Blog

  • Impérialisme

    Impérialisme

    L’objectif de ce texte est de montrer que l’attentat contre Charlie hebdo n’est pas une attaque contre la liberté d’expression ou contre la démocratie en France ou pour imposer en France une religion.

    Et que par conséquent tous les gens qui ont défilé dans les rues pour défendre cela se sont fait manipulé dans les grandes largeurs par notre gouvernement.

    On y apprendra aussi certaines réalités de notre monde dit moderne.

     

    J’ajoute que ces réflexions, que certains prendront mal, c’est leur droit, n’ont pas pour but de convaincre une majorité de personnes mais seulement de donner quelques éléments à ceux qui intuitent déjà que ce qui se passe dans le monde a peu de rapport avec les informations qui circulent dans les médias.

     

    C’est en début d’après midi du 7 janvier que j’ai appris, par mon voisin, que Charlie Hebdo avait été attaqué. Un passage sur internet me l’a confirmé!. Puis une réaction de Sarkozy « c’est la démocratie française qui est attaquée » m’a fait bondir et j’ai donc envoyé un premier mail à 15h30 à une vingtaine de copains disant « Non ce n’est pas la démocratie française qui est attaquée c’est l’impérialisme français… ». Presque tous m’ont répondu « mais non Michel ».

    Alors a commencé une période noire de manipulations politiques qui me révoltaient alors que j’essayais de réfléchir car je sentais qu’il y avait un truc mais je me sentais complètement isolé à faire une analyse à 180° de ce que je voyais autour de moi.

    Heureusement un de mes copains a réagi en me disant que tout le monde n’était pas en train de hurler avec les loups (mais presque quand même) et j’ai pu me rassurer un peu.

    Aujourd’hui 26 janvier je commence à pouvoir mettre quelques mots sur le papier.

     

    Ma conviction c’est que l’attentat contre Charlie hebdo fait partie de la résistance que manifestent certains peuples devant la guerre que leur livrent les pays dits occidentaux. Parmi ces mouvements de résistance il y en a qui mènent une lutte armée chez eux et il y en a qui préconisent de porter aussi la lutte chez nous. Ces mouvements de résistances (pendant la guerre de 45 les résistants français étaient des terroristes (vu de Berlin), idem pour le FLN…) ont lieu pour une bonne partie dans des pays dits musulmans. La religion est donc amenée à y jouer un grand rôle essentiellement parce que c’est un élément unificateur, comme un ciment qui crée une notion de communauté (comme, on y reviendra, pendant les croisades).

    Pour dire les choses encore plus simplement il y a des gens, par exemple au Moyen Orient, qui ne sont pas très contents qu’on leur pique leur pétrole, qu’on envoie des bombes sur leurs enfants, qu’on les prive de liberté et qu’en plus on se moque grassement de leur croyance et de leur misère dans des gazettes européennes pour jeunes bourgeois. C’est sur ce terreau que poussent les réseaux de résistance qui viennent jusque chez nous.

     

    Voila, bon maintenant il faut un peu argumenter cette opinion. Ca ne va pas être facile.

     

    Donc on repart du début : est ce la démocratie française qui a été attaquée? A vrai dire je ne vois pas qui la démocratie française gêne, en France je veux dire. Je ne sais pas trop ce qu’est la démocratie française mais disons que ça peut ressembler à toutes nos institutions qui font qu’on a des élus (plus ou moins représentatifs) qui « maintiennent » des services publics (certes de moins en moins publics). Bien sur il est question de 6me république et de tout un tas de trucs qui ne marchent pas même que c’est vraiment une honte (et qu’il vaudrait mieux parler de pseudo démocratie), mais je n’ai rien entendu de cela lors des évènements du 7 janvier. Si donc en France la démocratie Française ne gêne réellement personne, hélas ce n’est pas le cas hors de France.

     

    Parce que hors de France, la démocratie Française elle cartonne pas mal. D’abord et avant tout en Afrique en collaborant avec des dictatures (on dit aussi parti unique ou dirigeant à vie), en les installant, les finançant et les maintenant par la force  dans le seul but de servir les intérêts des firmes dites hexagonales (pétrole, bois, agrumes….) et qui sont surtout des multinationales mais à nous. Attention la France cartonne en Afrique mais aussi au Moyen Orient et dans une partie du Sud est asiatique.

    Bien sur la France n’est pas seule à cartonner, le fer de lance de ce combat étant les US, suivi par presque tous les pays dit développés. En fait tous ces pays occidentaux (Australie compris malgré la géographie) sont sous la coupe idéologique des US qui sont non seulement les plus forts militairement et de beaucoup, mais aussi les générateurs de la pensée impérialiste.

    Vous allez me dire que j’exagère, que les US sont le pays  de la liberté d’entreprendre, du contre pouvoir de la presse… Non je n’exagère pas, pour vous en convaincre il suffit de lister quelques éléments de cette politique : l’impuissance de l’ONU (Palestine, famines, presque 100 conflits armés sur terre……), les grandes oreilles, les drones, la ségrégation, la NSA, l’OTAN, le TAFTA, le FMI, la Troïka, les tribunaux internationaux, la mascarade de la lutte contre le réchauffement, la dénucléarisation….et la torture ordinaire. Tout cela n’est que la partie émergée de l’iceberg impérialiste.

    Réfléchissez (un peu plus de 30 secondes si possible) à ce que veut vraiment dire le fait que sur terre les capitaux circulent totalement librement alors que les trois quarts des êtres humains n’ont pas cette liberté. C’est surement ça la civilisation???

     

    L’impérialisme c’est trois choses le pouvoir absolu de l’argent (bien au dessus des lois), la fuite en avant (toujours plus d’activités, le problèmes se résoudront d’eux même), la guerre pour protéger le pouvoir d’une minorité (les riches) et faire que ça continue (CQFD).

     

    Evidemment il faut un sésame pour tout ça et ça s’appelle la démocratie, qui est actuellement le meilleur moyen connu pour accroitre le pouvoir des riches et le développement de l’argent dans un pays. En effet les US et l’Europe ont le monopole pour la détermination de ce qui est démocratique ou pas. Si un pays est jugé pas démocratique (ou trop démocratique, cf. le Chili de 1973) alors pan la guerre (souvent par milices interposées qu’il suffit d’armer). Et ça marche.

    Quand je dis que les US sont actuellement les leaders de l’impérialisme, c’est qu’avant on avait une autre méthode, certes moins démocratique, mais encore plus efficace c’était le colonialisme. Et là c’est la France et l’Angleterre qui étaient les leaders.

    Là il faut que je vous parle des (soi-disant) bienfaits de la colonisation qui pour avoir été durables (pas au sens de Davos) ne sont guère valorisés par les populations locales. Oui car, c’est une surprise, il y a des populations locales dans toutes nos (anciennes) possessions coloniales. Vous allez me dire que je m’éloigne du sujet puisqu’on est parti de Charlie Hebdo et qu’on est à la décolonisation. Eh bien justement il y a un lien.

