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  • Exit

    Exit

    Je lis depuis quelques jours des trucs ahurissants sur notre système de santé. Le dernier en date titre la « désillusion française » en faisant une comparaison hasardeuse avec la défaite éclair de nos vaillantes armées en 1939. Les Français ont perdu leur « souveraineté sanitaire », ils sont tombés de leur « piédestal » persuadés d’avoir les meilleurs hôpitaux du monde et découvrant des établissements malades. Holà holà, halte au feu, on se calme. En fait ce que l’on nomme notre système de santé comporte trois volets :

    – un volet médical public et privé composé du personnel hospitalier, de la formation médicale, de recherches appliquées et d’un ensemble de bâtiments et de matériels,

    – un secteur administratif ou ministériel composé de fonctionnaires, de technocrates et d’élus,

    – et un volet pharmaceutique et industriel comprenant les labos et les fabricants d’appareils souvent très perfectionnés.

    Clairement, notre secteur médical est de toute première qualité tant pour la qualification du personnel que pour les protocoles. Peut-être pas le meilleur du monde dans tous les domaines, mais vraiment dans le peloton de tête partout. C’est une chance de se faire soigner en France et, d’ailleurs, beaucoup de ressortissants d’autres pays viennent chez nous dans les cas difficiles. Il y a même une certaine émulation entre hôpitaux et entre publics et privés pour améliorer les techniques et diagnostics.

    Il ne me viendrait pas à l’idée d’aller me faire soigner à l’étranger et presque tout les Français sont comme moi. D’ailleurs ce volet médical a été tout à fait à la hauteur dans l’épisode du virus. À aucun moment il ne s’est trompé dans les diagnostics et les traitements.

    Par contre il a connu des problèmes de moyens dont, tout aussi clairement, le secteur administratif est entièrement responsable. En effet tout ce qui touche les administrations est une catastrophe. Comment est-il possible que ce soient des technocrates qui décident des commandes de matériels, de masques ou de réactifs. Comment dans la panique, les collectivités territoriales ont-elles été amenées à se substituer à l’État pour lancer des approvisionnements. Comment les préfets ont-ils pu pirater des matériels destinés à d’autres. Contrairement au secteur médical, il y a eu là des errements coupables, qui hélas ne seront jamais sanctionnés.

    Il se trouve que le secteur administratif est entièrement politique et tout le monde a pu constater que ces gens-là n’étaient et ne sont toujours pas à la hauteur, ni en termes de personnalités ni en termes de décisions. Si l’on doit faire une comparaison avec 1939, alors il faut les comparer avec le ministère de la Guerre et les généraux de l’époque et non avec l’armée qui, bien qu’offerte démunie aux canons de l’assaillant, s’est quand même battue et a réussi à se replier en Grande- Bretagne.

    S’il y a donc une refonte du système de santé à envisager c’est sur la place, le rôle, le pouvoir des politiques qu’il faut agir.

    Parce que ce sont ces gens-là qui ont inventé le déficit de la sécu et de l’assurance maladie. Ils ne parlent pas encore du déficit de la justice ou de l’école mais ils en ont envie. Et, pour eux, le déficit de la police, de l’armée, des opérations extérieures, comme ils appellent sournoisement notre terrorisme d’État, ne sera jamais à l’ordre du jour. Exit

    Michel Costadau

  • Evitement

    Evitement

    Je l’ai déjà dit, je me suis vraiment étonné de l’absence de réaction des citoyens aux privations de liberté qui ont été instaurées pendant deux mois. Je m’attendais à une sourde rumeur de désapprobation pour ces attestations, voire un appel à les contester ouvertement, c’est-à-dire dans la rue, dans l’espace public. Visiblement rien de cela ne s’est passé à tel point que le pouvoir a pu affirmer que ces dérogations étaient bien acceptées. Ce n’était évidement pas le cas parce qu’en fait elles étaient subies, supportées comme un faux papier mais sans la moindre adhésion.

