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  • Non-droit

    Non-droit

    Que peut bien être un « espace de non-droit ». Est-ce par exemple un chantier, une usine où les travailleurs ne sont pas déclarés : eh non. Euh une cité où les dealers font la loi et où la police ne vient plus : non pas du tout. Alors une route où les conducteur ne respectent pas les règles de circulation : non plus. Ou une association, un groupe de personnes au sein duquel les femmes ne sont  pas considérées à égalité des hommes voire harcelées : non pas du tout. Ah oui, c’est quand notre armée bombarde des hôpitaux : non, non et encore non.
    Non, pour nos gouvernants, une zone de non-droit c’est la ZAD de NDDL ou la ZAD de Roybon.
    Les ZAD voilà l’ennemi. Et pourtant il est clair que ces lieux sont surtout des espaces de création, de travail, de concertation et de réflexion. On y reviendra.
    Seulement ce sont aussi des espaces de résistance collective et je suis sûr que c’est ça le caillou dans leurs chaussures, pointues au demeurant.
    Et du coup, en réfléchissant à cette notion de résistance, je me suis rendu compte qu’elle était beaucoup plus répandue que je ne pensais. Eh oui chacune de nos maisons, de nos couples, de nos journaux, de nos familles, de nos sites, de nos réunions, sont de vrais lieux de résistance car on n’y pratique pas les valeurs du système mais la discussion, le respect, l’initiative et le partage. Et la réflexion.
    En quelque sorte nous avons disséminé des ZAD partout où il y a des personnes qui ne pensent pas comme eux. Et les ZAD physiques comme Sivens ou NDDL sont la concrétisation, le passage à l’acte comme disent les psy, de notre esprit de résistance. Et c’est donc à cette occasion que le système frappe. Bien sûr les zadistes savent qu’ils se mettent en première ligne et ne sont pas surpris de prendre des coups. C’est pour ça qu’en général ils sont jeunes et en pleine forme mais bien soutenus par des plus âgés.
    Cependant on pourrait croire que résister seulement dans sa tête, dans son cercle privé et entre amis ne gêne pas le système. Eh bien si, parce que c’est là que se forgent les idées et les méthodes de la résistance. Comme par exemple le respect de la nature, les actions coopératives et volontaires, les pseudo-monnaies, les alternatives à la consommation …. et le non-vote qui me paraît de plus en plus être une arme que nous devons développer.
    En fait, quels sont les comportements de démarcation des acteurs dans les ZAD ?
    D’abord le refus de la société marchande, c’est-à-dire celle ou l’argent permet de tout vendre et tout acheter. Les zadistes ont supprimé le pouvoir de l’argent. C’est un point fondamental. Ensuite le binôme de fonctionnement entre la liberté individuelle et les formes coopératives. Cela permet des échanges et l’entraide sans la notion de réciprocité, mais avec celle de don et de gratuité. C’est une forme nouvelle entre l’association et l’individu. Autre point caractéristique, l’absence de carcan conduit à un nomadisme important, l’expérience étant appréciée et volontiers partagée. Et l’envie de bouger est naturelle chez l’homme.
    Paradoxalement, la forme des actions revêt aussi le contraire du militantisme qui se caractérise par une dichotomie entre un statut de dominé et des revendications de libération. Non, dans la zad personne n’est enchaîné à son destin. C’est par le rayonnement de son être que se forgent de nouveaux rapports aux gens et aux choses. Autre élément un peu paradoxal, la faible fréquence des grandes réunions. Non pas qu’il n’y ait pas de problèmes à résoudre, loin de là, mais surtout parce que cette notion d’AG permanente ou de vote sur les grèves ou les actions, appartient au passé et porte encore en elle le mécanisme de la prise pouvoir par quelque uns, ce qui est exactement le contraire d’une ZAD. Dans une ZAD personne n’a de pouvoir pour que chacun en ait un peu.
    Une ZAD est donc avant tout une zone de liberté. Ceux qui veulent nier cette réalité ont déjà perdu la bataille de la communication. Clairement, c’est nous qui construisons le nouveau monde alors que la caste le détruit. Et en plus on fait ça gratuitement.
    Michel Costadau
  • Pub et Com

