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  • Euro 20

    Euro 20

    Allez, fini les rêveries ; on revient dans le dur, c’est-à-dire la politique, pour faire un petit balayage des 20 pays de la zone euro. C’est pas reluisant du tout. Je vois quand même six démocraties : Allemagne, Belgique, Grèce, Irlande, Italie, Portugal, mais trois pays voyous : Chypre, Luxembourg, Malte, un Etat religieux : Vatican, quatre Etats fascisants : Espagne, France, Lettonie, Lituanie et six pays populistes : Autriche, Estonie, Finlande, Pays-Bas, Slovaquie, Slovénie.
    Je suis sûr que vous êtes d’accord avec moi, mais je vais quand même vous donner quelques éléments.
    Quand je parle de démocraties je veux dire des pays où le parlement a le pouvoir, ou tout au moins compte beaucoup. Les bons exemples en ce moment sont évidemment Allemagne, Italie et Portugal. Parce que, ce que les médias nous décrivent comme blocages et impuissance sont seulement les nécessaires discussions entre représentants des diverses sensibilités de la population. Eh oui la population est partagée. Elle à le droit d’être représentée dans sa diversité et tous les mécanismes pour masquer cette réalité sont du domaine du fascisme. Cqfd. Certains ont des préventions à l’égard de la Grèce au prétexte qu’elle pactiserait trop avec le système. Ce n’est vraiment pas sérieux car tous les pays d’Europe non seulement pactisent, mais ont tous ce que j’appelle la religion du PIB. On y reviendra.
    Pour les Etats voyous, y a pas photo. Soit pour le blanchiment, soit pour les mafias, soit pour la corruption, ou pour les trois mon général, ce sont de tristes Etats dont personne n’est fier, mais dont tout le monde se sert.
    L’Etat religieux est une honte, sans commentaire.
    Les Etats fascisants dont nous faisons partie sont ceux qui ne jouent plus le jeu démocratique et sont aux mains de castes qui exercent un pouvoir presque sans contrôle. On peut aussi les caractériser par le fait que toute la classe politique et donc tous les partis sont très à droite, même ceux de gauche je veux dire. L’Espagne, en plus, montre une grande collusion entre l’exécutif et le judiciaire, indiquant bien ainsi qu’elle n’a pas digéré le fascisme franquiste et, à preuve, nous joue une pièce minable avec la Catalogne.
    Les Etats populistes sont des pays encore un peu démocratiques mais où les sentiments xénophobes de la population sont exacerbés et utilisés au lieu d’être discutés et contrebalancés. Dans ce cas ce n’est pas l’opinion qui gouverne, c’est la rumeur. En plus ils sont assez petits, avec des atouts touristiques exceptionnels, mais une histoire récente  très tourmentée.
    Au total, bien maigre bilan et en plus comme je l’ai dit tous ces 20 pays de la zone euro sont à fond dans le système. Et quand je parle de religion du PIB, c’est pour dire que toute l’action politique n’a qu’un seul but :  favoriser le développement de la finance. D’ailleurs il n’existe plus en Europe de partis en rupture avec le capitalisme, il n’y a que les habillages de la collaboration. Notons aussi que tous les dirigeants de tous ces pays ont une propension à savoir ce qui est bon pour la population, sans jamais tenir compte des mouvements, manifestations, pétitions, propositions, associations de ladite population. C’est de la science infuse ou …. du mépris.
    Maintenant si nous restons 5 minutes en France, nous pouvons constater que toutes les prétendues réformes gouvernementales ne sont que des leviers pour développer le business. Privatisations, dérégulation, allègement de la protection sociale, sabordage de l’école, utilisation de la pollution  et de normes comme arguments pour renouveler les véhicules, les installations industrielles ou agricoles. Tout est bon pour alimenter l’ogre dévorant de la croissance du PIB, qui aurait c’est vrai beaucoup de mal à progresser sans le soutien sans faille de nos classes politiques. C’est ça l’Euro.
     Michel Costadau
  • Questionnement

