Catégorie : Classe politique

  • Promesses

    Promesses

    Bien obligé de parler des élections on est dans la période.

    Vous le savez déjà, les élus sont tous des professionnels de la politique. Et, que ce soit chez un artisan ou dans une grosse boite, le professionnalisme c’est la maitrise des procédés, des choix de qualité, des justes coûts, de la garantie et une bonne pérennité. Le professionnalisme des politiques est d’une tout autre nature. Il consiste avant tout à faire des promesses sans le moindre engagement. Et pour cela il faut de l’entrainement, des méthodes car sinon on se fait piéger par son propre discours. Le secret c’est qu’il faut donner l’impression de vouloir faire des choses sans que l’on sache très bien quoi. C’est pas évident, ça s’apprend.

    Quand un artisan vous promet de carreler la maison, il ne dit pas « si j’y arrive, ou si j’ai le temps ou si ça reste la priorité ou si je ne fais pas le contraire ». Et pourtant c’est exactement ce que font les élus en disant je vais faire çi ou je vais faire ça, sans le moindre devis, sans la moindre planification, voire sans la moindre compétence et bien sûr sans la moindre signature. Vous n’acceptez ces choses là que de votre beau frère quand il vous propose de refaire le toit du garage en oubliant la gouttière. De plus une fois élus ils font surtout des choses dont ils n’avaient jamais parlé.

    Et nous avons une triste illustration de ces comportements irresponsables avec le virus mais aussi avec la Syrie. Vous vous souvenez du temps où nous avions rompu nos relations diplomatiques avec Damas pour reconnaitre les rebelles, les recevoir à Paris, les armer et envoyer nos vaillants soldats bombarder des cibles alaouites. A un moment ils nous donnaient même des chiffres en effectifs, en tonne de bombes, en cibles atteintes.

    Et maintenant il reste un carré de ces rebelles, assiégés, expulsés ou assassinés dans le silence complet de Paris. Et pourtant pas grand-chose n’a changé dans ce coin là. Ce sont seulement nos politiques qui ont complètement oubliés leurs promesses et leurs discours. Cette guerre non déclarée a déjà dépassé le million de victimes civiles, y compris des milliers de français et ce n’est pas tout à fait fini.

    Le virus, quand à lui, n’atteindra probablement jamais ce chiffre et pourtant on sature encore et encore les médias avec des mesures fantaisistes. Qu’est ce qui cloche ?

    Ah oui pour les municipales pas de pb, ce sont des élections sans la moindre importance politique, à part le copinage. D’ailleurs c’est peut être ce que vous faites en votant pour des gens que vous connaissez ou que vous aimez bien. Ca parait naturel, mais si vous en espérez des avantages voire des aides ou des contrats, ou tout simplement des améliorations, ça s’appelle de la corruption. Bref tout cela est bien triste. Il est bien loin le temps où existaient des idées et des programmes politiques entre lesquels on pouvait choisir. A supposer que cela ait jamais existé.

     

    Michel Costadau

     

  • Jospin

    Jospin

    Fini les élucubrations, place à l’action ou plutôt … à la réflexion.

    Alors voilà, vous qui votez, vous vous posez surement la question : comment se débarrasser de ce gouvernement dangereux et en plus minable. Je vous refais pas la démonstration complète, vous la connaissez. Nos institutions sont plombées par la présidentielle, il faut donc en passer par là.

    Le clown va surement se représenter, car ils n’ont personne d’autre. Comment faire pour qu’à coup sûr il ne soit pas élu. Je dis à coup sûr car ces gens-là distillent trop de mensonges opportuns pour que l’on croie ce qu’ils disent.

    Réfléchissons donc, la règle antidémocratique en place indique que seuls les deux premiers vont au second tour. Mais pas le troisième. La voilà la solution : mettre le clown en troisième position. C’est un peu le coup de Jospin à l’envers si vous voulez. Alors comment faire ?

    D’abord je compte beaucoup sur les électeurs RN pour placer leur candidate en tête. C’est un point très solide et positif dans cette stratégie. Ensuite il faut trouver un second qui ne soit pas le sortant. Plusieurs pistes sont à explorer : les élections précédentes, les mouvements sociaux et les grands courants sociétaux.

    Commençons par la précédente élection : ils étaient quatre autour de 20 %, qui tous d’ailleurs auraient pu prétendre au second tour si on était en démocratie. Observons que les troisième et quatrième étaient justement la gauche et la droite. La gauche est dispersée en étincelles, qu’elle se représente ou pas n’a donc pas grande importance. Par contre, la droite est le cœur de cible du président et donc une vraie candidature de droite peut lui enlever beaucoup de voix.

    Analysons maintenant les mouvements sociaux. Deux grands courants se sont développés depuis le début du mandat : les très originaux Gilets Jaunes et la réaction syndicale et populaire à la piteuse nième réforme des retraites. Ces deux mouvements ont en commun une très forte hostilité envers le gouvernement et surtout le chef de l’Etat. C’est-à-dire que cette défiance est profonde et devrait se retrouver dans les urnes en affaiblissant le score du sortant.

    Et donc deuxième enseignement. Le score du clown devrait être inférieur à celui de la précédente élection et donc le mettre après les deux premiers.

    Enfin troisième analyse : les grands courants d’idées. La notion forte de déclassement et de société à deux vitesses, initiée par les GJ reste un moteur très important des mouvements récents. Cependant cela relève, pour ainsi dire, de l’éternel ressort de la lutte des classes. Son coté passéiste n’est pas porteur facilement de nouvelles avancées sociétales. Il faut donc trouver autre chose.

    Incontestablement, le réchauffement, la pollution et la destruction de la biodiversité ont fait surgir un sentiment d’urgence à agir pour l’environnement. C’est la grande émergence de ces dernières années. L’arrêt du pillage de la planète représente un immense programme dont personne ne s’occupe réellement pour le moment. Un candidat porteur de ces préoccupations devrait rassembler une part importante des votants. Ça devrait pouvoir faire notre second.

    On se résume : pour faire le Jospin à l’envers trois conditions s’imposent.

    D’abord que le RN continue à tenir la route, ensuite que la droite présente un candidat et enfin que se montre un vrai candidat environnemental. J’espère qu’il y a en aura un et que vous voterez pour lui.

    Michel Costadau

  • Elucubrations retraitables

    Elucubrations retraitables

    Souvent à vélo je passais devant sa maison complètement décorée. Quelque fois je lui disais bonjour et d’autres fois je le retrouvais l’après midi à la pétanque. Il avait travaillé dans la peinture de citernes et de gazoducs. Sa maison était toujours ouverte et il bricolait, peignait ou réparait quelques outils.

    Et puis un matin je le vois sortir des couvertures et des vêtements de chez lui pour les mettre, avec quelqu’un de sa famille ou un ami, dans une voiture avec une petite remorque attelée. Je m’arrête et je lui demande :

    – tu t’en vas,

    – non je suis mis à la porte,

    – et tu vas où,

    – au HLM,

    – qu’est-ce qui s’est passé,

    – ben en cinq ans la maison de retraite m’a pris la maison,

    – quelle maison de retraite,

    – celle où était ma mère, y m’ont réclamé 75 000€, la maison a été vendue 85 000€,

    – …..

    – y nous reste rien, y sont pressés je dois tout vider avant lundi,

    – ta mère est toujours à la maison de retraite,

    – non elle est morte,

    – ….ah euh je sais pas quoi dire.