    Pub et Com

    Quand je vous disais, dans le billet « Résultat des courses » de novembre 2016, que l’élection de Trump était une bonne chose pour nous, je disais aussi, implicitement, que ce n’en était pas une pour les Américains. On le voit un peu plus tous les jours. J’ai été sidéré que ce président aille voir les victimes de la tuerie, alors qu’il l’a, on peut dire, encouragée tant par ses tweets haineux que par son laxisme sur la réglementation des armes. Quand à son idée d’armer les enseignants, je me demande si ce n’est pas la nostalgie du western qui le ronge. Mais j’ai bien vite compris qu’il s’agissait là, comme d’habitude, de simples opérations de com.
    Un : la présidence américaine n’est qu’une vaste action de communication. Et cette méthode a fait des émules dans le monde, en particulier hélas chez nous. Deux : nous partageons, donc, avec les US le triste privilège d’avoir des agences de pub comme gouvernement.
    Oui je veux dire que l’ensemble de l’exécutif français ne fait que de la com. C’est son mode de fonctionnement et ça fait tourner les médias.
    Trois : le décor.  Une petite équipe d’une vingtaine de personnes a obtenu par des moyens divers, dont la démocratie est absente, ce qu’on appelle le pouvoir politique. Autour de ce noyau gravitent une centaine d’entités publiques ou privées chargées de réunir les souhaits des donneurs d’ordres que sont les groupes industriels, les banques, les lobbies, la commission et les sociétés de sondage, censés représenter la population.
    Quatre : le fonctionnel. Une fois les besoins des groupes obtenus, les entités les formulent le plus explicitement possible et les présentent au noyau. Le noyau fait un tri, quelques arbitrages préliminaires et établit une liste avec des priorités. Ces listes sont alors remises à une quinzaine d’agences de com et de pub afin qu’elles bâtissent des plans d’action autour de chaque point de la liste, avec une mise en œuvre définissant les acteurs, tant civils que politiques, le timing, les moyens, et produisent les dossiers correspondants.
    Cinq : l’opérationnel. Ces dossiers sont alors traités par le noyau pour définir l’agenda, c’est-à-dire le planning de réalisation des différents points choisis. C’est là qu’interviennent officiellement les politiques qui doivent alors jouer leur partition, dans le cadre de l’orchestration globale définie dans les plans de com retenus par le noyau.
    Chaque étape de chaque campagne de pub est alors exécutée avec des invariants classiques. Toutes les actions sont présentées comme des réformes censées améliorer la vie de la population. C’est l’habillage. Beaucoup d’actions sont lancées en même temps afin de diviser les oppositions éventuelles. C’est l’effet feu d’artifice. Presque toutes les actions sont présentées comme des décisions directes du chef de l’Etat et dans quelques cas du gouvernement. C’est l’effet leader maximo ou dirigeant éclairé. Beaucoup d’actions ne font que reprendre à la marge des thèmes déjà traités. C’est le mécanisme vache à lait.  Presque toutes les actions ont un point de passage par le parlement, qui cependant ne décide d’aucune d’entre elles, mais doit seulement les transformer en lois. C’est la bénédiction institutionnelle.
    C’est comme ça que ca marche et ca marche très bien pour ……… le business.
    Evidemment, ce n’est pas tout à fait aussi fluide que je le dis, car il y a des perturbations. Notre dit gouvernement n’est pas le seul à agir ainsi. Il y a beaucoup d’autres groupes d’intérêts qui agissent auprès d’autres gouvernements. Certains groupes d’intérêts agissant même directement pour leur propre compte : les internet, les pétroliers, les chimistes et quelques autres.
    Mais enfin me direz-vous où est le problème puisque c’est comme cela que ça marche. Oh le problème c’est qu’avec ces méthodes l’opinion publique n’existe plus, étant seulement le résultat des manipulations des agences de com. Dit crûment ça veut dire que nous ne savons plus ce que nous pensons, et ça c’est un problème. Tout le monde voit bien que le chômage est constant depuis 30 ans, que les emplois se précarisent, que les entreprises ont de plus en plus de pouvoir sur les salariés, que les services publics se délitent et qu’on essaye toujours de faire de tous les musulmans des terroristes. Oui toute la population voit bien ça, mais plus personne ne sait quoi en penser. Et pourquoi, parce que le noyau assume. Il assume le chômage, il assume la précarité, il assume les mouroirs pour vieux, il assume les retards du train, les morts sur la route. Oui il assume. Et nous, nous subissons, les épaules voutées, le regard bas, les pieds pris dans le béton. Mauvaise passe, j’espère, parce que attention le béton ça sèche vite.

