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  • Départ de Danielle Lafouge

    Da sein

    Je me souviens d’une pièce de théâtre: le dernier acteur ne quittait la scène que lorsque le dernier spectateur avait quitté la salle.

    Chez moi, je ne sais pas – plus – qui est acteur, qui spectateur. Et surtout, semble-t-il, manque le metteur en scène.

    Manquent aussi les meubles, qui ont tous disparu les uns après les autres. Pourtant les amasser avait été chose ardue, volontaire. Heureuse, somme toute.

    Et puis toujours cirer le plancher, toujours essuyer la poussière a viré au lassant.

    Alors oui, on a enlevé d’abord le piano. Ou bien il est resté et je suis partie.

    Avant déjà, j’avais laissé un garage rempli de chaises, de tables basses, d’aspirateurs à réparer.

    Ce qui revient à dire que celui qui en a la clé pénètre chez moi sans que je le sache.

    Voilà, les choses m’ont quittée et j’ai emprunté une autre demeure. Je vais aux Puces et y achète de nouvelles bricoles, nous sommes assorties, un peu, et puis je jette ou je perds.

    Lorsqu’on me demande comment ça va, je ne sais que répondre. D’autant qu’il va falloir bientôt aller me trouver ailleurs.

    Qu’est-ce qui m’attend dans ce lieu désigné sans mon accord?

    Mes souvenirs s’effilochent et les déplacer à nouveau leur sera cruel. J’avais cru les mettre à l’abri et moi avec. Mais la place manquait aux autres, lorsqu’ils voulaient se reposer chez moi.

    Trop de livres, trop de papiers, trop de regrets.

    Qui pourrait vouloir me rendre visite.

    Et lorsque l’un s’attarde, s’accroche, je le pousse du pied en pleurant. Chez moi, il n’y a pas de place pour deux.

    Pendant un temps, les machines ont tenu le haut du pavé: à café, à écrire, à laver, à coudre, à hacher, j’ai même failli en acheter une à tricoter. Tout s’est défait en trois ou quatre jours.

    La machine à aimer s’est grippée aussi, faute de lubrifiant. Et puis un rouage s’en est échappé et un des rayons du vélo.

    C’en était trop.

    Enfin, plus assez.

    Il fallait changer d’horizon.

    Peut-être c’est là qu’on me trouvera, si on me cherche.

    Daniele Lafouge

  • Romani 18

    Romani 18

    Je retourne à l’hôtel pour rendre la chambre, appeler un taxi et aller à l’aéroport. C’est là que je prends mon repas dans le grill room de service. J’ai une heure avant l’embarquement, ce qui me permet d’envisager une petite sieste. Bien calé dans un fauteuil je me mets à rêvasser comme toujours après le repas de midi.

    Je me réveille complètement à l’appel du vol qui se passe sans trop d’histoires et me ramène à Paris en fin d’après-midi. J’en profite pour refaire le point sur mes livraisons. Toutes en région parisienne, il faut juste que je m’organise et optimise le circuit. Je sors faire trois courses en constatant avec plaisir que la palissade n’a pas bougé, et j’en profite pour faire un saut chez Bulan mais il semble qu’il n’y ait personne, ce qui me surprend un peu puisque ça m’étonnerait que sa mère soit sortie, mais bien sûr elle a peut-être du mal à se déplacer dans la maison.

    En regardant le téléphone je constate qu’il y a eu un appel avec un message. Appel masqué et message peu explicite du genre pub mais avec un accent anglais, ce qui est peu courant.

    Pendant le dîner le téléphone sonne et quelqu’un avec justement une pointe d’accent anglais me dit qu’il passera demain matin vers 9 h pour la photo. Avant que je puisse rien dire il raccroche en disant à demain. Je regarde l’appareil en me demandant de quelle photo il peut bien s’agir. Ça ne peut pas avoir de relation avec mon boulot et je me demande si ça a rapport à la palissade. Je ne suis pas inquiet mais pas tranquille non plus et j’ai un peu de mal à m’endormir.

    ***

    Le lendemain à 9 h 10 on frappe à la porte et je vois un homme assez jeune, grand et maigre, aux yeux bleu foncé qui me dit bonjour en me demandant s’il peut entrer. Je lui demande s’il a une raison à me donner sur sa présence devant la maison.

    -Mais bien sûr me dit il c’est pour l’image. Comme vous le savez, l’image est maintenant plus importante que l’individu. Pour les autres vous êtes seulement  une image, une image de vous-même plus ou moins proche de vous. Ils vous voient et eux en tirent une image mais cela ne vous est pas possible car vous ne vous voyez pas. Certes il vous arrive d’être devant un miroir pour vous raser ou vous coiffer, mais vous ne vous voyez jamais en mouvement, en train de parler avec quelqu’un, en train de marcher, en train de manger. Je suis là pour vous permettre de récupérer, de posséder votre image,

    -Mais pourquoi moi, comment m’avez-vous trouvé ?

    -Oh c’est assez simple, les personnes pour lesquelles nous travaillons en connaissent d’autres qu’ils pensent pouvoir être intéressées et nous donnent leurs coordonnées,

    -Si je comprends bien j’ai été coopté, peut-on savoir par qui ?

    -Eh non, nous ne communiquons pas ce genre d’information,

    -Bon je vois, par contre est ce vous qui avez enlevé des planches à ma palissade et si oui pourquoi ?