    Je me suis quand même interrogé, et du coup, j’ai regardé comment chacun ressentait et vivait cette atteinte et j’ai découvert que nos concitoyens avaient pratiqué une forme de résistance qui est l’évitement. L’évitement, en gros, c’est le contraire de l’affrontement. L’évitement c’est la forme de défense des enfants, du genre pas vu pas pris. C’est basé sur la peur de la répression mais ça permet d’atteindre un objectif en essayant de ne pas se faire attraper. C’est quand même un peu de la résistance parce que l’objectif est atteint en transgressant une loi, mais sans que ça se sache.

    Cette attitude est déjà pratiquée depuis longtemps par exemple par rapport aux radars, à l’économie parallèle, au fisc, quand le seul but est de ne pas se faire prendre.

    C’est comme au rugby, l’évitement consiste à éviter de se trouver, délibérément, dans une situation répréhensible. Ce n’est pas une attitude très valeureuse et c’est pourquoi les jeunes pratiquent plutôt l’affrontement car non seulement c’est l’âge où l’on n’a pas peur de la mort, mais aussi celui où l’on a envie d’en découdre physiquement.

    Et donc nos concitoyens ont inventé des parcours secondaires pour atteindre la campagne en évitant les barrages policiers. Ils ont pris plusieurs attestations successives d’une heure pour se trouver dans le bon créneau en cas de contrôle. Ils ont prétexté une démarche professionnelle pour aller voir leur copine. Ils ont pris le crayon, la gomme ou le blanco pour régulariser leur sortie. Comme je l’ai dit, ce n’est pas très glorieux mais il faut dire que les exemples d’en haut comme d’habitude encourageaient plutôt le non respect des mesures.

    Cela dit, hélas, la stratégie de l’évitement est la seule possible dans notre système policier. Le pouvoir a détruit toutes velléités de manifestation pacifique, d’expression populaire dans la rue, de combats de défense dans les entreprises. Tout est ratatiné par les robocops munis de tous les droits et défendus continuellement par l’Etat lui-même. Lui qui devrait nous défendre, il défend ceux qui nous gazent et nous matraquent.

    La question est maintenant : est-ce que cela va changer ?

    Dire que l’on n’en sait absolument rien est un peu facile parce qu’il se passe quand même des choses que l’on peut voir. Par exemple, tous les dirigeants politiques actuels ne pensent qu’à leur réélection. Trump se rue sur la répression pour endosser les habits de l’ordre et de la protection des biens, alors qu’il n’a fait que semer la discorde depuis 4 ans. Poutine cherche à trafiquer la Constitution pour être à nouveau candidat, alors qu’il a fait du respect des institutions sa carte de visite. Notre pauvre clown a ressorti son arsenal de phrases ronflantes et de promesses alors qu’il n’a tenu aucune des précédentes.

    Nous sommes donc partis pour un nouvel épisode de gouvernement mondial par le mensonge et la télé. C’est plutôt pas de bol pour ceux qui rêvaient d’autre chose.

    Michel Costadau

  • Distributeur de masques

    Distributeur de masques

    MFichier power point.

    Michel Costadau

  • Evidence

    Evidence

    Il n’y a rien de plus difficile à voir que l’évidence. Vous l’avez sous les yeux, elle vous éblouit et vous ne la voyez pas.

    L’évidence c’est que chez nous, en France, le confinement sans dépistage a augmenté le risque d’infection par le virus. Démonstration : l’absence de détection laisse la population mélangée entre porteurs et non-porteurs. La fermeture des magasins, des restaurants, des plages, des promenades et de beaucoup d’entreprises a amené les gens à aller dans les seuls endroits ouverts : essentiellement les grandes surfaces. Ils se sont donc retrouvés en plus grand nombre au même endroit au même moment créant ainsi une augmentation du risque d’infection, puisqu’il y avait beaucoup plus de chances d’y rencontrer un porteur. Cqfd.

