Catégorie : Non classé

  • Vox populi

    Vox populi

    Clairement ce sont les électeurs britanniques qui ont voté la sortie du marché commun, leur propre sortie on pourrait dire. Mais bien évidemment le soir du vote rien n’était fait. Parce que ce n’était pas encore une décision, c’était juste une indication ou plutôt une intention. Car pour la mise en œuvre, pour le passage à l’acte, la population n’a strictement plus rien à voir parce que ce sont les politiques qui sont à la manœuvre.

    Et ça m’interroge grandement. D’abord je trouve qu’il est assez difficile de savoir ce que voulait vraiment la population, quelles étaient ses attentes en votant, et donc quelles étaient les demandes à satisfaire. Non pas que la réponse soit alambiquée, c’était comme d’habitude oui ou non, mais parce la réponse recouvrait une montagne de motivations différentes. Et s’il y a plusieurs raisons qui ont poussé les électeurs à choisir une réponse, eh bien ces raisons ne s’ajoutent pas. Au contraire elles s’affaiblissent mutuellement car ça veut dire qu’il n’y a aucune expression populaire commune forte, mais seulement une conjonction de sentiments.

    Vous allez me dire que c’est le cas à chaque référendum puisqu’il ne s’agit pas de voter pour quelqu’un, ce qui semble plus simple, mais pour des modifications de textes.

    Vous avez raison et ça ne m’interroge qu’encore plus, parce qu’il y a beaucoup de façons de modifier des textes.

    D’ailleurs très souvent les référendums sont en fait des questions de confiance posées par une personne qui veut augmenter son pouvoir. Et la réponse consiste en le départ ou le maintien de la personne. Mais il y a des cas où le départ de la personne ne résoud rien, et c’est précisément le cas qui nous occupe.

    En résumé le problème est le suivant : muni d’une indication populaire, que va faire la classe politique chargée de de sa mise ne œuvre. La réponse est  connue : elle ne défend que ses propres intérêts. En effet les seuls qui ont un accès direct à eux sont les lobbies, les riches et autres puissants. Ce qui veut dire que les intérêts des électeurs passent au second plan. En effet dans cette phase, les politiques interprètent le vote selon leurs idées mais sans consulter personne. En fait l’indication populaire est seulement pour eux une possibilité de faire évoluer les choses dans leur sens. C’est comme si on leur donnait un nouvel espace pour continuer leur progression.

    A nouveau vous allez me dire : mais les électeurs voient bien les manœuvres du pouvoir, ils ne sont pas dupes. Certes les électeurs ne sont pas dupes mais comme leurs motivations étaient disparates au moment du vote, ils ne réagissent pas à ces détournements d’intérêts car ils sont divisés. Ils laissent faire car chaque groupe de motivation est faible par rapport au pouvoir en place.

    Alors est-ce que les référendums, champions de l’expression populaire, panacées de la démocratie ne sont finalement que des pièges ? Ben oui. C’est exactement ça.

    Le système fait toujours et tout le temps ce qu’il veut. Et nous n’y pouvons rien. Seule la représentation populaire devrait avoir le pouvoir, et pour mieux représenter les électeurs il leur faudrait être plus nombreux, beaucoup plus nombreux. Aïe !

    Michel Costadau

  • Comptine

    Comptine

    Motte, lotte, ôte, botte,

    Rote, dot, cotte, grotte,

    Pote, note, faute, sotte, tombe par terre,

    Mer, sert, vert, l’air,

    Perd, ter, serre, der, gravit le mont,

    Ton, tronc, pont, long,

    Son, rond, don, blond,

    Bon, plomb, sont, pond, perd la boule,

    Foule, houle, moule, roule,

    Soule, Doul, poule, coule,

    Ioule, goule, saoule, joule, monte à bord,

    Tort, dors, port, tors,

    Hors, saur, bord, mors, boit un coup,

    Cou, mou, roux, doux,

    Sous, pou, nous, fou, rouge de honte,

    Monte, ponte, tonte, compte,

    Fonte, Jonte, dronte, conte, court longtemps,

    Prend, ment, tend, chant,

    Vend, lent, rend, banc,

    Dans, champs, rang, sent, prend son envol,

    Bol, vol, mol, sol,

    Vole, colle, dol, col, mange un morceau le matin très tôt,

    Chaud, tôt, rot, pot,

    Lot, mot, l’eau, sceau,

    Broc, trop, sot, beau,

    Peau, veau, do, beau, et c’est fini, ni.

