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  • Refondation

    Refondation

    Ca y est le fossé est creusé et la tranchée s’élargit entre les gouvernants et la population. Oui les manifestations actuelles sont portées par une grand nombre de citoyens, les marques de soutien sont constantes et visibles et pas seulement sur les voitures, mais tout ça n’est que le résultat des nos dernières élections désastreuses.

    Car cette espèce d’hébètement, pour ne pas dire d’abattement, que nous connaissions depuis un an était surprenant. Du coup ça fait du bien de voir que le clivage existait et que la grogne est sortie parce que trop c’est trop. Il y a un mouvement, il a du souffle et les signes d’une base populaire sont patents.

    N’étant jamais aussi bien servi que par soi-même je me décerne une toute petite contribution à l’émergence de ce  ras-le-bol avec mes billets d’humeur et de réflexion. Alors continuons à réfléchir. Je ne vais pas parler de la situation des manifestants, ils se débrouillent très bien, je vais parler de la situation des politiques.

    J’ai déjà dit et beaucoup d’autres avec moi que notre système électoral est vicié à la base par la création de majorités artificielles. Le programme de nos présidents ne dispose, en fait, que des votes qu’ils ont recueillis au premier tour avec une plus ou moins grande avance sur le ou les suivants. Jusqu’à présent, le candidat de tête avait pas mal de points de plus que son concurrent et les autres étaient loin. A la dernière élection, on avait quatre candidats au coude à coude, entre le quart et le cinquième des votes. Ca veut dire que les deux qualifiés pour le deuxième tour ne représentaient même pas la moitié des électeurs. Et encore ça c’est la partie émergée de l’iceberg. Parce que la réalité brute c’est que l’élu  a plus des ¾ des électeurs contre lui. C’est un minoritaire  et même ultra-minoritaire.

    Je dis donc que Philippe Macron avait d’entrée de jeu un handicap de représentativité énorme. Ca aurait du lui dicter une politique encore plus de consensus que ses prédécesseurs qui avaient pourtant une meilleure légitimité.

    Mais bien au contraire il a cherché le clivage.

    D’abord en demandant une majorité présidentielle au parlement. On a déjà connu cela et le résultat a été une nouvelle assemblée de godillots, complètement coupés de base électorale ancrée dans le terrain, c’est à dire les gens. J’ai le sentiment que cette fois la leçon a été enregistrée dans la population et que ça ne se reproduira pas.

    Ensuite, en formant un gouvernement de technocrates. Car il ne faut pas confondre société civile et copains de promos. Les choisis étaient des inconnus pour nous, mais pas pour eux, au contraire. Presque uniquement des personnes issues de la haute administration ou des entreprises. Certes il y a eu quelques récompenses pour les politiciens qui avaient changé de camp en cours de campagne, genre Bayrou, mais ça a été très limité. Et voilà que ces heureux élus se mettent à faire la seule chose qu’ils connaissent : la mesurette. On en a déjà parlé on n’y revient pas. Mais le résultat c’est l’incompréhension et la stupeur. Le diesel en est un excellent exemple.

    Enfin, en pratiquant une politique purement financière. La lutte contre le réchauffement, la pollution ou la casse sociale ne se fait pas à coup de taxe d’habitation, de prix de la tonne de CO² ou des taxes sur les carburants. Certes il ne faut pas augmenter les impôts, mais les Français ont d’abord besoin qu’on les considère, qu’on leur donne une école, une justice et une police à leur service, faits pour tous, au service de tous. Nos citoyens ont besoin qu’on ne leur reprenne pas d’une main ce qu’on leur donne de l’autre. Nous ne sommes pas des animaux. Nous voulons un peu de considération.

    Alors pour Philippe Macron, la messe est dite. Qu’il parte ou qu’il reste c’est fini, il ne fera plus rien que du mal, alors autant qu’il s’en aille. Mais pour les autres, je leur demande de faire ce que la population est en train de leur montrer. Qu’ils se mettent au service des électeurs, qu’ils fassent cause commune avec les citoyens. Insoumis, RN, gauchistes, souverainistes, communistes, montrez que vous pouvez travailler ensemble, car c’est ce que le peuple demande et a déjà commencé. Finis les anathèmes, les cordons de sécurité, les pactes républicains. L’heure est à la refondation. Nous, nous sommes prêts, mais attention nous pourrions avoir l’idée de nous passer de vous.

    Michel Costadau

  • Optimisme

    Optimisme

    Il semblerait que mes billets ne rayonnent pas d’optimisme et de joie de vivre. On pourrait presque dire que je ne vois que le mauvais côté des choses. Et certains auraient même l’impression que je ne propose rien de concret et que j’estime que toutes les actions sont vouées à l’échec. Bigre.

