Catégorie : Classe politique

  • Ouragan

    Ouragan

    Quelle leçon les pouvoirs publics vont-ils bien pouvoir tirer de la dévastation que viennent de subir les Caraïbes, et de celles à venir. En fait, les pouvoirs publics sont, à quelques exceptions près les politiques, et comme vous le savez avec eux il faut se méfier. En fait ce que je redoute c’est que les habitants reçoivent une aide juste pour reconstruire les bicoques en tôle ondulée qui viennent de s’envoler, et quelques fois avec eux dedans et qui s’envoleront donc encore la prochaine fois.
    Si on prend les choses rationnellement, il me semble qu’il y a trois aspects, d’abord la prévention, ensuite l’anticipation et enfin le rétablissement.
    La prévention est quasiment inexistante puisqu’il n’y a aucune norme de construction ou d’infrastructure appliquée pour de tels cas. Qui plus est, nous savons très bien la complaisance avec laquelle lesdits pouvoirs publics autorisent des constructions. De plus, il n’y a pas que les habitations qui sont concernées, mais aussi les réseaux, électricité, eau, téléphone y compris internet ainsi que la présence, et en l’occurrence l’absence, de zones sécurisées.
    L’anticipation, c’est-à-dire le temps d’avance que l’on se donne pour diminuer l’impact de l’évènement par sa prévision est, jusqu’à maintenant, essentiellement basée sur la météo et consiste surtout à déplacer la population.
    Quand au rétablissement c’est, aussi, un domaine consternant  puisque je crois qu’il n’existe même plus de plans ORSEC ou similaires, et les réponses relèvent plutôt de bouts de ficelles ou de  mesures complètement inadaptées comme les interdictions diverses, y compris de circuler, qui pleuvent dans ces cas-là.
    D’ailleurs, je viens de voir dans Acteurs Publics du 13 septembre la « Nomination d’un délégué interministériel pour la reconstruction de Saint-Martin et Saint-Barthélémy » preuve s’il en est que non seulement rien n’était prévu, mais que l’on reste dans le domaine archi-dépassé de la technocratie.
    Déjà on peut voir qu’il y a une leçon qui n’a pas été tirée, c’est le fait que les politiques continuent à être les passagers clandestins de l’aide et font à eux seuls l’information bien avant le contenu de l’assistance. Peut-être même servent-ils à masquer ces contenus. De là à dire que les politiques utilisent les circonstances et le malheur des victimes pour se propulser sur le devant de la scène, il n’y a qu’un pas que je franchis sans difficulté tant est honteuse la compassion hypocrite dont ces gens-là font preuve.
    Je crois que l’on est dans un des domaines favoris de la technocratie, à savoir les effets de pointes. Par exemple, aujourd’hui j’ai déjeuné dans un relais sur l’autoroute de Bordeaux et j’ai attendu trois quarts d’heure pour être servi tant il y avait de monde. Cependant, quand j’ai eu fini de déjeuner, il n’y avait plus personne faisant la queue, et si j’étais arrivé à cette heure-là je n’aurais eu aucun temps d’attente.
    Et nous voyons donc une des lois fondamentale de la technocratie qui est de ne jamais dimensionner quoi que ce soit sur le maximum d’utilisateurs ou d’utilisation mais seulement sur une moyenne, voire sur le minimum. Les pics sont alors censés durer peu de temps et amener les gens à adapter leur comportement en conséquence. Seulement, on a ainsi un nombre incalculable d’heures perdues dans les embouteillages, dans la queue à l’hôpital, aux guichets …et de nombreuses victimes.
    Il y a cependant des cas où le dimensionnement est sur la pointe, par exemple l’électricité. En effet, aujourd’hui personne n’accepterait que le courant disparaisse 12h/jour de novembre à mars à cause de la trop forte demande.  On voit donc bien que quand c’est nécessaire, ils savent faire alors pourquoi pas contre les ouragans. Vous n’y croyez pas, euh… moi non plus.
    Michel Costadau
  • Conviction