    Questionnement

    Je suis certain, même si vous ne le dites pas, que vous vous posez des questions, que vous avez des interrogations qui traînent comme ça dans vos têtes. Et vous avez raison. Je vais juste contribuer en vous donnant quelques unes des questions que je me pose moi aussi, auxquelles  je n’ai pas la réponse et qui n’en ont d’ailleurs peut-être pas. C’est du vrac. Y a pas d’ordre.
    Q1 : depuis l’origine de l’humanité, combien est-il né d’êtres humains et combien sont morts. Ce nombre de morts est-il supérieur ou inférieur à la population actuelle. En gros, est-ce que nous avons une parenté de plusieurs milliards ou dizaines de milliards de prédécesseurs qui sont déjà passés sur terre ou au contraire sommes nous le gros de la troupe ?
    Q2 : homme et femme sont les versions sexuées de l’espèce humaine, rien de compliqué. La question c’est : est-ce que la connaissance et la maîtrise actuelle des moyens de procréation  n’auraient pas tendance à faire que se profile une évolution distincte homme et femme, qui deviendraient alors deux espèces et non plus la même. Les femmes ne produisant plus alors que des femmes. La question se pose aussi de savoir si les mécanismes de reproduction sexués sont une bonne évolution de la vie ou une voie de garage ?
    Q3 : l’univers semble avoir deux extrémités qui ne sont pas de même nature, d’une part une origine il y a longtemps par une espèce de naissance explosive, et d’autre part un gigantesque volume actuel dont on ne connaît pas très bien la limite. Du côté de l’origine, la question pourrait être : y a-t-il un avant ce point de départ. Pour ça j’ai un semblant de réponse qui est qu’il n’y rien avant parce que le temps qui nous sépare de cette origine est, en fait infini, c’est-à-dire qu’on peut s’en rapprocher autant qu’on veut mais on n’y est pas encore, comme si le temps s’allongeait plus on s’en rapprochait. C’est une image bien sûr, mais en gros l’origine en question est très très très loin. Et puis c’est du passé et même si la compréhension de l’avant aide à comprendre l’après, ça ne changera pas la situation actuelle. Par contre, pour l’autre extrémité c’est plus embêtant et se pose la question de l’au-delà, pas le religieux mais le spatial. Les théoriciens nous disent que l’univers construit son propre espace pour dire que l’univers occupe toujours tout l’espace existant. Mais quand même la limite en question est liée au temps, c’est-à-dire  que l’âge et la distance sont une seule grandeur. Je ne suis pas tout à fait convaincu et je me demande quand même s’il n’y  a pas une frontière.
    Q4 : même isolés, les humains ont eu une évolution similaire. Par exemple le langage et l’écriture sont nés à plusieurs endroits en même temps et ont donc donné des langues et des écritures différentes. De même la phase médiévale avec seigneurs de la guerre, châteaux forts et servage a eu lieu un peu partout. Et ces diverses émergences se sont fécondées les unes les autres. Or maintenant nous n’avons plus qu’une seule civilisation écrasante et dominante sur terre, certes avec des survivances archaïques à pas mal d’endroits, mais qui sautent beaucoup d’étapes d’évolution que nous nous avons connues. Alors je me demande si cette unicité, cette réduction,  ne comporte pas une tendance à le stérilisation par manque de diversité.
    Q5 : il y a une situation paradoxale avec le vivant, parce que d’une part la durée de vie de chaque individu est assez courte, mais par le mécanisme de la reproduction notre espèce a une sorte de continuation qui pourrait durer longtemps. Comme une tendance à l’éternité. Par contre, notre planète et même l’univers, eux, ne sont pas vivants, il sont uniques avec un destin qu’on ne connaît pas trop mais qui ne comprend aucun mécanisme de reproduction. La question c’est pourquoi cherche-t-on de la vie, c’est-à-dire d’autres vies, dans l’univers. Euh pas moi, mais il y en a qui s’intéressent à ça. Alors ils cherchent de l’eau ou des protéines. Ma question c’est, chercher une vie assez semblable à la nôtre me paraît enfantin, parce que ce n’est pas les protéines qui nous caractérisent mais la notion d’éternité, ou plutôt de temps long, que je viens d’évoquer. Est-ce qu’il y a d’autres choses qui se reproduisent elles-mêmes dans l’univers, ça c’est une question.
    Bon tout ça en va pas vous empêcher de dormir. A suivre.
    Michel Costadau
  • Service Public

    Service Public

    Ouaouh le scoop des scoops, je l’ai. Je peux pas résister. Je vous le livre. Les cheminots ont proposé d’abandonner leur statut si, en échange, le gouvernement rétablissait le service public dans le transport ferroviaire. Wouf.
    Là en l’occurrence c’est mon copain des chemins de fer qui m’a donné l’info. Le vote a eu lieu hier soir en assemblée intersyndicale à Saint-Pierre-des-Corps, avec 577 délégués des huit syndicats de cheminots.
    Pour surprenante qu’elle soit, cette proposition ne manque pas d’une certaine habileté. D’abord cette mesure est généreuse. Et le service public est vraiment une chose à laquelle tout le monde est sensible. Or en ces temps de repli sur soi et de manipulation de la population, une telle  bouffée d’air est la bienvenue. Je suis sûr, et eux aussi, qu’elle sera appréciée par l’opinion.
    Ensuite, le service public, vous savez c’est exactement comme la Poste. Toutes les gares doivent avoir une desserte par train ou par route mais dans la continuité et la régularité. Ça veut dire aussi ne plus supprimer de gares bien sûr, car le rail peut jouer un grand rôle dans le transport du quotidien. Là où c’est assez bien joué c’est que ça n’implique pas du tout un quelconque monopole de la SNCF ou de Transdev. Au contraire tout le monde est utile dans le service public et en plus il y a du travail, du vrai.
    En ce qui concerne l’abandon du statut, la mesure est elle aussi intéressante car presque tous y gagneront une légère augmentation de salaire. Le seul point, apparemment avantageux, qu’ils abandonnent, c’est la progression liée à l’ancienneté. Ah ! l’ancienneté.
    Vous le savez la vision capitaliste des salaires c’est de démarrer au smic à 20 ans et de finir … au smic à 60 ans. Seulement, cette vision a un gros défaut c’est qu’elle est clairement démotivante. Alors le système a cherché à donner un peu d’attrait au parcours en inventant la notion de plan de carrière, d’échelons, de primes, d’indices, de bonus et même Sarko a essayé une motivation à gagner plus. En fait le mécanisme de l’avancement à l’ancienneté  est assez général et a le mérite d’empêcher ceux aux dents longues de marcher sur la tête des autres. Ce n’est pas la panacée mais ça intervient dans presque toutes les entreprises et aussi dans la fonction publique.
    Bien sûr le système prône tant qu’il peut l’avancement au mérite. Mais on ne sait plus très bien ce que ça veut dire parce que entre le mérite et le piston il y a une relation que l’on pourrait qualifier de mécanique. C’est vrai qu’aujourd’hui l’avancement se fait principalement en changeant de boîte, mais surtout il se fait de moins en moins, car au final c’est bel et bien l’esprit capitaliste qui a gagné avec la notion de salarié variable d’ajustement, c’est dire le salarié jetable. Surtout le moins qualifié, ce qui est devenu la production principale de l’Éducation ex nationale. Vous savez il y a une logique dans tout ça, et je ne me lasse pas de vous l’expliquer. Et c’est exactement ce qui arrive aux cheminots et leur réaction est vraiment bien.
    Maintenant il faut que vous sachiez que ça fait deux ans pile que je vous envoie un billet chaque semaine. Deux ans ça se fête. Et en ces temps où les news ne sont pas toujours vraies je vous devais bien ça pour cet anniversaire.