    Qu’y a-t-il de vrai là dedans ?

    D’abord je ne crois pas que toutes les actions soient inutiles, pas du tout, mais il faut quand même appeler un chat un chat. Nos conquêtes politiques se résument au programme du candidat à la présidence, qui, une fois élu, applique ses « promesses ». Alors, oui, dans les conditions de travail il y a des avancées sur la pénibilité, les formations, la protection ou la mixité. C’est vrai mais cela ne concerne que les entreprises traditionnelles et encore pas les petites.

    Parce que le plus grand taxi du monde Uber n’a ni voitures ni salariés, le plus grand loueur d’appartements du monde Airbnb n’a ni salariés ni appartements, le plus grand livreur de pizzas du monde Deliveroo n’a ni pizzas, ni vélos, ni salariés et Blablacar n’a ni chauffeurs ni voitures. On peut donc dire que d’un côté il y a les salariés classiques avec une certaine protection : fonctionnaires, employés de Total, Airbus, Renault and co, professions libérales statutaires : médecins, avocats et Cie  et de l’autre côté il y a les précaires et les jetables. Ceux-là sont de plus en plus nombreux, de plus en plus à la limite de la pauvreté. Je ne suis pas sûr que l’on puisse appeler cela des conquêtes sociales.

    Et en face de cette situation, le discours des politiques est de moins en moins crédible. Vouloir en même temps défendre la voiture électrique et la suppression du nucléaire n’a non seulement aucune logique mais est en plus particulièrement trompeur, puisque le bilan global de la voiture électrique est loin d’être positif. Et je ne parle pas des hybrides qui elles sont carrément doublement polluantes.

    D’ailleurs on peut dire que  nos dirigeants sont figés dans le modèle économique du début du XXe siècle : pétrole, moteurs, autoroutes. On dirait que l’automobile est leur seule feuille de route. D’ailleurs une des premières mesures de Macron a été la vitesse à 80, ensuite le retour à l’essence, puis le tout électrique, ensuite le bannissement du diesel, puis l’interdiction des voitures en ville et maintenant les taxes sur les carburants routiers ou non-routiers. Quand s’intéressera-t-il aux cargos, aux avions et aux usines ?

    En plus, toutes ces mesures n’ont pas de bonnes justifications. La vitesse à 80 a permis de s’habituer à ne ralentir qu’au niveau des radars. Le retour à l’essence c’est choisir le CO² contre les particules, bannir le diesel c’est ignorer les filtres et la faible consommation des véhicules au gas-oil, la taxe sur les carburants, c’est prendre les automobilistes en otages.

    J’ajoute pour ceux qui n’auraient pas bien compris le mécanisme, que la dissuasion par les prix pénalise uniquement ceux qui ont peu de moyens. Attaquer le Français au portefeuille c’est attaquer seulement les plus démunis. Vous savez, ou pas d’ailleurs, que c’est la règle des pourcentages : 20 € de plus sur un plein ça ne fait pas pareil sur une fiche de paie de 1200 € que sur une de 6000 €. Ca fait même 5 fois plus. Alors, que ceux qui proposent le diesel à 3 € le litre ou plus pour diminuer la pollution se taisent, car les seuls qui rouleront moins seront les précaires avec leurs voitures, vieilles, polluantes et mal chauffées. Les autres rouleront comme avant avec en plus la bonne conscience.

    Alors effectivement mes billets ne sont pas très réjouissants mais de quoi voulez-vous vous réjouir en fait ?

    Michel Costadau

  • Casting

    Casting

    Il y a quand même comme un petit problème avec Macron. Une espèce d’évanouissement qui est le contraire du personnage. Cette figure triste et toujours seule a été marquante mais commence à faire un peu isolée. Et maintenant chaque initiative est une occasion de trébucher, de flotter et de tomber dans la rubrique Jours de France des médias. Que Hollande ait eu droit aux bonnets rouges, c’est pas glorieux mais c’était contre les vieux démons socialistes au pouvoir. Mais que les gilets jaunes arrivent un an après les élections c’est un peu dérangeant. Tout le monde sent que l’on ne devrait pas en être là. Ca ne devrait pas se produire. Il y a un problème de scénario.

    En fait ce n’est pas un problème de scénario c’est un problème de casting.

    C’était pas le bon. En votant pour Macron vous n’avez pas voté pour un homme politique mais pour un haut fonctionnaire de la glorieuse Administration française.

    Et ça fait une sacrée différence. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un haut fonctionnaire, ça ne m’étonne pas, c’est pas dans nos relations. Un haut fonctionnaire c’est un intouchable, pas au sens des castes, non plutôt un inaccessible. Ils ont, à leurs yeux, le privilège de faire marcher le pays. Mais ce ne sont pas des hommes politiques.

