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  • Agri 5

    Agri 5

    Les agriculteurs se moquent bien de la nourriture de la population, ils préfèrent s’occuper de leurs usines et l’amour de la terre ne se mesure plus qu’au rendement. C’est une notion très importante à assimiler que celle de l’hypocrisie du slogan « nourrir la planète » dont s’est emparée la profession. Au nom de cette phrase creuse tous les excès sont permis, tant en pollution qu’en accaparement. Il doit être clair pour tout le monde que personne n’a jamais demandé aux agriculteurs français de nourrir le monde entier. Nous sommes là en pleine crise globale, c’est-à-dire qu’au nom de la rentabilité, le système financier a privé certains pays de leurs propres ressources alimentaires au profit de monocultures à destination des pays riches.

    Du coup à cause de la prédominance des céréaliers notre pays est excédentaire en blé et pour caser nos excédents nous exportons selon la loi du plus offrant. Ces pays spoliés deviennent donc importateurs de ce qu’ils produisaient auparavant en quantité suffisante pour eux.

    Alors arrive le tour de passe-passe qui consiste à inverser la situation en disant que nous subvenons aux besoins des pays démunis alors que c’est nous qui en avons créé la pauvreté.

    Toute proportion gardée c’est la même hypocrisie que le chômage, créé par l’industrie pour maintenir des salaires bas et abondé par les politiques pour se faire réélire avec l’argent de cette même industrie.

    Dans ce domaine la mondialisation est loin d’être une conquête de la  population mais, seulement, un moyen de développement par le commerce et l’industrie pour le commerce et l’industrie.

    Nous avons un autre slogan tout aussi scandaleux utilisé par la profession c’est « la ferme France » comme si toutes les fermes étaient considérées comme de simples soldats de l’armée agricole. C’est beaucoup moins de la moitié des exploitations qui sont productivistes, la grande majorité étant de petites fermes familiales avec des élevages parfois assez réduits mais avec une qualité irremplaçable et le plus souvent une bonne rentabilité. Certes pour des gens qui dépensent peu.

    En fait ce n’est pas tellement le manque de revenu qui dépeuple les campagnes mais surtout la nature du métier avec ses astreintes, la difficulté de se faire remplacer et une nécessaire culture paysanne de base qui ne s’apprend guère à l’école.

    Comment se comporter là dedans quand on est une petite ferme. Disons d’abord qu’il faut de la passion. Cet enthousiasme est nécessaire pour supporter les vicissitudes du métier : poussière, chaleur, objets lourds et coupants, ratages à répétition, bruit, lourdeur sociétale locale.

    Il faut aussi un mélange entre fermeture sur soi et ouverture aux autres. Clairement pour progresser il faut faire ses propres expériences, soit en assolement soit en amendements, soit en dates de semis, voire de récolte, en quantités ou en divers dosages. Il ne s’agit pas de se lancer dans des initiatives  sur des coups de tête, mais d’essayer de tirer rigoureusement  des enseignements des modifications que l’on apporte à ses manières culturales sur quelques années. En essayant de s’abstraire de l’aspect météorologique, pour se concentrer sur le sol qui lui n’est pas soumis à des variations rapides et brutales. Il est clair que l’épisode chaleur sécheresse de 2022 conduisant à une très mauvaise année, non seulement n’était pas prévisible mais seulement potentiel et aussi ne doit pas nous affoler bêtement mais donner lieu à réflexion.

    Par contre il ne convient pas d’avoir des pratiques à l’opposé de ce que font tous vos voisins. De fait il y a un énorme aspect grégaire dans les pratiques agricoles. D’ailleurs faire exactement comme les autres est la meilleure manière de ne pas trop se tromper. Par contre l’apprentissage est alors faible à ce moment là puisque vous vous contenter d’imiter sans savoir pourquoi.

    Comme par hasard des armées de techniciens sont là, gratuitement, pour vous aider à utiliser les bonnes technique et les produits autorisés, sauf en bio où c’est plutôt la misère avec peu de techniciens et peu d’expérimentation INRA ou autres.

    Toujours dans l’hypocrisie, l’agriculture industrielle ne s’appelle pas « chimique » alors que c’est le cas, mais « conventionnelle » ce qui est évidemment beaucoup moins agressif pour la communication, mais cache mal le mal fait à la nature.

    Michel Costadau

  • Agri 4

    Agri 4

    Et donc les banques participent, et pas seulement le crédit agricole, à la croissance des gros et à l’élimination des petits. En plus les banques voient passer beaucoup d’argent, car il est clair que l’agriculture est une activité complètement subventionnée. L’aide la plus connue s’appelle la PAC. Sans les milliards de la PAC, les fameux agriculteurs français mettent la clef sous la porte demain matin.

    Hélas cette aide favorise fortement les céréaliers, car leur chiffre d’affaire est directement lié à la surface, alors que les éleveurs comptent plutôt en nombre d’animaux et moins en hectares. Ils sont aidés au nombre d’animaux mais leur croissance est limitée par les bâtiments et la main d’œuvre.  Les maraichers ont généralement des surfaces minimes. Les arboriculteurs sont certes concernés par les surfaces mais aussi par le nombre de plants.

    C’est ce mécanisme pervers de la prime à la surface qui caractérise le modèle agricole français, avec quelques autres principes comme la liaison forte entre syndicalisme et ministère. Ce genre de collusion permet aux uns et aux autres d’en tirer un excellent parti. Le syndicat parce que sa proximité avec le ministère lui permet de faire savoir que des mesures favorables aux agriculteurs ont été obtenues par simple discussion et le ministère parce qu’il instille en toute tranquillité ses directives dans l’appareil même du syndicat.

    Les bretons et leurs algues vertes ont bien mis en évidence que sans changement de ce modèle on ne résoudra pas le problème. En effet toutes les mesures prises depuis vingt ans pour réduire la pollution aux nitrates et aux pesticides n’ont eu comme effet que de les augmenter. Depuis longtemps le discours dominant est basé sur l’hypocrisie. Des phrases fortes mais des textes flous. Toute la profession manifeste un profond mépris pour les tentatives d’amélioration de la situation environnementale. Car l’agriculture est un énorme pollueur. Et profite du modèle pour continuer sans la moindre contrainte ou alors insignifiante.

    Revenons au caractère répétitif de l’activité. C’est vrai pour la culture céréalière, c’est vrai aussi pour l’élevage, surtout l’élevage intensif. Là ce sont d’énormes machines pour traire une grande quantité à la fois ou d’immenses bâtiments pour l’engraissement. Il existe aussi de la traite automatique en continu avec un badge que porte chaque vache et qui donne accès à des distributeurs de bouchons  d’aliments fort appétissants, en tous cas pour les ruminants.

    Dans ce domaine l’idée générale du modèle est de transformer l’animal en un robot de production spécialisé entretenu par des composés déshydratés et des traitements médicaux fournis par l’industrie chimique. Et les champs en simples supports pour des productions végétales contrôlées par des produit chimiques alimentant directement la plante depuis la semence jusqu’aux grains récoltés. Il n’y a pas encore de cochons synthétiques mais ça pourrait arriver assez vite. Idem pour tous les produits végétaux et animaux. Si vous voulez une image, le paysan est celui qui nourrit surtout la terre pour qu’elle alimente la plante et l’agriculteur est celui qui nourrit directement la plante.

    Il est bien loin le temps des paysans qui aimaient leurs terres et en connaissaient le moindre m². Même si cette image a été un peu mythifiée il est clair qu’elle a existé et tout aussi clair qu’elle a disparu. De nos jours l’agriculteur est le prototype du pollueur, mais paradoxalement bénéficie encore de ce label de protecteur de la nature  alors qu’il en est le principal destructeur.

