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  • Chantage

    Chantage

    Y a une espèce de malaise qui est en train de s’étendre dans la sphère politique, pas exactement un malaise mais comme une image qui devient de plus en plus floue, au point de se demander si ce n’est pas, tout simplement, un défaut de vision. Ce malaise vient de la perte d’un repère basique à savoir celui de majorité. Qui vient lui-même d’un vice de forme de notre régime, qui est l’inversion électorale entre législative et présidentielle. Pour le moment, notre président est élu dans le vide c’est-à-dire sans le moindre moyen d’appliquer un quelconque programme. Tant que l’élu était membre d’un parti et plus ou moins choisi par lui, on pouvait dire qu’il avait une majorité implicite, à concrétiser quand même, mais cernable. Mais quand l’élu est réellement un électron libre, seulement entouré de son conseil d’administration, alors ça devient pitoyable parce que vu qu’il est à poil, la course pour trouver un pantalon ressemble à un vide grenier dans lequel tout le monde met ce qu’il a de plus moche dans la rue, pour être offert au public.

    Et ce malaise atteint d’abord les candidats qui ne savent pas trop s’ils font partie, sans jeu de mots, de leur parti ou du président. C’est angoissant. Les seuls qui sont à l’aise dans leurs baskets sont ceux de Mélenchon et de Le Pen. Pour eux c’est clair, il y a adéquation entre le candidat à la présidence et le candidat à la députation. Pour les autres, bien que je sois sûr qu’ils ne m’écouteront pas, je leur donnerai le conseil de passer à l’acte c’est-à-dire de se regrouper dans le PS/LR dont je parle depuis longtemps.

    Ce malaise atteint aussi les électeurs, parce que donner une majorité à un président ne veut pas dire grand-chose, à supposer, bien sûr que nous soyons en démocratie. En fait, seul le fait de donner une majorité à des partis a un sens, puisque le moteur de la politique est encore et toujours le programme et c’est le vrai visage de la démocratie. Effectivement, après la déferlante présidentielle, les candidats députés sont en gros des inconnus et seul le programme qu’ils défendent devrait être pris en compte. Or donc les électeurs ne savent pas ce qu’ils doivent voter, puisqu’en théorie on vote pour ses idées, en général défendues par un parti. Mais quand on ne sait pas quel parti combattra ou soutiendra le président, ça devient difficile. C’est même cornélien, je t’aime donc je ne vote pas pour toi. A nouveau, seuls Mélenchon et Le Pen ne déboussolent pas leurs électeurs, ce qui est cependant une bien maigre consolation.

    Et ce malaise atteint aussi les politologues qui sont chargés de transmettre aux médias les messages des élus, ou plutôt des dirigeants, c’est plus clair. D’abord les politologues sont laminés par le rouleau compresseur médiatique, exclusivement au service du président, qui est l’élu au sens miss-France du terme. Ensuite les transmetteurs de pensées voudraient bien vanter un renouveau de la vie politique, mais force leur est de constater que ce sont encore et toujours les mêmes, un peu comme un tiercé mais dans le désordre cette fois, ce qui évidemment ne change pas grand-chose. Bien sûr ils n’osent pas dire la réalité, qui est que les électeurs sont pris en otage par la présidentielle, et qu’ils sont victimes d’un chantage à la majorité. Car c’est vrai que le besoin de majorité a été rentré en force dans les gènes des électeurs. Alors que la démocratie c’est le contraire, c’est l’exercice de la pluralité. Mais les politiques tiennent seulement à leur pouvoir.

    Alors on a déjà eu le hold-up médiatique de la campagne présidentielle, puis le chantage à Le Pen pour le second tour et maintenant on a le chantage à la majorité pour les législatives. Ce n’est plus un président que nous avons, c’est un chef de gang.

    Pourtant la réalité est claire et précise : les électeurs se sont répartis en quatre courants qui font chacun à peu près 20%. Nous devrions donc avoir un parlement réparti en 4 parts. C’est alors seulement que peut commencer le travail de discussion, d’échange, d’argumentation, de recherche de meilleure solution, qui permet à chacun d’apporter sa contribution à l’édifice commun.

    Et de revenir à la démocratie. Mais le chemin est encore long, surtout quand on n’est pas sur la bonne route.

    Michel Costadau

  • Le camp du vainqueur

    Le camp du vainqueur

    Longtemps, mais alors vraiment longtemps, c’est-à-dire depuis plus de trente ans, je me suis demandé comment à la fin de la guerre les Français avaient pu passer en quelques mois de collabos à résistants. C’était pour moi un total mystère.

    On avait deux époques tranchées au couteau. La période pendant, où Pétain n’avait que des soutiens et était accueilli partout en France à bras ouverts. Et puis on avait la période après, où il n’y avait que des résistants et où personne n’était encore ou même n’avait jamais été pour le régime de Vichy. Le problème, c’est que ces deux périodes n’avaient pas vingt ans d’écart mais s’enchaînaient directement l’une à l’autre.

    Cela me surprenait et je n’y comprenais rien.

    Clairement, la France a fonctionné pendant plusieurs années avec un régime qui depuis a été qualifié de fasciste. Mais à cette époque-là c’était un régime normal, un régime normal d’occupation. Il y avait les services publics, l’école, les fêtes de village, les gendarmes, l’entretien des routes et mêmes des élections locales. Et donc des élus, mais aussi des préfets et des fonctionnaires. Le tout bien sûr sous domination militaire allemande, mais apparemment ça ne gênait pas grand monde. Certains se sont même bien enrichis. Et tout marchait très bien.

    Tout aussi clairement, De Gaulle a été accueilli comme un libérateur et c’était à qui lui ferait le plus de courbettes. D’un seul coup le pays n’a compté que des résistants, intrépides, courageux, nombreux et déterminés. Bien sûr il a fallu trouver quelques brebis galeuses pour défouler la vindicte populaire, mais c’était vraiment l’exception pour confirmer la règle. Tous les collabos étaient devenus des résistants.