    Conviction

    La meilleure des défenses c’est l’attaque disent tous les stratèges. Je pense à ça parce qu’il est clair que nous sommes, depuis ce printemps, dans une bien mauvaise position. Nous avons poussé sur le balancier de la politique et il a été beaucoup trop loin. A force d’explications et de démonstrations nous avons réussi à balayer une partie de la classe politique mais le mouvement a pris trop d’élan et nous nous retrouvons avec une irruption massive du milieu des affaires en remplacement de nos politiciens professionnels et véreux. Je ne dis pas que c’est pire, encore moins que c’est mieux, je dis que nous devons nous défendre car il est certain que le milieu des affaires ne se soucie nullement de nous. Et clairement, la manière dont il se comporte dans le business n’a vraiment rien de reluisant.
    Alors attaquons.
    Attaquons ce président fantoche qui promet tout et rien et n’a aucune disposition pour rassembler, pour être un exemple, un modèle, un guide. Ce n’est pas quelqu’un qui pense, tout juste un fonctionnaire, comme son prédécesseur et ça n’a rien donné de bon. Il n’est en aucun cas le porteur de nos valeurs, de nos idées, de nos espérances. Il est content de lui et ça semble lui suffire. C’est un arriviste comme il en y en a partout et on n’a pas besoin de lui ici pas plus qu’ailleurs.
    Attaquons ce parlement croupion, triste émanation des openspace des multinationales dans lesquelles ce n’est pas ton avis qui compte mais le nombre de ceux que tu auras pu corrompre. En démocratie, les parlementaires sont les représentants du peuple auquel ils ont des comptes à rendre. Mais nous ne sommes plus en démocratie et non avons des apparatchiks préoccupés de leur avancement personnel, de leur barbe et de leur slim. Ils auraient du commencer par diviser par 10 les sommes que nous, oui nous, leur versons. Mais non ils ont enfilé l’habit et ils profitent, c’est tout ce qu’ils savent faire. Pas un seul d’entre eux n’est venu voir ses électeurs pour leur demander leurs avis. Eux ils reçoivent leurs ordres d’en haut, et pour commencer on ne les consulte même pas pour bien les habituer à obéir.
    Attaquons ces prétendues  réformes qui n’en sont pas parce qu’aucune n’est dans notre intérêt. Rien que des mesurettes à destination des gens aisés et des possédants. Je viens de découvrir que les achats de terres et de bois par des non-agriculteurs venaient en diminution à 75 % de l’ISF. Dur.
    Le vieux cliché que ce sont les riches et les patrons qui donnent du boulot nous a tellement été rabâché que beaucoup croient que c’est vrai. Non, non et non ce n’est pas l’argent qui donne du boulot ce sont les besoins des hommes et des femmes pour manger, se vêtir, s’amuser, se loger, voyager et même inventer, améliorer. Oui l’homme, toujours l’homme, pas les entreprises et les actionnaires. Ceux-là ne sont que des profiteurs, des sangsues que nous entretenons à grands frais.
    Attaquons ces médias dédiés à la désinformation et à la mascarade. Nos dirigeants sont le fruit des messages distillés sur les réseaux et non de l’opinion des électeurs, tant les médias sont devenus experts en manipulation, en vrais faussetés  et en fausses vérités.
    Attaquons cette Europe des lobbies qui dicte ses lois jusque sur les bancs de nos assemblées.
    Ok, ok bon mais alors ! Attaquer, attaquer c’est bien gentil oui, mais comment me direz-vous ?
    Nous n’avons pas de pouvoir, pas d’artillerie, pas de médias, pas de stratégie non plus, nous ne sommes pas organisés et avons même   un manque flagrant de crédibilité. Pour le moment nous crions dans le désert, ce qui produit peu d’effet et aurait tendance à nous décourager.
    Alors, quelle est la potion magique ?
    En fait notre seule arme c’est la conviction, notre propre et forte conviction que : oui nous ne sommes plus en démocratie, oui ce sont les riches qui font ce qu’ils veulent, oui nous ne nous défendons pas, oui l’exploitation est générale sur la terre, oui nos dirigeants nous emmènent dans une voie sans issue. Mais nous, oui nous, nous ne sommes pas vraiment convaincus. Nous faisons dans la retenue, dans le rosé : ~tout n’est pas si noir, ~on ne peut pas tout jeter, ~il y a de bonnes choses, ~il y a des gens bien partout, ~c’est pire ailleurs, ~nous avons encore le droit de vote, ~ça a toujours été comme ça. Non, non et non ça n’a pas toujours été comme ça. En vrai, nous ne croyons pas que ça pourrait être différent. Nous ne sommes pas vraiment convaincus, nous nous trouvons des excuses des faux-fuyants. Et cette faiblesse coupable est la principale force de nos  adversaires. C’est dans la tête que ça se passe, c’est dans la tête qu’il faut travailler.
    Alors convainquons-nous car personne ne se battra ou ne résistera à notre place. Ouf.

    Michel Costadau

  • Dupe

    Dupe

    Il ne semble pas que les Français aient bien compris comment marchent les impôts. Premier impôt par le montant, la TVA représente presque la moitié des ressources de l’Etat. Que vous ayez de petits ou grands revenus tout achat, toute vente, toute consommation donne de l’argent à l’Etat. Ce qui veut dire que, contrairement à ce que beaucoup pensent, tous le monde paie des impôts, puisque personne ne vit en autarcie. C’est donc, aussi, un impôt particulièrement injuste, puisque les ressources ne sont pas prises en compte. La TVA sur le kilo de patates est la même pour le milliardaire et pour vous. Cherchez l’erreur.
    C’est seulement l’impôt sur le revenu qui ne s’applique pas à tout le monde, mais ça ne veut pas dire que ceux qui ont le plus de revenus payent plus d’impôts. C’est là ou rentre en compte toute la litanie des niches fiscales, des exonérations et des fraudes plus ou moins légales.
    Ensuite, il y a une répartition entre impôts nationaux et impôts locaux.
    La taxe d’habitation, par exemple, dont quand même beaucoup sont dispensés, soit pour des revenus faibles soit pour le nombre de personnes à charge, fait partie de ces impôts locaux qui contribuent aux ressources des collectivités territoriales. C’est avec ces ressources que sont entretenus les routes, les établissement scolaires, les édifices publics et les maisons de retraite. Il s’agit donc bien de dépenses nationales mais faites par les collectivités.
    Alors quand le gouvernement veut d’un côté réduire les dépenses des collectivités et d’un autre côté supprimer la taxe d’habitation, il y a là un jeu de dupes dans lequel l’Etat fait une opération de communication mensongère, inégalitaire et hypocrite. Je m’explique.
    Si dans le même temps vous avez une réduction de vos revenus : limitation des heures sup, gel de  points, perte de clients, mais que vous la compensez par une réduction de vos dépenses : vacances, habillement, cadeaux, vous arriverez à rester à l’équilibre, peut-être même pourriez vous un peu épargner.
    Et donc si l’Etat dit à la population qu’il va supprimer la taxe d’habitation et qu’il va compenser la perte ainsi occasionnée dans le budget des collectivités, il paraît faire un acte généreux à destination de ceux des contribuables qui la payent.
    Mais si par la même occasion il demande aux dites collectivités de faire des économies, par exemple sur le personnel, les infrastructures ou sur les actions sociales, cela diminue d’autant la compensation qu’il est censé faire, puisqu’il aura moins d’argent à injecter en province.
    Peut-être même compte-t- il faire un petit bénéfice.
    Il apparaît donc dans cette affaire de la taxe d’habitation que ce n’est pas du tout l’Etat qui fait un beau geste, c’est simplement la population qui voit se dégrader les services. Et dans ce cas, toute la population. Ce qui veut dire que ceux qui ne payaient pas de taxe d’habitation vont finir par la payer par la dégradation des services qu’ils utilisent et dont ils ont particulièrement besoin. C’est pas beau.
    Pour ceux qui auraient encore des doutes, il suffit de bien comprendre que nous ne faisons là qu’imiter le modèle  britannique. Les Anglais ont compris depuis longtemps que la dégradation des services hospitaliers, par exemple, ne pouvait pas donner lieu à des mouvements de résistance puisqu’aucun public particulier n’était visé et que personne ne savait si pour son traitement on utilisait la molécule la moins chère mais moins efficace. Ces actions de façade vertueuse mais servant au fond à aider encore plus les riches, sont, d’ailleurs, la règle d’or des écoles d’administration.
    Notre pauvre gouvernement a pris ses idées chez les rosbifs et c’est nous qui sommes cuits.
    Michel Costadau
  • Mariage gay