    A preuve la transformation de produits agricoles en gaz pour les véhicules. Avec la bénédiction de la PAC, c’est-à-dire avec les primes correspondantes sur les surfaces, les agriculteurs transforment du maïs ou du colza en méthane dans de gros bidons de fermentation. C’était la problématique de la ferme dite des milles vaches. Le lait, la viande ou le lisier n’étaient alors qu’un sous-produit de la ferme. Il vaudrait mieux d’ailleurs l’appeler l’usine, car sa raison d’être était la production de méthane. Nous voilà donc avec des produits agricoles subventionnés mais n’amenant rien sur les  marchés, sans que personne ne dise rien.

    Michel Costadau

  • Agri 3

    Agri 3

    La conduite du tracteur elle-même se traduit par un œil fixé sur la roue avant, droite ou gauche alternativement. Cette roue n’arrête pas de tourner et les crampons disparaissent pour aller se poser sur le sol à cet endroit imaginaire qui est son chemin.  C’est cette roue qui suit la bordure de ce qui vient d’être fait, ou la ligne laissée par le traceur ou même une ligne virtuelle construite sur l’habileté du chauffeur. Car les marques du traceur, en sol sec sont souvent difficiles à voir surtout quand il y a quelques mottes. Il faut alors intuiter en devinant plus qu’en voyant la trace. En tous  cas cette roue avant qui tourne est le spectacle, peu varié mais permanent, sur lequel je suis fixé. Et si tu la quittes des yeux, par exemple pour regarder derrière, ne serait- ce qu’un instant tu dévies assez rapidement. Et pourtant regarder derrière est indispensable parce que c’est là que travaille l’outil et ça demande, toujours des réglages qui se passent au champ. Ah oui je l’ai déjà dit mais je le répète  qu’il est indispensable de descendre assez souvent du tracteur pour apprécier le travail, vérifier une horizontalité ou augmenter une profondeur.

    Cependant le côté répétitif de ce travail ne doit pas être sous-estimé, loin de là. Les pistes de robotisation sont donc dans l’air, préfigurant des engins travaillant dans mes champs, sous la surveillance d’une salle de contrôle comme les métros ou les bus automatiques. Le paysan moderne est, donc, devenu un chauffeur et souvent il n’est plus que ça. Pour le business les avantages sont multiples. D’abord l’accroissement de la productivité : avec des outils larges et des tracteurs puissants un seul individu fait, en un jour un travail qui demandait, chez nous, une semaine il y a 15 ans. Je dis chez nous car la mécanisation est très variable selon les pays. Ceci permet avec le même personnel d’avoir des exploitations bien plus grandes. Bien sûr cette mécanisation va de paire avec des champs de plus en plus grands et c’est là qu’interviennent les organismes agricoles et gouvernementaux pour favoriser par tous les moyens cet agrandissement des champs et promouvoir l’agrandissement des exploitations. Ensuite la rentabilité liée aux primes à la surface. Les subventions européennes sont déclinées en France par des aides directes aux hectares cultivés. Ca veut dire que plus vous avez de terres plus vous touchez. Or il n’échappe à personne que l’économie d’échelle est un des fondements du monde financier dans lequel on nous fait vivre. Le mécanisme en est simple et repose sur le concept de coût fixe c’est à dire non proportionnel, comme par exemple le prix d’une heure de main d’œuvre ou d’un litre de gas-oil. Ce prix ne dépend pas de l’utilisation que l’on en fait ni de l’argent dont on dispose pour l’acheter.. Et donc si une machine deux fois plus puissante ne consomme qu’une fois et demi plus on y gagne beaucoup.

    Et donc en agriculture si vous diminuez la proportion des coûts fixes, comptabilité, foncier, bâtiments, outils. ….. mécaniquement vous augmentez votre profitabilité. Et du coup la rentabilité des petites exploitations est complètement remise ne cause. Par exemple pour le matériel, si vous l’amortissez sur 20ha ou sur 200ha ce n’est pas pareil. C’est pourtant le même matériel car il ne faut pas croire qu’avec un tracteur de 40ch on peut passer partout et tirer tous les outils. Les petites fermes se rabattent donc sur du matériel d’occasion, Heureusement on en trouve encore à cause de la disparition précipitée du nombre de paysans. Mais ces matériels n’ont, évidemment, ni confort ni aide à la conduite, ni éclairage performant.

    Ceci se traduit par un abime entre petits et gros. En fait les gros posent de  nombreux problèmes. Ils accaparent les terres empêchant les petits de s’agrandir et les jeunes de s’installer. Les gros sont multi communes et ont beaucoup de transports qui occupent les routes. Ils créent aussi un message trompeur puisque d’un côté ils polluent fortement l’air et le sol, ils vident les nappes phréatiques, ils font monter le prix du foncier et d’un autre côté, ils donnent l’impression d’une agriculture prospère et qui investit avec des matériels rutilants alors qu’ils sont surtout endettés et donc aux mains des banques.

    Michel Costadau

  • Agri 2

    Agri 2

    Semer est un mixte entre jouissance et angoisse. Plaisir de lancer la promesse d’une récolte et souci que l’opération se passe bien. Car les risques sont énormes.

    D’abord les risques mécaniques car le principe des semoirs consiste en une caisse percée de trous donnant dans des tubes terminés par un petit soc qui ouvre la terre et y fait tomber les grains par simple gravité. Seulement le soc se bouche facilement, soit que la terre soit un peu collante, soit par une fausse manœuvre quand on recule, soit encore qu‘une paille, par exemple, obstrue le tube de descente. Il convient donc de descendre souvent du tracteur pour voir si tout va bien, déboucher si nécessaire et contrôler la profondeur, car il est important de ne pas trop enfouir le blé ou l’orge, quelque mm suffisent. En général il faut remplir plusieurs fois le semoir pour faire un champ et le grain est souvent assez mal réparti dans la trémie, ce qui fait qu’un tube peut être vide parce que tout le grain est d’un côté du semoir à cause de la pente. A l’inverse le remplir quand il est encore à moitié plein élimine le risque mais multiplie les opérations et les transports car le champ peut être loin de la ferme. Il faut alors soit faire des aller et retours, soit amener une remorque avec le grain, puis transvaser de la remorque au semoir, sans en faire trop tomber à côté.

    Ensuite les trajets dans le champ. Evidemment pour une parcelle plate rectangulaire, il y a une direction qui s’impose. Cependant beaucoup de parcelles sont à géométrie très variable et demandent un peu d’apprentissage pour savoir par où commencer. Sachant aussi qu’à force de travailler toujours dans le même sens on laisse des zones moins remuées puisqu’à part le labour et le cover-crop, il y a peu d’outils qui couvrent intégralement le champ que l’on travaille. Et justement en bio le retournement de la terre est peu recommandé. Mais l’on s’en sert quand même car le labour est malgré tout un bon désherbant.

    Mais aussi les rochers, dissimulés sous quelques cm de terre et qui vous tordent le soc voire une dent ou le châssis en entier. Parce que vous avez beau connaitre votre champ mètre par mètre les rochers ont tendance à monter d’année en année et vous surprennent toujours.

    Nous utilisons aussi des semoirs pneumatiques qui plantent grains par grains à une distance déterminée. Par exemple tous les 20 cm pour des graines de tournesol. C’est l’aspiration à travers un disque avec de petits trous qui colle les grains contre les trous. Puis le disque en tournant passe par une zone où il n’y a plus d’aspiration ce qui fait que le grain tombe à ce moment-là dans le sol. Le sillon a été ouvert par un soc qui n’a pas la même forme que celui du semoir à blé mais est beaucoup plus en longueur comme une petite barque effilée. Ces semoirs de précisions présentent quand même des risques par exemple que plusieurs grains se collent au même trou ou des défauts d’aspiration. Ces semoirs sont composés de plusieurs éléments semeurs séparés par une distance commune par exemple 60 cm de façon à pouvoir biner entre les rangs. Semer se passe toujours en allers et retours et il convient de ne pas repasser sur ce qui a été semé ou laisser un vide entre deux passages. Pour cela, nous avons des marqueurs qui indiquent où doit passer la roue du tracteur pour être au bon écartement avec le passage précédent.

