffeur de poids lourds, Yves ? Il est clair qu’il n’avait pas le gabarit pour charger et décharger, mais à y bien regarder un poids lourd dégage de la force et une forme de beauté, deux éléments dont il avait besoin. Retrouvons-le en Belgique où il a intégré l’équipe technique des ballets du 20èm siècles, la compagnie de Maurice Béjart. Avec Béjart il a vécu des années passionnés, des tournées internationales et de grands moments en Avignon lorsque Jean Vilar a ouvert le festival à la danse. Je pense qu’Anne  parlera de ce temps là, mais je cite quand même le boléro de Ravel, en particulier avec Jorge Donn dans le rôle principal. Des ballets du 20èm siècle il est passé à l’atelier théâtral avec encore de grands moments à Bruxelles, en tournée et en Avignon. C’est dans cette période qu’il a rencontré Anne avec laquelle il a eu une fille et ensemble ils ont créé leur propre  compagnie de théâtre pour enfants : ‘Zanni’.
    Béjart, l’atelier théâtral, Zanni, sa fille : les années ont filé.
    Sa santé a commencé à décliner, il supportait de plus en plus difficilement les hivers belges. Il a dû arrêter de travailler. Il est venu s’installer à Port la Nouvelle où il a acheté une petite maison. Quand il est descendu il était fatigué, très fatigué mais peu à peu il s’est remis et il a fait son trou, comme on dit. Il a eu la chance d’avoir de bons voisins, que je remercie particulièrement au nom de toute la famille, il a établi quelques amitiés fortes, parce qu’il était très gentil et passionné, merci, merci à vous ses amis, et il a intégré une association de sécurité civile et de prévention des incendies. Cette association a été très importante pour lui. Avec ses collègues il a, en particulier, patrouillé longuement sur les routes accidentées du terroir de Fontfroide. Mais cette activité était un peu plus que cela. J’ai compris que les patrouilleurs formaient une petite communauté chaleureuse qui l’a accueilli et apprécié et il le leur rendait bien, je crois.
    La dernière année de sa vie a été envahie par la maladie qu’il a endurée avec – j’ai cherché le mot qui convenait, je n’en ai pas trouvé d’autre que le mot un peu désuet de – dignité. Première chimio puis scanner d’évaluation : pas d’évolution positive et les chimios le mettaient à plat. Deuxième chimio, scanner, pas d’évolution positive. Troisième traitement : immunothérapie, scanner pas d’évolution positive. Il a encaissé ces nouvelles, terribles, avec dignité. Il ne s’est jamais plaint de son sort. Il nous faisait part seulement de sa fatigue et de ses souffrances physiques. Peu à peu sa seule lumière est devenu sa fille. Sa femme aussi, mais surtout sa fille, son trésor, son admiration, sa réussite. Sa fille née en Belgique et qu’ils ont prénommée Aude. Une dernière fois, Yves, je polémique avec toi, et pour une fois, je suis sur d’avoir le dernier mot. Tu nous demandais toujours de protéger ta fille si fragile. Non, tu peux partir Yves, ta fille est déjà une femme.
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    Hommage de son frère Michel Costadau
    Enterrer ses parents on sait ce que c’est, on a déjà donné. Enterrer son frère c’est nouveau ça vient de sortir. C’est Yves qui a voulu commencer, comme son père exactement.
    Allez faut bien parler un peu des Costadau quand même. Nous étions trois et maintenant il en manque un. On pourrait dire c’est plus pareil. C’est vrai. Mais en fait ça fait longtemps que c’est plus pareil. Je veux dire qu’il y a eu de grands moments mais on vit plutôt sur notre lancée.