    J’ai repris mon vélo avec une sourde boule dans l’estomac. Parce que c’était trop d’injustice. Travailler toute sa vie, comme il l’avait fait, pour un salaire de misère et se voir enlever sa maison pour payer la retraite de sa mère, c’est pas croyable. Nous ne sommes pas dans la préhistoire que je sache mais dans une société riche qui envoie des engins dans l’espace et qui entretient des châteaux et des parcs mais qui est incapable de payer la retraite de ses anciens.

    La société c’est nous et nous ne sommes pas fichus d’offrir une fin de vie correcte à nos parents. Il y a quelque chose qui ne va pas. Comment a-t-il été possible que la vieillesse devienne un tel business. Comment avons-nous pu laisser les marchands s’emparer des misères de l’âge pour gonfler leurs comptes en banque.

    Et voilà que le déclic s’est fait.

    Retraite, retraites on en parle beaucoup en ce moment, mais une évidence s’impose : il y a deux aspects complètements disjoints.

    Toucher une retraite n’a aucun rapport avec payer une maison de retraite. Et je découvre d’un seul coup que la fin de vie est un droit exactement comme l’éducation du début de vie. Pourquoi la société envoie-t-elle les enfants à l’école et livre-t-elle les vieux aux requins de la médecine et de l’hôtellerie.

    Il est clair, à part pour les riches, que la retraite que l’on finance par son travail est insuffisante pour payer une maison de retraite. Il faudrait plus que tripler le smic et aussi ne pas chercher à rogner celles qui existent. Et c’est encore pire pour une hospitalisation longue durée à domicile : ça coûte une fortune et seuls les princes du pétrole peuvent de l’offrir.

    Nous acceptons que les jeunes passent presque 20 ans sans revenus et la société n’est pas capable de payer 5 ans en maison de retraite à une personne qui en a besoin. Non il faut que les bandits fouillent nos poches et vendent les maisons des smicards. C’est un constat terrible.

    Réveillez-vous, le loup n’est pas à l’étranger ou chez les étrangers, il est entré dans la bergerie, il est chez nous et il fait ce qu’il veut sous nos yeux.

    Réveillez-vous, votre retraite ne doit pas servir à payer la maison de retraite pas plus que l’hôpital, c’est un service que la société nous doit.

    Michel Costadau

  • Elucubrations futurables

    Elucubrations futurables

    Pour ceux qui ont suivi, la question devient donc : mais qu’est-ce que le vivant fait sur terre ? Il est bien évident que je n’en sais absolument rien et ceux qui disent qu’ils le savent sont de gros menteurs, voire de dangereux illusionnistes, suivez mon regard. Néanmoins, même s’il s’avère difficile d’établir le rationnel de la présence du vivant sur terre, il n’est pas interdit de formuler quelques hypothèses sur la suite des évènements.

    Pour commencer, constatons la possibilité non négligeable que l’homme disparaisse de la planète, un peu comme les dinosaures. Les raisons pour cela ne manquent pas aujourd’hui, ce qui rend la chose fort crédible. Et il est assez facile d’imaginer que l’évolution se continuera avec les souches résilientes. Cette hypothèse a par contre un avantage et un inconvénient. L’avantage c’est que la question de « pourquoi l’homme » revêtira beaucoup moins d’intérêt car sa disparition donnera la priorité aux survivants, qui seuls seront à même de se poser la question. L’inconvénient c’est qu’elle peut se produire à très court terme, ce qui veut presque dire que nous sommes concernés.

    Mais voyons si on peut élucubrer autre chose.

    Regardons alors du côté du reste c’est-à-dire de l’univers minéral. Il semble que son destin soit le froid et l’immobilité. Je ne sais pas quels sont ceux qui ont inventé l’entropie mais ils ne nous ont pas fait un joli cadeau. C’est vraiment le nivellement par le bas.

    Alors nouvelle hypothèse : le vivant c’est le déclic pour lutter contre l’immobilité. Je m’explique. La reproduction, même associée à une très faible durée de vie individuelle, est un chemin d’éternité. Le vivant se reproduit, au moins quantitativement, et cela peut durer très longtemps. Certes cela se passe pour le moment dans un cocon atmosphérique privilégié et il ne sera pas aisé de trouver un peu d’énergie dans un univers froid et immobile mais c’est quand même une idée. Cette idée met en œuvre un dépassement de la matière par elle-même. Ou, si vous préférez, le potentiel de la matière serait beaucoup plus riche qu’on ne le croit car la matière a déjà réussi à produire des assemblages assez sophistiqués qui questionnent son immobilité. C’est peut-être une vision un peu optimiste, mais aussi qui a l’inconvénient de demander beaucoup de temps pour se vérifier surtout sur la fin.

    Maintenant regardons directement le vivant. Nous venons de dire que les organismes produits par l’évolution sont de plus en plus élaborés. Comme nous ne savons pas pourquoi nous mêmes, les hommes, sommes arrivés à émerger, mais seulement comment, il est tout à fait possible que de nouvelles émergences se produisent avec des organismes encore plus évolués. Plus évolué ne veut pas du tout dire surhomme, car il apparait assez clairement que l’homme est peu adapté aux ressources de la terre : trop grand, trop gros, trop de besoins et un cerveau qui déraille facilement. D’ailleurs on peut ajouter que la reproduction sexuée, qui a l’avantage d’un petit mélange des gènes atténue beaucoup trop le besoin de se reproduire. Car la reproduction n’est pas un choix c’est la loi du vivant. De plus il semble que la courbe d’évolution du vivant soit passée par son maximum pour ce qui concerne la taille des spécimens.

    Alors plus évolué c’est plutôt dans le sens plus petit et plus résistant. Bien sûr ça peut prendre encore un million d’années, voire plus, mais c’est possible. Certes l’empressement actuel de nos dirigeants à stériliser notre planète et à détruire tout le vivant voile singulièrement l’avenir. Mais que de nouveaux organismes, disons plus performants, voient le jour c’est bien possible.

    Un jour.

    Michel Costadau

  • Clairon

    Clairon

    Dire que le gouvernement est à la ramasse est un pléonasme qui ne fait plus rire grand monde. Trois aspects sont même scandaleux.

    D’abord, la course de LRM, aux investitures pour les municipales, relève de la grande forfanterie. Je l’ai déjà dit LRM n’a aucune base territoriale, alors pour faire croire qu’ils existent ils soutiennent n’importe quel candidat susceptible de l’emporter. En essayant de mettre notre pauvre président sur une liste dans toutes les villes, ils dénaturent complètement ce scrutin, qui à priori n’est pas politique. Et une liste élue dans une ville soutenue par trois partis va être revendiquée trois fois comme une victoire. Ca va faire de jolis coups de clairons…..dans le vide. En fait les conseils municipaux font tous la même chose et il n’y a donc aucun enjeu dans ce scrutin sauf la manie d’avantager ses copains ce qui est exactement le contraire de la démocratie.

    Ensuite la pub constante pour la soi-disant stature internationale de notre pauvre président. Il s’occupe de l’Europe et c’est le brexit qui l’emporte. Il s’occupe de l’Ukraine et c’est les russes qui progressent. Il s’occupe de l’Afrique et la France est conspuée par la foule. Il s’occupe de la COPxx et c’est les US qui s’en vont. Si l’on voulait discréditer la France, on ne s’y prendrait pas mieux. Vous allez me dire que c’est déjà fait. Ah pardon j’oubliais que tout le monde l’attend sur la Macédoine. C’est vrai c’est très important la macédoine, c’est pas facile à réussir même si ce n’est pas de la grande cuisine. Alors va t il arriver à faire un peu entrer la Macédoine en Europe, intenable suspense, pourquoi pas mais personne n’y croit. Et surtout ça n’intéresse personne et ça n’a aucune importance. C’est vous dire le niveau.