    -Là je ne vois pas de quoi vous parlez, quelles planches et quelle palissade et pour quoi faire ?

    -C’est justement là ma question, mais si ce n’est pas vous restons-en là,

    -Ok, que pensez-vous de notre démarche  ?

    -C’est un peu étrange et je suis un peu surpris, mais je vous écoute si vous avez encore quelque chose à dire,

    -Oui, je peux vous expliquer notre processus qui comprend 4 temps : d’abord nous vous filmons à l’intérieur, puis à l’extérieur, ensuite dans des moments spéciaux, comme lors de discussions ou de rencontres et enfin nous vous faisons une présentation animée avec commentaires et échange,

    -Mais vous ne m’avez pas dit combien allait me coûter tout cela, or c’est important quand même,

    -Dans votre cas ça ne vous coûtera rien car vous avez été recommandé par une de vos connaissances et notre association, car nous sommes une association, ne demande rien dans ces cas- là,

    -Je suppose que je peux réfléchir avant de vous donner ma réponse ?

    Michel Costadau

  • Romani 17

    Romani 17

    J’en profite pour lui dire que je suis assez d’accord avec son analyse. J’ajoute que si, à la dernière élection, moins d’un tiers des électeurs ont voté c’est bien pour sanctionner la gestion du virus : zéro pointé. Normalement c’est une note éliminatoire mais il faut s’attendre à tout avec ces gens-là. Mon voisin acquiesce doucement. Il me semble qu’il fait partie, comme moi, de ceux qui ont laissé les urnes aux groupies. Nous atterrissons sans secousses et l’équipage, après un petit cafouillage entre la porte arrière et la porte avant nous prévient qu’à cause du virus il faut débarquer rang par rang. Je fais remarquer à mon voisin que ça a toujours été le cas et que ça fait donc partie du discours que l’on fait peser sur nous pour justifier toutes ces mesures liberticides et inutiles.

    Le taxi me mène gentiment à l’hôtel où effectivement il y a une piscine intérieure dont je profite immédiatement. Pour dîner je me cherche un resto en centre ville et je trouve une auberge genre savoyarde avec un repas au fromage : soufflé au fromage en entrée, fondue au pain à l’ail, tomme, le tout avec un blanc sec genre vin de paille. Le service est assuré par un homme extrêmement corpulent dont l’agilité me sidère. Il semble marcher sur la pointe des pieds qui paraissent d’ailleurs  minuscules sous ce grand corps. J’avais déjà remarqué cela plusieurs fois. Il y a de la danse chez les hommes très gros. Je finis par un café. Je ne sais pas si ce repas se digère bien en tous cas je n’ai plus faim et je m’endors assez facilement.

    ***

    Ce matin livraison. Je prends un taxi jusqu’à l’adresse indiquée. C’est un petit pavillon dans une rue tranquille pas loin de la tumultueuse rivière. Un coup de sonnette et une dame vient m’ouvrir.

    -Bonjour madame, je souhaite parler à monsieur Paronet,

    -Ah je vous l’appelle, Didier c’est pour toi,

    -Bonjour monsieur Paronet, j’ai une livraison pour vous,

    -Ah bon donnez la moi,

    -Oui j’ai trois questions à vous poser pour cela,

    -Ah bon,

    -Voila : vous êtes né un 29 février mais vos parents n’ont pas accepté ce jour-là comme date de naissance, pourquoi ?

    -Ah oui je vois, je suis né à 2h du matin. En accord avec la maternité mes parents ont préféré le 28. Mon père a donc déclaré le 28 février comme date de naissance,

    -Très bien, il y a aussi une particularité dans votre prénom,

    -C’est vrai je m’appelle Didier Antoine Didier sans que l’on sache très bien pourquoi,

    -D’accord, vous avez il y a quelques années exercé un métier assez original lequel ?

    -Oh, vous voulez dire quand je faisais de la lecture labiale, c’est ça ?

    -Ok c’est bon, je vous donne votre livraison.

    Je récupère le colis pour lui que j’avais caché dans la haie et le lui donne en disant au revoir bonne journée. Comme ça mon boulot parait assez simple. Il faut dire que dans le cas précis c’était un déroulement lisse d’un bout à l’autre, mais bien sûr il arrive que je ne trouve pas la bonne personne et là il faut faire sérieusement gaffe à ses miches parce que ça peut partir en pluie fine. En fait je dois absolument m’assurer que je remets le paquet à la bonne personne, c’est ça la clé de ma mission. Les questions aident à cela, mais je dois quand même me forger une intime conviction avant de livrer.

    Michel Costadau

  • Romani 16

    Romani 16

    Heureusement, à la fin du repas le moment café journal apaise ma frustration et me détend largement. Ca ne dure pas très longtemps, mais cette sensation de se mettre dans un fauteuil en posant sa tasse brulante sur la table basse, défaire l’enveloppe plastique qui enrobe le journal, la rouler en boule et la jeter par terre, puis regarder la première page avec ses titres tous plus nuls les uns que les autres, et alors d’ouvrir grand le quotidien pour être dans ce panneau d’affichage des manipulations journalistiques illustrant le faux semblant des affaires politiques, puis enfin boire la tasse encore chaude de ce breuvage parfumé, a quelque chose de reposant, comme un rituel jouissif.

