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  • Agri 8

    Agri 8

    Et cela autant de fois qu’il faut et que le temps le permet. Car la promise du paysan c’est le temps. Et elle lui mène la vie dure. C’est une spécialiste des câlins encourageants et des promesses non tenues. C’est lui, le temps, qui le fait sourire ou pleurer, qu’il scrute avec angoisse, qu’il attend avec avidité, C’est lui qui commande presque toutes ses actions, soit pour lui dire de ne pas faire, soit pour lui dire qu’il peut y aller. C’est lui qui le stresse parce qu’il faut aller vite, se dépêcher. Double stress quand justement pour aller vite il fait une bêtise qui le retarde inexorablement. Mais aussi grand sentiment de joie et d’apaisement quand la pluie arrive au bon moment avec la lenteur qu’il faut, la quantité qui va bien. Plaisir irremplaçable aussi de voir que ce que l’on a semé pousse bien en ligne sans manques et sans trop de salissement

    Mais c’est rare, l’habituel est plutôt fait de petite attente, de petite joie et de petite peine. Car chaque région a son temps à elle. Et il n’est ni possible, ni souhaitable de vouloir arrêter le vent d’autan sur le Tarn ou la tramontane sur l’Aude. D’ailleurs les adages ne manquent pas pour essayer de se rassurer sur les prévisions. Je n’en site qu’un qui concerne le ciel et marche assez souvent : « Rouge le soir bisoir, rouge le matin pluie en chemin ». Pour ceux qui auraient un doute : bisoir veut dire vent pour la rime.

    Et ainsi, chaque action agricole n’est possible qu’avec le temps qui va bien. Mais attention le temps ce n’est pas que la pluie, c’est aussi le vent, la grêle, le soleil, la tempête, la neige, le gel, le brouillard, le givre. Le gel justement permet parfois de préparer la terre sans que ça colle trop. Evidement c’est souvent la nuit qu’il gèle le plus fort et se lever à 3h pour travailler jusqu’à 8h fait partie des pratiques agricoles.

    Je me souviens à mes débuts d’avoir amené un soir le tracteur avec le semoir dans le champ à semer, pour revenir en pleine nuit avec un bon -5°. Certes le sol était gelé mais le problème c’était que la terre qui était autour des roues du semoir avait aussi gelée et donc que les roues étaient bloquées. J’ai donc passé une demi-heure à taper sur des blocs avec un pied de biche, les mains je te dis pas, car évidement je n’avais pas de gants. En plus la nuit on n’y voit rien ce qui fait que je me suis perdu dans le champs ne sachant pas si j’étais déjà passé là ou pas. J’ai un peu insisté, mais au bout de deux heures je suis rentré en étant sûr d’avoir fait du mauvais boulot.

    L’apprentissage du métier de paysan se fait comme ça, mauvais coups après mauvais résultats. A l’école on peut toujours vous dire : attention aux sols gelés, les outils peuvent l’être aussi. Tant que vous ne l’avez pas expérimenté c’est lettre morte. C’est pour ça que naître dans une famille de paysans est un atout considérable pour la connaissance du métier. Car c’est la seule manière de voir en direct les pièges et ennuis des machines, des animaux et des produits.

    Dans la suite des bienfaits du gel, on a les engins à chenilles qui restent  collés sur toute leur longueur et vous avez beau envoyer votre centaine de chevaux ça ne bouge pas d’un mm. La solution est alors de chauffer au chalumeau  pendant un certain temps. Ceci dit la encore meilleure solution c’est de se trouver une occupation à l’intérieur et d’attendre le dégel.

    En fait de dégel il est à noter, dans nos régions, qu’il y a de moins en moins de jours de gelées. Cela fait plusieurs années qu’il n’a pas fait deux ou trois jours de suite sans que la température remonte au-dessus de zéro. Les années de forte baisse des températures sont plutôt loin dans le passé.

    Vous le savez le froid a la vertu de faire éclater les mottes de terre. Mais paradoxalement les fortes sécheresses ont le même pouvoir. Cette année par exemple la sécheresse a décompacté les sols mieux qu’un outil. Le travail de la sécheresse d’été est-il en train de remplacer le gel d’hiver, bonne question.

    Michel Costadau

  • Agri 7

    Agri 7

    Et cela autant de fois qu’il faut et que le temps le permet. Car la promise du paysan c’est le temps. Et elle lui mène la vie dure. C’est une spécialiste des câlins encourageants et des promesses non tenues. C’est lui, le temps, qui le fait sourire ou pleurer, qu’il scrute avec angoisse, qu’il attend avec avidité, C’est lui qui commande presque toutes ses actions, soit pour lui dire de ne pas faire, soit pour lui dire qu’il peut y aller. C’est lui qui le stresse parce qu’il faut aller vite, se dépêcher. Double stress quand justement pour aller vite il fait une bêtise qui le retarde inexorablement. Mais aussi grand sentiment de joie et d’apaisement quand la pluie arrive au bon moment avec la lenteur qu’il faut, la quantité qui va bien. Plaisir irremplaçable aussi de voir que ce que l’on a semé pousse bien en ligne sans manques et sans trop de salissement

    Mais c’est rare, l’habituel est plutôt fait de petite attente, de petite joie et de petite peine. Car chaque région a son temps à elle. Et il n’est ni possible, ni souhaitable de vouloir arrêter le vent d’autan sur le Tarn ou la tramontane sur l’Aude. D’ailleurs les adages ne manquent pas pour essayer de se rassurer sur les prévisions. Je n’en site qu’un qui concerne le ciel et marche assez souvent : « Rouge le soir bisoir, rouge le matin pluie en chemin ». Pour ceux qui auraient un doute : bisoir veut dire vent pour la rime.