    Michel Costadau

  • Vert et rouge

    Vert et rouge

    Concombre en rondelles et tomate en quartiers font une excellente salade. Le vert et le rouge se juxtaposent pour former un mélange attractif autant visuellement que gustativement. C’est de saison, c’est rafraîchissant et c’est facile. Par contre, une fois dans l’assiette  pour les manger il faut les attraper et ça demande deux stratégies.

    Pour les tomates, impossible de les piquer à travers la peau, il est nécessaire de glisser la fourchette sous les morceaux pour les porter jusqu’à la bouche. Au contraire, pour les concombres, impossible de glisser la fourchette sous les rondelles qui adhèrent à l’assiette avec l’aide de la vinaigrette. Du coup il est obligatoire de les piquer pour pouvoir les manger.

    On voit donc que pour ce plat, deux tactiques sont nécessaires : glisser et piquer, et pourtant le but est unique à savoir manger une salade. Cette nécessité amène par principe une contradiction puisque étant une salade il n’est pas possible de trier les morceaux. Il y a donc une forte dégradation de l’efficacité de l’action. Ah !

    En fait tout le monde finit par y arriver, même si c’est avec plus ou moins d’apprentissage. Eh oui comme c’est un plat à priori saisonnier, tout le monde a le temps d’oublier la méthode et doit la réapprendre chaque année. Hum !

    Voilà, voilà  mais bien que ça s’y prête, pour une fois, je ne veux pas parler de politique mais de pique-nique. Parce que c’est l’aventure de base de l’été, afin d’y déguster cette fameuse salade. Et question de surprises c’est un parcours du combattant haut niveau.

    D’abord choisir l’endroit. L’approche se fait bien sûr en voiture puisque maintenant tout le monde habite en ville et le pique-nique à la campagne en est la nécessaire compensation. L’endroit doit revêtir des caractéristiques précises plat, avec ombre, herbe et papillons, au bord d’un torrent c’est un plus. Mais la rareté aidant, on se retrouve souvent en bord de champs clôturés, avec des odeurs de bouses et les mouches qui vont avec. Quand à la platitude, on a beau étendre une nappe par terre, en général un drap de la grand-mère, ou même une table de camping, l’horizontalité fait cruellement défaut et les verres ont tendance à se vider tout seuls. En fait de liquide, la bière est incontournable mais clairement elle voyage très mal pour finir moussante et tiède dans un gobelet que l’on doit garder à la main faute de savoir où le poser.

    Alors il y a la table pliante qui amène une autre contrainte, c’est qu’il faut des sièges pour être à la bonne hauteur, ce qui repose le problème de l’équilibre et les sièges, même pliants, encombrent le coffre voire plus. Quant à les porter au bout du chemin, on se lasse vite et on les pose avec l’idée de les prendre au retour, à moins qu’on les oublie. Ou alors on reste à proximité de l’auto, ce qui enlève beaucoup de charme à l’escapade.

    Pour le contenu, certes le sandwich est de base mais, on ne sait pour quelle raison incompréhensible, le taboulé a un succès fou. Seulement le taboulé est difficile à attraper avec un couteau, mais qui a oublié les cuillères hein ? et procure rapidement un effet d’étouffement qui vous coupe durablement l’appétit. Je ne parle pas bien sûr des insectes suspects, des lézards et autres rampants, voire des chiens ou des chats que l’odeur du jambon attire irrésistiblement. Il est bien entendu impossible de chasser tous ces intrus, les enfants étant ravis de ces visites. C’est le cas où il faut involontairement partager son repas.