    C’est vrai que, depuis Charles, nous ne sommes pas gâtés du côté des hommes politique. A part quelques bribes chez Chirac, nous n’avons eu que des narcissiques ou des arrivistes sans épaisseur. On explique. Un homme politique n’a pas d’amis, il surfe sur les uns et les autres pour continuer à concrétiser sa vision de la société. Un haut fonctionnaire au contraire a beaucoup d’amis et tout son travail consiste à les satisfaire et à leur maintenir de bonnes places.

    Un homme politique n’a pas de programme mais des convictions qu’il défend quelle que  soit la situation. Un haut fonctionnaire n’a aucune conviction, n’a pas d’idées force qui le font bouger. Au contraire, il est formaté pour appliquer le programme des puissants dont il est le serviteur indéfectible.

    Un homme politique a un charisme, c’est-à-dire une empathie avec la population qui, en général, ne comprend pas les plus aisés. Ceux-là ont déjà tous les avantages : moyens, culture, relations. Alors ils se débrouillent très bien sans coup de pouce public. Mais un haut fonctionnaire est froid comme une directive, apprend à ne pas avoir de sentiments, ça obscurcit la vue, et la population ne comprend pour lui que les plus aisés qui sont les seuls avec lesquels il parle. D’abord parce qu’ils ont accès à lui, et ensuite parce qu’ils expriment des demandes en monnaies sonnantes et trébuchantes. Et c’est le seul langage qu’il connaît.

    Un homme politique se sent investi de la mission de servir le pays et il fait un maximum pour installer des améliorations ou supprimer des inégalités. C’est pour ça et comme ça qu’il est utile au pays. Un haut fonctionnaire ne se sent investi d’aucune mission, car il n’est pas au service du pays mais des institutions, qui, tout le monde le sait sont le rempart des riches. Son seul mode d’action c’est ma mesurette. La mesurette c’est 10 gr de mesure populaire qui cache 10 kg de boni pour la classe dominante. C’est imparable.

    D’ailleurs souvenez-vous : la première mesure de Macron a été de faire adopter par ordonnance les lois travail. Mesurette inutile, inefficace et non démocratique. Inutile  : beaucoup de temps perdu en parlottes et pseudo-consultations ; inefficace : aucune embauche supplémentaire et donc chômage croissant ; non démocratique : gifle au parlement qui a très bien pris ça puisque ayant parfaitement conscience de ne servir à rien.

    Alors je le répète, cette erreur de casting laisse à penser qu’il y a pas mal de chances qu’il ne finisse pas son mandat.

    Michel Costadau

  • Cinquante euros

    Cinquante euros

    Il est communément admis que nous vivons dans le siècle du progrès, de la paix et dans une civilisation évoluée et moderne. Moderne je veux bien le croire, parce que ça ne veut rien dire, mais pour le reste j’ai des doutes. L’idée de base que propagent les médias c’est que nous sommes sortis de la barbarie et que nous avons atteint un nouvel état dans le respect de la personne humaine, qui rompt avec les temps anciens.

    Certes les anciens temps nous ont toujours été dépeints comme particulièrement primaires dans tous les domaines en particulier, et c’est ça qui m’intéresse, dans celui de la barbarie.

    Il y a des routes bordées de piques sur lesquelles sont fichées les têtes coupées des ennemis. Il y a le cortège des généraux vainqueurs suivi du flot des prisonniers conduits directement au marché aux esclaves. Il y a les bûchers sur lesquels grésillent les hérétiques, les envoûtés, les idolâtres, les sodomites. Il y a la lourde barre de fer qui tombe sur le brigand attaché sur la roue de charrette de la place publique. Il y a les hordes asiatiques déferlant sur les villages et éventrant la population pour leur dévorer le cœur al dente. Il y a les vierges immaculées, déchiquetées par les lions et dévorées par les tigres devant une foule enthousiaste. Il y a les gibets à plusieurs étages offrant toute l’année de la putréfaction aux corbeaux et aux rapaces. Il y a de l’huile d’olive bouillante déversée depuis les remparts sur les assaillants. Il y a les cages suspendues, étroites et froides ou étaient logés les traitres à la famille royale. Il y a les oubliettes, les emmurés vivants, les empalés. Il y a les maures enlevant la fine fleur de la jeunesse des villages côtiers pour aller les vendre à des nababs et des traficants.

    Il y a tout ça et en fait je ne vois rien car ce ne sont que des dessins, des coloriages, des illustrations accompagnées de textes très convenus.

    Il y a tout ça et je demande ce qui est vrai là dedans, ou tout au moins quelle est l’ampleur de ces actes barbares attribués aux anciens temps.