    Michel Costadau

  • Agri

    Agri

    Peut-être, je ne vous ai pas encore parlé de mon travail agricole.Ca commence tous les matins par la météo. Ce qui compte ce n’est pas de découvrir qu’il va pleuvoir aujourd’hui, ça c’est trop tard, non ce que je regarde c’est l’évolution de la prévision à 10 jours. Si dans 10 jours ils annoncent des orages, est ce que le lendemain puis le surlendemain c’est confirmé. En général ça bouge soit ça se recule, soit ça se rapproche, voire même ça disparait. En fait je surveille trois météos. D’abord météofrance pour une vue d’ensemble de la carte de France et ensuite pour le détail de la commune. C’est une prévision assez prudente non chiffrée qui assez souvent annonce des pluies qui n’ont pas lieu mais peut passer à côté de 20mm dans une journée. Ensuite pleinchamp, très synthétique et chiffrée, avec les températures au sol et à 2m, mais pas à quelques mm près. Enfin météociel, très facile à lire, en général assez précis pour les passages pluvieux et les changements de temps mais aussi avec quelques excès de précaution.

    Eh oui en céréales bio, le temps est ma boussole parce que je travaille énormément le sol. Et pour e s’effriter correctement la terre a besoin d’être dans un certain état de souplesse entre le sec et l’humide. Trop humide elle colle et fait des boules tassées, trop sèche elle ne se délite pas et reste en blocs plus ou moins gros. C’est pour ça que vous voyez toujours les tracteurs en même temps dans les champs. C’est que c’est le bon moment.

    Ca commence juste après la moisson, paille ou culture d’été. Premier déchaumage à disque en espérant qu’il pleuve pour que germent le maximum de graines bonnes ou moins bonnes, enfin tout ce qui peut germer. Le principe c’est qu’une graine ne germe qu’une fois et que si l’on détruit la plantule elle ne se ressèmera pas. Ensuite de juillet à septembre si possible décompactage. Ca consiste à enfoncer de grandes dents verticales ou coudées avec une pointe horizontale au bout pour soulever le sol et l’aérer. Et pour que ça marche il faut qu’il fasse très sec pour faire craquer le sol,, sinon on fait une espèce de rainurage qui ne soulève rien. Ensuite il faut distinguer les parcelles que l’on va semer à l’automne de celles qui vont passer l’hiver avant d’être semées.

    La préparation des semis d’automne consiste à passer un outil à dents, déchaumeur à dents ou cultivateur et vibro pour finir, sur 5 à 10 cm pour d’une part couper les repousses ou adventices diverses et d’autre part créer un lit de terre fine dans lequel sera déposée la graine au semis. Bien sûr tous ces travaux demandent une certaine préparation.

    D’abord préparation du tracteur et des outils, car tout ce qui est en contact avec la terre s’use par frottement. Changer les cœurs sur un déchaumeur à dents se passe plus ou moins bien selon la bonne volonté des boulons à démonter. Et souvent il faut utiliser la meuleuse pour couper l’écrou  en ensuite taper pour chasser la tige. Le tout à quatre pattes au milieu des autres dents qui ne demandent qu’à vous accrocher. Le tracteur lui-même demande du graissage et des révisions. En plus avec l’irruption de l’électronique, je deviens très dépendant du concessionnaire et de sa valise qui lui-même a quelque fois du mal à comprendre les messages qui s’affichent.

    Puis la préparation des graines à semer. Soit semence fermière , c’est-à-dire que nous avons gardé de notre propre récolte, soit semence non traitée ou bio. Pour notre semence prévoir un passage au séparateur ou au trieur et au moment de semer arrosage de vinaigre comme fongicide et remplissage du semoir au seau, à la pelle ou à la vis. Alors arrive le semis. Semer est, évidemment, l’activité la plus importante de l’année et la plus difficile aussi.

     

    Michel Costadau

  • Romani 69

    Romani 69

    -Et précisément, qui y va ? car c’est dans la cuisine que ça se passe, qui parle ? et peut-on prévoir quelques déroulements possibles ?,

    -Sazak reprend la parole en disant que Vienna et notre ami sont de base et qu’ensuite elle voit les hommes, elle et Taqui restant en réserve,

    -Il me semble, répond Vienna, que c’est à notre ami de prendre la parole pour commencer car c’est lui qui est devenu l’homme à abattre. Et d’ailleurs, dit-elle en s’adressant à moi, qu’allez-vous dire ?

    -Moi, je vais simplement exprimer notre refus de tout ultimatum, ainsi que celui de quitter les lieux. En gros nous n’acquiesçons rien de sa demande et au contraire c’est nous qui lui demandons de disparaitre de nos vies.

    -Bon, c’est clair, reprend Vienna. On ne peut pas anticiper quelle sera sa réponse, mais en fonction nous aviserons,

    -Quand même, précise Sazak, il y a, en gros, deux cas. Soit il dit ok je m’en vais soit il dit non. Dans le premier cas est-ce que nous le laissons partir sans rien ajouter ou pas,

    -Cette possibilité ne me plait pas du tout, clame Taqui, c’est reculer pour mieux sauter et commencer par reculer c’est être sûr qu’à la fin c’est nous qui allons sauter,

    -Quand même, reprend Sazak, il y a peu de chances qu’il dise ok, mais comme nous regardons les divers scénarios, il en fait partie. Et dans ce cas nous devons le laisser partir c’est tout,

    -Et alors, demande Timor, dans le cas où il ne dit pas ok, il se passe quoi ?

    -Là encore, continue Sazak, il y a deux cas. Soit il se jette sur notre ami, soit il ne fait que des menaces orales. Dans ce dernier cas nous devons encore le laisser sortir tranquillement. Par contre s’il se jette sur notre ami, il a perdu car nous lui faisons sa fête,

    -Ca se précise donc un peu, reprend Vienna, pour le reste c’est lui, par ses réactions, qui va lever nos interrogations,

    -Maintenant quelle heure est-il, demande Sazak,

    -Je lui réponds qu’il nous reste un quart d’heure avant de retourner dans la cuisine. Je propose qu’avant de retourner le voir nous allions tous ensemble dehors pour nous mettre en ordre de bataille dehors. Tout le monde est OK,

    -Timor lance, en s’adressant à Sazak : tu as dit lui faire sa fête, mais as-tu vu comment vous êtes habillés et surtout chaussés. Tout le monde en pantalon et avec des chaussures qui tiennent aux pieds y comprit les garçons. Vous avez cinq minutes. Moi j’ai mes chaussures de rando, alors je ne bouge pas.

    Il y a un petit moment de flottement pendant lequel chacun se demande ce qu’il va garder ou changer sur lui et passe ensuite à l’action vers sa chambre ou son lieu. Je me retrouve un moment  seul avec Vienna qui me dit :

    -Je regrette beaucoup que vous soyez embarqué dans cette histoire. Elle repose en grande parie sur des démissions successives de ma part, que vous avez aidé à stopper en quelques semaines. Je tenais ainsi à vous dire merci,

    -Vous n’avez pas à me remercier ni à vous excuser. J’ai agit en toute connaissance de causes et aussi pour mon amitié avec votre fils, qui s’en trouve renforcée. Ceci dit vous m’avez surpris par la rapidité de votre rétablissement. Il faut croire que vous étiez prête et que je n’ai été que le déclencheur,

    -C’est gentil, bon maintenant il nous faut passer à l’action dès que tout le monde sera là.