    Après une courte sieste, je regarde par la porte si taxi est arrivé. Formidable il est là, je prends ma valise et en route pour l’aéroport. Peu causant le chauffeur sauf pour se plaindre un peu de tout. En fait je comprends qu’il gagne de l’argent mais avec pas mal de remboursements, il trouve qu’il ne lui en reste pas assez. Classique.

    Je mets mon foulard pour entrer dans l’aérogare qui a repris, me semble-t-il, une activité presque normale, bien qu’il y ait beaucoup moins la queue aux divers points de passage. Je m’installe sur mon siège spartiate sans rien à lire puisqu’ils ont supprimé les journaux, en tous cas en éco. Je suis assis côté couloir pour pouvoir étendre au moins une jambe. Je ne sais pas qui a parlé de jauges mais l’avion est complètement plein.

    Ils m’ont donné avec des pincettes un masque que je mets par dessus mon foulard. Chaque fois qu’il passe, le personnel me dit de le mettre sur le nez, ce que je fais pendant trente secondes. D’ailleurs eux aussi ont une propension à le descendre dès que c’est possible. Il faut dire qu’il n’est ni hygiénique ni agréable de respirer son propre gaz carbonique. C’est peut être même dangereux.

    La poussée des réacteurs est toujours un moment décoiffant, même si la moitié du fuel s’en va sur la ville à ce moment là. Le décollage est le seul moment techniquement dangereux dans le transport aérien. Les incidents dans les autres phases de vol sont dus à la météo, aux erreurs humaines et aux probabilités. Une fois que l’avion a réduit les gaz une détente se produit toujours dans la cabine. Il nous faut encore monter, mais les conversations reprennent. Et mon voisin remarque lui aussi qu’aucune distance soi-disant recommandée n’est établie entre les voyageurs qui se touchent tous. J’en profite pour lui dire tout le mal que je pense des élus dans la gestion de cet épisode et déplorer qu’aucun de nos représentants  n’ait dénoncé les choix gouvernementaux de ne jamais chercher à circonscrire le virus mais de faire seulement de la répression.

    Mon voisin semble assez d’accord et me confie que, pour lui, le nombre de victimes est un révélateur du mauvais état de santé de la population d’un pays. Le virus est présent à peu près partout, c’est-à-dire que quasiment tout le monde a été et est exposé. Tout le monde ne l’a pas attrapé mais beaucoup l’ont eu ou l’auront. Cependant les personnes en bonne santé ont beaucoup mieux résisté que les autres et la plus part ne se sont même pas rendu compte qu’elles l’avaient.

    Ça fait des années que l’on parle de vie sédentaire, d’obésité, de pollution respiratoire, d’excès de médicaments et aussi de tendance à la morosité. Ça fait des années que notre système de santé n’a plus aucune vue globale des individus et de leur état général mais développe uniquement des spécialités qui sont peut être performantes mais rendent les gens dépendants de la chimie. Et voilà que le verdict vient de tomber. Notre hôpital  est malade. Oh pas que le nôtre, mais d’abord tout le monde occidental, gavé de capitalisme et de perte du sens de la vie. Le verdict c’est que l’augmentation de l’espérance de vie, refrain triomphant de la société de consommation, se fait au détriment de la santé. Je pourrais presque dire que les personnes âgées ont été créées pour être le réservoir de la consommation pharmaceutique. Il reprend son souffle.

    Michel Costadau

  • Deux Questions

    Deux Questions

    Suite au billet « Cliquet », un fidèle lecteur m’a posé deux bonnes questions demandant donc de bonnes réponses, si possible.

    • Diminution, réduction progressive de nos libertés

    Ce n’est pas faux, mais soyons précis : dans ta vie quotidienne actuelle, quelles sont les choses que tu aimerais faire et qui te sont interdites ? Cite-moi un exemple précis de manque de liberté. Un exemple précis d’une chose qu’on te contraint à faire contre ton gré.

     

    Souviens-toi du billet « https://non-vote2017.fr/barcelona/ » où il y avait une obligation de fournir un test pour revenir en France. Test impossible à obtenir raisonnablement en Espagne.  Ceux qui ont respecté cette exigence ont passé tout leur we de vacance à faire la queue dans une clinique à 50 km de Barcelone. Nous n’avons pas respecté cette obligation et aurions dû, pour cela, payer une amende pour rentrer chez nous. Heureusement nous avons eu le bol de ne pas être contrôlés. Tout cela représente des pertes de liberté, sous forme de temps et de soucis inutiles.

    Concrètement, comme tu dis, j’ai annulé plusieurs voyages en novembre, décembre et janvier pour voir de la famille et des cousines âgées à cause de la fermeture des restaurants et de pas mal d’hôtels. Car manger un sandwich dans une chambre avec comme seul vis-à-vis la télé et l’interdiction de sortir, je n’appelle pas ça la liberté.

    Ce n’est pas la peine que je te rappelle que les gens ne vont plus au cinéma, ni au théâtre, ni au concert, ni aux jeux olympiques, ni au foot, et bientôt plus au boulot. On leur demande seulement de rester chez eux en travaillant si possible. Moi j’appelle ça une prison. On est en prison chez soi voilà où nous en sommes. Et le fait qu’il y ait peu de révoltes ne change pas la situation mais montre simplement l’état de soumission dans lequel est la population.

     

    • Les vaccinés n’ont pas à imposer le vaccin, par le passe sanitaire, à ceux qui n’en veulent pas : liberté ! liberté !