    Pour ceux qui auraient le sentiment que j’exagère je crois, au contraire, que je suis en dessous de la vérité.

    Alors, alors, alors j’ai enfin trouvé quel était le ferment de cette alchimie et ça s’appelle le syndrome du camp du vainqueur. En d’autres termes, la population, on dit aussi le peuple, n’a pas de valeurs, de croyances ni de moralité. Le peuple n’a pas le sens inné de ce qui est bon pour lui, le peuple n’a qu’un seul comportement : être toujours du coté des vainqueurs.

    Et si nous revenons à la dernière guerre, les actions barbares de purification ethnique qui ont eut lieu, n’ont été possible qu’à cause du respect par la population du camp du vainqueur. Quand la victoire a changé de camp, le peuple a lui aussi changé de camp. C’est comme ça.

    D’une manière plus large, voilà que ça explique aussi pourquoi il y a eu beaucoup et il y a encore des guerres, eh oui les guerres ça sert à ce qu’il y ait un vainqueur. Et le vainqueur par un coup de baguette magique obtient l’adoration des vaincus et leur servitude. Nos peuples sont des peuples de vaincus qui encensent leurs vainqueurs. En plus, le peuple, mais je préfère quand même dire la population, n’est pas fidèle et même plutôt versatile. Dès que le vent tourne, la population aussi.

    Nous avons la même situation avec notre pauvre élection présidentielle. La population était prête à infliger une déculottée à Hollande et, magiquement, elle encense son successeur. Cherchez l’erreur. Pourquoi ?  parce que ce successeur a été désigné dès le début comme le gagnant. C’est exactement le syndrome du camp du vainqueur. Et on entend déjà la même musique pour les législatives alors qu’il est, encore, impossible de prévoir combien il y aura de triangulaires voire de quadrangulaires et ce qui en sortira.

    Je n’ai pas encore réfléchi à comment contrecarrer ou au moins commencer à lutter contre ce syndrome, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a du boulot.

    A vrai dire j’ai déjà commencé à résister, oui, et c’est en n’ayant pas la télé et tout ce qui va avec, car elle ne vante que les mérites du vainqueur. Cela je l’ai toujours senti mais je ne savais pas que c’était une question de survie. Oui parce que le syndrome du vainqueur ne demande pas obligatoirement une guerre. De nos jours, il suffit que le vainqueur soit construit, introduit, validé puis intronisé par les médias. Les médias sont l’arme moderne, plus besoin de chars, les infos suffisent et rendent les élections caduques car le peuple choisira toujours le vainqueur et pas son propre bien. Même si le vainqueur est complètement fabriqué artificiellement, le peuple le choisira, il a toujours fait comme ça.

    Mais une autre réflexion doit aussi être menée : notre régime actuel a-t-il des comportements barbares comparables à ceux de Vichy ? Et la réponses est oui. Les massacres de migrants, les guerres pétrolières, l’exploitation des enfants, les produits frelatés sont notre quotidien. Nous sommes bel et bien au courant, mais c’est la politique que pratique le vainqueur, car aujourd’hui le vainqueur est mondial alors nous ne disons rien, nous ne faisons rien. Et le vainqueur continue ses actions barbares parce que comme toujours nous respectons le vainqueur. Et tristement nous attendons le prochain. Anne ma sœur Anne ne vois tu rien venir ?

    Michel Costadau

  • Gelée noire

    Gelée noire

    Il est clair que le principal événement de ces dernières semaines a été ces trois jours de gelée matinale qui ont fait des dégâts qu’on n’avait pas connus depuis longtemps. Pour les viticulteurs, arboriculteurs, pépiniéristes, maraîchers, c’est une perte sèche de leurs revenus qui se profile. Personnellement, en tant que céréalier, il n’y a, touchons du bois, aucune incidence. Blé et orge n’ont rien ressenti, les pois chiches et les féveroles non plus. Le tournesol était semé mais pas encore né et le soja pas encore semé. Par contre, autour de la maison ce n’est pas pareil. Les figuiers n’ont plus de feuilles, les noyers non plus. Même les jeunes acacias ont flambé et certaines pointes d’asperges ont roussi. Au verger, les cerises sont noires, les pommiers n’ont plus aucun fruit et idem pour les pruniers. Seuls les poiriers semblent avoir bien supporté et le cognassier a encore quelques fruits.

    Mais restons sur les viticulteurs, bon alors c’est allo maman bobo : envoyez les aides.

    Eh oui on a déjà eu l’impôt sécheresse, les calamités naturelles pour les inondations et des milliers de plans d’aide pour le cochon, le canard, le blé ou la grêle. Alors pourquoi pas le gel.

    Cette attitude me gêne un peu, parce que quand on ferme une entreprise et ses usines, et ça doit être autour d’une par jour en ce moment, certes on donne quelque chose aux salariés, mais les actionnaires perdent tout : actions, pouvoir, voire même un peu d’argent. Alors, sans la moindre ambigüité, il est absolument impossible de pleurer sur le sort des actionnaires. Rien ne les a obligés à investir leurs euros dans des projets. Et d’ailleurs, dans la majorité des cas ils font le jackpot, ce qui leur permet de continuer. Ce n’est bien sûr pas le cas des salariés dont la dépendance au marché du travail est totale, marché créé par ces mêmes actionnaires. Et les viticulteurs, comme tous les agriculteurs – on n’ose plus dire paysans – sont des actionnaires, souvent le seul et souvent même pas en société, mais ça ne change rien à leur statut. 