    Pourquoi je me le demande : parce que je viens de lire qu’au Moyen Âge dans une ville comme Agen, il y avait un seul supplicié par an, c’est-à-dire en moyenne une pendaison par an. Certes il est précisé que des villes comme Avignon ou Paris faisaient un meilleur score mais, quoi qu’il en soit, on est loin des repas en libre service pour les choucas.

    Pourquoi : parce que dans l’Iliade, premier ouvrage de référence sur la guerre, il n’y a aucun acte de barbarie, mais plutôt le courage, la vaillance, la ruse. Les individus accompagnés par leurs propres dieux y sont l’objet de respect, morts ou vivants.

    Pourquoi : parce qu’il y a une tendance naturelle à noircir le passé de façon à justifier le présent.

    Alors je me pose des questions et je vois, par contre, que la barbarie actuelle est assourdissante.

    En plus, nous avons, maintenant, les images, les films, les vidéos des bateaux surchargés de migrants coulés pour qu’ils n’arrivent pas au port et que personne ne veut recueillir.

    Là je vois bien, c’est clair.

    Les images de bombardements, de torture, de gazés, de files de familles qui vont dieu seul sait où en portant leurs enfants et leur maigre barda. Et les grilles électrifiées de Melilla prises d’assaut avec des échelles de fortune, ce n’est pas les temps anciens, c’est maintenant.

    Alors vous allez me dire : mais ça ne se passe pas chez nous. Eh bien si c’est chez nous. Parce que vous n’allez pas mettre, chez vous, des chaussures fabriquées en Inde sans prendre aussi chez vous les camps de Rohingas, les taudis des Bangladais, l’assassinat des opposants.

    Aujourd’hui les goulags ne sont plus en URSS, ils sont en Israël, en Birmanie, au Liban, et aussi en Italie, en Grèce et en Turquie. Et en France il y a des camps. C’est ça la mondialisation, parce que nous sommes partout chez nous.

    Guantanamo ce n’est pas au Moyen Âge, c’est aujourd’hui.

    Oui la barbarie n’est pas derrière nous, elle est au contraire devant nous, elle est chez nous. Alors pour le respect de la personne humaine, non seulement nous n’avons pas fait de progrès mais au contraire nous sommes au plus bas niveau. Aujourd’hui une vie humaine vaut cinquante euros, le prix d’une paire  de chaussure. C’est pas grand-chose.

    Michel Costadau

  • Détournements

    Détournements

    « La biologie française minée par l’inconduite scientifique » titre Le Monde de la semaine dernière. Voilà bien une information qui semble conforme à la déontologie journalistique. Et pourtant c’est une fausse nouvelle, typique de la désinformation que nous subissons. Oh n’allez pas croire que je défends la biologie ou les biologistes, je ne les connais pas, je ne sais pas ce qu’ils font et je n’ai aucune opinion sur l’intérêt des recherches qu’ils mènent. Et je n’ai même pas lu l’article.

    Non, c’est assez subtil parce qu’il s’agit d’un détournement, d’un évitement. C’est une fausse information parce qu’elle met le centre d’éventuels dysfonctionnements sur les individus, sur les scientifiques, sur le chercheur. Elle met le doigt sur les personnes supposées avoir eu des inconduites et rend ces comportements responsables des supposés problèmes de la profession. C’est l’éternelle loi du lampiste.

    C’est comme si les automobilistes étaient la cause de la pollution de leurs véhicules. Non, les automobilistes subissent la pollution, subissent les embouteillages et, en plus, c’est eux que l’on pénalise avec les interdictions de circuler les jours pairs, avec les taxes sur les carburants, avec les routes mal entretenues voire dangereuses.

    C’est comme si c’était seulement la mauvaise attitude des élèves qui provoquait la déroute de l’école. Non, les élèves subissent le manque d’enseignants, l’absence d’autorité, d’encadrement et c’estt eux que l’on pénalise par le manque de formation, de culture, de connaissances. Vous connaissez l’ENT, c’est la dernière trouvaille des technocrates pour rendre totalement inefficace le travail des enseignants. Pour savoir quel est le devoir à faire, l’élève doit aller sur internet avec son mot de passe. Et pour avoir le corrigé il faut aussi aller sur internet. Du coup, les élèves n’ont rien sur un cahier, n’ont rien chez eux. Ils n’ont aucun commentaire sur les fautes qu’ils ont commises, ne peuvent pas retrouver un exercice, relire une leçon. Cette dématérialisation est une méthode politique puissante pour éliminer les défavorisés, alors que c’est eux qui auraient le plus besoin de l’école.