     Michel Costadau

  • Non-droit

    Non-droit

    Que peut bien être un « espace de non-droit ». Est-ce par exemple un chantier, une usine où les travailleurs ne sont pas déclarés : eh non. Euh une cité où les dealers font la loi et où la police ne vient plus : non pas du tout. Alors une route où les conducteur ne respectent pas les règles de circulation : non plus. Ou une association, un groupe de personnes au sein duquel les femmes ne sont  pas considérées à égalité des hommes voire harcelées : non pas du tout. Ah oui, c’est quand notre armée bombarde des hôpitaux : non, non et encore non.
    Non, pour nos gouvernants, une zone de non-droit c’est la ZAD de NDDL ou la ZAD de Roybon.
    Les ZAD voilà l’ennemi. Et pourtant il est clair que ces lieux sont surtout des espaces de création, de travail, de concertation et de réflexion. On y reviendra.
    Seulement ce sont aussi des espaces de résistance collective et je suis sûr que c’est ça le caillou dans leurs chaussures, pointues au demeurant.
    Et du coup, en réfléchissant à cette notion de résistance, je me suis rendu compte qu’elle était beaucoup plus répandue que je ne pensais. Eh oui chacune de nos maisons, de nos couples, de nos journaux, de nos familles, de nos sites, de nos réunions, sont de vrais lieux de résistance car on n’y pratique pas les valeurs du système mais la discussion, le respect, l’initiative et le partage. Et la réflexion.
    En quelque sorte nous avons disséminé des ZAD partout où il y a des personnes qui ne pensent pas comme eux. Et les ZAD physiques comme Sivens ou NDDL sont la concrétisation, le passage à l’acte comme disent les psy, de notre esprit de résistance. Et c’est donc à cette occasion que le système frappe. Bien sûr les zadistes savent qu’ils se mettent en première ligne et ne sont pas surpris de prendre des coups. C’est pour ça qu’en général ils sont jeunes et en pleine forme mais bien soutenus par des plus âgés.
    Cependant on pourrait croire que résister seulement dans sa tête, dans son cercle privé et entre amis ne gêne pas le système. Eh bien si, parce que c’est là que se forgent les idées et les méthodes de la résistance. Comme par exemple le respect de la nature, les actions coopératives et volontaires, les pseudo-monnaies, les alternatives à la consommation …. et le non-vote qui me paraît de plus en plus être une arme que nous devons développer.
    En fait, quels sont les comportements de démarcation des acteurs dans les ZAD ?
    D’abord le refus de la société marchande, c’est-à-dire celle ou l’argent permet de tout vendre et tout acheter. Les zadistes ont supprimé le pouvoir de l’argent. C’est un point fondamental. Ensuite le binôme de fonctionnement entre la liberté individuelle et les formes coopératives. Cela permet des échanges et l’entraide sans la notion de réciprocité, mais avec celle de don et de gratuité. C’est une forme nouvelle entre l’association et l’individu. Autre point caractéristique, l’absence de carcan conduit à un nomadisme important, l’expérience étant appréciée et volontiers partagée. Et l’envie de bouger est naturelle chez l’homme.
    Paradoxalement, la forme des actions revêt aussi le contraire du militantisme qui se caractérise par une dichotomie entre un statut de dominé et des revendications de libération. Non, dans la zad personne n’est enchaîné à son destin. C’est par le rayonnement de son être que se forgent de nouveaux rapports aux gens et aux choses. Autre élément un peu paradoxal, la faible fréquence des grandes réunions. Non pas qu’il n’y ait pas de problèmes à résoudre, loin de là, mais surtout parce que cette notion d’AG permanente ou de vote sur les grèves ou les actions, appartient au passé et porte encore en elle le mécanisme de la prise pouvoir par quelque uns, ce qui est exactement le contraire d’une ZAD. Dans une ZAD personne n’a de pouvoir pour que chacun en ait un peu.
    Une ZAD est donc avant tout une zone de liberté. Ceux qui veulent nier cette réalité ont déjà perdu la bataille de la communication. Clairement, c’est nous qui construisons le nouveau monde alors que la caste le détruit. Et en plus on fait ça gratuitement.
    Michel Costadau
  • Pub et Com