    Mariage gay

    C’est sans conteste le couple de l’année. Edouard et Emmanuel, avec un petit coté XVIe – l’arrondissement pas le Louis -, forment le couple le plus gai qu’on ait vu depuis longtemps – longtemps dans les médias ça veut dire 15 jours. Quand je dis couple c’est même le genre petits vieux, à preuve qu’ils commencent à se parler par personnes interposées : je lui ai demandé de ; il m’a dit que. Lui dit à sa femme : il faut faire des économies, notre budget ne peut pas suivre, Elle répond : mais bien sûr mon chéri, c’est comme si c’était fait, je vais commencer par les vacances : cette année tu resteras à la maison et moi j’irai avec les enfants chez maman. Et ainsi de suite. En plus c’est un couple techno, non pas boum boum boum, non, mais -cratique. Eh oui technocratique. Bon je prends ça à la rigolade mais, hélas, non seulement c’est loin d’être drôle, mais en plus ça m’inquiète franchement.

    Le principal inconvénient de la technocratie c’est d’être loin, loin, loin, très loin de la vie des gens. Tout le monde connaît, bien sûr, l’humour de Coluche disant qu’à l’hôpital les gens mouraient en bonne santé, c’est-à-dire guéris de l’affection pour laquelle ils étaient entrés, mais n’ayant pu supporter le traitement curatif. Pas de bol. La faute à personne.

    Si je vous dis ça, c’est qu’un sérieux parfum de technocratie flotte sur notre malheureux pays. Le peu que j’entends de ce que tout le monde appelle les nouvelles mesures annoncées me semble n’avoir aucun lien avec notre quotidien.

    Diminuer le nombre de députés, voilà bien une mesure incompréhensible. Diminuer le nombre de députés, c’est faciliter grandement la tâche des lobbies qui auront beaucoup moins de personnes à approcher et à sensibiliser. Oui vous savez on ne dit plus corrompre on dit sensibiliser. Qui plus est, diminuer le nombre de députés, c’est diminuer la représentation populaire, ce qui est exactement le contraire de la démocratie. C’est donc seulement une mesure technocratique.

    Il y a aussi cette histoire de vaccination, dont l’intérêt pour la sécurité sociale est assez flou. S’il s’agissait d’une claire mesure de santé publique tout le monde devrait applaudir, mais il semble qu’il s’agisse plutôt d’un cadeau aux labos où d’une mesure discriminatoire, ce qui est évidemment différent. Dans tous les cas, c’est typiquement une mesure techno puisque ni l’objectif ni les moyens ne sont évoqués.

    D’ailleurs, d’une manière générale, les technocrates ne disent pas à quoi ils s’attaquent et avec quels objectifs ; ils disent qu’ils font quelque chose de pas très précis dans un domaine un peu flou avec des moyens mal définis et sans la moindre possibilité de contrôler la mise en œuvre.

    Alors  bien sûr il est encore question de la loi travail. Cette  loi adoptée difficilement il y a un an et pas encore appliquée, va être modifiée on ne sait pas trop dans quel sens, puisqu’elle était déjà assez libérale. En tous cas on ne voit pas bien le rapport entre la loi travail et  le travail, c’est-à-dire le chômage. Si c’est une loi pour diminuer le chômage : bravo, si c’est le contraire : zéro pointé. Mais comme je vous le disais, ça n’a sûrement aucun rapport avec le travail, c’est purement technocratique.

    J’ai entendu aussi le rétablissement, ou la suppression on ne sait pas très bien du jour de carence pour les fonctionnaires. Vous voulez vraiment savoir ce que j’en pense. Ben oui c’est exactement ça. Pourvu que cette mascarade ne dure pas trop longtemps, parce que j’ai le sentiment que la population en a déjà assez. C’est le syndrome du gouvernement minoritaire qui apparaît. Emma est pressé parce que ça va tourner vinaigre bientôt, et Ed ne pourra rien pour lui. Et moi non plus évidemment.

     

    Michel Costadau

  • Contre-courant

    Contre-courant

    Maintenant que la séquence électorale est terminée essayons de comprendre les résultats. Nous avons un nouveau président. Ça ce n’est pas une surprise puisque l’ancien ne se représentait pas. Ce que l’on a commencé à découvrir pendant la campagne, c’est que son réseau ne voulait pas fonctionner avec les anciens partis. Du coup il en a créé un nouveau tout en débauchant diverses personnalités has been.

    Alors est-ce que ce nouveau parti est un hybride des deux anciens partis de gouvernement, avec vocation de les remplacer. Réponse : non pas du tout. Bon mais alors c’est quoi ce nouveau parti ? Réponse : c’est le parti de la classe moyenne. D’habitude la classe moyenne est partagée entre plusieurs opinions, bobos, cadres, jeunes diplômés, intellectuels et est l’objet d’une chasse de la part de tous les partis. Mais là, il y a eu cristallisation. C’est la génération d’après 68 qui se retrouve en pleine activité et que le système a fait prendre en mayonnaise. Et c’est le paradoxe de cette élection qu’après une campagne où tout le monde était soi-disant antisystème, on se retrouve avec une assemblée et un gouvernement entièrement système. C’est la stratégie de la fuite en avant. La croissance du PIB pour sauver la planète. C’est franchement triste.

    Mais comment cette cristallisation a-t-elle eu lieu ? Comme ingrédient nous avons d’abord une très forte propension de l’électorat à vouloir se débarrasser de la classe politique obsolète que nous avons. Cette faim de renouvellement a d’ailleurs conduit à des primaires désastreuses et à la déroute des candidats primés : Mélenchon + Le Pen + Macron font 2,5 fois Fillon + Hamon. C’est sur la base de ces primaires ratées que le nouveau parti s’est installé.

    Nous avons ensuite une mainmise totale de la finance sur les médias, ce qui permet à ses possesseurs de façonner l’opinion. Macron et le nouveau parti ont été littéralement portés par les médias de bout en bout : aucune critique, valorisation de toutes les différences, jamais d’affirmations péremptoires, interviews positivées, shows millimétrés.