    Bien sûr, il y aussi l’assurance comme solution. Ce système a l’avantage d’être au cas par cas, contrairement aux aides qui sont générales, mais c’est onéreux et il y a une franchise. C’est d’ailleurs une des orientations de la PAC de faire de l’assurantiel, mais pas encore en vigueur. Seulement les assurances c’est le contraire d’une aide : c’est une charge, qui va donc se répercuter sur les prix.

    Techniquement, contre le gel il y a aussi des systèmes de protection, en particulier pour les vergers. Pourquoi pas pour les vignes. Je ne crois pas qu’il y ait de contre-indications. Dans ce cas là une aide a ses vertus pour inciter à s’équiper. L’Europe, hors PAC, aime bien ce genre de concept d’aider les gens à investir parce que ça fait marcher le commerce.

    Mais il y aussi une autre solution toute simple : ne rien faire. Cette idée me plaît assez, d’une part parce qu’il semble difficile de s’engager dans le cercle vicieux de protéger l’agriculture de tous les aléas et d’autre part parce que, qu’on le prenne par n’importe quel bout, c’est toujours le consommateur qui paye les aides. En plus, ne rien faire a comme vertu d’obliger les gens concernés à se défendre, voire à s’auto-organiser. Vous allez me dire que c’est ce genre de regroupement professionnel qui a conduit aux aides que nous connaissons. C’est vrai parce que ça a été porté au plan national et instrumentalisé par les politiques. En fait moi je pense plutôt à des actions purement de terrain concernant des gens qui se connaissent et ça existe déjà un peu, comme une solidarité locale. Parce que là où les gens s’entendent, les intempéries et les politiciens n’ont plus aucun pouvoir. Seulement, vous le savez, tout le travail des politiques consiste justement à ce que les gens ne s’entendent pas, à commencer par eux, car le compromis c’est-à-dire l’intérêt général n’est plus ou pas encore dans leurs gènes. Est-ce qu’on pourrait penser à changer ça ? 

     

    Michel Costadau

  • Rien

    Rien

    Ce soir, lorsque la farce sera terminée, que le rideau sera tombé, tous les spectateurs rentreront chez eux pour s’apercevoir que rien n’a changé. Enfin rien c’est-à-dire seulement le nom du président. C’est comme le plat du jour : on a l’impression que ça change mais ce sont toujours les mêmes qui reviennent. Semaine prochaine même réveil, mêmes voitures, mêmes bruits des voisins. Demain même école, même bus, même jardin, même sécheresse. Et même impuissance. Ce n’est pas en montant un grand barnum tous les 5 ans que le sentiment démocratique peut se développer et se maintenir.

    Rien n’a changé parce que c’est le but de la manœuvre. Il faut à tout prix éviter un retour à la démocratie parce que ceux qui pillent la planète et nous enferment dans la prison médiatique n’ont pas envie de s’arrêter, ni de se remettre en cause, ni de laisser un peu de pouvoir. Ni-ni rien.

    Mais quand même si, un tout petit quelque chose a changé : un petit nombre de personne de plus ont pris conscience que ce n’est pas le choix d’un président qui permettra le retour à la citoyenneté.

    Non, la réforme des institutions, la fin du système présidentiel, le rétablissement d’une démocratie parlementaire pluraliste ne peuvent pas être obtenus par le choix d’un nom. C’est cela que quelques citoyens de plus ont compris. Ce nombre est petit mais un peu plus grand qu’avant. Ce n’est pas grand chose mais c’est un ferment, une levure qui va pouvoir pousser, qui va irriguer la population, par l’éducation, l’explication, la résistance.

    Bien sûr nous ne sommes pas dans le domaine des sciences exactes, nous somme dans l’humain, dans le sentiment, dans le malléable. Et l’ennemi est puissant parce qu’il est aussi un peu en nous. Il n’y a pas de frontière à la pensée, à la conscience, il y a un grand patchwork où nous nous tenons les uns les autres par un lien parfois fort comme un arbre et parfois faible comme une tige de roseau. Mais ce lien par les opinions est la seule arme que nous pouvons déployer. C’est notre lien, c’est notre arme.

    Lent mais irréversible, étape après étape, le mouvement de prise de conscience se développe dans le monde et aussi dans notre pays. Ce n’est pas une ligne droite mais une succession de  hauts et de bas dont le sens général est quand même ascendant. Un haut avec Iglésias et un bas avec Trump, un haut avec Lula et un bas avec Sissi, Un haut avec Mélenchon et un bas avec Macron.

    En fait, la photo n’est pas en noir et blanc : démocratie ou pas. Elle est en couleur, car nous avons encore quelques institutions, encore quelques bribes de représentation populaire. Alors la question c’est plutôt : voyons-nous dans la démocratie qui nous reste  un rempart contre les excès du pouvoir, d’un pouvoir qui pourrait être  Le Pen ou Fillon, où n’avons nous plus confiance du tout et avons-nous surtout peur de ne pouvoir résister à des hypothétiques déferlements de haines et de vengeances.

    Seulement si nous avons peur ça veut dire que nous sommes déjà au-delà de la démocratie, mais alors pourquoi voter.

    Ceux qui veulent briser notre confiance dans nos lois et dans nos résistances et veulent nous culpabiliser parce que nous ne votons pas, sont les fossoyeurs de notre démocratie, en sursis certes, mais encore démocratie. Vraiment le sens même du vote a été travesti. Normalement le vote est là pour indiquer ce que nous ne voulons plus, ce que nous voulons changer dans notre situation actuelle. C’est pour cela que les citoyens ont conquis le droit de s’exprimer. Mais aujourd’hui le vote a été transformé en ce dont nous avons peur pour le futur. Comment, eh bien tout simplement grâce à la création d’un repoussoir avec un niveau de nuisance imaginaire entretenu par les médias.  

    Nous disons clairement que cette élection présidentielle avec deux candidats pour le second tour – pourquoi pas trois, posez-vous la question ?- n’est pas démocratique. Y participer c’est aller contre la reconquête de notre propre pouvoir.

