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  • Agri 15

    Agri 15

    D’une manière générale la société a remplacé la réflexion par la consommation. Et le principal argument de vente c’est la facilité. Les voitures, par exemple sont devenues très simples à conduire, changeant de vitesse toute seule, se garant sans tourner le volant avec des bip bip dans tous les sens, y compris le remplacement du conducteur. Dans la maison les appareils de chauffage, les stores  tout se commande avec un bouton. Les stores ne sont pas plus solides ou durables mais ils n’y a plus aucun effort physique à faire. Ils montent tout seuls et quand te prend le réflexe de baisser le store à la main et ben c’est la cata, tu peux le changer et là commencent les ennuis. Car les objets sont maintenant en kit et ne se réparent pas.

    C’est le principe de base de la consommation. Un autre principe est le bling bling, j’entends par là des trucs très chers et qui ne servent à rien. Les voitures électrique en sont un super exemple avec comme gadget de pouvoir changer la couleur de la carrosserie.

    Aujourd’hui une voiture verte, demain une voiture bleue. Dis donc t’as changé de bagnole, eh non c’est moi qui met la couleur que je veux, une pour chaque jour de la semaine.

    Evidemment ils ne font pas ça sur l’entrée de gamme, que d’ailleurs la plus part des constructeurs ont supprimée, mais sur de grosses cylindrées, même si le terme est impropre, puisqu’il faudrait dire les gros watts.

    A vrai dire ceci s’explique par le changement de stratégie des constructeurs automobiles. Ils ne misent plus sur le nombre avec des économies d’échelle, mais sur la marge. Or cette marge, souvent proportionnelle, augmente généralement avec le prix du véhicule. D’où l’idée de faire des véhicules électriques de plus en plus chers. Le seul point positif c’est que ce changement de paradigme veut dire que le nombre d’autos n’augmente plus, enfin chez nous.

    Oui tout le marketing est orienté sur la facilité et le paraitre. La facilité c’est le téléphone et la clim et le paraitre c’est le chic vêtement, voiture, maison, bijoux tout ce qui se voit. Seulement ces deux pistes ont leurs revers de médaille. La facilité entraine l’inaction physique et mentale et le paraitre le superficiel et la frivolité. Certes le travail de bureau ne date pas d’aujourd’hui, mais les activités sédentaires et le presse-bouton ont amené une absence quasi totale d’activité physique dans les pays riches. Pour le mental j’y  reviendrai. Voila du coup que fleurissent les clubs de gym, le jogging avec ses dangers en particulier pour les femmes, la rando, le vélo d’appart. Avec là aussi des offres XXL, le trek asiatique  le surf pacifique, le trial australien, la plongée maldive. Sans résultats bien sûr puisque la société de la consommation  révèle ainsi le vice de forme de son algorithme : ne jamais s’attaquer à la source mais seulement aux effets. C’est peut être un principe homéopathique, mais en société ça ne marche pas.

    Et là nous rejoignons les effets mentaux de la facilité, car ne pas s’attaquer aux causes empêche de réfléchir. Oui les effets c’est simple, c’est ce que l’on voit, c’est même facile à voir qu’il y a beaucoup de gens en surpoids mais pour en soigner la cause aucun effort n’est fait car ça diminuerait la consommation.

    Clairement il est important, pour le business, que personne ne réfléchisse et tout est fait pour cela avec les médias, dans les entreprises, à l’école. Surprise cela affecte aussi la recherche. Je viens de lire ce matin que le nombre de publications scientifiques disruptives, c’est à dire qui amènent un saut qualitatif est continuellement en baisse. C’est fondamental puisque ça remet en cause la religion de la fuite en avant avec son idée que la société libérale trouvera toujours une solution à tous les problèmes.

    J’insiste beaucoup sur l’importance de la réflexion pour orienter les activités humaines. Notre avenir n’est pas dans la technologie, les découvertes, l’innovation, il  est dans notre tête, c’est à dire dans notre capacité à mettre trois idées en ordre pour maintenir du vivant sur terre, pour comprendre qu’il y a des asymptotes à la population humaine comme à celle des animaux et d’une manière générale à tout ce qui a besoin d’énergie pour vivre.

    Michel Costadau

  • Agri 14

    Agri 14

    Tant que nous leur laissons le champ libre évidemment. Remarquez « nous », c’est un peu difficile de dire qui c’est. En fait ça veut dire qu’il n’existe aucun contre pouvoir dans notre pays. Et donc « nous » c’est vraiment nous tous qui sommes les jouets du couvercle médiatique qui pèse sur nos têtes.

    Un contre pouvoir c’est une partie institutionnelle de la société qui arrive à s’opposer à l’exécutif. Exemple typique : la presse. La liberté de la presse est écrite dans les institutions. Cela lui permet, en théorie, de dire ce qu’elle pense des mesures gouvernementales. Je dis en théorie car la presse libre a déjà perdu la bataille de la médiatisation. 99% de l’audience est détenue par des supports aux mains de la finance. Le reste a une toute petite audience sans moyens. On peut donc dire que la presse est libre mais elle n’a aucune envie d’utiliser cette liberté car elle est inféodée au pouvoir. Il se confirme que ça fait longtemps qu’il n’y a plus de contre pouvoir chez nous. Le récent exemple des rafales de 49.3 en est une claire démonstration. Alors sans presse libre, sans opposition parlementaire, avec une infiltration des lobbies dans les moindres rouages de l’administration,  où est le contre pouvoir.