    Et pourtant pour Yves, la fratrie ça comptait beaucoup. Je crois même que pendant un temps ça a fait toute sa force. Moi il ne peut rien m’arriver : j’ai mes deux frères. Manière de dire à l’adversité : toi reste là bas si non j’appelle mes frères et ça va être réglé en 5 minutes. En plus il avait raison, nous étions soudés, fusionnels et bienveillants. Quand Yves arrivait à Bédarrides il nous disait j’ai trois questions à discuter avec vous. Et on discutait et le vin coulait et les belle sœurs montaient se coucher en attendant leurs maris. Nous étions une force, une vraie. Il faut dire qu’Yves, de la force il en avait besoin, car la vie n’a pas été très tendre avec lui. Bon.
    Bon on va pas rentrer dans les histoires de famille, mais disons qu’Yves était un idéaliste. Et un idéaliste ça a beaucoup d’envie mais pas trop de concret à se mettre sous la dent.
    Viscéralement Yves était pour la justice, la justice sociale je veux dire. De voir que les profiteurs avaient pignon sur rue au lieu d’être en prison, ça le dérangeait énormément. Ca le faisait vraiment souffrir et son impuissance était comme une plaie ouverte qui le minait.
    En fait depuis ses premiers engagements militants, il avait soif d’ordre, celui où les méchants sont détectés et punis avant de le devenir.
    En terme d’utopie Yves était pour une société juste naturellement sans qu’il soit nécessaire de se battre. Evidemment ce n’est pas la réalité mais la Belgique, au début, lui a convenu parce que c’est vrai qu’en Belgique il y a une plus grande convivialité. En plus en Belgique il a trouvé Anne et puis Aude et ça a été du bonheur. Une bonne époque.
    Et même depuis son retour en France, jamais il n’a dévié d’un iota sur la Belgique, un peu comme un Eldorado. Et pourtant c’est en Belgique qu’il a commencé à déprimer au point de devenir difficile à vivre pour sa famille. Très difficile.
    Yves était, aussi, un conteur né, capable de raconter avec tranquillité les trucs les plus incroyables. Cette aptitude venait directement de papa. Jean en a hérité un peu aussi et moi pas du tout.
    Parce que Maurice quand il parlait on ne savait jamais si c’était vrai, arrangé ou inventé. Papa en 39 a fait la drôle de guerre et ça s’est mal terminé mais, en fait, pour lui pas trop mal. Avec trois de ses copains, ils ont quittés le front, pour rattraper les Allemands qui les avaient dépassés. Alors ils ont fait 400 km à pieds en une semaine pour rejoindre Périgueux, sans changer de chaussures et en dormant dans les fossés. Pourquoi pas. Et à Périgueux alors qu’est ce que vous avez fait ? Ben comme il  n’y avait plus personne à la caserne on s’est démobilisé tout seul et on est rentré chez nous. Ben voilà c’est tout simple. Et si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé comme disait maman.
    Alors quand Yves racontait les danseurs ou les incendies de forêt, les sauvetages en mer ou les transports routiers, ça faisait rêver tout le monde. Et il avait l’aplomb nécessaire pour parler sans le petit sourire qui pourrait faire croire que c’est une blague.
    Et là, maintenant, Yves est parti discrètement comme ses parents, sans déranger personne, en laissant tout propre, tout en ordre derrière lui, pour sa fille et pour sa femme. D’ailleurs il n’aimait rien tant que ne pas déranger, faire comme s’il n’était pas là et se débrouiller tout seul. Seulement la maladie aussi s’est débrouillée et a été la plus forte. Ce qui fait que d’une certaine manière je suis content pour lui. Il ne souffre plus ni dans son corps ni dans sa tête. Il est apaisé et nous aussi. Je crois que c’est ça son message. Merci Yves. A bientôt.