    Je crois comprendre que le passe sanitaire (en vigueur dans d’autres pays) veut empêcher les non-vaccinés de se regrouper au risque de propager le virus et de saturer les hôpitaux, en plus de ne pas contribuer à l’immunité de groupe. Les anti-vaccin devraient donc s’engager, s’ils contractent le Covid par leur faute, à ne pas se faire soigner.

    Je trouve ta question un peu compliquée et contenant des propositions contradictoires.

    Je fais donc une réponse en plusieurs volets.

    Aspect financier :

    Pour commencer, accepte de voir que ceux qui ne veulent pas se faire vacciner ont cotisé et cotisent encore comme les autres. Ce serait donc plutôt à ceux qui ont reçu des vaccins de remercier ceux qui n’en veulent pas de payer pour eux. C’est pareil pour ceux qui ont été malades et soignés.

    Aspect politique :

    La ligne sanitaire du gouvernement vient de changer. Avant elle était basée sur le chiffre des contaminations, avec pour objectif de contrôler les hospitalisations. Pour cela c’est le choix « https://non-vote2017.fr/les-3-methodes/  » de la prolongation de l’épidémie qui a été fait afin d’éviter la saturation du système hospitalier. Aucune mesure de jugulation du virus n’a été mise en place mais un léger ralentissement, avec comme accompagnement des décisions extrêmement contraignantes pour la population et l’irruption de divers variants. Dans les faits, il n’y a eu aucune saturation des hôpitaux et beaucoup de lits réquisitionnés dans le privé, moyennant finance,  sont restés vides et le sont encore.

    Cependant il y a quand même eu 110 000 décès. Pendant un an et demi nous avons donc vécu « avec »  le virus. Plutôt mal.

    Brusquement, une nouvelle ligne vient d’être décidée. Il s’agit maintenant de l’éradication du virus, stratégie nommée Zéro Covid, avec la vaccination de l’ensemble de la population. Cette orientation a une connotation électorale évidente mais n’a aucune base scientifique à part peut être un régime de vaccination générale perpétuel.

    Cette volonté d’éradication est louable mais n’a plus de sens avec plusieurs centaines de milliers de cas en cours, vaccinés ou non vaccinés. Pour rappel, le 4 août, avec 100 cas à Wuhan, la ville va tester et isoler si besoin les 11 millions d’habitants de l’agglo.  Clairement, à court terme, l’éradication ne peut pas être basée sur la vaccination qui est une politique à long terme demandant l’adhésion de la population. L’éradication est basée sur les tests, pas sur les vaccins. De plus chez nous cette nouvelle donne s’accompagne de règles contraignantes pour « obliger » la vaccination : tests payants, licenciements, ségrégation des non-vaccinés. On reste dans la répression après les autorisations de déplacements et leurs amendes. C’est de mal en pis.

    Aspect sanitaire :

    En ce moment, l’heure est à la mise au point de traitements du virus et Pasteur est bien avancé sur le sujet. La disponibilité d’un tel traitement permettrait de rendre à la vaccination son aspect volontaire et ciblé sur les personnes à risque, ce qui n’aurait jamais du changer. L’heure n’est plus à la vaccination aveugle en tous cas avec les ARNm. Ce que sachant, les labos concernés multiplient les démarches pour une troisième puis une nième dose.

    Dans les statistiques « https://www.statista.com/statistics/1104709/coronavirus-deaths-worldwide-per-million-inhabitants/» il n’y a pas de quatrième vague et les décès continuent de reculer. Le compteur ne tourne presque plus. Nous avons en ce moment environ 20 victimes du virus par jour sur les presque 2 000 toutes causes confondues soit 1% des décès quotidiens, ce qui veut dire qu’il y a d’autres causes beaucoup plus mortelles que le virus. Je m’appuie pour cela sur les statistiques allemandes. Elles sont plus accessibles que l’INSEE.

    L’augmentation du nombre de cas détecté vient plutôt de la menace du pass lui-même, puisque les gens se font tester de plus en plus. Par contre que des gens vaccinés avec un ARNm soient positifs au PCR et sanctionnés, par exemple pour voyager, ne va pas dans le bon sens et doit nous interroger.

    Aspect sociétal :

    La communication du gouvernement est extrêmement maladroite. Plutôt que de tranquilliser les gens vaccinés en leur rappelant qu’ils ne risquent plus rien, le gouvernement essaie de les utiliser pour faire pression sur les autres. Cela crée un nouveau malaise dans la population avec un sentiment de fichage généralisé. C’est l’aspect QR code qui est en question car l’attestation de déplacement, inadmissible néanmoins, n’était qu’un papier, il n’y avait pas de fichier associé tandis que derrière le QR code il y a les fichiers nationaux de la sécurité sociale d’où la notion de fichage.

    Quant à savoir quand et comment on attrape le virus, le débat reste entier. Si quelqu’un le savait on aurait utilisé ce savoir pour empêcher la population de l’avoir et évité les 110 000 décès. Le virus est visiblement présent partout et semble se jouer de tous les obstacles. Il semble quand même établi que la mauvaise santé des gens  est un facteur aggravant. Quand à se faire soigner, n’oublie pas que plus de 90 % des gens qui ont eu le virus ne se sont pas fait soigner, voire ne s’en sont même pas aperçu.