    Michel Costadau

  • La terre

    La terre

    Ca fait un moment qu’on me demande un billet sur l’agriculture. En fait ce sera sur la terre. Bon voilà c’est parti.
    On va commencer par les fondamentaux, comme au rrruby. La phrase clé c’est la suivante : un agriculteur c’est quelqu’un qui s’occupe de la terre. Vous allez me dire bon ben euh oui c’est évident. Eh bien non…….. parce que 99 % des agriculteurs s’occupent uniquement de ce qu’ils font pousser, pas de la terre.
    Démonstration : destruction des adventices, apport d’azote ou d’autres produits pour nourrir la plante. Semences transgéniques, Epandage d’herbicides, d’insecticides, de fongicides pour protéger la plante et rien que la plante. Raccourcisseur de paille pour que ça ne se couche pas. Enrobage des semences pour lutter contre les insectes du sol. Vaporisation de glyphosate pour tuer la plante et la sécher. Ok. Stop.
    Et donc, 99 % des agriculteurs sont de mauvais agriculteurs. Ils ne s’occupent pas de la terre. Alors pour la suite on va dire que quelqu’un qui s’occupe de la terre c’est un paysan, et celui qui ne s’en occupe pas un agriculteur. On dit même exploitant agricole, c’est plus clair.
    Seulement voilà, ce n’est pas du tout évident de s’occuper de la terre. Tout en évitant de tomber dans le fétichisme, il faut reconnaître qu’il n’est pas si facile que ça de comprendre que la terre ce n’est pas que du minéral, c’est aussi de l’animal et du végétal dans une osmose variable et complexe. Y en a même qui disent qu’il y a du sidéral dedans, peut-être. Mais déjà on peut tirer une sérieuse conséquence de cette situation : tout ce qui est hors sol, animal ou végétal ne devrait pas être de l’agriculture, parce que clairement c’est de l’industrie.
    Bon mais alors, pour les paysans, comment s’occuper de la terre ?
    Le paradoxe c’est que la première bonne attitude c’est de laisser la terre tranquille, c’est-à-dire ne pas la remuer, ne pas la toucher. Ce qui ne veut pas dire ne rien récolter, puisque la terre produit assez naturellement du végétal qui, en plus, peut servir à nourrir de l’animal. C’est d’ailleurs la première agriculture que nous avons pratiquée : cueillette, élevage, chasse.
    Bien, le problème c’est qu’on ne choisit pas ce qui pousse. Aïe. Et donc si l’on souhaite par exemple récolter du blé, comment va-t-on demander ça à la terre ? D’abord est-ce que la terre elle a envie de faire pousser du blé. En fait oui, parce que la terre est généreuse et aime bien porter du fruit. Mais alors il faut l’ensemencer. Avant on jetait la graine à la volée, c’était assez doux, maintenant on force la terre pour enfouir la graine, c’est un peu violent et guère plus efficace. Bon mais le plus important c’est le moment. Il y en a qui sèment dans le sec en faisant une poussière terrible, ce n’est pas le bon moment. L’autre extrémité c’est quand ça colle trop, car alors le grain n’est plus en contact avec la terre, mais entouré de boulettes tassées. Alors le bon moment c’est quand vous prenez la terre dans la main et qu’elle s’effrite sans presque vous coller les doigts ni être dure et faire de la poussière. Voilà c’est ça le bon moment. Evidemment s’il pleut juste après le semis, c’est un bonus.
    Ensuite, ben ensuite il faut laisser la terre travailler, car quand les agriculteurs disent qu’ils travaillent la terre c’est un abus de langage, parce qu’en réalité c’est la terre qui travaille, c’est elle qui fait le boulot, avec le soleil et la pluie bien sûr et les paysans.
    Le boulot du paysan, c’est alors d’aider la terre. Et pour l’aider il faut comprendre ce qu’elle aime. Clairement elle aime la variété, soit en associant plusieurs plantes, soit en variant les plantes d’année en année. Ce qu’elle aime aussi c’est se reposer de temps en temps, pas forcement en la laissant en jachère, mais surtout en ne faisant pendant quelques années que couper ce qui pousse sans rien planter de nouveau. Typiquement, c’est sa période prairie et en plus c’est joli. Ça elle aime bien. Ce qu’elle aime aussi, c’est voir passer des animaux, broutant, paissant, mangeant. Oh pas des vaches si elles s’enfoncent à pleines jambes, plutôt des brebis qui se dispersent et avancent vite, car la brebis aime la terre et sa fraîcheur. Ce que la terre aime aussi, c’est qu’on la nourrisse : paille, déchets organiques, fumiers, produits minéraux, animaux ou végétaux qu’elle peut digérer. Et pour bien voir si elle assimile ce que vous lui donnez, il suffit de le voir disparaître. Si vous retrouvez des chaumes l’année d’après, c’est qu’elle ne digère pas bien. Ça je l’ai compris.
    Par contre ce que je n’ai pas compris c’est pourquoi la terre s’appelle la Terre.