    Cinq minutes plus tard, effectif au complet dûment relooké, essentiellement les chaussures, nous quittons la chambre, faisons une halte dehors pour sautiller, nous détendre et nous mettre en configuration. C’est-à-dire Vienna encadrée par Bulan et moi, suivie de Timor et derrière Sazak et Taqui. Nous entrons dans la maison et nous dirigeons ver la cuisine dont la porte est fermée. Vienna prend la poignée et pousse la porte qui s’ouvre sans bruit. Son ex est toujours là assis à la table, calé dans sa chaise. La seule chose nouvelle c’est qu’il y a un couteau de cuisine à découper posé sur la table, pas très loin de sa main.

    Vienna dit « bonjour » et ne se dirige pas vers lui mais vers un placard où elle prend une tasse et se tournant vers son ex lui demande « café deux sucres ». Elle a du recréer ainsi une situation de leur ancien quotidien, car il répond « euh oui ». Et quand elle pose la tasse sur la table, d’un geste rapide elle fait glisser le couteau et l’envoie  par terre où il va se coincer aux pieds d’un meuble de cuisine à un pas de Taqui.

    Aussitôt il se lève et se précipite sur Vienna en bousculant la table. Ses mains se dirigent vers le cou de Vienna mais déjà Bulan lui a donné un violent coup de poing sur l’oreille qui stoppe son élan. Je vois une ouverture pour un coup de pieds et je lui balance ma chaussure bien tendue en plein milieu de la cuisse. Il tombe et Timor en profite pour le marteler de coup en accompagnant sa chute. Par terre il roule et se redresse mais je vois bien qu’il boite. Vienna s’est reculée près de l’évier et cherche à remettre la table sur ses pieds ou au moins à la sortir du milieu. Bulan continue de lui taper dessus, tandis que Timor lui balance force coups de lattes qui tombent au petit bonheur la chance.

    Il cherche à éviter les coups et aussi à en donner mais handicapé par sa jambe, ça tombe dans le vide. En même temps il tente de se diriger vers la porte, mais je lui fais un croc en jambe qui l’oblige à se courber pour reprendre son équilibre. C’est donc de travers le coude gauche en avant qu’il arrive sur Taqui qui a récupéré le couteau et le tient à deux mains comme un pieu. Comme il a du mal à se diriger, il se jette sur le couteau qui lui rentre profondément dans l’épaule. Il porte la main à son bras sous le coup de la douleur tout en revenant vers les éléments de cuisine aux pieds desquels il tombe lourdement, aidé par les assauts de Timor et de Bulan.

    Appuyé aux éléments, les jambes étendues devant lui, la mais serrant son bras, il a un œil à demi fermé et respire par saccades. Vienna traverse la pièce et demande à Bulan d’aller chercher un médecin. En fait de médecin je me souviens que j’ai rendez vous demain avec le rhumatologue. Ca sera pas du luxe me dis-je.

    Michel Costadau

    FIN

  • Romani 68

    Romani 68

    -Tu as vu trop de western, dit Timor, en souriant. En plus, pour que ça marche, il faudrait que tu sois sûr de gagner. Et à part un duel à l’alcool je ne vois pas dans quelle discipline tu pourrais l’emporter. Non il me semble que cette famille n’a pas besoin d’un héros mais d’une révolte,

    -D’accord, répondis je, mais tu fais un peu partie de cette famille, alors dis plutôt nous que vous. En plus, il nous reste moins d’une heure pour choisir quelle attitude adopter. En m’adressant à Sazak je demande : qu’entends-tu par comportement plus offensif ?

    -Je veux dire, répond Sazak, qu’il faut arrêter d’être passif en subissant des attaques mais commencer à donner des coups. Comment je ne sais pas, mais nous allons trouver,

    -En fait, reprend Vienna, il est clair nous devons le chasser de nos existences,

    -C’est une formule à double sens, indique Bulan, soit nous ne faisons que le menacer et il s’éloigne de lui-même, mais à ce moment-là il peut revenir quand il veut, soit nous le mettons dehors en lui ôtant toute envie de revenir,

    -Tu veux dire que cela implique l’utilisation de moyens physiques adaptés, continue Vienna. N’ayons pas peur des mots, il faudrait lui taper dessus, c’est bien cela que tu évoques. Mais qui va le faire ?

    -Mais nous bien sûr, enchaîne Taqui, et je ne pense pas être la seule à être motivée. N’allons pas croire que nous avons un rapport de force disproportionné sous prétexte qu’il est seul contre nous. Comme dit mon frère il s’agit de montrer notre commune détermination et non notre isolement des uns des autres. Il nous faut frapper ensemble, c’est un message un peu direct mais c’est le point où nous en sommes. Je suis contente que l’on aborde cet aspect plutôt que les habituelles discussions de résignés qui ne débouchent sur rien,

    -En fait je suis complètement d’accord, répond Bulan. J’ai toujours cherché à protéger maman, même en rabrouant la vindicte de mes sœurs, mais j’éprouve les mêmes sentiments qu’elles. Nous ne pouvons pas nous contenter de lui faire la leçon en lui demandant de ne pas recommencer. Et d’ailleurs quelles punitions pourrions-nous lui donner pour étayer notre propos. Il se moque de nos remontrances puisqu’elles ne se traduisent par aucun ennui pour lui. Des mots, voilà des mots c’est tout.

    La situation a changé avec l’arrivée de notre ami qui a redonné confiance à maman. Nous avons la main et il est venu à notre rendez-vous, même s’il continue ses intimidations et sa pression. C’est donc bien le moment pour nous de passer à la vitesse supérieure ou plutôt au changement de comportement. Nous sommes ses ennemis, mais lui n’en a pas. Nous allons le devenir en lui montrant notre hostilité, que nous n’inventons pas car il a passé des années à la faire naitre, à la modeler et l’agrandir. Maintenant  que nous avons les yeux ouverts, la réalité nous saute aux yeux et apparait en plein jour. Et c’est un désastre que nous contemplons. Cet homme nous a fait du mal, sciemment, continûment, vicieusement. Nous étions balladés sur la frontière entre la presque légitimité et l’abus de pouvoir.  Nous étions ballotés et nous nous balancions dans la douloureuse incertitude de l’inaction et de la victimisation,

    -Oui, je sens qu’il va se passer des choses terribles, prononce Vienna. A la fois je les redoute et je les souhaite. Nous avons quand même vécu ou survécu jusque-là. Je voudrais éviter que nous plongions dans un abime de douleur et d’incompréhension. Mais concrètement que pouvons-nous faire et quelle réponse allons-nous lui donner,

    -Mais nous pouvons faire, ce n’est pas un problème, explique Bulan. Nous savons qu’à minima nous pouvons lui tenir un discours ferme en le menaçant. Certes ce ne sont que des mots mais nous sommes bien remontés quand même. Ensuite est-ce que notre animosité est suffisante pour que nous mettions une certaine violence dans notre réponse. Violence physique je veux dire afin qu’il sente le poids dont nous voulons le charger et qui doit l’empêcher de bouger. Concrètement je propose ce diptyque. D’une part le volet des mots et d’autre part le volet de l’action,

    -C’est correct, conclut Sazak et il me semble que le volet action va beaucoup dépendre de l’état d’esprit dans lequel nous allons le retrouver tout à l’heure,

    Michel Costadau

  • Romani 67

    Romani 67

    -Avant de partir, j’ai encore une question : pourquoi 3 ballons explosifs au dessus de ma palissade,

    -C’est le déroulement du compte à rebours commencé à 10, par une simple planche,

    -Vous êtes vraiment minable et lâche. Si vous aviez quelque chose à me dire, vous auriez pu le faire depuis longtemps, plutôt que de vous amuser comme un gamin mal élevé,

    -C’était à vous de comprendre ces messages qui allaient crescendo,

    -Ca  j’ai pas capté mais si je comprends bien nous avons, quand même, interrompu le décompte au bon moment,

    -Vous n’avez rien interrompu du tout. Il reste encore deux avertissements avant la chute finale,

    -Parce que vous comptez continuer votre plan. Mais vous êtes fini là, complètement démasqué. Il ne se passera plus rien. A tout à l’heure.