    Pub et Com

    Quand je vous disais, dans le billet « Résultat des courses » de novembre 2016, que l’élection de Trump était une bonne chose pour nous, je disais aussi, implicitement, que ce n’en était pas une pour les Américains. On le voit un peu plus tous les jours. J’ai été sidéré que ce président aille voir les victimes de la tuerie, alors qu’il l’a, on peut dire, encouragée tant par ses tweets haineux que par son laxisme sur la réglementation des armes. Quand à son idée d’armer les enseignants, je me demande si ce n’est pas la nostalgie du western qui le ronge. Mais j’ai bien vite compris qu’il s’agissait là, comme d’habitude, de simples opérations de com.
    Un : la présidence américaine n’est qu’une vaste action de communication. Et cette méthode a fait des émules dans le monde, en particulier hélas chez nous. Deux : nous partageons, donc, avec les US le triste privilège d’avoir des agences de pub comme gouvernement.
    Oui je veux dire que l’ensemble de l’exécutif français ne fait que de la com. C’est son mode de fonctionnement et ça fait tourner les médias.
    Trois : le décor.  Une petite équipe d’une vingtaine de personnes a obtenu par des moyens divers, dont la démocratie est absente, ce qu’on appelle le pouvoir politique. Autour de ce noyau gravitent une centaine d’entités publiques ou privées chargées de réunir les souhaits des donneurs d’ordres que sont les groupes industriels, les banques, les lobbies, la commission et les sociétés de sondage, censés représenter la population.
    Quatre : le fonctionnel. Une fois les besoins des groupes obtenus, les entités les formulent le plus explicitement possible et les présentent au noyau. Le noyau fait un tri, quelques arbitrages préliminaires et établit une liste avec des priorités. Ces listes sont alors remises à une quinzaine d’agences de com et de pub afin qu’elles bâtissent des plans d’action autour de chaque point de la liste, avec une mise en œuvre définissant les acteurs, tant civils que politiques, le timing, les moyens, et produisent les dossiers correspondants.
    Cinq : l’opérationnel. Ces dossiers sont alors traités par le noyau pour définir l’agenda, c’est-à-dire le planning de réalisation des différents points choisis. C’est là qu’interviennent officiellement les politiques qui doivent alors jouer leur partition, dans le cadre de l’orchestration globale définie dans les plans de com retenus par le noyau.
    Chaque étape de chaque campagne de pub est alors exécutée avec des invariants classiques. Toutes les actions sont présentées comme des réformes censées améliorer la vie de la population. C’est l’habillage. Beaucoup d’actions sont lancées en même temps afin de diviser les oppositions éventuelles. C’est l’effet feu d’artifice. Presque toutes les actions sont présentées comme des décisions directes du chef de l’Etat et dans quelques cas du gouvernement. C’est l’effet leader maximo ou dirigeant éclairé. Beaucoup d’actions ne font que reprendre à la marge des thèmes déjà traités. C’est le mécanisme vache à lait.  Presque toutes les actions ont un point de passage par le parlement, qui cependant ne décide d’aucune d’entre elles, mais doit seulement les transformer en lois. C’est la bénédiction institutionnelle.
    C’est comme ça que ca marche et ca marche très bien pour ……… le business.
    Evidemment, ce n’est pas tout à fait aussi fluide que je le dis, car il y a des perturbations. Notre dit gouvernement n’est pas le seul à agir ainsi. Il y a beaucoup d’autres groupes d’intérêts qui agissent auprès d’autres gouvernements. Certains groupes d’intérêts agissant même directement pour leur propre compte : les internet, les pétroliers, les chimistes et quelques autres.
    Mais enfin me direz-vous où est le problème puisque c’est comme cela que ça marche. Oh le problème c’est qu’avec ces méthodes l’opinion publique n’existe plus, étant seulement le résultat des manipulations des agences de com. Dit crûment ça veut dire que nous ne savons plus ce que nous pensons, et ça c’est un problème. Tout le monde voit bien que le chômage est constant depuis 30 ans, que les emplois se précarisent, que les entreprises ont de plus en plus de pouvoir sur les salariés, que les services publics se délitent et qu’on essaye toujours de faire de tous les musulmans des terroristes. Oui toute la population voit bien ça, mais plus personne ne sait quoi en penser. Et pourquoi, parce que le noyau assume. Il assume le chômage, il assume la précarité, il assume les mouroirs pour vieux, il assume les retards du train, les morts sur la route. Oui il assume. Et nous, nous subissons, les épaules voutées, le regard bas, les pieds pris dans le béton. Mauvaise passe, j’espère, parce que attention le béton ça sèche vite.

