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  • Départ d’Yves-Marie

    Départ d’Yves-Marie

    Hommage de son frère Jean Costadau
    Bonjour,
    Tout d’abord, du fond du cœur, merci d’être venu. Vous êtes venus pour vous, bien sûr, mais aussi pour nous, la famille d’ Yves-Marie afin que nous puissions tous et chacun d’entre nous, aussi sereinement que possible, le laisser partir puisque c’est ainsi que va la vie.
    Pour lui et pour nous merci.
    Une vie de 68 années ne peux se résumer en quelques mots, mais pour nous laisser simplement un peu de temps pour nous souvenir, permettez-moi, en quelques mots, d’évoquer quelques étapes de sa vie. Je suis la personne la moins indiquée pour cela parce que je retiens peu les dates, les lieux et ce genre de choses, mais ce n’est pas grave c’est juste pour nous laisser le temps de nous souvenir.
    Yves était le dernier d’une fratrie de 3 garçons : Michel l’aîné, moi même le cadet et Yves le puîné. Michel et moi l’avons longtemps appelé notre petit frère. Pour le meilleurs et pour le pire, parce qu’un petit frère c’est aussi : « Oui, c’est mon petit frère, il ne veut pas me lâcher ». Pendant cette première partie de sa vie il a vécu, avec nous bien sur, à Paris, 9èm arrondissement, au 2 de la rue Moncey, 2èm étage. Pour nous trois la géographie du quartier se décline définitivement en fonction des rues ou habitaient nos amis, amis et amies, des adresses : des écoles, collèges puis Lycées, du local des louveteaux, puis des scouts et de la salle paroissiale avec son baby-foot et son ping-pong. Pendants des années, à nos moments de désœuvrement, nous avons contemplé de la fenêtre de notre appartement sur le trottoir d’en face, le Beurre Oeuf Fromage que tenait deux sœurs en tablier blanc et la concierge s’appelait Pauline et Yves était bien mignon sur les quelques photos qui restent de ce temps où maman nous pomponnait, cheveux en brosse, pour être bien fière de ses trois poussins à la sortie de la messe de 11h le dimanche matin et nous devions nous tenir bien droit.
    Mais cette ‘vie parisienne’ était celle que nous connaissions pendant l’année scolaire. Enfants nous passions toutes les vacances d’été dans le village de naissance de maman à côté d’Avignon. Des vacances de soleil, de mer aux Saintes Marie de la Mer et parfois de vent, le mistral. Le lien avec Port la Nouvelle est assez évident : le soleil, la mer et le vent ‘souvent’.
    C’est entre ces deux pôles que s’est passé pratiquement un tiers de sa vie.
    Après le bac et la tourmente de mai 68, Yves a eu une phase courte mais forte d’engagement politique à l’extrême gauche puis une phase ‘élevage de chèvre’, dans la région toulousaine, à la ferme dites le Rastel, longue maison basse typique du Lauragais, sur la commune de la Salvetat. Mais auparavant il y avait eu un passage par une école de théâtre, domaine auquel il reviendra plus tard et une relation forte établie avec Bruxelles. Yves était très passionné, très gentil, le plus gentil des trois, je crois que ça ne fait pas de doute, il avait hérité de la gentillesse de notre père, mais ce n’était pas une gentillesse molle, il pouvait s’emballer et il s’emballait pour un texte sublime, une pièce, un ballet, une idée politique.  La Belgique, pour nous parisiens, était à deux pas et nous allions facilement à Bruxelles pour un spectacle d’un soir. Puis une amie proche s’y est installée et cela a facilité les relations. C’est donc avec une amie Belge qu’il a vécu sa phase élevage de chèvres. Des chamoisées, charmantes à voir. Mais je crois me souvenir qu’il les a assez rapidement trouvée très espiègles pour finir par les trouver carrément insupportables.
    Je passe sur une phase chauffeur de poids lourds, après le Rastel je pense et avant la Belgique sans doute.  Chauffeur de poids lourds, Yves ? Il est clair qu’il n’avait pas le gabarit pour charger et décharger, mais à y bien regarder un poids lourd dégage de la force et une forme de beauté, deux éléments dont il avait besoin. Retrouvons-le en Belgique où il a intégré l’équipe technique des ballets du 20èm siècles, la compagnie de Maurice Béjart. Avec Béjart il a vécu des années passionnés, des tournées internationales et de grands moments en Avignon lorsque Jean Vilar a ouvert le festival à la danse. Je pense qu’Anne  parlera de ce temps là, mais je cite quand même le boléro de Ravel, en particulier avec Jorge Donn dans le rôle principal. Des ballets du 20èm siècle il est passé à l’atelier théâtral avec encore de grands moments à Bruxelles, en tournée et en Avignon. C’est dans cette période qu’il a rencontré Anne avec laquelle il a eu une fille et ensemble ils ont créé leur propre  compagnie de théâtre pour enfants : ‘Zanni’.
    Béjart, l’atelier théâtral, Zanni, sa fille : les années ont filé.
    Sa santé a commencé à décliner, il supportait de plus en plus difficilement les hivers belges. Il a dû arrêter de travailler. Il est venu s’installer à Port la Nouvelle où il a acheté une petite maison. Quand il est descendu il était fatigué, très fatigué mais peu à peu il s’est remis et il a fait son trou, comme on dit. Il a eu la chance d’avoir de bons voisins, que je remercie particulièrement au nom de toute la famille, il a établi quelques amitiés fortes, parce qu’il était très gentil et passionné, merci, merci à vous ses amis, et il a intégré une association de sécurité civile et de prévention des incendies. Cette association a été très importante pour lui. Avec ses collègues il a, en particulier, patrouillé longuement sur les routes accidentées du terroir de Fontfroide. Mais cette activité était un peu plus que cela. J’ai compris que les patrouilleurs formaient une petite communauté chaleureuse qui l’a accueilli et apprécié et il le leur rendait bien, je crois.
    La dernière année de sa vie a été envahie par la maladie qu’il a endurée avec – j’ai cherché le mot qui convenait, je n’en ai pas trouvé d’autre que le mot un peu désuet de – dignité. Première chimio puis scanner d’évaluation : pas d’évolution positive et les chimios le mettaient à plat. Deuxième chimio, scanner, pas d’évolution positive. Troisième traitement : immunothérapie, scanner pas d’évolution positive. Il a encaissé ces nouvelles, terribles, avec dignité. Il ne s’est jamais plaint de son sort. Il nous faisait part seulement de sa fatigue et de ses souffrances physiques. Peu à peu sa seule lumière est devenu sa fille. Sa femme aussi, mais surtout sa fille, son trésor, son admiration, sa réussite. Sa fille née en Belgique et qu’ils ont prénommée Aude. Une dernière fois, Yves, je polémique avec toi, et pour une fois, je suis sur d’avoir le dernier mot. Tu nous demandais toujours de protéger ta fille si fragile. Non, tu peux partir Yves, ta fille est déjà une femme.
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    Hommage de son frère Michel Costadau
    Enterrer ses parents on sait ce que c’est, on a déjà donné. Enterrer son frère c’est nouveau ça vient de sortir. C’est Yves qui a voulu commencer, comme son père exactement.
    Allez faut bien parler un peu des Costadau quand même. Nous étions trois et maintenant il en manque un. On pourrait dire c’est plus pareil. C’est vrai. Mais en fait ça fait longtemps que c’est plus pareil. Je veux dire qu’il y a eu de grands moments mais on vit plutôt sur notre lancée.