    Je quitte la pièce en demandant à Vienna de réunir tout le monde dans sa chambre, pendant que je vais chez les voisins voir s’il y a quelques membres de la famille. Je n’y trouve personne et quand je retourne dans la chambre je vois qu’ils sont tous là, même Timor.

    Je propose donc à Vienna de faire un rapide résumé de la situation.

    -Mon ex n’est pas venu pour discuter de quoi que ce soit mais seulement pour demander le départ de notre ami et ce dans les plus brefs délais. Nous lui avons promis une réponse dans un peu plus d’une heure,

    -C’est quand même fort de café, explose Taqui, que nous ayons cherché à le rencontrer et que nous nous retrouvions avec un ultimatum. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas bien chez nous, ce n’est pas possible,

    -Ce qui ne fonctionne pas, répond Bulan, c’est que nous, nous cherchons seulement à vivre normalement mais qu’il y a un individu qui passe son temps à vouloir nous nuire. La situation est complètement déséquilibrée car il nous arrive quelque chose que nous n’avons pas demandé et que nous ne voudrions pas voir exister,

    -Cette chose, ce n’est pas que nous ne voulons pas la voir, reprend Vienna, c’est que nous ne voulons pas entrer dans un conflit. En fait nous espérons qu’il va s’apaiser, s’évanouir tout seul, en comptant sur la lassitude, le temps et aussi le fait que nous évitons de l’entretenir et de l’envenimer en ayant une attitude plutôt conciliante,

    -Et visiblement ça ne marche pas, conclut Taqui. Cette fois c’est à nous de faire quelque chose. Et pour commencer est-ce que nous voulons le départ de notre ami ?

    -Non, non et non répondent tous les présents,

    -Mais ça ne nous dit pas quoi faire, précise Vienna,

    -Pour savoir quoi faire, dis je, il nous faut définir où nous voulons arriver, dans quelle situation nous voulons nous trouver ce soir. Nous devons, aussi, ne pas oublier la situation de départ. Quelqu’un nous en veut d’une manière implacable et disproportionnée et ce quelqu’un est membre de votre famille. En soi ce n’est pas original, mais il faut savoir que ces histoires se terminent toujours mal car il est impossible de détendre le ressort qui a conduit à cet état. C’est avec ce constat qu’il nous faut faire un choix,

    -Alors c’est simple, répond Sazak, nous voulons que notre père arrête de nous nuire, soit qu’il disparaisse de nos existences, soit qu’il devienne dans l’incapacité de nous perturber et même de nous approcher,

    -Et vous comptez sur lui pour faire ça, reprend Bulan. Je crois qu’il faudrait beaucoup de chance si l’on veut arriver à cela,

    -La chance et puis quoi encore, rétorque Taqui, je vois que l’on est toujours dans le déni. Réveillez vous famille, y a le feu à la porte et vous vous chantez une berceuse pour vous endormir,

    -Il n’est pas question de s’endormir, intervient Sazak, au contraire nous devons effectivement, changer de comportement, nous montrer plus réactifs, plus rapides, plus offensifs si nécessaire,

    -Je crois que ça devient indispensable, reprend Bulan. Nous devons nous aussi entrer en guerre. Il veut des ennemis, nous pouvons lui en offrir. Notre force c’est que nous sommes unis, solidaires et calmes, au moins pour le moment,

    -S’il faut faire la guerre, insiste Vienna, nous la ferons. Peut-être avons-nous trop attendus. Je ne souhaitais pas en arriver là,

    -Personne ne souhaitait en arriver là. Cependant il y a une option que nous n’avons pas encore étudiée, ajouté je, c’est que nous nous battions en combat singulier, lui et moi. Le perdant quitte la scène.

    Michel Costadau

  • Romani 66

    Romani 66

    Le vendredi soir tout est en place et nous dinons chez Bulan, y compris avec les voisins. C’est lui qui a préparé le repas, avec une salade verte aux agrumes et une omelette aux pommes de terre. Les voisins ont amené un rouge léger et parfumé du Sud-Est qui va très bien. La discussion roule sur l’art et les styles de la peinture contemporaine mais il est difficile de savoir si seulement il y en a. Nous nous séparons  assez rapidement pour être d’attaque le lendemain. Je rentre avec Sazak et Timor et je bois un petit verre avec lui avant d’aller me coucher.

    C’est l’odeur du café qui me réveille, étrange odeur qui sent le chaud et vous attire inexorablement.

    En plus il est bon le café préparé par Sazak. C’est bien réveillé et en forme que nous allons chez Bulan prendre nos postes. Ca fait un peu militaire notre organisation mais dès 10h il y a de l’occupation avec plus de visiteurs que nous avions imaginés. Des connaisseurs en plus, heureusement les voisins savent répondre aux questions plus spécialisées. Comme convenu Vienna se tient chez Bulan et je me positionne chez les voisins. J’essaie d’observer les visiteurs et de temps en temps je me dis « tiens ça pourrait être lui ». A vrai dire je ne connais personne, certes ce n’est pas tout à fait mon quartier mais quand même, j’en suis un peu étonné.

    A midi nous fermons pour prendre un repas tous ensembles. Nous rejoignons Vienna qui est en forme après son heure de discussion avec les amateurs d’art. Elle nous explique d’ailleurs qu’elle s’est prise au jeu et qu’elle était contente quand quelqu’un voulait acheter une œuvre. Acheter n’est pas le mot exact puisque qu’il s’agissait seulement d’une réservation. On mettait alors une étiquette sur le tableau avec la mention 1 offre, ou 2 offres si deux visiteurs avaient fait une réservation. En tout il y avait déjà trois réservations dont deux pour le même.

    L’après-midi se déroule sans incidents particuliers avec un peu moins de visiteurs, mais des gens connaissant la famille de Vienna ou celle des voisins. Le soir c’est chacun chez soi, ce qui fait que je me retrouve seul, ce qui m’arrange un peu parce que ces journées à voir du monde c’est pire que regarder la télé, moi ça me fatigue.

    Le dimanche matin se lève dans un léger brouillard lumineux sous quelques rayons de soleil diffusant une teinte rose. C’est à la fois joyeux et un peu mystérieux, mais c’est signe de beau temps. Chacun est en place pour le deuxième round. Je suis en train de prendre un café chez les voisins quand Taqui vient me dire : contact établi, il faut que tu viennes.

    Je la suis et nous entrons chez Bulan au milieu de quelques visiteurs. Elle m’emmène dans la cuisine ou je vois Vienna et un inconnu, pas très grand, au visage rigide assis en face d’elle. C’est lui qui prend la parole directement :

    -Je ne cherchais pas Vienna mais je savais qu’en la cherchant je vous trouverai et c’est vous que je viens voir. Assoyez-vous,

    -Volontiers si vous acceptez d’expliquer votre attitude particulièrement hostile et même malfaisante à l’égard de Vienna,

    -C’est simple je déteste cette famille non sans raisons,

    -C’est quand même votre famille ?