    Et ce lien c’est la guerre que mène notre pays, ou plutôt les guerres que nous livrons au Mali, en Centre-Afrique, au Tchad, au Nigéria, mais aussi en Afghanistan , en Iraq, en Syrie et j’en oublie beaucoup, à toutes ces armes que nous vendons à des pays ou à des groupuscules et à ces embargos que nous mettons sur certains.

    Ces guerres sont exactement, comme on a su le faire il y a presque mille ans, des croisades dont le but est d’abord d’enrichir les croisés mais aussi avec des habillages plus seyants comme rétablir la démocratie (on dit aussi la protection de la propriété, la liberté de commercer ou même la vraie religion…), permettre le développement économique qui n’est qu’un blanc seing aux investissements étrangers : mines, arachides, pétrole….

    Et donc ces populations locales eh bien elles renâclent (c’est triste quand même parce qu’on on leur a tout appris à ces gens là il ne faut pas l’oublier!!), c’est à dire qu’elles préféreraient que plutôt de tout leur piquer on partage un peu.

     

    En fait, ces pays, sont encore dans une démarche de décolonisation. Quand je dis ces pays c’est plus de la moitié du monde.

    Pour illustrer ça il me semble que ce qu’on a appelé récemment le printemps arabe est simplement une nouvelle étape de décolonisation. Vous allez me dire qu’il n’y en a pas eu partout par exemple en Algérie. Eh bien si justement mais, en Algérie, c’était la victoire du FIS que Chirac et Pasqua ont annulée ou interdite enfin un truc qu’on peut se permettre quand on est un pays impérialiste patenté.

    Mais quand même tous ces pays résistent et cherchent à mettre en place des régimes plus autonomes et défenseurs de leurs intérêts. Le problème c’est que l’occident n’autorise pas toutes les solutions possibles (ça s’appelle les affaires étrangères) et que l’ont se trouve avec des régimes hybrides ou carrément fantoches, un peu partisans de l’occident et un peu défenseurs de leur identités mais tous nés de cette phase de décolonisation.

     

    La décolonisation c’est tout simplement d’essayer de remplacer les valeurs de l’occupant par les siennes propres.

     

    Je vois déjà les doigts se lever en disant mais ces régimes ne respectent pas les droits de l’homme, en particulier celui des femmes. C’est tout à fait vrai. Ca l’est surtout si l’on parle de nos droits de l’homme actuel avec 200 ans de république mais ce n’est pas le stade de développement où en sont ces pays. Eux (hélas pour beaucoup avec note aide) ils sont en retard, c’est à dire presqu’encore à notre moyen âge qui est cependant leur âge actuel. Ce décalage doit-il être respecté ou au contraire ignoré. C’est une question mais pour moi il est clair qu’il doit être respecté car c’est seulement de l’évolution par elle même des mentalités d’une population que de nouvelles règles et de nouvelles institutions bénéfiques pour la population peuvent naitre. D’ailleurs c’est comme ça que nous avons fait en France et pour ceux que ça chiffonnent il ne faudrait pas non plus que nous nous prenions pour des modèles de liberté, d’égalité et de fraternité. Ca fait combien de temps que les femmes votent chez nous? Alors un peu de calme ou je vous ressort les photos de religieuses de 1950 avec de cornettes d’un mètre de long pour… euh pour, eh bien vous voyez on sait même plus pour quoi.

     

    Mais la décolonisation, sans passage sous la coupe impérialiste, ça ne plait pas aux grandes puissances (c’est le nom (à double sens) que l’on donne aux leaders de l’impérialisme). Alors on va faire la guerre chez eux, essentiellement pour créer le plus grand désordre possible de façon à ce que nos vaillantes multinationales puissent continuer à prospérer, et aussi avec un habillage démocratique en mettant en place des collaborateurs locaux (pendant la guerre de 45 on disait collabos) chargé d’occuper le devant de la scène. Cette guerre de l’impérialisme contre la décolonisation dure depuis une cinquantaine d’année et en fait elle est maintenant mondiale. Amérique du Sud, Afrique, Asie du Sud est, Moyen Orient.

     

    Partout les populations qui souhaitaient s’émanciper (même un tout petit peu) sont combattues. Avec un beau cortège de bombardements, de victimes, de famine, de corruption, de mensonges, d’attentats et ……d’aide internationale non gouvernementale comme au temps des kermesses. Bref pour celui qui ouvre les yeux c’est la guerre partout (l’Europe n’a pas établi la paix elle a transféré la guerre à l’extérieur). Ca s’appelle la mondialisation.

    Mais attention cet état de guerre crée un fort ressentiment d’injustice et de révolte dans les pays et les populations concernées, en plus avec l’impunité des agresseurs (c’est le moins que l’on puisse dire). C’est pour ça que se sont développés des mouvements de résistance dans le monde entier. Dans le plus grand désordre certes avec quelques bonnes réussites mais aussi parfois avec des aspects beaucoup moins reluisants.

     

    Bref retenons deux choses

    -d’une part dans beaucoup de pays musulmans la revendication nationaliste (ou décolonialiste si vous préférez) a pris un contour politico-religieux, ce qui donne clairement un aspect moyenâgeux (mais pour eux c’est un progrès) à certaines luttes,

    -d’autre part il y a quand même des pays qui résistent en entier (pas seulement par des luttes internes contre un pouvoir collabo), ils sont peu nombreux, d’abord la Russie, ensuite l’Iran, quelque pays d’Amériques latines, et peut être un ou deux pays d’Afrique, voire depuis quelque jours la Grèce. Ceux là subissent de plein fouet la guerre impérialiste.

     

    Alors exit l’attaque de la démocratie française regardons maintenant la « mise en cause de la liberté d’expression ». Seulement kézaco la liberté d’expression. Est ce que dire dans la rue à un inconnu que vous croisez « je vous emmerde » c’est de la liberté d’expression, je crois que c’est plutôt de l’agression, peut être de la provocation et surement de la bêtise. Est ce que dire à des actionnaires « vous êtes vraiment payés à ne rien faire » c’est de la liberté d’expression oui assurément sauf  bien sur qu’on a rarement l’occasion de le faire. Ou alors par personne interposée ou dans des écrits que personne ne lit. La liberté d’expression demande d’abord d’avoir des convictions personnelles ou collectives et de pouvoir les exprimer publiquement ou en privé. Par conviction il faut entendre des opinions, des analyses et l’envie de les faire partager. Si l’on n’exprime pas des opinions alors on est dans la sphère des médias, du baratin et de la parlote et on ne peut plus se targuer de liberté d’expression.

    On en est donc à se demander est ce que Charlie hebdo était un journal d’opinion qui exprimait les convictions de ses auteurs. Certes certain des journalistes avaient des opinions (Cabu a été et était peut être encore antimilitariste), mais, pour moi, le journal ne représentait pas un courant d’opinion.