    Ensuite arrive l’irrésistible besoin de sieste, pour les adultes je veux dire, car les jeunes entreprennent rapidement une exploration des lieux avec piqûres, morsures, voire glissades à la clé. Faute de pouvoir dormir, tout le monde entreprend la balade, mais le courage des marcheurs se heurte rapidement aux lois de la gravité qui pour être universelle n’en est pas moins pénible surtout après un repas. Par compensation, le retour se fait dans la joie car on va retrouver la civilisation.

    Mais l’aventure, c’est l’aventure et le souvenir du pique-nique meuble les soirées d’hiver.

    Allez l’année prochaine on y retourne.

    Michel Costadau

  • On a gagné

    On a gagné

    On a gagné, on a gagné. On peut applaudir, on peut dire hourra et hourra, il faut féliciter, il faut crier, chanter, pleurer.

    Oui on a gagné. Gloups ! Ah non ce ne sont pas ces gamins en culotte courte dont je parle. Eux je ne vois pas ce qu’ils nous ont fait gagner depuis qu’on les promène avec leur ballon rond dans les bacs à sable de la planète. En fait rien, strictement rien.

    Non je parle de nous. Oui nous. Nous nous sommes battus, nous avons eu des idées et nous avons gagné. Pour mieux voir cela il faut simplement regarder comment vivaient nos parents et comment vivent nos enfants. Oui nous sommes, ou plutôt nous avons été, la génération de la libération. Libération dans le monde, libération dans les relations, libération dans les modes de vie.

    Attention, tout n’est pas rose pour autant, c’est même plutôt noir, car face à chaque évolution il y a toujours des mécanismes de récupération.  C’est un peu l’effet bélier : il faut une grande quantité d’eau qui descend pour en faire remonter une petite quantité. Parce que l’eau ne remonte pas naturellement, il faut l’aider.

    Nous avons développé beaucoup de combats, de résistances et d’idées novatrices et obtenu, quand même, pas mal d’améliorations.

    Oui nous avons été mal jugés, c’est-à-dire méprisés, critiqués, bannis. Au début on nous prenait pour des hippies, des drogués, des obsédés. Nous avons supporté cela et maintenant tout le monde fait comme nous. On nous traitait de feignants, d’antifrançais, de réfractaires. Nous avons gardé le cap, difficilement c’est vrai et aujourd’hui beaucoup partagent nos idées.

    Oui le monde de nos parents c’était la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie, la Guerre froide. Hélas il y a encore des guerres, beaucoup trop de guerres, mais paradoxalement, nous ne sommes plus en guerre. Nous participons à des opérations, peu louables c’est vrai, mais il n’y a plus de contingent, il n’y a plus que des mercenaires. A priori nous n’occupons plus militairement aucun pays. Certes les bombardements et les drones ont remplacé l’occupation du terrain avec drapeaux, trompettes et casernes, mais depuis longtemps nous n’occupons plus d’autres pays.

    Oui le monde de nos parents c’était une société complètement coincée, étriquée et religieuse dans laquelle les apparences comptaient plus que les sentiments. Nous avons fait voler tout cela en éclats, en cassant les barrières sociales, en mettant le partage et la solidarité en avant. En plus nous avons agi de manière absolument non violente, simplement en disant : ça ne nous convient pas, nous allons essayer autre chose. Et des essais nous en avons fait. En groupes, en communautés, ou seuls nous avons voulu mener une vie selon nos valeurs, nos idées, nos sentiments.

    Ca se cherche encore, parce que l’évolution continue, mais nous avons donné le branle, lancé le mouvement de l’acceptation de la différence et du respect des choix personnels. Ca nous a coûté beaucoup en respectabilité, en parcours professionnel, en tranquillité, en honneurs.

    Mais comment ne pas se réjouir de voir des jeunes qui se moquent de l’armée, du mariage, des arrivistes, de la religion et des politiques. Comment ne pas voir que nous avons changés le monde. Alors c’est vrai que nous ne sommes pas autant fêtés que les sportifs, mais quand même c’est nous qui faisons le boulot. Encore bravo.