    Michel Costadau

  • La terre

    La terre

    Ca fait un moment qu’on me demande un billet sur l’agriculture. En fait ce sera sur la terre. Bon voilà c’est parti.
    On va commencer par les fondamentaux, comme au rrruby. La phrase clé c’est la suivante : un agriculteur c’est quelqu’un qui s’occupe de la terre. Vous allez me dire bon ben euh oui c’est évident. Eh bien non…….. parce que 99 % des agriculteurs s’occupent uniquement de ce qu’ils font pousser, pas de la terre.
    Démonstration : destruction des adventices, apport d’azote ou d’autres produits pour nourrir la plante. Semences transgéniques, Epandage d’herbicides, d’insecticides, de fongicides pour protéger la plante et rien que la plante. Raccourcisseur de paille pour que ça ne se couche pas. Enrobage des semences pour lutter contre les insectes du sol. Vaporisation de glyphosate pour tuer la plante et la sécher. Ok. Stop.
    Et donc, 99 % des agriculteurs sont de mauvais agriculteurs. Ils ne s’occupent pas de la terre. Alors pour la suite on va dire que quelqu’un qui s’occupe de la terre c’est un paysan, et celui qui ne s’en occupe pas un agriculteur. On dit même exploitant agricole, c’est plus clair.
    Seulement voilà, ce n’est pas du tout évident de s’occuper de la terre. Tout en évitant de tomber dans le fétichisme, il faut reconnaître qu’il n’est pas si facile que ça de comprendre que la terre ce n’est pas que du minéral, c’est aussi de l’animal et du végétal dans une osmose variable et complexe. Y en a même qui disent qu’il y a du sidéral dedans, peut-être. Mais déjà on peut tirer une sérieuse conséquence de cette situation : tout ce qui est hors sol, animal ou végétal ne devrait pas être de l’agriculture, parce que clairement c’est de l’industrie.
    Bon mais alors, pour les paysans, comment s’occuper de la terre ?
    Le paradoxe c’est que la première bonne attitude c’est de laisser la terre tranquille, c’est-à-dire ne pas la remuer, ne pas la toucher. Ce qui ne veut pas dire ne rien récolter, puisque la terre produit assez naturellement du végétal qui, en plus, peut servir à nourrir de l’animal. C’est d’ailleurs la première agriculture que nous avons pratiquée : cueillette, élevage, chasse.
    Bien, le problème c’est qu’on ne choisit pas ce qui pousse. Aïe. Et donc si l’on souhaite par exemple récolter du blé, comment va-t-on demander ça à la terre ? D’abord est-ce que la terre elle a envie de faire pousser du blé. En fait oui, parce que la terre est généreuse et aime bien porter du fruit. Mais alors il faut l’ensemencer. Avant on jetait la graine à la volée, c’était assez doux, maintenant on force la terre pour enfouir la graine, c’est un peu violent et guère plus efficace. Bon mais le plus important c’est le moment. Il y en a qui sèment dans le sec en faisant une poussière terrible, ce n’est pas le bon moment. L’autre extrémité c’est quand ça colle trop, car alors le grain n’est plus en contact avec la terre, mais entouré de boulettes tassées. Alors le bon moment c’est quand vous prenez la terre dans la main et qu’elle s’effrite sans presque vous coller les doigts ni être dure et faire de la poussière. Voilà c’est ça le bon moment. Evidemment s’il pleut juste après le semis, c’est un bonus.
    Ensuite, ben ensuite il faut laisser la terre travailler, car quand les agriculteurs disent qu’ils travaillent la terre c’est un abus de langage, parce qu’en réalité c’est la terre qui travaille, c’est elle qui fait le boulot, avec le soleil et la pluie bien sûr et les paysans.
    Le boulot du paysan, c’est alors d’aider la terre. Et pour l’aider il faut comprendre ce qu’elle aime. Clairement elle aime la variété, soit en associant plusieurs plantes, soit en variant les plantes d’année en année. Ce qu’elle aime aussi c’est se reposer de temps en temps, pas forcement en la laissant en jachère, mais surtout en ne faisant pendant quelques années que couper ce qui pousse sans rien planter de nouveau. Typiquement, c’est sa période prairie et en plus c’est joli. Ça elle aime bien. Ce qu’elle aime aussi, c’est voir passer des animaux, broutant, paissant, mangeant. Oh pas des vaches si elles s’enfoncent à pleines jambes, plutôt des brebis qui se dispersent et avancent vite, car la brebis aime la terre et sa fraîcheur. Ce que la terre aime aussi, c’est qu’on la nourrisse : paille, déchets organiques, fumiers, produits minéraux, animaux ou végétaux qu’elle peut digérer. Et pour bien voir si elle assimile ce que vous lui donnez, il suffit de le voir disparaître. Si vous retrouvez des chaumes l’année d’après, c’est qu’elle ne digère pas bien. Ça je l’ai compris.
    Par contre ce que je n’ai pas compris c’est pourquoi la terre s’appelle la Terre.