    D’ailleurs il revendiquait de se moquer de tout et par conséquent de ses propres convictions. Par exemple la différence entre Charlie hebdo et Médiapart est immense car ce dernier est un journal d’opinion et étaye clairement ses jugements par des dossiers et un travail de recherche et d’analyse assez poussé. De même le Canard enchainé a un réseau d’informateur, assez mystérieux certes, mais qui lui permet de sortir des infos assez décapante.

    Ce n’est pas le cas de Charlie Hebdo ou tout au moins ca fait très longtemps que ce n’est plus le cas (départ de Choron?). C’était plutôt devenu (arrivée de Val?) un journal anticonformiste, satyrique et provocateur avec un public de citadins qui aime à ne pas sentir de limite, peut être pour compenser une certaine absence de convictions justement.

    Au final et très clairement on ne peut pas dire qu’un courant d’opinion a été décimé par cet attentat. Je peux passer à coté de quelque chose mais si quelqu’un peut me dire quoi, je suis preneur. J’espère que personne n’essayera d’évoquer la liberté de la presse car du coté presse c’est franchement la désinformation qui est à l’œuvre chez nous.

    OK, mais être seulement dans la dérision n’est pas une raison pour se faire massacrer. Ca c’est sur et c’est pourquoi je dis que les raisons sont ailleurs. Alors prendre la défense de Charlie hebdo au nom de la liberté d’expression n’a pas beaucoup de sens et fait obstacle aux vraies raisons. Hélas pour comprendre le geste des agresseurs (et éventuellement éviter de nouvelles attaques) il aurait fallu un procès mais pour cela encore eut il fallut qu’ils soient pris vivants et jugés et condamnés. Mais la France préfère dire à leur place qu’il faut en penser. Ce n’est pas comme cela que l’on traite un très grave problème.

     

    En conclusion, tous ceux qui ont défilés après l’attentat se sont retrouvés défenseurs de l’impérialisme français. En particulier la manif du 11 a été une ovation pour que continuent les massacres dans les guerres que mène la France (ainsi que tous les impérialistes occidentaux). En fait tous les manifestants ont donc été piégés parce que croyant soutenir la liberté d’expression ils ont soutenus l’exploitation occidentale.

    Malheureusement quand je dis tous, je me trompe parce qu’il y en avait qui était bien venus pour ça. En effet il ne faut pas croire qu’en France tout le monde est pour la solidarité et la justice. En effet il y en a beaucoup qui sont pour l’inégalité et le maintien par la force de nos avantages et qui se plaisent à voir maltraités tous ceux qui revendiquent un tout petit peu de partage. Seulement les démocrates, légitimement indignés par l’attentat, étaient aussi à coté d’eux et par leur présence ont donné un blanc seing à l’oppression occidentale. C’était d’ailleurs le but recherché. Pauvre France.

    Michel Costadau

  • Gares

    Gares

    Comme prévu on revient donc vers la SNCF. Vous le savez notre société nationale a tout misé sur le TGV. Elle a même construit des gares super modernes pour ses rapides. Ces gares, en site propre, sont toutes à l’extérieur des agglomérations, quasiment en rase campagne. Elles permettent au TGV de  s’arrêter un temps minimum sans être obligé d’emprunter les voies avec beaucoup de zigzags menant en centre ville. Mais le résultat est problématique parce que dans beaucoup de villes il y a maintenant deux gares : la gare normale et la gare des TGV. Le souci c’est que du coup pour les correspondances c’est plus possible. Ou alors il faut change de gare pour changer de train !

    Bien sûr il y a des exceptions par exemple Bordeaux avec une unique gare normale qui est aussi terminus du TGV ou Toulouse où il n’y a pas de TGV et donc une seule gare.

    Bon ok il n’y a pas de correspondances mais quand même pourquoi je vous dis tout ça. Eh bien c’est simple : cette situation a un unique rationnel anti-service public.

    D’abord ça permet de donner une nouvelle place aux autos pour la liaison gare de TGV- destination finale. Par exemple la SNCF n’a pas peur de proposer pour le trajet Paris-Ganges : Paris Montpellier = TGV 3h26, Montpellier Ganges = voiture 46mn, total 4h12. En gros la SNCF fait croire que Paris Ganges en train c’est 4h12. Certes elle ne fait payer que la partie train mais clairement elle n’assure pas le service. C’est nul.

    Ensuite c’est cadeau pour la privatisation des trains. Les trains privés ne vont pas s’embêter à aller jusqu’à  Ganges, ils vont faire Paris-Montpellier. Le bénéfice pour l’usager est nul puisque ça existe déjà. Et, comme vous le savez, tous les lancements de nouveaux produits pour le sacrosaint PIB s’accompagnent d’efforts financiers du coté étatique. Là nous aurons donc une ristourne sur les péages pour utiliser les voies ferrées. La SNCF qui pendant le même temps va continuer à payer plein pot, va devenir moins rentable. Et l’argument pour vanter la privatisation est tout trouvé. C’est de l’arnaque.

    C’est aussi un cadeau empoisonné aux régions qui sont néanmoins consentantes. Les régions ont hérité des TER dont la rentabilité est faible, ce qui conduit, là aussi, à un recours à la route soit pour remplacer des trains par des bus, soit pour compléter le trajet. Il surgit alors une nouvelle dégradation du service, car dans les trains il est toujours possible de monter, mais un autocar ne prend que des passagers assis et donc refuse du monde quand il est plein ! A cela s’ajoute une vigoureuse politique de subventionnement des autocars qui du coup font concurrence au train. C’est minable.

    Enfin il y a le mystère des tarifs. Outre que globalement le train est devenu cher, il est difficile de savoir combien va vous coûter un voyage. On se croirait dans une compagnie aérienne. Tiens super-prix sur Morlaix. Mais qu’est ce que tu veux qu’on aille faire à Morlaix. Non moi ce que je veux c’est aller à Millau en espérant qu’il y a encore une gare. Millau c’est TER + autocar. Et je ne vous dis pas le souci quand vous changez de région. C’est pas beau.

    Alors bien sûr il reste la voiture, ce qui est exactement un gros problème pour l’environnement même électrique. Cherchez l’erreur.

    Michel Costadau

  • Mansuétude

    Mansuétude

    La mansuétude des pouvoirs publics est vraiment inégalable. Il y a quelques jours alors que des jeunes s’étaient assis sur un pont parisien pour se reposer de la chaleur, l’Etat a envoyé des policiers pour les rafraîchir avec des brumisateurs à main et ensuite les transporter à l’ombre. Une telle sollicitude a de quoi réconforter sur l’attention portée aux citoyens et doit nous ravir pour une utilisation si pertinente et démocratique de nos impôts.