    Peut être voulez vous me dire qu’il y a les réseaux sociaux. Certes oui ça existe mais face book c’est Zuckenberg, twitter c’est Trump et instagram et whatapps c’est Meta. Il s’y échange surement des propos captivants mais ça reste aux mains de la finance. Et ça ne m’inspire qu’une confiance relative dans le pouvoir que ça a sur l’opinion. Ces réseaux ont du pouvoir sur les gens, utilisateurs ou pas, mais il n’y a aucun encouragement à permettre aux gens de penser, bien au contraire.

    Car il y a au moins deux manières de produire l’info : soit comme un clé en main indiquant ce qu’il faut penser de telle ou telle chose, soit comme un compte rendu plus ou moins détaillé d’une séquence de réalité.

    La première manière est utilisée par presque toutes les chaines de télévision, les journaux nationaux, la presse quotidienne régionale ainsi que par les hebdomadaires et leurs doubles numériques. La pratique est assez simple. Il s’agit de tout transformer en faits divers.

    D’abord il faut forcer sur le registre qui fait peur : vol, guerre, maladie, extorsion, accident, violence, assassinat. Ensuite il faut décrire les victimes comme pouvant être vous : une personne âgée, un petit commerçant, quelqu’un dans la rue ou se garant dans un parking, ça c’est excellent. Ou quelqu’un qui fait des ménages, bien sûr l’employé de banque ou la jeune intérimaire, la mère de famille est un top.

    Enfin il faut suggérer et non décrire. Deux hommes maqués ont pénétré chez Mme A pendant qu’elle regardait la tv. C’est la voisine qui a vu ces hommes et heureusement car Mme A ne s’est rendu compte de rien. Interrogée, la voisine n’a pu décrire les agresseurs –d’homme entre-aperçu on passe à agresseur– car il faisait presque nuit. L’enquête suit son cours.

    La deuxième manière est classée le plus souvent dans le complotisme car la réalité, qui est surtout une photo, a ceci de redoutable c’est qu’elle montre les gens au lieu de les évoquer. Ainsi mettre un élu en face de ses contradictions verbales par une succession d’enregistrements  ressort, pour lui, de la diffamation et l’action est assez vite disqualifiée par les médias dominants. Il reste donc le registre de la pensée ce qui a l’avantage de ne faire de mal à personne, mais est assez dur à avaler pour la majorité de la population dont la capacité de concentration est ajustée à un match de rugby mais ne peut aller jusqu’ à un match de base-ball.

    En combinant cela on arrive assez vite à ce que l’info pure ne soit pas très accrocheuse et que les gens préfèrent être alimentés de nouvelles prémâchées. N’oublions pas que contrairement à moi et à quelques autres courageux, les gens cherchent surtout à penser comme  tout le monde et non à avoir leurs  propres idées. Or rien de tel que la tv et les journaux pour diffuser ce que tout le monde pense. Il n’y a qu’à écouter, c’est plus facile que de penser.

    Michel Costadau

  • Agri 13

    Agri 13

    Troisièmement, le ou les chefs d’exploitations doivent être adhérents au syndicat majoritaire =  des miettes pour les membres de Confédération Paysanne, Coordination, Modef  et autres.

    C’est ça le modèle français qui a pour effets de diminuer le nombre de fermes, de concentrer l’écoulement de la production chez quelques grands opérateurs et de marginaliser les petites exploitations.

    En plus ce modèle prive d’accès au foncier les hors syndicat majoritaire. Or le foncier c’est-à-dire la terre c’est quand même l’outil de travail essentiel du paysan.  Certes il est possible d’avoir des immeubles d’élevage, des cultures hydroponiques avec des plants de tomates de 10m de long, mais je ne pense pas et je ne souhaite pas que l’on puisse appeler cela de l’agriculture.

    Cette contrainte sur le foncier amène beaucoup de jeunes à tenter le maraichage ou la volaille qui nécessitent moins de surface mais impose des circuits courts et beaucoup de main d’œuvre.

    C’est comme cela que le modèle laisse le champ libre aux productivistes pour faire des exploitations de plus en plus grosses. Les grosses exploitations, les gros négociants, les grosses coopératives, les gros industriels de la chimie c’est, aussi, comme cela que le fonctionnement de l’agriculture échappe aux paysans et aux citoyens pour entrer dans le giron du pouvoir politique lui même aux mains de l’argent.

    Et l’argent mène à l’argent et non à l’alimentation ou à la protection de la nature c’est-à-dire de notre espèce. Ainsi il est plus facile de comprendre pourquoi l’agriculture fait autant de pollution de l’eau, des plantes, des insectes et même de l’air. La logique mercantile n’a rien à faire de la protection du vivant, au contraire, la faune et la flore sont appelées nuisibles. La consommation agricole annuelle d’eau est effrayante de l’ordre de 5 milliard de m3, c’est-à-dire 500m3/par habitant, pas par foyer ou maisons non par habitant.

    Ce massacre de la vie sous toutes ses formes,  animale, végétale, microbienne est encouragé par les pouvoirs publics. C’est ainsi que nous nous tuons nous même dans un suicide collectif mondial. Ca me rappelle ces drôles de sectes suisses qui réunissaient leurs adeptes pour une fin finale assez spectaculaire puisque incluant des familles entières. Il est apparu clairement que ces gens là étaient sous emprise.