    Enfin, le service de presse du gouvernement est complètement assuré par les médias. En particulier le journal Le Monde présente d’une manière trop tendancieuse le quotidien du gouvernement. Au lieu de dire que le président se planque devant la grogne de la population, Le Monde nous explique que le premier ministre imprime sa marque sur les réformes. Comme s’ils n’étaient pas Castor et Pollux, conjoints et solidaires devant les demandes de la finance. Vous savez, ce coup fourré sur les retraites ils en parlent tous les jours, ils ne pensent qu’à ça. Mais Le Monde nous raconte une autre histoire : quand il ne parle pas pendant trois jours, on dit qu’il réfléchit. D’ailleurs ça donne l’impression que c’est exceptionnel qu’il réfléchisse. Quand l’aspect colonialiste de l’armée française au Mali éclate au grand jour, on a droit à un discours moralisateur sur les bienfaits de la civilisation. C’est à pleurer…..de honte. Toute la com du Monde consiste à répéter que le gouvernement travaille, écoute, discute, fait des ouvertures, reçoit plein de gens mais qu’il tient bon le cap…..pour que la finance progresse. C’est pitoyable.

    Je vous l’ai déjà dis cela vient essentiellement de notre mode d’élection antidémocratique qui permet à une minorité, à une caste de se maintenir au pouvoir. Je dis essentiellement parce que cela vient aussi de l’ignorance, c’est-à-dire du très faible niveau d’éducation et de formation, dans lequel est maintenue la population. En effet pour régner sans partage, les médias ont besoin du manque de connaissances des gens afin qu’ils ne comprennent pas ce qui est fait, mais croient seulement ce qui en est dit. Exemple l’électricité propre.

    Et cela va en s’aggravant. La principale offre politique de tous les partis devrait être l’éducation. Le seul souci des politiques devrait être de faire un effort colossal pour inverser la baisse désastreuse du niveau de compréhension et de formation de la population. Hélas c’est le cadet de leurs soucis.

    Bonne fin d’année.

    Michel Costadau

  • La campagne

    La campagne

    La disparition de la ruralité, c’est-à-dire la vie à la campagne, est une évolution continue de notre société, mais le suicide actuel du monde paysan est un peu surprenant. Que la pression libérale vienne du business et de l’Etat c’est classique. Bien que honteux de la part de l’Etat, ça ne nous étonne plus. Mais que la pression libérale vienne aussi du syndicalisme agricole c’est assez questionnant.

    Bien sûr ce n’est pas la première mutation sociétale que nous connaissons, mais dans tous les épisodes précédents depuis les soyeux jusqu’aux sidérurgistes, le syndicalisme a toujours défendu les victimes jusqu’au bout. On n’a jamais vu de syndicalistes prôner la suppression d’emploi. Ou alors contre quelque chose. Or actuellement les paysans disparaissent dans l’indifférence générale et avec la bénédiction du syndicat majoritaire.

    Je précise, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, que j’appelle paysans tous ceux qui font, ou plutôt faisaient, métier de la terre : céréaliers, éleveurs, viticulteurs, quel que soit leur mode de production et de commercialisation.

    Nous constatons donc que les instances agricoles concourent à la disparition des paysans mais nous ne savons pas pourquoi. Comme point de départ établissons d’abord que la profession a été, petit à petit, conquise par les industriels et la finance. On croirait que les paysans gèrent leur profession mais c’est complètement faux. Pas plus que les employés ne gèrent l’entreprise. En fait ça fait longtemps que les banques, les fournisseurs de matériel ou de produits et tous les établissements dits coopératifs, mutualistes et professionnels ont perdu leur caractère représentatif et sont purement aux mains du business. Pourtant ce sont bien des paysans qui siègent dans les chambres d’agriculture et dans tous les organes et commissions concernés, mais ils sont là uniquement pour la galerie, pour le décor. Ils ne sont que la courroie de transmission du business. En fait ils en sont conscients mais la loi du plus fort est la seule loi que les paysans appliquent depuis toujours avec obéissance. Car on ne lutte pas contre le temps ou contre le sol on lui obéit. Et c’est ce qu’ils font.

    Clairement, les paysans ont été sacrifiés à la fin de la dernière guerre mondiale. Et ce sont les Américains qui ont imposé leur mode de fonctionnement et leur dollar. Ceux qui croient que les US sont venus libérer l’Europe n’ont rien compris. Au contraire les US sont venus envahir l’Europe. Ca a très bien marché et ça marche encore. C’est à ce moment-là qu’a été lancée l’industrialisation de l’agriculture française. Ça s’est fait sous plusieurs aspects. En fait dans cinq registres.

    D’abord la mécanisation. La mécanisation est bien accueillie car le métier est vraiment pénible et toute aide est la bienvenue. Evidemment la mécanisation implique revendeurs mais aussi prêts et assurances donc arrive la banque. Et ainsi a commencé l’endettement.

    Ensuite la mainmise sur le foncier avec d’une part la consolidation du statut du fermage afin de sécuriser les prêts des banques et d’autre part l’élimination des petits pour favoriser voire forcer l’agrandissement. Là ça a été moins drôle, acceptable pour le fermage mais pénible pour les conflits entre personnes que génère l’attribution de terres. C’est là qu’a commencé le détournement du syndicalisme en devenant synonyme d’agrandissement. Le syndicat et les administrations s’arrangent entre eux pour éliminer les non-syndiqués, qui sont qualifiés de passéistes. Et bien sûr n’allez pas chercher là-dedans la moindre lutte contre l’artificialisation ou la spéculation, au contraire. La mainmise sur le foncier ne sert qu’à empêcher la survie des petits, à garantir les prêts, à fusionner les exploitations en favorisant les syndiqués majoritaires. A preuve l’explosion du prix du foncier qui empêche maintenant l’installation et favorise encore plus l’agrandissement

    Arrive alors le détournement des coopératives. Prévues pour écouler toute la production et vendre les intrants, elles ont surtout œuvré pour éloigner les paysans de leurs clients, de façon à ce qu’ils ne deviennent qu’un des rouages de la production et non les propriétaires de leurs produits. Là aussi ça s’est fait en douceur puisque la coopérative ou le négociant vend et achète tout et fait la gestion de trésorerie. Du coup beaucoup de paysans travaillent directement et exclusivement pour des industriels dans lesquels ils ne sont pas représentés, pour le lait, la viande, les patates, la betterave et autres.

    Puis vint la PAC, accélérateur de l’asservissement et de l’agrandissement, puisque les primes sont au nombre d’hectare. Donc plus de surface égal plus de primes. De plus, en montrant clairement que les exploitations ne sont pas rentables sans les aides, la politique européenne a confiné le paysan dans le simple rôle d’ouvrier de l’industrie agroalimentaire. C’était le but. Nous n’avons donc pas une agriculture productiviste par vrai choix des paysans mais par passage sous la coupe des industriels. Et c’est donc la course à la productivité qui impose l’agrandissement des exploitations et la disparition des paysans, exactement comme la concentration des usines dans l’industrie est synonyme de licenciements. En plus cette politique a aussi permis d’essayer de concurrencer les vrais exportateurs de blé d’Amérique du Sud et les riverains de la mer Noire. Qui eux n’ont pratiquement aucune aide mais vivent de leurs produits.

    Enfin les semences. Dernier maillon de la dépossession des paysans, les semences végétales et animales sont maintenant brevetées et ferment la boucle en amont. Du coup le paysan achète d’une part toute sa semence, son matériel et ses produits au business et d’autre part vend toute sa production au même business. Le client final a disparu de son environnement.