    Tout aussi sympathique a été la fourniture, gratuitement, de petites bouteilles d’eau fraiches dans les trains arrêtés en plein soleil et en panne de climatisation. C’est une attention qui dénote un vrai esprit de service public, comme seule la SNCF sait le faire. On y reviendra la semaine prochaine. Evidemment ce serait encore mieux si la clim marchait et si les trains ne s’arrêtaient pas entre deux arrêts. Mais on ne peut pas avoir la privatisation et le service en même temps. Faut choisir, euh, quand on a le choix.

    Vous le voyez je blague, c’est pour détendre l’atmosphère qui est un peu plombée en ce moment.

    Mais là je vais être sérieux pour vous parler du RIP. On parle beaucoup du RIP en ce moment, comme d’une avancé démocratique. Malheureusement il n’en est rien. Il y a en effet une énorme barrière basée sur les pourcentages. Pour qu’un RIP soit non pas adopté, mais puisse seulement poursuive son parcours il faut que 10 % du corps électoral signe la demande. Ça parait peu 10 % mais c’est exactement le score qu’obtiennent nos politiques pour leur permettre d’être élus. Je vous refais le calcul une dernière fois : 50 % de votants, 20 % recueillis par les meilleurs soit 10 % du corps électoral.

    On demande donc au RIP pour être soumis au vote de la population le même score que peut faire le meilleur des candidats élu par la même population. En toute logique, avec 10 % de signatures le RIP devrait donc être directement adopté. Ou alors la barre des signatures devrait être à 10 % de 10 % soit 1 % du corps électoral. Or il se trouve que c’est exactement là le score actuel de la pétition sur le RIP. Et donc le référendum devrait être officiellement lancé maintenant. Evidemment il ne le sera pas parce que les politiques demandent 10 fois plus de signatures.

    Il y a quelques semaines nous évoquions déjà le double langage des politiques. Et l’actualité nous donne une nouvelle illustration de cette parole défaillante : c’est l’introduction du respect des mesures climatiques comme contrepartie dans les accords commerciaux. Nous atteignons là des sommets.

    L’autorisation de commercialisation de produits ne respectant aucunes règles sanitaires, biologiques ou environnementale est compensée par la participation non pas des producteurs mais des pays de production à des initiatives pour le climat. On croit rêver : c’est la prime au mensonge. Les pays n’ont jamais eu de parole et affublent leurs agissements du doux nom de développement durable, commerce des armes par exemple. Alors vouloir nous faire croire qu’ils vont vraiment faire quelque chose pour le climat c’est de la provocation. Soit les pays font réellement des actions visibles pour combattre le réchauffement et alors il est possible de discuter avec eux. Soit ils ne font rien et ce n’est pas la signature d’accords commerciaux qui va les inciter à faire quelque chose puisqu’ils ont obtenu l’accord sans rien faire. Mais la mansuétude des pouvoirs publics est sans égale.

    Michel Costadau

  • Renault

    Renault

    Aujourd’hui on regarde le ratage de l’affaire Renault. Oui, l’affaire Renault. Les politiques ont montré, une fois de plus, qu’ils étaient lamentables. Ça a commencé par la confusion entre Ghosn et Renault. Le gouvernement s’est focalisé sur Ghosn alors que c’est Renault qui était attaqué.

    Que s’est-il passé ?

    Voila que d’un coup, sans prévenir, Nissan lance une offensive contre Ghosn, le mettant dans l’incapacité de diriger ses 2 entreprises et l’Alliance. Le but de Nissan, en lançant ces accusations, était et est toujours de modifier le rapport de force entre Nissan et Renault. Seulement l’Etat français avait un compte à régler avec Ghosn. Souvenez-vous l’histoire des droit de vote double et l’achat en catastrophe par l’Etat d’actions Renault pour plus de 50M€. Ghosn voulait diminuer le pouvoir de l’Etat au conseil d’administration, ce qui aurait été un bonne chose, mais ça n’a pas marché.

    Du coup, quand Nissan a fait emprisonner Ghosn, nos politiques sont tombés dans le piège et ont chargé Carlos au lieu de le défendre, c’est-à-dire défendre Renault.

    Bien sûr en termes de com c’était du pain béni populiste de vilipender ce patron emblématique. Et les médias ont évidemment emboîté le pas. Mais hélas c’est vraiment n’importe quoi de faire croire qu’il y a des dirigeants honnêtes, altruistes et généreux qui touchent 3 smic. Non, non et non, ces gens-là ne font ça que pour l’argent et d’ailleurs ils rapportent gros aux actionnaires. Ghosn apporte chaque année 1Mrd€ à Paris. Il n’y a donc pas d’affaire Ghosn mais bien une affaire Renault. Et l’affaire Renault est sérieuse.

    Continuons l’explication. A cause de l’emprisonnement de Ghosn, les politiques ont été chercher un vieux dirigeant sur la fin pour être sûr de son obéissance. Et ce dirigeant, conseillé par les politiques je suppose, a plutôt joué la carte Nissan, alors que c’est l’ennemi, l’ennemi associé et partenaire certes, mais c’est souvent comme ça dans le business. On appelle ça une opération de rééquilibrage. Il est clair que Nissan préfèrerait ne pas avoir d’administrateurs Renault à son conseil. C’est comme si l’Etat français avait un droit de regard sur une société japonaise. Du coup l’initiative de Nissan a mis Renault dans une position affaiblie, ce qui était le but recherché.

    C’est à ce moment-là que les Agnelli ont proposé une fusion de Renault avec FCA qui aurait modifié, plutôt dans le bon sens pour Renault, le rapport de force entre Renault et Nissan. Le management de Renault, qui, en fait n’a pas son mot à dire, était d’ailleurs assez pour cette opération, qui aurait permis d’affronter les énormes besoins d’investissement de l’automobile dans les 5 ans qui viennent.

    Seulement nos ridicules politiques n’ont vu qu’une seule chose : la disparition de leur rôle d’actionnaire de référence au profit des Italiens. Ils ont donc louvoyé, ni oui ni non. La suite vous la connaissez, FCA a retiré son offre. Renault ne sait plus trop ou aller et Nissan est du coup en bonne position pour négocier le rééquilibrage ou la séparation, ce qui serait catastrophique pour Renault.

    Maintenant quelques  remarques :

    – l’Etat actionnaire ça n’a aucun sens, soit une entreprise est publique, soit elle est privée. Pareil pour les services. Alors regardez bien EDF ça va partir en live,

    – on ne peut pas mettre un bandit à la tête d’une entreprise et ensuite lui reprocher d’être un bandit. Ça ne tient pas debout, et bien sûr au lieu de défendre l’entreprise on accuse le bandit,

    – pour l’entreprise Renault, je ne suis pas un spécialiste, mais je la verrais bien rentrer dans le giron de WW. Ghosn a fait un coup magique avec Nissan et avec lui l’Alliance marchait et les Japonais l’ont apprécié. Mais les Japonais ont plutôt des associations entre eux et les Européens aussi. C’est culturel. Y a que l’Etat qui n’est pas à sa place dans ce puzzle.