    Et ainsi, chaque action agricole n’est possible qu’avec le temps qui va bien. Mais attention le temps ce n’est pas que la pluie, c’est aussi le vent, la grêle, le soleil, la tempête, la neige, le gel, le brouillard, le givre. Le gel justement permet parfois de préparer la terre sans que ça colle trop. Evidement c’est souvent la nuit qu’il gèle le plus fort et se lever à 3h pour travailler jusqu’à 8h fait partie des pratiques agricoles.

    Je me souviens à mes débuts d’avoir amené un soir le tracteur avec le semoir dans le champ à semer, pour revenir en pleine nuit avec un bon -5°. Certes le sol était gelé mais le problème c’était que la terre qui était autour des roues du semoir avait aussi gelée et donc que les roues étaient bloquées. J’ai donc passé une demi-heure à taper sur des blocs avec un pied de biche, les mains je te dis pas, car évidement je n’avais pas de gants. En plus la nuit on n’y voit rien ce qui fait que je me suis perdu dans le champs ne sachant pas si j’étais déjà passé là ou pas. J’ai un peu insisté, mais au bout de deux heures je suis rentré en étant sûr d’avoir fait du mauvais boulot.

    L’apprentissage du métier de paysan se fait comme ça, mauvais coups après mauvais résultats. A l’école on peut toujours vous dire : attention aux sols gelés, les outils peuvent l’être aussi. Tant que vous ne l’avez pas expérimenté c’est lettre morte. C’est pour ça que naître dans une famille de paysans est un atout considérable pour la connaissance du métier. Car c’est la seule manière de voir en direct les pièges et ennuis des machines, des animaux et des produits.

    Dans la suite des bienfaits du gel, on a les engins à chenilles qui restent  collés sur toute leur longueur et vous avez beau envoyer votre centaine de chevaux ça ne bouge pas d’un mm. La solution est alors de chauffer au chalumeau  pendant un certain temps. Ceci dit la encore meilleure solution c’est de se trouver une occupation à l’intérieur et d’attendre le dégel.

    En fait de dégel il est à noter, dans nos régions, qu’il y a de moins en moins de jours de gelées. Cela fait plusieurs années qu’il n’a pas fait deux ou trois jours de suite sans que la température remonte au-dessus de zéro. Les années de forte baisse des températures sont plutôt loin dans le passé.

    Vous le savez le froid a la vertu de faire éclater les mottes de terre. Mais paradoxalement les fortes sécheresses ont le même pouvoir. Cette année par exemple la sécheresse a décompacté les sols mieux qu’un outil. Le travail de la sécheresse d’été est-il en train de remplacer le gel d’hiver, bonne question.

    Michel Costadau

  • Agri 6

    Agri 6

    Car les agriculteurs n’aiment pas vraiment la nature et même, peut-être ils la haïssent complètement. Pour eux absence de pluie égal trahison, trop de pluie égal déluge inutile, sécheresse égal accident inacceptable, grêle égal état de catastrophe naturelle. C’est vrai que le mot « exploitation agricole » donne déjà une indication.

    L’exploitation des ressources naturelles est maintenant dénoncée et donne lieu à des combats de plus en plus violents. Mais l’exploitation de la terre elle-même reste encore un sujet un peu voilé qui n’a pas encore vraiment éclaté. Et pourtant avec l’agriculture chimique il faut environ 80 ans pour rendre les champs non pas complètement stériles, mais manquants de vie biologique et de matière organique. Certes l’agriculture a façonné l’évolution de l’humanité entre autre en la sédentarisant mais plus récemment en une centaine d’années la société industrielle a profondément modifié le rapport à la terre. Terre nourricière à l’origine, la croute terrestre est devenue un outil de production et un objet de spéculation. Il est clair que cette déviation de « nourrir » à « exploiter » pose un sérieux problème de survie à l’humanité. Et fait éclater crument la crise des ressources que nous vivons actuellement.

    Cet épuisement du sol a surtout lieu dans les pays industrialisés, Amérique du nord, Europe de l’ouest. Ces pays ont amené dès le début du XXème des quantités énormes d’engrais azotés et le rendement augmentait. Ensuite ils ont commencé à combattre la faune et la flore dite adventice à coups de substances hyper-toxiques, et le rendement augmentait. Mais à partir des années 70 les rendements n’augmentaient plus. Ils ont alors manipulé les semences pour les rendre insensibles à telle ou telle maladie et les rendements n’ont presque plus augmenté et même certaines années ils ont diminué.

    Pour essayer de maintenir à tout prix des rendements élevés, l’agriculture industrielle s’est aussi attaquée à l’eau et est devenue de loin le premier consommateur mondial de cette ressource. C’est-à-dire qu’en plus d’être un pollueur l’agriculteur devient un prédateur. Et répétons-le à nouveau, seul un changement de modèle peut améliorer la situation.

    Ces problèmes expliquent la ruée vers les terres encore riches d’Ukraine, de Roumanie. Il y a là une terre noire appelée par les Russes tchernozem. Pour des raisons de manque de moyens et aussi d’anti américanisme, les apports de produits chimiques ont été faibles pendant la période soviétique et n’ont pas détruit les écosystèmes locaux.