    Or historiquement le paysan est avant tout un producteur qui répond à une demande de consommateurs, d’utilisateurs à commencer par lui-même. Maintenant son rôle se limite uniquement à celui d’un salarié de l’industrie, payé par elle et exécutant ses ordres avant de prendre la porte pour être remplacé par des fermes industrielles.

    Voilà pour la situation actuelle mais on peut d’ores et déjà prévoir une nouvelle étape. En effet le marché n’est plus aux mains des producteurs mais des commerçants. Et pour les commerçants il est clair que les labels et le bio sont maintenant la principale réserve de marges. En effet, la traçabilité, les origines, les concepts fumeux de durabilité ou d’équité ont eu leur temps mais sont au bout du rouleau. Alors il reste le bio pour inciter les consommateurs à accepter des prix. Le business a donc enclenché le bio de masse, car il a besoin de l’industrialisation du bio pour conserver des marges. Nous en sommes à la sixième phase celle de la massification du bio.

    Nous avons donc la réponse à notre première question : la profession entière est aux mains du business. Celui-ci a transformé les paysans en ouvriers et applique les règles classiques d’augmentation de productivité. Quant au syndicat, sous la coupe des politiques, c’est seulement la couverture pseudo-démocratique du business. Il est là pour éviter les révoltes, les vagues et faire passer la pilule de la disparition et pousser la mise en place les fermes industrielles.

    L’avenir n’est donc plus aux paysans mais aux fermes industrielles.

    Reste alors une question sous-jacente. Est-ce utile ou pas d’avoir des paysans ?

    La réponse est : oui les paysans sont indispensables. Mais pas pour la raison à laquelle vous pensez naturellement, c’est-à-dire l’alimentation de la population. Non personne n’a jamais demandé aux paysans de nourrir la planète. Pas plus qu’on a demandé à Renault de donner à chacun une voiture. C’est, donc, juste un slogan productiviste, comme la ferme France, qui a pour résultat que l’industrie agricole en ce moment détruit la planète et se trouve exposée à l’ire des consommateurs. En fait le rôle des paysans c’est de nourrir leurs proches, c’est-à-dire leur région, à la rigueur leur pays s’il n’est pas trop grand. Et ça ils ne le font pas, même chez nous. Ca n’exclut pas les échanges, mais l’autonomie alimentaire locale devrait être la règle de base de l’agriculture.

    Par contre là où les paysans sont indispensables c’est pour entretenir la campagne. C’est ce qu’ils faisaient et qu’ils ne font plus.

    Parce que ce sont les paysans qui ont créés la campagne. Ce qu’on appelle des espaces naturels sont seulement des zones sans paysans. Mais pour entretenir la campagne il faut être nombreux. Parce qu’à la campagne il n’y a pas que des champs. Il y a aussi des ruisseaux, des forêts, des landes, des lacs, des marécages et des animaux, des tas d’oiseaux, des rongeurs, d’insectes, des vertébrés grands et petits, et aussi des vers et des champignons.

    Or en ce moment les paysans non seulement détruisent directement une partie de la faune et de la flore avec des produits plus ou moins autorisés quoique assurément nocifs, mais n’entretiennent plus ni les ruisseaux, ni les haies, ni les bois, ni les zones humides. Ils détruisent la campagne, purement et simplement. Et cela a des conséquences que tout le monde peut voir.

    Entretenir les ruisseaux c’est éviter que les arbres tombent dans le lit et bloquent l’écoulement de l’eau, c’est maintenir les berges avec de la végétation afin d’éviter les ravinements qui comblent le lit et diminuent son débit et c’est quand il y des buses ou des ponts de vérifier qu’ils ne sont pas bouchés ce qui provoque obstacle et ravinement. C’est prévoir des zones d’étalement, en cas de débordement, sans clôtures, sans bâtiments, sans rien qui bloque l’écoulement.

    Entretenir les haies c’est les maintenir en largeur et en hauteur en évitant les épareuses qui laissent des plaies sources d’attaques parasitaires, c’est évidement ne passer aucun insecticide ou fongicide à proximité et c’est respecter tous les animaux qui y vivent.

    Entretenir les bois c’est renouveler la futaie de temps en temps, c’est-à-dire de l’ordre d’une ou deux fois par fois par siècle, c’est tenir propre le sous-bois avec une végétation vivante et non un amoncellement inextricable de branches mortes qui facilitent la propagation des incendies et empêchent les accès.

    Entretenir les zones humides, c’est veiller à ce qu’elles ne s’assèchent pas par détournement de l’eau, c’est protéger et non chasser les animaux qui y vivent. Et ce n’est pas en faire des lieux de visites touristiques, les zones humides ont besoin de tranquillité.

    Et entretenir la campagne c’est surtout l’occuper avec des champs travaillés et bien travaillés c’est-à-dire en soignant la terre et non seulement la plante que l’on veut faire pousser, avec des animaux élevés en plein air, avec des pâturages et surtout, surtout, surtout avec une présence humaine.

    Or aujourd’hui au contraire la présence de l’homme disparaît de la campagne pour se concentrer en ville et dans des villages de plus en plus urbains. L’homme est en train de déserter la campagne et l’agrandissement des fermes accélère fortement ce mouvement. Jusqu’à présent il restait partout au moins un deux paysans pour un peu entretenir la campagne mais maintenant des zones entières ne sont plus habitées toute l’année et livrées à elles-mêmes.

    Alors la nature, c’est-à-dire la vie, reprend la place laissée par l’homme. La progression des friches et des champs abandonnés est bien visible. Celle des loups, des lynx, des sangliers et des chevreuils, moins visible mais fortement médiatisée est en la même illustration.

    Comment s’en étonner quand le business continue à faire disparaître les paysans.

    La suite dans un prochain texte.

     

     

    Michel Costadau

  • Plafond

    Plafond

    Dire qu’il règne un certain désordre idéologique en France est un euphémisme. Il y a chez nous comme un sacré décalage de communication. Par exemple le discours sur le nivellement du statut et du régime des cheminots ou des agents edf n’arrive jamais jusqu’aux régimes très spéciaux des policiers, des militaires, des hauts fonctionnaires, des pdg…des sénateurs ou des ministres. Il y a comme un plafond de verre que les médias établissent autour des vrais privilégiés de notre société.

    Parce que arriver à faire passer les cheminots pour des profiteurs, c’est fort, très fort de café. C’est comme transformer les chômeurs en fraudeurs, là on atteint des sommets du renversement des valeurs qui consiste à établir que ceux qui sont malheureux c’est de leur faute. Le système n’y est pour rien. Damned. Ascenseur social, égalité des chances, souveraineté nationale, efforts nécessaires, défense de nos valeurs, autant de mots creux qui sont assénés en boucle, et qui servent à maintenir les avantages acquis de nos dirigeants.

    De même pour la pénibilité des activités professionnelles, par exemple maçon, on a surtout les yeux de Chimène pour ces pauvres militaires et policiers qui font un métier tellement dangereux qu’on leur donne des avantages assez inexplicables. Autant il est clair que quand on fait maçon on n’y va pas pour tomber de l’échafaudage, autant quand on fait militaire je ne comprends pas qu’on s’offusque qu’ils sautent sur une mine, ni les hommages qu’on leur rend. Parce que celui d’en face qui saute sur une mine, on l’achève, c’est naturel. Je me demande s’ils n’ont pas une prime au rendement : 2 morts = 10% de prime. Il n’y a que chez les Grecs et les Inuits que l’on rend les honneurs à ses ennemis, chez nous on les jette à la poubelle. Militaire est vraiment une activité malsaine. En plus, honteuse et complètement inutile. And we pay for that.