    Et nous aussi nous sommes sous emprise. C’est-à-dire que le processus qui conduit à la prise de décision  nous est complètement étranger. Nous avons un exemple explicite sous les yeux. Cette préfète mise à pieds sans sommation. L’emprise n’est pas dans le résultat, le corps préfectoral est une espèce de brigade ou de GIGN du gouvernement et s’en remettra très bien. Non l’emprise est dans la prise de décision. Comment l’information est elle remontée, par qui, avec quel message associé. Pourquoi fallait-il sévir. Comment et où ont été pesé le pour et le contre. Qui a pris la décision ou l’a fait prendre.

    Il est clair que ce cheminement n’appartient à aucun de nos pouvoirs législatif et judiciaire. L’exécutif étant théoriquement responsable devant les deux. Non là il est plutôt question de réseau, de relations associatives, de copinage. D’ailleurs, la déontologie essaye d’interdire qu’un ancien politique passe innocemment dans l’industrie ou même dans le conseil.  Mais au fait quelle en est la raison ?

    Si quelqu’un a des compétences pourquoi n’en ferait-il pas profiter une entreprise. Certes, mais le sésame qu’il amène c’est, principalement, les gens qu’il connait avec lesquels il a forgé des liens, qui lui sont peut être redevables de quelque chose. Et voilà où le bas blesse. L’activité d’un politique le met en situation de faire des annonces et quelques choix et donc de favoriser ou défavoriser un tel. Le ministère de l’agriculture est rempli de ce genre de décisions : autoriser une dérogation c’est répondre à la demande d’un industriel et de son lobby. Dans le monde de l’argent il n’y a rien de gratuit. Je t’aide, tu dois m’aider. Renvoi d’ascenseur ou juste retour des choses  le vocabulaire ne manque pas. Et pour nous amuser certains sont accusés de corruption de détournements de fonds publics ou au contraire d’avoir bénéficié d’argent occulte. Mais au fond rien ne change et les politiques ont envie et sont capables d’aller de plus en plus loin comme nous l’enseigne ce brave Mr Trump.

    Michel Costadau

  • Agri 12

    Agri 12

    Le cas de la terre est beaucoup plus critique. Tout le monde peut voir que le sol a une surface extrêmement limitée et que la partie cultivable n’en est qu’une faible partie. Et tout le monde peut voir aussi que tous les jours de la terre disparait sous divers chantiers. Les camions de béton se succèdent à la queue leu-leu et cela dans le monde entier.

    Pour la terre il n’y a pas de cycle et ce qui est détruit c’est à dire recouvert, l’est pout des millénaires, voire pour toujours. Il n’y pas de création de nouvelles terres, bien au contraire puisque une partie se désertifie et une autre passe sous la mer.

    La prise de conscience correspondante n’a pas vraiment eu lieu et le système continue à se moquer de cette artificialisation croissante. D’ailleurs la loi sur le sujet prévoit qu’il n‘y ait plus d’artificialisation nette….. en 2050.

    Comme vous le savez toutes les promesses politiques au delà de 5 ans ne sont absolument pas contraignantes pour les opérateurs en place. Elles sont juste faites pour contenter la partie ignare de la population parce qu’elle croit qu’il se passe quelque chose. Alors que dire de ce qui est promis pour dans 20 ou trente ans. Autant dire du vent.

    Cependant il est tout à fait possible de prévoir et de programmer des réalisations à l’horizon de 20 ans. Par exemple dans le spatial, dans la génétique ou dans l’aéronautique. Et comment ça marche alors. Eh bien il faut faire un compte à rebours. Si vous voulez telle chose dans 20 ans vous calculez ce qu’il vous faut avoir dans 19 ans, puis dans 18 ans et de proche en proche vous savez ce que vous avez à faire demain c’est à dire cette année. Or toutes les annonces politiques pour 20 ans ne disent absolument pas ce que ça signifie pour cette année. Aucun mécanisme de contrôle de l’avancement n’est mis en place. Alors que première étape est vraiment la plus importante.

    Le reflexe psychologique de dire que plus c’est lointain plus on a le temps joue son rôle pernicieux. Or c’est exactement le contraire qui se passe puisque plus c’est lointain plus le nombre d’obstacles pouvant survenir sur le parcours est important ; Il convient donc de démarrer vite et fort. Quand quelqu’un vous annonce un objectif à 20 ans demandez-lui quel est l’objectif pour le mois prochain. S’il vous répond qu’il s’agit de la phase de lancement et que l’on ne peut pas parler en termes de réalisation avant quelques années, soyez sûr que l’objectif final ne sera pas atteint dans les délais et peut être même jamais. Si par contre il vous répond que la première action est par exemple d’avoir recensé tous les cas connus en précisant qu’il a un jalon par mois avec des revues trimestrielles, là vous pouvez commencer à le croire.

    Cette fausse notion que plus le but est loin plus on a le temps est subrepticement entretenue par les politiques qui en général sont contre les mesures qu’ils annoncent, car ils le font uniquement pour des raisons électorales et sans y croire. Vous le savez les politique ne pensent qu’à une seule chose : réélection. Ca les oblige à tenir des propos que les électeurs attendent mais en fait qu’ils combattent en sous-main, car vraiment si une chose leur fait horreur c’est la démocratie.