    Bien sûr pendant le même temps, une autre agriculture est née : l’agriculture biologique. Mais l’état d’esprit des agriculteurs  n’a pas beaucoup changé. En fait ce sont surtout les distributeurs, supermarchés ou chaines de magasins qui ont trouvé là une occasion d’augmenter leurs marges. En effet les clients ont acceptés de payer plus pour avoir cette absence de produits chimiques dans leurs denrées. Mais là aussi la situation a évolué. Aujourd’hui l’inflation et le climat de guerre rend les gens plus attentifs à leurs dépenses. On assiste une fois de plus à une discrimination par l’argent. Ceux qui en ont vont continuer à se nourrir bio et les autres vont retomber dans les produits chimiques.

    Et le bio est lui aussi enclin à l’agrandissement des exploitations. Les fermes bio de plusieurs centaines d’hectares sont de plus en plus nombreuses. Clairement il semble bien que le bio soit en perte de vitesse, d’une part à cause  d’une certaine réduction des dépenses, déjà évoquée, d’une partie de la population, mais aussi à cause d’une volonté politique de l’affaiblir en favorisant, grâce à la PAC, d’autres labels trompeurs comme le HVE. Ce mode de fonctionnement est révélateur de la manière dont procède le système. Il achète les agriculteurs avec la PAC, les salariés avec la paye, les actionnaires avec les dividendes, les riches avec les niches fiscales et les crises sanitaires avec des subventions. Cette vision mérite de nouveaux développements, plus tard.

    Néanmoins le principal obstacle au développement du bio est l’absence de recherche agronomique dans ce domaine. Du coup les techniciens aidant les agriculteurs sont rares et apportent peu de solutions. Il faut comprendre que beaucoup plus d’efforts de recherche sont consacrés à modifier des oies pour leur donner naturellement la maladie du foie gras, ce qui va permettre de vendre du foie gras bio, qu’aux recherches sur les associations de plantes permettant un co-développement comme cela se trouve dans toutes le prairies naturelles.

    Michel Costadau

  • Agri 5

    Agri 5

    Les agriculteurs se moquent bien de la nourriture de la population, ils préfèrent s’occuper de leurs usines et l’amour de la terre ne se mesure plus qu’au rendement. C’est une notion très importante à assimiler que celle de l’hypocrisie du slogan « nourrir la planète » dont s’est emparée la profession. Au nom de cette phrase creuse tous les excès sont permis, tant en pollution qu’en accaparement. Il doit être clair pour tout le monde que personne n’a jamais demandé aux agriculteurs français de nourrir le monde entier. Nous sommes là en pleine crise globale, c’est-à-dire qu’au nom de la rentabilité, le système financier a privé certains pays de leurs propres ressources alimentaires au profit de monocultures à destination des pays riches.

    Du coup à cause de la prédominance des céréaliers notre pays est excédentaire en blé et pour caser nos excédents nous exportons selon la loi du plus offrant. Ces pays spoliés deviennent donc importateurs de ce qu’ils produisaient auparavant en quantité suffisante pour eux.

    Alors arrive le tour de passe-passe qui consiste à inverser la situation en disant que nous subvenons aux besoins des pays démunis alors que c’est nous qui en avons créé la pauvreté.

    Toute proportion gardée c’est la même hypocrisie que le chômage, créé par l’industrie pour maintenir des salaires bas et abondé par les politiques pour se faire réélire avec l’argent de cette même industrie.

    Dans ce domaine la mondialisation est loin d’être une conquête de la  population mais, seulement, un moyen de développement par le commerce et l’industrie pour le commerce et l’industrie.

    Nous avons un autre slogan tout aussi scandaleux utilisé par la profession c’est « la ferme France » comme si toutes les fermes étaient considérées comme de simples soldats de l’armée agricole. C’est beaucoup moins de la moitié des exploitations qui sont productivistes, la grande majorité étant de petites fermes familiales avec des élevages parfois assez réduits mais avec une qualité irremplaçable et le plus souvent une bonne rentabilité. Certes pour des gens qui dépensent peu.

    En fait ce n’est pas tellement le manque de revenu qui dépeuple les campagnes mais surtout la nature du métier avec ses astreintes, la difficulté de se faire remplacer et une nécessaire culture paysanne de base qui ne s’apprend guère à l’école.

    Comment se comporter là dedans quand on est une petite ferme. Disons d’abord qu’il faut de la passion. Cet enthousiasme est nécessaire pour supporter les vicissitudes du métier : poussière, chaleur, objets lourds et coupants, ratages à répétition, bruit, lourdeur sociétale locale.

    Il faut aussi un mélange entre fermeture sur soi et ouverture aux autres. Clairement pour progresser il faut faire ses propres expériences, soit en assolement soit en amendements, soit en dates de semis, voire de récolte, en quantités ou en divers dosages. Il ne s’agit pas de se lancer dans des initiatives  sur des coups de tête, mais d’essayer de tirer rigoureusement  des enseignements des modifications que l’on apporte à ses manières culturales sur quelques années. En essayant de s’abstraire de l’aspect météorologique, pour se concentrer sur le sol qui lui n’est pas soumis à des variations rapides et brutales. Il est clair que l’épisode chaleur sécheresse de 2022 conduisant à une très mauvaise année, non seulement n’était pas prévisible mais seulement potentiel et aussi ne doit pas nous affoler bêtement mais donner lieu à réflexion.