    Michel Costadau

  • Laïcité

    Laïcité

    Voici encore un sujet difficile mais celui-là tout le monde en parle, bien mal. Car clairement la laïcité est encore une bataille et nous sommes loin de l’avoir gagnée. C’est à l’origine, et avant tout, la lutte pour enlever aux religions leur influence et leur pouvoir politique.
    La loi de séparation de l’Église et de l’État est du début du XXe siècle, autant dire y a pas très longtemps, et ne concernait pas toutes les religions. Certes des progrès ont été accomplis depuis, mais paradoxalement malgré la baisse continuelle de fidèles, le pouvoir des Églises s’est maintenu à un niveau quasiment constant, tout au moins au plan national et international.
    Il faut comprendre que la progression de la laïcité est fondamentalement liée à deux processus de prise de conscience : la démocratisation de nos sociétés et le développement des sciences.
    Dans le premier processus, la population prend conscience de sa propre identité, de la similitude entre les individus, de la possible égalité entre personnes, peut-être même d’une certaine fraternité et petit à petit arrache du pouvoir à l’aristocratie, aux Églises, au clergé et à la bourgeoisie. Cette bataille ne s’est pas faite sans résistance de la part de ces castes. Cependant, malgré certaines évolutions, le constat actuel est assez cruel.
    D’accord l’aristocratie ne possède plus les âmes mais elle existe encore, règne sur plusieurs pays et défend ses pratiques comme la chasse ou les mariages princiers. On est loin de l’égalité.
    Ensuite, les Églises ne font plus partie du gouvernement mais restent immensément puissantes. Elles ont leurs entrées diplomatiques dans tous les États et elles s’en servent. Et il y a même une cinquantaine d’États officiellement religieux dans le monde, dont une petite dizaine en Europe, eh oui. On est loin de la perte de pouvoir politique qu’envisageait la loi.
    Par contre, le clergé a lui quasiment disparu chez nous, c’est le point le plus visible, mais ceux qui restent sont assez activistes et loin de n’avoir que de bonnes idées.
    Enfin la bourgeoisie a bien résisté, entre autres parce qu’elle a représenté un symbole de progrès par l’accès aux études, mais elle s’est maintenant fondue dans la masse. Hélas, une grande bourgeoisie, psycho-religieuse, s’est installée qui truste le milieu des affaires et de l’argent avec un véritable réseau et beaucoup de moyens en nous reléguant dans les oubliettes du labeur et de la médiocrité. C’est elle qui maintenant possède les travailleurs, c’est-à-dire nous, qui se vendent et s’achètent au gré des besoins. On est loin de la liberté.
    Le second processus vient du mélange puissant entre les sciences exactes et la philosophie, et a consacré la valeur du raisonnement. Les notions de démonstration et de preuves ont fini par convaincre presque tout le monde comme étant les seules capables de faire progresser la connaissance. Cela a permis d’établir un rempart contre les affirmations péremptoires et les inventions sans fondements des églises et des puissants sur l’origine de la vie, son sens, et son devenir. Concrètement, les idées ont un peu avancé et presque plus personne ne croit que la terre est une vallée de larmes. Mais là encore le constat est cruel.
    Les nouvelles religions, les desseins, les complots, les fausse nouvelles, les miracles ont encore une bonne prise sur la population. La cause principale en est que la raison demande un minimum d’éducation pour convaincre. Or le niveau d’éducation est actuellement au plus bas, à se demander si ce n’est pas volontairement. Peut-être.
    Bien, bien mais alors c’est quoi le problème ?
    Le problème c’est que beaucoup de gens pensent que la laïcité c’est le respect par l’État des croyances individuelles, et seulement le droit à ce respect. Mais non, la laïcité ce n’est pas de permettre à chacun d’avoir la religion qu’il veut, ça c’est simplement la liberté constitutionnelle de tous les citoyen qui peuvent avoir les croyances et les rites qu’ils veulent.
    Non, la laïcité c’est d’empêcher que les institutions au sein desquelles se pratiquent ces croyances et ces rites en tirent du pouvoir pour intervenir dans la sphère politique. Parce que c’est bien gentil de laisser les Églises s’occuper de leurs fidèles, mais si l’on tient compte du même coup du poids politique qu’elles représentent, tant par le nombre de leurs adhérents que par les sujets de société dont elles parlent, alors là il y a problème. Les Églises ne devraient pas avoir  plus de pouvoir que la fédération nationale des cruciverbistes. C’est exactement le même niveau. Et ce n’est pas le cas.
    Et le combat continue.
    Michel Costadau
  • EducNAt

    EducNAt

    Je suis sûr que vous avez le sentiment qu’il se passe des choses dans notre pays. Eh bien moi aussi j’ai ce sentiment mais, hélas, je suis tout aussi sûr qu’il ne s’agit pas des même choses.

    Vous le savez, la responsabilité la plus importante dans la vie c’est l’éducation, l’enseignement, l’apprentissage, la formation, la transmission de connaissance. Et justement là oui là… il se passe des choses.

    En vrai, qui ose encore parler de l’Education ex Nationale, alors que nous assistons à un naufrage en direct avec sons, images et vidéos. Rien ne manque. Naufrage sciemment, délibérément, scientifiquement organisé depuis des dizaines d’années. Oui depuis longtemps en plus.

    Alors qu’est-ce qui ne va pas ?

    Ce qui ne va pas c’est la réalité : les 12 ans que chaque enfant passe en classes, en sorties, en sport, en atelier ou en bibliothèque, ne servent qu’à les occuper pendant l’absence de leurs parents. C’est en fait une vaste garderie. Même si ça semble enfoncer des portes ouvertes, il faut rappeler que l’autorité des maîtres et des professeurs est un lointain souvenir, que les programmes sont une galéjade qui ne fait plus rire personne, que les vacances scolaires sont exclusivement organisées en fonction du business touristique, que les diplômes ne donnent plus de travail depuis longtemps, que les niveaux baissent lamentablement chaque année, et que la citoyenneté chère à nos pauvres politiques n’est pas une matière enseignée.

    Eh oui, ce ne sont pas les maîtres mais les élèves qui font la loi, sachant que les proviseurs et directeurs ont la consigne de toujours donner raison aux parents, ce qui revient à récompenser les fauteurs. Or, sans un minimum ou plutôt un maximum de calme et d’écoute, c’est-à-dire d’autorité, l’éducation est impossible. Certes, la catastrophe est peut-être encore plus flagrante dans les collèges que dans le primaire et les lycées, mais elle est partout.

    Je vous parle là de moyenne ou plutôt de majorité, car c’est sûr il y a des extrêmes. D’un côté ceux que le système scolaire détruit totalement et dégoûte de la connaissance et du travail, et qui se retrouvent en prison ou marginaux avant leur majorité, et d’un autre côté ceux qui ont surfé sur les études sans faire de vagues…..et qui auraient très bien pu se passer de l’école.