    Michel Costadau

  • Contre-pouvoir

    Contre-pouvoir

    On n’entend presque plus parler de contre-pouvoir. Et alors ! pourquoi faudrait-il en parler ? Y a deux réponses, la bonne et la mauvaise. Bien sûr la mienne est la mauvaise, mais commençons par la bonne. Le contre-pouvoir des médias ou des syndicats ou des ONG est la preuve d’une société libre et participe du fonctionnement des démocraties. Et maintenant la mauvaise : il n’y a pas de contre-pouvoir des médias, ils sont au contraire un rouage essentiel du fonctionnement du pouvoir. Il en est de même des syndicats et des ONG. Ah bon !

    A vrai dire le premier des contre-pouvoirs se trouve, ou plutôt se trouvait, dans l’indépendance de la justice. Ça fait belle lurette que plus personne n’accorde de crédit à cette idée. Et de fait la réalité est de ce côté-là sans appel. La justice est au service des riches point à la ligne.

    D’ailleurs cette notion de société de droit, loin de représenter un progrès démocratique est la meilleure protection des puissants pour conserver leurs privilèges. Vous savez comment ça fonctionne : les puissants disent leur besoin, par exemple pour du chlordécone, alors les députés ne mettent pas cette molécule dans la liste des produits interdits et comme par miracle la justice sanctionne ceux qui s’opposent à son utilisation. Voilà c’est ça la société de droit.

    Question : mais au fait pourquoi faudrait-il des contre-pouvoirs

    ?

    Réponse : parce que, de nos jours, le pouvoir est tellement peu partagé que tout le monde ressent un besoin de rééquilibrage. Tous les mouvements populistes ne font qu’exploiter ce sentiment de dépossession. Et de même les ONG surfent sur le besoin de dénonciation des abus du système. Mais en fait ils ne dénoncent que ce que tout le monde sait, et ceux qui croient que les ONG sont puissantes au point de pouvoir arrêter une guerre sont de doux rêveurs car dans le monde actuel le seul fait de vouloir exister demande une compromission énorme. Vous allez me dire qu’il y a des médias alternatifs, des associations indépendantes et des lanceurs d’alerte. Le plus fort c’est que vous avez raison, mais hélas moi aussi, parce que l’indépendance a aussi un autre non : c’est l’impuissance. Et c’est le paradoxe des ONG. Soit elles ne font pas parler d’elles et alors elles n’ont aucun moyen pour agir, soit elles font partie de la sphère médiatique et récoltent des subsides mais alors elles sont aux mains de fondations, d’organismes nationaux et internationaux, voire de milliardaires et elles restent aux ordres.

    Mais alors ce serait quoi, de nos jours, ces fameux contre-pouvoirs. Le principe en est simple : ce sont des entités qui ne sont pas directement dans les arcanes du pouvoir, mais dont la parole a du poids pour des raisons morales, philosophiques, historiques ou sociétales. Exemples : les militaires, les avocats, les Églises, les philosophes ou les historiens. Seulement pas besoin de grands discours pour voir que toutes ces entités sont maintenant complètement intégrées au système.

    La réalité c’est qu’il n’y a plus de contre-pouvoir, c’est-à-dire de parole portée par un groupe et capable de bloquer une mauvaise décision du pouvoir. Et bien au contraire la généralisation des sondages comme instrument de pouvoir a détruit la notion même de contre-pouvoir.

    Seulement, soyons honnêtes, une société sans contre-pouvoir est une société totalitaire.

    Michel Costadau

  • Etre et Faire

    Etre et Faire

    Dans la vie il y a deux comportements personnels possibles : « se faire du bien » et « se donner du mal ». Quand je discute en prenant l’apéritif au coin du feu je me fais du bien, et quand je me casse le dos en binant le tournesol je me donne du mal. On pourrait croire que la vie n’est qu’une succession de ces deux séquences, mais c’est en fait un peu plus compliqué parce que ces deux états sont des manières d’être, presque des philosophies caractéristiques de chaque individu. Ainsi tout le monde ressort de l’une de ces deux tendances et chaque vie en est le résultat.