    Si je vous dis ça c’est, aussi, parce que les contaminés de l’amiante attendent toujours une aide. Je parie qu’ils vont nous sortir que l’amiante ce n’est dangereux que quand on le détruit, pas quand on le fabrique ou l’utilise. Cqfd. Là le plafond de verre devient moins transparent, pour ne pas dire opaque. Comme pour l’hôpital qu’il faut maintenant sortir de la crise. Seulement cette crise c’est le business qui l’a créée avec la politique de l’acte et la rentabilité ses soins. On commence à voir des gouttes de sang au plafond.

    Avec Edf aussi on atteint des sommets. Clairement le système est en train de nous faire passer de la civilisation du pétrole à celle de l’électricité.

                                                                                                Du tout pétrole au tout électrique

                                                                                                en avant la musique.

    Ce qui ne nous empêche pas, bien sûr, d’avoir les deux.

    Mais avec un leitmotiv lui aussi repris en boucle : l’électricité ne pollue pas. C’est hélas complètement faux. A part l’hydraulique, pour 5% de la facture edf, toutes les centrales polluent, thermiques, nucléaires, même les éoliennes et surtout le photovoltaïque, parce qu’on n’établit jamais, pour l’électricité, le bilan complet depuis la chaîne de production jusqu’au retraitement. Encore un plafond de verre qui laisse passer bien des rayonnements. Qui plus est, augmenter la capacité de fourniture d’électricité c’est automatiquement augmenter le réchauffement. Eh oui toutes les énergies produites finissent tôt ou tard en chaleur, il n’y a pas d’autres issues. Dès l’instant où elle est produite l’électricité est destinée au réchauffement. Et les pics de production sont à venir.

                                                                                                Pic du fossile + pic du nucléaire

                                                                                               + pic du photovoltaïque + pic de l’éolien

                                                                                               = super réchauffement.

    Alors le plafond se réchauffe mais il ne fond pas.

    Michel Costadau

     

  • PIB

    PIB

    Dans le registre comment marchent les choses compliquées, on va regarder ce qui se cache derrière le PIB. A vrai dire rien n’est caché, on connait sa valeur, ses modes de calcul car il y en a plusieurs qui donnent tous le même résultat ouf, et surtout son évolution. On connait le PIB de chaque pays, le PIB par habitants et on compare les PIB. C’est « the indicator » de la « croissance ». Waouh, croissance de quoi ?

    En fait la seule chose que l’on ne connaît pas c’est pourquoi la finance et les politiques sont accros au PIB.

    En effet le PIB n’est pas la somme du chiffre d’affaires de toutes les entreprises. Ce n’est pas non plus la somme des bénéfices des sociétés. Ce n’est pas non plus la somme des investissements en recherche et développement et ça n’a aucun rapport avec le nombre de salariés. Alors qu’es aquo ?

    Voilà, voilà : le PIB ne mesure que la manière dont les acteurs économiques valorisent ce qu’ils achètent pour fabriquer un produit ou un service et le mettre sur le marché. Ah bon, ils valorisent, mais ça veut dire quoi. Ça veut dire qu’ils ajoutent de la valeur, c’est-à-dire du prix. Si tout ce qu’ils ont acheté à d’autres pour faire leur produit vaut 40 et que le produit qu’ils mettent sur le marché vaut 90, ils ont ajouté une valeur de 50. Le calcul de cette valorisation est purement comptable et résulte, en gros, de la différence entre le montant des ventes produit et le montant des achats fournisseur. Le PIB français est alors la somme de toutes les valeurs ajoutées par les acteurs économiques français pendant une année.

    Ainsi chaque acteur essaie autant qu’il peut d’ajouter de la valeur et clairement il y a deux top-top dans cette course, c’est quand le prix de vente est exorbitant et quand les achats sont proches de zéro.

    Prix de vente exorbitant c’est d’une manière générale le luxe, c’est-à-dire quand l’acheteur se moque complètement du montant du chèque, comme si 10 000 ou 100 000 c’était pareil. C’est mode, peinture, voiture, villas et autre.

    Et il y en a beaucoup.

    Pour l’anecdote il y a 50 ans, je ne sais plus quel journal, avait fait un concours pour savoir qui dépenserait le plus d’argent en un we. Le vainqueur avait été un légionnaire qui avait réussi à acheter deux porsche et emmener des call girls en virée. Fin de l’anecdote parce qu’aujourd’hui ça irait beaucoup plus haut.

    L’autre top-top c’est quand les achats sont proches de zéro. Ça a été le cas de l’exploitation des ressources naturelles mais c’est, maintenant, le domaine des sites internet commerciaux basés sur une idée comportementale. Le produit informatique ne leur ayant pratiquement rien coûté, puisqu’ils l’ont développé eux même, les achats sont limités au fonctionnement informatique du site. C’est uber, airbnb, blablacar et autre.

    Et il y en a beaucoup.

    Mais vous allez me dire qu’il faut bien payer des salariés pour faire fonctionner tout ça. Oui, mais ça n’entre pas dans le PIB. C’est justement la valeur ajoutée de chaque entreprise qui lui sert à payer les salaires, faire des investissements…et du bénéfice. Mais bien plus que le bénéfice ce qui intéresse les investisseurs c’est la valeur de leur mise. Et l’augmentation de la valeur ajoutée a exactement pour effet d’augmenter la valeur de leurs actions, même si l’entreprise fait des pertes et ne distribue aucun dividende.

    Voila que l’on commence à comprendre : Le PIB ne mesure pas du tout la croissance au sens amélioration des conditions de vie, mais seulement la croissance de la richesse des actionnaires et des investisseurs. Nous avons donc notre réponse pour la finance : la croissance du PIB est la croissance de leur argent, de leur fortune.

    Et alors les politiques ? Ben vous connaissez déjà la réponse. Les politiques n’étant que les agents des financiers ils n’ont qu’un seul but : continuer, coûte que coûte, à faire croitre le PIB de leurs donneurs d’ordre. Je dis bien les politiques, quels que soient ceux que vous croyez choisir. Tous ne cherchent qu’à servir le PIB. Bien sûr chaque politique utilise un habillage, on pourrait dire un déguisement, pour couvrir son service du PIB. Certains utilisent l’immigration, d’autres l’environnement ou les services publics. Mais ça ne change rien à leur seul rôle : faire croître le PIB. Tous unis, oui, mais contre nous.

    Michel Costadau

  • Finances

    Finances

    Oui je sais, normalement il faudrait faire le texte sur la religion. Mais, d’une part, j’ai compté que dans le texte sur l’Etat voyou d’Israël il y avait 35 fois le mot religion, ce qui veut dire qu’on en a déjà un peu parlé, et, d’autre part, il y a moins d’actualité sur ce sujet que sur d’autres plus chauds. Les sujets chauds c’est la Grèce, le réchauffement climatique, l’Etat Islamique ou l’Ukraine par exemple. Mais au-dessus de tout ça, ou en dessous, si on veut parler de dénominateur commun, il y a le renversement dans l’ordre des pouvoirs qu’a réussi la finance il y a quelques années et dont nous voyons les effets dans les sujets évoqués plus haut. Je voudrais dire finance internationale ou finance mondiale, mais justement ce ne sont que des pléonasmes, car il y a « la » finance c’est tout et elle va bien, merci.