    Et pourtant pour Yves, la fratrie ça comptait beaucoup. Je crois même que pendant un temps ça a fait toute sa force. Moi il ne peut rien m’arriver : j’ai mes deux frères. Manière de dire à l’adversité : toi reste là bas si non j’appelle mes frères et ça va être réglé en 5 minutes. En plus il avait raison, nous étions soudés, fusionnels et bienveillants. Quand Yves arrivait à Bédarrides il nous disait j’ai trois questions à discuter avec vous. Et on discutait et le vin coulait et les belle sœurs montaient se coucher en attendant leurs maris. Nous étions une force, une vraie. Il faut dire qu’Yves, de la force il en avait besoin, car la vie n’a pas été très tendre avec lui. Bon.
    Bon on va pas rentrer dans les histoires de famille, mais disons qu’Yves était un idéaliste. Et un idéaliste ça a beaucoup d’envie mais pas trop de concret à se mettre sous la dent.
    Viscéralement Yves était pour la justice, la justice sociale je veux dire. De voir que les profiteurs avaient pignon sur rue au lieu d’être en prison, ça le dérangeait énormément. Ca le faisait vraiment souffrir et son impuissance était comme une plaie ouverte qui le minait.
    En fait depuis ses premiers engagements militants, il avait soif d’ordre, celui où les méchants sont détectés et punis avant de le devenir.
    En terme d’utopie Yves était pour une société juste naturellement sans qu’il soit nécessaire de se battre. Evidemment ce n’est pas la réalité mais la Belgique, au début, lui a convenu parce que c’est vrai qu’en Belgique il y a une plus grande convivialité. En plus en Belgique il a trouvé Anne et puis Aude et ça a été du bonheur. Une bonne époque.
    Et même depuis son retour en France, jamais il n’a dévié d’un iota sur la Belgique, un peu comme un Eldorado. Et pourtant c’est en Belgique qu’il a commencé à déprimer au point de devenir difficile à vivre pour sa famille. Très difficile.
    Yves était, aussi, un conteur né, capable de raconter avec tranquillité les trucs les plus incroyables. Cette aptitude venait directement de papa. Jean en a hérité un peu aussi et moi pas du tout.
    Parce que Maurice quand il parlait on ne savait jamais si c’était vrai, arrangé ou inventé. Papa en 39 a fait la drôle de guerre et ça s’est mal terminé mais, en fait, pour lui pas trop mal. Avec trois de ses copains, ils ont quittés le front, pour rattraper les Allemands qui les avaient dépassés. Alors ils ont fait 400 km à pieds en une semaine pour rejoindre Périgueux, sans changer de chaussures et en dormant dans les fossés. Pourquoi pas. Et à Périgueux alors qu’est ce que vous avez fait ? Ben comme il  n’y avait plus personne à la caserne on s’est démobilisé tout seul et on est rentré chez nous. Ben voilà c’est tout simple. Et si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé comme disait maman.
    Alors quand Yves racontait les danseurs ou les incendies de forêt, les sauvetages en mer ou les transports routiers, ça faisait rêver tout le monde. Et il avait l’aplomb nécessaire pour parler sans le petit sourire qui pourrait faire croire que c’est une blague.
    Et là, maintenant, Yves est parti discrètement comme ses parents, sans déranger personne, en laissant tout propre, tout en ordre derrière lui, pour sa fille et pour sa femme. D’ailleurs il n’aimait rien tant que ne pas déranger, faire comme s’il n’était pas là et se débrouiller tout seul. Seulement la maladie aussi s’est débrouillée et a été la plus forte. Ce qui fait que d’une certaine manière je suis content pour lui. Il ne souffre plus ni dans son corps ni dans sa tête. Il est apaisé et nous aussi. Je crois que c’est ça son message. Merci Yves. A bientôt.
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    Hommage spontané du frère de Anne, Vincent Van Rymenam, et de Marie Odile Audras
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    Hommage de sa femme Anne Van Rymenam
    Yves-Marie, je crois que tu aurais aimé entendre une dernière fois cette citation  que tu connaissais pas coeur:
    «… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
    Lorenzcio – Alfred de Musset
    Yves-Marie, mon bel étranger du sud,
    je t’ai rencontré il y a près de 40 ans, c’était au théâtre Jean Vilar à Louvain-la-Neuve, en Wallonie,  en Belgique où nous avons vécu.  Tu as travaillé avec les plus grands de la Danse et du théâtre. Tu as côtoyé Maurice Béjart, Jorge Don, avec eux, tu as fait le tour du monde.  On se retrouvait entre deux avions et notre amour grandissait.
    Tu as souvent été un travailleur de l’ombre mais surtout un être passionné, passionné de théâtre.
    Ensemble, nous nous sommes retrouvés  sur une même scène, je me souviendrai toujours de la cour d’honneur du palais des papes à Avignon.
    Nous avons fondé notre compagnie, le théâtre Zanni avec cette volonté qui t’était si chère de pratiquer un théâtre pour  tous.
    Quand notre fille Aude est née, nous avons fait du  théâtre pour les enfants.
    Tout au long de ces années, nous avons travaillé et joué ensemble. Tu as mis des étoiles dans des milliers de paires d’yeux d’enfants ! Aujourd’hui encore, je continue à faire vivre ce théâtre avec l’esprit que tu lui as insufflé.
    Quand tu as été fatigué, tu es redescendu dans ton sud qui t’était si cher.
    Tu m’as communiqué ton amour de ce  sud et c’est ici que j’ai ma maison.
    Avec toi, j’ai découvert une famille, une «belle »  famille que j’ai aimé comme la mienne.  J’ai aussi découvert ta fratrie et ce fameux esprit Costadau.
    Qu’est-ce que tu étais fier de tes frères.
    Cette fierté, tu l’as aussi transmise à notre fille qui va se retrouver bien seule sans toi.
    Yves-Marie, tu as été l’amour de ma vie, le père de ma fille.
    Tu aimais la mer,
    Avant ton dernier départ, j’ai envie de respirer profondément en conscience avec toi, avec tous ceux qui sont venus t’accompagner aujourd’hui.
    Respirer au rythme du flux et du reflux des vagues qui se déposent sur la plage…
    Une inspire profonde en t’envoyant un grand sourire.
    Une expire profonde pour t’aider à partir.
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     Hommage de sa fille Aude Costadau
    Papa, tu es parti trop tôt. Mais tu pars en me laissant fière de mon père.
    Le combat que tu as mené ces derniers mois est devenu un exemple pour moi.
    Aujourd’hui, je perds mon plus grand conseiller, mon plus grand confident, mais je ferai en sorte que tu puisses de la où tu es, être fière de moi, fière de ta fille.
    Quand j’étais enfant, pour pouvoir m’endormir tu avais l’habitude de me lire le petit prince.
    Aujourd’hui à mon tour, j’ai envie de t’en lire un extrait pour ton dernier sommeil.
    Extrait du petit prince :
    J’ai appris dit le petit prince que le Monde est le miroir de mon Ame…
    Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai.
    Quand elle est accablé, le monde lui semble triste.
    Le monde n’est ni triste ni gai il est là, c’est tout.
    Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais…
    J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement…
    « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux »
    Au revoir papa
  • Conviction