    Remarque : cette affirmation semble se trouver confirmée par ce que j’ai constaté le 13 mai : une baisse notable de concentration dans les grandes surfaces, moins de voitures, moins de personnes dans le super, moins de queue à la caisse. Pourquoi, parce que les gens étaient ailleurs sur le marché, dans les magasins ré-ouverts, chez le coiffeur, chez brico, etc. La dispersion des gens n’a pas pour conséquence la plus grande propagation du virus mais au contraire une moindre chance de rencontrer un porteur. Et cela se trouve encore renforcé par le fait que les foyers de propagation ont presque toujours eu pour origine un rassemblement plus ou moins important.

    L’évidence c’est que toutes les régions n’ont pas du tout étées touché de la même manière. Les mesures «nationales» ont donc été dans le sens contraire de l’efficacité de la lutte contre le virus, puisque au lieu de concentrer les moyens sur les zones les plus touchées, Alsace, Oise, RP, par exemple pour dépister, elles ont dilué l’effort dans tous le pays et donc dans beaucoup d’endroits où ça n’a servi à rien.

    Je ne sais pas encore si tout cela pourra être évoqué en justice, mais le fait est que nos dirigeants ont probablement aidé à la propagation du virus et sont donc responsables de décès qui auraient pu être évités. Entre autres il faudra expliquer, pourquoi à eux seuls les 4 pays du bout de l’Europe de l’Ouest font presque 40 % des décès mondiaux.

    L’évidence c’est qu’il y a beaucoup trop de chiffres et que presque tous les chiffres sont biaisés. Par exemple pourquoi indiquer le nombre de personnes infectées alors qu’il dépend uniquement de la quantité de détections effectuées, c’est une lapalissade. Plus on teste plus il y en a. Et donc comparer d’autres chiffres à celui-là n’a aucun sens, par exemple le pourcentage des guéris.

    L’évidence c’est que le modèle exponentiel basé sur une bascule progressive entre le nombre de personnes pouvant être contaminées et le nombre de personne ne pouvant plus l’être, et utilisé pour justifier les mesures, n’a pas correspondu à la réalité, car, heureusement, très peu de personnes ont été infectées. Qui plus est, l’accroissement des décès a continué bien après la décision de confinement.

    L’évidence c’est que les mesures annoncées le 11 mai sont celles-là même qu’il aurait fallu prendre le 15 mars : cloisonnement départemental, ralentissement des déplacements avec télétravail et chômage partiel, maintien des commerces avec distribution de masques, écoles à la demande. Ça aurait fait moins de victimes et évité ce plongeon démocratique dont on aura du mal à se remettre.

    Ce n’est pas une seule erreur mais un empilement d’erreurs qui fait les catastrophes.

     

    Michel Costadau

  • Capsule

    Capsule

    Il y a quelques théories intéressantes qui circulent ces jours-ci. Certaines concernent l’avant, comme celle qui dit que la crise sanitaire n’est que la couverture d’une crise économique qui aurait de toute façon eu lieu et qui permet aux politiques de se dédouaner. Cette théorie est évidemment invérifiable mais est assez compatible avec la dimension suicidaire que j’ai évoquée. D’autres concernent l’après et il y en a au moins deux qui s’affrontent. A vrai dire les deux parlent de la refondation de l’ordre mondial mais l’une cherche à mettre en avant la solidarité comme moteur de nouveaux développements, et l’autre la flexibilité comme nouveau mode de fonctionnement du travail. Il faut attendre quelque temps pour voir les premiers signes. À vrai dire ce n’est pas le sujet. Pas encore.

    Oui parce que depuis un moment de nouvelles images de l’être humain se présentent à nos yeux.

    Avec le Sida on a eu l’incitation aux rapports protégés, on a ainsi commencé à mélanger la reproduction avec la maladie. Avec Ebola et les premiers SARS on a commencé à voir la désinfection des lieux et des personnes avec des pulvérisateurs contenant un produit à vaisselle et portés par des scaphandriers à l’air libre. Avec le virus nous avons encore les pulvérisateurs et les arroseuses mais aussi les lits médicalisés avec 10 personnes autour, toutes cagoulées comme dans les séries. Et en plus l’obligation de rester à distance les uns des autres ce qui est complètement nouveau.