    Michel Costadau

  • Romani 15

    Romani 15

    Je me lève de bonne humeur, profitant encore de la tranquille soirée avec Timor. Nous nous retrouvons à la cuisine pour un café soluble avec quelques biscuits pour lui, mais pas pour moi qui ne mange rien avant le repas de midi. Il me dit qu’il doit prendre le train pour Perpignan à 10h20. Moi mon avion est à 16h15. Le temps joue pour moi dans le sens où je suis moins pressé que lui.

    Avant qu’il parte je lui demande s’il compte revenir bientôt. Je n’obtiens pas une réponse claire mais un millefeuille de disponibilités et de contraintes d’où il ressort en gros qu’il n’en sait absolument rien. De toute façon, il faudra bien qu’il bosse un peu. Je lui dis qu’éventuellement ça sera peut être moi qui descendrai si j’ai une livraison à faire dans son coin. Nous nous quittons sur ce constat à l’amiable et il se dirige vers le métro.

    Je profite de ma demi-matinée de liberté pour retourner dans le jardin et refixer les planches. Cette fois je m’y prends plus solidement avec visseuse et tout. Du coup je renforce ce coin-là et je range soigneusement mon matériel exactement où je l’ai pris. Car la seule manière de trouver ce que l’on cherche est de savoir où c’est. Et pour cela, il faut qu’il soit toujours à la même place.

    Le secret du rangement c’est de remettre les choses là où on les a trouvées même s’il n’y aucune logique. Ca ne veut surtout pas dire qu’il faut édifier un plan d’ensemble pour donner une place à tous les objets avec lesquels on vit. Cette solution, purement technocratique, oublie la moitié des objets et rend une partie d’entre-eux complètement inaccessible puisque rangé à un endroit qui a paru logique au début mais dont évidemment on ne se souvient pas quand on en a besoin, comme par exemple une tige flexible, avec aimant au bout, rangé avec les peintures alors qu’on en a besoin pour le filtre de la machine à laver. Ainsi la scie à métaux peut se trouver avec les ficelles et non avec les autres scies, aucune importance puisque c’est là qu’on l’a trouvée et là qu’on la remet.

    Je sors une boite de flageolets et un dos de cabillaud pour midi, puis je prépare mon bagage pour cet après-midi. Oh pas grand-chose mais par exemple mon maillot de bain dans le cas où l’hôtel aurait une piscine, et bien sûr un livre pour m’endormir le soir.

    Manger seul j’ai l’habitude et en plus il y a en général un moment magique vers la fin du repas où mes idées foisonnent et où je déroule une bande son de remarques, constatations, points de vue qui me parait d’une richesse incroyable. Peut-être l’est elle d’ailleurs mais tout cette effervescence est cruellement fugitive et ne me réjouit qu’à l’instant de son émergence, pour s’évanouir et être immédiatement recouverte par d’autres séquences.

    Ce n’est pas un rêve puisque je suis bien réveillé et la bouche pleine, mais j’ai le plus grand mal à m’en souvenir. Alors je souhaiterais pouvoir disposer d’une espèce de décodeur qui traduirait sur papier les pensées et toutes les associations d’idée qui bouillonnent dans ma tête. Et dans la tête des autres aussi. En plus, il y a souvent des dialogues, des questions-réponses qui me sidèrent par leur drôlerie, voire leur pertinence.

    Mais, à la fin du repas, je n’ai rien dans les mains et tout ce torrent de subtiles pensées est parti se jeter dans la mer. Elle doit en savoir des choses la mer depuis que toute la terre se jette dedans. Bien sûr je pourrais avoir un cahier ou un dictaphone pour noter tout cela, mais je ne peux pas le faire parce qu’il s’agit réellement d’un moment pendant lequel je m’échappe à moi-même. C’est mon esprit qui prend la main et je ne suis qu’un auditeur du film. En fait je vois mes paroles, c’est pour cela que je cherche ce décodeur de pensée qui me rendrait tant service.

    Michel Costadau

  • Cliquet

    Cliquet

    Cette fois c’est l’appel à la résistance d’un homme politique imaginaire qui s’imprime dans ma tête.

    Oui ça gronde de partout, j’entends bien ce son unique du désarroi et de la lassitude. Comment a t on pu arriver à ce que nous soyons tous fichés et menacés de sanctions disproportionnées juste pour sortir de chez soi. Comment des gens qui sont vaccinés et donc ne risquent strictement plus rien en viennent ils à vouloir l’imposer à tous. Que les vaccinés laissent les autres tranquilles c’est tout ce qu’on leur demande. La notion de majorité s’est transformée en volonté d’ignorer que les autres existent, c’est la négation de la liberté.

    En fait personne n’est content car au dessus  de nous règne un monstre d’ignorance et d’agressivité, un système froid et brutal qui fait ce qu’il lui plait. Ne croyez pas que cela vienne d’un homme, d’un groupe ou d’une cabale, non cela vient de nous, des petites abdications successives de démocratie que nous avons acceptées au long des années avec l’excuse que chacune n’était pas trop grave. Et aujourd’hui c’est le moment où l’on y peut plus rien.

    Pour comprendre ce qui nous arrive, j’attire votre attention  sur la lenteur et la logique avec laquelle se mettent en place les conditions de basculement d’une situation. Les cataclysmes arrivent seulement quand les conditions sont réunies. Et ça peut prendre du temps.