    Si maintenant vous pensez que la dématérialisation est une mesure favorable à l’environnement, parce que ça sauve des arbres, c’est que vous n’avez pas compris que le numérique est un énorme consommateur d’énergie. Eh oui, tout le temps que vous passez à lire vos courriers, fait tourner le compteur. Vous le savez, les centres de traitement sont d’énormes consommateurs d’électricité et de climatiseurs.

    Si en plus vous croyez qu’il existe une énergie propre, c’est que vous pensez que vos prises de courant sélectionnent l’origine de l’électricité. Moi, je ne consomme que du propre et je recharge ma voiture avec de l’énergie verte.

    Cette manière d’éviter les responsabilités de notre classe politique est pitoyable « non m’sieur c’est pas moi » mais surtout un déni de démocratie. Et tout le monde le sait.

    Ce que je veux souligner aujourd’hui c’est que nos gouvernants ne tiennent que par les médias. Ceux-ci sont les artisans et les complices de ces détournements d’informations. Et le journal Le Monde est peut-être le pire d‘entre eux.

    Michel Costadau

  • Wiener3

    Wiener3

    L’absence de réflexion avant d’agir fait de sérieux dégâts dont il est parfois difficile de se remettre. Exemple, en ce moment un grand chantier est en cours pour remonter de la baie d’Antibes les milliers de pneus de camions qui y ont été jetés pour faire ce qu’on appelait alors un récif artificiel. Echec total,  gâchis et nuisances voilà le verdict. Clairement le coût de ce désastre ne se limite pas aux frais de récupération des pneus, parce que, comme il n’y a pas eu de récif artificiel la fixation de la faune et de la flore n’a pas eu lieu et, d’autre part, les métaux lourds dégagés par les pneus vont continuer à polluer pendant de longues années. Voilà le résultat de l’absence de réflexion. Les conditions pour ce genre de catastrophe sont simples : l’intérêt d’un lobby, la caution d’un scientifique ou pseudo et la corruption des politiques locaux. Comme vous le savez, ces conditions sont très souvent remplies. Les politiques ont ceci de particulier de rendre l’action inefficace. Heureusement on est là pour réfléchir à leur place.

    Pour aller dans un genre plus domestique, le coup de téléphone à son chef, un soir à son domicile, pour lui dire, que finalement, vous pensez le plus grand bien de lui, est assez maladroit. En fait si vous avez commis un impair envers qui que ce soit, il peut être utile de s’excuser mais alors c’est tout de suite à chaud, pas le lendemain, encore moins une semaine après. D’ailleurs d’une manière générale les excuses ne servent pas à grand-chose : quand le mal est fait, il est fait point. Il peut être alors question de réparation ou de changement d’attitude, ça oui, mais les excuses sont plus un formule de politesse qu’un réel effacement de la bévue.

    Voila pourquoi il est important que toutes nos actions aient un but, je veux dire un objectif clairement identifié. Avant de commencer bien sûr. Tout simplement parce que l’absence de finalité rend difficile le choix des moyens, le moment pour agir et la vérification de l’obtention du résultat. C’est comme au foot ou au tennis, si vous tapez dans la balle sans savoir ou vous voulez la mettre ou à qui l’adresser, elle va aller un peu n’importe où et peut-être où vous ne vouliez surtout pas qu’elle aille. Attention, même quand l’action a un objectif clair, il n’est pas toujours atteint, mais c’est pire s’il n’y a pas de but.

    Bon d’accord, mais alors comment mener la réflexion dont je parle ? Quand la mettre en œuvre ? Il y a beaucoup de méthodes, mais une des  plus simple est de commencer par la fin. En déroulant à l’envers les étapes, depuis le but recherché jusqu’à la situation présente, on arrive à identifier les difficultés, les études à mener et aussi à mieux comprendre par où il faut commencer. Exemple, si vous voulez changer une pièce commencer par acheter la nouvelle avant de démonter quoi que ce soit. D’abord, la nouvelle pièce peut être légèrement différente de celle d’origine et vous indiquera ce qu’il faut vraiment démonter et changer. Et pourtant le bon sens conseillerait d’avoir la pièce à changer avec soi pour choisir la bonne. C’est classique.

    En conclusion, êtes-vous sûr d’avoir réfléchi à l’action de voter ? Cherchez l’erreur.