    Exemple criant : le plan ecophyto qui annonçait, en 2008 une division par deux de l’emploi des pesticides en 10 ans et qui s’est traduit par une forte augmentation dans la période.

    Bravo le courage des politiques et des professionnels qui les soutiennent.

    Nous venons une fois de plus de mettre en évidence les liens étroits entre le business et la politique. Pour l’agriculture s’y ajoute un troisième larron qui est le consulaire. Via un  syndicat soigneusement élevé et nourri par les politiques, nous avons une main mise du business sur la profession. Ce qui se traduit pour les agriculteurs et paysans par un modèle d’exploitation basé sur trois éléments.

    Premièrement la taille de l’exploitation doit être grande continuer à croitre = à bas les petites fermes

    Deuxièmement la production dot être stockée en partie et écoulée via les organismes agricoles = pas d’aide pour la vente directe et la qualité.

    Michel Costadau

  • Agri 11

    Agri 11

    Constatons d’abord que les attaques contre les champs ont maintenant atteint un stade limite.

    Pour commencer l’urbanisation et ses corolaires routiers, industriels et commerciaux ne datent pas d’aujourd’hui mais n’ont pas l’air de vouloir ralentir.

    A cela s’ajoute depuis quelques années le détournement de la terre vers des productions énergétiques. Les hectares de colza à destination des agro-carburants, les hectares de maïs à destination des méthaniseurs ou les hectares de bois à destination du chauffage ou de sapins de noël se multiplient. Et grave perversion ces cultures sont éligibles à la PAC, c‘est à dire qu’elles ponctionnent les budgets consacrés aux cultures alimentaires.

    Et maintenant arrivent les champs de panneaux pour produire de l’électricité. Avec toujours cette incitation financière voulue et entretenue par l’Etat. Ces subventions ont pour but de rendre ces pratiques attractives et rentables, du moins sur le papier. Avec en plus la promesse d’une quasi absence de risques.

    Disons qu’il existe plusieurs types de solutions photovoltaïques allant de la couverture intégrale interdisant la moindre culture jusqu’à des cohabitations panneaux-cultures plus ou moins intégrées.

    L’agriculteur se trouve alors confronté à une équation simple : soit il continue avec une rentabilité de l’ordre de quelques centaines d’euros à l’hectare, soit il donne son champs à une société qui installe des panneaux avec une rentabilité de l’ordre de quelques milliers d’euros à l’hectare. La différence c’est que dans le premier cas il est libre de faire ce qu’il veut chez lui et dans le second cas il est aux mains d’une entreprise et d’un gouvernement lui-même au service des entreprises. Mais avec de l’argent à la clé.

    Alors que va faire l’agriculteur ? L’agriculteur qui, vous l’avez compris, utilise la terre seulement pour gagner de l’argent va « saisir cette opportunité » comme disent les technocrates. Il va donc, complètement oublier le volet alimentation humaine de son activité pour plonger dans le tout électrique. Ce qui va en plus lui donner d’autres moyens pour encore s’agrandir. En plus les méthaniers bénéficient encore des aides de la PAC, mais normalement les électriciens n’y auront pas droit bien que ca se discute.

    Le paysan lui va réfléchir. Certes il est tenté, car ça mettrait un peu de beurre dans les épinards et il pourrait toujours faire paitre quelques bêtes dessous, car il y a le problème de l’entretien du sol pour éviter que poussent des arbres ou des ronces capables de passer par-dessus les panneaux. Oui mais aussi cette terre il ne pourra plus la cultiver, voir pousser ce qu’il a semé, choisir sa rotation ou ses essais. Ca le désole et en général il renonce à ces offres alléchantes. Bien sûr certains succombent quand même quand ils sont coincés et ne savent plus trop comment s’en sortir parce qu’ils sont petits, non prioritaires, invisibles.

    C’est le moment de se rappeler que nous vivons dans LA société de la consommation. Consommation de biens et de services à ne plus savoir qu’en faire. Mais aussi consommation de matières premières classiques charbon, fer, pétrole puis titane, lithium et tous les métaux rares. Et, aussi, déjà depuis longtemps mais avec une prise de conscience récente eau, air et terre.

    La consommation de l’eau s’apparente un peu à un cycle. Tout le monde peut voir que l’eau utilisée  pour l’industrie, l’agriculture ou la vie humaine retourne dans le sol et même non retraitée réalimente au moins en grande partie la mer et donc la pluie, Ca donne un peu l’impression que l’eau c’est éternel et qu’elle ne manquera jamais. C’est évidemment un ressenti faux puisque l’eau manque déjà dans beaucoup d’endroits. Et que dans d’autres elle provoque inondations et submersions. Sans parler des combinaisons que peut rencontrer l’eau avec divers oxydes, en bien faible quantité certes.

    Par contre pour l’air le ressenti est plus complexe, car l’air peut être plus ou moins pollué, voire irrespirable. L’expérience de la montagne permet aussi de comprendre que l’on peut manquer d’air, en l’occurrence d’oxygène. Cependant il est clair que l’air brule, c’est dire que de l’oxygène disparait pour former ce fameux gaz carbonique emblème mortel de la société de consommation. Mais là encore comme pour l’eau l’air donne une impression d’inépuisabilité, puisque sa disparition est invisible. Ce n’est pas le cas de la terre.