    Enfin, nous avons un système électoral, strictement non proportionnel, qui fait le jeu des minorités afin de prendre le pouvoir. Cette minorité, de l’ordre de 19 % à la présidentielle et de 12 % aux législatives, permet avec les institutions de notre république de prendre le pouvoir par élimination. Ce n’est pas démocratique mais c’est légal. Vous en voulez encore ?

    Mais alors qui sont ces fauteurs de trouble qui ont voté Macron deux fois ? Car ce sont exactement les mêmes qui ont fait le président et les députés. Ca vaut le coup de regarder qui sont ces héros. Le plus fort contingent est constitué par ceux que j’avais désignés comme les souliers pointus. Ce sont ceux qui mangent au restaurant ou à la cantine à midi, car ils ne savent pas ce que c’est que d’amener sa gamelle ; ils mènent une vie de couple avec deux salaires, SUV, deux enfants scolarisés, sport collectif pour les garçons, gym pour les filles. La majorité travaille dans des bureaux plus ou moins climatisés, soit en grande entreprise soit en libéral. Ce sont eux, aussi, qui voyagent en avion, mais ne payent pas leur billet puisque aux frais de l’entreprise. Fondamentalement, ils font l’audience des émissions de télé et sont du coup complètement imbibés par les médias et sans défenses, mélangeant volontiers pub et infos. C’est dans cette sphère qu’ont été recrutés les députés et les ministres. A ceux-là s’ajoutent des transfuges déçus par la droite et la gauche, ainsi que certains socialistes à qui on a fait croire que Macron était de gauche.

    Mais tout le monde n’a pas voté Macron, loin de là.

    En schématisant rapidement on peut dire que ceux qui ont voté Le Pen sont les déclassés du système, ils n’y croient plus. Ceux qui ont voté Mélenchon sont les intellectuels, ils macèrent dans leur impuissance. Ceux qui ont voté Fillon sont les vrais riches, ou qui croient l’être trop. Et ceux qui ont voté Hamon sont les fossiles passéistes qui se sont arrêtés en 36.

    Bon, au résultat, les arrivistes sont aux manettes. Est-ce que c’est une bonne chose ? Eh bien pas du tout parce que nous sommes à contre-courant de l’évolution des autres pays. La prise de conscience de la mondialisation amène, partout dans le monde, les peuples à enclencher un mécanisme d’autodéfense, de retour sur soi. Il faut reprendre la main pour continuer à exister face au raz-de-marée de l’économie globale. Du coup, beaucoup de pays essayent de s’intéresser à leurs citoyens avec une dynamique nationaliste et une recherche démocratique. Les US, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, l’Inde, les pays de l’Est, l’Italie, et pas mal d’autres, veulent bien accompagner le système mais sans y perdre leur identité. En France nous venons de faire le choix inverse : tout pour l’économie, plus d’Europe, plus de multinationales, le pouvoir aux loups aux dents longues, le gouvernement des arrivistes. Une fois de plus après l’industrie, les services et les GAFAM, nous ne sommes pas dans le bon wagon. Nous avons choisi la facilité, celle qui consiste à aller dans le sens du business et de l’argent plutôt que de mener une véritable réflexion sur notre vie en société et son avenir.

    D’une certaine manière nous avons voulu reproduire la séquence Trump. La finance qui va défendre les exclus du système. Mais au lieu de donner le pouvoir aux nationalistes ou aux démocrates, nous l’avons donné aux fonds de placement, aux start-up et aux technocrates. Il n’est pas sûr  qu’ils veuillent nous le rendre. Je crois bien qu’il faudra le leur reprendre.

     

    Population

    Electeurs : 47 millions.

    Présidentielle

    Macron : 8 millions de voix,

    Le Pen : 7 millions,

    Mélenchon : 7 millions,

    Fillon : 7 millions,

    Hamon : 2 millions.

    Législatives

    EM : 6 millions de voix,

    LR : 6,5 millions,

    FN : 3 millions,

    Mélenchon : 2,5 millions,

    PS : 1,5 million.

    Michel Costadau

  • Composition

    Composition

    La mode est à la composition. Il paraît que nous sommes en train d’assister à une recomposition du paysage politique. Vous noterez que quand je dis assister c’est bien pour marquer que l’on attend de nous que nous soyons des spectateurs et non des acteurs. Sauf que justement, pas de bol, c’est nous qui votons. Et c’est donc nous qui devrions être acteurs. Au lieu de ça on assiste à un spectacle son et lumière donné par la classe politique et dans lequel le seul rôle qui nous reste c’est d’applaudir et dire encore encore.

    Alors, que les électeurs veuillent sortir du jeu le PS et LR, ça c’est vraiment bien et c’est ce que je demande depuis plusieurs années. Mais qu’ils veuillent les remplacer par les mêmes, là y a un truc qui m’échappe, parce que ce n’est pas tel ou tel parti mais c’est la classe politique qui pose  problème, et les mêmes étant les mêmes je ne vois pas où est le bienfait. Il est vrai que le schisme vient d’en haut, le même étant le même. Si en plus on parle de lui comme du dauphin, je me demande dans quel régime nous sommes tombés.

    Bien sûr, et heureusement, il y en a quelques uns qui disent assez assez, mais ceux-là n’ont pas leur place dans les médias. Ou plutôt si, ils ont leur place mais uniquement pour les critiquer et jamais pour faire sérieusement état de leurs arguments. D’ailleurs il n’est plus question d’arguments il n’est question que de publicité.

    Dans ce genre, le dernier truc que je viens de lire me laisse pantois : « Le gouvernement a préparé minutieusement les 100 jours après les législatives ». C’est présenté comme une information au même titre que les morts de Téhéran. Et pourtant c’est le top de la désinformation.

    D’abord, ça ignore l’étape législative, comme si le résultat était déjà acquis, à savoir une majorité présidentielle de godillots. Du coup, l’élection législative, c’est-à-dire le choix de la représentation populaire devient un évènement mineur, comme s’il n’y avait plus d’élection. Et un pays dans lequel il n’y a plus d’élection, je ne sais pas comment l’appeler, mais certainement pas démocratie. D’ailleurs j’ai lu aussi que dans l’attaque sur Raqqa il y avait les Les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes, c’est vous dire où va se nicher la démocratie.