    Michel Costadau

  • Wiener2

    Wiener2

    Une fois résolu le problème des clés il en reste bien d’autres dans le domaine du rangement. En particulier le problème de la place. Vous connaissez sûrement le théorème qui dit : les objets ont tendance à occuper tout l’espace disponible d’une habitation. Et il n’y a que deux manières de contourner cette loi : ne mettre strictement rien, ce qui donne ces appartements aux pièce vides dans lesquelles la télé paraît gigantesque, mais où l’on a du mal à se sentir bien parce qu’on se croirait dans un musée, ou alors réduire et limiter l’espace.  Ce qui veut dire habiter petit, sans dépendances, ni hangars, ni greniers, ni combles, ni cabanes et c’est la solution recommandée. A ceux qui ont l’impression que l’on pourrait, du coup, se sentir à l’étroit, je me permets de faire remarquer que les objets vraiment utiles sont en très petit nombre, et que le reste : tondeuse à réparer, bobine de cuivre de récupération, fauteuils fragiles et trop bas pour pouvoir se relever mais venant de sa tante, canne à pêche qui n’a jamais servi sont purement et simplement des encombrants qui ne trouvent une place que parce qu’il y en a en trop. C’est clair.

    N’oublions pas que nous sommes une minable société de consommation dont la plus grande partie est complètement inutile. Mais continuons.

    Dans « l’art de rendre l’action efficace », après le rangement nous avons évoqué l’interruption et la réflexion. L’interruption est une notion double puisqu’elle concerne aussi bien le fait d’être interrompu pendant que l’on fait quelque chose, genre livraison d’une commande pendant qu’on est sous la douche, que le fait d’arrêter à temps une action qui part en quenouille. Cette affaire de comment se rendre compte que l’on est en train de se fourvoyer et de la prise de décision d’arrêter les dégâts, est de la plus grande importance tant il est souvent difficile de distinguer la persévérance de l’obstination. Et ça concerne aussi bien la poursuite d’un boulot ou d’une tâche qui nous sort par les yeux que le projet de construire une table finalement trop grande pour la pièce où l’on veut la mettre….et qu’il aurait mieux valu ne pas commencer. Souvent ce genre de situation est créé par une décision impulsive prise avec un certain courage et du style passage à l’acte mais manquant de maturité. Allez je vais tailler les arbres, ah bon. Allez je vais isoler les fenêtre, ah bon, allez je vais changer le tuyau du gaz, aïe. Il y a des gens qui font ça très bien pour un prix somme toute modique par rapport à la galère générée. Quand au fait d’être interrompu pendant que l’on fait quelque chose, ça se gère avec la notion que tout ce qui est fait n’est plus à faire. Ce qui veut dire qu’il faut en général accepter les interruptions, en particulier dans le travail de bureau. Si quelqu’un vient vous voir ou vous téléphone pour traiter un problème, faites une rapide priorisation et acceptez de vous interrompre. La raison en est que si vous reportez le problème à étudier, la prochaine fois ça tombera peut-être encore plus mal, ce sera reporté et voire jamais fait. L’erreur classique est de refuser l’interruption au prétexte que l’on est occupé, qu’on n’a pas le temps et que c’est important. Soyez lucides, il est extrêmement rare que vous soyez vraiment en train de faire un truc important, alors soyez disponible c’est plus réaliste. Mais le temps passe et pour ce qui concerne  la réflexion, on verra ça la prochaine fois.

    Michel Costadau

  • Wiener

    Wiener

    Y a un truc qui m’a toujours passionné c’est « l’art de rendre l’action efficace ». Le concept est ancien, mais c’est Norbert Wiener qui a développé cette notion en unifiant les sciences avec ce qu’on appelait, dans les années 60, la cybernétique. Bon ce n’est pas la cybernétique qui m’intéresse, mais directement l’application de cet art à la vie quotidienne, c’est-à-dire à notre fonctionnement de tous les jours. Comment faire pour que nos actions soient le plus efficaces possibles, c’est-à-dire avec le maximum de résultat pour le minimum d’effort.

    Et le premier ressort de cet art est la paresse, c’est-à-dire pourquoi faire quelque chose qui ne sert à rien. Et, constatation évidente, cela arrive plusieurs fois par jour. On passe voir quelqu’un sans avoir pris la précaution de savoir s’il était chez lui, ou bien on plante une cheville qui ne tient pas, on déplace le trou, re-belote, on se pose des questions et le temps passe. Vous allez me dire que le temps perdu n’est pas forcement très grave. Ca se discute.

    Le deuxième ressort c’est le rendement de l’effort, là on est vraiment dans l’efficacité. Il est clair que, fait dans les meilleures conditions, un même geste a un résultat décuplé. Les exemples ne manquent pas. Une scie qui ne coupe pas bien demande un effort gigantesque pour un piètre résultat. Une réunion peut facilement partir en vrille et manquer totalement son objectif à supposer qu’il y en ait eu un. Bien sûr l’effort inutile n’est pas complètement sans intérêt ne serait-ce que pour faire de l’exercice.