    Vous noterez, si ce n’est déjà fait, qu’il ne s’agit en aucune manière du bien et du mal comme pourraient avoir envie de le dire nos sociologues de service.

    « Se faire du bien » n’a aucun rapport avec la morale mais plutôt avec la jouissance, le plaisir, le bien-être ou tout simplement profiter de l’instant.

    « Se donner du mal » n’a aucun rapport avec le masochisme mais plutôt avec l’effort, la persévérance,  la recherche de la meilleure solution et le déploiement d’activité.

    On retrouve la dualité classique entre bien-être et bien-faire, c’est-à-dire être et faire.

    Disons clairement qu’aucun de ces deux fonctionnements ne peut être pratiqué à l’exclusion de l’autre, car ils conduisent alors à des écueils insurmontables.

    La pratique du se faire du bien ressemble un peu à se laisser vivre et a une tendance à l’absence d’effort. Et à ce moment-là, la vie peut prendre une pente vers la facilité et conduire à l’immobilisme et à la décadence.

    Au contraire, la pratique du se donner du mal, par son absence de compensations et de facilité peut conduire à en vouloir au monde entier pour le mal qu’on se donne et que personne ne reconnaît, ce qui peut donner de profondes frustrations conduisant à la misanthropie et la xénophobie.

    L’équilibre entre les deux est donc assez subtil, sachant qu’il y a basiquement une des tendances qui est prédominante chez chaque individu. Il est donc de première importance que chacun arrive à  reconnaître laquelle afin d’en compenser les inconvénients. Néanmoins la bonne répartition n’est pas l’équilibre 50/50 entre les deux, mais un dosage ou l’effort doit l’emporter car l’être n’est que le que le résultat du faire.

    Si je vous dis tout ça c’est parce qu’il y a globalement une exacerbation mondiale de ces attitudes. On pourrait presque dire qu’un moitié du monde se la coule douce pendant que l’autre moitié s’escrime  juste pour la satisfaire. Cette dichotomie existe depuis longtemps mais elle a pris un tour nouveau avec la mainmise des riches sur la terre. De nos jours, trop de gens naissent avec un compte en banque conséquent, alors que d’autres en sont réduits à travailler comme des bêtes de somme pour finir par cracher leurs poumons. Et donc trop de gens n’ont plus aucun souci matériel ni pour vivre ou se soigner ou se réparer. Ceux-là ne pensent qu’à leur bien-être et à leurs distractions, sans la moindre attention aux autres.

    Pour eux se faire du bien a pris le dessus et c’est catastrophique.

     

    Michel Costadau

  • Glypho-2

    Glypho-2

    Encore le glypho et encore Hulot. J’ai lu attentivement le communiqué de presse des deux ministres et après analyse c’est consternant.

    Regardons les mesures annoncées, il y en a 5 :

    1 – Création ou mise à jour d’une base de données sur les solutions  pour se passer du glypho. Ca mange pas de pain, ça fait travailler les informaticiens, et les fournisseurs sont contents,

    2 – Trouver de nouvelles alternatives pour les usages où il resterait des impasses. Là il y a une contradiction dans la phrase, parce que s’il y a des impasses c’est justement parce qu’il n’y a pas d’alternatives sinon il n’y aurait pas d’impasse. Alors, quant au fait d’en trouver de nouvelles, euh on dit pas bien ni quand ni comment,

    3 –  Mobilisation générale des chambre, des lycées agricoles et des coopératives pour promouvoir les alternatives au glypho. La trompette ça fait du bruit mais ça ne gagne pas une bataille. On comprend du coup qu’il y a seulement incitation mais aucune obligation, c’est très soft,

    4 – Suivi et publication des quantités vendues et utilisées de produits contenant du glypho. Là il y a  clairement une entourloupe car il n’y a aucun moyen de contrôler l’utilisation, ni de corréler vente et utilisation. Je rappelle pour les naïfs que rien n’oblige un agriculteur à acheter ses produits en France, ni à les mettre dans une seule armoire,

    5 – Contacts avec les autres pays volontaires, en marge des réunions européennes. Encore quelques réunions et frais de déplacements pour nos technocrates et quelques clips pour nos politiques.