    La finance est devenue la puissance mondiale n°1, ça veut dire que tous les autres détenteurs de pouvoir, par exemple les politiques, les religieux ou les intellectuels ne sont plus maîtres de leur jeu, sauf peut-être les mafias et quelques organisations parallèles. Mais quand je dis que la finance a pris le pouvoir, je ne suis pas certain que tout le monde sache vraiment ce que j’entends par là. Alors qu’est-ce que la finance ? Bonne question. Est ce que la finance c’est l’argent, oui bien sûr, mais l’argent ça fait longtemps qu’il y en a. Est-ce que la finance c’est les riches et les entreprises, oui bien sûr mais là aussi ça fait longtemps que ça existe. Alors c’est quoi, les banques, les Bourses, les fonds de pension. Oui oui oui, la finance c’est tout ça, mais plus encore ce que j’appelle la finance, c’est le nouvel esprit qui s’est emparé de l’argent. Aujourd’hui, il est devenu plus facile de faire de l’argent avec de l’argent qu’avec tout autre moyen, comme le travail, l’investissement ou la guerre. L’argent est entré depuis quelques décennies dans une boucle infernale d’autoreproduction, avec comme corollaire qu’il y a trop d’argent liquide dans le monde. Et cet excès d’argent s’est accompagné d’un mode de fonctionnement dans lequel tout se vend et tout s’achète. Cet état d’esprit c’est celui que les riches, les banques, les Bourses, les fonds de pension et les entreprises ont réussi à répandre dans tous les rouages et dans tous les esprits de la société. C’est ça la finance. C’est ça le renversement ou le basculement qu’elle a réussi. Alors allons-y.

    Le gros, très gros, problème que je veux analyser dans ce texte c’est que les politiques, c’est-à-dire la caste de tous les élus et leurs sherpas, sont totalement responsables de cette situation. Non seulement ils ont fait la courte échelle à la finance en utilisant le service de l’argent pour leur propre carrière ainsi que pour l’endettement continu du pays, mais du coup ils ont sacrifié les citoyens sur l’autel de l’économie dans le seul but d’essayer de garder le pouvoir. Malheureusement, non seulement ils ont complètement perdu le pouvoir et comme des enfants ils se battent entre eux pour avoir le ballon, mais ils ont permis à la finance de se développer et de les tenir en laisse. La caste politique fait comme si elle avait encore tout le pouvoir, ce qui nous donne une situation de fausseté incroyable dans laquelle le mensonge et la dissimulation sont roi et reine. C’est l’explication de ce double langage schizophrène des politiques qui m’intéresse. On va donc essayer de voir comment et pourquoi tous les dés de la vie publique sont truqués, et du même coup comment et pourquoi il est difficile de se faire une opinion claire sur quelque sujet que ce soit, alors même que ça devient urgent de penser et de réagir. On verra ainsi que, du coup, on aborde aussi les sujets chauds évoqués plus haut.

    Quand je dis que les politiques sont responsables de la victoire de la finance, c’est qu’ils ont abandonné la défense de toutes valeurs, de toutes idées, afin de privilégier leur réélection. La réélection c’est ça le drame. C’est la réélection qui a créé la caste et la caste cherche uniquement à profiter de sa rente de situation. Pour moi, la prise de pouvoir de la finance est liée à notre crise de la pensée politique ou de la philosophie si vous préférez. Nos sociétés ne vivent d’aucun espoir, d’aucune recherche sur le pourquoi et le comment de la vie, ne se fixent aucun but auquel les citoyens pourraient adhérer et donc pour lequel utiliser leur énergie et leur capacités, c’est-à-dire leur travail. Les politiques ne nous donnent comme perspective que le néant de la consommation, que la croissance du GDP, que la fuite en avant comme réponse à toutes questions. Clairement, 3 % de déficit, 40 000 délivrances de visas, 5 % d’encadrement des loyers ou 6 % de baisse d’on ne sait plus très bien quoi au juste, ne sont pas de nature à mobiliser une société dans un élan commun d’effort et de réussite. La caste politique ne nous offre qu’une ribambelle de chiffres tous plus faux les uns que les autres, à tel point que nous ne savons pas vraiment combien nous sommes, ni combien il y a de chômeurs, ni combien gagne un médecin. Dans ces conditions, l’esprit de l’argent pour l’argent s’est développé comme une pandémie. En effets si l’on ne se projette plus dans l’avenir, l’immédiateté devient le seul horizon. L’argent est devenu le moyeu de la roue qui fait tourner le monde et s’est imposé comme le support de la monétisation de toutes choses et de toutes personnes.

    Donc je dis que la finance mène le monde, mais vous ne manquerez pas de me rétorquer qu’avant c’était les riches et que ça ne change pas grand chose. Erreur ! avant, les riches n’étaient que des profiteurs, ce n’est pas eux qui faisaient l’histoire mais les clans, les familles, les castes, et les riches d’argent dépendaient d’eux. Il y a encore des histoires récentes de riches célèbres éliminés physiquement par des pouvoirs politiques ou religieux. Seulement, petit à petit, les riches ont créé les institutions financières, ils se sont organisés, et, avec l’aide coupable des politiques, ils ont réussi à faire que la vie sur terre ne soit liée qu’à l’argent. Je le répète, non pas l’argent en tant que moyen d’échange, comme avant, mais l’argent en tant que valeur de référence, que but ultime. Aujourd’hui, tout le monde est persuadé que sans argent on ne peut rien, c’est ça la bascule. Du coup ça n’encourage personne à avoir des idées, à défendre des valeurs ou à développer des compétences. Du coup, tout le monde veut de l’argent, ne parle et n’agit que pour l’argent. Et voila donc l’abracadabrante actualité que nous avons : le problème c’est 1,40€ le kilo comme si un prix pouvait être une cause à défendre ou à combattre.

    Comme je l’ai dit, la clé c’est l’évolution des pouvoirs politiques car on était habitué à ce que ce soit eux les dominants, ce qui en plus avait un petit coté sympathique, car certains pouvaient prétendre qu’à travers eux c’étaient les peuples qui décidaient. Il n’en était rien bien sûr, mais ça a marché pendant un moment. Et même jusqu’à assez récemment, car, pour être clair, le changement d’esprit au profit de la finance n’est pas très vieux. Cependant comme ça a été une action lente et continue il y a eu des étapes. Disons pour fixer les idées que ça a commencé avec la première guerre mondiale et que le basculement a eu lieu avec l’agrandissement de l’Europe après les années 70.

    Maintenant la question est celle-ci : est-ce qu’en France ce sont les pouvoirs politiques élus qui gouvernent, ou la finance, sachant que ça fait déjà longtemps que ce ne sont plus les peuples qui décident quoi que ce soit. Eh bien la réponse n’est pas en tout ou rien. Revenons sur le double langage des politiques. D’un côté les politiques tiennent un discours de défense des citoyens, de proximité de la population, de souci du bien commun, enfin tout ce à quoi on est habitués. Hélas tout ça reste au niveau du discours, de l’attitude, de la posture, et ne se traduit plus jamais en actes. Depuis le niveau communal, jusqu’au gouvernement, tous les réalisations, toutes les décisions, toutes les lois sont marquées du sceau de la finance. Vous pouvez le prendre par tous les bouts possibles, force est de constater que les politiques n’ont qu’une seule attitude = filer un maximum d’argent aux entreprises et aux riches. Il y a même une école pour apprendre ça, c’est l’ENA. Dans cette école on apprend à mettre en œuvre cette alchimie du mensonge. On y enseigne comment pratiquer la déconnexion entre les paroles et les actes. Les paroles servent uniquement à se faire élire et réélire, et les actes consistent à saupoudrer un maximum d’électeurs de soi- disant subventions afin que beaucoup reçoivent un petit quelque chose et surtout à n’entreprendre aucune action pour l’amélioration de la société, car ce serait la meilleure manière de donner des armes à ses adversaires qui, comme la place est bonne, sont nombreux. C’est ça la technocratie. Quand je dis que c’est de la schizophrénie c’est que c’est consciemment que le discours démocratique se transforme en actes capitalistes. Il est urgent de prendre conscience que le discours politique est unique, quel que soit le parti. Il s’agit toujours d’enrober d’une sauce citoyenne une mesure de transfert d’argent vers les entreprises et les nantis. Toujours, tout le temps.