    Il en est de même pour l’évolution des nos sociétés. L’important en ce moment ce n’est pas un virus c’est l’état catastrophique de nos libertés. Cela n’est que l’achèvement d’un lent processus commencé il a longtemps et qui d’ailleurs continue. Il faut comprendre qu’il n’y a pas de changements brusques dont on ne sait pas d’où ils viendraient, non il y a seulement le cliquet des petits changements imposés et avalés.

    Les guerres mondiales, faites cyniquement au nom de la liberté, ont été un épisode sanglant de la compétition économique entre pays et leurs entreprises, et le cliquet a franchi un cran dans la privation de liberté : partage du monde, espionnage, chasse aux syndicats, chasse aux rouges, expansion US, militarisation. La guerre d’Algérie, de libération en théorie, trouve son origine dans la colonisation et le cliquet a fait un tour de plus dans la privation de liberté : racisme anti arabe, bidonville, contrôle au facies, guerres de religions.

    Les multinationales et leurs incroyables séquelles environnementales sont le fruit de la concentration capitalistique et sont maintenant au dessus des lois : vente d’êtres humains, pillage de ressources, mépris des conventions internationales, appropriation de la santé, appropriation de l’espace, détournement de la richesse.

    Les géants du web et leur monopolisation de la parole et de l’image sont le résultat de la consommation effrénée voulue par le commerce et le cliquet a fait quelques pas de plus : publicité partout, communication mensongère, exploitation des données personnelles, confiscation de la réalité, le « vu » a remplacé le « vrai », consommation effrénée d’électricité pour le numérique, consommation croissante de pétrole pour les livraisons et le transport.

    On en est là parce que depuis longtemps nos représentants trahissent quotidiennement les citoyens et cautionnent toutes les restrictions de liberté. C’est ainsi, avec leurs reculades et leurs démissions que le monde est passé, petit à petit, sous le joug de la dictature financière.

    En France nous constatons un fichage généralisé de la population. Maintenant les données sanitaires s’ajoutent aux données bancaires, téléphoniques, administratives, judiciaires,  professionnelles, éducatives. Et il y en a encore qui disent que nous vivons en liberté.

    Notre pays s’éloigne depuis longtemps et de plus en plus de la confiance entre les électeurs et leurs élus. Les sondages sont devenus le mode de gouvernement, les promesses ne sont que des effets d’annonce, en aucun cas des engagements, les accros à la démocratie dans les domaines de l’environnement, du social ou des armées ont franchis des limites irréversibles. Dans nos sociétés les gens ne sont plus que des télé-citoyens : téléspectateurs, télétravailleurs, télé-consommateurs, plus de publics aux JO mais des écrans, des rediffusions avec des bandes sonores préenregistrées en laboratoire pour encourager les « athlètes ».

    Avec le virus nous sommes en présence d’une opération de communication fabriquée pour tenir la population dans un climat de peur. Ce climat qui est porté par toute la classe politique a pour but de museler la parole de la population. Les élus ne nous représentent pas et il est interdit de descendre dans la rue. La nasse s’est refermée.

    Jamais il n’est évoqué de lien entre la politique libérale et les victimes du virus. La communication a été maintenue sur du quantitatif, le nombre de lit, de masques, de tests, de cas mais jamais sur la mauvaise santé de la population, gavée de médicaments et d’opérations, toujours en attente d’une analyse médicale, d’un examen ou d’une intervention. La population respire un air pollué, mange des produits frelatés, s’isole comme elle peut du bruit des machines, des engins et cherche désespérément un travail où elle compte un peu. Le fameux allongement de la durés de vie s’est fait avec une acceptation de la mauvaise santé d’un grand nombre, de la dépendance médicamenteuse. Plus aucun élu ne défend les gens contre le système. Et pourtant les démonstrations de la nocivité de l’économie et de l’incurie des élus sont disponibles et accessibles. Mais les politiques sont dans le cercle vicieux de l’agitation et de la gesticulation pour empêcher les gens de penser, de parler, de réfléchir.

    En ce moment le cliquet fait un grand bon en avant. Résistance.

    Michel Costadau

  • Romani 14

    Romani 14

    -Eh ben tu sais, Sazak c’est une fille formidable,

    -Oui je sais c’est exactement ce que m’a dit sa mère cet après-midi,

    – Sa mère, tu sais… mais, …. tu as vu sa mère, c’est pas possible, je la connais même pas,

    -Je ne la connaissais pas moi non plus, elle est chez son fils pour sa santé et d’ailleurs si Sazak s’en va quelques jours elle va être assez seule,

    -Et vous avez parlé de moi ?

    -Pas du tout on a un peu parlé de ses filles car Bulan a deux sœurs, mais de toi pas du tout,

    -Vous avez parlé de quoi alors,

    -Ben elle a surtout parlé du fait qu’elle aimait beaucoup la vie et tout ce qui bouge. Elle est le contraire de dépressive, je ne sais pas s’il y a un mot pour ça mais ça te donne un drôle de punch de l’écouter, comme si la vie était un grand cerisier dans lequel au lieu de regarder le tronc, les branches et les feuilles, il ne fallait surtout pas oublier de manger les fruits,

    -Je vois pas trop ce que tu veux dire par là, tu parles des cerises,

    -Bof c’est une image pour dire qu’il y a plein de choses agréables dans la vie, mais je comprends que tu as du mal avec les images pour t’aider à t’évader dans les sensations. On reprendra ça ce soir au resto, pour l’instant on se prépare, départ dans une demi-heure si ça te convient,

    -Ok.