    Et vouloir nous obliger à voter en caricaturant le danger que  représente l’un des candidats est irresponsable. Non Le Pen n’est pas plus dangereuse que Fillon, que Sarkozy ou Hollande. Les charters de la honte existent depuis de longues années.  Les victimes du trafic méditerranéen de migrants se chiffrent en dizaines de milliers, peut-être en centaines. Les centres de rétention, le contrôle au faciès, les cités, les expulsions de Roms, ce n’est pas demain, c’est notre quotidien. Acceptons-nous huit détenus dans des cellules faites pour trois ? Oui ou non. Si nous l’acceptons alors oui la démocratie est balayée car ce sont des conditions inhumaines. Si nous acceptons cela c’est que nous n’avons pas le courage de dire : c’est une situation actuelle inadmissible et je ne l’accepte pas. Ce n’est pas le futur, c’est le présent. Alors je dis que ceux qui veulent que cela continue, c’est-à-dire que rien ne change sont le vrai danger. Vouloir leur laisser le pouvoir est indigne. Quand les élections, socle de la démocratie, sont truquée pour que rien ne change, quand notre vie politique est un simulacre de démocratie, voter c’est rajouter un neuvième détenu dans la cellule.

    Michel Costadau

  • Deuil

    Deuil

    Cette semaine je ne devrais pas publier de billet car nous sommes en deuil de la démocratie. Les riches ont réussi à imposer leur candidat à la présidentielle. Alors nous pleurons, c’est tout ce que nous pouvons faire. Et d’autres rêvent.

    Mais avant de rêver, atterrissons. Retrouvons la bonne vieille réalité. Eh oui à ma grande honte, je dois constater qu’il y a beaucoup de gens qui sont pour la domination de la finance. Des moins jeunes et des jeunes, veste et col de chemise ouvert, chaussure à bout pointu, pantalon serré du haut en bas, un peu moins en haut pour les moins jeunes, pas rasés de la semaine, modernes, téléphone à la main, accros aux réseaux sociaux. Je les voyais, je les côtoyais, mais en fait je pensais que leur plaisir c’était d’échanger des photos, de se retrouver sur les plages et de faire le sacro-saint bbq au bord de la piscine. Mais voilà-t-il pas qu’ils se sont réveillés comme s’ils avaient des idées et qu’ils se sont reconnus ou retrouvés dans le chantre de la technocratie. Mauvais rêve !

    Bien sûr j’avais été alerté. Vous vous souvenez de cette fameuse manif pour Charlie hebdo. Seulement à ce moment-là ils étaient partagés et mélangés, ils ne se connaissaient pas. Mélangés avec la droite classique, xénophobe et bien pensante, mélangés aussi avec les militants progressistes. Mais maintenant le tri est fait. La droite s’est reconnue dans Fillon, la gauche dans Mélenchon et les chaussures pointues dans Macron. Ca ressemble à une mode, vous savez, en ce moment c’est la mode élites éclairées. Combien de temps dure une mode. Ben, jamais très longtemps.

    Certes cette analyse est un peu rapide car, même à la campagne, il s’est voté pour le candidat des médias, mais le fait est là et, à vrai dire, les souliers pointus ne sont qu’une partie des votants de la finance car il y a eu du mélange partout dans cette élection. Bien sûr Mélenchon a récupéré le PS et  Macron a récupéré la droite sans pourtant faire un gros score. Mais à force de mélanger religions, économie et chômage, personne n’y comprend plus rien et c’est du siphonnage à tuyau bouché ou troué. En tous cas ça ne fait pas une belle musique.

    Réalité aussi la confirmation que PS et LR sont bien un seul et même parti et la même classe politique. Ils ont effectivement le même candidat, le même Front républicain dont on ne sait plus s’il est contre Le Pen ou pour les riches et, bien sûr, le même programme.

    Réalité encore le déchainement médiatique contre Mélenchon. A mon humble avis sa position est extrêmement claire et je ne vois pas pourquoi on l’accuse d’imprécision. Bien évidemment il ne veut pas de la finance et ça fait longtemps qu’il ne veut pas de Le Pen. Alors c’est vote blanc ou abstention pour les courageux, le tout sans ambiguïté. Mais les médias n’aiment pas ceux qui sont courageux et disent les choses.

    Dure réalité aussi pour nos clowns habituels Bové, Ruffin, Bendit ou notre ringard PC : eh oui ça sent l’écurie, tous pour la finance et Dieu reconnaitra les siens.

    Mais en attendant on pleure.

    Michel Costadau

  • Qual/Quant

    Qual/Quant

    Toujours agile, je rebondis sur l’annonce de Lagardère de prendre les  rênes d’Europe1. C’est à dire de s’en occuper en direct, personnellement et avec vigueur. C’est, en général, une attitude à la mode de la part de ceux qui ont la faveur des médias. Quand quelque chose ne va pas, nos divers dirigeants entonnent le refrain : attention je vais m’en occuper directement et on va voir ce que l’on va voir. Cette posture de matamore est symptomatique des gens dont les médias disent qu’ils ont du pouvoir et dont les exhortations, déclarations et autres sautes d’humeur font la une de ces mêmes médias.

    On vient de le voir récemment avec Trump, dont le programme tient en quatre mots : je vais m’en occuper personnellement. On ne sait absolument pas pour faire quoi, ni dans quel sens, ni avec qui, ni contre qui. L’important c’est que ce soit lui qui s’en occupe. C’est exactement le schéma de la relation amoureuse qui est splendidement aveugle. « Nobody’s perfect » répondait Joe Brown au fait que son béguin n’était pas une femme mais un homme.