    Michel Costadau

  • Agri 10

    Agri 10

    Soit il lui faudra encore s’endetter pour pouvoir semer, soit il laisse mourir de faim les siens. Et quand je dis s’endetter, c’est s’il trouve quelqu’un qui accepte de lui vendre un peu de blé. Mais ce n’est pas toujours le cas.

    Non ce n’est pas Cornélien, c’est inhumain. Il est alors facile de comprendre qu’au dessus du geste auguste du semeur plane la tête de la mort avec sa faux à la main. Bien sûr il peut y avoir de bonnes années, mais il suffit d’une ou deux mauvaises saisons pour mettre le paysan dans la mouise.

    Chez nous c’est plutôt dans le passé et l’exode rural a diminué parce qu’il n’y a presque plus de paysans. Mais dans une grande partie du monde cet exode est en plein essor et se manifeste entre autres par les vagues irrépressibles d’immigration que nous connaissons. Et qu’est ce que nous faisons, nous les tuons, nous les rejetons à la mer, nous les enfermons dans des camps à l’étranger puis nous les privons de  papiers c’est à dire d’exister avant de les isoler dans des zones de rétention avant de les mettre dans un avion pour la misère ou la prison.

    Ceux qui font ça le font en notre nom à tous, pour notre bien, c’est-à-dire pour celui de ceux qui s’enrichissent de la vente de produits et de notre consommation seul sésame autorisant tout dans notre société.

    Et l’hypocrisie est maximum dans ce domaine car l’agriculture, mais aussi la restauration, le bâtiment et d’autres ont besoin de main d’œuvre pas chère et corvéable à merci. Il ne faut donc surtout pas tarir ce flux d’immigration et des entreprises subventionnées  sont même spécialisées dans ce domaine. Alors nous avons d’un coté le langage politique refusant l’envahissement de nos pays par des étrangers surtout pas de la même couleur que nous et de l’autre l’action politique concrète consistant à encourager l’immigration afin de remplir les chaines de production et les chantiers.

    C’est alors que le discours politique devient ignoble avec des formules laissant entendre que nous choisissons nos immigrés, que nous les accueillons à bras ouvert du moment qu’ils ne sont ni terroristes, ni croyants, ni analphabètes. C’est cette idée que nous puissions pêcher dans la misère pour attraper seulement les bons poissons qui est insupportable, car c’est nous qui créons cette misère par notre niveau de vie hallucinant et dispendieux, notre répression militaire mondiale.

    On se calme, nous en étions toujours au semis et à ses risques et on est parti dans la militarisation c’est-à-dire l’impérialisme. Revenons à cette étape clé de la mise en terre de la semence.

    Il y a un risque que nous n’avons pas trop évoqué, c’est celui que la graine soit mangée. Car semer c’est un peu comme donner de la nourriture aux insectes, aux rongeurs et aux organismes qui peuplent le sol. Une fois de plus la chimie a développé des produits pour empoisonner toute la vie du sol afin de protéger la graine. Ca va de l’enrobage des grains par de dangereux poisons, à divers épandages de produits sur ou dans le sol. Ces méthodes ont le problème de la dissémination de substances actives dans l’air et dans l’eau, mettant en danger les abeilles par exemple.

    En bio, quelques produits naturels ont été identifiés comme pouvant protéger les stocks de grains, mais la meilleure défense serait peut-être dans l’association de plantes. Hélas aucune recherche véritable n’est faite sur ces méthodes qui sont pourtant plus porteuses d’avenir que le chimique.

    De plus les graines doivent avoir été conservées depuis la récolte jusqu’au semis. C’est-à-dire pour le blé de juillet à novembre et pour le tournesol de septembre à mai. Et là aussi les assaillants, rongeurs, insectes ou micro-organismes sont à l’affut. Et voilà que l’électricité resurgit dans les processus. En effet le froid apparait comme une bonne protection d’abord contre les rongeurs par des cloisonnements physiques et ensuite par les basses températures contre le reste. Seulement qui dit froid dit électricité et clairement il n’est pas évident de savoir s’il faut tout miser sur cette énergie, peu stockable, obtenue avec des rendements faibles voire très faibles et assez polluante à produire que ce soit avec le fossile, l’atome ou même le photovoltaïque.

    Puisqu’on parle d’énergie, quittons à nouveau les semis pour parler de ces fameux champs de panneaux solaires qui font débat en ce moment.

    Michel Costadau

  • Agri 9

    Agri 9

    Avant, il était possible de labourer un champ à l’automne et puis au printemps suivant de semer directement un tournesol sans autres préparations. Le gel avait fait son œuvre d’émiettement et l’on disait alors que l’on semait dans du sable et pourtant nous avons des terres fortes argilo calcaires.  Il s’agissait évidemment d’agriculture chimique de façon à ce que le labour reste propre.

    Car en bio le plus souvent les herbes ont envahi le labour. Néanmoins l’effet bénéfique du gel sur la terre n’est plus à démontrer.

    Et l’effet bénéfique de la sécheresse non plus. Seulement la sécheresse ça débute au printemps et finit en automne pendant la période où les cultures ont justement besoin d’eau. Cela explique les pompages dans les lacs et les rivières et l’idée de faire des réserves artificielles. Cependant la loi européenne interdit de barrer les cours d’eaux afin de préserver la vie aquatique et les zones humides. Elle autorise les retenues dérivées, c’est-à-dire pas dans le lit principal, mais à coté.