    Par contre il ne convient pas d’avoir des pratiques à l’opposé de ce que font tous vos voisins. De fait il y a un énorme aspect grégaire dans les pratiques agricoles. D’ailleurs faire exactement comme les autres est la meilleure manière de ne pas trop se tromper. Par contre l’apprentissage est alors faible à ce moment là puisque vous vous contenter d’imiter sans savoir pourquoi.

    Comme par hasard des armées de techniciens sont là, gratuitement, pour vous aider à utiliser les bonnes technique et les produits autorisés, sauf en bio où c’est plutôt la misère avec peu de techniciens et peu d’expérimentation INRA ou autres.

    Toujours dans l’hypocrisie, l’agriculture industrielle ne s’appelle pas « chimique » alors que c’est le cas, mais « conventionnelle » ce qui est évidemment beaucoup moins agressif pour la communication, mais cache mal le mal fait à la nature.

    Michel Costadau

  • Agri 4

    Agri 4

    Et donc les banques participent, et pas seulement le crédit agricole, à la croissance des gros et à l’élimination des petits. En plus les banques voient passer beaucoup d’argent, car il est clair que l’agriculture est une activité complètement subventionnée. L’aide la plus connue s’appelle la PAC. Sans les milliards de la PAC, les fameux agriculteurs français mettent la clef sous la porte demain matin.

    Hélas cette aide favorise fortement les céréaliers, car leur chiffre d’affaire est directement lié à la surface, alors que les éleveurs comptent plutôt en nombre d’animaux et moins en hectares. Ils sont aidés au nombre d’animaux mais leur croissance est limitée par les bâtiments et la main d’œuvre.  Les maraichers ont généralement des surfaces minimes. Les arboriculteurs sont certes concernés par les surfaces mais aussi par le nombre de plants.

    C’est ce mécanisme pervers de la prime à la surface qui caractérise le modèle agricole français, avec quelques autres principes comme la liaison forte entre syndicalisme et ministère. Ce genre de collusion permet aux uns et aux autres d’en tirer un excellent parti. Le syndicat parce que sa proximité avec le ministère lui permet de faire savoir que des mesures favorables aux agriculteurs ont été obtenues par simple discussion et le ministère parce qu’il instille en toute tranquillité ses directives dans l’appareil même du syndicat.

    Les bretons et leurs algues vertes ont bien mis en évidence que sans changement de ce modèle on ne résoudra pas le problème. En effet toutes les mesures prises depuis vingt ans pour réduire la pollution aux nitrates et aux pesticides n’ont eu comme effet que de les augmenter. Depuis longtemps le discours dominant est basé sur l’hypocrisie. Des phrases fortes mais des textes flous. Toute la profession manifeste un profond mépris pour les tentatives d’amélioration de la situation environnementale. Car l’agriculture est un énorme pollueur. Et profite du modèle pour continuer sans la moindre contrainte ou alors insignifiante.

    Revenons au caractère répétitif de l’activité. C’est vrai pour la culture céréalière, c’est vrai aussi pour l’élevage, surtout l’élevage intensif. Là ce sont d’énormes machines pour traire une grande quantité à la fois ou d’immenses bâtiments pour l’engraissement. Il existe aussi de la traite automatique en continu avec un badge que porte chaque vache et qui donne accès à des distributeurs de bouchons  d’aliments fort appétissants, en tous cas pour les ruminants.

    Dans ce domaine l’idée générale du modèle est de transformer l’animal en un robot de production spécialisé entretenu par des composés déshydratés et des traitements médicaux fournis par l’industrie chimique. Et les champs en simples supports pour des productions végétales contrôlées par des produit chimiques alimentant directement la plante depuis la semence jusqu’aux grains récoltés. Il n’y a pas encore de cochons synthétiques mais ça pourrait arriver assez vite. Idem pour tous les produits végétaux et animaux. Si vous voulez une image, le paysan est celui qui nourrit surtout la terre pour qu’elle alimente la plante et l’agriculteur est celui qui nourrit directement la plante.

    Il est bien loin le temps des paysans qui aimaient leurs terres et en connaissaient le moindre m². Même si cette image a été un peu mythifiée il est clair qu’elle a existé et tout aussi clair qu’elle a disparu. De nos jours l’agriculteur est le prototype du pollueur, mais paradoxalement bénéficie encore de ce label de protecteur de la nature  alors qu’il en est le principal destructeur.

    A preuve la transformation de produits agricoles en gaz pour les véhicules. Avec la bénédiction de la PAC, c’est-à-dire avec les primes correspondantes sur les surfaces, les agriculteurs transforment du maïs ou du colza en méthane dans de gros bidons de fermentation. C’était la problématique de la ferme dite des milles vaches. Le lait, la viande ou le lisier n’étaient alors qu’un sous-produit de la ferme. Il vaudrait mieux d’ailleurs l’appeler l’usine, car sa raison d’être était la production de méthane. Nous voilà donc avec des produits agricoles subventionnés mais n’amenant rien sur les  marchés, sans que personne ne dise rien.