    Et hélas, notre pauvre élection présidentielle n’échappe pas à ce délire. Ce n’est pas le programme qui compte c’est celui que l’on aime. On aime, on défend, on se bat pour LE candidat. Avec un tel mode de fonctionnement, pas étonnant que personne ne soit content du résultat et que les programmes soient n’importe quoi.

    En fait, c’est la classique dialectique qualitatif/quantitatif. Le qualitatif c’est « like » et du coup le quantitatif n’a plus aucune importance. Les candidats peuvent dire ce qu’ils veulent, ce qui compte c’est que ce soit eux qui l’aient dit et du coup les gens deviennent pour ce qu’il a dit, sans réfléchir que, dans la bouche d’un autre, ils seraient contre.

    C’est pour ça que les programmes comportent si peu de chiffres, de vrais chiffres je veux dire, de choses concrètes, qui nous seraient utiles, ou au moins à un grand nombre. Non tout est en pointillés, en esquisse, en possible, en devenir, mais sans aucune certitude que ça voit le jour.

    On pourrait appeler ça de l’hypnose collective, en tous cas moi je l’appelle comme ça.

    Bon dimanche.

     

     Michel Costadau

  • Salada mista

    Salada mista

    C’est vrai que j’ai peu suivi cette campagne, ni écouté le moindre candidat, mais quand même une chose que j’ai retenue c’est qu’il était question de revenu universel. En plus, depuis qu’on en parle, j’ai le sentiment que ce revenu de base a quelque chose à voir avec le plein emploi. En effet certains considèrent que la fin du chômage est devenue une galéjade et qu’il faut donc passer à un modèle non plus basé sur le travail mais sur le chômage. D’où l’idée du revenu de base. Mais ça me laisse franchement perplexe.

    Le premier problème c’est que du plein emploi, i.e. des taux de chômage de moins de 5 % on en trouve et même dans des pays qui comptent un peu, à savoir par exemple les US et l’Allemagne. Bien sût il faut discuter de comment ces taux sont obtenus. En Allemagne il semble que ce soit au prix d’une augmentation de la précarité et aux US par une augmentation des personnes qui ne cherchent plus de travail. Quoi qu’il en soit, il semble que chez nous plus personne ne croit que le chômage puisse descendre en dessous de 5 %, même avec des méthodes statistiques élaborées. Il faudrait donc savoir clairement si les politiques à venir visent le plein emploi ou le revenu de base. Et de ce côté-là il me semble que c’est le grand flou.

    Le second problème c’est de savoir ce que va remplacer le revenu universel. Ce revenu qui devrait être théoriquement une allocation unique à vie d’un montant forfaitaire égal pour tous les individus, va-t-il s’ajouter à ce que certains perçoivent déjà, ou au contraire supprimer tout ou partie des  allocations existantes. Par exemple, allocations familiales, RSA, APA, APL, handicap, retraites, allocation chômage, PAC, bourses, congés maternités, cures thermales et tant d’autres. Sans être devin je parierais bien volontiers que le revenu universel, s’il voit le jour, va être à la française i.e. s’ajouter aux aides existantes mais sous condition et avec un montant variable, c’est-à-dire le contraire du revenu universel. Mais on n’en est pas encore là. 

    Le troisième problème c’est de voir quels seraient les effets secondaires d’une telle mesure. Celui qui vient à l’esprit en premier c’est le développement du travail au noir. En effet, cumuler a toujours été la pratique favorite des Français. La sécu d’un coté et le coup de main rémunéré en liquide de l’autre. Un autre aspect évident c’est l’exclusion des étrangers qui n’y auront pas droit mais c’est vrai qu’eux ils travaillent. Enfin un retour de la femme au foyer se dessine derrière ce projet pour les ramener à élever les enfants et se voir entre copines. Le pied quoi, enfin ça se discute. Il me semble donc que cette idée est bien symbolique de toute la campagne électorale, c’est-à-dire des propos en l’air tenu par des gens qui n’ont aucun moyen de les appliquer. Du vent quoi.

     

    Cependant, comme il s’agit du dernier billet avant le premier tour, je dois aussi essayer de faire des pronostics. Aïe ! Mon souhait évidemment c’est que l’abstention gagne. Le non-vote au sens large, c’est-à-dire bien sûr non-vote, blanc et nul mais aussi toutes les voix des petits candidats, car clairement celui qui vote pour un candidat qui n’a aucune chance et qui le sait, fait un superbe non-vote. En gros j’appelle petits candidats ceux qui n’ont strictement aucune chance d’être au second tour. Si tout ce petit monde pouvait faire la moitié des électeurs ce serait formidable et porteur d’avenir. Sinon on fera avec.

    Maintenant, moment délicat, je dois faire une prévision. Alors avec beaucoup de précautions je dirai que je verrais bien un second tour Le Pen Fillon, mais on peut se tromper. Bonne semaine.

     

    Michel Costadau

  • SFM

    SFM

    C’est un billet important mais difficile à écrire. J’essaie de comprendre le rôle du Système Financier Mondial.

    1- C’est quoi le SFM.

    Oui je sais, j’invente un truc dont personne ne sait si ça existe vraiment mais dont tout le monde parle. C’est sûr que l’on a beaucoup mal à le décrire, mais il faut bien donner un nom aux choses. Pour voir ce que ça peut être il faut commencer par les fonds de placement ou d’investissement. Ils sont connus pour n’avoir qu’une seule stratégie, celle de la maximisation du profit et de l’argent qu’ils ont ou qu’on leur confie. Mais attention, ces placements représentent beaucoup plus que les budgets des Etats. Ce sont eux, les fonds, qui font la loi dans un grand nombre d’entreprise assurant ainsi la mainmise de la finance partout dans le monde. Le fait qu’ils soient nombreux ne veut pas dire qu’ils agissent tous de manière différente. Non, bien au contraire, ils agissent tous de la même manière. C’est pour ça qu’on peut parler de système. Cependant il n’y a personne qui dirige ce mouvement, c’est seulement un mode de fonctionnement. Et qui se développe encore. Il y a maintenant plusieurs millions de millionnaires en Chine. Et les millionnaires du monde entier agissent exactement de la même façon. A savoir que, quand on a de l’argent, on cherche à faire de l’argent avec l’argent. Quand on n’en a pas, eh bien on est obligé de travailler c’est simple.