    Alors, pour contourner la loi certains se sont crus malins, avec l’appui scandaleux des pouvoirs publics, en pompant directement dans les nappes phréatiques. Combien de temps mettra l’Europe pour interdire cette pratique, Surement longtemps vu les freins que va mettre la France. Mais le scandale est dans l’air et la bagarre continue. Pomper dans les nappes c’est assécher tout un territoire sans que ça se voie. Les nappes ne sont pas des lacs souterrains immobiles mais coulent comme les rivières et alimentent les cours d’eau en aval.

    Une fois de plus la recherche agronomique est au service de la chimie et non des solutions durables. Car les techniques pour se passer d’eau existent. Bien sûr elles ont, pour le moment, un peu moins de rendement que les cultures azotées et demandent un peu plus de façons culturales. Mais un effort de recherche et de sélection conséquent peut rendre ces procédés rentables. Cette déficience de la recherche est une des grandes plaies du monde agricole. Et l’on retombe sur la situation classique d’entreprises dont le business est la chimie et qui cherchent par tous les moyens à conserver leur emprise sur la profession. Les recherches disons alternatives se heurtent indirectement au mur de l’argent à cause de la durée des expérimentations.

    En effet, dans nos contrées, il est difficile de faire plus qu’un essai par an. Ce que j’appelle un essai consiste à choisir une semence, un champ, une date de semis et un protocole de soins à la culture. On peut multiplier les types d’essais mais on obtient malgré tout qu’un résultat par essai et par an. D’ailleurs c’est un problème majeur pour les paysans d’assimiler que l’on a droit qu’à 30 essais dans toute sa vie. Pourquoi ?

    En fait prendre les rênes d’une ferme, c’est-à-dire être responsable de l’assolement, se passe rarement avant l’âge de 25 ans et dès l’âge de 50 ans on commence à rechercher la suite. C’est pour cela que ceux qui sont nés à la ferme ont l’avantage considérable d’avoir un retour des expérimentations de la génération précédente. Certes c’est un apprentissage un  peu indirect puisque c’est un ancien qui a la décision, mais le jeune en entend parler tout les jours et ça forme,

    Bien sûr les neo-ruraux apportent des idées, mais manquent cruellement d’expérience. Dans les années 60 le retour des pieds noirs en France a énormément boosté des pratiques agricoles un peu vieillottes du sud. Ils ont développé la vigne, l’arboriculture et diminué les vaches qu’ils ne connaissaient pas bien. Mais cultiver ils savaient faire et se servir de machines aussi. Plus récemment, les techniques sans labour ou les semis directs, apportés par les bio, ont enrichi la panoplie culturale.

    Cependant, je l’ai déjà dit le paysan est conservateur beaucoup plus qu’innovant.

    Même si c’est moins vrai aujourd’hui, il y a un risque vital dans son activité. Un semis raté, un champignon qui attaque la récolte ou un insecte ravageur et c’est la misère qui se pointe. Sans tomber dans le pathos inutile il y avait chez nous et il y a encore ailleurs de l’angoisse dans la vie du cultivateur.

    On peut toucher cette angoisse du doigt en comprenant le dilemme que se pose le chef de famille quand il est obligé, en hiver, de prendre des grains réservés pour la future récolte, à seule fin de nourrir sa famille.

    Michel Costadau

  • Agri 8

    Agri 8

    Et cela autant de fois qu’il faut et que le temps le permet. Car la promise du paysan c’est le temps. Et elle lui mène la vie dure. C’est une spécialiste des câlins encourageants et des promesses non tenues. C’est lui, le temps, qui le fait sourire ou pleurer, qu’il scrute avec angoisse, qu’il attend avec avidité, C’est lui qui commande presque toutes ses actions, soit pour lui dire de ne pas faire, soit pour lui dire qu’il peut y aller. C’est lui qui le stresse parce qu’il faut aller vite, se dépêcher. Double stress quand justement pour aller vite il fait une bêtise qui le retarde inexorablement. Mais aussi grand sentiment de joie et d’apaisement quand la pluie arrive au bon moment avec la lenteur qu’il faut, la quantité qui va bien. Plaisir irremplaçable aussi de voir que ce que l’on a semé pousse bien en ligne sans manques et sans trop de salissement

    Mais c’est rare, l’habituel est plutôt fait de petite attente, de petite joie et de petite peine. Car chaque région a son temps à elle. Et il n’est ni possible, ni souhaitable de vouloir arrêter le vent d’autan sur le Tarn ou la tramontane sur l’Aude. D’ailleurs les adages ne manquent pas pour essayer de se rassurer sur les prévisions. Je n’en site qu’un qui concerne le ciel et marche assez souvent : « Rouge le soir bisoir, rouge le matin pluie en chemin ». Pour ceux qui auraient un doute : bisoir veut dire vent pour la rime.

    Et ainsi, chaque action agricole n’est possible qu’avec le temps qui va bien. Mais attention le temps ce n’est pas que la pluie, c’est aussi le vent, la grêle, le soleil, la tempête, la neige, le gel, le brouillard, le givre. Le gel justement permet parfois de préparer la terre sans que ça colle trop. Evidement c’est souvent la nuit qu’il gèle le plus fort et se lever à 3h pour travailler jusqu’à 8h fait partie des pratiques agricoles.