    D’un coté je suis assez content que Timor rentre chez lui pour prendre de la distance, d’un autre je continue à craindre cette soudaine flamme de mon copain, surtout avec la sœur d’un autre copain. Y a de l’électricité dans l’air avec ces deux-là et au final, comme moi aussi je dois faire un saut à Grenoble, c’est la mère qui va se retrouver un peu seule. Bon arrêtons les réflexions et en route pour un bon repas.

    Timor a choisi un chinois et nous voila en train de jouer des baguettes sans faire la moindre musique. Ce que j’aime surtout ce sont ces champignons noirs craquants et gélatineux qu’ils mettent un peu partout, car la cuisine asiatique est une cuisine d’ingrédients, contrairement à la nôtre qui est construite sur la centralité d’un produit. Cependant impossible d’accrocher la moindre discussion avec Timor entre les bouchées. Heureusement, une brève coupure de courant amène le patron à lancer une pique sur les nouveaux compteurs qui sautent tout le temps. Nous lui faisons signe et, comme un seul homme, nous lui sortons notre analyse sur Enédis. Voila une société sous-traitante unique et exclusive d’EDF ce qui, déjà, donne un caractère d’entente illicite entre les deux. Et voila Enédis chargée de mettre en place les nouveaux compteurs . Cette mise en place est supposée gratuite et se faire avec l’accord des abonnés. Deux mensonges de plus : sauf exception Enédis est passé en force en disant que c’était obligatoire : premier mensonge. Enédis dont on ne sait pas combien EDF lui a donné pour cette opération, continue à dire que c’est gratuit en fournissant comme raison que les nouveaux compteurs calculant plus précisément la consommation, cela leur suffisait. En particulier, en mesurant au choix les VoltAmpéres ou les WattHeures. Or ce nouveau calcul a pour résultat de faire, pour la même puissance souscrite, disjoncter des installations qui auparavant absorbaient de légers dépassements en particulier au démarrage, obligeant le consommateur à augmenter la puissance de son contrat. Cela a donc pour résultat d’augmenter l’abonnement et la consommation et donc la facture. Or qui paye la facture, si ce n’est le consommateur. Il n’y a donc pas gratuité mais au contraire augmentation des prix et en plus pour longtemps : deuxième mensonge.

    Une fois de plus, nous tombons d’accord pour constater notre impuissance face à ces comportements violents des entreprises publiques, privées ou autres. C’est un peu décourageant. En plus, en ce moment, ils cherchent même à étouffer le plaisir d’être ensemble avec leurs mesures liberticides. Mais nous avons passé un bon moment et l’heure de rentrer a sonné.

    Une fois à la maison le sommeil vient facilement, sans rêves, en tous cas pour moi.

    Michel Costadau

  • Romani 13

    Romani 13

    -Et vous savez, ça me fait plaisir de parler sauf si c’est moi qui vous embête pour le coup,

    -Mais pas du tout, j’ai l’impression de flotter, et..

    -Encore trois mots. Chanter, chanter c’est rire en musique, c’est se projeter dans l’éther, c’est s’entendre vibrer. La note, faire la note rien qu’avec sa gorge, son nez, sa langue qui ébranle tout l’intérieur, c’est magique. Manger, manger ça paraît nécessaire comme ça, mais c’est surtout un dialogue entre le plat et sa bouche, on en veut encore de ce goût-là, mais halte, pas trop vite, pas de goinfrerie, ça ne profite plus, calme le jeu, calme ton appétit avec des pommes de terre ou du pain et garde cette envie de jarret pour en profiter avec lenteur, si c’est possible, et délectation. Et parler, c’est un luxe de parler, et d’ailleurs je vais m’arrêter un peu car vous ne dites rien.

    -Oh, je ne dis rien parce que j’écoute, je suis un peu scotché par ce que j’entends, c’est assez dense alors ça rentre doucement. Si ça ne tenait qu’à moi je vous enverrais mes copains déprimés pour électrochoc virtuel, et …

    -Oh, n’hésitez pas ça ne me fatigue pas de parler, surtout après avoir écouté,

    -Ah voilà, dites, voulez-vous que j’aille vous chercher un peu de thé,

    -Avec plaisir c’est très gentil de votre part,

    -Je reviens.

    Je retourne voir Bulan pour préparer du thé comme l’aime sa maman. Je reviens dans la chambre avec la théière bouillante et je lui sers une tasse. Une question me vient à l’esprit :

    -Pouvez-vous me parler de la sœur de Bulan,

    -Sazak est une de ses sœurs, mais il en a une autre qui n’est pas avec moi,

    -Ah d’accord, et comment elle est Sazak ?,

    -C’est une fille extraordinaire, avec un vrai caractère. À la fois elle sait jouer de ses attraits et de ses sentiments. Quand ça ne va pas elle tape, c’est un peu surprenant mais elle tape fort,

    -Ah, euh pourquoi vous me dites ça ?

    -Je crois qu’elle est sortie avec votre ami, j’espère qu’il est prudent,

    -Timor est assez prudent mais s’ils se plaisent, il peut se passer des choses,

    -Pas de problème, Sazak je vous l’ai dit a des sentiments et elle aime ça, il faut juste se méfier des dérapages,

    -Et il se passe quoi alors ?