    Ensuite, ça ressemble à un scoop : quelqu’un de très bien informé dévoile presque une botte secrète : des chose sont préparées, on ne sait pas lesquelles mais elles sont prêtes. C’est rassurant. Ca ne sera pas la pagaille. Un programme va se dérouler. Heures après heure, jour après jour tout est prévu. On ne sait toujours pas quoi mais c’est prévu, et c’est ça qui est important parce que ça veut dire que la situation qu’on ne connaît pas non plus est maitrisée d’avance. 

    Enfin c’est une prouesse de désinformation : ce n’est pas le contenu qui compte, c’est la forme, l’image évoquée, le message subliminal. On dirait de l’info mais ce n’est que de l’intox. On a déjà dit que les médias sont aux mains de la finance et qu’ils nous font croire ce qu’ils veulent, mais on doit aussi rappeler que les Français sont des veaux, si non ça ne marche pas. Elevés sous la mère, label rouge – belle arnaque ça aussi-, et bientôt bio, mais des veaux quand même.

    Du coup, en fait de recomposition, c’est plutôt de la composition. J’espère que l’on n’est pas en train de retourner au parti unique, comme en 58. Parce que, absence d’élections, parti unique et président non responsable, c’est exactement le tiercé gagnant de la dictature. Dictature de la finance bien sûr mais dictature quand même, comme en Afrique.

    Alors avec notre famille politique régnante ce serait bête qu’on nous confonde avec les régimes africains. Il est vrai que c’est nous qui les avons inventés mais il n’y a pas de quoi être fiers.

    Et puis, après tout, pourquoi ne pas être en accord avec la réalité. Ce n’est plus l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, c’est la finance de Paris à Dakar.

    Michel Costadau

  • Collusion

    Collusion

    Bien entendu je n’ai pas la télé et je ne la regarde pas, mais par contre je regarde des films en vidéos, pas toujours jusqu’à la fin mais ça peut arriver quand même. Dans le tas il y a pas mal de policiers. Et j’ai remarqué, comme vous bien sûr, que le monde des polices et le monde des mafias en fait se connaissent très bien. D’abord pour découvrir, identifier, surveiller les agissements des uns et des autres mais aussi pour mesurer forces et faiblesses des hommes eux-mêmes. Je ne me souviens pas d’avoir vu le gangster et le policier amoureux de la même personne, mais c’est tout à fait possible. Cette proximité s’explique aisément par la nécessité de connaître son adversaire. Sachant bien sûr que les gangs ont, en plus de la police, à se connaître entre eux, puisqu’aussi bien ils sont souvent ennemis. Or donc tous ces gens là se connaissent bien et l’histoire pourrait s’arrêter là, parce qu’il est établi que le chasseur sait tout sur son gibier et réciproquement.

    Seulement il y a des situations disons délicates, par exemple quand la police et un gang font, volontairement ou pas, action commune pour faire tomber un ennemi de l’un et de l’autre. Cette convergence demande une grande connivence entre les dites parties et même une entente basée sur la proximité évoquée plus haut. 

    Alors cette proximité m’interroge beaucoup, bien sûr dans le domaine policier, mais surtout dans le domaine financier et politique. C’est la notion de collusion qui est en jeu. Collusion n’est pas corruption mais c’est du même genre, ou tout au moins le premier pas.

    En fait c’est surtout le domaine financier que je veux évoquer. Et par exemple je me suis demandé pourquoi les SCOP, cette forme d’entreprise non capitalistique, n’avaient qu’un succès très limité et en général de courte durée. Cette création ou reprise d’une entreprise par ses salariés a pourtant des vertus rares et attractives. Pas de dictat des actionnaires que sont aussi les salariés, pas de  spéculation des financiers, des relations égalitaires genre un homme une voix et une responsabilité partagée. Rien que du bon en fait. Et pourtant ça a du mal à attirer et du mal à durer. Pourquoi ? Aïe Aïe Aïe.

    En fait il est assez simple de constater qu’il s’agit d’un manque de collusion. Clairement, les SCOP ont un fonctionnement basé sur le tissu relationnel d’une équipe. Ce n’est pas une question de gens qui s’aiment bien, qui se sont embauchés les uns les autres, non c’est simplement une histoire de choix, le choix d’une équipe de faire fonctionner ensemble une entreprise. Cette équipe a en fait un fonctionnement interne fort mais par nature elle est peu reliée au monde capitaliste, en particulier dans le domaine de la finance. Bien sûr elle a des relations avec les acteurs : banque, pouvoir public, marché, mais ces relations relèvent plus du mode client-fournisseur que du mode main dans la main et discrète amitié. Une chose est de bien connaître son banquier et de déjeuner avec lui, une chose est de faire partie de « la famille » du banquier, genre intérêts croisés ou benoitement parrain du garçon ou de la fille. Idem pour intéresser les investisseurs : une SCOP c’est presque rebutant car non seulement ça ne maximise pas le rendement des placements mais ça recherche plutôt un fonctionnement global harmonieux ou presque. Et puis ces gens qui donnent leur avis sur un peu tout et même que l’on consulte fréquemment ça ne permet pas de faire des affaires entre soi. Eh oui les affaires se traitent en famille.

    Mais nous, nous ne faisons pas partie de la famille.

    Michel Costadau

  • Chantage

    Chantage

    Y a une espèce de malaise qui est en train de s’étendre dans la sphère politique, pas exactement un malaise mais comme une image qui devient de plus en plus floue, au point de se demander si ce n’est pas, tout simplement, un défaut de vision. Ce malaise vient de la perte d’un repère basique à savoir celui de majorité. Qui vient lui-même d’un vice de forme de notre régime, qui est l’inversion électorale entre législative et présidentielle. Pour le moment, notre président est élu dans le vide c’est-à-dire sans le moindre moyen d’appliquer un quelconque programme. Tant que l’élu était membre d’un parti et plus ou moins choisi par lui, on pouvait dire qu’il avait une majorité implicite, à concrétiser quand même, mais cernable. Mais quand l’élu est réellement un électron libre, seulement entouré de son conseil d’administration, alors ça devient pitoyable parce que vu qu’il est à poil, la course pour trouver un pantalon ressemble à un vide grenier dans lequel tout le monde met ce qu’il a de plus moche dans la rue, pour être offert au public.