    Mais le résultat est là : il n’y a plus d’Education Nationale.

    Comment en est-on arrivé là ? Vous allez me dire qu’il y a le constant manque de moyen humains et matériels ainsi que des réformes sans queue ni tête et, d’ailleurs, c’est uniquement de cela dont tout le monde parle. Mais là n’est pas la cause de ce massacre, ça ce n’est que le moyen.

    La cause est tout simplement que notre société n’a plus de projet éducatif et ne veut pas en avoir. Eh oui le contenu à donner aux études et aux apprentissages dépend uniquement de l’objectif recherché. Quel type de société projetons-nous et quelle place voulons-nous donner aux hommes et aux femmes dans notre société ? Allo je vous entend mal, quoi, vous ne dites rien. Oui c’est ça : rien, car plus aucun aucun projet éducatif n’habite notre pays.

    Nous ne voulons pas former des hommes et des femmes doués d’un peu de jugement, mais des travailleurs dociles, des consommateurs peu avisés et des électeurs crédules. C’est à cela que sert le budget de la nation.

    En conséquence, l’Etat préfère payer et subventionner des écoles privées plutôt que de faire fonctionner un système démocratique d’éducation. Car il est beaucoup plus facile de déléguer un service public que de l’assurer.

    Essayez de trouver qui, dans toutes nos institutions, va réfléchir et chercher à dispenser à tous les jeunes citoyens un bagage éducatif. Personne. En fait nous sommes encore au Moyen Age. Nos élus ont peur que l’éducation permette aux gens de prendre conscience et de découvrir que notre société ne pratique qu’une fuite en avant éperdue et suicidaire. Il faut, par-dessus tout, empêcher les jeunes de penser, voilà la politique que pratiquent nos dirigeants.

    Soit dit en passant, si encore les écoles privées, n’étaient pas confessionnelles ça serait un peu plus acceptable mais presque toutes sont aux mains des religions. Parce que privé et laïque ça peut fonctionner mais confessionnel et laïque y a un gros problème. Et ça tombe bien, si j’ose m’exprimer ainsi, parce que le prochain billet est sur la laïcité.

    Michel Costadau

  • Patrick Mignard

    Patrick Mignard

    Je suis complètement sidéré par cette condamnation, en appel, de Patrick Mignard pour diffamation. Que s’est il passé ? Apparemment il a affublé le maire d’une petite commune du titre d’ogre, sa femme de sorcière, et leur fils et leur fille de légèrement demeurés. Cela non pas en réunion, ni dans un tract électoral, mais dans un conte moyenâgeux très court paru sur un des sites où il intervient. Je ne sais pas si c’est vrai, et personne ne le sait bien sûr. Bon, certes c’est pas très gentil, mais il fait ça toute la journée et, en général, pour des personnages beaucoup plus haut placés, qui c’est vrai, s’en fichent complètement.
    En fait, il dessine, vous savez, le petit nuage avec un visage de Coluche en haut, c’est lui.
    Et le village en question est un tout petit village, moins d’une centaine d’habitants et de votants. Et c’est là qu’est le problème. Ces villages donnent tous lieu à des fonctionnement archaïques du type clan. Un groupe de population, souvent agricole et ancré localement, s’érige en clan et domine la vie du village. Le conseil et le maire sont alors non pas choisis par la population, mais cooptés par le clan. Bien sûr, il y a des élections comme partout, mais le résultat est décidé avant. Souvent aussi il y a quelques trouble-fêtes qui sont, en fait, les bienvenus pour faire ressembler le tout à un peu de démocratie. Mais, d’une manière générale, il est difficile de prospérer si l’on n’appartient pas, plus ou moins, au clan. Bien sûr il peut aussi y avoir plusieurs clans et des guerres de clans, ce qui somme toute est assez démocratique, mais ça n’arrive pas souvent. Cet état de choses n’est pas le fruit de calculs machiavéliques mais tout simplement le résultat des vagues successives de désertification puis de repeuplement qu’a connu  la campagne. C’est la réalité.
    Alors, voilà que Patrick  Mignard met ça en musique et fait trois ou quatre petites nouvelles sous le nom révélateur de Merlin l’emmerdeur.
    Et donc, que les intéressés se soient reconnus dans les personnages du conte en question, c’est normal c’est fait pour ça. Qu’ils aient porté plainte c’est encore normal, puisqu’ils n’ont aucunement l’intention de changer d’attitude et souhaitent seulement continuer comme avant. Je suis, donc, sidéré par le comportement de la justice, enfin je ne sais pas trop comment l’appeler. Car ce jugement est incompréhensible.
    Que la justice soit un régulateur de la vie en société me paraît normal. Eviter les abus sur ceux qui sont faibles ou malades ou en difficulté : normal. Eviter que ceux qui ont plus se voient dérober une partie de ce qu’ils ont : normal. Permettre que les écrits engageants soit respectés et sanctionner ceux qui ne respectent pas les lois connues : normal.
    Mais dédommager un édile pour la dérision dont il est victime alors là ça ne passe pas, c’est pas du tout normal. Bien sûr ce n’est pas drôle de se faire traiter de sorcière ou de demeuré, mais c’est la règle du jeu en société. Non seulement on a le droit de penser ce que l’on veut de x ou de y, mais on a même le droit de le dire et de l’écrire. S’il y a une limite c’est quand ça devient du harcèlement ou quand on cherche à devenir une espèce de baron noir et que l’on fait de la nuisance un vrai job.
    Et là, justement, il n’en manque pas, suivez mon regard. Seulement de ceux-là, la justice ne s’occupe pas puisqu’elle est à leur service.
    Michel Costadau
  • Céline