    Michel Costadau

  • Laïcité

    Laïcité

    Voici encore un sujet difficile mais celui-là tout le monde en parle, bien mal. Car clairement la laïcité est encore une bataille et nous sommes loin de l’avoir gagnée. C’est à l’origine, et avant tout, la lutte pour enlever aux religions leur influence et leur pouvoir politique.
    La loi de séparation de l’Église et de l’État est du début du XXe siècle, autant dire y a pas très longtemps, et ne concernait pas toutes les religions. Certes des progrès ont été accomplis depuis, mais paradoxalement malgré la baisse continuelle de fidèles, le pouvoir des Églises s’est maintenu à un niveau quasiment constant, tout au moins au plan national et international.
    Il faut comprendre que la progression de la laïcité est fondamentalement liée à deux processus de prise de conscience : la démocratisation de nos sociétés et le développement des sciences.
    Dans le premier processus, la population prend conscience de sa propre identité, de la similitude entre les individus, de la possible égalité entre personnes, peut-être même d’une certaine fraternité et petit à petit arrache du pouvoir à l’aristocratie, aux Églises, au clergé et à la bourgeoisie. Cette bataille ne s’est pas faite sans résistance de la part de ces castes. Cependant, malgré certaines évolutions, le constat actuel est assez cruel.
    D’accord l’aristocratie ne possède plus les âmes mais elle existe encore, règne sur plusieurs pays et défend ses pratiques comme la chasse ou les mariages princiers. On est loin de l’égalité.
    Ensuite, les Églises ne font plus partie du gouvernement mais restent immensément puissantes. Elles ont leurs entrées diplomatiques dans tous les États et elles s’en servent. Et il y a même une cinquantaine d’États officiellement religieux dans le monde, dont une petite dizaine en Europe, eh oui. On est loin de la perte de pouvoir politique qu’envisageait la loi.
    Par contre, le clergé a lui quasiment disparu chez nous, c’est le point le plus visible, mais ceux qui restent sont assez activistes et loin de n’avoir que de bonnes idées.
    Enfin la bourgeoisie a bien résisté, entre autres parce qu’elle a représenté un symbole de progrès par l’accès aux études, mais elle s’est maintenant fondue dans la masse. Hélas, une grande bourgeoisie, psycho-religieuse, s’est installée qui truste le milieu des affaires et de l’argent avec un véritable réseau et beaucoup de moyens en nous reléguant dans les oubliettes du labeur et de la médiocrité. C’est elle qui maintenant possède les travailleurs, c’est-à-dire nous, qui se vendent et s’achètent au gré des besoins. On est loin de la liberté.
    Le second processus vient du mélange puissant entre les sciences exactes et la philosophie, et a consacré la valeur du raisonnement. Les notions de démonstration et de preuves ont fini par convaincre presque tout le monde comme étant les seules capables de faire progresser la connaissance. Cela a permis d’établir un rempart contre les affirmations péremptoires et les inventions sans fondements des églises et des puissants sur l’origine de la vie, son sens, et son devenir. Concrètement, les idées ont un peu avancé et presque plus personne ne croit que la terre est une vallée de larmes. Mais là encore le constat est cruel.
    Les nouvelles religions, les desseins, les complots, les fausse nouvelles, les miracles ont encore une bonne prise sur la population. La cause principale en est que la raison demande un minimum d’éducation pour convaincre. Or le niveau d’éducation est actuellement au plus bas, à se demander si ce n’est pas volontairement. Peut-être.
    Bien, bien mais alors c’est quoi le problème ?
    Le problème c’est que beaucoup de gens pensent que la laïcité c’est le respect par l’État des croyances individuelles, et seulement le droit à ce respect. Mais non, la laïcité ce n’est pas de permettre à chacun d’avoir la religion qu’il veut, ça c’est simplement la liberté constitutionnelle de tous les citoyen qui peuvent avoir les croyances et les rites qu’ils veulent.
    Non, la laïcité c’est d’empêcher que les institutions au sein desquelles se pratiquent ces croyances et ces rites en tirent du pouvoir pour intervenir dans la sphère politique. Parce que c’est bien gentil de laisser les Églises s’occuper de leurs fidèles, mais si l’on tient compte du même coup du poids politique qu’elles représentent, tant par le nombre de leurs adhérents que par les sujets de société dont elles parlent, alors là il y a problème. Les Églises ne devraient pas avoir  plus de pouvoir que la fédération nationale des cruciverbistes. C’est exactement le même niveau. Et ce n’est pas le cas.
    Et le combat continue.
    Michel Costadau
  • EducNAt

    EducNAt

    Je suis sûr que vous avez le sentiment qu’il se passe des choses dans notre pays. Eh bien moi aussi j’ai ce sentiment mais, hélas, je suis tout aussi sûr qu’il ne s’agit pas des même choses.

    Vous le savez, la responsabilité la plus importante dans la vie c’est l’éducation, l’enseignement, l’apprentissage, la formation, la transmission de connaissance. Et justement là oui là… il se passe des choses.

    En vrai, qui ose encore parler de l’Education ex Nationale, alors que nous assistons à un naufrage en direct avec sons, images et vidéos. Rien ne manque. Naufrage sciemment, délibérément, scientifiquement organisé depuis des dizaines d’années. Oui depuis longtemps en plus.

    Alors qu’est-ce qui ne va pas ?