    Donc ils agissent tous de la même façon, à tel point que les entreprises qui veulent s’en protéger n’ont qu’une solution c’est de ne pas être cotées en bourse afin d’avoir un actionnariat sous leur seul contrôle, ce qui peut hélas conduire à une grande opacité comme Lactalis ou Auchan. D’autres, comme Dell, sont amenés à racheter toutes leurs actions pour se soustraire aux fonds. De même vous avez bien suivi que l’un de ces fonds, actionnaire de Safran, était contre le rachat de Zodiac et s’employait à faire capoter cette décision. Ajoutons que certains fonds gèrent, à eux seuls, presque 10 fois le budget de la France. Ca commence à prendre tournure

    On peut parler aussi des membres des conseils d’administration des 40 entreprises du CAC. Si l’on compte en moyenne 10 administrateurs par conseil ils devraient être 400. En fait ils sont une grosse centaine car chacun siège dans 3 ou 4 conseils. Globalement, cette imbrication assure le contrôle de la finance sur le business et cela va bien au-delà du CAC40.

    Il convient aussi d’évoquer la porosité des frontières entre public et privé via les écoles et les administrations. Cette porosité est illustrée par l’entrée dans une banque d’affaires de l’ancien président de la Commission européenne ou par le pdg de BPCE ancien directeur de cabinet de Sarkozy. Cette porosité confirme s’il en était besoin le pouvoir de la finance dans notre pays.

    2- Le SFM a largement conquis la gouvernance mondiale et contrôle assez correctement le fonctionnement des pays dits démocratiques.

    Il est clair que le SFM fait à peu près ce qu’il veut sur notre planète, exploitation du sol et du sous-sol, productions délocalisées, argent stocké dans les paradis fiscaux, évitement des taxes et des impôts. Prenons quelques conséquences chez nous : le contournement des 35 heures qui n’ont, en fait, créé aucun emploi, les pressions sur les pouvoirs publics pour ne pas changer la réglementation des produits phytos, le détournement du CICE qui a surtout servi à augmenter le profit des entreprises au lieu de développer la recherche, le sabordage de l’Education Nationale au profit du confessionnel.

    On constate même maintenant une communication directe des entreprises à leurs salariés, par exemple Labo Fabre ou Paprec, pour donner des consignes de vote. Le fait que ça ne vous choque plus indique bien que le SFM est en terrain conquis.

    Bien, même s’il est certain qu’il faudrait développer plus encore cet état des lieux, et nous pouvons le faire quand vous voulez,  il faut bien voir que ce ne sont pas les instances démocratiques que nous élisons qui contrôlent le SFM mais bien le contraire. Dans ces conditions, tous les gouvernements démocratiques sont au mieux les gestionnaires, plus ou moins bons, du développement du SFM comme en Europe et Amérique du Nord, ou au pire sous le contrôle direct des financiers et des banques comme en Afrique ou en Amérique centrale. Paradoxalement, les gouvernements non démocratiques ou les dictatures sont moins vulnérables au SFM puisqu’ils ne peuvent acheter que le clan au pouvoir et non pas corrompre l’intégralité de la classe politique qui en général n’existe pas.

    3-Moyens d’actions du SFM.

    Le SFM a conquis un pouvoir presque sans partage et il le garde, mais comment ça se passe ? Là nous sommes sur des aspects mieux connus. D’abord, bien sûr, les lobbies, les puissants lobbies. Ces groupes de pression, légaux en démocratie, permettent à la finance de contrôler et d’anticiper toutes les législations qu’elle jugerait  défavorables. Les lobbies arrivent presque toujours à orienter les textes pour qu’ils aillent dans le sens qu’ils ont défini.

    Ensuite le fonctionnement même des institutions nationales ou internationales de nos démocraties. Les institutions françaises, européennes, américaines ou même mondiales ont toutes un double mode de fonctionnement. D’une part une façade avec des élus et d’autre part des services, des commissions ou des administrations non élues qui proposent, définissent et portent les dossiers. Contrairement à ce que vous pourriez croire, ces services ne sont pas sous le contrôle de la façade élue mais bien au contraire livrés aux pressions de la finance, ce qui est le but. L’exemple européen est le plus symptomatique. La Commission européenne, organe strictement non élu « fait » la politique européenne : travailleurs détachés, PAC, règles de concurrence, privatisation des services publics et d’une manière générale libéralisation.

    Les avancées du SFM peuvent aussi être appréhendées par quelques votes démocratiques récents. Par exemple le brexit. Ce vote permet au SFM de renégocier toutes les réglementations supranationales et il va réussir à sortir plus fort de cet épisode. Tout autant l’élection de Trump est porteuse de dérèglementation, en particulier dans le pillage de la planète. Le SFM espère de Trump une nouvelle libéralisation économique même au prix de la guerre et on en prend le chemin. Hélas dans ce domaine l’impuissance de l’ONU n’échappe à personne, on ne va pas y revenir.

    Il y a bien sur aussi, l’argent lui-même. L’argent est un argument que comprend presque tout le monde et qui permet d’influer sur toutes les situations y compris sur la justice, le droit, les libertés. Or qui a l’argent, eh oui c’est, la finance, c’est le SFM. Par exemple l’argent permet de posséder les médias qui vont « former » l’opinion et par exemple parler de « enjeux » de la présidentielle. L’argent permet d’acheter l’avis des scientifiques. L’argent permet d’obtenir les autorisations souhaitées. L’argent permet de faire des procès ou des guerres aux résistants. Ce n’est pas nouveau mais ça marche. Et ça a pris des proportions….mondiales.