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    Hommage spontané du frère de Anne, Vincent Van Rymenam, et de Marie Odile Audras
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    Hommage de sa femme Anne Van Rymenam
    Yves-Marie, je crois que tu aurais aimé entendre une dernière fois cette citation  que tu connaissais pas coeur:
    «… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
    Lorenzcio – Alfred de Musset
    Yves-Marie, mon bel étranger du sud,
    je t’ai rencontré il y a près de 40 ans, c’était au théâtre Jean Vilar à Louvain-la-Neuve, en Wallonie,  en Belgique où nous avons vécu.  Tu as travaillé avec les plus grands de la Danse et du théâtre. Tu as côtoyé Maurice Béjart, Jorge Don, avec eux, tu as fait le tour du monde.  On se retrouvait entre deux avions et notre amour grandissait.
    Tu as souvent été un travailleur de l’ombre mais surtout un être passionné, passionné de théâtre.
    Ensemble, nous nous sommes retrouvés  sur une même scène, je me souviendrai toujours de la cour d’honneur du palais des papes à Avignon.
    Nous avons fondé notre compagnie, le théâtre Zanni avec cette volonté qui t’était si chère de pratiquer un théâtre pour  tous.
    Quand notre fille Aude est née, nous avons fait du  théâtre pour les enfants.
    Tout au long de ces années, nous avons travaillé et joué ensemble. Tu as mis des étoiles dans des milliers de paires d’yeux d’enfants ! Aujourd’hui encore, je continue à faire vivre ce théâtre avec l’esprit que tu lui as insufflé.
    Quand tu as été fatigué, tu es redescendu dans ton sud qui t’était si cher.
    Tu m’as communiqué ton amour de ce  sud et c’est ici que j’ai ma maison.
    Avec toi, j’ai découvert une famille, une «belle »  famille que j’ai aimé comme la mienne.  J’ai aussi découvert ta fratrie et ce fameux esprit Costadau.
    Qu’est-ce que tu étais fier de tes frères.
    Cette fierté, tu l’as aussi transmise à notre fille qui va se retrouver bien seule sans toi.
    Yves-Marie, tu as été l’amour de ma vie, le père de ma fille.
    Tu aimais la mer,
    Avant ton dernier départ, j’ai envie de respirer profondément en conscience avec toi, avec tous ceux qui sont venus t’accompagner aujourd’hui.
    Respirer au rythme du flux et du reflux des vagues qui se déposent sur la plage…
    Une inspire profonde en t’envoyant un grand sourire.
    Une expire profonde pour t’aider à partir.
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     Hommage de sa fille Aude Costadau
    Papa, tu es parti trop tôt. Mais tu pars en me laissant fière de mon père.
    Le combat que tu as mené ces derniers mois est devenu un exemple pour moi.
    Aujourd’hui, je perds mon plus grand conseiller, mon plus grand confident, mais je ferai en sorte que tu puisses de la où tu es, être fière de moi, fière de ta fille.
    Quand j’étais enfant, pour pouvoir m’endormir tu avais l’habitude de me lire le petit prince.
    Aujourd’hui à mon tour, j’ai envie de t’en lire un extrait pour ton dernier sommeil.
    Extrait du petit prince :
    J’ai appris dit le petit prince que le Monde est le miroir de mon Ame…
    Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai.
    Quand elle est accablé, le monde lui semble triste.
    Le monde n’est ni triste ni gai il est là, c’est tout.
    Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais…
    J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement…
    « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux »
    Au revoir papa
  • Conviction