    Michel Costadau

  • Agri 3

    Agri 3

    La conduite du tracteur elle-même se traduit par un œil fixé sur la roue avant, droite ou gauche alternativement. Cette roue n’arrête pas de tourner et les crampons disparaissent pour aller se poser sur le sol à cet endroit imaginaire qui est son chemin.  C’est cette roue qui suit la bordure de ce qui vient d’être fait, ou la ligne laissée par le traceur ou même une ligne virtuelle construite sur l’habileté du chauffeur. Car les marques du traceur, en sol sec sont souvent difficiles à voir surtout quand il y a quelques mottes. Il faut alors intuiter en devinant plus qu’en voyant la trace. En tous  cas cette roue avant qui tourne est le spectacle, peu varié mais permanent, sur lequel je suis fixé. Et si tu la quittes des yeux, par exemple pour regarder derrière, ne serait- ce qu’un instant tu dévies assez rapidement. Et pourtant regarder derrière est indispensable parce que c’est là que travaille l’outil et ça demande, toujours des réglages qui se passent au champ. Ah oui je l’ai déjà dit mais je le répète  qu’il est indispensable de descendre assez souvent du tracteur pour apprécier le travail, vérifier une horizontalité ou augmenter une profondeur.

    Cependant le côté répétitif de ce travail ne doit pas être sous-estimé, loin de là. Les pistes de robotisation sont donc dans l’air, préfigurant des engins travaillant dans mes champs, sous la surveillance d’une salle de contrôle comme les métros ou les bus automatiques. Le paysan moderne est, donc, devenu un chauffeur et souvent il n’est plus que ça. Pour le business les avantages sont multiples. D’abord l’accroissement de la productivité : avec des outils larges et des tracteurs puissants un seul individu fait, en un jour un travail qui demandait, chez nous, une semaine il y a 15 ans. Je dis chez nous car la mécanisation est très variable selon les pays. Ceci permet avec le même personnel d’avoir des exploitations bien plus grandes. Bien sûr cette mécanisation va de paire avec des champs de plus en plus grands et c’est là qu’interviennent les organismes agricoles et gouvernementaux pour favoriser par tous les moyens cet agrandissement des champs et promouvoir l’agrandissement des exploitations. Ensuite la rentabilité liée aux primes à la surface. Les subventions européennes sont déclinées en France par des aides directes aux hectares cultivés. Ca veut dire que plus vous avez de terres plus vous touchez. Or il n’échappe à personne que l’économie d’échelle est un des fondements du monde financier dans lequel on nous fait vivre. Le mécanisme en est simple et repose sur le concept de coût fixe c’est à dire non proportionnel, comme par exemple le prix d’une heure de main d’œuvre ou d’un litre de gas-oil. Ce prix ne dépend pas de l’utilisation que l’on en fait ni de l’argent dont on dispose pour l’acheter.. Et donc si une machine deux fois plus puissante ne consomme qu’une fois et demi plus on y gagne beaucoup.

    Et donc en agriculture si vous diminuez la proportion des coûts fixes, comptabilité, foncier, bâtiments, outils. ….. mécaniquement vous augmentez votre profitabilité. Et du coup la rentabilité des petites exploitations est complètement remise ne cause. Par exemple pour le matériel, si vous l’amortissez sur 20ha ou sur 200ha ce n’est pas pareil. C’est pourtant le même matériel car il ne faut pas croire qu’avec un tracteur de 40ch on peut passer partout et tirer tous les outils. Les petites fermes se rabattent donc sur du matériel d’occasion, Heureusement on en trouve encore à cause de la disparition précipitée du nombre de paysans. Mais ces matériels n’ont, évidemment, ni confort ni aide à la conduite, ni éclairage performant.

    Ceci se traduit par un abime entre petits et gros. En fait les gros posent de  nombreux problèmes. Ils accaparent les terres empêchant les petits de s’agrandir et les jeunes de s’installer. Les gros sont multi communes et ont beaucoup de transports qui occupent les routes. Ils créent aussi un message trompeur puisque d’un côté ils polluent fortement l’air et le sol, ils vident les nappes phréatiques, ils font monter le prix du foncier et d’un autre côté, ils donnent l’impression d’une agriculture prospère et qui investit avec des matériels rutilants alors qu’ils sont surtout endettés et donc aux mains des banques.

    Michel Costadau

  • Agri 2

    Agri 2

    Semer est un mixte entre jouissance et angoisse. Plaisir de lancer la promesse d’une récolte et souci que l’opération se passe bien. Car les risques sont énormes.

    D’abord les risques mécaniques car le principe des semoirs consiste en une caisse percée de trous donnant dans des tubes terminés par un petit soc qui ouvre la terre et y fait tomber les grains par simple gravité. Seulement le soc se bouche facilement, soit que la terre soit un peu collante, soit par une fausse manœuvre quand on recule, soit encore qu‘une paille, par exemple, obstrue le tube de descente. Il convient donc de descendre souvent du tracteur pour voir si tout va bien, déboucher si nécessaire et contrôler la profondeur, car il est important de ne pas trop enfouir le blé ou l’orge, quelque mm suffisent. En général il faut remplir plusieurs fois le semoir pour faire un champ et le grain est souvent assez mal réparti dans la trémie, ce qui fait qu’un tube peut être vide parce que tout le grain est d’un côté du semoir à cause de la pente. A l’inverse le remplir quand il est encore à moitié plein élimine le risque mais multiplie les opérations et les transports car le champ peut être loin de la ferme. Il faut alors soit faire des aller et retours, soit amener une remorque avec le grain, puis transvaser de la remorque au semoir, sans en faire trop tomber à côté.

    Ensuite les trajets dans le champ. Evidemment pour une parcelle plate rectangulaire, il y a une direction qui s’impose. Cependant beaucoup de parcelles sont à géométrie très variable et demandent un peu d’apprentissage pour savoir par où commencer. Sachant aussi qu’à force de travailler toujours dans le même sens on laisse des zones moins remuées puisqu’à part le labour et le cover-crop, il y a peu d’outils qui couvrent intégralement le champ que l’on travaille. Et justement en bio le retournement de la terre est peu recommandé. Mais l’on s’en sert quand même car le labour est malgré tout un bon désherbant.