    Céline

    Voilà un billet bien délicat à écrire, car je vais essayer d’expliquer pourquoi il aurait fallu republier les pamphlets de Céline. Vous le savez, ces écrits sont une accumulation de critiques et de haine des juifs et donc éminemment racistes. Délicat, parce qu’il est de nos jours devenu pratiquement impossible d’aborder le sujet de l’antisémitisme. Toute tentative en ce sens est immédiatement torpillée par une série de réactions, d’entretiens et de coups… de téléphone. C’est ce qui vient d’arriver à Gallimard, qui n’est pourtant pas le premier venu.
    Alors pourquoi aurait-il fallu republier ces textes ?
    D’abord la réponse et ensuite la démonstration. Réponse : fondamentalement, pour essayer de dénouer les non-dits de la période des deux dernières guerres mondiales, dont le refoulement est en grande partie responsable des discours populistes et de leur audience, et aussi pour comprendre le blocage politique de notre société.
    Démonstration : la première guerre a été une vraie boucherie. L’entre-deux-guerres un combat entre les peuple et les castes, c’est-à-dire entre les pauvres et les riches avec la victoire de ceux-ci, et la deuxième guerre un règlement de comptes entre impérialistes avec l’achèvement de l’hégémonie américaine. Du coup, le monde issu de la dernière guerre a jeté un voile sur notre histoire, dissimulant ainsi les comportements de nos concitoyens bien à rebours de la version officielle.
    Car, entre autres, pendant la dernière guerre, la France n’était pas tout entière rebelle aux forces d’occupation, essayant par tous les moyens de lutter contre l’envahisseur, avec détermination et conviction. Et non seulement la population ne s’est pas battue, mais certains ont même plutôt bien profité. En particulier, ce qu’on appelle aujourd’hui la ferme France, qui s’est honteusement enrichie. Le masque dont cette réalité a été recouverte a fait le lit d’une France honteuse de son passé mais ne pouvant en faire le deuil.
    C’est dans cette trame que s’est retrouvé Céline. Il a exactement vécu ou plutôt habité cette période, et ses écrits sont tout entiers marqués par la guerre et le racisme qui ont dévasté cette époque. Un écorché vif dans un monde de fous. Et il a écrit ou plutôt parlé de toute l’horreur que lui provoquait ce monde, et du coup de sa faible considération pour la condition humaine descendue si bas. Céline a été traversé par ces courants et ces luttes, il a été antisémite, il a été bolchevique, il a fait la guerre, il a été en prison, il été exilé et, sans cesse, il a crié que le monde allait à sa perte.
    Clairement, il est impossible d’envisager de se débarrasser de l’antisémitisme sans mettre sur la table les raisons qui l’ont provoqué et entretenu. C’est une grande introspection collective qui est nécessaire. Et non pas un ostracisme qui s’abreuve aux même sources que le racisme.
    C’est pourquoi il me semble que la réédition des pamphlets pourrait être l’occasion de remettre un peu à plat notre passé. Nous avons tout à gagner à reconnaître nos erreurs et à dénoncer ceux qui les ont ignorées ou en ont profité. Oui nous avons été collabos, oui nous avons été racistes, et du coup nous le sommes encore beaucoup trop.
    Alors bien sûr je  rêve, car il est probable que Gallimard en lançant son annonce ne cherchait qu’à faire vendre du Céline. Vendre, toujours vendre, quelle horreur.