    Nous avons aussi vu une intensification de la vie numérique, casques sur les oreilles, téléphone avec ou sans images, enseignement, exercices avec leurs corrections, apéro skype, cinéma à la demande. Consultations médicales, certification bio, conseils juridiques, … à distance et manifestations virtuelles depuis son écran.

    Il y a une espèce d’encapsulage de l’individu dans une bulle dont la seule fenêtre est un écran noir et une incitation continuelle à se méfier des             autres, qui augure peut-être un sérieux affadissement des rapports humains.

    Alors que jusqu’à présent la solitude était le pire ennemi de l’homme et que dès que l’on se retrouvait à plusieurs se dégageait un sentiment de bien-être, voire de fête, ainsi que la célébration de rites, il semble se dégager une nouvelle tendance à garder un maximum de distance. Voire à repousser les autres pour qu’ils ne pénètrent pas le périmètre sacré de l’individu, le domaine de la respiration privée. D’ailleurs les riches en €$ se sont isolés depuis longtemps dans des paradis privés. Cet écartement s’accompagnant aussi de phénomènes d’entassement dans les transports, dans les magasins, dans le travail où en vacances mais en s’ignorant complètement, chacun dans sa bulle. C’est comme si l’humain d’être social devenait un être asocial.

    Je veux dire que c’est une tendance lourde, pas seulement à cause d’une épidémie. Est-ce dû au sentiment de notre trop grand nombre sur terre, où à une politique forcenée de destruction des organisations humaines pour faire de chaque individu un consommateur seul devant l’offre marchande ou même à une incapacité à communiquer suite à un nivellement de la vie personnelle par les médias, chacun sachant, pensant et aimant les même choses. Sauf, quand même, le petit nombre de ceux qui ont su rester, dans leur tête, indépendants du bourrage médiatique et qui sont encore capables de résister.

    Heureusement il y a les jeunes. Ils sont évidemment dans l’impossibilité vitale de rester isolés puisqu’ils sont justement en train de se socialiser. Et ils le font même en cette période. A côté de chez nous il y a des petits rassemblements de jeunes qui font la fête en groupe et en musique.

    C’est rassurant.

    Michel Costadau

  • Etranger

    Etranger

    C’est sûr qu’il y en a un peu marre de tout le temps parler du virus, c’est devenu complètement inintéressant, d’autant plus qu’il a presque disparu dans beaucoup de départements, en particulier dans le sud. Il y a tous les jours des nouvelles mais, en fait, on ne sait rien on n’apprend rien et on attend la réouverture des cafés.

    Alors je vais vous donner une analyse que je n’ai pour le moment vue nulle part ? Elle concerne la psychologie de nos dirigeants. L’idée est la suivante. Il y a, clairement, une composante suicidaire dans les choix de confinement qui ont été faits.

    Tout a commencé par un effet domino des mesures prises en Asie. De pays en pays, la théorie du confinement est arrivée, déformée et modifiée, jusqu’en Europe et ce qui n’a concerné qu’une petite partie de la Chine s’est abattu, chez nous, sur des pays entier. Déformée et modifiée parce qu’en Asie le confinement faisait partie d’un volet de plusieurs mesures strictement complémentaires dont le dépistage, la recherche des contacts et l’isolement.

    L’instant du choix a donc été très court, à peine quelques jours, et c’est là que les décideurs européens se sont trouvés devant un cruel dilemme : soit continuer à défendre leur credo productiviste, soit se renier complètement en mettant la santé individuelle au-dessus de tout. Or c’est exactement au moment ou un individu n’arrive pas à faire face à sa situation que lui vient l’idée du suicide. L’avenir est bloqué, il n’y a aucune bonne solution. Le suicide est alors la seule manière de fuir une situation invivable. Comme une échappatoire à la paralysie ressentie, une libération des contradictions qui le minent même si c’est souvent lui qui les a créées.