    Conviction

    La meilleure des défenses c’est l’attaque disent tous les stratèges. Je pense à ça parce qu’il est clair que nous sommes, depuis ce printemps, dans une bien mauvaise position. Nous avons poussé sur le balancier de la politique et il a été beaucoup trop loin. A force d’explications et de démonstrations nous avons réussi à balayer une partie de la classe politique mais le mouvement a pris trop d’élan et nous nous retrouvons avec une irruption massive du milieu des affaires en remplacement de nos politiciens professionnels et véreux. Je ne dis pas que c’est pire, encore moins que c’est mieux, je dis que nous devons nous défendre car il est certain que le milieu des affaires ne se soucie nullement de nous. Et clairement, la manière dont il se comporte dans le business n’a vraiment rien de reluisant.
    Alors attaquons.
    Attaquons ce président fantoche qui promet tout et rien et n’a aucune disposition pour rassembler, pour être un exemple, un modèle, un guide. Ce n’est pas quelqu’un qui pense, tout juste un fonctionnaire, comme son prédécesseur et ça n’a rien donné de bon. Il n’est en aucun cas le porteur de nos valeurs, de nos idées, de nos espérances. Il est content de lui et ça semble lui suffire. C’est un arriviste comme il en y en a partout et on n’a pas besoin de lui ici pas plus qu’ailleurs.
    Attaquons ce parlement croupion, triste émanation des openspace des multinationales dans lesquelles ce n’est pas ton avis qui compte mais le nombre de ceux que tu auras pu corrompre. En démocratie, les parlementaires sont les représentants du peuple auquel ils ont des comptes à rendre. Mais nous ne sommes plus en démocratie et non avons des apparatchiks préoccupés de leur avancement personnel, de leur barbe et de leur slim. Ils auraient du commencer par diviser par 10 les sommes que nous, oui nous, leur versons. Mais non ils ont enfilé l’habit et ils profitent, c’est tout ce qu’ils savent faire. Pas un seul d’entre eux n’est venu voir ses électeurs pour leur demander leurs avis. Eux ils reçoivent leurs ordres d’en haut, et pour commencer on ne les consulte même pas pour bien les habituer à obéir.
    Attaquons ces prétendues  réformes qui n’en sont pas parce qu’aucune n’est dans notre intérêt. Rien que des mesurettes à destination des gens aisés et des possédants. Je viens de découvrir que les achats de terres et de bois par des non-agriculteurs venaient en diminution à 75 % de l’ISF. Dur.
    Le vieux cliché que ce sont les riches et les patrons qui donnent du boulot nous a tellement été rabâché que beaucoup croient que c’est vrai. Non, non et non ce n’est pas l’argent qui donne du boulot ce sont les besoins des hommes et des femmes pour manger, se vêtir, s’amuser, se loger, voyager et même inventer, améliorer. Oui l’homme, toujours l’homme, pas les entreprises et les actionnaires. Ceux-là ne sont que des profiteurs, des sangsues que nous entretenons à grands frais.
    Attaquons ces médias dédiés à la désinformation et à la mascarade. Nos dirigeants sont le fruit des messages distillés sur les réseaux et non de l’opinion des électeurs, tant les médias sont devenus experts en manipulation, en vrais faussetés  et en fausses vérités.
    Attaquons cette Europe des lobbies qui dicte ses lois jusque sur les bancs de nos assemblées.
    Ok, ok bon mais alors ! Attaquer, attaquer c’est bien gentil oui, mais comment me direz-vous ?
    Nous n’avons pas de pouvoir, pas d’artillerie, pas de médias, pas de stratégie non plus, nous ne sommes pas organisés et avons même   un manque flagrant de crédibilité. Pour le moment nous crions dans le désert, ce qui produit peu d’effet et aurait tendance à nous décourager.
    Alors, quelle est la potion magique ?
    En fait notre seule arme c’est la conviction, notre propre et forte conviction que : oui nous ne sommes plus en démocratie, oui ce sont les riches qui font ce qu’ils veulent, oui nous ne nous défendons pas, oui l’exploitation est générale sur la terre, oui nos dirigeants nous emmènent dans une voie sans issue. Mais nous, oui nous, nous ne sommes pas vraiment convaincus. Nous faisons dans la retenue, dans le rosé : ~tout n’est pas si noir, ~on ne peut pas tout jeter, ~il y a de bonnes choses, ~il y a des gens bien partout, ~c’est pire ailleurs, ~nous avons encore le droit de vote, ~ça a toujours été comme ça. Non, non et non ça n’a pas toujours été comme ça. En vrai, nous ne croyons pas que ça pourrait être différent. Nous ne sommes pas vraiment convaincus, nous nous trouvons des excuses des faux-fuyants. Et cette faiblesse coupable est la principale force de nos  adversaires. C’est dans la tête que ça se passe, c’est dans la tête qu’il faut travailler.
    Alors convainquons-nous car personne ne se battra ou ne résistera à notre place. Ouf.