    Conviction

    La meilleure des défenses c’est l’attaque disent tous les stratèges. Je pense à ça parce qu’il est clair que nous sommes, depuis ce printemps, dans une bien mauvaise position. Nous avons poussé sur le balancier de la politique et il a été beaucoup trop loin. A force d’explications et de démonstrations nous avons réussi à balayer une partie de la classe politique mais le mouvement a pris trop d’élan et nous nous retrouvons avec une irruption massive du milieu des affaires en remplacement de nos politiciens professionnels et véreux. Je ne dis pas que c’est pire, encore moins que c’est mieux, je dis que nous devons nous défendre car il est certain que le milieu des affaires ne se soucie nullement de nous. Et clairement, la manière dont il se comporte dans le business n’a vraiment rien de reluisant.
    Alors attaquons.
    Attaquons ce président fantoche qui promet tout et rien et n’a aucune disposition pour rassembler, pour être un exemple, un modèle, un guide. Ce n’est pas quelqu’un qui pense, tout juste un fonctionnaire, comme son prédécesseur et ça n’a rien donné de bon. Il n’est en aucun cas le porteur de nos valeurs, de nos idées, de nos espérances. Il est content de lui et ça semble lui suffire. C’est un arriviste comme il en y en a partout et on n’a pas besoin de lui ici pas plus qu’ailleurs.
    Attaquons ce parlement croupion, triste émanation des openspace des multinationales dans lesquelles ce n’est pas ton avis qui compte mais le nombre de ceux que tu auras pu corrompre. En démocratie, les parlementaires sont les représentants du peuple auquel ils ont des comptes à rendre. Mais nous ne sommes plus en démocratie et non avons des apparatchiks préoccupés de leur avancement personnel, de leur barbe et de leur slim. Ils auraient du commencer par diviser par 10 les sommes que nous, oui nous, leur versons. Mais non ils ont enfilé l’habit et ils profitent, c’est tout ce qu’ils savent faire. Pas un seul d’entre eux n’est venu voir ses électeurs pour leur demander leurs avis. Eux ils reçoivent leurs ordres d’en haut, et pour commencer on ne les consulte même pas pour bien les habituer à obéir.
    Attaquons ces prétendues  réformes qui n’en sont pas parce qu’aucune n’est dans notre intérêt. Rien que des mesurettes à destination des gens aisés et des possédants. Je viens de découvrir que les achats de terres et de bois par des non-agriculteurs venaient en diminution à 75 % de l’ISF. Dur.
    Le vieux cliché que ce sont les riches et les patrons qui donnent du boulot nous a tellement été rabâché que beaucoup croient que c’est vrai. Non, non et non ce n’est pas l’argent qui donne du boulot ce sont les besoins des hommes et des femmes pour manger, se vêtir, s’amuser, se loger, voyager et même inventer, améliorer. Oui l’homme, toujours l’homme, pas les entreprises et les actionnaires. Ceux-là ne sont que des profiteurs, des sangsues que nous entretenons à grands frais.
    Attaquons ces médias dédiés à la désinformation et à la mascarade. Nos dirigeants sont le fruit des messages distillés sur les réseaux et non de l’opinion des électeurs, tant les médias sont devenus experts en manipulation, en vrais faussetés  et en fausses vérités.
    Attaquons cette Europe des lobbies qui dicte ses lois jusque sur les bancs de nos assemblées.
    Ok, ok bon mais alors ! Attaquer, attaquer c’est bien gentil oui, mais comment me direz-vous ?
    Nous n’avons pas de pouvoir, pas d’artillerie, pas de médias, pas de stratégie non plus, nous ne sommes pas organisés et avons même   un manque flagrant de crédibilité. Pour le moment nous crions dans le désert, ce qui produit peu d’effet et aurait tendance à nous décourager.
    Alors, quelle est la potion magique ?
    En fait notre seule arme c’est la conviction, notre propre et forte conviction que : oui nous ne sommes plus en démocratie, oui ce sont les riches qui font ce qu’ils veulent, oui nous ne nous défendons pas, oui l’exploitation est générale sur la terre, oui nos dirigeants nous emmènent dans une voie sans issue. Mais nous, oui nous, nous ne sommes pas vraiment convaincus. Nous faisons dans la retenue, dans le rosé : ~tout n’est pas si noir, ~on ne peut pas tout jeter, ~il y a de bonnes choses, ~il y a des gens bien partout, ~c’est pire ailleurs, ~nous avons encore le droit de vote, ~ça a toujours été comme ça. Non, non et non ça n’a pas toujours été comme ça. En vrai, nous ne croyons pas que ça pourrait être différent. Nous ne sommes pas vraiment convaincus, nous nous trouvons des excuses des faux-fuyants. Et cette faiblesse coupable est la principale force de nos  adversaires. C’est dans la tête que ça se passe, c’est dans la tête qu’il faut travailler.
    Alors convainquons-nous car personne ne se battra ou ne résistera à notre place. Ouf.