    On comprend du coup pourquoi Johnson, Trump, Bolsonaro et quelques autres ont essayé de ne pas se suicider en voulant à tout prix défendre le business. On peut leur reprocher ce qu’on veut mais pas d’être contradictoires car ils ont plutôt cherché à faire le moins de dégâts possibles à la finance.

    Pour les autres, c’est leur propre légitimité qui est entrée en jeu. Soit ils se sont sentis l’émanation démocratique de la population et ils ont pris des mesures adaptées bien acceptées par les citoyens : pays du nord, Allemagne, Autriche et quelques autres. Soit ils ont compris qu’ils n’avaient aucune légitimité et ils se sont suicidés : France, Italie, Espagne et quelques autres.

    En France en particulier les dirigeants ont accompagné leur suicide d’un puissant venin : la peur de l’autre. Étant incapables d’assumer la situation, nos dirigeants ont délibérément dressé les citoyens les uns contre les autres, en désignant l’autre, c’est-à-dire tous les autres comme le danger, l’ennemi. Et c’est 1 000 fois plus dangereux que le virus lui-même.

    C’est comme une déformation de la réalité à travers un prisme uniquement braqué contre l’humain. On dirait que l’individu devient son propre ennemi, que le collectif est à éviter, que l’homme cherche à éviter l’homme. A nouveau le loup est entré dans la bergerie, il faut mettre de la distance entre les gens comme au temps de la peste et du choléra. Eux ils se sont suicidés mais nous on aura beaucoup de mal à s’en remettre.

    Michel Costadau

  • Nomage

    Nomage

    Sujet délicat s’il en est, surtout pour un homme : les violences conjugales. Heureusement je ne vais pas rajouter mon grain de sel à la médiatisation récente et surtout actuelle, mais seulement évoquer quelques termes de langage. Je trouve que féminicide n’est pas très bien choisi.

    D’abord parce que donner un nom au seul résultat d’un acte c’est le séparer du cheminement qui a conduit à celui-ci. Par exemple, assassin ne laisse aucune place à légitime défense et drogué laisse peu de place à mal-être. Et donc féminicide ne désigne que ceux qui tuent leur conjoint, laissant de côté toutes les violences et les pressions que peuvent subir des femmes et quelques rares hommes. Clairement les violenteurs ne sont pas tous des féminicides mais sont pourtant la majorité des cas. Qui plus est la violence faite aux femmes est systémique, structurelle si vous préférez et pas seulement conjoncturelle.

    Ensuite parce que le nommage, vilain terme qui consiste à donner un nom aux choses, permet de créer une catégorie sur laquelle on va faire porter tout le poids de l’acte. Or il y a en général une chaîne de causalité, dans laquelle d’autres individus et des rouages de la société sont impliqués, l’acteur final n’étant que le dernier relais d’une longue course. Mais nommer seulement celui-ci permet, entre autre, de canaliser la vindicte bien pensante sur une catégorie précise qui va seule subir les effets de la justice. C’est un peu « pas vu pas pris ». Tant qu’il n’y a pas décès on peut continuer. On voit là tout le rôle trouble des politiques qui, plutôt que de s’attaquer aux causes, se contentent de fabriquer des boucs émissaires qui font alors l’objet d’un suivi Insee, permettant de noter les progrès.

    C’est une banalité de dire que notre société est sexiste, paternaliste et violente. Il ne s’agit pas d’excuser des actes inadmissibles, ce qui revient à les encourager, mais d’en comprendre la genèse afin d’en éliminer les causes. Assurément ceux qui frappent leurs femmes ou les femmes sont des personnes faibles qui trouvent mal leur place dans la société. Le rôle de l’homme est plutôt protecteur et pourvoyeur comme disent les Inuits. Seulement ce statut de protecteur n’est possible que si la société le lui reconnaît concrètement. C’est-à-dire qu’elle accepte et promeut des individus conscients, responsables et autonomes. Ça fait longtemps que ce n’est plus le cas.