    Michel Costadau

  • Langage

    Langage

    Vous le savez sûrement, le double langage est la règle de base de la classe politique. Par double langage j’entends dire quelque chose et faire le contraire. Soyons plus précis. En fait il y a deux niveaux de fonctionnement. D’une part le niveau médiatique et d’autre part le niveau opérationnel. Le niveau médiatique concerne l’essence, la source même du pouvoir gouvernemental. On peut dire que maintenant le pouvoir est entièrement médiatique puisque ni les diverses assemblées, ni les anciennes oppositions : syndicats, partis minoritaires, corporations, associations ne sont prises en compte.

    Seuls règnent les médias et les sondages. Les médias définissent le politiquement correct. Le pouvoir tient les médias, le pouvoir est les médias.

    Du coup vous comprenez pourquoi les GAFAM, les fake news et les hackers sont sur la sellette. Ils détiennent une partie non politique des médias.

    Alors au niveau médiatique ce qui compte c’est : -d’une part occuper l’espace par une suite ininterrompue d’annonces, de discours, de voyages, de rencontres, de conférences, d’évènements, de déclarations. C’est là que les médias sont indispensables en buvant, en copiant voire en suscitant cette agitation et -d’autre part aller toujours dans le sens du poil, ce qui consiste à dire seulement ce que les gens veulent entendre. Or, comme on vient de le dire, les gens sont sous la seule influence des médias et le discours devient un superbe exercice d’hypocrisie : lutter contre la précarité, l’immigration, le terrorisme, la drogue. Ou encore promouvoir l’emploi, la recherche, le sport, la place de la France et aussi réformer l’Etat, fluidifier les démarches, donner à chacun sa chance. Sans oublier protéger la population, limiter les excès du capitalisme, construire une Europe forte etc, etc. Vous noterez que tout cela ne recouvre aucun objectif précis et, surtout, que rien là dedans ne concerne ni ne gêne les riches et les puissants.

    Par contre il y a un autre niveau : celui de la conduite de l’Etat et de ses agents. Ce volet opérationnel se livre à une activité tout entière tournée vers le PIB et la sacro-sainte croissance mais en aucune manière à la satisfaction des engagements, des promesses, des discours diffusés plus haut. Or la croissance du PIB, par sa fuite en avant, est le rempart des puissants et de l’argent. C’est leur élixir. C’est à ce niveau-là que sont données et exécutées les mesures pour toujours arroser copieusement les copains, on dit aussi capitaines d’industrie, pour rédiger les circulaires de disparition de services et des fonctionnaires correspondants. Comprenez bien que ce n’est pas l’assemblée élue qui gouverne, c’est la brochette de sherpas du système qui forme le gouvernement. Et là tous les coups sont permis : signature d’accords commerciaux opaques et anti-français, réduction du nombre d’agents sans modifier les missions ce qui se traduit par une effritement de la qualité du service, et peu à peu par la disparition du service lui-même, à l’école, à la justice, à la santé. Je ne veux pas tomber dans le passéisme mais souvenez-vous qu’avant il y avait un dispensaire dans chaque quartier qui permettait à toutes les familles de consulter en cas de soucis ou tout simplement régulièrement. Cette notion d’hôpital de proximité a été balayée par les besoins des usines privées qui débitent de la prestation médicale de qualité souvent très moyenne.

    C’est ça le double langage : promesses creuses d’un coté et PIB de l’autre.

    Salut les gars. Courage.

    Michel Costadau

  • Les vaches

    Les vaches

    Je suis céréalier mais je vois aussi des vaches. Des bêtes de 800 kg au poil ras, café au lait. Et à ma grande surprise elles se mettent à faire des sauts sur place des quatre pattes, une fois en l’air jolie ruade et petit pliage des jambes avant. On croirait une figure de Saumur tellement c’est bien fait. En plus elles tortillent un peu en l’air, ce qui ne doit pas être dans le canon mais manifeste une belle exubérance. Tout simplement elles sont contentes de retrouver un nouveau paillage et un peu d’espace pour s’ébattre.

    Ma surprise vient de ce que 10 secondes avant je les considérais comme des bovins, c’est-à-dire des bêtes lentes, lourdes, ruminantes, seulement destinées à devenir du pot-au-feu ou au mieux du rôti.

    Cet assaut d’expression libre et de danse m’a donc interrogé et m’amène à me poser des questions sur le déclic de ma réaction.

    Le premier truc que j’ai senti c’est la jeunesse. Comment des vaches proches de l’abattoir pouvaient-elles avoir ces sautillements primesautiers sans être jeunes c’est-à-dire inconscientes du monde qui les entoure. J’avais oublié que les vaches ça commence aussi par être jeune. Mais qu’est-ce que font les vaches de leur jeunesse, à vrai dire je n’en sais rien. Il y a le veau et puis après la vache. En fait si, ça me revient : entre les eux il y a la génisse. Seulement je n’ai pas un très bon souvenir du foie de génisse qui, comme chacun sait, est le foie des vaches de réforme. D’ailleurs une grande partie de la viande dite bovine vient de vaches de réforme. Bien sûr il y a des exceptions, c’est fait pour ça.

    Le second truc c’est la force, parce que propulser presque une tonne à 1m de haut demande une belle énergie, en plus avec une certaine légèreté et agilité comme si c’était facile. Alors il y a le pis mais aussi le muscle. Des muscles partout qui se tendent et se relâchent à volonté, et la volonté de sauter y est presque comme un challenge. Je suis sûr qu’elles cherchent à aller le plus haut possible pour la compet, pour le prestige mais aussi pour le fun. Parce que c’est clair ça leur fait plaisir de sauter, de bondir, de gesticuler. Et elles sont même pas essoufflées.

    Ensuite j’ai ressenti un aspect collectif, non pas qu’elles jouent une composition mais elles sont ensemble et se regardent gambader avec une espèce d’émulation. Elles ne sautent pas en même temps mais plutôt à tour de rôle, ce qui ne les empêche pas en passant de donner un bon coup de tête à la voisine, gentiment. Presque elles paraissent contentes de ne pas être seules. Il y a certainement des affinités plus précise entre elles mais c’est assez difficile à observer. Un saut, un coup de tête, une petite accélération c’est ça le ballet qu’elles jouent.

    Alors je me suis redemandé à quoi servent les vaches. La réponse vient de l’agronomie : on a pas encore trouvé de meilleur moyen pour entretenir les prairies. Voilà les vaches c’est pas de la viande sur pieds, c’est l’aboutissement de la boucle du végétal.

    Rigolez pas ça aurait pu être nous.

    Michel Costadau

  • Girouettes

    Girouettes

    Voila encore un truc à dégonfler proprement : c’est la capacité des élus à appliquer un programme politique. Il n’y a que deux solutions.