    Mais aussi les rochers, dissimulés sous quelques cm de terre et qui vous tordent le soc voire une dent ou le châssis en entier. Parce que vous avez beau connaitre votre champ mètre par mètre les rochers ont tendance à monter d’année en année et vous surprennent toujours.

    Nous utilisons aussi des semoirs pneumatiques qui plantent grains par grains à une distance déterminée. Par exemple tous les 20 cm pour des graines de tournesol. C’est l’aspiration à travers un disque avec de petits trous qui colle les grains contre les trous. Puis le disque en tournant passe par une zone où il n’y a plus d’aspiration ce qui fait que le grain tombe à ce moment-là dans le sol. Le sillon a été ouvert par un soc qui n’a pas la même forme que celui du semoir à blé mais est beaucoup plus en longueur comme une petite barque effilée. Ces semoirs de précisions présentent quand même des risques par exemple que plusieurs grains se collent au même trou ou des défauts d’aspiration. Ces semoirs sont composés de plusieurs éléments semeurs séparés par une distance commune par exemple 60 cm de façon à pouvoir biner entre les rangs. Semer se passe toujours en allers et retours et il convient de ne pas repasser sur ce qui a été semé ou laisser un vide entre deux passages. Pour cela, nous avons des marqueurs qui indiquent où doit passer la roue du tracteur pour être au bon écartement avec le passage précédent.

    Michel Costadau

  • Agri

    Agri

    Peut-être, je ne vous ai pas encore parlé de mon travail agricole.Ca commence tous les matins par la météo. Ce qui compte ce n’est pas de découvrir qu’il va pleuvoir aujourd’hui, ça c’est trop tard, non ce que je regarde c’est l’évolution de la prévision à 10 jours. Si dans 10 jours ils annoncent des orages, est ce que le lendemain puis le surlendemain c’est confirmé. En général ça bouge soit ça se recule, soit ça se rapproche, voire même ça disparait. En fait je surveille trois météos. D’abord météofrance pour une vue d’ensemble de la carte de France et ensuite pour le détail de la commune. C’est une prévision assez prudente non chiffrée qui assez souvent annonce des pluies qui n’ont pas lieu mais peut passer à côté de 20mm dans une journée. Ensuite pleinchamp, très synthétique et chiffrée, avec les températures au sol et à 2m, mais pas à quelques mm près. Enfin météociel, très facile à lire, en général assez précis pour les passages pluvieux et les changements de temps mais aussi avec quelques excès de précaution.

    Eh oui en céréales bio, le temps est ma boussole parce que je travaille énormément le sol. Et pour e s’effriter correctement la terre a besoin d’être dans un certain état de souplesse entre le sec et l’humide. Trop humide elle colle et fait des boules tassées, trop sèche elle ne se délite pas et reste en blocs plus ou moins gros. C’est pour ça que vous voyez toujours les tracteurs en même temps dans les champs. C’est que c’est le bon moment.

    Ca commence juste après la moisson, paille ou culture d’été. Premier déchaumage à disque en espérant qu’il pleuve pour que germent le maximum de graines bonnes ou moins bonnes, enfin tout ce qui peut germer. Le principe c’est qu’une graine ne germe qu’une fois et que si l’on détruit la plantule elle ne se ressèmera pas. Ensuite de juillet à septembre si possible décompactage. Ca consiste à enfoncer de grandes dents verticales ou coudées avec une pointe horizontale au bout pour soulever le sol et l’aérer. Et pour que ça marche il faut qu’il fasse très sec pour faire craquer le sol,, sinon on fait une espèce de rainurage qui ne soulève rien. Ensuite il faut distinguer les parcelles que l’on va semer à l’automne de celles qui vont passer l’hiver avant d’être semées.

    La préparation des semis d’automne consiste à passer un outil à dents, déchaumeur à dents ou cultivateur et vibro pour finir, sur 5 à 10 cm pour d’une part couper les repousses ou adventices diverses et d’autre part créer un lit de terre fine dans lequel sera déposée la graine au semis. Bien sûr tous ces travaux demandent une certaine préparation.

    D’abord préparation du tracteur et des outils, car tout ce qui est en contact avec la terre s’use par frottement. Changer les cœurs sur un déchaumeur à dents se passe plus ou moins bien selon la bonne volonté des boulons à démonter. Et souvent il faut utiliser la meuleuse pour couper l’écrou  en ensuite taper pour chasser la tige. Le tout à quatre pattes au milieu des autres dents qui ne demandent qu’à vous accrocher. Le tracteur lui-même demande du graissage et des révisions. En plus avec l’irruption de l’électronique, je deviens très dépendant du concessionnaire et de sa valise qui lui-même a quelque fois du mal à comprendre les messages qui s’affichent.

    Puis la préparation des graines à semer. Soit semence fermière , c’est-à-dire que nous avons gardé de notre propre récolte, soit semence non traitée ou bio. Pour notre semence prévoir un passage au séparateur ou au trieur et au moment de semer arrosage de vinaigre comme fongicide et remplissage du semoir au seau, à la pelle ou à la vis. Alors arrive le semis. Semer est, évidemment, l’activité la plus importante de l’année et la plus difficile aussi.