    Et ce malaise atteint d’abord les candidats qui ne savent pas trop s’ils font partie, sans jeu de mots, de leur parti ou du président. C’est angoissant. Les seuls qui sont à l’aise dans leurs baskets sont ceux de Mélenchon et de Le Pen. Pour eux c’est clair, il y a adéquation entre le candidat à la présidence et le candidat à la députation. Pour les autres, bien que je sois sûr qu’ils ne m’écouteront pas, je leur donnerai le conseil de passer à l’acte c’est-à-dire de se regrouper dans le PS/LR dont je parle depuis longtemps.

    Ce malaise atteint aussi les électeurs, parce que donner une majorité à un président ne veut pas dire grand-chose, à supposer, bien sûr que nous soyons en démocratie. En fait, seul le fait de donner une majorité à des partis a un sens, puisque le moteur de la politique est encore et toujours le programme et c’est le vrai visage de la démocratie. Effectivement, après la déferlante présidentielle, les candidats députés sont en gros des inconnus et seul le programme qu’ils défendent devrait être pris en compte. Or donc les électeurs ne savent pas ce qu’ils doivent voter, puisqu’en théorie on vote pour ses idées, en général défendues par un parti. Mais quand on ne sait pas quel parti combattra ou soutiendra le président, ça devient difficile. C’est même cornélien, je t’aime donc je ne vote pas pour toi. A nouveau, seuls Mélenchon et Le Pen ne déboussolent pas leurs électeurs, ce qui est cependant une bien maigre consolation.

    Et ce malaise atteint aussi les politologues qui sont chargés de transmettre aux médias les messages des élus, ou plutôt des dirigeants, c’est plus clair. D’abord les politologues sont laminés par le rouleau compresseur médiatique, exclusivement au service du président, qui est l’élu au sens miss-France du terme. Ensuite les transmetteurs de pensées voudraient bien vanter un renouveau de la vie politique, mais force leur est de constater que ce sont encore et toujours les mêmes, un peu comme un tiercé mais dans le désordre cette fois, ce qui évidemment ne change pas grand-chose. Bien sûr ils n’osent pas dire la réalité, qui est que les électeurs sont pris en otage par la présidentielle, et qu’ils sont victimes d’un chantage à la majorité. Car c’est vrai que le besoin de majorité a été rentré en force dans les gènes des électeurs. Alors que la démocratie c’est le contraire, c’est l’exercice de la pluralité. Mais les politiques tiennent seulement à leur pouvoir.

    Alors on a déjà eu le hold-up médiatique de la campagne présidentielle, puis le chantage à Le Pen pour le second tour et maintenant on a le chantage à la majorité pour les législatives. Ce n’est plus un président que nous avons, c’est un chef de gang.

    Pourtant la réalité est claire et précise : les électeurs se sont répartis en quatre courants qui font chacun à peu près 20%. Nous devrions donc avoir un parlement réparti en 4 parts. C’est alors seulement que peut commencer le travail de discussion, d’échange, d’argumentation, de recherche de meilleure solution, qui permet à chacun d’apporter sa contribution à l’édifice commun.

    Et de revenir à la démocratie. Mais le chemin est encore long, surtout quand on n’est pas sur la bonne route.

    Michel Costadau

  • Gelée noire

    Gelée noire

    Il est clair que le principal événement de ces dernières semaines a été ces trois jours de gelée matinale qui ont fait des dégâts qu’on n’avait pas connus depuis longtemps. Pour les viticulteurs, arboriculteurs, pépiniéristes, maraîchers, c’est une perte sèche de leurs revenus qui se profile. Personnellement, en tant que céréalier, il n’y a, touchons du bois, aucune incidence. Blé et orge n’ont rien ressenti, les pois chiches et les féveroles non plus. Le tournesol était semé mais pas encore né et le soja pas encore semé. Par contre, autour de la maison ce n’est pas pareil. Les figuiers n’ont plus de feuilles, les noyers non plus. Même les jeunes acacias ont flambé et certaines pointes d’asperges ont roussi. Au verger, les cerises sont noires, les pommiers n’ont plus aucun fruit et idem pour les pruniers. Seuls les poiriers semblent avoir bien supporté et le cognassier a encore quelques fruits.

    Mais restons sur les viticulteurs, bon alors c’est allo maman bobo : envoyez les aides.

    Eh oui on a déjà eu l’impôt sécheresse, les calamités naturelles pour les inondations et des milliers de plans d’aide pour le cochon, le canard, le blé ou la grêle. Alors pourquoi pas le gel.

    Cette attitude me gêne un peu, parce que quand on ferme une entreprise et ses usines, et ça doit être autour d’une par jour en ce moment, certes on donne quelque chose aux salariés, mais les actionnaires perdent tout : actions, pouvoir, voire même un peu d’argent. Alors, sans la moindre ambigüité, il est absolument impossible de pleurer sur le sort des actionnaires. Rien ne les a obligés à investir leurs euros dans des projets. Et d’ailleurs, dans la majorité des cas ils font le jackpot, ce qui leur permet de continuer. Ce n’est bien sûr pas le cas des salariés dont la dépendance au marché du travail est totale, marché créé par ces mêmes actionnaires. Et les viticulteurs, comme tous les agriculteurs – on n’ose plus dire paysans – sont des actionnaires, souvent le seul et souvent même pas en société, mais ça ne change rien à leur statut. 

    Bien sûr, il y aussi l’assurance comme solution. Ce système a l’avantage d’être au cas par cas, contrairement aux aides qui sont générales, mais c’est onéreux et il y a une franchise. C’est d’ailleurs une des orientations de la PAC de faire de l’assurantiel, mais pas encore en vigueur. Seulement les assurances c’est le contraire d’une aide : c’est une charge, qui va donc se répercuter sur les prix.