    Et voilà que cet épisode du virus détruit un peu plus cette nécessité en ramenant l’individu au rôle unique de malade et de victime. On l’a vu, ce n’est pas en faisant continuellement des annonces truffées de pseudos-décisions que l’on peut rendre les citoyens conscients, responsables et autonomes. On a l’impression, chez nous, que la population est un obstacle à l’application des mesures prises pour son bien. C’est comme avec les enfants. Il faut donc contraindre les gens à respecter des mesures car ils ne comprennent rien et font tout de travers. Et du coup, les nommages ont fait florès : gestes barrières, distanciation sociale, immunisation collective dont aucun ne concerne l’origine du mal, mais qui tous sont quantitatifs. C’est pas eux qui vont arrêter l’épidémie ni les violences conjugales.

    Michel Costadau

  • Le masque et la plume

    Le masque et la plume

    Est-ce que les enfants vont bientôt naitre avec un masque sur le nez ? Non bien sûr, car tout cela prend du temps et il en a fallu aussi pour que nos nageoires se transforment en mains. Néanmoins la question du masque est sur le tapis. Quand, comment, où, voila de bonnes questions.

    Pour commencer quelques principes :

    1 – Un masque a trois fonctions :

    – d’abord éviter, si vous être contaminé, de répandre vos virus dans l’atmosphère. Le masque opère un circuit fermé, vous respirez alors vos virus en autoconsommation,

    – ensuite éviter, si vous rencontrez des gens contaminés sans masques, de respirer leurs virus,

    – enfin nous laisserons de côté la fonction esthétique du masque car elle est sujette à caution.

    2 – Le masque est un objet à usage unique, il est neuf quand on le prend et jeté après usage. La raison principale pour le jeter est qu’il est peut-être porteur de quelques virus, c’est pour ça qu’on l’a mis, mais aussi qu’il s’est chargé au cours de son utilisation de nos propres microbes qui ne demandent qu’à se développer dans l’atmosphère chaude et humide de la respiration. De même, utiliser un mouchoir, lavable ou pas, que l’on remet dans sa poche après usage et avant l’usage suivant est une hérésie sanitaire. Donc le masque est à usage unique et jetable.

    3 – La durée de son usage ne doit pas dépasser 1 à 2 heures. En effet le but est de le porter en continu et un masque sur les cheveux ou sur le cou ne sert à rien même pour 10 secondes.

    Bon, avec ces principes voyons quelques situations.

    4 – D’abord les sorties classiques en magasin, officines, transports, restaurants ou bureaux : par exemple les courses, le coiffeur, le médecin, la pharmacie, la banque, le café, la gendarmerie, le métro, le bus. Le fonctionnement est alors simple : vous prenez un masque dans le distributeur à l’entrée et vous le jetez dans la poubelle ad hoc en sortant. Je suis étonné qu’il n’y ait pas encore de distributeur de masques à l’entrée des super, dans les transports et dans tous les magasins qui rouvrent. Remarque : ne portez pas de masque chez le dentiste ça peut le gêner dans son travail.

    5 – Ensuite chez soi, dans son véhicule ou dans son jardin : là pas besoin de masque. La rencontre occasionnelle de quelqu’un, un visiteur comme le facteur par exemple, un promeneur, un livreur nécessite seulement de rester à portée de voix. Pour rappel, pas de masque dans son lit, ni sous la douche, ni pendant le repas, ni dans la piscine, ni en fumant. Je rappelle aussi qu’il ne faut jamais ramener chez soi un masque dont on s’est servi à l’extérieur. Il convient de le jeter avant. Bien entendu, si vous organisez des réunions, des rencontres ou des parties de cartes, vous pouvez avoir en réserve une cartouche de masques à distribuer. Autre rappel : pour la pétanque pas besoin de masques.