    Et évidemment création  d’un groupe de travail pour suivre ces formidables décisions.

    Bling, il n’y a donc aucune mesure concrète sur la suppression du glypho, seulement un effet d’annonce comme d’habitude.

    Alors j’ai encore relu le communiqué pour voir où était la faille.

    Au début, les ministres commencent par rappeler qu’il existe un plan global de diminution des phytos qui demande un réduction de 25 % en 2020 et de 50 % en 2025. Outre que l’on ne sait pas de quel chiffres de consommation, actuellement en hausse, l’on part, ni avec quel critère on mesure la réduction, ces chiffres semblent envisager une réduction de 25 % en cinq ans, de 2020 à 2025, ce qui n’est guerre ambitieux, sachant que le glypho n’est pas, loin de là, le seul produit dangereux.

    Pourtant le titre du communiqué semble clair : il s’agit de la sortie définitive du glypho. Et d’un seul coup je découvre qu’à vrai dire il ne s’agit pas vraiment d’en sortir mais seulement de s’engager dans la sortie. La nuance est importante car ça veut dire qu’on parle d’un chemin et non d’un but. Voila la faille, les ministres ne disent pas courageusement : voici comment on sort du glypho, mais seulement : nous vous proposons un chemin à parcourir. Ce chemin est balisé sur trois ans. Après on verra si on trouve une suite.

    C’est comme s’ils s’offraient une promenade. Bonne ballade Hulot.

    Michel Costadau

  • Ca bouge

    Ca bouge

    On continue dans la même veine, même si c’est pas de chance pour certains. On va faire court.

    Les commentaires que je reçois reconnaissent le bien fondé de la privation de pouvoir, c’est-à-dire du boycott électoral, mais disent aussi …et après ? En gros, après il faudra bien prendre le pouvoir disent-ils, ce qui est exactement ce contre quoi nous nous battons. Ca pourrait devenir cornélien ce truc.

    Clairement l’objectif n’est pas du tout de prendre le pouvoir, on a déjà expliqué que ça ne marche pas. Ou si vous préférez : essayer de s’emparer des institutions dans le but de les changer n’a aucune chance si on ne change pas l’esprit des gens, principalement de la classe politique mais aussi des électeurs. C’est un gros boulot.

    Donc d’abord changer l’esprit des citoyens, c’est une question d’éducation et d’information. C’est un travail énorme. C’est lent c’est vrai, mais les outils et les analyses sont là et beaucoup s’emploient à les diffuser. Je veux dire que les dysfonctionnements de notre société sont très bien expliqués et décrits sur un grand nombre de sites ou de médias alternatifs.  Ils sont du coup, accessibles et bien perçus par une partie de la population. Le nombre des personnes conscientes de ce qui se passe est croissant. On peut l’estimer, maintenant à plus de 10 % de la population, dont cependant une partie continue à croire qu’il faut voter. Mais, hélas, dans cette entreprise d’information et d’éducation nous sommes contrecarrés par la classe politique elle-même, qui utilise tout son pouvoir sur les médias ms et les institutions pour dé-éduquer la population. Ce nivellement par le bas est  la clé de voûte de la domination de la classe politique. C’est donc bien un combat, une guerre  qu’il faut mener contre la  vision déformée que nous imposent les médias afin de redonner à tout le monde la perception de la réalité tant celle de leur propre existence que du monde dans lequel nous vivons.