    Cette situation dépasse complètement l’ancien clivage français gauche-droit de l’homme et droite -droit des entreprises. Il est remplacé par un positionnement par rapport au SFM : pour, avec ou contre.

    4-Positionnement de nos candidats par rapport au SFM

    Concrètement il y a ceux qui disent vouloir affronter le SFM, en général la gauche et dans notre cas Mélenchon, Hamon.

    Ceux-là ne sont pas très honnêtes car ils font croire qu’on peut, aujourd’hui, lutter contre le SFM. Mais hélas ils n’en ont pas les moyens et même loin de là, en tous cas pas seuls. Il y en a, parmi eux, qui disent encore qu’il n’y a qu’à supprimer les patrons, alors que ça fait longtemps que les patrons ne possèdent plus leurs entreprises ni leurs salariés. Il n’y a que des actionnaires et des fonds de placements. En plus, c’est grave d’essayer de tromper les gens avec des promesses complètement illusoires du genre : nous pouvons stopper le pouvoir de la finance, nous allons réduire le chômage, nous allons restaurer les services publics. Je ne pense pas que beaucoup de gens y croient vraiment mais il vaudrait mieux être plus réaliste si on veut arriver à quelque chose.

    Puis il y a ceux qui veulent pactiser avec le SFM, en général la droite et dans notre cas  Fillon. Ceux-là sont un peu plus honnêtes, en reconnaissant que le SFM a le pouvoir, mais du coup ne peuvent convaincre que les riches et les possédants. Cependant, ils cultivent l’ambiguïté en essayant de faire croire que même les petites gens en étant obéissants et respectueux  peuvent profiter du SFM. C’est-à-dire avoir de l’argent un jour. Ils ont aussi une approche dichotomique de l’ordre, à savoir : les contrôles de police en bas et la bienveillance des autorités en haut. Bien sûr il est grave de pactiser avec le SFM car c’est jouer avec le feu.

    Puis il y a ceux qui sont directement les instruments du SFM, en général les ni-ni et dans notre cas Macron. Là ça devient catastrophique car c’est mettre la finance au pouvoir. Il est encore temps de s’apercevoir qu’un pays ne se dirige pas comme une entreprise, que le gouvernement n’est pas un conseil d’administration et que le parlement n’est pas l’assemblée générale des petits actionnaires dont on arrive toujours à faire ce que l’on veut. Une fois pour toutes une entreprise, même si on y discute beaucoup, n’est pas un modèle démocratique. Ceux-là sont clairement les fossoyeurs de toutes nos envies de développement d’une société apaisée et essayant de vivre ensemble. Il est d’ailleurs facile de constater qu’ils donnent l’impression d’avoir tous les médias pour eux. C’est simplement qu’ils sont exactement dans la même démarche que les médias qui, comme on l’a dit, appartiennent à la finance

    Bien sûr il y a aussi des candidats qui ne veulent pas se positionner par rapport au SFM, en général les nationalistes, souverainistes et dans notre cas Le Pen. C’est intéressant et ça a l’avantage de ne pas être sur le même terrain que les autres, mais il faudra bien qu’ils s’y confrontent quand même.

    5-Conclusion.

    Que conclure de tout cela ? De toute façon ce n’est pas folichon.  On l’a dit, tous nos gouvernements actuels comme ceux à venir ne représentent pas le pouvoir du peuple, mais sont ou seront de simples gestionnaires du SFM. L’avènement d’une nouvelle classe politique dans de nouvelles institutions avec un régime parlementaire, paraissent un point de passage obligé.

    Cependant, comme je l’ai indiqué plus haut, aucun des prétendants actuels n’est en mesure de le faire et il semble que comme réaction à tous ces mensonges les électeurs se préparent à une cohabitation compliquée. Ce qui ne fera que retarder le retour à un régime parlementaire. Oui le SFM a de beaux jours devant lui. Cela n’encourage pas à voter et je crois que c’est la seule attitude raisonnable.

    Michel Costadau

  • Robots

    Robots

    Il est vraiment beaucoup question de robots en ce moment.

    Les robots suppriment des emplois.

    Les robots peuvent soulager des personnes.

    Les robots coûtent moins cher que la main-d’œuvre.

    Avec en corollaire : les robots vont devenir plus intelligents que nous, ouille !

    et dommage que nous laissions les Allemands et les Japonais fabriquer tous les robots, aïe !

    Et là-dessus arrive la taxe sur les robots. Plaf, en plein dans le mille.

    Dans le mille de ce qu’il ne faut pas faire. Il n’y a pas d’idée plus bête que la taxe. C’est le réflexe des ignorants et des incompétents. Créer une taxe c’est comme jeter l’ancre pour faire avancer le navire. Il est facile de comprendre que l’idée même de la taxe est basée sur l’existant c’est-à-dire sur le passé. On ne peut donc pas créer de taxe sur quelque chose à venir, puisque par principe ça n’existe pas encore. Bien au contraire, quand il y a de nouveaux domaines à industrialiser, les pouvoirs publics ont tendance à ouvrir toutes les autorisations et à fermer l’œil sur les nuisances potentielles, le temps que le système puisse installer ses actionnaires et engranger ses premiers profits. Y a qu’à regarder l’installation des bornes de rechargement pour les voitures électriques que l’Etat installe partout à ses frais. Ensuite seulement vient le temps de la taxe éventuelle, sachant qu’au bout du compte c’est toujours nous qui payons.