    Le troisième ressort c’est l’adéquation de l’action avec le but recherché. C’est peut-être un peu plus compliqué à expliquer, parce que le fait que nos actions doivent avoir  un but clair n’est pas si évident que ça. Se raser tous les matins se fait beaucoup plus par habitude que par nécessité, d’où les alternatives : barbes ou simplement mal rasé. Cela dit, être bien rasé pour un rendez vous, ça c’est un objectif. Mais on n’a pas des rendez-vous tous les jours, à part avec soi-même. Bigre.

    Alors au-delà des ressorts on peut essayer de donner quelques indications pour optimiser nos efforts.

    J’en vois déjà trois. D’abord la réflexion, puis l’interruption et surtout le rangement.

    On va commencer par ce dernier terme. Le rangement est la base de toute efficacité. La loi du rangement est simple : on remet chaque chose à l’endroit où on l’a prise. Ce n’est pas du tout synonyme d’ordre ni d’alignements, parce que vous pouvez très bien avoir une truelle à côté de ciseaux, du moment que, quand vous vous servez de la truelle vous la remettiez à côté des ciseaux. Cela est capital, parce que la recherche d’objets, particulièrement d’outils, est une grande consommatrice de temps. Attention il y a des cas tordus. La plupart des gens utilisent une clé pour entrer chez eux, et une fois entrés, la clé à la main, ils la posent sur le premier meuble de la maison, ou bien, cas fréquent, ils la gardent à la main pour la poser dans la cuisine, ou dans la chambre. Et là vous pouvez dire qu’elle est perdue. Edith a une solution simple pour ce genre de cas : les clés sont attachées à un mousqueton dans le sac à main. On ne les détache pas, on les sort du sac et elles y retournent. Moi, je range mes clés dans……, gloups, je vais pas dire où je range mes clés quand même. Bon tout ça est très intéressant mais on va s’arrêter pour aujourd’hui et y revenir plus tard.

    Michel Costadau

  • Pays libre

    Pays libre

    Je discutais hier soir avec trois amis et il était clair pour tout le monde que nous n’étions plus en démocratie, dénomination et fonctionnement d’un pays dans lequel la représentation parlementaire  exerce le pouvoir. Bien évidemment, tout un tas de vocables ont été évoqués : régime présidentiel, post-démocratie ou modernisation de la vie publique, mais clairement ce ne sont que des leurres qui ne convainquent personne, en tous cas pas nous. Alors nous analysions sérieusement les diverses possibilités de retour à la démocratie, avec finalement une certaine convergence, peut-être trop facile dans les moyens, qui tournent autour d’une nouvelle constitution.

    Nous en étions là quand soudain l’un de mes copains a lancé : mais nous sommes quand même un pays libre. Bloum, mon sang, c’est-à-dire mon cerveau n’a fait qu’un tour pour dire : ben non, la principale caractéristique  d’un pays libre c’est la liberté de la presse, la liberté de l’information, et chez nous la presse, la radio, la télé et internet sont aux mains des grands groupes financiers. Après, tout s’enchaîne, il n’y a pas de presse indépendante il y a les médias, à cause des médias les élections ne sont pas libres, à cause des élections le parlement n’est pas représentatif et n’a aucun pouvoir. Cqfd.

    Dans un premier temps les copains n’ont pas réagi. C’est vrai que la notion de pays libre est une notion floue qui a été forgée par la dernière guerre avec la « libération » de la France et d’un tas d’autres pays. De plus, ceux qui n’ont pas été libéré par les US mais par l’URSS ont été immédiatement qualifiés de pays occupés. Mais pas nous. Nous, coup de bol, nous avons été libérés du bon côté on pourrait dire. Voire. En définitive, la domination US n’a fait que se renforcer au cours des ans avec un modèle dit d’économie libérale qui a fait et continue de faire les plus grands dégâts jamais causés par les hommes.

    Cela dit, je suis sûr que vous pensez quand même que la liberté existe chez nous, à preuve ces billets hebdomadaires où je dis à peu près ce que je pense, et que donc nous sommes dans un pays libre. Seulement vous oubliez que presque personne ne lit mes billets et que ceux qui les lisent ont le seul choix d’être d’accord ou pas, mais que dans tous les cas ça ne change rien puisque le pouvoir est ailleurs et pas dans nos mains. Et d’ailleurs, toutes les voix discordantes ou concordantes d’opposition n’ont strictement aucune audience et n’arrivent pas à franchir la barrière médiatique. Et, au contraire, le pouvoir est littéralement porté par les médias avec un soutien sans faille.