    Cependant, la conséquence la plus grave n’est peut-être pas le tapis rouge déroulé à la finance, mais plutôt la trahison électorale que représente cette manière de faire. A force de mépriser les citoyens et les électeurs, les politiques ont créé une distance, un hiatus entre la population et eux. D’abord ça se traduit par un désintérêt des citoyens pour les élections, puis ça laisse un passage aux opinions plus extrémistes de certaines formations ; ensuite ça crée le grand fossé entre la population et sa représentation ce qui finit par remettre en cause le système politique dit démocratique. Et là toutes les dérives sont possibles, depuis le sauveur de la nation jusqu’à la mise à mal physique des responsables de ce système. Ca peut s’appeler la dictature ou la révolution, en tous cas c’est pas bon.

    Bien sûr, comme on l’a dit, il y a des îlots de résistance. Mais ils ne sont portés par aucun parti politique, ni par aucun intellectuel, puisque la caste politique n’a pas pour but de représenter et de défendre la population, mais uniquement de garder ses élus et de se reproduire dans une fuite en avant suicidaire. En fait, le problème de la résistance c’est qu’elle est portée par des marginaux, des jeunes, des non-notables patentés et qu’elle n’est « pensée » par aucun intellectuel, même si c’est ce que j’essaye de faire. Ca donne du coup une absence de poids et de présence dans la vie publique qui ne correspond pas tout à fait à la réalité. En fait, il y a des initiatives, monnaies alternatives, ZAD, circuits courts, communautés qui toutes mettent en avant le refus du pouvoir de la finance. Mais soyons réalistes, la résistance à la finance ne concerne pour le moment que peu de gens, disons en France électoralement quelques %, c’est pas beaucoup. Cependant, électoralement, on a atteint des scores bien meilleurs en Grèce ou en Espagne. Je dis ça parce que c’est la preuve que la résistance est confisquée, oblitérée par les partis politiques et les médias. Pourquoi tous les médias sont-ils aux mains des riches ? Eh bien pas du tout pour en faire des outils de leur communication, ça c’est bon pour les journaux militants, non, seulement pour que rien ne change, pour que les médias restent des véhicules de l’immédiateté et de l’insignifiance. Je n’insiste pas, on a déjà abordé ce sujet. Dès qu’un mouvement politique s’affranchit du carcan de la classe politique, il semble que beaucoup de gens apportent leur soutien. Car le fonctionnement de la caste politique est ainsi fait que les changements politiques ne sont en aucun cas des changement de politique mais seulement le remplacement d’un groupe de riches par un autre. Non pas qu’ils se battent vraiment entre eux mais comme il y a des avantages pour ceux qui ont leurs politiciens au pouvoir, ils cherchent à les faire gagner. Plusieurs aspects sont détestables dans ce mode de fonctionnement. D’abord, bien sûr, l’usurpation que représentent les « idées et les programmes » des politiques. Ils ne sont que l’appât qui va faire que les pauvres citoyens vont aller voter, c’est le plus important, voire voter pour eux, c’est en prime. J’espère que vous avez conscience que, depuis 50 ans, aucun avantage n’a été octroyé par les politiques aux citoyens. L’abolition de la peine de mort ne coûte rien, le droit à l’avortement est assorti de telles contraintes pour limiter les coûts qu’on ne peut pas appeler ça un droit, la CMU ne coûte rien, les 35 heures, mesure censée diminuer le chômage se sont traduites par un blocage des salaires et l’envolée du chômage, le droit de vote à 18 ans ne coûte rien, la décentralisation ne comporte aucun rapprochement des citoyens des centre de décision, au contraire, et s’accompagne même d’une altération des services publics. Et je ne parle pas du « verdissement » de la PAC. Tout ça n’est que du trompe-l’œil, des mesures ne faisant en rien progresser la démocratie, ni ne procurant le moindre avantage aux citoyens. Et pourtant les programmes fourmillent de mesures, pour la famille, contre l’exclusion, pour la protection de ceci ou cela…. et incroyable mais vrai, les gens votent encore. Dites-moi les avantages ou les progrès que vous avez pu constater personnellement liés à des mesures prises par les politiques. Moi je n’en vois aucun. Attention, que certains dans la population aient pu améliorer individuellement leur sort n’a évidemment aucun rapport avec le moindre progrès de la société, mais dénote au contraire la continuation de l’avancée de la finance, car dans la finance ce qui compte c’est quelques individus, jamais la société.

    Quand je dis que nos élus ne gouvernent pas, c’est que toute l’action du gouvernement consiste à essayer de composer, de pactiser avec la finance, jusqu’à quand ? Pour concrétiser cela on va illustrer notre propos par de bons exemples. Prenons les agences de notation. Vous vous souvenez que la France a perdu son triple A et que la Grèce en est à CC-. Bon les agences de notation ont le droit de faire ça, ça ne mange pas de pain nous dit-on. D’après les politiques, la seule conséquence est le taux avec lequel les Etats peuvent trouver de l’argent et donc avec un AA+ on a de meilleurs taux qu’avec un CC-. Ca c’est quand on regarde la situation du point de vue des Etats. Maintenant changeons de place et mettons nous au point d’où la finance regarde le monde. Qu’est-ce qu’elle voit la finance ? elle voit des acteurs économiques, des banques, des masses monétaires et des capitaux. Son seul objectif étant de faire de l’argent avec de l’argent, elle voit le monde comme son terrain de jeu. Alors elle donne des notes sur l’intérêt que présente tel ou tel acteur et sur l’opportunité de faire tel ou tel placement. Et des notes, elle en donne sur beaucoup de projets, d’industries, de sociétés, d’Etats. Tout ce qui est susceptible de recevoir un placement a une note. Et ces notes évoluent avec le temps et les évènements mondiaux. Seulement à qui sont destinées ces notes, eh bien aux financiers et uniquement aux financiers. Les notes ne sont donc pas du tout destinées aux Etats, mais à ceux qui souhaitent acheter ou vendre des morceaux d’Etats. Les morceaux d’Etats c’est de la dette, obligations et emprunts ou de la privatisation. Vu par la finance les Etats ne sont donc pas du tout les représentants d’une population, mais de simples acteurs économiques plus ou moins efficaces qu’il convient d’utiliser au mieux.