    -Non ce n’est plus ma famille c’est une bande de hors la loi repliée sur eux mêmes,

    -Mais moi je ne fais pas partie de cette famille que je sache,

    -Vous avez contrecarré mes actions en soutenant Vienna quand elle est venue à Paris et vous avez l’intention de continuer, vous êtes donc mon ennemi,

    -A priori je me demande si vous n’inventez pas ce sentiment car il n’y a pas de réciproque, vous tenez une position unilatérale qui est peu défendable. Pour moi vous êtes l’ex de Vienna, mais pas encore mon ennemi,

    -Je ne suis pas venu pour discuter, je suis venu vous dire que l’un de nous deux est de trop. Soit vous partez, soit je vais vous y obliger. Et quand je dis partir ce n’est pas pour une semaine c’est pour toujours, est ce clair ?

    -Ce qui est clair c’est que vous êtes un peu malade, peut être même beaucoup. J’espère pour vous que ça se soigne, sinon votre avenir ne sera pas particulièrement rose,

    – Quand partez-vous ? Je n’ai pas très bien entendu la réponse,

    -La réponse est : je vous quitte immédiatement pour discuter avec Vienna et ses enfants. Je reviens ici même dans une heure et demi et j’espère que vous serez toujours là. See you.

    Michel Costadau

  • Départ de Raymond Borraz

    Départ de Raymond Borraz

    Pour Raymond Borraz – samedi 27 août 2022 – Cimetière d’Appelle – 16h00

    Hommage de Christophe Pouyanne

    Mon cher Raymond,

    Jʼai plusieurs bonnes nouvelles pour toi, la première c’est que tu vas rejoindre Françoise, dans ce petit et bucolique cimetière d’Appelle, à l’ombre de ses immenses cyprès. C’est un endroit paisible et c’est bien de vous savoir reposer ici tous les deux.

    L’autre bonne nouvelle, c’est que ton esprit jovial et souvent malicieux, libéré de cette enveloppe charnelle qui nous encombre, va pouvoir flotter librement dans les airs tout comme l’esprit de ce palmipède librement enchainé dont tu étais gourmand, avec sa verve satirique que tu partageais avec plaisir.

    Cet esprit borrassien donc, sois en sûr, continuera à souffler dans ces collines de cocagne pendant longtemps et même qu’il pourrait aussi retourner dans ces contrées que tu aimais bien : de la Toscane tarnaise à la Toscane italienne, flotter au dessus des tours de Manhattan ou déguster une Zarzuela sur les ramblas de Barcelone…

    Mon cher Raymond, tu as tiré ta révérence après une bonne vie, c’est bien mais cela a des conséquences :

    qui va corriger les fautes d’orthographe et d’accords du participe passé des discours du Maire ?

    qui va nous écrire des textes piégeux pour notre dictée annuelle?

    qui va nous commenter l’actualité avec des bonnes blagues sur le parking du fournil, un bon pain sous le bras?

    Bon, Ne t’inquiètes pas, on va se débrouiller pour tout ça … mais c’est une façon de te dire à toi à tes enfants Olivier, Hélène et petits-enfants Samuel, Baya, liv, Drahman que tu vas nous manquer. Avec ce temps sec, cette chaleur, les cyprés, les cigales … on se croirait en Provence dans du Pagnol, comme disait Marius à César :

    «Raymond, on t’aimait bien tu sais …»

     

    Hommage d’Edwige Malberg

    Raymond, cher Raymond,

    Qui désormais corrigera nos fautes de français et nos fautes d’orthographe maintenant que tu es parti ?

    Tu nous laisses orphelins, tes enfants, tes petits-enfants et nous aussi tes amis.

    Tu laisses derrière toi un grand vide. Notre tristesse est immense. Ton absence va être à la mesure de ce que fut ta présence.

    Mais Raymond qui avait une personnalité solaire n’aimerait sûrement pas que notre tristesse ait le dernier mot, lui qui savait si bien célébrer la vie.

    Aussi,  repassons chacun dans notre cœur tous les souvenirs de moments heureux partagés avec lui ; il y en a eu beaucoup.

    Pour moi, ce furent avec lui et Françoise les rencontres philosophiques, d’abord à Durfort dans les années 90, puis au café philo de Puylaurens pendant une petite dizaine d’années dont il fut un fidèle.

    Raymond s’était attaché la sympathie et l’amitié de tous les participants par sa bonne humeur,  ses remarques percutantes et ses vives réparties, son humour, ses blagues, son esprit pétillant et par dessus tout par sa vaste culture historique et politique.

    Pas un événement, pas une manifestation d’Appelle où Raymond n’ait été présent tellement il avait le sens de l’amitié et du partage. Il faisait intégralement partie de la vie du village, ce village communautaire exemplaire par l’esprit convivial qui y règne et par la créativité qui s’y exprime.

    Nous partagions Raymond et moi, outre l’amour de la langue française, le goût du cinéma et nous sommes quelquefois allés ensemble voir quelques films, le plus souvent des films qui évoquaient la période du franquisme, période qui a durablement et profondément marqué sa vie, lui enfant de la Retirada et qui le resta jusqu’au bout de sa vie.

    Autre signe de notre amitié : Raymond n’hésitait pas une seconde à m’engueuler copieusement quand je la ramenais avec ma technophobie, lui qui était familier et à l’aise avec l’informatique dont il appréciait les possibilités infinies qu’elle offre.

    On ne se rencontrait jamais sans plaisanter d’une chose ou d’une autre tant il avait un caractère joyeux.

    Nous ne perdons pas seulement un ami très cher mais aussi un champion d’orthographe et nous n’aurions manqué pour rien au monde la dictée qu’il organisait chaque année en décembre où nous nous retrouvions une bonne vingtaine dans une joyeuse ambiance à se casser la tête sur des orthographes alambiquées.

    Il y a eu les années difficiles : la maladie lente mais inexorable de Françoise et sa mort. Raymond les a traversées avec courage, faisant face avec une relative sérénité.

    On sentait un homme solide et équilibré. Quand quelque temps après la mort de Françoise, il s’est peu à peu relevé de son deuil et s’est organisé une bonne vie qui respirait l’harmonie entre la marche matinale, le jardinage, les bains dans la piscine, les voyages dont celui tout récent à New York dont il a été si heureux ; « une ville fascinante et monstrueuse » disait-il.

    Nous ses amis, nous nous réjouissions et admirions comme il avait su repartir dans le flot de la vie après l’épreuve de la perte de sa femme.

    Vous, sa fille, son fils, ses petits-enfants dont il nous parlait souvent, nous ses amis, après la sidération de sa mort brutale et la tristesse du deuil ; à sa suite, pour lui, pour le bon vivant, le grand vivant qu’il fut, nous continuerons de célébrer la vie qu’il aimait tant.

    Je voudrais finir sur une note d’humour : A chacune de nos rencontres philosophiques, nous avions droit à une bonne blague. Je me rappelle celle-ci : Il disait : « Moi, je voudrais aller au paradis pour le climat et en enfer pour la compagnie. »

    Parions qu’il a été exaucé et qu’il jouit à présent et d’un bon climat et d’une bonne compagnie.

     

    Hommage d’Olivier Borraz

    Trop peu de temps pour préparer ce discours, il m’a manqué quelques années …

    Remerciements à tous d’être venus aussi nombreux, beaucoup étaient déjà là il y a trois ans pour maman, quelques-uns nous ont quittés depuis. Une pensée particulière pour Valdo et Bernard.

    Certains n’ont pas pu venir mais nous ont écrit pour dire leur immense tristesse (Christian et Françoise Léonhard, Lievin et Marie-Thèrese Deporter, Michel Alliaga, …).

    Me gustaría dar un agradecimiento especial a nuestros primos que vinieron desde Calanda y Zaragoza para rendir homenaje a papá. Su presencia aquí hoy es muy conmovedora.