    Michel Costadau

  • Bitcoin

    Bitcoin

    J’ai eu plusieurs questions sur les crypto-monnaies. C’est pas très intéressant, mais bon on y va.
    Est ce que le ₿ est une monnaie. Réponse : non. En fait, c’est d’une certaine manière de l’argent comme le sont les tickets-restaurant ou les jetons du casino, mais trop variable. Aussi ce qui lui manque c’est qu’il en est prévu une quantité limitée. Une monnaie ne peut pas obtenir de valeur par sa rareté et est donc par principe en quantité illimitée. Or, à l’heure actuelle, il semblerait que cette rareté lui confère une certaine valeur. Si jamais l’émission de ₿ pouvait recommencer, alors la question se poserait, mais ce n’est pas le cas pour le moment.
    Bon d’accord, mais alors si ce n’est pas une monnaie, qu’est-ce que c’est ?
    C’est, tout simplement, une valeur, peut-être comme l’or mais plutôt comme un objet d’art. Et une valeur ça peut varier. C’est le principe de la brocante. Certaines choses ont une valeur à un moment donné, d’autres pas. Pour fonctionner, la valeur a besoin d’échange. S’il s’échange beaucoup de ₿ ça vaut quelque chose, s’il n’y a aucun échange ça vaut zéro.
    Mais vous allez me dire qu’il y a aussi un aspect éthique et moral dans le ₿, ce serait comme de l’argent propre. Et du coup, certains se demandent si quand même ça ne pourrait pas remplacer l’argent créé par les banques. C’est vrai que le ₿ propose une traçabilité des transactions et, du coup, a un petit air de lutte contre le blanchiment et les trafics d’argent. Il se présente un peu comme un produit de supermarché avec sa date limite et sa teneur en divers ingrédients. Mais, hélas, il n’existe pas d’argent propre ; c’est un mythe désastreux, ça n’a même pas de sens. Il y a l’argent, point. Maintenant, si vous voulez discuter de la valeur du ₿ par rapport au $, abonnez-vous au Wall Street Journal plutôt qu’à non-vote2017.
    Et si vous me demandez, comme un tuyau de turfiste, s’il faut en acheter, je vous dirai non seulement de ne pas en acheter mais de vendre ceux que vous pourriez avoir.
    Dacodac, mais quand même c’est un moyen de paiement, c’est donc un peu de l’argent. Oui c’est un moyen de paiement, mais ce n’est pas de l’argent. Comme on l’a dit, ça a une certaine valeur mais ça ne devient de l’argent que quand il se monétise, quand il s’échange, se vend ou s’achète. C’est comme une action, ça vaut quelque chose uniquement quand on la vend ou qu’on l’achète. D’ailleurs, beaucoup de milliardaires le sont essentiellement à cause d’un stock d’actions. Et ça peut ne rien valoir. Une action est d’ailleurs aussi un moyen de paiement, pas pour faire les courses mais pour acheter ou vendre des sociétés. Le ₿ peut donc bien être un moyen de paiement, sans pour autant être de l’argent pas plus qu’une monnaie.
    Mais alors pourquoi dit-on que c’est une crypto-monnaie ? C’est un abus de langage qui veut indiquer que le coffre-fort des ₿, c’est-à-dire votre compte en ₿, est protégé par des codages cryptés en tous genres. Maintenant, si vous saviez ce que je pense réellement des codages inviolables, vous seriez peut-être moins rassurés.
    Enfin, pour finir, il n’est pas inutile de rappeler que, quand même, le coffre-fort des ₿ consomme énormément d’énergie, à cause de tous les centres de données et des heures de calcul que ça mobilise.
    Pour la planète, c’est très moyen.

    Michel Costadau

  • D’où vient l’argent-3

    D’où vient l’argent-3

    Dans le billet précédent nous avons encore pu établir quelques petites choses à retenir :
    – les Etats ne créent pas l’argent mais seulement les pièces et les billets, qui représentent très peu,
    – le travail ne crée pas d’argent,
    – le rôle des entreprises est de faire circuler l’argent de banque en banque,
    – les banques vivent de la croissance,
    – la consommation est le moteur de la croissance,
    les politiques sont au service de la croissance,
    – et enfin la SURPRISE.
    Bien bien, mais la logique du crédit c’est, clairement, la dette. Il est facile de voir que tout le monde est endetté : les particuliers, les entreprises, les collectivités, les Etats. Cela s’explique mais pose quelques questions.
    Pour les particuliers, les ressources propres des ménages ne suffisent pas à alimenter la croissance. Le recours au crédit s’est donc généralisé et, à part quelques crises de non-remboursement, c’est le moteur principal de la consommation et la pompe du crédit. Il faut quand même noter un aspect paradoxal de l’investissement des particuliers : quand on fait un crédit pour acheter sa maison ou construire sa piscine, ça consiste à s’endetter pour quelque chose qui ne rapporte rien. C’est comme de l’argent enterré. Alors qu’avec le même endettement, on pourrait faire un investissement qui rapporte et qui permette donc d’investir encore plus. A titre d’exemple, il vaut mieux s’endetter pour un troupeau de brebis que pour un hangar de stockage de matériel. Evidemment, il est hélas difficile de résister au matraquage prônant l’envie de posséder une voiture, une maison, une cuisine équipée ou un écran TV, mais c’est exactement de l’argent jeté par les fenêtres. C’est d’ailleurs le but.
    Attention, méfiez-vous quand même des vendeurs d’investissements prétendument hyper-rentables et qui ont mis beaucoup de gens sur la paille. Et pour ça, il faut d’abord bien intégrer que, dans le domaine de l’économie et de la finance, vous ne rencontrerez que des escrocs. Et ce malheureux constat explique l’attrait pour l’économie solidaire, les investissements propres, verts, équitables ou durables… qui sont exactement la même chose, comme l’est le vin bio au vin conventionnel… c’est-à-dire du vin.
    Pour les entreprises, c’est un peu la même problématique. Le crédit est la base du fonctionnement et de la consommation des entreprises. Et, de même que pour les particuliers, les investissements d’entreprises peuvent être plus ou moins rentables. C’est pour cela, entre autres, que l’on voit des entreprises qui se louent des bâtiments en cascade, ou qui s’achètent des produits intermédiaires, alors qu’en fait c’est toujours le même actionnaire derrière. En gros, c’est de la consommation inter-entreprise et c’est vital pour les banques.
    Alors maintenant, l’endettement des Etats. Il y a plusieurs choses paradoxales. En effet ceux-ci pourraient créer gratuitement et sans intérêts l’argent dont, eux et les collectivités, ont besoin. Mais ils ne le font pas pour une bonne raison, qui est le soutien de leur monnaie. Et pourquoi ? Parce que, comme vous le savez, l’argent  est très mal réparti. Il y en a qui en ont beaucoup et beaucoup qui en ont peu. Et l’argent est en général dans une monnaie. Et ceux qui ont leur fortune dans cette monnaie ne veulent pas voir dévaloriser leur trésor et donc interdisent aux Etats de créer de l’argent.
    D’autre part, il y a un discours officiel contradictoire puisque que l’on ne peut pas à la fois demander de baisser les impôts et de réduire le déficit. C’est idiot. Il faudra y revenir.
    Néanmoins nous pouvons maintenant arriver à la SURPRISE annoncée plus haut, et qui est :
    -les politiques sont au service des banques.
    En conclusion, il me semble que l’on comprend mieux pourquoi je dis que c’est la finance qui nous gouverne, et que les élus ne sont que ses serviteurs.
    Allez encore bonne année, c’est le même prix.