    Et ensuite, changer la classe politique, vu qu’il n’y a plus ni gauche ni droite, ni socialiste ni conservateur, ni populiste ni gauchiste mais seulement des copains de l’ENA et les cercles de nantis, la privation de pouvoir est le moyen le plus pertinent, puisque les politiques ne tiennent leur domination que de notre entêtement à voter pour eux. Changer la classe politique ce n’est pas faire évoluer leurs idées, pas du tout. Ces gens-là n’ont pas d’idées, ils ne font qu’être au service du système financier en utilisant tous les moyens possibles et inimaginables, comme de faire croire que les immigrants sont des ennemis. En conséquence, dans ce cas-là, il ne s’agit plus de changer les gens mais bien de changer de gens. J’ai déjà indiqué dans d’autres textes que le réservoir existe : c’est celui qui fait vivre le monde associatif et ils sont des centaines de milliers. Ce ne devrait pas être trop difficile de trouver le millier de personnes capable de remplacer les politiques.

    Tout cela est-il utopique, c’est-à-dire pour dans très longtemps ? Ben non, il n’est que de voir la vitesse à laquelle se démolit le marché commun pour comprendre que c’est entrain de se passer.

    Michel Costadau

  • Pouvoir

    Pouvoir

    Dans le dernier billet j’évoquais Giono bloqué dans son désir d’éviter la guerre par l’absence de moyens pour y parvenir. Il exposait alors une solution complètement inefficace. Et c’est exactement la situation de la plupart d’entre nous. Notre impuissance, c’est à dire le grand écart entre notre prise de conscience d’un dérèglement, disons sociétal, et le moyen de le corriger est devenue totale. Du coup notre impatience grandit au même rythme et conduit à des défilés sans fin, des pétitions, des grèves ou des occupations qui ont autant d’effet que de vider la mer à la petite cuillère.

    En plus nous sommes au courant, tout le monde, s’il le souhaite, est au courant. On sait les conditions de détention, les expulsions, le mépris du droit, les écarts de salaires, on sait la corruption, la manipulation des informations, les avocats achetés, la France-Afrique, les cadeaux aux banques, Les exactions, assassinats, injustices, empoisonnements, dénis, passages en force se déroulent sous nos yeux. On sait, on sait, on sait tout. On sait tout ça et c’est de plus en plus.

    On est en train de « découvrir » que le « chlordécone » a empoisonné sciemment les Antilles à cause de multiples délais avant l’interdiction, et on continue avec le glyphosate. Alors la question du « comment faire » pour arrêter cette catastrophe est obsédante. C’est le syndrome Giono.

    Comment changer ça ?

    Il est clair que tous ces dérèglements, injustices, guerres, pollutions, dictatures et autres sont uniquement et totalement politiques. Il n’y a pas de crises économiques, de conflits sociaux, de fanatisme religieux, de guerres saintes, ni de guerres justes. Il n’y a que le mauvais fonctionnement politique des sociétés avec ses conséquences. La vie en société est politique par nature puisqu’elle consiste à savoir comment la faire. Et donc tout ce qui concerne le changement de ou dans la société est politique. La problématique est donc d’agir sur la politique et là il y a une panoplie assez étendue de solutions. Cependant toutes ces conceptions ont un point commun c’est « la prise de pouvoir ». Pour changer de politique, il faut changer de pouvoir. Ou si vous préférez prendre le pouvoir pour changer le pouvoir.

    Le seul défaut c’est que prendre le pouvoir ça ne marche pas. Ca n’a jamais marché. Le constat, sans appel, c’est que l’exercice du pouvoir est plus fort que la bonne volonté et que c’est lui qui impose sa logique. Or la logique du pouvoir, c’est de s’en servir et c’est un piège mortel.

    Alors, pour sortir du syndrome Giono, je ne préconise pas du tout de prendre le pouvoir, surtout pas de la manière dite démocratique. Pour moi ce ne sont pas les institutions ou le pouvoir qu’il faut changer, ce sont les hommes, les hommes au pouvoir et ceux qui le leur donnent. C’est pour ça qu’au contraire de la prise de pouvoir je propose la privation de pouvoir. La privation de pouvoir par les urnes, c’est-à-dire en les laissant vides.