    Soit les élus ont des convictions, des idées fortes auxquelles ils adhèrent et qu’ils défendent. Ces idées sont portées par un parti, leur parti, et c’est pour cela qu’ils sont élus.

    Soit il y a des étiquettes, des écuries, des casaques et les candidats choisissent celle qui leur donne le plus de chance d’être élu. Auquel cas ils changent de casquettes, c’est-à-dire de partis, au gré des circonstances et non seulement ils n’ont aucune conviction mais en plus ils se fichent éperdument de leurs engagements. Et c’est exactement ce que nous observons et même depuis longtemps. Si nous restons sur la période en cours, tout le monde a compris que LRM avait débauché la moitié des élus du PS et un tiers des élus de LR pour faire une soi-disant nouvelle majorité. Et tout le monde peut voir que LRM veut recommencer pour les municipales. Certes les municipales n’ont strictement aucune importance, en fait toutes les équipes municipales font exactement les mêmes choses, mais ça ne fait que renforcer ma démonstration.

    Or donc il est bon de rappeler que ce qui compte en politique ce sont les programmes et non les hommes. Je veux dire que les hommes ne sont que les porteurs plus ou moins brillants et efficaces du contenu du programme de leur mouvement ou de leur parti. Par principe les programmes ont été élaborés collectivement et représentent les aspirations grandes ou petites d’une partie de la population. C’est pour ça qu’il y a des partis, c’est pour ça qu’il y a des programmes.

    Hélas en pratique les programmes, aujourd’hui, ne sont plus qu’un assemblage de mesures, sans grande cohérence, censées attirer quelques électeurs. Néanmoins avec un programme on peut faire une politique. Ça reste vrai.

    Du coup, toujours en théorie, les élus devraient être les soldats d’un programme et devraient déployer leur énergie à le mettre en œuvre. Non ne riez pas, moi aussi je sais, bien évidemment, que nous sommes loin de cette vision idyllique. Parce que ça fait longtemps que élus se moquent des programmes comme de leurs premières chaussettes et que la politique n’est qu’une affaire de com et de pub.

    Pourtant les dérives de personnalisation sont, au moins depuis Napoléon Bonaparte, jugées définitivement néfastes et la primauté du programme s’est imposée comme le plus solide rempart de la démocratie. Chaque fois que des citoyens se sont réunis pour réfléchir à l’avenir de notre pays ils ont élaborés des programmes. Le XXe siècle a connu la réussite de beaucoup de ces phases constructives. Mais cette règle de base ne plaît pas aux puissants qui redoutent par-dessus tout d’avoir des comptes à rendre à qui que ce soit. Alors ils ont remis en selle le pouvoir personnel, le culte du guide qui loin des attentes citoyennes est constamment sous le feu des projecteurs, afin que tout le monde croie qu’il est la source et l’embouchure du fleuve qui irrigue le pays.

    On a déjà donné, on a déjà payé, alors s’il vous plaît dites-nous ce que vous voulez faire et faites-le ; et ne dites plus seulement qui vous aller mettre.

    Après peut-être on votera pour vous.

    Michel Costadau

  • Revenus

    Revenus

    Quelquefois les choses simples demandent beaucoup d’explications. Il en est ainsi pour les différences de salaires et d’une manière générales de revenus. Tout le monde pense que ce n’est qu’une question de chiffres. Celui qui gagne 2 000 gagne deux fois plus que celui qui gagne 1 000. Ça paraît simple mais ça ne l’est pas du tout. Disons clairement, pour mettre de l’ambiance, que celui qui gagne 10 000 est, tout simplement, au-dessus des lois.

    On explique.

    D’abord il y a des seuils. Le premier est à 1500. C’est la première marche pour ne pas être dans la misère et ce sont les aides compensatoires qui permettent de vivre. Le seuil suivant est à 3000. En dessous ce n’est pas facile et il y a encore des aides, mais ça permet de mener une vie moyenne. Le seuil suivant est à 5000. Là on entre dans la possibilité d’aller dans les magasins pour dépenser. Entre 5000 et 10000 il y a une zone où l’on commence à ne pas trop savoir quoi faire de l’argent.

    Voilà pour les seuils, mais il y a aussi, et c’est le plus important, le coût relatif.

    Le principe en est simple : le prix d’un produit n’est pas lié aux revenus de l’acheteur. Ce qui revient à dire que plus on gagne et moins les choses paraissent chères et la vie parait plus tranquille. Pour les petites sommes, comme un tube de sauce tomate, ça paraît non significatif, mais pour les plus gros achats ça devient hallucinant. C’est un question de pourcentage. Un vélo à 300 c’est 10 % pour celui qui gagne 3000 et 1 % pour celui qui gagne 30 000. Il s’agit bien sûr du même vélo mais 1 % c’est comme une virgule, c’est inexistant. On peut se tromper, ça n’aucune importance. On peut même recommencer presque autant de fois que l’on veut. Par contre 10 % c’est beaucoup dans le sens où ça entre en conflit avec d’autres besoins qu’il faut aussi satisfaire. Et bien sûr il est impossible de recommencer.

    Pour dire les choses encore plus crûment : la vie courante, nourriture, logement, loisirs et éducation sont une promenade pour les gros salaires et un combat permanent pour les petits revenus. Et je ne vous parle pas des loyers ou de l’acquisition de résidences. Là ça devient ségrégationniste. Avec 2 000 il paraît difficile d’avoir un loyer de 3 000. Et en plus vous ne seriez pas bien accueilli avec votre Dacia. Je blague.

    Alors quand je dis qu’à partir de 10 000 on est au-dessus des lois, c’est très simple. Un PV à 45 ou même à 100 ça ne compte pas. Le retrait de permis est en général celui du chauffeur et même si c’est votre permis, au pire il faut louer un chauffeur pendant quelques mois. Ce qui est important à comprendre c’est qu’à partir d’un certain niveau de revenus on a l’esprit libre, on a le droit de faire des bêtises, de se moquer des pauvres clampins qui essayent de garder la tête hors de l’eau, et même de leur marcher dessus.

    Voilà maintenant c’est plus simple, ce n’est pas qu’une question de chiffre. Et donc 3 000 ce n’est pas trois fois mille c’est six fois, et 10 000 ce n’est pas dix fois mille, c’est l’infini.

    Michel Costadau

  • Il était une fois l’autoroute

    Il était une fois l’autoroute

    Y a pas à dire c’était un beau projet, beaucoup trop onéreux certes, mais qui permettait de donner une nouvelle notoriété à Castres et, en secret, de prendre une petite revanche par rapport à Albi. C’est vrai qu’Albi était, déjà, reliée à Toulouse par une autoroute quasiment gratuite et en tous cas gratuite dans le Tarn. Certes cette autoroute n’était, en fait, que l’aménagement de la nationale mais on disait l’autoroute. Alors évidemment pour aller de Castres à Albi par autoroute il aurait fallu faire 120 km  au lieu des 40 km qui séparent les 2 villes mais quand on aime on ne compte pas

    C’était, donc, un beau un grand projet et il y en a sûrement encore certains qui se disent que finalement ça n’aurait peut-être pas été aussi catastrophique que ça, et que peut-être Castres ne serait pas, automatiquement, devenu une des cités dortoir du grand Toulouse, ou une zone industrielle de la grande banlieue toulousaine.