    Michel Costadau

  • D’ou vient l’argent-2

    D’ou vient l’argent-2

    Mais au fait, me direz-vous, pourquoi est-ce qu’il n’y a que les banques qui peuvent créer de l’argent. Et les Etats alors ? Bonne question. Avant, il y a très longtemps, c’était les Etats qui créaient l’argent avec des pièces, des billets, des bons du trésor et autres crédits. Mais alors pourquoi ça a changé ? C’est assez simple : on pourrait croire que les gouvernements, c’est-à-dire les politiques, ont décidé d’abandonner leur privilège régalien et de donner gentiment aux banques ce pouvoir. Hélas c’est exactement le contraire : les banques ont demandé gentiment aux politiques de reconnaître qu’ils n’avaient que le pouvoir qu’elles voulaient bien leur donner…et les politiques, dont le courage est, vous le savez, immense, ont dit : ……..euh, bon d’accord, mais quand même vous nous laissez les élections.  En fait ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça mais c’en est exactement l’esprit. Bien sûr les Etats ont gardé le droit de frapper la menue monnaie, c’est-à-dire les pièces et les billets, et de choisir les effigies. Non mais !
    C’est le moment de traiter une des questions en suspens. Pourquoi l’argent circulant de banques en banques permet-il d’en créer plus ? Tout simplement parce que les banques, quand elles créent de l’argent, doivent respecter, en théorie, un certain pourcentage de réserve, c’est-à-dire d’argent qu’elles ont déjà, soit en dépôt soit en propre. Et donc, quand leurs réserves augmentent, elles peuvent prêter plus et donc créer plus d’argent. Et c’est exactement ce qui se passe quand vous payez une entreprise : elle met cela en banque et paye ses fournisseurs qui mettent cela en banque, qui eux-mêmes…
    Néanmoins, pour vivre, vous n’avez pas que l’argent du crédit, bien qu’il y ait beaucoup de crédit à la consommation c’est vrai. Vous en gagnez aussi par votre travail. Mais cet argent que vous verse une entreprise ou un client, existe déjà. Le travail ne crée pas d’argent, il crée de la valeur. On pourrait avoir le sentiment que les entreprises créent de l’argent, puisqu’elles vendent plus qu’elles n’achètent. Oui mais c’est de l’argent existant. L’entreprise fait circuler l’argent et fait des bénéfices, mais ne crée pas d’argent, sauf les banques bien entendu. Par contre, l’entreprise, pour vous payer, payer les actionnaires et se développer, va sûrement emprunter auprès d’une banque. Et c’est à ce moment-là, uniquement, qu’il y a création d’argent par la banque.
    Nous pouvons maintenant répondre à deux autres questions en suspens sur l’équilibre entre création et destruction d’argent et l’équilibre entre croissance et stagnation.
    Pourquoi l’équilibre entre création et destruction d’argent est-il instable ? Réponse : d’une part parce que les deux mécanismes sont disjoints et fonctionnent indépendamment, et d’autre part parce que le moyen de régulation par le taux du crédit est vraiment dérisoire. Quand personne ne veut s’endetter, ce qui est pareil que ne pas vouloir consommer, l’argent vient rapidement à manquer et entraîne la stagnation ou la récession. Mais quand il y a multiplication des prêts augmentant trop l’argent en circulation, cela peut entraîner une perte de sa valeur provoquant l’inflation. Et quand, faute de moyens, les crédits ne sont pas remboursés, ce sont alors les banques qui font faillite. Il faut comprendre que la croissance est la seule obsession des banques. Cela explique les cadeaux faits aux entreprises et qui sont réellement hallucinants, mais n’ont d’autre objet que de stimuler la croissance, c’est-à-dire le crédit, c’est-à-dire la création d’argent, c’est-à-dire le revenu des banques. Ces cadeaux ne font qu’illustrer le lien de dépendance des politiques avec les banques.
    Bonne et heureuse année. A suivre.

    Michel Costadau