    Michel Costadau

  • Menace

    Menace

    Fête Nat, c’est quoi exactement cette fête. Je vois d’un côté des drapeaux et des hymnes, d’un autre côté des défilés militaires, et enfin des bals et des feux d’artifice. Qu’en conclure ? Dites donc mais ça ressemble beaucoup à la fin d’une guerre vous ne trouvez pas ? Une guerre annuelle qui se terminerait en juillet. Swoup. Je ne dois pas être loin de la réponse, mais non, mais non, une guerre tous les ans peut-être, mais pas une victoire tous les ans, ça n’a pas de sens. Ou alors c’est juste la fête de la guerre. Bingo. C’est ça. Vive la guerre.
    Cela dit, le problème des guerres c’est qui est le vainqueur, s’il y en a un, et qu’est-ce qu’il gagne, s‘il gagne quelque chose. Et donc regardons si la France est en guerre.
    Hélas oui nous sommes en guerre mais sans l’avoir déclarée. C’est la version moderne.
    Nous sommes en guerre contre la Syrie. Certes nous avons du mal à faire beaucoup d’actions mais nous avons des bombardiers et le personnel qui va avec et nous balançons nos bombes régulièrement sans états d’âme. Le fait que nous n’ayons pas déclaré officiellement la guerre à la Syrie se traduit par des lectures assez ambigües de notre action. D’un côté nous n’avons plus de rapports diplomatiques avec la Syrie et d’un autre côté nous avons fait une grande campagne pour que chaque village accueille son réfugié syrien. Ce n’est pas d’une grande logique.
    Mais alors quand même c’est qui le vainqueur. Euh vous pouvez répéter la question ? Nous ne sommes pas les vainqueurs, ça c’est sûr, mais nous ne sommes pas encore battus non plus. Alors victoire à la Pyrrhus en vue, comme on dit. Peut-être, mais il me semble surtout que cette guerre n’est qu’une bataille de plus dans le cadre d’une guerre plus générale. Mais quand même, est-ce que nous avons gagné quelque chose ? Aïe eh bien ce n’est pas net du tout. Clairement nous avons fait de notre pays une cible pour les extrémistes et ils ne s’en privent pas. Nous avons renforcé notre dépendance par rapport aux US, ce qui n’a que des inconvénients. Nous sommes isolés en Europe avec une Italie qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés et la Hongrie qui n’en veut pas un seul. Le bilan est loin d’être positif. Honte.
    Et nous sommes, aussi, en guerre au Mali, au Niger, au Tchad, en Centre Afrique et en RDC. Là c’est sous le label du maintien de l’ordre, i.e. du maintien de l’ordre établi afin que les dictateurs protégés puissent continuer à nous, c’est-à-dire à nos multinationales, ouvrir les portes de leur mines, de leurs champs, de leurs ressources et de leur main-d’œuvre. C’est moyen-âgeux et surtout abject. Tout cela recouvert par le manteau troué de la lutte contre le terrorisme. C’est du Bush pur et dur. Sauf que c’est du French Bush. Honte.
    Ce n’est pas encore fini, parce que nous avons aussi une force de dissuasion. Si, si, si y parait que c’est vrai. Non pas contre les terroristes, ça n’a pas l’air de marcher avec eux. Non, contre euh contre….contre, ah oui……………. contre la menace. L’instrumentalisation de l’ennemi permet  d’en faire la menace. La menace n’a pas de nom ni de lieu. Elle est partout. Mais alors nos braves têtes nucléaires dans nos redoutables sous-marins sont dirigées vers où, vers qui ? Quelles villes leur sont assignées. Toulouse ? Là c’est même plus le nucléaire qui me fait flipper, c’est qu’on ne sait pas sur quoi sont braquées nos petites bombes atomiques. En plus, le fait que ce soit automatique, informatique, robotique et programmé, c’est ça le principal danger pour moi.
    Bon appétit quand même.

    Michel Costadau

  • Départ d’Alain Galinier

    Départ d’Alain Galinier

    Ce n’est jamais drôle de voir disparaître son père. Jamais,

    Ce n’est pas facile d’apprendre le décès de son conjoint ou ex, mais alors c’est contre nature d’enterrer son fils, même s’il a déjà fait sa vie,

    Alain tu es mort trop tôt, trop jeune, trop vite,

    Une fois de plus tu nous a surpris,

    Parce que s’il y a quelque chose qui te caractérise c’est bien l’oubli de soi,

    Certains l’appellent la gentillesse, la générosité ou le courage, mais le vrai sentiment c’est que tu te comptais après les autres,

    Même si tu avais été détesté par la terre entière, que tu n’aies eu que des ennemis, Même.,

    Même alors, ce n’était pas une raison pour partir,

    A vrai dire il n’y a jamais de bonnes raisons pour quitter cette terre,

    La terre justement c’était ton domaine. Ton univers,

    Tu y posais dessus des murs, des constructions, des aménagements, avec tes mains, parfois avec des gants, vite troués, vite tu retrouvais tes mains,

    Ton contact c’était tes mains, pas pour prendre mais pour donner, des mains de maçon,

    Métier difficile que maçon, c’est lourd, ça brûle les doigts, il faut faire droit, contenir les forces du sol, du vent, de la pluie,

    Métier pénible, mais métier noble,

    Le maçon c’est le métronome du chantier, le pivot qui dit quand et comment les autres pourront intervenir,

    Et les autres, les amis, tes amis, ça c’était ta vraie richesse, ta seule richesse, ton bagage, ta marque de fabrique, ton trésor,

    Je ne les connais pas tous tes amis, mais tous ceux que je connais sont des hommes et des femmes qui comptent et sur lesquels on peut compter,

    Et pour eux tu comptais,

    Et tu comptes encore,

    En vrai, vraiment, je crois que tes amis t’aimaient et je crois que c’est la seule chose qui comptait pour toi,

    Tes amis c’était ta vraie mesure, ton mètre toujours dans la poche et tes amis toujours dans la tête et dans les yeux,