    Je me souviens à mes débuts d’avoir amené un soir le tracteur avec le semoir dans le champ à semer, pour revenir en pleine nuit avec un bon -5°. Certes le sol était gelé mais le problème c’était que la terre qui était autour des roues du semoir avait aussi gelée et donc que les roues étaient bloquées. J’ai donc passé une demi-heure à taper sur des blocs avec un pied de biche, les mains je te dis pas, car évidement je n’avais pas de gants. En plus la nuit on n’y voit rien ce qui fait que je me suis perdu dans le champs ne sachant pas si j’étais déjà passé là ou pas. J’ai un peu insisté, mais au bout de deux heures je suis rentré en étant sûr d’avoir fait du mauvais boulot.

    L’apprentissage du métier de paysan se fait comme ça, mauvais coups après mauvais résultats. A l’école on peut toujours vous dire : attention aux sols gelés, les outils peuvent l’être aussi. Tant que vous ne l’avez pas expérimenté c’est lettre morte. C’est pour ça que naître dans une famille de paysans est un atout considérable pour la connaissance du métier. Car c’est la seule manière de voir en direct les pièges et ennuis des machines, des animaux et des produits.

    Dans la suite des bienfaits du gel, on a les engins à chenilles qui restent  collés sur toute leur longueur et vous avez beau envoyer votre centaine de chevaux ça ne bouge pas d’un mm. La solution est alors de chauffer au chalumeau  pendant un certain temps. Ceci dit la encore meilleure solution c’est de se trouver une occupation à l’intérieur et d’attendre le dégel.

    En fait de dégel il est à noter, dans nos régions, qu’il y a de moins en moins de jours de gelées. Cela fait plusieurs années qu’il n’a pas fait deux ou trois jours de suite sans que la température remonte au-dessus de zéro. Les années de forte baisse des températures sont plutôt loin dans le passé.

    Vous le savez le froid a la vertu de faire éclater les mottes de terre. Mais paradoxalement les fortes sécheresses ont le même pouvoir. Cette année par exemple la sécheresse a décompacté les sols mieux qu’un outil. Le travail de la sécheresse d’été est-il en train de remplacer le gel d’hiver, bonne question.

    Michel Costadau

  • Agri 7

    Agri 7

    Et cela autant de fois qu’il faut et que le temps le permet. Car la promise du paysan c’est le temps. Et elle lui mène la vie dure. C’est une spécialiste des câlins encourageants et des promesses non tenues. C’est lui, le temps, qui le fait sourire ou pleurer, qu’il scrute avec angoisse, qu’il attend avec avidité, C’est lui qui commande presque toutes ses actions, soit pour lui dire de ne pas faire, soit pour lui dire qu’il peut y aller. C’est lui qui le stresse parce qu’il faut aller vite, se dépêcher. Double stress quand justement pour aller vite il fait une bêtise qui le retarde inexorablement. Mais aussi grand sentiment de joie et d’apaisement quand la pluie arrive au bon moment avec la lenteur qu’il faut, la quantité qui va bien. Plaisir irremplaçable aussi de voir que ce que l’on a semé pousse bien en ligne sans manques et sans trop de salissement

    Mais c’est rare, l’habituel est plutôt fait de petite attente, de petite joie et de petite peine. Car chaque région a son temps à elle. Et il n’est ni possible, ni souhaitable de vouloir arrêter le vent d’autan sur le Tarn ou la tramontane sur l’Aude. D’ailleurs les adages ne manquent pas pour essayer de se rassurer sur les prévisions. Je n’en site qu’un qui concerne le ciel et marche assez souvent : « Rouge le soir bisoir, rouge le matin pluie en chemin ». Pour ceux qui auraient un doute : bisoir veut dire vent pour la rime.

    Et ainsi, chaque action agricole n’est possible qu’avec le temps qui va bien. Mais attention le temps ce n’est pas que la pluie, c’est aussi le vent, la grêle, le soleil, la tempête, la neige, le gel, le brouillard, le givre. Le gel justement permet parfois de préparer la terre sans que ça colle trop. Evidement c’est souvent la nuit qu’il gèle le plus fort et se lever à 3h pour travailler jusqu’à 8h fait partie des pratiques agricoles.

    Je me souviens à mes débuts d’avoir amené un soir le tracteur avec le semoir dans le champ à semer, pour revenir en pleine nuit avec un bon -5°. Certes le sol était gelé mais le problème c’était que la terre qui était autour des roues du semoir avait aussi gelée et donc que les roues étaient bloquées. J’ai donc passé une demi-heure à taper sur des blocs avec un pied de biche, les mains je te dis pas, car évidement je n’avais pas de gants. En plus la nuit on n’y voit rien ce qui fait que je me suis perdu dans le champs ne sachant pas si j’étais déjà passé là ou pas. J’ai un peu insisté, mais au bout de deux heures je suis rentré en étant sûr d’avoir fait du mauvais boulot.

    L’apprentissage du métier de paysan se fait comme ça, mauvais coups après mauvais résultats. A l’école on peut toujours vous dire : attention aux sols gelés, les outils peuvent l’être aussi. Tant que vous ne l’avez pas expérimenté c’est lettre morte. C’est pour ça que naître dans une famille de paysans est un atout considérable pour la connaissance du métier. Car c’est la seule manière de voir en direct les pièges et ennuis des machines, des animaux et des produits.