    Bien sûr tout le monde savait que pour des raisons économiques, ce projet n’était pas réalisable. D’ailleurs mettre un concessionnaire au début ça paraissait, même, une bonne idée. C’était une manière de dire que ça devait être rentable, puisqu’une société privée s’en occupait et le privé, comme chacun sait, c’est rentable par principe car il faut bien nourrir les actionnaires, sinon ils vont mettre leur argent ailleurs. Seulement après il a bien fallu parler de la subvention d’équilibre et de la caution solidaire des pouvoirs publics pour garantir au privé que ça serait rentable. C’est là que tout le monde a vu ce que ça coûterait aux collectivités et à l’Etat et ce pendant euh…. pendant longtemps. A vrai dire il y avait un cas favorable pour les calculs, c’était celui d’un accroissement inespéré, énorme, rapide et continu du trafic, pour atteindre des fréquentations comparables à celles du périphérique de Toulouse et à ses embouteillages. Au XXe siècle ç’aurait été, encore, possible mais au XXIe ça relevait du même obscurantisme que ceux qui au Moyen Age croyaient encore à la pierre philosophale, alors bien sûr personne n’a été dupe. C’est-à-dire que d’une part le trafic prévisible était assez faible et que d’autre part la progression du trafic n’était pas quelque chose de très crédible avec tous ces Grenelle de l’environnement  et ce grandissant souci de durabilité dont parlaient les technocrates, et finalement ça faisait une addition tellement salée que même les plus optimistes faisaient semblant de se tromper sur les chiffres.

    En plus, sur le plan économique il y avait deux autres aspects assez embêtants, c’était d’une part que le Tarn devrait financer une autoroute à moitié en Haute-Garonne et d’autre part l’expérience cruelle du désistement de l’Etat dans l’aménagement de l’ancienne mine dite  La Découverte.

    Pour la Haute-Garonne le problème était simple : ils étaient contre le projet et donc s’interdisaient d’y mettre le moindre denier. L’hypocrisie était que dans l’esprit de tout le monde, Toulouse était le principal bénéficiaire du projet mais espérait que les Tarnais seraient assez « braves » pour le payer en entier.  Il était même question de racheter des routes à la Haute-Garonne pour pouvoir assurer la continuité du projet. Ce qui faisait que non seulement ça ne coûtait rien à la Haute-Garonne, mais en plus ça lui rapportait. Un comble.

    Pour la Découverte, l’expérience était cuisante et surtout onéreuse parce que sous couvert de décentralisation et d’autonomie locale l’Etat avait bel et bien abandonné ce projet avant d’avoir donné tout ce qu’il avait promis, et comme ce n’était pas des privés qui avaient le projet mais des collectivités publiques, tintin pour se faire payer, alors ça coûtait et je crois bien que ça coûte encore. Cet état de fait avait sérieusement émoussé la confiance des dites collectivités dans les projets réputés rentables à une certaine échéance, échéance qui correspondait au désengagement de l’Etat. Peut-être aurait-il fallu mettre une clause de rendez-vous pour vérifier que la rentabilité était effectivement arrivée, mais ce n’est pas ce genre de clause qui arrête l’Etat quand il ne veut plus payer.

    C’était aussi un projet qui était réputé donner du travail aux Castrais. A vrai dire on ne savait pas trop de quelle manière et du travail il y en avait déjà à Castres avec l’agro-alimentaire, les carrières et évidemment les laboratoires Fabre.

    La première idée était que, par exemple, les laboratoires Fabre construisent des unités à Toulouse, et que les Castrais pourraient utiliser l’autoroute pour aller travailler à Toulouse. Super oui mais si les investisseurs avait l’idée de construire à Castres où à Soual, alors il n’était plus nécessaire d’aller à Toulouse pour travailler et tout le monde y gagnait et surtout les Castrais.

    Alors il y avait eu une deuxième idée, c’est que non seulement les laboratoires Fabre mais aussi d’autres entreprises construisent des usine ou des bureaux à Castres et donc que les Castrais aient vraiment du travail et en plus à côté de chez eux. Seulement les Castrais ne sont pas fous et ils ont vite vu qu’avec une autoroute ce ne serait pas eux qui auraient du travail en plus mais les Toulousains et toute la banlieue est de Toulouse. Donc OK pour les bureaux mais sans l’autoroute.

    Il y avait quand même une troisième idée, c’était le site d’enfouissement des déchets toxiques. C’était un besoin énorme de la métropole toulousaine et l’autoroute aurait permis de sécuriser ces transports dangereux avec bien sûr une prime pour le concessionnaire. C’est vrai qu’à un moment Castres avait pu être considéré comme un cul-de-sac dans le sens ou, en venant de Toulouse, après Castres il y avait Mazamet et après Mazamet plus rien ou plutôt si, après Mazamet il y avait la montagne et ce n’était pas synonyme de civilisation donc c’était bon pour les déchets. Alors là les Castrais ont bien réagi, ils ont dit qu’ils étaient peut-être un cul-de-sac mais que ce n’était pas une raison pour que les autres les considèrent comme des demeurés et viennent faire leurs besoins chez eux, et donc cette idée n’était pas bonne mais alors pas du tout bonne.

    Là où le projet  mettait tout le monde mal à l’aise c’était par rapport à l’agriculture. L’agriculture c’était la vocation de tous les territoires traversés, car entre Castres et Toulouse il y avait le Lauragais, le nord du Lauragais certes mais le Lauragais quand même. Dans toutes les communes concernées les élus n’arrêtaient pas de proclamer leur vocation agricole pour ne pas dire leur dévotion agricole. Préserver les exploitations, ne pas morceler les parcelles, encourager les installations, fournir les imprimés des primes et subventions et de temps en temps convaincre les populations de la non-toxicité des produits employés. Bref hors l’agricole rien d’intéressant.

    Et donc ce tracé avec son couloir de 1000 ha pour les voies et les à ctés, la division de centaines de parcelles, la coupure de centaines de chemins et, comme un poison à diffusion lente, cette urbanisation galopante le long de la voie en commençant par les accès, ça faisait désordre, donc les élus ne pouvaient pas être pour, mais comme déjà ils ne pouvaient pas être contre et bien c’était une inflation de langue de bois comme on n’en avait jamais vu et pourtant on avait vraiment l’habitude dans le coin. Alors ça donnait du genre « de toute façon c’est déjà décidé en haut et on a plus rien à dire » ou « tout ce qu’ils veulent c’est qu’on se mette d’un côté ou de l’autre pour nous faire porter le chapeau » ou encore « mettre tout le monde d’accord sur un truc comme ça ce n’est pas possible » et aussi « ça fait 20 ans qu’on en parle alors tu sais on en pense plus rien ». Cette samba ne pouvait rien donner de très bon et c’est pour ça que l’Equipement avait carte blanche pour porter le projet, de façon à ce que les élus ne donnent pas l’impression d’être les auteurs du projet mais seulement des spectateurs qui du coup cherchaient seulement à aider leurs populations.