    Avec eux pas de fausse note, pas de retenue rien que du partage,

    Seulement à donner sans mesure tu t’es épuisé, tu as trop pris sur toi mais pour toi aussi il y a des limites,

    Tu t’es donné toi-même et, là, là, tu as éprouvé un peu de solitude,

    Des comme toi il n’y en a pas beaucoup,

    Alors tu as franchi la ligne, seul, et maintenant tu es de l’autre côté,

    Mais, en fait, tu le savais que tes amis seraient là, car tu n’es pas seul, tu n’es plus seul tu as tout le monde autour de toi,

    Alain nous sommes là,

    Nous sommes autour de toi aujourd’hui et nous te donnons la main, cette main qui a tant servi,

    Cette main, ta main, c’est notre lien, c’est ton dernier cadeau,

    Et nous le garderons longtemps,

    Très longtemps.

                                                                                 Michel Costadau

  • Cohabitation

    Cohabitation

    Je suis un peu surpris que personne ne parle, ni même n’évoque, la cohabitation qui est en train de se mettre en place. En fait je suis gentil quand je parle de cohabitation, parce que ça pourrait être une opposition beaucoup plus frontale, mais bien sûr ce ne sera pas le cas.

    Oh ce n’est pas du tout celle entre le président et l’assemblée ;  là c’est plutôt la lune de miel qui dure ce que chacun sait. Mais, une chose est sûre, un parlement croupion n’a jamais fait avancer un pays.

    Non je veux parler de la cohabitation avec ce qu’il est convenu d’appeler les collectivités territoriales. Il est facile de comprendre que le nouveau parti au pouvoir n’a aucun élu dans les Conseils régionaux, ni dans les Conseils départementaux, ni dans les Conseils municipaux de nos chères communes. Ni même et c’est assez marrant dans le Parlement européen.

    Maintenant si nous prenons notre région, dirigée par des socialistes patentés, élus avec un programme dit socialiste et qui comprend aussi des écolos et beaucoup de FN,  la question est la suivante : quelle est la politique de notre région.  J’ai pris un cas socialiste mais c’est la même chose  pour une région républicaine. Car, à une exception près, toutes les régions françaises sont aux mains des socialistes ou des républicains. C’est la même chose pour tous les départements, ainsi que pour les grandes villes et même les moyennes, car seuls les villages ne sont pas politisés.

    Alors, revenons à la question : quelle est la politique de notre région. La réponse est simple : aucune. Ou plutôt c’est ce qu’il est convenu d’appeler une politique régionale, ce qui ne veut rien dire, pas plus qu’une politique départementale, ou municipale. En fait ça consiste tout simplement à gérer les affaires courantes et ça ne change rien, que ce  soit socialiste, républicain ou même frontiste, sauf bien sûr pour ceux qui profitent. Bien évidemment on ne peut pas dire que le choix du tram ou du métro soit un choix politique, mais ça profite à quelqu’un.

    Maintenant le point que je veux faire ressortir c’est que cette cohabitation illustre clairement les deux étages de notre vie publique. En haut, le Gouvernement et le Parlement qui gèrent le pays depuis leur cocon, c’est-à-dire dans l’entre-soi de la classe politique et en bas nous, c’est dire les citoyens et les territoires qui  sommes uniquement le terrain de jeu des gens d’en haut. Je l’ai déjà dit, des régions et des départements sans force législative non seulement ce n’est pas démocratique mais c’est la porte ouverte à l’exploitation centralisée. Il n’y a pas de Parlements régionaux ni départementaux, il faut qu’il y en ait. Sinon nous n’avons que des gestionnaires plus ou moins qualifiés et surtout plus ou moins corrompus selon les secteurs. Pour la petite histoire, la région vient de lancer des réunions pour le futur « Parlement de ma montagne ». Bien sûr ce « Parlement » n’aura pas le moindre pouvoir législatif. Non ce n’est pas une blague c’est juste pour illustrer que le déficit démocratique, c’est-à-dire en l’occurrence l’absence de pouvoir politique des élus territoriaux, est tellement criant qu’il faut recourir à des ruses verbales pour le masquer.

    Alors, est-ce que cette dichotomie ou cette coupure politique, si vous préférez, va donner quelque chose d’intéressant ? Visiblement elle n’a réussi ni aux socialistes ni aux républicains dont personne n’a approuvé l’entre-soi coupé de la réalité, depuis vingt ans. Et il y a de fortes chances qu’elle ne réussisse pas plus à ceux qui ont voulu prendre leur place et qui se retrouvent bien seuls.