    Papa a eu une belle vie, il nous l’a dit à plusieurs reprises dans ses derniers jours.

    Une vie pourtant marquée par un drame initial, le décès de son père lors de la bataille de Belchite en 1937, la fuite d’Espagne avec sa mère et sa sœur lors de la Retirada, l’arrivée en France en 1938 dans des conditions difficiles. Mais très vite, des personnes extraordinaires sont venues à leur aide et leur ont permis de construire une nouvelle vie. Papa en parlait souvent avec émotion, car ces bonnes sœurs, cet instituteur, ce pasteur, et d’autres encore, leur ont permis d’éviter l’horreur des camps de réfugiés et d’être accueillis comme il se doit. Et à partir de là, bien que vivant dans des conditions modestes, papa, sa sœur Victoria, leur mère n’ont plus jamais manqué de rien. Sa mère travaillant dans la journée, tout petit papa a accompagné sa sœur Victoria à l’école. Assis au fond de la classe, les bonnes sœurs lui donnaient des devoirs pour l’occuper. Et c’est ainsi qu’il apprit très vite à lire et à écrire, et commença l’école en sautant deux classes. A 16 ans, il avait terminé le lycée. Aurait-il été issu d’une famille plus aisée, il aurait probablement poursuivi ses études à l’université. Mais il commença à travailler, chez Crouzet à Labastide-Rouairoux. Ce qui peut paraître comme une injustice, tant il avait des facilités à l’école, se révéla certainement pour lui une chance. Car après plusieurs années, et au gré d’une petite annonce aperçue dans la presse locale par sa future belle-mère, il débuta chez Burroughs une carrière qui devait l’amener, d’abord aux quatre coins de la France, puis à partir de 1973 aux quatre coins du monde.

    Je ne vais pas revenir sur toute son histoire, qu’il a souvent racontée par bribes à tous ceux qui sont réunis ici aujourd’hui. Papa adorait revenir sur différents épisodes de sa jeunesse, de ses débuts professionnels, de ses voyages, … Papa adorait parler, et dès qu’il trouvait un public neuf et à l’écoute, était intarissable. Et c’est vrai qu’il eut une belle vie. Je ne vais donc pas revenir sur cette vie, mais souligner simplement des constantes : l’amitié ; l’humour ; l’insouciance.

    • Papa a toujours eu des amis, de vrais amis, des amis qui ne l’ont jamais quitté. Beaucoup de ses amis sont là aujourd’hui, d’autres en pensée, d’autres sont déjà partis. Mais ces amitiés étaient profondes, durables, sincères, et souvent ponctuées d’épisodes drôles qu’il adorait raconter.
    • Papa adorait rire et faire rire. Il avait une collection de blagues, que nous avons tous entendues, parfois plusieurs centaines de fois, et qu’il emporte avec lui. Il avait une manière de les raconter qui rendait même celles qui étaient limites, voire moyennement drôles, hilarantes. Papa utilisait l’humour tant dans sa vie familiale et amicale que dans son travail. C’était sa manière de briser la glace, d’introduire un climat de confiance, d’apprendre à connaître les gens aussi.
    • Enfin, la vie de papa fut marquée par une forme d’insouciance. Il traversa la Seconde Guerre Mondiale sans manquer de rien, passa 20 mois en Algérie sans avoir connu les horreurs de la guerre et en n’ayant que des anecdotes drôles à nous raconter, et se permit même lors des événements de mai 68 (il avait alors 30 ans, ce mouvement ne le concernait pas vraiment) d’aller à Toulouse s’acheter un stylo, en s’étonnant d’être seul dans le magasin … IL n’y a que deux événements qui pour moi ressortent de ce climat d’insouciance : la victoire de Mitterrand en 1981, où je le vis pleurer de joie, et le coup d’Etat avorté de Tejero en 1982 en Espagne, où pendant quelques heures ressurgirent les fantômes du passé. Ces derniers temps, toutefois, je le vis pour la première fois exprimer une inquiétude quant à l’état du monde : cela nous surprit, il sentait déjà que la fin était proche, et il s’inquiétait du monde dans lequel nous, ses enfants, et plus encore ses petits-enfants, allaient vivre.

    Bref, papa a eu une belle vie, il a aimé et été aimé, il a voyagé, il a mangé, bu, dansé, ri. Il a pleuré aussi. Mais pour rien au monde n’aurait-il changé un détail de sa vie.

    Mais papa n’a jamais connu son père. Il a eu un beau-père, son oncle comme il l’appelait, Saturnin Sanchez, auprès duquel il apprit beaucoup. Il a eu surtout une mère qui l’adorait et le vénérait. Mais il n’a pas eu de père. Ce manque l’a conduit à lire beaucoup sur la guerre d’Espagne, à essayer de comprendre ce conflit marqué par tant d’horreurs. Pour essayer d’y retrouver les traces de son père et de sa vie en Espagne durant ces années à la fois extraordinaires, avec la collectivité anarchiste de Calanda, et terribles, avec les morts, les fusillés, les disparitions.

    Du coup, papa ne fut pas un père comme les autres. Il n’avait pas de modèle, il ne savait pas ce qu’il fallait éviter ou au contraire reproduire à partir de sa propre expérience. Du coup, il se tint souvent un peu à distance, du moins est-ce ainsi que je me souviens de lui, laissant maman occuper la place. Maman qui était si présente, si aimante. Longtemps, j’ai eu le sentiment que durant toute mon enfance, papa était distant : soit qu’il travaillait et voyageait beaucoup, soit qu’il était perdu dans ses pensées. Ce n’est que plus tard dans la vie que je pris conscience qu’il avait eu sur nous une influence discrète mais déterminante. Bien sûr il nous apprit l’humour à travers Desproges, Coluche, Devos, les films de d’Audiard, il nous fit découvrir les grands films du cinéma français, la salsa, le plaisir de bien manger et boire, et pour ce qui me concerne le football. Mais son influence fut plus profonde. Très jeune, il m’offrit quelques livres : Hommage à la Catalogne d’Orwell, Allons Z’enfants d’Yves Gibault, Les grands cimetières sous la lune de Bernanos, … Des livres qui parlaient de la guerre, de l’Espagne, de l’armée, de l’église, de l’autorité, … Des livres qui exercèrent une grande influence sur moi, notamment dans mon propre rapport à l’autorité. Papa était un anarchiste, pas au sens où on l’entend souvent (rebelle, adepte du chaos, …) mais au sens où il avait une profonde méfiance devant toute forme d’autorité, qui recèle toujours en elle un arbitraire potentiel. Et sans forcément se faire d’illusion sur la nature humaine, il préférait toujours prendre le risque des liens sociaux horizontaux plutôt que toute forme de verticalité. Papa n’aimait pas manager, comme on dit maintenant, et j’ai hérité cela de lui. Papa n’aimait pas l’armée, ni l’église. Il adorait débattre sans fin avec ses amis de droite. Que de repas, parfois tendus, en famille ou avec des amis, où il remontait sans cesse au front pour mettre ses interlocuteurs devant leurs contradictions, sans toujours voir les siennes, tel un don Quichotte incapable de résister au premier moulin venu (quitte parfois à le créer de toute pièce !). J’ai malheureusement hérité du même défaut. Il nous a appris à ne pas supporter l’injustice, les inégalités, la mauvaise foi, la bêtise et l’arbitraire. Et, comme lui, je pars régulièrement au combat, sachant celui-ci perdu d’avance, mais par souci de ne pas laisser une situation absurde ou insupportable sans rien dire.