    Ce qui ne va pas c’est la réalité : les 12 ans que chaque enfant passe en classes, en sorties, en sport, en atelier ou en bibliothèque, ne servent qu’à les occuper pendant l’absence de leurs parents. C’est en fait une vaste garderie. Même si ça semble enfoncer des portes ouvertes, il faut rappeler que l’autorité des maîtres et des professeurs est un lointain souvenir, que les programmes sont une galéjade qui ne fait plus rire personne, que les vacances scolaires sont exclusivement organisées en fonction du business touristique, que les diplômes ne donnent plus de travail depuis longtemps, que les niveaux baissent lamentablement chaque année, et que la citoyenneté chère à nos pauvres politiques n’est pas une matière enseignée.

    Eh oui, ce ne sont pas les maîtres mais les élèves qui font la loi, sachant que les proviseurs et directeurs ont la consigne de toujours donner raison aux parents, ce qui revient à récompenser les fauteurs. Or, sans un minimum ou plutôt un maximum de calme et d’écoute, c’est-à-dire d’autorité, l’éducation est impossible. Certes, la catastrophe est peut-être encore plus flagrante dans les collèges que dans le primaire et les lycées, mais elle est partout.

    Je vous parle là de moyenne ou plutôt de majorité, car c’est sûr il y a des extrêmes. D’un côté ceux que le système scolaire détruit totalement et dégoûte de la connaissance et du travail, et qui se retrouvent en prison ou marginaux avant leur majorité, et d’un autre côté ceux qui ont surfé sur les études sans faire de vagues…..et qui auraient très bien pu se passer de l’école.

    Mais le résultat est là : il n’y a plus d’Education Nationale.

    Comment en est-on arrivé là ? Vous allez me dire qu’il y a le constant manque de moyen humains et matériels ainsi que des réformes sans queue ni tête et, d’ailleurs, c’est uniquement de cela dont tout le monde parle. Mais là n’est pas la cause de ce massacre, ça ce n’est que le moyen.

    La cause est tout simplement que notre société n’a plus de projet éducatif et ne veut pas en avoir. Eh oui le contenu à donner aux études et aux apprentissages dépend uniquement de l’objectif recherché. Quel type de société projetons-nous et quelle place voulons-nous donner aux hommes et aux femmes dans notre société ? Allo je vous entend mal, quoi, vous ne dites rien. Oui c’est ça : rien, car plus aucun aucun projet éducatif n’habite notre pays.

    Nous ne voulons pas former des hommes et des femmes doués d’un peu de jugement, mais des travailleurs dociles, des consommateurs peu avisés et des électeurs crédules. C’est à cela que sert le budget de la nation.

    En conséquence, l’Etat préfère payer et subventionner des écoles privées plutôt que de faire fonctionner un système démocratique d’éducation. Car il est beaucoup plus facile de déléguer un service public que de l’assurer.

    Essayez de trouver qui, dans toutes nos institutions, va réfléchir et chercher à dispenser à tous les jeunes citoyens un bagage éducatif. Personne. En fait nous sommes encore au Moyen Age. Nos élus ont peur que l’éducation permette aux gens de prendre conscience et de découvrir que notre société ne pratique qu’une fuite en avant éperdue et suicidaire. Il faut, par-dessus tout, empêcher les jeunes de penser, voilà la politique que pratiquent nos dirigeants.

    Soit dit en passant, si encore les écoles privées, n’étaient pas confessionnelles ça serait un peu plus acceptable mais presque toutes sont aux mains des religions. Parce que privé et laïque ça peut fonctionner mais confessionnel et laïque y a un gros problème. Et ça tombe bien, si j’ose m’exprimer ainsi, parce que le prochain billet est sur la laïcité.