    Michel Costadau

  • Dupe

    Dupe

    Il ne semble pas que les Français aient bien compris comment marchent les impôts. Premier impôt par le montant, la TVA représente presque la moitié des ressources de l’Etat. Que vous ayez de petits ou grands revenus tout achat, toute vente, toute consommation donne de l’argent à l’Etat. Ce qui veut dire que, contrairement à ce que beaucoup pensent, tous le monde paie des impôts, puisque personne ne vit en autarcie. C’est donc, aussi, un impôt particulièrement injuste, puisque les ressources ne sont pas prises en compte. La TVA sur le kilo de patates est la même pour le milliardaire et pour vous. Cherchez l’erreur.
    C’est seulement l’impôt sur le revenu qui ne s’applique pas à tout le monde, mais ça ne veut pas dire que ceux qui ont le plus de revenus payent plus d’impôts. C’est là ou rentre en compte toute la litanie des niches fiscales, des exonérations et des fraudes plus ou moins légales.
    Ensuite, il y a une répartition entre impôts nationaux et impôts locaux.
    La taxe d’habitation, par exemple, dont quand même beaucoup sont dispensés, soit pour des revenus faibles soit pour le nombre de personnes à charge, fait partie de ces impôts locaux qui contribuent aux ressources des collectivités territoriales. C’est avec ces ressources que sont entretenus les routes, les établissement scolaires, les édifices publics et les maisons de retraite. Il s’agit donc bien de dépenses nationales mais faites par les collectivités.
    Alors quand le gouvernement veut d’un côté réduire les dépenses des collectivités et d’un autre côté supprimer la taxe d’habitation, il y a là un jeu de dupes dans lequel l’Etat fait une opération de communication mensongère, inégalitaire et hypocrite. Je m’explique.
    Si dans le même temps vous avez une réduction de vos revenus : limitation des heures sup, gel de  points, perte de clients, mais que vous la compensez par une réduction de vos dépenses : vacances, habillement, cadeaux, vous arriverez à rester à l’équilibre, peut-être même pourriez vous un peu épargner.
    Et donc si l’Etat dit à la population qu’il va supprimer la taxe d’habitation et qu’il va compenser la perte ainsi occasionnée dans le budget des collectivités, il paraît faire un acte généreux à destination de ceux des contribuables qui la payent.
    Mais si par la même occasion il demande aux dites collectivités de faire des économies, par exemple sur le personnel, les infrastructures ou sur les actions sociales, cela diminue d’autant la compensation qu’il est censé faire, puisqu’il aura moins d’argent à injecter en province.
    Peut-être même compte-t- il faire un petit bénéfice.
    Il apparaît donc dans cette affaire de la taxe d’habitation que ce n’est pas du tout l’Etat qui fait un beau geste, c’est simplement la population qui voit se dégrader les services. Et dans ce cas, toute la population. Ce qui veut dire que ceux qui ne payaient pas de taxe d’habitation vont finir par la payer par la dégradation des services qu’ils utilisent et dont ils ont particulièrement besoin. C’est pas beau.
    Pour ceux qui auraient encore des doutes, il suffit de bien comprendre que nous ne faisons là qu’imiter le modèle  britannique. Les Anglais ont compris depuis longtemps que la dégradation des services hospitaliers, par exemple, ne pouvait pas donner lieu à des mouvements de résistance puisqu’aucun public particulier n’était visé et que personne ne savait si pour son traitement on utilisait la molécule la moins chère mais moins efficace. Ces actions de façade vertueuse mais servant au fond à aider encore plus les riches, sont, d’ailleurs, la règle d’or des écoles d’administration.
    Notre pauvre gouvernement a pris ses idées chez les rosbifs et c’est nous qui sommes cuits.
    Michel Costadau
  • Menace

    Menace

    Fête Nat, c’est quoi exactement cette fête. Je vois d’un côté des drapeaux et des hymnes, d’un autre côté des défilés militaires, et enfin des bals et des feux d’artifice. Qu’en conclure ? Dites donc mais ça ressemble beaucoup à la fin d’une guerre vous ne trouvez pas ? Une guerre annuelle qui se terminerait en juillet. Swoup. Je ne dois pas être loin de la réponse, mais non, mais non, une guerre tous les ans peut-être, mais pas une victoire tous les ans, ça n’a pas de sens. Ou alors c’est juste la fête de la guerre. Bingo. C’est ça. Vive la guerre.
    Cela dit, le problème des guerres c’est qui est le vainqueur, s’il y en a un, et qu’est-ce qu’il gagne, s‘il gagne quelque chose. Et donc regardons si la France est en guerre.
    Hélas oui nous sommes en guerre mais sans l’avoir déclarée. C’est la version moderne.
    Nous sommes en guerre contre la Syrie. Certes nous avons du mal à faire beaucoup d’actions mais nous avons des bombardiers et le personnel qui va avec et nous balançons nos bombes régulièrement sans états d’âme. Le fait que nous n’ayons pas déclaré officiellement la guerre à la Syrie se traduit par des lectures assez ambigües de notre action. D’un côté nous n’avons plus de rapports diplomatiques avec la Syrie et d’un autre côté nous avons fait une grande campagne pour que chaque village accueille son réfugié syrien. Ce n’est pas d’une grande logique.
    Mais alors quand même c’est qui le vainqueur. Euh vous pouvez répéter la question ? Nous ne sommes pas les vainqueurs, ça c’est sûr, mais nous ne sommes pas encore battus non plus. Alors victoire à la Pyrrhus en vue, comme on dit. Peut-être, mais il me semble surtout que cette guerre n’est qu’une bataille de plus dans le cadre d’une guerre plus générale. Mais quand même, est-ce que nous avons gagné quelque chose ? Aïe eh bien ce n’est pas net du tout. Clairement nous avons fait de notre pays une cible pour les extrémistes et ils ne s’en privent pas. Nous avons renforcé notre dépendance par rapport aux US, ce qui n’a que des inconvénients. Nous sommes isolés en Europe avec une Italie qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés et la Hongrie qui n’en veut pas un seul. Le bilan est loin d’être positif. Honte.
    Et nous sommes, aussi, en guerre au Mali, au Niger, au Tchad, en Centre Afrique et en RDC. Là c’est sous le label du maintien de l’ordre, i.e. du maintien de l’ordre établi afin que les dictateurs protégés puissent continuer à nous, c’est-à-dire à nos multinationales, ouvrir les portes de leur mines, de leurs champs, de leurs ressources et de leur main-d’œuvre. C’est moyen-âgeux et surtout abject. Tout cela recouvert par le manteau troué de la lutte contre le terrorisme. C’est du Bush pur et dur. Sauf que c’est du French Bush. Honte.
    Ce n’est pas encore fini, parce que nous avons aussi une force de dissuasion. Si, si, si y parait que c’est vrai. Non pas contre les terroristes, ça n’a pas l’air de marcher avec eux. Non, contre euh contre….contre, ah oui……………. contre la menace. L’instrumentalisation de l’ennemi permet  d’en faire la menace. La menace n’a pas de nom ni de lieu. Elle est partout. Mais alors nos braves têtes nucléaires dans nos redoutables sous-marins sont dirigées vers où, vers qui ? Quelles villes leur sont assignées. Toulouse ? Là c’est même plus le nucléaire qui me fait flipper, c’est qu’on ne sait pas sur quoi sont braquées nos petites bombes atomiques. En plus, le fait que ce soit automatique, informatique, robotique et programmé, c’est ça le principal danger pour moi.
    Bon appétit quand même.