    Papa nous a aussi, très jeunes, inciter à travailler pour gagner un peu d’argent. Pas par envie de nous faire partager ce qu’il avait connu, mais parce qu’il pensait que ce serait formateur. Aux Etats-Unis, c’était alors plus facile qu’en France et c’est ainsi que durant tout un été à l’âge de 12 ans je me suis retrouvé tous les matins à 7h dans un club de golf à faire le caddy. Puis, plus tard, de retour en France et à ma majorité, à travailler comme chasseur dans des hôtels. Là aussi, nulle obligation, mais un encouragement à sortir de notre zone de confort, comme on dit aujourd’hui.

    Papa, enfin, nous a appris la gentillesse, le respect et l’ouverture. Il était incroyablement sociable, il est toujours allé facilement vers les gens, il était curieux de les connaître, il adorait les observer (surtout depuis une terrasse de café), il n’aimait rien de tel qu’engager la conversation. Il était provocateur parfois, mais jamais méchant. Papa nous a aussi appris l’importance de la forme, qu’elle soit grammaticale ou vestimentaire : non par souci de conformité ou un attachement à des conventions sociales, mais par respect de soi. Enfin, il adorait voyager, découvrir de nouveaux lieux ou en retrouver certains régulièrement. Il nous a souvent raconté le choc que fut pour lui la découverte de la salsa dans une boîte de nuit au Venezuela, ce moment où il découvrit tout un continent qu’il ne cessa ensuite d’explorer, cette musique basait sur le rythme qu’il aimait tant battre avec sa fourchette sur la table. En fait, je vais revenir sur ce que j’ai dit plus haut : peut-être que s’il avait eu la possibilité de modifier un détail dans sa vie, il aurait aimé être percussionniste.

    En tout état de cause, et pour conclure, je dirai que nous sommes les enfants de notre père et je le dis avec beaucoup de fierté. Je l’ai compris tardivement, mais je reconnais aujourd’hui tout ce que je lui dois, tout ce qui en moi vient de lui. Nous avons eu énormément de chance, Hélène et moi, mais aussi ses petits-enfants, Samuel, Baya, Drahmane et Liv, qui adoraient leur grand-père comme ils adoraient leur grand-mère, lesquels le leur rendait bien. Liv l’appelait son grand-père orthographique, elle fit une dernière dictée avec lui en juillet, qui suscita son admiration tant elle fit peu de fautes, moi une autre en août, mais par amour propre je préfère éviter de vous dire le nombre de fautes que je commis alors … Liv ne peut pas être là aujourd’hui mais elle est très triste, son grand-père lui manquera beaucoup. Il nous manquera à tous terriblement, mais comme je l’avais dit pour maman il y a trois ans, quelle chance nous avons eue de l’avoir comme père.

     

    Hommages rassemblés par Martine Laurens

    Raymond,

    Nous ne nous attendions pas à ton départ si tôt.

    Merci Raymond pour tous ces moments partagés

    pour ta générosité

    pour ta sensibilité

    pour ta disponibilité

    pour ta joie de vivre

    pour ton humour

    Merci la vie d’avoir permis à nos chemin de se croiser.

    Ne vous inquiétez pas Françoise & toi nous ne vous oublierons pas.

    Martine et Christian

     

    Oh non….Nous pensons fort à lui et à toute sa famille et lui envoyons  nos plus belles pensées.

    Samuel et Marie

     

    Mais non….. On ne s’y attendait pas !!

    Nous avons beaucoup pensé à lui hier sur l’eau….

    Raymond porte avec lui de beaux souvenirs d’Appelle dont nous nous souviendrons toujours. Nous penserons bien à lui et à sa famille samedi….Dites leur combien nous aimions Raymond et toutes ses attentions.

    Aurélie et Adrien

     

    Raymond,

    C’est le voisin qui vivait au dessus de la maison où l’on est nés,

    C’est celui que l’on croisait en voiture sur les routes d’Appelle quand on jouait, enfants, l’été,

    C’est celui qui, quand il venait chercher son pain, nous serait la main pour nous saluer,

    C’est celui qui nous donnait le Canard Enchainé pour le lire et se tenir informé,

    C’est celui qui était l’as en dictée et en alphabet.

     

    Alors bien évidemment, c’est celui à qui nous avons tous envoyé nos écrits pour les corriger.

    C’est celui qui nous racontait des histoires de sa vie et on en redemandait.

    C’est celui chez qui, l’été à la piscine, nous allions nous baigner, sans jamais le déranger.

    C’est notre voisin envolé cette année pour qui nous avons toujours une pensée.

    Raphaël

     

    Hommage de Michel Costadau

    Il n’y a pas si longtemps nous étions ici pour le départ de Françoise. J’avais alors dis à Raymond qu’il était le champion de l’amitié. Après il était venu me trouver pour me dire que c’était tout à fait exagéré et qu’il ne méritait pas ce titre. Alors je vais lui décerner un nouveau titre : Raymond roi de la contradiction.

    En fait c’est Edith d’abord qui a connu Françoise par le dessin, moi je n’ai découvert Raymond qu’ensuite. Mais quelle découverte. J’ai été captivé par son parcours, son histoire riche, compliquée faites de malheurs et de bonheurs. Quand il me racontait Athènes avec cette baie vitrée de son bureau donnant sur le Parthénon et la douceur de la vie grecque, c’est comme si j’y étais, si je voyais moi aussi cette splendide vue.

    Puis nous nous sommes mis à partager la CNT et la commence les contradictions. Il me transmettait des revues, des journaux avec lesquels il correspondait. D’ailleurs son gendre Sylvain l’a qualifié d’Anarcho-Salsero mais Raymond anarchiste j’arrive pas à y croire. Parce que pour ce qui est de respecter les règles, les usages et les lois, Raymond n’avait pas son pareil. Donc plutôt sentimental qu’anarchiste, car il ya encore peu, l’évocation de son père lui mettait les larmes aux yeux.

     

    D’ailleurs cette passion pour la langue, l’orthographe, la grammaire était basée sur l’intangibilité des règles, pour lui c’était écrit dans le béton. Et pôur lui ke crois que la société était une construction inamovible et intouchable dans laquelle il fallait se débrouiller au mieux de ses intérêts et il s’est plutôt bien débrouillé.

    Quand je lui demandais : Raymond comment as-tu fais pour retenir tous ces accords, ces tournures, ces exceptions de la langue française il me répondait : Michel c’est simple j’ai un QI nettement au dessus de la moyenne, c’est clair, faut pas chercher plus loin. Et il avait surement raison.

    Mais il n’était pas écrasant pour autant. C’est rare des personnalités riches et non imbues d’elle-même, c’est même exceptionnel.

    Quand même il n’aimait pas du tout la remise en cause de l’autorité. Plusieurs  fois il a fait des sorties assez virulentes contre ceux qui mettait en cause scientifique, médical pou autre en disant : mais qui êtres vous pour contester les avis de gens formés, spécialisés et reconnus. Vous n’y connaissez rien vous ne faites que du bavardage. Bigre.

    Il me semble qu’il compensait sa rigueur intellectuelle, par la légèreté des blagues qu’il racontait. Je cois qu’il a pris son accent pieds noirs au service mais il était formidable et riait autant si ce n’est plus que son public.

    Comme il savait que nous luttions contre l’autoroute il me disait : Michel tout le monde dit qu’il va se faire. Alors vas-y dis moi  pourquoi il ne se fera pas. Et je lui expliquai les atteintes à la loi et à la biodiversité. Mais je ne suis pas sur qu’il y croyait.

    Raymond roi de la contradiction entre les règles et leur transgression. C’est ça qui le rendait si vivant. Parce que ceux qui n’ont pas de contradictions c’est qu’ils sont déjà mort. Et ça a finit par lui arriver.

    Adieu Raymond mon ami.