    6 – Maintenant au boulot. Deux cas possibles :

    – soit vous travaillez dans un environnement collectif constant ou variable et le masque devient complètement insuffisant. La mesure nécessaire est alors le test de tout le personnel au moins deux fois par semaine. Evidemment les positifs rentrent chez eux et se surveillent, les autres peuvent travailler.

    – soit vous êtes en environnement limité en nombre et complètement constant. Là on peut envisager de travailler en respectant la distance de portée de voix et un masque quotidien pour les besoin de se rapprocher d’un collègue peuvent suffire.

    7 – Enfin il reste l’école. Les enfants semblent peu sensibles au virus mais sont d’excellents porteurs. Du coup l’école est un énorme lieu de brassage et de rencontre des enfants et aussi des enseignants. Bien sûr il est inenvisageable de faire porter des masques aux enfants et il semble difficile de protéger les enseignants et les parents qui vont récupérer leurs enfants après une journée en contact avec leurs camarades et vont être possiblement infectés après ce brassage. Un dépistage quotidien de tous les parents et des éducateurs doit être mis en place mais ça revient à dépister une bonne partie de la population. Tant que cela ne sera pas possible il me paraît préférable de ne pas rouvrir les écoles.

    Bien entendu tout cela n’est valable que jusqu’à la disparition du virus, qui devrait normalement intervenir au mois de juin.

    Michel Costadau

  • Le discours

    Le discours

    Françaises, Français,

    Ce n’est pas seulement en tant que président de la République que je m’adresse à vous, mais aussi en tant que citoyen de notre pays touché par une longue épreuve sanitaire.

    Avant tout je voudrais rendre hommage à toutes les victimes de cette maladie, en particulier les anciens des maisons de retraite, que nous n’avons pas réussi à sauver et qui n’ont pu recevoir l’affection de leurs proches avant de partir.

    Ensuite, afin d’éviter tout malentendu, je vous annonce que je ne me présenterai pas à la prochaine élection présidentielle. En effet je me rends compte qu’il est impossible de concilier le rôle de candidat qui cherche des voix par tous les moyens et promesses possibles et le rôle de protecteur qu’attendent de ma fonction tous les Français. Je ne suis donc plus en campagne électorale et cherche seulement à m’occuper comme il convient des troubles que nous vivons et à réparer les dégâts que provoque ce virus dans notre société. Je compte consacrer les deux ans qui viennent à relever notre pays et à aider les citoyens.

    Afin d’apaiser les esprits je demande au gouvernement de supprimer toutes les demandes de dérogations de déplacement qui ont fait la preuve de leur inutilité ainsi que de leur aspect anxiogène et liberticide. Toutes les amendes indument perçues seront donc remboursées et les peines prononcées annulées. Ces mesures ont été une grave erreur et ont pu rappeler à certains de mauvais jours que nous étions censés ne plus connaître.

    En conséquence les forces de police, de gendarmerie, militaires ou miliciennes seront entièrement à votre disposition pour vous aider dans les difficultés que nous rencontrons. Quel que soit le problème que vous avez, adressez vous aux gendarmeries, aux polices municipales ou nationales pour demander des conseils sur la marche à suivre. Ils vous conseilleront du mieux qu’ils peuvent.

    Je comprends aussi que vous puissiez vous étonner qu’au gouvernement ce soient ceux-là mêmes qui ont œuvré à la réduction du service public qui aujourd’hui doivent faire preuve de solidarité et se préoccuper de sauver des vies. Certes ce n’est pas crédible, c’est pourquoi je dois veiller à ce qu’ils prennent les meilleures décisions dans votre intérêt et non dans celui de leurs habituels donneurs d’ordre.

    Je propose aussi au gouvernement de rouvrir immédiatement tous les commerces, les entreprises, les lieux publics, y compris les plages et les montagnes bien maladroitement surveillées. Pour les écoles, les collèges et les lycées, je demande que la plus extrême prudence soit observée tant du coté des élèves que des enseignants et des parents.