    Michel Costadau

  • Mariage gay

    Mariage gay

    C’est sans conteste le couple de l’année. Edouard et Emmanuel, avec un petit coté XVIe – l’arrondissement pas le Louis -, forment le couple le plus gai qu’on ait vu depuis longtemps – longtemps dans les médias ça veut dire 15 jours. Quand je dis couple c’est même le genre petits vieux, à preuve qu’ils commencent à se parler par personnes interposées : je lui ai demandé de ; il m’a dit que. Lui dit à sa femme : il faut faire des économies, notre budget ne peut pas suivre, Elle répond : mais bien sûr mon chéri, c’est comme si c’était fait, je vais commencer par les vacances : cette année tu resteras à la maison et moi j’irai avec les enfants chez maman. Et ainsi de suite. En plus c’est un couple techno, non pas boum boum boum, non, mais -cratique. Eh oui technocratique. Bon je prends ça à la rigolade mais, hélas, non seulement c’est loin d’être drôle, mais en plus ça m’inquiète franchement.

    Le principal inconvénient de la technocratie c’est d’être loin, loin, loin, très loin de la vie des gens. Tout le monde connaît, bien sûr, l’humour de Coluche disant qu’à l’hôpital les gens mouraient en bonne santé, c’est-à-dire guéris de l’affection pour laquelle ils étaient entrés, mais n’ayant pu supporter le traitement curatif. Pas de bol. La faute à personne.

    Si je vous dis ça, c’est qu’un sérieux parfum de technocratie flotte sur notre malheureux pays. Le peu que j’entends de ce que tout le monde appelle les nouvelles mesures annoncées me semble n’avoir aucun lien avec notre quotidien.

    Diminuer le nombre de députés, voilà bien une mesure incompréhensible. Diminuer le nombre de députés, c’est faciliter grandement la tâche des lobbies qui auront beaucoup moins de personnes à approcher et à sensibiliser. Oui vous savez on ne dit plus corrompre on dit sensibiliser. Qui plus est, diminuer le nombre de députés, c’est diminuer la représentation populaire, ce qui est exactement le contraire de la démocratie. C’est donc seulement une mesure technocratique.

    Il y a aussi cette histoire de vaccination, dont l’intérêt pour la sécurité sociale est assez flou. S’il s’agissait d’une claire mesure de santé publique tout le monde devrait applaudir, mais il semble qu’il s’agisse plutôt d’un cadeau aux labos où d’une mesure discriminatoire, ce qui est évidemment différent. Dans tous les cas, c’est typiquement une mesure techno puisque ni l’objectif ni les moyens ne sont évoqués.

    D’ailleurs, d’une manière générale, les technocrates ne disent pas à quoi ils s’attaquent et avec quels objectifs ; ils disent qu’ils font quelque chose de pas très précis dans un domaine un peu flou avec des moyens mal définis et sans la moindre possibilité de contrôler la mise en œuvre.

    Alors  bien sûr il est encore question de la loi travail. Cette  loi adoptée difficilement il y a un an et pas encore appliquée, va être modifiée on ne sait pas trop dans quel sens, puisqu’elle était déjà assez libérale. En tous cas on ne voit pas bien le rapport entre la loi travail et  le travail, c’est-à-dire le chômage. Si c’est une loi pour diminuer le chômage : bravo, si c’est le contraire : zéro pointé. Mais comme je vous le disais, ça n’a sûrement aucun rapport avec le travail, c’est purement technocratique.

    J’ai entendu aussi le rétablissement, ou la suppression on ne sait pas très bien du jour de carence pour les fonctionnaires. Vous voulez vraiment savoir ce que j’en pense. Ben oui c’est exactement ça. Pourvu que cette mascarade ne dure pas trop longtemps, parce que j’ai le sentiment que la population en a déjà assez. C’est le syndrome du gouvernement minoritaire qui apparaît. Emma est pressé parce que ça va tourner vinaigre bientôt, et Ed ne pourra rien pour lui. Et moi non plus évidemment.

     

    Michel Costadau

  • Départ d’Alain Galinier

    Départ d’Alain Galinier

    Ce n’est jamais drôle de voir disparaître son père. Jamais,

    Ce n’est pas facile d’apprendre le décès de son conjoint ou ex, mais alors c’est contre nature d’enterrer son fils, même s’il a déjà fait sa vie,

    Alain tu es mort trop tôt, trop jeune, trop vite,

    Une fois de plus tu nous a surpris,

    Parce que s’il y a quelque chose qui te caractérise c’est bien l’oubli de soi,

    Certains l’appellent la gentillesse, la générosité ou le courage, mais le vrai sentiment c’est que tu te comptais après les autres,

    Même si tu avais été détesté par la terre entière, que tu n’aies eu que des ennemis, Même.,

    Même alors, ce n’était pas une raison pour partir,

    A vrai dire il n’y a jamais de bonnes raisons pour quitter cette terre,

    La terre justement c’était ton domaine. Ton univers,

    Tu y posais dessus des murs, des constructions, des aménagements, avec tes mains, parfois avec des gants, vite troués, vite tu retrouvais tes mains,