     

    Michel Costadau

  • Romani 69

    Romani 69

    -Et précisément, qui y va ? car c’est dans la cuisine que ça se passe, qui parle ? et peut-on prévoir quelques déroulements possibles ?,

    -Sazak reprend la parole en disant que Vienna et notre ami sont de base et qu’ensuite elle voit les hommes, elle et Taqui restant en réserve,

    -Il me semble, répond Vienna, que c’est à notre ami de prendre la parole pour commencer car c’est lui qui est devenu l’homme à abattre. Et d’ailleurs, dit-elle en s’adressant à moi, qu’allez-vous dire ?

    -Moi, je vais simplement exprimer notre refus de tout ultimatum, ainsi que celui de quitter les lieux. En gros nous n’acquiesçons rien de sa demande et au contraire c’est nous qui lui demandons de disparaitre de nos vies.

    -Bon, c’est clair, reprend Vienna. On ne peut pas anticiper quelle sera sa réponse, mais en fonction nous aviserons,

    -Quand même, précise Sazak, il y a, en gros, deux cas. Soit il dit ok je m’en vais soit il dit non. Dans le premier cas est-ce que nous le laissons partir sans rien ajouter ou pas,

    -Cette possibilité ne me plait pas du tout, clame Taqui, c’est reculer pour mieux sauter et commencer par reculer c’est être sûr qu’à la fin c’est nous qui allons sauter,

    -Quand même, reprend Sazak, il y a peu de chances qu’il dise ok, mais comme nous regardons les divers scénarios, il en fait partie. Et dans ce cas nous devons le laisser partir c’est tout,

    -Et alors, demande Timor, dans le cas où il ne dit pas ok, il se passe quoi ?

    -Là encore, continue Sazak, il y a deux cas. Soit il se jette sur notre ami, soit il ne fait que des menaces orales. Dans ce dernier cas nous devons encore le laisser sortir tranquillement. Par contre s’il se jette sur notre ami, il a perdu car nous lui faisons sa fête,

    -Ca se précise donc un peu, reprend Vienna, pour le reste c’est lui, par ses réactions, qui va lever nos interrogations,

    -Maintenant quelle heure est-il, demande Sazak,

    -Je lui réponds qu’il nous reste un quart d’heure avant de retourner dans la cuisine. Je propose qu’avant de retourner le voir nous allions tous ensemble dehors pour nous mettre en ordre de bataille dehors. Tout le monde est OK,

    -Timor lance, en s’adressant à Sazak : tu as dit lui faire sa fête, mais as-tu vu comment vous êtes habillés et surtout chaussés. Tout le monde en pantalon et avec des chaussures qui tiennent aux pieds y comprit les garçons. Vous avez cinq minutes. Moi j’ai mes chaussures de rando, alors je ne bouge pas.

    Il y a un petit moment de flottement pendant lequel chacun se demande ce qu’il va garder ou changer sur lui et passe ensuite à l’action vers sa chambre ou son lieu. Je me retrouve un moment  seul avec Vienna qui me dit :

    -Je regrette beaucoup que vous soyez embarqué dans cette histoire. Elle repose en grande parie sur des démissions successives de ma part, que vous avez aidé à stopper en quelques semaines. Je tenais ainsi à vous dire merci,

    -Vous n’avez pas à me remercier ni à vous excuser. J’ai agit en toute connaissance de causes et aussi pour mon amitié avec votre fils, qui s’en trouve renforcée. Ceci dit vous m’avez surpris par la rapidité de votre rétablissement. Il faut croire que vous étiez prête et que je n’ai été que le déclencheur,

    -C’est gentil, bon maintenant il nous faut passer à l’action dès que tout le monde sera là.

    Cinq minutes plus tard, effectif au complet dûment relooké, essentiellement les chaussures, nous quittons la chambre, faisons une halte dehors pour sautiller, nous détendre et nous mettre en configuration. C’est-à-dire Vienna encadrée par Bulan et moi, suivie de Timor et derrière Sazak et Taqui. Nous entrons dans la maison et nous dirigeons ver la cuisine dont la porte est fermée. Vienna prend la poignée et pousse la porte qui s’ouvre sans bruit. Son ex est toujours là assis à la table, calé dans sa chaise. La seule chose nouvelle c’est qu’il y a un couteau de cuisine à découper posé sur la table, pas très loin de sa main.

    Vienna dit « bonjour » et ne se dirige pas vers lui mais vers un placard où elle prend une tasse et se tournant vers son ex lui demande « café deux sucres ». Elle a du recréer ainsi une situation de leur ancien quotidien, car il répond « euh oui ». Et quand elle pose la tasse sur la table, d’un geste rapide elle fait glisser le couteau et l’envoie  par terre où il va se coincer aux pieds d’un meuble de cuisine à un pas de Taqui.

    Aussitôt il se lève et se précipite sur Vienna en bousculant la table. Ses mains se dirigent vers le cou de Vienna mais déjà Bulan lui a donné un violent coup de poing sur l’oreille qui stoppe son élan. Je vois une ouverture pour un coup de pieds et je lui balance ma chaussure bien tendue en plein milieu de la cuisse. Il tombe et Timor en profite pour le marteler de coup en accompagnant sa chute. Par terre il roule et se redresse mais je vois bien qu’il boite. Vienna s’est reculée près de l’évier et cherche à remettre la table sur ses pieds ou au moins à la sortir du milieu. Bulan continue de lui taper dessus, tandis que Timor lui balance force coups de lattes qui tombent au petit bonheur la chance.