     

    Michel Costadau

  • Collusion

    Collusion

    Bien entendu je n’ai pas la télé et je ne la regarde pas, mais par contre je regarde des films en vidéos, pas toujours jusqu’à la fin mais ça peut arriver quand même. Dans le tas il y a pas mal de policiers. Et j’ai remarqué, comme vous bien sûr, que le monde des polices et le monde des mafias en fait se connaissent très bien. D’abord pour découvrir, identifier, surveiller les agissements des uns et des autres mais aussi pour mesurer forces et faiblesses des hommes eux-mêmes. Je ne me souviens pas d’avoir vu le gangster et le policier amoureux de la même personne, mais c’est tout à fait possible. Cette proximité s’explique aisément par la nécessité de connaître son adversaire. Sachant bien sûr que les gangs ont, en plus de la police, à se connaître entre eux, puisqu’aussi bien ils sont souvent ennemis. Or donc tous ces gens là se connaissent bien et l’histoire pourrait s’arrêter là, parce qu’il est établi que le chasseur sait tout sur son gibier et réciproquement.

    Seulement il y a des situations disons délicates, par exemple quand la police et un gang font, volontairement ou pas, action commune pour faire tomber un ennemi de l’un et de l’autre. Cette convergence demande une grande connivence entre les dites parties et même une entente basée sur la proximité évoquée plus haut. 

    Alors cette proximité m’interroge beaucoup, bien sûr dans le domaine policier, mais surtout dans le domaine financier et politique. C’est la notion de collusion qui est en jeu. Collusion n’est pas corruption mais c’est du même genre, ou tout au moins le premier pas.

    En fait c’est surtout le domaine financier que je veux évoquer. Et par exemple je me suis demandé pourquoi les SCOP, cette forme d’entreprise non capitalistique, n’avaient qu’un succès très limité et en général de courte durée. Cette création ou reprise d’une entreprise par ses salariés a pourtant des vertus rares et attractives. Pas de dictat des actionnaires que sont aussi les salariés, pas de  spéculation des financiers, des relations égalitaires genre un homme une voix et une responsabilité partagée. Rien que du bon en fait. Et pourtant ça a du mal à attirer et du mal à durer. Pourquoi ? Aïe Aïe Aïe.

    En fait il est assez simple de constater qu’il s’agit d’un manque de collusion. Clairement, les SCOP ont un fonctionnement basé sur le tissu relationnel d’une équipe. Ce n’est pas une question de gens qui s’aiment bien, qui se sont embauchés les uns les autres, non c’est simplement une histoire de choix, le choix d’une équipe de faire fonctionner ensemble une entreprise. Cette équipe a en fait un fonctionnement interne fort mais par nature elle est peu reliée au monde capitaliste, en particulier dans le domaine de la finance. Bien sûr elle a des relations avec les acteurs : banque, pouvoir public, marché, mais ces relations relèvent plus du mode client-fournisseur que du mode main dans la main et discrète amitié. Une chose est de bien connaître son banquier et de déjeuner avec lui, une chose est de faire partie de « la famille » du banquier, genre intérêts croisés ou benoitement parrain du garçon ou de la fille. Idem pour intéresser les investisseurs : une SCOP c’est presque rebutant car non seulement ça ne maximise pas le rendement des placements mais ça recherche plutôt un fonctionnement global harmonieux ou presque. Et puis ces gens qui donnent leur avis sur un peu tout et même que l’on consulte fréquemment ça ne permet pas de faire des affaires entre soi. Eh oui les affaires se traitent en famille.

    Mais nous, nous ne faisons pas partie de la famille.

    Michel Costadau

  • Le camp du vainqueur

    Le camp du vainqueur

    Longtemps, mais alors vraiment longtemps, c’est-à-dire depuis plus de trente ans, je me suis demandé comment à la fin de la guerre les Français avaient pu passer en quelques mois de collabos à résistants. C’était pour moi un total mystère.

    On avait deux époques tranchées au couteau. La période pendant, où Pétain n’avait que des soutiens et était accueilli partout en France à bras ouverts. Et puis on avait la période après, où il n’y avait que des résistants et où personne n’était encore ou même n’avait jamais été pour le régime de Vichy. Le problème, c’est que ces deux périodes n’avaient pas vingt ans d’écart mais s’enchaînaient directement l’une à l’autre.