    Dans la suite des bienfaits du gel, on a les engins à chenilles qui restent  collés sur toute leur longueur et vous avez beau envoyer votre centaine de chevaux ça ne bouge pas d’un mm. La solution est alors de chauffer au chalumeau  pendant un certain temps. Ceci dit la encore meilleure solution c’est de se trouver une occupation à l’intérieur et d’attendre le dégel.

    En fait de dégel il est à noter, dans nos régions, qu’il y a de moins en moins de jours de gelées. Cela fait plusieurs années qu’il n’a pas fait deux ou trois jours de suite sans que la température remonte au-dessus de zéro. Les années de forte baisse des températures sont plutôt loin dans le passé.

    Vous le savez le froid a la vertu de faire éclater les mottes de terre. Mais paradoxalement les fortes sécheresses ont le même pouvoir. Cette année par exemple la sécheresse a décompacté les sols mieux qu’un outil. Le travail de la sécheresse d’été est-il en train de remplacer le gel d’hiver, bonne question.

    Michel Costadau

  • Agri 6

    Agri 6

    Car les agriculteurs n’aiment pas vraiment la nature et même, peut-être ils la haïssent complètement. Pour eux absence de pluie égal trahison, trop de pluie égal déluge inutile, sécheresse égal accident inacceptable, grêle égal état de catastrophe naturelle. C’est vrai que le mot « exploitation agricole » donne déjà une indication.

    L’exploitation des ressources naturelles est maintenant dénoncée et donne lieu à des combats de plus en plus violents. Mais l’exploitation de la terre elle-même reste encore un sujet un peu voilé qui n’a pas encore vraiment éclaté. Et pourtant avec l’agriculture chimique il faut environ 80 ans pour rendre les champs non pas complètement stériles, mais manquants de vie biologique et de matière organique. Certes l’agriculture a façonné l’évolution de l’humanité entre autre en la sédentarisant mais plus récemment en une centaine d’années la société industrielle a profondément modifié le rapport à la terre. Terre nourricière à l’origine, la croute terrestre est devenue un outil de production et un objet de spéculation. Il est clair que cette déviation de « nourrir » à « exploiter » pose un sérieux problème de survie à l’humanité. Et fait éclater crument la crise des ressources que nous vivons actuellement.

    Cet épuisement du sol a surtout lieu dans les pays industrialisés, Amérique du nord, Europe de l’ouest. Ces pays ont amené dès le début du XXème des quantités énormes d’engrais azotés et le rendement augmentait. Ensuite ils ont commencé à combattre la faune et la flore dite adventice à coups de substances hyper-toxiques, et le rendement augmentait. Mais à partir des années 70 les rendements n’augmentaient plus. Ils ont alors manipulé les semences pour les rendre insensibles à telle ou telle maladie et les rendements n’ont presque plus augmenté et même certaines années ils ont diminué.

    Pour essayer de maintenir à tout prix des rendements élevés, l’agriculture industrielle s’est aussi attaquée à l’eau et est devenue de loin le premier consommateur mondial de cette ressource. C’est-à-dire qu’en plus d’être un pollueur l’agriculteur devient un prédateur. Et répétons-le à nouveau, seul un changement de modèle peut améliorer la situation.

    Ces problèmes expliquent la ruée vers les terres encore riches d’Ukraine, de Roumanie. Il y a là une terre noire appelée par les Russes tchernozem. Pour des raisons de manque de moyens et aussi d’anti américanisme, les apports de produits chimiques ont été faibles pendant la période soviétique et n’ont pas détruit les écosystèmes locaux.

    Bien sûr pendant le même temps, une autre agriculture est née : l’agriculture biologique. Mais l’état d’esprit des agriculteurs  n’a pas beaucoup changé. En fait ce sont surtout les distributeurs, supermarchés ou chaines de magasins qui ont trouvé là une occasion d’augmenter leurs marges. En effet les clients ont acceptés de payer plus pour avoir cette absence de produits chimiques dans leurs denrées. Mais là aussi la situation a évolué. Aujourd’hui l’inflation et le climat de guerre rend les gens plus attentifs à leurs dépenses. On assiste une fois de plus à une discrimination par l’argent. Ceux qui en ont vont continuer à se nourrir bio et les autres vont retomber dans les produits chimiques.

    Et le bio est lui aussi enclin à l’agrandissement des exploitations. Les fermes bio de plusieurs centaines d’hectares sont de plus en plus nombreuses. Clairement il semble bien que le bio soit en perte de vitesse, d’une part à cause  d’une certaine réduction des dépenses, déjà évoquée, d’une partie de la population, mais aussi à cause d’une volonté politique de l’affaiblir en favorisant, grâce à la PAC, d’autres labels trompeurs comme le HVE. Ce mode de fonctionnement est révélateur de la manière dont procède le système. Il achète les agriculteurs avec la PAC, les salariés avec la paye, les actionnaires avec les dividendes, les riches avec les niches fiscales et les crises sanitaires avec des subventions. Cette vision mérite de nouveaux développements, plus tard.

    Néanmoins le principal obstacle au développement du bio est l’absence de recherche agronomique dans ce domaine. Du coup les techniciens aidant les agriculteurs sont rares et apportent peu de solutions. Il faut comprendre que beaucoup plus d’efforts de recherche sont consacrés à modifier des oies pour leur donner naturellement la maladie du foie gras, ce qui va permettre de vendre du foie gras bio, qu’aux recherches sur les associations de plantes permettant un co-développement comme cela se trouve dans toutes le prairies naturelles.

    Michel Costadau