    Dans le registre agricole, il y avait quand même un aspect positif que le syndicat agricole avait tout de suite repéré, c’était la circulation des moissonneuses et autres gros engins. En effet, à partir du moment où on parlait d’autoroute à péage, ça voulait dire que subsistait partout, en double de l’autoroute,  une route nationale qui du coup aurait été peut-être moins encombrée et donc plus facile de circulation. Bien sûr il aurait fallu pour cela que le trafic local soit faible par rapport au trafic total ou, pour le dire différemment, que les gens qui avaient l’habitude de prendre la nationale prennent celle de prendre l’autoroute. Et là aussi l’argument a fait long feu parce que pour prendre l’autoroute en local  il faut avoir une entrée près de chez soi et une sortie près de là où on va. Et là, à moins de mettre des bretelles tous les 5 km y avait un gros gros problème.

    Il y avait aussi cette délicatesse de langage qui s’appelait  « deux fois deux voies ». Certains utilisaient ce vocable pour indiquer qu’il ne s’agissait pas d’une autoroute, encore moins à péage mais bien d’un aménagement de la route comme le prévoyait le plan d’aménagement du territoire, alors que d’autres utilisaient le même terme pour désigner le projet d’autoroute qui effectivement comportait deux fois deux voies, sans prononcer le mot parce qu’au final la vitesse n’était déjà plus très populaire. L’ambiguïté se doublait d’une contradiction économique insoluble. En effet si on disait deux fois deux voies en pensant autoroute alors on se voyait opposer la position inconfortable des pouvoirs publics obligés de payer une deuxième fois les travaux puisque le projet était concédé au privé, et si on disait deux fois 2 voies en pensant route on se faisait opposer que le plan ne prévoyait que certaine zones en deux fois deux voies mais pas le tracé entier. A cela s’ajoutait la hantise de devoir utiliser le terme d’autoroute en site propre, parce qu’alors on aurait eu peur de se faire opposer que ça aurait fait quatre fois deux voies au moins par endroit. Les Tarnais ne sont pas des Auvergnats mais quand même quatre voies dans un sens et quatre voies dans l’autre pour aller à Toulouse c’était dur à avaler et on se serait cru dans un feuilleton américain à la télé mais justement  ce qu’ils ont de bien ces feuilletons c’est qu’ils sont là-bas et pas ici.

    Voila un peu l’histoire et finalement, comme vous le savez, il s’est passé ce que tout le monde souhaitait sans oser le dire et même en disant que c’était ce que tout le monde redoutait le plus, c’est-à-dire l’abandon du projet autoroute au profit d’un aménagement des nationales en particulier pour améliorer la sécurité, parce que souvenez-vous le tout voiture on en parlait déjà de moins en moins et les usines ça se ferme mais les autoroutes il faut toujours payer.

    Michel Costadau

  • L’homme, la mouche et la bactérie

    L’homme, la mouche et la bactérie

    L’homme est un animal lent mais redoutable. Son avantage tient à la triple alliance : œil, cerveau, main. Ce triplet vient à bout de presque toutes les difficultés. Presque, parce que l’homme a un point faible c’est sa corpulence. Non seulement il est lourd, visible et relativement peu mobile, mais surtout il consomme une énergie catastrophique. Le prélèvement de cette énergie dans la nature mobilise une grande partie de son activité et provoque en plus un accroissement de la taille moyenne de l’espèce induisant ainsi une sorte de cercle vicieux. Autour de 1m de taille, l’homme avait beaucoup d’atouts et un besoin d’énergie soutenable. Aujourd’hui à presque 2m ça pose un gros problème.

    Parce que le vivant a essayé d’autres solutions. Par exemple la mouche. Là on est dans le léger, apte à marcher sur toutes les surfaces, dans toutes les positions. Du coup une taille et une masse dans un excellent rapport avec des besoins énergétiques faibles. L’avantage de la mouche provient aussi d’une triple alliance : mobilité, fécondation, reproduction. L’accouplement est ultra-rapide et la gestation si courte que la mouche est capable de peupler un coin favorable à toute vitesse, exploitant ainsi à fond toute opportunité qui se présente. Mais la mouche a aussi un point faible c’est qu’elle n’a aucune défense. Elle est donc une proie facile, au moins pour ceux qui sont plus rapides et qui aiment les mouches.

    Et il y a du vivant encore plus léger. Par exemple la bactérie. Là on est dans le mini et même l’invisible pour l’homme et la mouche. C’est entre le végétal et l’animal et on ne sait pas trop si ça mange, mais en tous cas ça ne manque pas de nourriture car ça prend tout. Son avantage est unique mais un peu spécial car la bactérie ne meurt pratiquement pas. Elles supporte aussi bien la congélation que la stérilisation. En termes de besoins énergétiques on est dans des doses infimes. En fait c’est un parasite qui a besoin d’autres organismes pour vivre, mais cette stratégie est quasiment imbattable, parce qu’en retour elle se rend indispensable. Du coup son point faible c’est qu’elle est dépendante.

    Alors bon est-ce que la question c’est : Qui va gagner ?  Non, justement, pas du tout, il n’est pas question de se battre.

    Certes oui la vie est un combat dans le sens où rien n’est facile et vivre demande des efforts. C’est le lot du vivant. Mais si la vie est un combat ce n’est pas la guerre. Je ne sais qui a inventé cette idée idiote du combat pour la vie, de la compétition et de la guerre. Des feignants surement, car c’est une solution de facilité et une voie de garage. La guerre c’est prendre par la force ce que d’autres ont fait. Certes c’est plus facile que de se baisser pour remuer la terre, mais c’est aussi complètement stérile.

    Parce que dans le triplet magique, il y a un terme que l’homme utilise peu c’est le cerveau, c’est-à-dire penser. Penser c’est mettre son esprit sur une colline et regarder pour chercher à comprendre. Regarder les hommes vivre, pas la télé bien sûr. Et le spectacle est saisissant et permet de découvrir combien l’homme ne pense pas encore à lui. Pourtant les avantages de l’homme sont d’ores et déjà imbattables. S’il perd c’est que lui-même aura organisé sa perte. En fait l’homme est son principal ennemi, ce qui n’est le cas ni des mouches ni des bactéries. L’idée c’est que la vie n’a pas qu’une seule forme et que tout ça forme un ensemble.

    Et ce n’est pas si difficile que ça à percevoir. Il suffit de regarder. Vous pouvez toujours essayer, ça ne coûte rien.

    Michel Costadau