    Ton contact c’était tes mains, pas pour prendre mais pour donner, des mains de maçon,

    Métier difficile que maçon, c’est lourd, ça brûle les doigts, il faut faire droit, contenir les forces du sol, du vent, de la pluie,

    Métier pénible, mais métier noble,

    Le maçon c’est le métronome du chantier, le pivot qui dit quand et comment les autres pourront intervenir,

    Et les autres, les amis, tes amis, ça c’était ta vraie richesse, ta seule richesse, ton bagage, ta marque de fabrique, ton trésor,

    Je ne les connais pas tous tes amis, mais tous ceux que je connais sont des hommes et des femmes qui comptent et sur lesquels on peut compter,

    Et pour eux tu comptais,

    Et tu comptes encore,

    En vrai, vraiment, je crois que tes amis t’aimaient et je crois que c’est la seule chose qui comptait pour toi,

    Tes amis c’était ta vraie mesure, ton mètre toujours dans la poche et tes amis toujours dans la tête et dans les yeux,

    Avec eux pas de fausse note, pas de retenue rien que du partage,

    Seulement à donner sans mesure tu t’es épuisé, tu as trop pris sur toi mais pour toi aussi il y a des limites,

    Tu t’es donné toi-même et, là, là, tu as éprouvé un peu de solitude,

    Des comme toi il n’y en a pas beaucoup,

    Alors tu as franchi la ligne, seul, et maintenant tu es de l’autre côté,

    Mais, en fait, tu le savais que tes amis seraient là, car tu n’es pas seul, tu n’es plus seul tu as tout le monde autour de toi,

    Alain nous sommes là,

    Nous sommes autour de toi aujourd’hui et nous te donnons la main, cette main qui a tant servi,

    Cette main, ta main, c’est notre lien, c’est ton dernier cadeau,

    Et nous le garderons longtemps,

    Très longtemps.

                                                                                 Michel Costadau

  • Contre-courant

    Contre-courant

    Maintenant que la séquence électorale est terminée essayons de comprendre les résultats. Nous avons un nouveau président. Ça ce n’est pas une surprise puisque l’ancien ne se représentait pas. Ce que l’on a commencé à découvrir pendant la campagne, c’est que son réseau ne voulait pas fonctionner avec les anciens partis. Du coup il en a créé un nouveau tout en débauchant diverses personnalités has been.

    Alors est-ce que ce nouveau parti est un hybride des deux anciens partis de gouvernement, avec vocation de les remplacer. Réponse : non pas du tout. Bon mais alors c’est quoi ce nouveau parti ? Réponse : c’est le parti de la classe moyenne. D’habitude la classe moyenne est partagée entre plusieurs opinions, bobos, cadres, jeunes diplômés, intellectuels et est l’objet d’une chasse de la part de tous les partis. Mais là, il y a eu cristallisation. C’est la génération d’après 68 qui se retrouve en pleine activité et que le système a fait prendre en mayonnaise. Et c’est le paradoxe de cette élection qu’après une campagne où tout le monde était soi-disant antisystème, on se retrouve avec une assemblée et un gouvernement entièrement système. C’est la stratégie de la fuite en avant. La croissance du PIB pour sauver la planète. C’est franchement triste.

    Mais comment cette cristallisation a-t-elle eu lieu ? Comme ingrédient nous avons d’abord une très forte propension de l’électorat à vouloir se débarrasser de la classe politique obsolète que nous avons. Cette faim de renouvellement a d’ailleurs conduit à des primaires désastreuses et à la déroute des candidats primés : Mélenchon + Le Pen + Macron font 2,5 fois Fillon + Hamon. C’est sur la base de ces primaires ratées que le nouveau parti s’est installé.

    Nous avons ensuite une mainmise totale de la finance sur les médias, ce qui permet à ses possesseurs de façonner l’opinion. Macron et le nouveau parti ont été littéralement portés par les médias de bout en bout : aucune critique, valorisation de toutes les différences, jamais d’affirmations péremptoires, interviews positivées, shows millimétrés.

    Enfin, nous avons un système électoral, strictement non proportionnel, qui fait le jeu des minorités afin de prendre le pouvoir. Cette minorité, de l’ordre de 19 % à la présidentielle et de 12 % aux législatives, permet avec les institutions de notre république de prendre le pouvoir par élimination. Ce n’est pas démocratique mais c’est légal. Vous en voulez encore ?

    Mais alors qui sont ces fauteurs de trouble qui ont voté Macron deux fois ? Car ce sont exactement les mêmes qui ont fait le président et les députés. Ca vaut le coup de regarder qui sont ces héros. Le plus fort contingent est constitué par ceux que j’avais désignés comme les souliers pointus. Ce sont ceux qui mangent au restaurant ou à la cantine à midi, car ils ne savent pas ce que c’est que d’amener sa gamelle ; ils mènent une vie de couple avec deux salaires, SUV, deux enfants scolarisés, sport collectif pour les garçons, gym pour les filles. La majorité travaille dans des bureaux plus ou moins climatisés, soit en grande entreprise soit en libéral. Ce sont eux, aussi, qui voyagent en avion, mais ne payent pas leur billet puisque aux frais de l’entreprise. Fondamentalement, ils font l’audience des émissions de télé et sont du coup complètement imbibés par les médias et sans défenses, mélangeant volontiers pub et infos. C’est dans cette sphère qu’ont été recrutés les députés et les ministres. A ceux-là s’ajoutent des transfuges déçus par la droite et la gauche, ainsi que certains socialistes à qui on a fait croire que Macron était de gauche.

    Mais tout le monde n’a pas voté Macron, loin de là.

    En schématisant rapidement on peut dire que ceux qui ont voté Le Pen sont les déclassés du système, ils n’y croient plus. Ceux qui ont voté Mélenchon sont les intellectuels, ils macèrent dans leur impuissance. Ceux qui ont voté Fillon sont les vrais riches, ou qui croient l’être trop. Et ceux qui ont voté Hamon sont les fossiles passéistes qui se sont arrêtés en 36.