    Michel Costadau

  • Patrick Mignard

    Patrick Mignard

    Je suis complètement sidéré par cette condamnation, en appel, de Patrick Mignard pour diffamation. Que s’est il passé ? Apparemment il a affublé le maire d’une petite commune du titre d’ogre, sa femme de sorcière, et leur fils et leur fille de légèrement demeurés. Cela non pas en réunion, ni dans un tract électoral, mais dans un conte moyenâgeux très court paru sur un des sites où il intervient. Je ne sais pas si c’est vrai, et personne ne le sait bien sûr. Bon, certes c’est pas très gentil, mais il fait ça toute la journée et, en général, pour des personnages beaucoup plus haut placés, qui c’est vrai, s’en fichent complètement.
    En fait, il dessine, vous savez, le petit nuage avec un visage de Coluche en haut, c’est lui.
    Et le village en question est un tout petit village, moins d’une centaine d’habitants et de votants. Et c’est là qu’est le problème. Ces villages donnent tous lieu à des fonctionnement archaïques du type clan. Un groupe de population, souvent agricole et ancré localement, s’érige en clan et domine la vie du village. Le conseil et le maire sont alors non pas choisis par la population, mais cooptés par le clan. Bien sûr, il y a des élections comme partout, mais le résultat est décidé avant. Souvent aussi il y a quelques trouble-fêtes qui sont, en fait, les bienvenus pour faire ressembler le tout à un peu de démocratie. Mais, d’une manière générale, il est difficile de prospérer si l’on n’appartient pas, plus ou moins, au clan. Bien sûr il peut aussi y avoir plusieurs clans et des guerres de clans, ce qui somme toute est assez démocratique, mais ça n’arrive pas souvent. Cet état de choses n’est pas le fruit de calculs machiavéliques mais tout simplement le résultat des vagues successives de désertification puis de repeuplement qu’a connu  la campagne. C’est la réalité.
    Alors, voilà que Patrick  Mignard met ça en musique et fait trois ou quatre petites nouvelles sous le nom révélateur de Merlin l’emmerdeur.
    Et donc, que les intéressés se soient reconnus dans les personnages du conte en question, c’est normal c’est fait pour ça. Qu’ils aient porté plainte c’est encore normal, puisqu’ils n’ont aucunement l’intention de changer d’attitude et souhaitent seulement continuer comme avant. Je suis, donc, sidéré par le comportement de la justice, enfin je ne sais pas trop comment l’appeler. Car ce jugement est incompréhensible.
    Que la justice soit un régulateur de la vie en société me paraît normal. Eviter les abus sur ceux qui sont faibles ou malades ou en difficulté : normal. Eviter que ceux qui ont plus se voient dérober une partie de ce qu’ils ont : normal. Permettre que les écrits engageants soit respectés et sanctionner ceux qui ne respectent pas les lois connues : normal.
    Mais dédommager un édile pour la dérision dont il est victime alors là ça ne passe pas, c’est pas du tout normal. Bien sûr ce n’est pas drôle de se faire traiter de sorcière ou de demeuré, mais c’est la règle du jeu en société. Non seulement on a le droit de penser ce que l’on veut de x ou de y, mais on a même le droit de le dire et de l’écrire. S’il y a une limite c’est quand ça devient du harcèlement ou quand on cherche à devenir une espèce de baron noir et que l’on fait de la nuisance un vrai job.
    Et là, justement, il n’en manque pas, suivez mon regard. Seulement de ceux-là, la justice ne s’occupe pas puisqu’elle est à leur service.
    Michel Costadau
  • Céline

    Céline

    Voilà un billet bien délicat à écrire, car je vais essayer d’expliquer pourquoi il aurait fallu republier les pamphlets de Céline. Vous le savez, ces écrits sont une accumulation de critiques et de haine des juifs et donc éminemment racistes. Délicat, parce qu’il est de nos jours devenu pratiquement impossible d’aborder le sujet de l’antisémitisme. Toute tentative en ce sens est immédiatement torpillée par une série de réactions, d’entretiens et de coups… de téléphone. C’est ce qui vient d’arriver à Gallimard, qui n’est pourtant pas le premier venu.
    Alors pourquoi aurait-il fallu republier ces textes ?
    D’abord la réponse et ensuite la démonstration. Réponse : fondamentalement, pour essayer de dénouer les non-dits de la période des deux dernières guerres mondiales, dont le refoulement est en grande partie responsable des discours populistes et de leur audience, et aussi pour comprendre le blocage politique de notre société.
    Démonstration : la première guerre a été une vraie boucherie. L’entre-deux-guerres un combat entre les peuple et les castes, c’est-à-dire entre les pauvres et les riches avec la victoire de ceux-ci, et la deuxième guerre un règlement de comptes entre impérialistes avec l’achèvement de l’hégémonie américaine. Du coup, le monde issu de la dernière guerre a jeté un voile sur notre histoire, dissimulant ainsi les comportements de nos concitoyens bien à rebours de la version officielle.
    Car, entre autres, pendant la dernière guerre, la France n’était pas tout entière rebelle aux forces d’occupation, essayant par tous les moyens de lutter contre l’envahisseur, avec détermination et conviction. Et non seulement la population ne s’est pas battue, mais certains ont même plutôt bien profité. En particulier, ce qu’on appelle aujourd’hui la ferme France, qui s’est honteusement enrichie. Le masque dont cette réalité a été recouverte a fait le lit d’une France honteuse de son passé mais ne pouvant en faire le deuil.
    C’est dans cette trame que s’est retrouvé Céline. Il a exactement vécu ou plutôt habité cette période, et ses écrits sont tout entiers marqués par la guerre et le racisme qui ont dévasté cette époque. Un écorché vif dans un monde de fous. Et il a écrit ou plutôt parlé de toute l’horreur que lui provoquait ce monde, et du coup de sa faible considération pour la condition humaine descendue si bas. Céline a été traversé par ces courants et ces luttes, il a été antisémite, il a été bolchevique, il a fait la guerre, il a été en prison, il été exilé et, sans cesse, il a crié que le monde allait à sa perte.
    Clairement, il est impossible d’envisager de se débarrasser de l’antisémitisme sans mettre sur la table les raisons qui l’ont provoqué et entretenu. C’est une grande introspection collective qui est nécessaire. Et non pas un ostracisme qui s’abreuve aux même sources que le racisme.
    C’est pourquoi il me semble que la réédition des pamphlets pourrait être l’occasion de remettre un peu à plat notre passé. Nous avons tout à gagner à reconnaître nos erreurs et à dénoncer ceux qui les ont ignorées ou en ont profité. Oui nous avons été collabos, oui nous avons été racistes, et du coup nous le sommes encore beaucoup trop.
    Alors bien sûr je  rêve, car il est probable que Gallimard en lançant son annonce ne cherchait qu’à faire vendre du Céline. Vendre, toujours vendre, quelle horreur.

    Michel Costadau