    Techniquement, contre le gel il y a aussi des systèmes de protection, en particulier pour les vergers. Pourquoi pas pour les vignes. Je ne crois pas qu’il y ait de contre-indications. Dans ce cas là une aide a ses vertus pour inciter à s’équiper. L’Europe, hors PAC, aime bien ce genre de concept d’aider les gens à investir parce que ça fait marcher le commerce.

    Mais il y aussi une autre solution toute simple : ne rien faire. Cette idée me plaît assez, d’une part parce qu’il semble difficile de s’engager dans le cercle vicieux de protéger l’agriculture de tous les aléas et d’autre part parce que, qu’on le prenne par n’importe quel bout, c’est toujours le consommateur qui paye les aides. En plus, ne rien faire a comme vertu d’obliger les gens concernés à se défendre, voire à s’auto-organiser. Vous allez me dire que c’est ce genre de regroupement professionnel qui a conduit aux aides que nous connaissons. C’est vrai parce que ça a été porté au plan national et instrumentalisé par les politiques. En fait moi je pense plutôt à des actions purement de terrain concernant des gens qui se connaissent et ça existe déjà un peu, comme une solidarité locale. Parce que là où les gens s’entendent, les intempéries et les politiciens n’ont plus aucun pouvoir. Seulement, vous le savez, tout le travail des politiques consiste justement à ce que les gens ne s’entendent pas, à commencer par eux, car le compromis c’est-à-dire l’intérêt général n’est plus ou pas encore dans leurs gènes. Est-ce qu’on pourrait penser à changer ça ? 

     

    Michel Costadau

  • SFM

    SFM

    C’est un billet important mais difficile à écrire. J’essaie de comprendre le rôle du Système Financier Mondial.

    1- C’est quoi le SFM.

    Oui je sais, j’invente un truc dont personne ne sait si ça existe vraiment mais dont tout le monde parle. C’est sûr que l’on a beaucoup mal à le décrire, mais il faut bien donner un nom aux choses. Pour voir ce que ça peut être il faut commencer par les fonds de placement ou d’investissement. Ils sont connus pour n’avoir qu’une seule stratégie, celle de la maximisation du profit et de l’argent qu’ils ont ou qu’on leur confie. Mais attention, ces placements représentent beaucoup plus que les budgets des Etats. Ce sont eux, les fonds, qui font la loi dans un grand nombre d’entreprise assurant ainsi la mainmise de la finance partout dans le monde. Le fait qu’ils soient nombreux ne veut pas dire qu’ils agissent tous de manière différente. Non, bien au contraire, ils agissent tous de la même manière. C’est pour ça qu’on peut parler de système. Cependant il n’y a personne qui dirige ce mouvement, c’est seulement un mode de fonctionnement. Et qui se développe encore. Il y a maintenant plusieurs millions de millionnaires en Chine. Et les millionnaires du monde entier agissent exactement de la même façon. A savoir que, quand on a de l’argent, on cherche à faire de l’argent avec l’argent. Quand on n’en a pas, eh bien on est obligé de travailler c’est simple.

    Donc ils agissent tous de la même façon, à tel point que les entreprises qui veulent s’en protéger n’ont qu’une solution c’est de ne pas être cotées en bourse afin d’avoir un actionnariat sous leur seul contrôle, ce qui peut hélas conduire à une grande opacité comme Lactalis ou Auchan. D’autres, comme Dell, sont amenés à racheter toutes leurs actions pour se soustraire aux fonds. De même vous avez bien suivi que l’un de ces fonds, actionnaire de Safran, était contre le rachat de Zodiac et s’employait à faire capoter cette décision. Ajoutons que certains fonds gèrent, à eux seuls, presque 10 fois le budget de la France. Ca commence à prendre tournure

    On peut parler aussi des membres des conseils d’administration des 40 entreprises du CAC. Si l’on compte en moyenne 10 administrateurs par conseil ils devraient être 400. En fait ils sont une grosse centaine car chacun siège dans 3 ou 4 conseils. Globalement, cette imbrication assure le contrôle de la finance sur le business et cela va bien au-delà du CAC40.

    Il convient aussi d’évoquer la porosité des frontières entre public et privé via les écoles et les administrations. Cette porosité est illustrée par l’entrée dans une banque d’affaires de l’ancien président de la Commission européenne ou par le pdg de BPCE ancien directeur de cabinet de Sarkozy. Cette porosité confirme s’il en était besoin le pouvoir de la finance dans notre pays.

    2- Le SFM a largement conquis la gouvernance mondiale et contrôle assez correctement le fonctionnement des pays dits démocratiques.

    Il est clair que le SFM fait à peu près ce qu’il veut sur notre planète, exploitation du sol et du sous-sol, productions délocalisées, argent stocké dans les paradis fiscaux, évitement des taxes et des impôts. Prenons quelques conséquences chez nous : le contournement des 35 heures qui n’ont, en fait, créé aucun emploi, les pressions sur les pouvoirs publics pour ne pas changer la réglementation des produits phytos, le détournement du CICE qui a surtout servi à augmenter le profit des entreprises au lieu de développer la recherche, le sabordage de l’Education Nationale au profit du confessionnel.

    On constate même maintenant une communication directe des entreprises à leurs salariés, par exemple Labo Fabre ou Paprec, pour donner des consignes de vote. Le fait que ça ne vous choque plus indique bien que le SFM est en terrain conquis.

    Bien, même s’il est certain qu’il faudrait développer plus encore cet état des lieux, et nous pouvons le faire quand vous voulez,  il faut bien voir que ce ne sont pas les instances démocratiques que nous élisons qui contrôlent le SFM mais bien le contraire. Dans ces conditions, tous les gouvernements démocratiques sont au mieux les gestionnaires, plus ou moins bons, du développement du SFM comme en Europe et Amérique du Nord, ou au pire sous le contrôle direct des financiers et des banques comme en Afrique ou en Amérique centrale. Paradoxalement, les gouvernements non démocratiques ou les dictatures sont moins vulnérables au SFM puisqu’ils ne peuvent acheter que le clan au pouvoir et non pas corrompre l’intégralité de la classe politique qui en général n’existe pas.

    3-Moyens d’actions du SFM.