    Bon, au résultat, les arrivistes sont aux manettes. Est-ce que c’est une bonne chose ? Eh bien pas du tout parce que nous sommes à contre-courant de l’évolution des autres pays. La prise de conscience de la mondialisation amène, partout dans le monde, les peuples à enclencher un mécanisme d’autodéfense, de retour sur soi. Il faut reprendre la main pour continuer à exister face au raz-de-marée de l’économie globale. Du coup, beaucoup de pays essayent de s’intéresser à leurs citoyens avec une dynamique nationaliste et une recherche démocratique. Les US, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, l’Inde, les pays de l’Est, l’Italie, et pas mal d’autres, veulent bien accompagner le système mais sans y perdre leur identité. En France nous venons de faire le choix inverse : tout pour l’économie, plus d’Europe, plus de multinationales, le pouvoir aux loups aux dents longues, le gouvernement des arrivistes. Une fois de plus après l’industrie, les services et les GAFAM, nous ne sommes pas dans le bon wagon. Nous avons choisi la facilité, celle qui consiste à aller dans le sens du business et de l’argent plutôt que de mener une véritable réflexion sur notre vie en société et son avenir.

    D’une certaine manière nous avons voulu reproduire la séquence Trump. La finance qui va défendre les exclus du système. Mais au lieu de donner le pouvoir aux nationalistes ou aux démocrates, nous l’avons donné aux fonds de placement, aux start-up et aux technocrates. Il n’est pas sûr  qu’ils veuillent nous le rendre. Je crois bien qu’il faudra le leur reprendre.

     

    Population

    Electeurs : 47 millions.

    Présidentielle

    Macron : 8 millions de voix,

    Le Pen : 7 millions,

    Mélenchon : 7 millions,

    Fillon : 7 millions,

    Hamon : 2 millions.

    Législatives

    EM : 6 millions de voix,

    LR : 6,5 millions,

    FN : 3 millions,

    Mélenchon : 2,5 millions,

    PS : 1,5 million.

    Michel Costadau

  • Cohabitation

    Cohabitation

    Je suis un peu surpris que personne ne parle, ni même n’évoque, la cohabitation qui est en train de se mettre en place. En fait je suis gentil quand je parle de cohabitation, parce que ça pourrait être une opposition beaucoup plus frontale, mais bien sûr ce ne sera pas le cas.

    Oh ce n’est pas du tout celle entre le président et l’assemblée ;  là c’est plutôt la lune de miel qui dure ce que chacun sait. Mais, une chose est sûre, un parlement croupion n’a jamais fait avancer un pays.

    Non je veux parler de la cohabitation avec ce qu’il est convenu d’appeler les collectivités territoriales. Il est facile de comprendre que le nouveau parti au pouvoir n’a aucun élu dans les Conseils régionaux, ni dans les Conseils départementaux, ni dans les Conseils municipaux de nos chères communes. Ni même et c’est assez marrant dans le Parlement européen.

    Maintenant si nous prenons notre région, dirigée par des socialistes patentés, élus avec un programme dit socialiste et qui comprend aussi des écolos et beaucoup de FN,  la question est la suivante : quelle est la politique de notre région.  J’ai pris un cas socialiste mais c’est la même chose  pour une région républicaine. Car, à une exception près, toutes les régions françaises sont aux mains des socialistes ou des républicains. C’est la même chose pour tous les départements, ainsi que pour les grandes villes et même les moyennes, car seuls les villages ne sont pas politisés.

    Alors, revenons à la question : quelle est la politique de notre région. La réponse est simple : aucune. Ou plutôt c’est ce qu’il est convenu d’appeler une politique régionale, ce qui ne veut rien dire, pas plus qu’une politique départementale, ou municipale. En fait ça consiste tout simplement à gérer les affaires courantes et ça ne change rien, que ce  soit socialiste, républicain ou même frontiste, sauf bien sûr pour ceux qui profitent. Bien évidemment on ne peut pas dire que le choix du tram ou du métro soit un choix politique, mais ça profite à quelqu’un.

    Maintenant le point que je veux faire ressortir c’est que cette cohabitation illustre clairement les deux étages de notre vie publique. En haut, le Gouvernement et le Parlement qui gèrent le pays depuis leur cocon, c’est-à-dire dans l’entre-soi de la classe politique et en bas nous, c’est dire les citoyens et les territoires qui  sommes uniquement le terrain de jeu des gens d’en haut. Je l’ai déjà dit, des régions et des départements sans force législative non seulement ce n’est pas démocratique mais c’est la porte ouverte à l’exploitation centralisée. Il n’y a pas de Parlements régionaux ni départementaux, il faut qu’il y en ait. Sinon nous n’avons que des gestionnaires plus ou moins qualifiés et surtout plus ou moins corrompus selon les secteurs. Pour la petite histoire, la région vient de lancer des réunions pour le futur « Parlement de ma montagne ». Bien sûr ce « Parlement » n’aura pas le moindre pouvoir législatif. Non ce n’est pas une blague c’est juste pour illustrer que le déficit démocratique, c’est-à-dire en l’occurrence l’absence de pouvoir politique des élus territoriaux, est tellement criant qu’il faut recourir à des ruses verbales pour le masquer.

    Alors, est-ce que cette dichotomie ou cette coupure politique, si vous préférez, va donner quelque chose d’intéressant ? Visiblement elle n’a réussi ni aux socialistes ni aux républicains dont personne n’a approuvé l’entre-soi coupé de la réalité, depuis vingt ans. Et il y a de fortes chances qu’elle ne réussisse pas plus à ceux qui ont voulu prendre leur place et qui se retrouvent bien seuls.

     

    Michel Costadau

  • Composition

    Composition

    La mode est à la composition. Il paraît que nous sommes en train d’assister à une recomposition du paysage politique. Vous noterez que quand je dis assister c’est bien pour marquer que l’on attend de nous que nous soyons des spectateurs et non des acteurs. Sauf que justement, pas de bol, c’est nous qui votons. Et c’est donc nous qui devrions être acteurs. Au lieu de ça on assiste à un spectacle son et lumière donné par la classe politique et dans lequel le seul rôle qui nous reste c’est d’applaudir et dire encore encore.

    Alors, que les électeurs veuillent sortir du jeu le PS et LR, ça c’est vraiment bien et c’est ce que je demande depuis plusieurs années. Mais qu’ils veuillent les remplacer par les mêmes, là y a un truc qui m’échappe, parce que ce n’est pas tel ou tel parti mais c’est la classe politique qui pose  problème, et les mêmes étant les mêmes je ne vois pas où est le bienfait. Il est vrai que le schisme vient d’en haut, le même étant le même. Si en plus on parle de lui comme du dauphin, je me demande dans quel régime nous sommes tombés.