    Et donc je dois revenir sur cette liberté de la presse. L’information dispensée par les médias est entièrement formatée autour de la violence. Tous les malheurs du monde nous sont déversés à longueur de journée, occupent nos écrans, nos oreilles et nos yeux. 99 % de cette violence est à l’extérieur, dans d’autres pays, et même à l’autre bout du monde. Quand cette violence est chez nous, elle est terrorisée immédiatement, le reste relevant de l’asile psychiatrique qui, comme vous le savez, permet d’échapper à la justice. Toutes les guerres, les viols collectifs, les accidents, les tsunamis font la une. Le monde  a été suspendu pendant trois semaines aux écoliers thaïs prisonniers d’une grotte.

    Et pourtant, pourtant, il y a des millions de français qui vont au travail, ou à l’école, ou faire leurs courses, qui prennent l’apéritif, qui vont au spectacle, à la fête, tous les jours, toutes les semaines, tous les mois, sans qu’on les force le moins du monde. Il y a des milliers de matchs de foot ou de courses cyclistes pratiquement tous les jours, avec comme seule contrainte de mouiller le maillot. Cette dichotomie a pour seul but de faire croire aux gens qu’ils vivent dans une bulle de tranquillité et de prospérité, dont le mérite revient à ceux qui nous gouvernent. Alors avez-vous vraiment besoin d’Idlib ? Moi non.

    Michel Costadau

  • Guy Phozat à l’école

    Guy Phozat à l’école

    Nous avons donc laissé Guy avec deux épines dans le pied si l’on peut dire : la prise de conscience des aspects nocifs de son don et les plantes résistantes. A vrai dire, seule la seconde épine le préoccupait, tout en le faisant rêver puisqu’il lui devenait envisageable de fouler de l’herbe ce qui, c’est vrai, est plutôt agréable.

    Mais sur ces entrefaites, Guy entra à l’école secondaire pour compléter son éducation. A vrai dire il ne savait pas grand-chose car il avait plutôt été utilisé par ses parents pour des missions d’un genre disons spécial, plutôt qu’apprendre. C’est dire que ses débuts furent assez difficiles, car les autres élèves étaient du coup plus avancés que lui. Bien entendu, assez vite cette histoire de plantes fut connue et les gamins qui, comme vous le savez, sont impitoyables, se divisèrent en deux camps, les anti Phozat et les pro Phozat. Evidemment dans leur grande majorité, les enfants ne reflétaient que l’avis de leurs parents, et donc ce n’était pas vraiment un débat d’idées mais plutôt un pugilat de cour de récréation continuel et général. Et dans cette bataille les pro Phozat se croyaient tout permis étant les plus nombreux, les plus forts physiquement et les moins indépendants de leurs parents c’est-à-dire avec le moins d’idées propres et donc le moins susceptibles d’en changer.

    Pour ajouter à la confusion, les enseignants se trouvèrent rapidement mêlés à la dispute. Mais là le rapport de force était inversé, les anti-Phozat étant non seulement les plus nombreux, mais aussi les plus armés techniquement avec beaucoup d’études à l’appui.

    Nous avions donc une situation extrêmement paradoxale. D’un côté les moins instruits c’est-à-dire beaucoup d’élèves et leurs parents en général guère plus instruits que leurs enfants mais de beaucoup les plus vindicatifs, tenant Phozat pour un bienfaiteur de l’humanité, et de l’autre coté ceux qui avaient la connaissance et les données techniques, essayant de se faire entendre par des discussions, des explications, des articles. Mais convaincre des endoctrinés c’est, vous le savez, très difficile.

    Cependant, quelques anti-Phozat eurent l’idée de tendre un piège à Guy. Comme Guy était assez grand de taille, ils lui demandèrent d’aller, nuitamment et sans bruit, chercher un sac de billes qu’ils avaient préalablement mis sur un toit. Pour Guy, l’opération était assez simple il suffisait de monter sur des bacs puis sur le toit et de redescendre avec le sac. Ce qui fut fait. Le sac de billes fut distribué et il fut félicité par ses comparses. Et tout le monde alla dormir.

    Las, le lendemain matin des cris retentirent dans la cour : « mes fleurs », « mes fleurs ». C’était la femme du proviseur qui pleurait après ses fleurs que quelqu’un dans la nuit avait piétinées et certainement arrosé d’un produit qui les desséchait rapidement. Un nom fleurit bientôt sur toutes les lèvres, c’est Phozat, c’est Phozat et il ne mit pas longtemps à être confondu.

    Evidemment, le proviseur qui tenait plus à sa femme qu’à ses élèves prononça le renvoi immédiat et définitif de Guy. Ainsi Guy ne fit-il qu’un passage éclair à l’école. Ce qu’il retint quand même c’est que l’instruction donne trop d’idées aux gens et qu’il vaut mieux un monde d’ignorants.

    Michel Costadau