    A propos des taxes sur les robots pour créer des emplois, il faut savoir que dans l’établissement du budget national il est interdit de dire à quoi on veut consacrer telle ou telle recette, de même qu’il est interdit de dire d’où vient l’argent pour financer telle ou telle dépense. Seules les sommes globales sont considérées avec l’affichage du fameux déficit. C’est comme ça qu’est née LA taxe. La taxe ne sert à financer rien du tout, elle ne sert qu’à faire rentrer de l’argent. C’est bête.

    Maintenant, soyons clairs : les robots n’existent pas, non, il n’existe que des machines. Et des machines ça fait longtemps qu’on en utilise, ça fait même partie intégrante de l’humanité depuis l’arc jusqu’aux centrales nucléaires.

    Alors pourquoi faire une fixation sur les robots ? Bien sûr qu’il n’y aura jamais de taxes sur les robots, la question n’est pas là. D’ailleurs je vois déjà les gros titres : taxe sur les robots ménagers, les aspirateurs, les machines à laver, taxes sur les programmes informatiques et les chaînes de production. Eh oui toute ces machines suppriment énormément d’emplois. Qui n’a pas connu les salles de dessin d’Airbus, où toutes les pièces étaient conçues en trois vues sur la planche à dessin avec encre et lame de rasoir à la main, ne peut pas imaginer le nombre de postes de travail qui ont été supprimées par la CAO et autres programmes.

    Et pourtant les discours sur les robots sont à la mode. Clairement ceux qui en parlent le plus sont les chantres du productivisme, de l’industrialisation des usines ou du service. Eh oui, il faut habituer les populations à la disparition continue des emplois, il faut leur dire que c’est inéluctable. Mais en même temps il ne faut pas susciter de réactions d’opposition. Et pout ça rien de tel que de lancer l’opinion sur de fausses pistes : l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, la domotique, le cœur artificiel…et les robots.

    Et pour les énarques, une taxe sur les robots pour créer des emplois. Bingo. Ceux-là ajoutent d’ailleurs une dose d’incohérence à leurs propos en prônant en même temps le revenu universel. En effet, le concept de revenu universel n’est que la forme politique du chômage généralisé, c’est-à-dire du travailleur jetable. D’un côté on institutionnalise le chômage avec le revenu universel, et de l’autre on veut une taxe pour soi-disant créer des emplois. Cric

    Heureusement que les robots ne votent pas.

     

    Michel Costadau

  • Moutons

    Moutons

    Un ami me disait hier qu’en Chine, sur un chantier mené par des Européens, on constatait des pratiques assez extrêmes. D’une part, un mépris des règles de sécurité sur les matériels, pelle mécanique roulant sur des câbles électriques ou eau de vidange des bétonnières retournant dans la nappe. D’autre part, l’arrivée un beau matin de 2000 ouvrières pour faire en quelques jours le nettoyage du site. Les premières pratiques sont classiques et encore bien trop souvent en usage chez nous, pour des raisons de manque d’information, mais les secondes pratiques sont pour nous inimaginables. On voit mal les employés d’une usine d’automobile débarquer d’un seul coup sur un site de construction de route pour planter en trois jours 5 km de haies. En France, je veux dire.

    Ce coup de main n’est pas possible chez nous car, en fait, personne n’en aurait seulement l’idée. Sauf que je me demande si, avec le revenu universel, version Suisse je veux dire à 1500€/mois, ça ne deviendrait pas possible, mais il ne faut pas confondre revenu universel et planification centralisée. Bon, la seule entité qui joue de temps en temps un rôle de main-d’œuvre publique c’est l’armée, mais, à part trois pelés dans les aéroports et les gares, ça fait bien longtemps qu’elle a disparu de nos écrans locaux pour aller s’exiler dans le reste du monde. La dernière fois que l’armée a rendu service, c’était il y a longtemps pour emmener, avec ses camions, de la paille en Aveyron frappé par la sécheresse.

    Bref la question c’est de savoir pourquoi nous n’avons même plus l’idée de la mobilisation populaire pour des travaux d’intérêt général. Quand il y a un besoin, nous préférons faire appel à des organismes prévus pour ça, plutôt que de compter sur les citoyens. Il ne viendrait même pas à l’esprit d’un préfet de demander à la population de se mobiliser, par exemple, pour construire une digue contre les inondations. Et quand il y a une catastrophe, seuls les organismes estampillés sont autorisés à agir. 

    Alors certains diront que c’est le propre des sociétés dites développées d’avoir tout un tas de services plus ou moins publics d’assistance et de sécurité. Eh bien moi je ne dis pas ça, je dis qu’il y a sur notre planète divers modèles de société. Dans notre exemple, nous devons comparer des ouvrières propriété de l’Etat en Chine avec en France des ouvrières propriété de l’entreprise, c’est-à-dire des actionnaires. Y a-t-il un modèle meilleur que l’autre, ça se discute. En continuant notre réflexion, nous pouvons nous demander si les fonctionnaires sont propriété de l’Etat. La réponse est théoriquement oui et l’Etat français pourrait mobiliser tous les employés des impôts pour donner un coup de main, par exemple, dans des écoles ou des collèges. Mais, comme on l’a dit, c’est inimaginable. Attention je ne dis pas que les ouvrières chinoises ont un sens du collectif très développé, car il y a certainement un membre de l’appareil d’Etat qui leur a dit de se rendre sur le chantier, mais le fait est qu’elles ont rendu service et surtout qu’elles se sont retrouvées ensemble en foule à faire un travail de service public. Chez nous, les occasions de foule ne manquent pas : supermarchés, manifs, stades, mais aucune ne représente une démarche collective au service de la société. Je ne dis pas que c’est dommage, je dis que nous devons prendre conscience que notre modèle de civilisation produit des individus sans aucun apport collectif au fonctionnement de la société. Des moutons quoi, mais qui se plaignent d’être mangés. Cherchez l’erreur. Heureusement que les moutons ne votent pas.

    Michel Costadau