    Bien sûr, et heureusement, il y en a quelques uns qui disent assez assez, mais ceux-là n’ont pas leur place dans les médias. Ou plutôt si, ils ont leur place mais uniquement pour les critiquer et jamais pour faire sérieusement état de leurs arguments. D’ailleurs il n’est plus question d’arguments il n’est question que de publicité.

    Dans ce genre, le dernier truc que je viens de lire me laisse pantois : « Le gouvernement a préparé minutieusement les 100 jours après les législatives ». C’est présenté comme une information au même titre que les morts de Téhéran. Et pourtant c’est le top de la désinformation.

    D’abord, ça ignore l’étape législative, comme si le résultat était déjà acquis, à savoir une majorité présidentielle de godillots. Du coup, l’élection législative, c’est-à-dire le choix de la représentation populaire devient un évènement mineur, comme s’il n’y avait plus d’élection. Et un pays dans lequel il n’y a plus d’élection, je ne sais pas comment l’appeler, mais certainement pas démocratie. D’ailleurs j’ai lu aussi que dans l’attaque sur Raqqa il y avait les Les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes, c’est vous dire où va se nicher la démocratie.

    Ensuite, ça ressemble à un scoop : quelqu’un de très bien informé dévoile presque une botte secrète : des chose sont préparées, on ne sait pas lesquelles mais elles sont prêtes. C’est rassurant. Ca ne sera pas la pagaille. Un programme va se dérouler. Heures après heure, jour après jour tout est prévu. On ne sait toujours pas quoi mais c’est prévu, et c’est ça qui est important parce que ça veut dire que la situation qu’on ne connaît pas non plus est maitrisée d’avance. 

    Enfin c’est une prouesse de désinformation : ce n’est pas le contenu qui compte, c’est la forme, l’image évoquée, le message subliminal. On dirait de l’info mais ce n’est que de l’intox. On a déjà dit que les médias sont aux mains de la finance et qu’ils nous font croire ce qu’ils veulent, mais on doit aussi rappeler que les Français sont des veaux, si non ça ne marche pas. Elevés sous la mère, label rouge – belle arnaque ça aussi-, et bientôt bio, mais des veaux quand même.

    Du coup, en fait de recomposition, c’est plutôt de la composition. J’espère que l’on n’est pas en train de retourner au parti unique, comme en 58. Parce que, absence d’élections, parti unique et président non responsable, c’est exactement le tiercé gagnant de la dictature. Dictature de la finance bien sûr mais dictature quand même, comme en Afrique.

    Alors avec notre famille politique régnante ce serait bête qu’on nous confonde avec les régimes africains. Il est vrai que c’est nous qui les avons inventés mais il n’y a pas de quoi être fiers.

    Et puis, après tout, pourquoi ne pas être en accord avec la réalité. Ce n’est plus l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, c’est la finance de Paris à Dakar.

    Michel Costadau

  • Collusion

    Collusion

    Bien entendu je n’ai pas la télé et je ne la regarde pas, mais par contre je regarde des films en vidéos, pas toujours jusqu’à la fin mais ça peut arriver quand même. Dans le tas il y a pas mal de policiers. Et j’ai remarqué, comme vous bien sûr, que le monde des polices et le monde des mafias en fait se connaissent très bien. D’abord pour découvrir, identifier, surveiller les agissements des uns et des autres mais aussi pour mesurer forces et faiblesses des hommes eux-mêmes. Je ne me souviens pas d’avoir vu le gangster et le policier amoureux de la même personne, mais c’est tout à fait possible. Cette proximité s’explique aisément par la nécessité de connaître son adversaire. Sachant bien sûr que les gangs ont, en plus de la police, à se connaître entre eux, puisqu’aussi bien ils sont souvent ennemis. Or donc tous ces gens là se connaissent bien et l’histoire pourrait s’arrêter là, parce qu’il est établi que le chasseur sait tout sur son gibier et réciproquement.

    Seulement il y a des situations disons délicates, par exemple quand la police et un gang font, volontairement ou pas, action commune pour faire tomber un ennemi de l’un et de l’autre. Cette convergence demande une grande connivence entre les dites parties et même une entente basée sur la proximité évoquée plus haut. 

    Alors cette proximité m’interroge beaucoup, bien sûr dans le domaine policier, mais surtout dans le domaine financier et politique. C’est la notion de collusion qui est en jeu. Collusion n’est pas corruption mais c’est du même genre, ou tout au moins le premier pas.

    En fait c’est surtout le domaine financier que je veux évoquer. Et par exemple je me suis demandé pourquoi les SCOP, cette forme d’entreprise non capitalistique, n’avaient qu’un succès très limité et en général de courte durée. Cette création ou reprise d’une entreprise par ses salariés a pourtant des vertus rares et attractives. Pas de dictat des actionnaires que sont aussi les salariés, pas de  spéculation des financiers, des relations égalitaires genre un homme une voix et une responsabilité partagée. Rien que du bon en fait. Et pourtant ça a du mal à attirer et du mal à durer. Pourquoi ? Aïe Aïe Aïe.

    En fait il est assez simple de constater qu’il s’agit d’un manque de collusion. Clairement, les SCOP ont un fonctionnement basé sur le tissu relationnel d’une équipe. Ce n’est pas une question de gens qui s’aiment bien, qui se sont embauchés les uns les autres, non c’est simplement une histoire de choix, le choix d’une équipe de faire fonctionner ensemble une entreprise. Cette équipe a en fait un fonctionnement interne fort mais par nature elle est peu reliée au monde capitaliste, en particulier dans le domaine de la finance. Bien sûr elle a des relations avec les acteurs : banque, pouvoir public, marché, mais ces relations relèvent plus du mode client-fournisseur que du mode main dans la main et discrète amitié. Une chose est de bien connaître son banquier et de déjeuner avec lui, une chose est de faire partie de « la famille » du banquier, genre intérêts croisés ou benoitement parrain du garçon ou de la fille. Idem pour intéresser les investisseurs : une SCOP c’est presque rebutant car non seulement ça ne maximise pas le rendement des placements mais ça recherche plutôt un fonctionnement global harmonieux ou presque. Et puis ces gens qui donnent leur avis sur un peu tout et même que l’on consulte fréquemment ça ne permet pas de faire des affaires entre soi. Eh oui les affaires se traitent en famille.

    Mais nous, nous ne faisons pas partie de la famille.

    Michel Costadau