    Il cherche à éviter les coups et aussi à en donner mais handicapé par sa jambe, ça tombe dans le vide. En même temps il tente de se diriger vers la porte, mais je lui fais un croc en jambe qui l’oblige à se courber pour reprendre son équilibre. C’est donc de travers le coude gauche en avant qu’il arrive sur Taqui qui a récupéré le couteau et le tient à deux mains comme un pieu. Comme il a du mal à se diriger, il se jette sur le couteau qui lui rentre profondément dans l’épaule. Il porte la main à son bras sous le coup de la douleur tout en revenant vers les éléments de cuisine aux pieds desquels il tombe lourdement, aidé par les assauts de Timor et de Bulan.

    Appuyé aux éléments, les jambes étendues devant lui, la mais serrant son bras, il a un œil à demi fermé et respire par saccades. Vienna traverse la pièce et demande à Bulan d’aller chercher un médecin. En fait de médecin je me souviens que j’ai rendez vous demain avec le rhumatologue. Ca sera pas du luxe me dis-je.

    Michel Costadau

    FIN

  • Romani 68

    Romani 68

    -Tu as vu trop de western, dit Timor, en souriant. En plus, pour que ça marche, il faudrait que tu sois sûr de gagner. Et à part un duel à l’alcool je ne vois pas dans quelle discipline tu pourrais l’emporter. Non il me semble que cette famille n’a pas besoin d’un héros mais d’une révolte,

    -D’accord, répondis je, mais tu fais un peu partie de cette famille, alors dis plutôt nous que vous. En plus, il nous reste moins d’une heure pour choisir quelle attitude adopter. En m’adressant à Sazak je demande : qu’entends-tu par comportement plus offensif ?

    -Je veux dire, répond Sazak, qu’il faut arrêter d’être passif en subissant des attaques mais commencer à donner des coups. Comment je ne sais pas, mais nous allons trouver,

    -En fait, reprend Vienna, il est clair nous devons le chasser de nos existences,

    -C’est une formule à double sens, indique Bulan, soit nous ne faisons que le menacer et il s’éloigne de lui-même, mais à ce moment-là il peut revenir quand il veut, soit nous le mettons dehors en lui ôtant toute envie de revenir,

    -Tu veux dire que cela implique l’utilisation de moyens physiques adaptés, continue Vienna. N’ayons pas peur des mots, il faudrait lui taper dessus, c’est bien cela que tu évoques. Mais qui va le faire ?

    -Mais nous bien sûr, enchaîne Taqui, et je ne pense pas être la seule à être motivée. N’allons pas croire que nous avons un rapport de force disproportionné sous prétexte qu’il est seul contre nous. Comme dit mon frère il s’agit de montrer notre commune détermination et non notre isolement des uns des autres. Il nous faut frapper ensemble, c’est un message un peu direct mais c’est le point où nous en sommes. Je suis contente que l’on aborde cet aspect plutôt que les habituelles discussions de résignés qui ne débouchent sur rien,

    -En fait je suis complètement d’accord, répond Bulan. J’ai toujours cherché à protéger maman, même en rabrouant la vindicte de mes sœurs, mais j’éprouve les mêmes sentiments qu’elles. Nous ne pouvons pas nous contenter de lui faire la leçon en lui demandant de ne pas recommencer. Et d’ailleurs quelles punitions pourrions-nous lui donner pour étayer notre propos. Il se moque de nos remontrances puisqu’elles ne se traduisent par aucun ennui pour lui. Des mots, voilà des mots c’est tout.

    La situation a changé avec l’arrivée de notre ami qui a redonné confiance à maman. Nous avons la main et il est venu à notre rendez-vous, même s’il continue ses intimidations et sa pression. C’est donc bien le moment pour nous de passer à la vitesse supérieure ou plutôt au changement de comportement. Nous sommes ses ennemis, mais lui n’en a pas. Nous allons le devenir en lui montrant notre hostilité, que nous n’inventons pas car il a passé des années à la faire naitre, à la modeler et l’agrandir. Maintenant  que nous avons les yeux ouverts, la réalité nous saute aux yeux et apparait en plein jour. Et c’est un désastre que nous contemplons. Cet homme nous a fait du mal, sciemment, continûment, vicieusement. Nous étions balladés sur la frontière entre la presque légitimité et l’abus de pouvoir.  Nous étions ballotés et nous nous balancions dans la douloureuse incertitude de l’inaction et de la victimisation,

    -Oui, je sens qu’il va se passer des choses terribles, prononce Vienna. A la fois je les redoute et je les souhaite. Nous avons quand même vécu ou survécu jusque-là. Je voudrais éviter que nous plongions dans un abime de douleur et d’incompréhension. Mais concrètement que pouvons-nous faire et quelle réponse allons-nous lui donner,

    -Mais nous pouvons faire, ce n’est pas un problème, explique Bulan. Nous savons qu’à minima nous pouvons lui tenir un discours ferme en le menaçant. Certes ce ne sont que des mots mais nous sommes bien remontés quand même. Ensuite est-ce que notre animosité est suffisante pour que nous mettions une certaine violence dans notre réponse. Violence physique je veux dire afin qu’il sente le poids dont nous voulons le charger et qui doit l’empêcher de bouger. Concrètement je propose ce diptyque. D’une part le volet des mots et d’autre part le volet de l’action,

    -C’est correct, conclut Sazak et il me semble que le volet action va beaucoup dépendre de l’état d’esprit dans lequel nous allons le retrouver tout à l’heure,

    Michel Costadau