    -Quand c’est une fille elle disparaît et nous ne la revoyons plus jamais, quand c’est un garçon, il devient beaucoup plus attentif et ça peut continuer,

    -Je vois, peut-être je ferais mieux d’aller attendre mon copain quand il va rentrer,

    -Bien sûr, allez le voir, mais surtout revenez quand vous voulez ; comme vous le savez, je ne bouge pas beaucoup.

    Je dis au revoir et merci à tout le monde et je rentre chez moi. À ma grande surprise je n’attends pas longtemps avant le retour de Timor auquel je demande immédiatement comment s’est passé son après-midi. Très bien me répond-il. On a beaucoup discuté avec Sazak et je crois que l’on se reverra. Là elle doit partir quelque temps voir sa sœur et du coup moi aussi je vais retourner chez moi. Je pars demain et ce soir je t’invite au resto car j’ai pas mal à raconter. Tu sais que je suis pas fort en discussion mais cet après-midi ça m’a été facile de parler, ça me faisait plaisir. Et il faut que je te dise un truc.

    Michel Costadau

  • Romani 12

    Romani 12

    Après son départ je fais une petite sieste et en me levant je me dis que j’allais passer chez Bulan pour discuter cinq minutes. Heureusement il est là et m’offre thé ou café. En entrant j’ai vu à nouveau ce lit par la porte entrebâillée. Vu l’heure, j’opte pour un café qui en plus est correct chez lui.

    Il me confirme que sa sœur est partie se promener avec Timor et nous rigolons de ces comportements un peu secrets qu’affectionnent ceux qui n’ont pas envie que l’on connaisse leurs sentiments.

    Par contre, une fois engagés l’un par rapport à l’autre, il y a en général grand déballage d’affections : bisous, cadeaux que l’on montre à tout le monde, soirée où l’on ne se quitte pas et le sacro-saint : écoute il faut que je lui en parle et je te rappelle.

    Je me permets de lui demander qui est la personne dans la chambre. Il me répond que c’est sa mère et qu’il l’a prise chez lui parce qu’elle commence à se paralyser des jambes. Elle peut encore marcher en se tenant à quelqu’un, mais ça la fatigue. Il me dit : va la voir elle n’a pas beaucoup de visites.

    Nous finissons le café et par amitié autant que par curiosité, je frappe à la chambre. J’entends une vois claire et posée :

    -Venez, la porte est ouverte.

    -Bonjour madame, excusez moi de vous déranger mais….,

    -Vous ne me dérangez pas du tout monsieur, au contraire pouvez vous m’aider à m’assoir dans le fauteuil,

    -Bien sûr, là euh comme ça c’est bien ?

    -Oui c’est parfait, d’abord  je vais finir mon thé, même s’il est froid c’est très bon,

    -Si je vous fatigue dites-le moi, je ne suis pas là pour vous embêter,

    -M’embêter, quelle question ! c’est si vous n’étiez pas venu me voir qui m’aurait fâché, ça oui,

    -Peut-être êtes-vous trop gentille avec moi, mais ….  ,

    -Je sais que vous êtes un ami de mon fils et qu’il vous apprécie, lui c’est un musicien mais vous, vous êtes un monsieur, vraiment,

    -C’est le contraire madame, Bulan est un type bien, lui il est quelqu’un, moi je ne suis qu’un vagabond sans réalité ni existence et …,

    -Ce n’est pas à vous d’en juger monsieur. Si mon fils vous accepte ici c’est qu’il sait que vous existez, que vous valez quelque chose. D’ailleurs peut-être le fait-il aussi pour moi, non pas pour m’aider à marcher mais pour m’aider à exister, c’est le plus important.

    Si vous saviez, monsieur, ce que j’ai pu aimer la vie. Marcher justement, marcher en forêt, sous la pluie, sur un sentier, dans le vent, marcher le long d’une falaise, marcher sur le sable les pieds dans l’eau. Ecouter, écouter un saxo glisser sa voix rauque dans votre nuque et même sur votre peau, puis lancer ses saccades percutantes et souples à la fois, et alors redescendre à la cave pour nous laisser pantois et vibrant de bonheur, écouter un torrent qui vous vivifie rien qu’à le regarder, écouter la mer qui court devant vous comme quand vous jetez un seau d’eau sur la terrasse, ou la mer quand elle est formée, blanche, roulante et grondante qui vous remplit les oreilles d’une unique note puissante, continue et prenante. Voir, voir les gens bouger, s’assoir, parler. Le spectacle des hommes est le plus infini théâtre que je connaisse, toujours nouveau, toujours animé, toujours vrai, inlassablement renouvelé, mais aussi répétitif à souhait comme les jeux des enfants.  Aimer, quelle chance de pouvoir aimer quelqu’un ou même quelque chose, c’est pareil, c’est le remue-ménage du cœur qui compte, l’envie et le souci, son double caché, voilà qui vous tient en haleine, qui vous maintient debout, qui vous redresse même, à la limite de s’envoler, parce que quand on aime on a toujours quelque chose à l’esprit, la tête est pleine, on est relié. Au contraire, quand on déteste, la tête est vide et c’est un écran noir derrière les yeux qui vous tient lieu de regard.

    -Vous savez que c’est formidable ce que vous dites, et…

    Michel Costadau