    Le SFM a conquis un pouvoir presque sans partage et il le garde, mais comment ça se passe ? Là nous sommes sur des aspects mieux connus. D’abord, bien sûr, les lobbies, les puissants lobbies. Ces groupes de pression, légaux en démocratie, permettent à la finance de contrôler et d’anticiper toutes les législations qu’elle jugerait  défavorables. Les lobbies arrivent presque toujours à orienter les textes pour qu’ils aillent dans le sens qu’ils ont défini.

    Ensuite le fonctionnement même des institutions nationales ou internationales de nos démocraties. Les institutions françaises, européennes, américaines ou même mondiales ont toutes un double mode de fonctionnement. D’une part une façade avec des élus et d’autre part des services, des commissions ou des administrations non élues qui proposent, définissent et portent les dossiers. Contrairement à ce que vous pourriez croire, ces services ne sont pas sous le contrôle de la façade élue mais bien au contraire livrés aux pressions de la finance, ce qui est le but. L’exemple européen est le plus symptomatique. La Commission européenne, organe strictement non élu « fait » la politique européenne : travailleurs détachés, PAC, règles de concurrence, privatisation des services publics et d’une manière générale libéralisation.

    Les avancées du SFM peuvent aussi être appréhendées par quelques votes démocratiques récents. Par exemple le brexit. Ce vote permet au SFM de renégocier toutes les réglementations supranationales et il va réussir à sortir plus fort de cet épisode. Tout autant l’élection de Trump est porteuse de dérèglementation, en particulier dans le pillage de la planète. Le SFM espère de Trump une nouvelle libéralisation économique même au prix de la guerre et on en prend le chemin. Hélas dans ce domaine l’impuissance de l’ONU n’échappe à personne, on ne va pas y revenir.

    Il y a bien sur aussi, l’argent lui-même. L’argent est un argument que comprend presque tout le monde et qui permet d’influer sur toutes les situations y compris sur la justice, le droit, les libertés. Or qui a l’argent, eh oui c’est, la finance, c’est le SFM. Par exemple l’argent permet de posséder les médias qui vont « former » l’opinion et par exemple parler de « enjeux » de la présidentielle. L’argent permet d’acheter l’avis des scientifiques. L’argent permet d’obtenir les autorisations souhaitées. L’argent permet de faire des procès ou des guerres aux résistants. Ce n’est pas nouveau mais ça marche. Et ça a pris des proportions….mondiales.

    Cette situation dépasse complètement l’ancien clivage français gauche-droit de l’homme et droite -droit des entreprises. Il est remplacé par un positionnement par rapport au SFM : pour, avec ou contre.

    4-Positionnement de nos candidats par rapport au SFM

    Concrètement il y a ceux qui disent vouloir affronter le SFM, en général la gauche et dans notre cas Mélenchon, Hamon.

    Ceux-là ne sont pas très honnêtes car ils font croire qu’on peut, aujourd’hui, lutter contre le SFM. Mais hélas ils n’en ont pas les moyens et même loin de là, en tous cas pas seuls. Il y en a, parmi eux, qui disent encore qu’il n’y a qu’à supprimer les patrons, alors que ça fait longtemps que les patrons ne possèdent plus leurs entreprises ni leurs salariés. Il n’y a que des actionnaires et des fonds de placements. En plus, c’est grave d’essayer de tromper les gens avec des promesses complètement illusoires du genre : nous pouvons stopper le pouvoir de la finance, nous allons réduire le chômage, nous allons restaurer les services publics. Je ne pense pas que beaucoup de gens y croient vraiment mais il vaudrait mieux être plus réaliste si on veut arriver à quelque chose.

    Puis il y a ceux qui veulent pactiser avec le SFM, en général la droite et dans notre cas  Fillon. Ceux-là sont un peu plus honnêtes, en reconnaissant que le SFM a le pouvoir, mais du coup ne peuvent convaincre que les riches et les possédants. Cependant, ils cultivent l’ambiguïté en essayant de faire croire que même les petites gens en étant obéissants et respectueux  peuvent profiter du SFM. C’est-à-dire avoir de l’argent un jour. Ils ont aussi une approche dichotomique de l’ordre, à savoir : les contrôles de police en bas et la bienveillance des autorités en haut. Bien sûr il est grave de pactiser avec le SFM car c’est jouer avec le feu.

    Puis il y a ceux qui sont directement les instruments du SFM, en général les ni-ni et dans notre cas Macron. Là ça devient catastrophique car c’est mettre la finance au pouvoir. Il est encore temps de s’apercevoir qu’un pays ne se dirige pas comme une entreprise, que le gouvernement n’est pas un conseil d’administration et que le parlement n’est pas l’assemblée générale des petits actionnaires dont on arrive toujours à faire ce que l’on veut. Une fois pour toutes une entreprise, même si on y discute beaucoup, n’est pas un modèle démocratique. Ceux-là sont clairement les fossoyeurs de toutes nos envies de développement d’une société apaisée et essayant de vivre ensemble. Il est d’ailleurs facile de constater qu’ils donnent l’impression d’avoir tous les médias pour eux. C’est simplement qu’ils sont exactement dans la même démarche que les médias qui, comme on l’a dit, appartiennent à la finance

    Bien sûr il y a aussi des candidats qui ne veulent pas se positionner par rapport au SFM, en général les nationalistes, souverainistes et dans notre cas Le Pen. C’est intéressant et ça a l’avantage de ne pas être sur le même terrain que les autres, mais il faudra bien qu’ils s’y confrontent quand même.

    5-Conclusion.

    Que conclure de tout cela ? De toute façon ce n’est pas folichon.  On l’a dit, tous nos gouvernements actuels comme ceux à venir ne représentent pas le pouvoir du peuple, mais sont ou seront de simples gestionnaires du SFM. L’avènement d’une nouvelle classe politique dans de nouvelles institutions avec un régime parlementaire, paraissent un point de passage obligé.

    Cependant, comme je l’ai indiqué plus haut, aucun des prétendants actuels n’est en mesure de le faire et il semble que comme réaction à tous ces mensonges les électeurs se préparent à une cohabitation compliquée. Ce qui ne fera que retarder le retour à un régime parlementaire. Oui le SFM a de beaux jours devant lui. Cela n’encourage pas à voter et je crois que c’est la seule attitude raisonnable.

    Michel Costadau