    Michel Costadau

  • La Paix

    La Paix

    C’est Zabeth à la Fête à Martine qui me dit : est ce que tu aimes Giono ? Réponse : ben oui je suis même en train de le relire en ce moment. Elle me donne alors un petit livret intitulé « Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix» de 1938 que je ne connaissais pas. Elle me demande seulement de lui dire ce que j’en pense, après lecture bien sûr.

    Je suis donc en train de découvrir cette lettre de Giono et ce n’est pas complètement inintéressant pour trois aspects : une ode à la civilisation paysanne en train de disparaître, la prémonition d’un bouleversement du monde et une grande puérilité dans les propos.

    Giono qui est le maître du sentiment intérieur porte aux nues une civilisation paysanne et artisanale, basée sur l’autarcie et la complétude, mais quand même en train de se casser la figure. Pour lui le vrai paysan produit tout ce dont il a besoin, non seulement pour vivre mais aussi pour son habillement et tous les besoins de la ferme. C’est une vision idyllique et décalée car il n’est jamais question de mauvaises années, de maladies ou de mal au dos. Faire paysan n’est pas un métier mais c’est un état qui consiste à tout simplement « être » et à profiter du bonheur des choses. De même l’artisan est un individu totalement libre qui fabrique un produit fini en maitrisant toutes les étapes et compétences nécessaires et non pas en ne faisant qu’une partie de l’objet comme l’ouvrier. On a d’ailleurs le sentiment qu’il n’aime pas trop les ouvriers qui sont pour lui des paysans qui ont craqué.

    En fait ce n’est pas seulement bucolique car c’est de force morale dont il parle mais pour constater que paysans et artisans sont condamnés car incapables de faire face à leurs besoins, le paysan parce que son blé est en stock et ne se vend pas et l’artisan parce qu’il n’arrive pas à livrer les commandes qu’il a acceptées. Et c’est donc la fin de sa civilisation préférée, celle de la terre. Il le voit, il le regrette, il en souffre et il le dit. C’est par moments pathétique.

    Cependant avec les paysans Giono poursuit un but : leur montrer qu’en cas de guerre c’est toujours eux seuls qui sont envoyés à la boucherie car les ouvriers sont occupés à produire dans les usines tout ce qui est nécessaire à la guerre. Il sent que les paysans pourraient avoir une réaction violente face à leur disparition mais il les exhorte plutôt au refus de la guerre avec une méthode inattendue qui consiste à ce que chaque ferme ne produise plus que ce dont elle a besoin pour nourrir sa famille de façon à ce que les militaires  qui, eux, vivent sur les surplus, n’ayant rien à manger soient obligés de proposer la paix. C’est franchement naïf, inoffensif, mais international puisqu’il voit ça aussi bien en Allemagne qu’en France.

    Il bute là sur l’écueil classique de tous ceux qui sont convaincus qu’il faut arrêter les guerres, enlever leur pouvoir aux financiers et rétablir la démocratie : c’est comment y parvenir. La réponse de Giono est franchement candide, mais reste posée.

    Par contre il a une vision très originale de la pauvreté  qu’il appelle la mesure. Pour lui la mesure c’est le juste besoin. La satisfaction du juste besoin étendu à l’ensemble de la société voire du monde, doit permettre de nourrir tout la planète et d’éviter les surplus qui sont la base de l’enrichissement des dominants. Cette notion résonne bien aujourd’hui avec les méfaits du commerce mondial.

    En conclusion, Giono est toujours le champion du bonheur simple et naturel, que chacun peut obtenir en ayant des envies et en les maîtrisant. Mais sous son label de pacifiste je sens surtout l’anarchiste non-violent. Ce qu’il pense de la monnaie, des gouvernants, de ceux qui produisent uniquement pour gagner de l’argent est encore de la plus grand actualité. Hélas.

    Au fait merci Zabeth.

    Michel Costadau