    Ainsi donc, quand la finance prône l’allègement de l’Etat, en disant que les impôts pèsent trop sur l’activité économique, ce n’est bien sûr pas du tout pour que les citoyens ou les entreprise payent moins d’impôts, mais seulement pour susciter des pans de privatisation, banque, postes, électricité etc. etc. afin que les capitaux puissent s’investir dans de nouvelles activités rentables. De même, quand la finance veut sortir la Grèce de l’euro, ce n’est pas pour que les Grecs se portent mieux ou que l’Europe se réforme, c’est uniquement pour que les fortunes en euros ne perdent pas de valeur. De même, quand on dit que les entreprises créent l’emploi et qu’il faut donc les aider, il n’en est évidemment rien, mais seulement aider les entreprises c’est aider les actionnaires et ça c’est bon pour la finance, puisque ce sont les mêmes. Quand on y réfléchit, c’est une honte d’aider les entreprises, car en fait ça ne sert qu’à aider la finance. Pourtant les politiques rabâchent à longueur de temps le slogan des emplois. Aider les entreprises, c’est créer des emplois, sauver des emplois, maintenir des emplois. Regardons bien la réalité. D’abord au niveau global, eh bien avec plus de 3 millions de chômeurs secs c’est-à-dire sans le moindre petit bout d’emploi, on peut pas appeler ça une réussite. Ensuite, regardons le mécanisme. Les aides accordées aux entreprises sont comme un prêt mais sans le moindre remboursement. Ou va cet argent, comprenez bien qu’il ne sert pas à payer les salariés, car sinon ça ne marcherait que le temps d’épuiser le montant de l’aide et on reviendrait au même point. Non, l’argent va dans un investissement, dans une recherche ou dans une acquisition. Seulement un investissement ça enrichit qui ? eh bien les actionnaires et eux seuls, car ça donne de la valeur à l’entreprise c’est-à-dire à ce que détiennent les actionnaires, pas les salariés, ni les fournisseurs. Et voila la boucle est bouclée. D’ailleurs, les acteurs les plus efficaces de la finance sont bien sûr les entreprises avec le total pouvoir actionnarial. Ca c’est la plus belle invention de la finance, ancienne pourtant : les actionnaires. Qu’est-ce qu’une entreprise ? C’est une machine qui produit de la valeur par le travail des fourmis locales qu’on appelle des salariés. Quand je dis qu’elle produit de la valeur ce n’est pas la valeur des produits qu’elle fabrique ou des services qu’elle vend, c’est la valeur de ce que possède chaque actionnaire. Quand la valeur augmente, la richesse des actionnaires augmente et éventuellement on vend avec bénéfice. Quand l’entreprise perd de la valeur, on supprime des fourmis et on demande des aides.

    Petite anecdote pour se distraire un peu. Le directeur de la Banque de France, qui doit être remplacé prochainement, parle des qualités que devrait avoir son successeur en ces termes, -compétent,-européen convaincu, -indépendant des milieux financiers (Le Monde 25 juillet 2015). Passons sur -compétent qui ne veut pas dire grand chose, à part devant faire partie du sérail, langue de bois habituelle. Arrêtons nous trente seconde sur -européen convaincu- pour dire que, comme il s’agit de la Banque de France on aurait pu s’attendre plutôt à « ardent défenseur des intérêts de la France ». Ben non c’est raté. Le point à noter c’est -indépendant des milieux financiers, car c’est révélateur. D’abord c’est impossible, on ne voit pas le directeur de la Banque de France ayant un CV de berger dans un petit village de Lozère, du coup c’est indiquer un peu trop clairement que ce sont bien les milieux financiers qui font la loi, mais qu’il faut faire comme si c’était nos petits pioupiou qui menaient la barque.

    En résumé conclusif : la caste politique a, dangereusement, viré sa cuti il y a une cinquantaine d’année en se fixant comme objectif de rester au pouvoir par tous les moyens possibles : régime présidentiel, pseudo alternance, financement des partis, labellisation de la technocratie, monopole des médias et bien sûr compromission totale avec la finance. La mise en œuvre de cet objectif a causé d’énormes dégâts. D’abord la perte continue de confiance de la population dans ses élus, ce qui remet en cause notre démocratie. Mais d’autres catastrophes moins visibles sont aussi survenues, en particulier la montée en puissance de la finance, qui a maintenant passé la corde au cou des politiques. Cependant ils continuent de feindre de gouverner, plutôt que de mobiliser la population contre le pouvoir des institutions financières, qui est notre seul ennemi. Les politiques ont un discours fait de mensonges et de fausses promesses et des agissement visant seulement à laisser les riches gouverner réellement. Cette situation explique l’actualité que nous évoquions au début du texte : acharnement contre le gouvernement grec, régression continuelle par rapport au réchauffement climatique avec des kermesses régulières pour s’assurer que rien ne change, guerre sainte contre les islamistes pour garder la main sur les ressources pétrolières, et essai d’endettement de l’Ukraine afin d’accroître sa dépendance vis-à-vis des institutions financières. Je peux vous fournir une liste plus complète de tous les dégâts sur simple demande. Heureusement, la résistance existe mais, euh, euh elle manque de monde, ce qui veut dire qu’il y a encore de la place pour vous.

    Michel Costadau

  • H2

    H2

    La SNCF vient d’annoncer que les TER vont remplacer le diesel par de l’hydrogène, soit en piles à combustible, soit en moteur à hydrogène, c’est-à-dire rouler à l’hydrogène. Bigre ! Oui le moteur à hydrogène et oxygène paraît doté de grandes vertus puisque le produit de la combustion est surtout de l’eau et non tous ces gaz et particules des moteurs thermiques.

    Mais quand même il faut trouver de l’hydrogène. Pour l’oxygène pas de problème, il n’y a qu’à prendre de l’air, c’est plein d’oxygène. Mais dans l’air il n’y a pratiquement pas une goutte d’hydrogène. En fait sur terre il n’y a presque pas d’hydrogène pur mais seulement associé dans diverses molécules. Alors la seule solution est de casser des molécules dans lesquelles il y a de l’hydrogène, de l’extraire et de le stocker. C’est assez compliqué, ça demande de l’énergie et ça s’appelle du craquage.

    Il y a deux processus utilisés : le craquage de l’eau et le craquage de combustibles fossiles.

    Le craquage de l’eau ou électrolyse demande beaucoup d’électricité, ce qui rend l’hydrogène obtenu hors de prix. Bien sûr le coût de l’électricité pourrait baisser mais il serait alors de plus en plus pertinent de continuer à électrifier les lignes. Parce qu’une fois que l’on a de l’électricité, l’utiliser pour produire quelque chose destiné à la remplacer n’est jamais rentable physiquement et écologiquement.

    Le craquage de combustibles fossiles, essentiellement du méthane, est le procédé le plus utilisé industriellement pour obtenir de l’hydrogène, mais a pour principal inconvénient une production carbonée massive bien supérieure aux diesel, ce qui est justement ce que l’on cherche à éviter. Ce procédé devrait d’ailleurs être abandonné depuis longtemps mais ça continue. Plutôt que de les craquer pour obtenir de l’hydrogène il semble donc beaucoup plus économique de continuer à utiliser directement les combustibles fossiles dans les diesels, mais bien sûr ça pollue là où ça passe. Et pour éviter de polluer localement, l’électrification des lignes reste encore la meilleure solution, mais ce n’est pas celle choisie.

    Clairement la décision de la SNCF est donc une très mauvaise nouvelle pour l’environnement.

    Mais alors pourquoi cette décision a-t-elle été prise ?

    PIB oui la réponse est le PIB. Il s’agit tout simplement de créer de nouvelles activités, et pour cela l’hydrogène est un excellent choix technocratique car rien n’est au point là-dedans et la population croit que l’hydrogène est écolo.

    C’est dons une arnaque de première catégorie, comme on en a hélas l’habitude. En plus, l’hydrogène est beaucoup plus dangereux que le pétrole. Comme il est très léger, il faut le comprimer fortement ce qui augmente le coût du stockage et il peut s’enflammer à la moindre fuite puisque sa capacité de combinaison avec l’oxygène est énorme.

    Certes il est encore possible que tout cela soit des annonces sans suite comme on n’arrête pas de le voir, mais quand même la façon dont les politiques se moquent de l’environnement et abusent de l’ignorance de la population a quelque chose de traumatisant. Mais au fait cette ignorance, elle vient d’où ?

    Michel Costadau