    Cela me surprenait et je n’y comprenais rien.

    Clairement, la France a fonctionné pendant plusieurs années avec un régime qui depuis a été qualifié de fasciste. Mais à cette époque-là c’était un régime normal, un régime normal d’occupation. Il y avait les services publics, l’école, les fêtes de village, les gendarmes, l’entretien des routes et mêmes des élections locales. Et donc des élus, mais aussi des préfets et des fonctionnaires. Le tout bien sûr sous domination militaire allemande, mais apparemment ça ne gênait pas grand monde. Certains se sont même bien enrichis. Et tout marchait très bien.

    Tout aussi clairement, De Gaulle a été accueilli comme un libérateur et c’était à qui lui ferait le plus de courbettes. D’un seul coup le pays n’a compté que des résistants, intrépides, courageux, nombreux et déterminés. Bien sûr il a fallu trouver quelques brebis galeuses pour défouler la vindicte populaire, mais c’était vraiment l’exception pour confirmer la règle. Tous les collabos étaient devenus des résistants.

    Pour ceux qui auraient le sentiment que j’exagère je crois, au contraire, que je suis en dessous de la vérité.

    Alors, alors, alors j’ai enfin trouvé quel était le ferment de cette alchimie et ça s’appelle le syndrome du camp du vainqueur. En d’autres termes, la population, on dit aussi le peuple, n’a pas de valeurs, de croyances ni de moralité. Le peuple n’a pas le sens inné de ce qui est bon pour lui, le peuple n’a qu’un seul comportement : être toujours du coté des vainqueurs.

    Et si nous revenons à la dernière guerre, les actions barbares de purification ethnique qui ont eut lieu, n’ont été possible qu’à cause du respect par la population du camp du vainqueur. Quand la victoire a changé de camp, le peuple a lui aussi changé de camp. C’est comme ça.

    D’une manière plus large, voilà que ça explique aussi pourquoi il y a eu beaucoup et il y a encore des guerres, eh oui les guerres ça sert à ce qu’il y ait un vainqueur. Et le vainqueur par un coup de baguette magique obtient l’adoration des vaincus et leur servitude. Nos peuples sont des peuples de vaincus qui encensent leurs vainqueurs. En plus, le peuple, mais je préfère quand même dire la population, n’est pas fidèle et même plutôt versatile. Dès que le vent tourne, la population aussi.

    Nous avons la même situation avec notre pauvre élection présidentielle. La population était prête à infliger une déculottée à Hollande et, magiquement, elle encense son successeur. Cherchez l’erreur. Pourquoi ?  parce que ce successeur a été désigné dès le début comme le gagnant. C’est exactement le syndrome du camp du vainqueur. Et on entend déjà la même musique pour les législatives alors qu’il est, encore, impossible de prévoir combien il y aura de triangulaires voire de quadrangulaires et ce qui en sortira.

    Je n’ai pas encore réfléchi à comment contrecarrer ou au moins commencer à lutter contre ce syndrome, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a du boulot.

    A vrai dire j’ai déjà commencé à résister, oui, et c’est en n’ayant pas la télé et tout ce qui va avec, car elle ne vante que les mérites du vainqueur. Cela je l’ai toujours senti mais je ne savais pas que c’était une question de survie. Oui parce que le syndrome du vainqueur ne demande pas obligatoirement une guerre. De nos jours, il suffit que le vainqueur soit construit, introduit, validé puis intronisé par les médias. Les médias sont l’arme moderne, plus besoin de chars, les infos suffisent et rendent les élections caduques car le peuple choisira toujours le vainqueur et pas son propre bien. Même si le vainqueur est complètement fabriqué artificiellement, le peuple le choisira, il a toujours fait comme ça.

    Mais une autre réflexion doit aussi être menée : notre régime actuel a-t-il des comportements barbares comparables à ceux de Vichy ? Et la réponses est oui. Les massacres de migrants, les guerres pétrolières, l’exploitation des enfants, les produits frelatés sont notre quotidien. Nous sommes bel et bien au courant, mais c’est la politique que pratique le vainqueur, car aujourd’hui le vainqueur est mondial alors nous ne disons rien, nous ne faisons rien. Et le vainqueur continue ses actions barbares parce que comme toujours nous respectons le vainqueur. Et tristement nous attendons le prochain. Anne ma sœur Anne ne vois tu rien venir ?

    Michel Costadau