    Je ne saurais terminer sans vous dire que, comme vous, j’ai constaté que de nombreux pays ou régions se débrouillaient mieux que nous. Je saurai prendre cela en compte afin de tirer des enseignements de leurs méthodes et de leurs modes de fonctionnement. Enfin je me rends compte que je ne vous connais pas du tout et je me réjouis que beaucoup d’entre vous aient mis en place des solutions familiales ou tribales. Là encore nous devons tirer les leçons de cet épisode et nous donner un meilleur avenir. Tous ensemble.

    Michel Costadau

  • L’achat

    L’achat

    Il est d’une totale immobilité, sauf la queue. Elle décrit de lentes contorsions comme une branche qui se courbe dans un sens puis d’un autre sous le vent. Avec de temps en temps une saccade de coups de fouets qui zèbrent l’air avec le bout de sa queue. Aussi instantanément qu’il s’est figé, il se remet soudain à marcher de son allure nonchalante et coulée. Il lève bien haut les pattes pour enjamber la maigre végétation. Il n’a rien attrapé bien qu’il ait sauté d’un bloc, toutes griffes dehors sur la possible présence d’un petit rongeur lui-même tremblant de peur sous deux petites herbes dans la hantise de se faire découvrir, ce qui en fait était presque le cas.

    Mais rien n’indique dans sa démarche qu’il ait loupé sa proie et c’est d’un pas hyper-tranquille, presque méprisant, qu’il poursuit son chemin. Le seul signe avait été ces brusques secousses agacées de la queue. Là oui il n’était pas content mais sans faire le moindre mouvement avec son corps, les pattes encore posées sur l’endroit ciblé, espérant peut-être comme un joueur de poker qu’il l’avait bien attrapée et qu’il suffisait, comme quand on retourne la carte, qu’il se relève pour la voir.

    Je suis certain qu’il adoptait son allure désinvolte, malgré son échec, parce qu’il m’avait vu. Ou plutôt senti, car il n’a jamais tourné la tête. C’est-à-dire qu’il avait compris, sans la moindre démonstration, que je le regardais, que j’avais observé son saut et son immobilité sauf la queue. Alors pour bien me montrer son mépris des voyeurs, non seulement il ne me regardait pas, mais même il m’ignorait complètement, comme si j’étais un arbre du décor.

    Pourtant, d’habitude, quand il me voit, il vient me chercher avec son bruit de crécelle pour m’emmener à son assiette, pas toujours vide d’ailleurs puisque c’est un reflexe et que je suis définitivement associé à sa gamelle. Bien sûr il ne vient pas tous les jours, parfois même pas d’une semaine, mais quand il est là, c’est quatre fois par jour qu’il appelle quand il me voit. Ou plutôt entend, car dès que je sors par une porte ou l’autre il arrive soudain et réclame sa pitance. À ces moments-là je lui parle. En général je lui dis « oui on arrive », passe devant j’arrive ? Quelquefois c’est « oui mais tu viens de finir », tu as encore faim, c’est pas possible, je suis sûr que ton assiette n’est pas vide. Et de temps en temps c’est « non » et là c’est dur, il s’arrête, s’assied, ne me regarde pas bien sûr, mais marque le coup. Qu’à cela ne tienne, deux heures après il recommence.

    Pourtant il est assez partageur et nous amène devant la porte de l’écurie, un demi-lapin, ou un demi-rat, toujours l’arrière rien que pour nous. C’est gentil.

    Quand il est là, entre deux repas il dort. En fait il dort presque tout le temps. Quelquefois pour faire cinquante mètres, il s’arrête trois fois s’allonge complètement sur le côté, voire sur le dos ou se cale dans l’angle d’un mur avec le sol et pique un petit roupillon la tête posée sur une patte ou même les pattes en l’air. Dormir est un bien grand mot puisque même étalé, immobile, les yeux fermés il me voit et si je m’approche il est déjà debout en réclamant son dû.

    Notre chat s’appelle picasso, c’est un artiste.

    Michel Costadau